1. Résumé / Abstract
L’Échelle de socialisation de genre (Gender Socialization Scale, GSS), développée par Marina Epstein (2008) dans le cadre de ses travaux doctoraux à l’Université du Michigan, est un instrument psychométrique multidimensionnel conçu pour évaluer la réceptivité, l’exposition et l’adhésion aux messages normatifs véhiculés au cours de la socialisation de genre durant l’adolescence et le passage à l’âge adulte. Composée initialement d’un ensemble exhaustif de 83 items explorant les injonctions comportementales, affectives, relationnelles et sexuelles, l’échelle opérationnalise l’intériorisation des rôles sexués à travers plusieurs dimensions distinctes : les rôles traditionnels de genre (Traditional Gender Roles), l’égalitarisme et l’acceptation (Acceptant and Egalitarian), la complaisance interpersonnelle (Nice and Pleasant), l’hétéronormativité et le rejet de l’homosexualité (Anti-Gay), la force physique et l’invulnérabilité masculine (Big & Tough), la conscience corporelle normative (Body Consciousness), le double standard sexuel (Sexual Double Standard), l’abstinence sexuelle prescriptive (Abstinence) et la vision positive et normative de la sexualité (Sex-Positive).
Les participants évaluent chaque proposition à l’aide d’une échelle de réponse en quatre points (0 = None / Pas du tout, 1 = A Little / Un peu, 2 = Some / Modérément, 3 = A Lot / Énormément), quantifiant l’intensité du message perçu ou intériorisé au sein de leur environnement social. Les analyses psychométriques princeps ont mis en évidence une consistance interne satisfaisante à excellente selon les sous-échelles, avec des coefficients alpha de Cronbach s’échelonnant de .62 (pour la dimension Nice and Pleasant) à .88 (pour la dimension Sexual Double Standard). L’échelle démontre une excellente validité théorique et convergente, révélant des associations prédictives robustes entre la prégnance des conflits liés au genre et plusieurs indicateurs de la santé mentale, notamment la dépression, l’anxiété et l’estime de soi chez les adolescents. En tant qu’outil d’investigation en psychologie du développement et en psychologie sociale, la GSS constitue une ressource méthodologique fondamentale pour déconstruire les mécanismes par lesquels les normes culturelles de genre s’articulent aux trajectoires de santé et au bien-être psychologique.
2. Mots-clés / Keywords
Socialisation de genre, rôles sexués, stéréotypes de genre, psychométrie, adolescence, double standard sexuel, masculinité hégémonique, bien-être psychologique, santé mentale, échelle d’évaluation, normes de genre, conflit de rôle de genre.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été élaboré et validé par Marina Epstein, Ph.D., dans le cadre de sa thèse de doctorat en psychologie et études sur les femmes (Department of Psychology and Department of Women’s Studies) à l’Université du Michigan (Ann Arbor, États-Unis), soutenue en 2008 sous l’intitulé « Adolescents in Conflict: Associations between Gender Socialization, Gender Conflict, and Well-being ». Marina Epstein a ultérieurement poursuivi ses recherches en tant que chercheuse senior au Social Development Research Group (SDRG) au sein de la School of Social Work de l’Université de Washington (Seattle, États-Unis), se spécialisant dans l’étude longitudinale du développement des adolescents, des comportements à risque, des déterminants psychosociaux de la santé et de la toxicomanie.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Gender Socialization Scale est d’opérationnaliser et de quantifier la nature des messages socioculturels auxquels les individus, en particulier les adolescents, sont confrontés au cours de leur développement identitaire en lien avec le sexe et le genre. La socialisation de genre constitue un processus continu par lequel la famille, les pairs, les institutions éducatives et les médias transmettent des attentes différentielles quant aux comportements, attitudes, traits émotionnels et trajectoires de vie considérés comme appropriés pour les garçons et les filles. Alors que la littérature classique s’était principalement concentrée soit sur l’adhésion globale aux stéréotypes, soit sur l’androgynie psychologique (mesurée notamment via le Bem Sex-Role Inventory), Epstein a conçu la GSS afin d’isoler les contenus spécifiques des messages normatifs et d’évaluer la manière dont leur intériorisation différentielle engendre des conflits intrapsychiques et interpersonnels.
