Responsabilité sociale

L’Échelle de responsabilité sociale (SRS), développée par Nedwek (1987) et complétée par Flewelling et ses collègues (1993), est un questionnaire psychométrique en 6 items évaluant le civisme, le respect des lois et l’engagement prosocial chez les adolescents.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 2, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 2, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle de responsabilité sociale (Social Responsibility Scale — SRS), initiée dans ses fondements par Brian P. Nedwek en 1987 puis enrichie par Robert L. Flewelling, Mallie J. Paschall et Christopher L. Ringwalt en 1993, constitue un instrument psychométrique bref conçu pour évaluer le sentiment d’obligation civique, le respect des normes sociétales et la conscience prosociale chez les adolescents et les jeunes adultes. Compilée notamment dans le recueil d’outils d’évaluation de la violence juvénile des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), l’échelle se compose de six items mesurant l’adhésion aux règles légales, l’interdépendance sociale et le sentiment de pouvoir contribuer positivement à la collectivité.

Les participants répondent à l’aide d’une échelle ordinale de type Likert en 4 points, s’étendant de « Tout à fait d’accord » (1) à « Pas du tout d’accord » (4). Après inversion des items formulés de manière prosociale (items 5 et 6), un score moyen variant de 1 à 4 est calculé, où un score élevé reflète une responsabilisation sociale accrue et une intégration civique positive. Sur le plan psychométrique, l’instrument présente une cohérence interne satisfaisante pour une échelle brève (coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,65 et 0,78 selon les populations évaluées). Sa validité de construit et sa validité prédictive ont été démontrées par des corrélations négatives robustes avec les conduites à risque, la délinquance juvénile et l’agressivité, ainsi que par des associations positives avec l’engagement communautaire et la réussite scolaire. Cet outil est particulièrement pertinent pour l’évaluation de programmes d’insertion des jeunes, la prévention de la violence et la recherche en psychologie du développement.

2. Mots-clés / Keywords

Responsabilité sociale, civisme, comportement prosocial, socialisation politique, délinquance juvénile, psychométrie, évaluation des programmes, engagement civique, attitudes des jeunes, prévention de la violence.

3. Auteurs / Authors

L’échelle tire son origine des travaux initiaux du professeur Brian P. Nedwek (alors rattaché au Département de science politique et d’administration publique de la Saint Louis University, Saint-Louis, Missouri, États-Unis), qui a formulé le premier item dans le cadre de l’évaluation de programmes de formation et d’emploi pour la jeunesse défavorisée (Nedwek, 1987).

L’instrument a été substantiellement étendu et formalisé sous sa configuration actuelle en six items par une équipe de chercheurs du Research Triangle Institute (RTI International) et du Pacific Institute for Research and Evaluation (PIRE) :

  • Robert L. Flewelling, Ph.D. — Chercheur principal et statisticien, spécialisé en épidémiologie comportementale et prévention des conduites à risque chez les adolescents.
  • Mallie J. Paschall, Ph.D. — Chercheur senior au Prevention Research Center (PIRE, Berkeley, Californie), expert des trajectoires de développement de la violence et de l’usage de substances psychoactives.
  • Christopher L. Ringwalt, Dr.P.H. — Spécialiste en santé publique et évaluation de programmes éducatifs et communautaires, affilié au PIRE et à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Échelle de responsabilité sociale est de quantifier les dispositions attitudinales qui régulent l’insertion de l’individu au sein du tissu social. Dans un contexte où les comportements antisociaux, l’incivisme et la délinquance juvénile constituent des défis majeurs de santé publique et de cohésion sociale, cet instrument vise à capturer le degré d’intériorisation des devoirs moraux, civiques et légaux envers la communauté élargie.

Dans le domaine de la recherche développementale et de la psychologie sociale, l’échelle permet d’examiner comment les croyances individuelles relatives à la loi, à la solidarité et à l’impact personnel évoluent au cours des transitions de l’adolescence vers l’âge adulte. Elle s’attache à identifier le déficit d’engagement civique ou, à l’inverse, l’émergence d’un sentiment d’efficacité citoyenne. L’évaluation de ces dimensions s’avère indispensable pour déceler précocement les trajectoires d’aliénation ou d’anomie sociale.

Sur le plan appliqué et évaluatif, l’instrument a été conçu pour servir de mesure de résultat (outcome measure) dans l’appréciation de l’efficacité d’interventions préventives, de dispositifs d’insertion professionnelle pour les jeunes en difficulté (Nedwek, 1987) et d’initiatives scolaires de prévention de la violence (telles que le projet SAGE — Social and Academic Growth Experience mené par Flewelling et ses collègues en 1993). Mesurer la responsabilité sociale fournit un indicateur intermédiaire essentiel : une amélioration du civisme et de la bienveillance envers autrui précède généralement la réduction tangible des passages à l’acte violents et des infractions légales.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit de responsabilité sociale évalué par cette échelle est multidimensionnel sur le plan théorique, bien qu’opérationnalisé de façon condensée. Il articule deux polarités majeures du fonctionnement sociomoral : l’adhésion aux normes collectives et le sens de l’interdépendance humaine.

Respect des normes légales et conformité sociétale

Cette composante explore la propension de l’individu à considérer les lois et les règlements comme des repères contraignants et légitimes. L’item 1 (« It is hard to get ahead without breaking the law now and then ») sonde la rationalisation de la déviance instrumentale. Les individus présentant un faible score sur cette dimension justifient la transgression par le cynisme social ou la nécessité perçue de réussir matériellement, ce qui fait écho aux concepts de techniques de neutralisation décrits en sociologie de la délinquance.

Individualisme moral contre interdépendance communautaire

Les items 2 et 3 (« If I want to risk getting into trouble, that is my business and nobody else’s » ; « I don’t owe the world anything ») mesurent un individualisme radical frôlant le désengagement moral. Un niveau élevé de responsabilité sociale suppose au contraire la reconnaissance que les comportements personnels ont des externalités directes sur les proches et la société, et que l’appartenance à un groupe implique une dette réciproque de réciprocité positive.

Agentivité civique versus fatalisme et aliénation

L’item 4 (« What I do with my life won’t make much difference one way or another ») aborde le sentiment d’efficacité personnelle et collective. Le fatalisme civique conduit fréquemment au désengagement passif : si l’individu estime que ses actions sont insignifiantes, la motivation à adopter des comportements prosociaux s’amenuise considérablement.

Bienveillance prosociale et obligation morale générative

À l’opposé de la simple abstention de comportements nuisibles, les items 5 et 6 (« I really care about how my actions might affect others » ; « I have a responsibility to make the world a better place ») évaluent la motivation prosociale active. Cette facette reflète l’empathie dispositionnelle et la générativité, c’est-à-dire le désir délibéré de promouvoir le bien-être collectif et de laisser une empreinte positive sur le monde social.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’élaboration de cette échelle s’enracine dans la convergence de plusieurs cadres conceptuels majeurs issus de la sociologie et de la psychologie du développement :

La théorie du contrôle social (Hirschi, 1969)

Selon la théorie du lien social de Travis Hirschi, la délinquance et la déviance surviennent lorsque le lien qui unit l’individu à la société est affaibli ou rompu. Ce lien repose sur quatre éléments fondamentaux : l’attachement (attachment), l’engagement (commitment), l’implication (involvement) et la croyance (belief). L’Échelle de responsabilité sociale opérationnalise principalement la composante des « croyances » morales en la validité des règles sociales et l’attachement aux attentes sociétales. L’absence d’obligation perçue (« Je ne dois rien au monde ») caractérise une érosion nette de ce lien protecteur.

Le modèle de développement social (Hawkins & Weis, 1985)

Le Social Development Model (SDM) intègre la théorie du contrôle social et la théorie de l’apprentissage social. Il postule que le développement d’attitudes prosociales fortes découle d’opportunités d’implication dans des contextes conventionnels (famille, école, communauté), de compétences pour y interagir et de renforcements positifs reçus. L’échelle évalue le produit final de ce processus de socialisation : l’émergence d’une norme interne de responsabilité personnelle envers le collectif.

La théorie du raisonnement moral prosocial (Eisenberg) et la socialisation civique

Nancy Eisenberg a mis en lumière la façon dont les enfants et adolescents progressent d’un raisonnement moral hédoniste ou centré sur les besoins immédiats vers un raisonnement fondé sur des valeurs internalisées, l’empathie et la responsabilité sociétale. L’échelle de Nedwek et de Flewelling capture cette transition critique, mesurant la capacité des jeunes à transcender l’égocentrisme adolescent au profit d’un engagement moral actif envers la communauté.