Sur le plan de la recherche fondamentale, la GSS a été construite pour répondre à plusieurs interrogations théoriques majeures :
- Mesurer la diversité des injonctions de genre contemporaines, qui ne se limitent plus à un modèle binaire simpliste opposant expressivité et instrumentalité, mais intègrent des domaines complexes tels que les normes relationnelles, la sexualité (normes pro-sexe versus abstinence prescriptive, double standard), la maîtrise corporelle et l’attitude envers les minorités sexuelles.
- Identifier les sources d’incongruence entre les aspirations individuelles et les normes sociales transmises, permettant ainsi de modéliser le « conflit de rôle de genre » chez les adolescents des deux sexes biologiques.
- Examiner les mécanismes de médiation reliant les pressions normatives environnementales aux indicateurs de détresse psychologique, incluant la symptomatologie dépressive, les conduites d’externalisation, les troubles de l’image corporelle et la baisse de l’auto-efficacité.
Dans les contextes appliqués et cliniques, la GSS offre aux praticiens, éducateurs et psychologues scolaires un outil diagnostique pour cartographier les contraintes normatives qui pèsent sur les jeunes consultants. Les attentes rigides de masculinité (comme l’injonction à la dureté émotionnelle « Big & Tough ») sont fréquemment corrélées à une réticence marquée à solliciter de l’aide psychologique, à des conduites à risque et à une répression affective préjudiciable. Inversement, les injonctions traditionnelles adressées aux jeunes filles (priorité accordée aux besoins d’autrui, quête obsessionnelle de la minceur, passivité dans les interactions intimes) favorisent l’anxiété sociale, la dépendance affective et la vulnérabilité aux violences sexistes. En décomposant ces pressions en sous-échelles clairement individualisées, la GSS permet de cibler des interventions psychoéducatives préventives, de déconstruire les stéréotypes toxiques et de favoriser des représentations égalitaires propices à un développement psychosocial harmonieux.
5. Construit psychologique / Construct
La Gender Socialization Scale appréhende la socialisation de genre non pas comme un phénomène unitaire, mais comme un construit composite articulé autour de multiples registres normatifs régulant l’affect, la cognition, l’apparence physique et la conduite sociale. L’outil distingue neuf dimensions théoriques et empiriques majeures :
1. Rôles traditionnels de genre (Traditional Gender Roles)
Cette dimension mesure l’adhésion aux croyances patriarcales et binaires classiques qui assignent aux hommes le leadership, l’autorité décisionnelle et la primauté professionnelle, tout en reléguant les femmes à la sphère domestique, à la subordination et au soutien inconditionnel du partenaire masculin. Les items typiques illustrent l’idée que « les hommes sont des leaders nés » (Item 25), que « la carrière du mari est plus importante que celle de l’épouse » (Item 69), ou qu’« une femme doit pourvoir aux besoins de son homme » (Item 72). Des scores élevés traduisent une conformité stricte aux divisions sexuelles traditionnelles du travail et du pouvoir.
2. Égalitarisme et acceptation (Acceptant and Egalitarian)
À l’opposé du conservatisme de genre, cette sous-échelle évalue l’intériorisation de principes démocratiques, universels et dégenrés dans les relations humaines. Elle englobe la conviction que les opportunités, les compétences et les responsabilités doivent être partagées de manière symétrique entre les sexes (« Les hommes et les femmes devraient se traiter d’égal à égal à la maison, à l’école et au travail », Item 30 ; « Une femme peut faire tout ce qu’un homme peut faire », Item 9), tout en valorisant la communication non violente (« Utilise tes mots, pas tes poings », Item 75) et l’acceptation de soi au-delà des apparences.
3. Complaisance et amabilité sociale (Nice and Pleasant)
Cette dimension capture l’injonction comportementale prescrivant d’adopter une attitude docile, courtoise, polie et accommodante au détriment de l’affirmation de ses propres désirs ou de l’expression de ses désaccords. Elle reflète le mandat traditionnellement adressé aux femmes exigeant d’éviter le conflit, de feindre le bonheur pour préserver l’harmonie (« Être gentil implique en partie de faire semblant d’être heureux même si l’on n’en a pas envie », Item 61) et de faire passer systématiquement les sentiments d’autrui avant les siens (Item 77).
4. Rejet de l’homosexualité / Hétéronormativité (Anti-Gay)
La sous-échelle Anti-Gay mesure le degré de rigidité normative condamnant les orientations sexuelles minoritaires et renforçant la police des frontières de genre. Elle quantifie l’homophobie intériorisée et manifeste, postulant que l’attirance pour le même sexe ou la non-conformité de genre disqualifie la masculinité d’un individu (« Être gay fait d’un gars moins un homme », Item 17 ; « Être gay est mauvais/immoral », Item 43) et réprouve l’intimité physique ou affective entre personnes de même sexe (Item 38).
5. Force, dureté et invulnérabilité (Big & Tough)
Cette dimension opérationnalise le mandat de masculinité hégémonique qui exige des hommes l’affichage constant de force physique, d’invulnérabilité émotionnelle, de combativité et de stoïcisme. L’expression de la peur ou de la vulnérabilité y est assimilée à une faiblesse rédhibitoire (« Ne montre jamais ta peur », Item 21 ; « Il est important d’avoir l’air fort et posé même si tu paniques à l’intérieur », Item 40 ; « Abandonner, c’est pour les perdants », Item 50 ; « Un vrai homme n’hésitera pas à se battre pour se défendre ou défendre sa femme », Item 66).
6. Conscience et contrôle corporels (Body Consciousness)
Cette sous-échelle évalue la pression exercée sur l’apparence physique, l’insatisfaction corporelle normative et l’injonction à surveiller en permanence son anatomie pour répondre aux standards esthétiques dominants. Elle est illustrée par des croyances affirmant que le corps n’est jamais satisfaisant dans son état naturel (Item 24) ou valorisant la minceur obligatoire comme condition sine qua non de la beauté (Item 56).
7. Double standard sexuel (Sexual Double Standard)
Le double standard sexuel quantifie la divergence asymétrique des normes morales appliquées à l’activité sexuelle des hommes et des femmes. Il saisit l’idée selon laquelle les pulsions masculines sont irrépressibles et valorisées par l’accumulation des conquêtes (« Pour les hommes, le but des rencards est de ‘marquer’ avec un maximum de femmes », Item 18 ; « Il est pire pour une femme d’avoir des partenaires multiples que pour un homme », Item 55), tandis que les femmes se voient attribuer le rôle de gardiennes de la moralité et subissent un discrédit social immédiat en cas d’activité sexuelle précoce ou affirmée.
8. Abstinence prescriptive (Abstinence Subscale)
Cette dimension mesure l’adhésion aux doctrines moralisatrices et conservatrices proscrivant les rapports intimes hors mariage. Elle véhicule la honte, le péché et la culpabilité associés à la sexualité (« Les relations sexuelles avant le mariage risquent de jeter la honte sur le nom de famille », Item 12 ; « Le sexe en dehors du mariage est un péché », Item 73 ; « L’abstinence est la meilleure politique », Item 41), réduisant l’acte intime à sa seule finalité procréatrice légitime au sein de l’alliance maritale.
9. Positivité sexuelle (Sex-Positive Subscale)
À l’opposé de la proscription morale, cette échelle appréhende la sexualité comme une composante saine, universelle, consentie et épanouissante de l’existence humaine (« Être un être sexuel est une composante naturelle de l’humanité », Item 26 ; « Aucun acte sexuel ne devrait être considéré comme immoral tant que les deux parties sont des adultes consentants », Item 81), validant l’initiative féminine et reconnaissant l’équivalence des désirs entre les genres.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La conception de la Gender Socialization Scale s’enracine à la convergence de plusieurs courants sociologiques et psychologiques majeurs du développement et des études sur le genre.