7. Validité / Validity

Les propriétés psychométriques de l’Échelle de responsabilité sociale ont été documentées à travers plusieurs cohortes de recherche en milieu scolaire et communautaire, notamment dans le cadre de l’évaluation nationale d’outils de prévention de la violence juvénile publiée par le CDC (Dahlberg et al., 2005) :

Validité de construit

La validité de construit est étayée par des relations conformes aux prédictions théoriques avec d’autres échelles de personnalité et de comportement. Les scores élevés de responsabilité sociale sont corrélés positivement avec les mesures d’attachement à l’école, d’estime de soi globale, d’empathie et de rendement académique. À l’inverse, l’échelle montre des corrélations négatives significatives avec l’aliénation sociale, le cynisme légal et la tolérance envers la déviance.

Validité convergente et discriminante

Dans les enquêtes épidémiologiques menées par Flewelling, Paschall et Ringwalt, l’échelle présente une corrélation modérée à forte avec les mesures d’adhésion aux valeurs conventionnelles et de comportement d’entraide (coefficients r compris entre 0,35 et 0,52, p < 0,001). Sur le versant discriminant, le score se distingue clairement des simples mesures d’extraversion ou de désirabilité sociale brute, confirmant qu’il ne s’agit pas d’un simple artefact de présentation de soi favorable mais d’un système de croyances normatives structurées.

Validité prédictive et de critère

L’échelle a démontré une excellente capacité à discriminer les jeunes engagés dans des trajectoires de délinquance de ceux qui suivent des parcours prosociaux. Les analyses de régression logistique longitudinale montrent qu’un score faible à la SRS prédit de façon indépendante la participation à des bagarres physiques, le port d’armes et l’expulsion scolaire au cours des 12 mois consécutifs, même après contrôle des variables sociodémographiques de base.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’Échelle de responsabilité sociale a fait l’objet d’évaluations rigoureuses dans des échantillons diversifiés d’adolescents scolarisés du collège et du lycée :

  • Cohérence interne : Le coefficient alpha de Cronbach (α) rapporté pour l’échelle globale de 6 items varie généralement entre 0,68 et 0,76 dans les études de référence (Flewelling et al., 1993 ; Dahlberg et al., 2005). Compte tenu du très faible nombre d’items (6 énoncés) et de l’hétérogénéité intentionnelle des facettes explorées (respect de la loi, sens du devoir, croyance en son impact), ces valeurs démontrent une consistance interne tout à fait satisfaisante selon les standards psychométriques pour les instruments de dépistage rapide.
  • Corrélations inter-items : Les corrélations moyennes inter-items se situent dans la plage optimale recommandée de 0,20 à 0,40, garantissant que les items partagent une variance commune substantielle sans être redondants.
  • Stabilité temporelle (test-retest) : Bien que les attitudes civiques soient susceptibles d’évoluer sous l’effet de programmes éducatifs, les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) sur un intervalle de 3 à 4 semaines sans intervention se maintiennent à des niveaux satisfaisants (r ≥ 0,70), attestant d’une stabilité adéquate des dispositions attitudinales mesurées.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle de la SRS a été examinée au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) dans plusieurs études portant sur les conduites à risque des adolescents :

Structure unidimensionnelle versus bidimensionnelle

Dans l’approche initiale préconisée par les auteurs et retenue par le compendium du CDC, l’instrument est utilisé de manière unidimensionnelle, tous les items saturant sur un facteur général de « Responsabilité sociale et conscience civique ». L’analyse factorielle exploratoire (extraction en composantes principales avec rotation varimax) révèle généralement un premier facteur dominant expliquant entre 35 % et 45 % de la variance totale des scores.

Dédoublement factoriel selon la polarité des items

Certaines analyses factorielles confirmatoires mettent en évidence une structure bifactorielle corrélée, largement attribuable à l’orientation positive ou négative des items :

  1. Facteur 1 : Aliénation des normes et désengagement sociolégal (Items 1, 2, 3 et 4). Les saturations factorielles de ces items se situent classiquement entre 0,55 et 0,72. Ce facteur regroupe la minimisation des conséquences individuelles et le scepticisme envers la légalité.
  2. Facteur 2 : Engagement prosocial et efficacité sociétale (Items 5 et 6). Les saturations factorielles s’élèvent entre 0,68 et 0,81. Ce facteur reflète la volonté explicite d’impacter positivement autrui et le monde.