La théorie du schéma de genre (Gender Schema Theory)
Formulée initialement par Sandra Bem (1981), la théorie du schéma de genre postule que la socialisation transmet aux enfants un réseau cognitif organisé (un « schéma ») par lequel ils filtrent, interprètent et assimilent l’information sociale. Dans une culture fortement polarisée sur le genre, les individus apprennent à coder la quasi-totalité des attributs humains selon les catégories « masculin » versus « féminin ». La GSS prolonge cette conceptualisation en fournissant une mesure granulée des composantes dudit schéma, explorant comment certains sous-domaines (tels que la sexualité ou l’agressivité) sont intégrés dans le système d’autorégulation de l’adolescent.
La théorie du rôle social (Social Role Theory)
Développée par Alice Eagly (1987), la théorie du rôle social soutient que les différences sexospécifiques observées dans les comportements proviennent principalement de la division sociale et économique historique du travail entre hommes (sphère productive, pourvoyeur, rôles d’agencéité) et femmes (sphère reproductive, rôles de soins et de communion). Les attentes normatives partagées au sein de la société prescrivent des conduites conformes à ces rôles. Les sous-échelles Traditional Gender Roles, Sexual Double Standard et Nice and Pleasant de la GSS constituent des traductions empiriques directes des prescriptions d’agencéité (agency) pour les hommes et de communion/docilité (communion) pour les femmes.
L’intensification du genre à l’adolescence (Gender Intensification Hypothesis)
Énoncée par Hill et Lynch (1983), cette hypothèse stipule qu’avec l’avènement de la puberté, les adolescents font face à une recrudescence massive des pressions exercées par les parents, les pairs et la culture en vue de se conformer aux rôles de genre stéréotypés. Cette période critique de développement s’accompagne d’une rigidification temporaire des attitudes et des scripts relationnels. Epstein (2008) a élaboré la GSS spécifiquement pour capturer cette étape charnière où les messages sur la sexualité, le corps et le couple hétérosexuel deviennent omniprésents et potentiellement conflictuels.
La théorie du conflit de rôle de genre (Gender Role Conflict Theory)
S’inspirant des travaux pionniers de James O’Neil (1981, 2008) sur le conflit de rôle de genre masculin, Epstein conceptualise la détresse psychologique comme la résultante des frictions entre les besoins authentiques de l’individu et l’impossibilité de satisfaire aux standards rigides de la socialisation. La sous-échelle Big & Tough reflète les injonctions à la restriction émotionnelle et à la compétition agressive, deux composantes centrales identifiées par O’Neil comme prédictives de dysfonctionnements interpersonnels, d’abus de substances et d’affects dépressifs.
7. Validité / Validity
Les propriétés psychométriques de la Gender Socialization Scale ont été rigoureusement analysées lors de son étude de validation initiale auprès d’échantillons d’adolescents et de jeunes adultes (Epstein, 2008). Les analyses confirment la solidité conceptuelle et empirique de l’instrument.
Validité de contenu et de construit
La validité de contenu a été établie par une revue approfondie de la littérature consacrée aux stéréotypes de genre, aux scripts sexuels adolescents et à l’hétéronormativité, complétée par des entretiens qualitatifs pilotes menés auprès de cohortes d’adolescents. Les items ont été formulés sous forme de maximes, de conseils implicites ou de prescriptions normatives courantes (« Ne pleure jamais », « Les hommes veulent du sexe, les femmes veulent des relations ») pour refléter fidèlement le langage et les transmissions expérientielles réelles des jeunes.
Validité convergente et concurrente
La validité convergente de l’instrument est attestée par des corrélations statistiquement significatives avec des instruments de référence :
- Les sous-échelles Traditional Gender Roles, Big & Tough et Sexual Double Standard présentent des corrélations positives élevées ($r = .52$ à $.68$, $p < .001$) avec l’échelle d’attitudes envers les femmes (Attitudes Toward Women Scale, AWS) et les mesures de sexisme hostile et bienveillant (Ambivalent Sexism Inventory de Glick & Fiske).
- La sous-échelle Anti-Gay corrèle fortement ($r = .71$, $p < .001$) avec les échelles d’homophobie standardisées (notamment l’échelle ATLG d’Herek).
- La dimension Body Consciousness présente une convergence robuste ($r = .58$, $p < .001$) avec les échelles d’auto-objectification (Self-Objectification Questionnaire) et la sous-échelle d’insatisfaction corporelle de l’EDI (Eating Disorder Inventory).
Validité prédictive et de critère
Dans la recherche menée par Epstein (2008), la GSS a démontré une validité prédictive remarquable concernant les indicateurs d’ajustement psychologique :
- L’adhésion élevée aux dimensions Big & Tough et Traditional Gender Roles chez les garçons prédit significativement une prévalence accrue de comportements agressifs extériorisés, une réticence marquée à la recherche de soutien émotionnel et une vulnérabilité accrue aux symptômes dépressifs masqués.
- Chez les filles, des scores élevés sur les sous-échelles Nice and Pleasant, Body Consciousness et Sexual Double Standard sont prédictifs de scores d’estime de soi globale significativement abaissés (mesurés via l’échelle de Rosenberg) et d’un risque accru d’idéation dépressive clinique mesurée par le CES-D.
- Inversement, la dimension Acceptant and Egalitarian agit comme un facteur protecteur, corrélé positivement à un bien-être subjectif élevé et à une plus grande satisfaction dans les relations interpersonnelles.
8. Fidélité / Reliability
La consistance interne de la Gender Socialization Scale a été documentée au moyen du coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) pour l’ensemble des dimensions extraites de l’outil lors de l’étude princeps d’Epstein (2008). Les indices de consistance interne démontrent une homogénéité globale solide, adaptée aux analyses de recherche différentielle :
- Rôles traditionnels de genre (Traditional Gender Roles) : 10 items, $lpha = .87$. Excellente cohérence interne indiquant une mesure unifiée des représentations conservatrices du pouvoir masculin et de la domesticité féminine.
- Égalitarisme et acceptation (Acceptant and Egalitarian) : 10 items, $lpha = .83$. Très bonne consistance interne capturant les attitudes pro-équité et les conduites d’empathie.
- Double standard sexuel (Sexual Double Standard) : 10 items, $lpha = .88$. Le coefficient le plus élevé de l’instrument, confirmant l’extrême cohésion des stéréotypes asymétriques relatifs à la libido et à la moralité sexuelle masculine et féminine.
- Rejet de l’homosexualité (Anti-Gay) : 4 items, $lpha = .84$. Excellente fiabilité pour une échelle courte, témoignant de la clarté conceptuelle des attitudes homophobes mesurées.
- Abstinence prescriptive (Abstinence Subscale) : 7 items, $lpha = .80$. Bonne consistance interne reflétant l’interconnexion entre religiosité, honte familiale et devoir de chasteté.
- Force et invulnérabilité (Big & Tough) : 6 items, $lpha = .77$. Fiabilité très satisfaisante pour l’évaluation des exigences de stoïcisme et de pugnacité physique.
- Conscience corporelle (Body Consciousness) : 3 items, $lpha = .74$. Consistance interne robuste au regard du nombre restreint d’items.
- Positivité sexuelle (Sex-Positive Subscale) : 5 items, $lpha = .69$. Fiabilité acceptable pour un construit émergent et nuancé relatif à la légitimité du plaisir et du consentement.
- Complaisance et amabilité sociale (Nice and Pleasant) : 7 items, $lpha = .62$. Cohérence interne modérée, attribuable à la diversité des situations sociales sondées (politesse, répression de la colère, effacement de soi, sens de la famille).
Les études de stabilité temporelle (test-retest) réalisées sur des sous-échantillons à un intervalle de quatre à six semaines ont produit des coefficients de corrélation intraclasse ($CCI$) variant entre $.73$ et $.85$, attestant d’une bonne stabilité des attitudes de socialisation à court et moyen terme chez les adolescents.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture multidimensionnelle de la Gender Socialization Scale a été mise au jour au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) complétées par des modélisations en équations structurelles (AFC) sur les 83 items initiaux générés par l’auteure (Epstein, 2008).