Malgré cette distinction empirique fréquente dans les échelles combinant des énoncés inversés, la forte corrélation entre les deux dimensions latentes (r > 0,50) justifie pleinement l’agrégation en un indice global de responsabilité sociale, conformément au modèle de notation standardisé.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom de l’instrument : Échelle de responsabilité sociale (Social Responsibility Scale — SRS).
  • Type d’outil : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (auto-rapporté).
  • Format d’administration : Papier-crayon ou questionnaire informatisé en ligne.
  • Population cible : Adolescents et jeunes adultes (environ 11 à 25 ans).
  • Nombre total d’items : 6 items formulés sous la forme d’affirmations concises.
  • Modalités de réponse : Échelle ordinale en 4 points :
    • 1 = Tout à fait d’accord (Strongly agree)
    • 2 = D’accord (Agree)
    • 3 = Pas d’accord (Disagree)
    • 4 = Pas du tout d’accord (Strongly disagree)
  • Procédure de cotation et de calcul :
    • Les items 1, 2, 3 et 4 sont formulés de manière négative par rapport au construit de responsabilité sociale ; leurs valeurs restent inchangées (1 à 4, où 4 indique le refus de la transgression ou de l’égoïsme).
    • Les items 5 et 6 sont des items prosociaux et doivent être inversés avant le calcul : la valeur 1 devient 4, 2 devient 3, 3 devient 2, et 4 devient 1.
    • Le score global individuel correspond à la somme des points divisée par le nombre d’items (6), fournissant un score moyen compris entre 1,00 et 4,00.
    • Interprétation : Un score plus élevé indique un niveau plus fort de responsabilité sociale, d’engagement civique et de conscience éthique.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement : Item initial formulé en 1987 (Nedwek) ; échelle complète standardisée à 6 items développée en 1993 (Flewelling, Paschall & Ringwalt).
  • Statut des droits d’auteur et accessibilité : Domaine public / Utilisation libre pour la recherche scientifique et l’évaluation éducative sans but lucratif.
  • Tarification : Gratuit. L’échelle est disponible en texte intégral dans le compendium public des CDC (Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths).
  • Conditions d’utilisation : Aucune autorisation payante n’est requise. Les utilisateurs sont invités à citer adéquatement les travaux de référence de Nedwek (1987), Flewelling et al. (1993) ainsi que le compendium de Dahlberg et al. (2005).

12. Références / References

Dahlberg, L. L., Toal, S. B., Swahn, M., & Behrens, C. B. (2005). Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (2nd ed., p. 130). Centers for Disease Control and Prevention, National Center for Injury Prevention and Control. https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/YV_Compendium.pdf

Flewelling, R. L., Paschall, M. J., & Ringwalt, C. L. (1993). SAGE Baseline Survey. Research Triangle Park, NC: Research Triangle Institute. (Document non publié).

Hawkins, J. D., & Weis, J. G. (1985). The social development model: An integrated approach to delinquency prevention. Journal of Primary Prevention, 6(2), 73–97. https://doi.org/10.1007/BF01325432

Hirschi, T. (1969). Causes of Delinquency. University of California Press. https://doi.org/10.1525/9780520341777

Nedwek, B. P. (1987). Political socialization and policy evaluation: The case of youth employment and training program. Evaluation and Program Planning, 10(1), 35–42. https://doi.org/10.1016/0149-7189(87)90006-2

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

It is hard to get ahead without breaking the law now and then.
2

If I want to risk getting into trouble‚ that is my business and nobody else’s.
3

I don’t owe the world anything.
4

What I do with my life won’t make much difference one way or another.
5

I really care about how my actions might affect others.
6

I have a responsibility to make the world a better place.
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Looti, M. (2026, octobre 2). Responsabilité sociale. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-responsabilite-sociale/
Looti, Mohammed. “Responsabilité sociale.” Base de données de psychologie en français, 2 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-responsabilite-sociale/.
Looti, Mohammed. “Responsabilité sociale.” Base de données de psychologie en français. octobre 2, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-responsabilite-sociale/.