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Une analyse en composantes principales avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct, justifiée par l’interdépendance théorique des dimensions de socialisation) a été appliquée sur les données recueillies. L’examen du graphique d’éboulis des valeurs propres (scree plot de Cattell) et le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1.0) ont mis en évidence la pertinence d’une solution à plusieurs facteurs distincts expliquant plus de 52 % de la variance totale des réponses.
Les critères d’attribution des items retenus par Epstein comprenaient une saturation factorielle principale primaire minimale de .35 ou .40 sur le facteur cible, couplée à l’absence de saturation croisée substantielle (différence de saturation supérieure à .15 avec les facteurs secondaires). Sur les 83 items testés au sein de la batterie générale, 62 items ont convergé nettement vers les neuf sous-échelles finales retenues, tandis que certains énonciats à caractère général ou ambigu (ex. Items 1, 2, 3, 6, 8, 10, 14, 23, 28, 31, 32, 34, 39, 47, 48, 49, 57, 58, 63) n’ont pas été inclus dans les scores factoriels définitifs en raison de saturations diffuses ou partagées entre plusieurs axes.
Structure Factorielle et Saturations Typiques
- Le facteur Sexual Double Standard regroupe 10 items (items 16, 18, 27, 44, 53, 60, 70, 76, 78, 83) avec des saturations factorielles très élevées s’échelonnant de .54 à .79.
- Le facteur Traditional Gender Roles regroupe 10 items (items 25, 35, 42, 59, 62, 69, 71, 72, 74, 80) affichant des saturations comprises entre .46 et .75.
- Le facteur Acceptant and Egalitarian réunit 10 items (items 4, 9, 15, 20, 30, 46, 64, 67, 75, 79) avec des poids factoriels variant de .41 à .72.
- Le facteur Abstinence Subscale concentre 7 items (items 12, 22, 33, 41, 45, 68, 73) avec des saturations stables entre .50 et .74.
- Le facteur Nice and Pleasant charge 7 items (items 7, 11, 37, 61, 65, 77, 82) avec des saturations modérées allant de .36 à .64.
- Le facteur Big and Tough capture 6 items (items 13, 21, 40, 50, 54, 66) avec des saturations de .44 à .68.
- Le facteur Sex-Positive Subscale regroupe 5 items (items 19, 26, 29, 51, 81) avec des saturations de .39 à .67.
- Le facteur Anti-Gay regroupe 4 items (items 17, 38, 43, 52) saturant de manière univoque entre .62 et .81.
- Le facteur Body Consciousness rassemble 3 items fondamentaux (items 24, 36, 56) avec des poids factoriels oscillant entre .45 et .71.
Validation Confirmatoire (AFC)
Les modèles d’analyse factorielle confirmatoire ont validé l’ajustement supérieur du modèle à neuf facteurs corrélés par rapport à un modèle unidimensionnel global, avec des indices d’adéquation répondant aux normes psychométriques usuelles : $\chi^2/dl < 2.2$, $CFI > .90$, $TLI > .89$, et $RMSEA < .055$ (intervalle de confiance à 90 % [.048, .061]). Ces résultats confirment que les messages de socialisation de genre opèrent selon des composantes spécialisées et semi-autonomes dans l’esprit des adolescents.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’outil : Échelle de socialisation de genre (Gender Socialization Scale, GSS).
- Auteure : Marina Epstein, Ph.D. (2008).
- Format d’administration : Questionnaire auto-rapporté sur support papier ou support numérique en ligne.
- Population cible : Adolescents (à partir de 12-13 ans), adolescents tardifs et jeunes adultes universitaires.
- Durée moyenne de passation : Environ 15 à 20 minutes pour l’ensemble des 83 items exploratoires ; 10 à 12 minutes pour les 62 items constituant les sous-échelles validées.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale à 4 points quantifiant le niveau d’accord ou l’exposition perçue au message :
- 0 = None (Pas du tout / Aucun)
- 1 = A Little (Un peu)
- 2 = Some (Modérément / Quelque peu)
- 3 = A Lot (Énormément / Beaucoup)
- Structure des sous-échelles et composition des items :
- Traditional Gender Roles (10 items) : 25, 35, 42, 59, 62, 69, 71, 72, 74, 80.
- Acceptant and Egalitarian (10 items) : 4, 9, 15, 20, 30, 46, 64, 67, 75, 79.
- Nice and Pleasant (7 items) : 7, 11, 37, 61, 65, 77, 82.
- Anti-Gay (4 items) : 17, 38, 43, 52 (l’item 52 étant inversé lors du calcul).
- The Big and Tough (6 items) : 13, 21, 40, 50, 54, 66.
- Body Consciousness (3 items) : 24, 36, 56.
- Sexual Double Standard (10 items) : 16, 18, 27, 44, 53, 60, 70, 76, 78, 83.
- Abstinence Subscale (7 items) : 12, 22, 33, 41, 45, 68, 73.
- Sex-Positive Subscale (5 items) : 19, 26, 29, 51, 81.
- Cotation et calcul des scores : Les scores de chaque sous-échelle sont obtenus en calculant la moyenne ou la somme arithmétique des items assignés (après inversion des items pertinents formulés en sens opposé, comme l’item 52 dans l’échelle Anti-Gay). Il n’est pas recommandé de calculer un score total omnibus en raison de la nature conceptuellement antithétique de certaines dimensions (par exemple, Abstinence versus Sex-Positive, ou Traditional Gender Roles versus Acceptant and Egalitarian).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception et publication princeps : 2008.
- Disponibilité et statut légal : L’instrument a été publié dans le cadre de la dissertation doctorale de Marina Epstein à l’Université du Michigan. Il est conservé et accessible publiquement via le dépôt institutionnel Deep Blue de la bibliothèque de l’Université du Michigan (Deep Blue – University of Michigan).
- Frais d’utilisation (Tarifs) : L’accès et l’utilisation de l’instrument sont entièrement gratuits pour les chercheurs, les universitaires et les cliniciens dans le cadre d’études scientifiques et d’évaluations à but non lucratif.
- Permissions et droits d’auteur : Bien que dans le domaine académique public, toute utilisation pour la recherche requiert la citation appropriée de la thèse d’Epstein (2008). Pour toute adaptation linguistique, traduction formelle ou exploitation commerciale, il convient de solliciter l’autorisation expresse de l’auteure (Marina Epstein) conformément aux standards de propriété intellectuelle.
12. Références / References
Les sources théoriques et psychométriques mobilisées dans l’analyse de la GSS comprennent :
- Bem, S. L. (1981). Gender schema theory: A cognitive account of sex typing. Psychological Review, 88(4), 354–364. https://doi.org/10.1037/0033-295X.88.4.354
- Eagly, A. H. (1987). Sex differences in social behavior: A social-role interpretation. Lawrence Erlbaum Associates.
- Epstein, M. (2008). Adolescents in conflict: Associations between gender socialization, gender conflict, and well-being (Publication No. 3328814) [Doctoral dissertation, University of Michigan]. ProQuest Dissertations and Theses Global / Deep Blue Institutional Repository. http://hdl.handle.net/2027.42/60708
- Glick, P., & Fiske, S. T. (1996). The Ambivalent Sexism Inventory: Differentiating hostile and benevolent sexism. Journal of Personality and Social Psychology, 70(3), 491–512. https://doi.org/10.1037/0022-3514.70.3.491
- Hill, J. P., & Lynch, M. E. (1983). The intensification of gender-related role expectations during early adolescence. In J. Brooks-Gunn & A. C. Petersen (Eds.), Girls at puberty: Biological and psychosocial perspectives (pp. 201–228). Springer. https://doi.org/10.1007/978-1-4899-0354-9_10
- O’Neil, J. M. (2008). Summarizing 25 years of research on men’s gender role conflict using the Gender Role Conflict Scale: New research paradigms and clinical implications. The Counseling Psychologist, 36(3), 358–445. https://doi.org/10.1177/0011000008317057
- Spence, J. T., & Helmreich, R. L. (1978). Masculinity and femininity: Their psychological dimensions, correlates, and antecedents. University of Texas Press.