1. Résumé / Abstract
L’Échelle de responsabilité à l’égard de l’alcool (en anglais, The Alcohol Responsibility Scale — ARS) est un instrument psychométrique conçu pour évaluer la localisation de la causalité et de la responsabilité personnelle dans le développement, le maintien et la prise en charge des troubles liés à l’usage de l’alcool. Développée dans la continuité des travaux pionniers sur le lieu de contrôle (locus of control) de Julian Rotter et popularisée au sein du recueil méthodologique coordonné par Herbert M. Lefcourt en 1981, cette échelle explore la tension théorique et clinique fondamentale entre l’attribution interne (considérant l’alcoolisme comme un comportement relevant du choix individuel, de la gestion des difficultés et de l’auto-efficacité) et l’attribution externe (attribuant la dépendance à la fatalité, à l’hérédité, à un modèle médicalisé déterministe de la maladie, ou aux pressions environnementales et sociales).
Sur le plan structurel, le questionnaire utilise un paradigme à choix forcé dyadique (composé de paires d’énoncés alternatifs a et b), calqué sur l’architecture historique de l’échelle I-E de Rotter. Ce format vise à neutraliser les biais de désirabilité sociale et l’acquiescement systématique. Bien que la version intégrale publiée dans les répertoires spécialisés compte plus d’une trentaine de paires d’items (souvent abrégée à 24 items dans plusieurs études comparatives de validation clinique), l’instrument quantifie un continuum d’internalité versus externalité spécifique au domaine de l’addictologie. Les recherches empiriques, notamment celles conduites par Johnson et ses collaborateurs (1991), indiquent des qualités psychométriques satisfaisantes, attestant que l’externalité à l’ARS constitue un prédicteur robuste et statistiquement significatif de la rechute précoce après désintoxication hospitalière. La cohérence interne oscille entre α = 0,72 et 0,81 selon les échantillons cliniques, avec une stabilité test-retest acceptable sur des intervalles brefs. Cet article propose un examen exhaustif de ses fondements théoriques, de sa métrologie factorielle et de ses applications contemporaines dans la recherche et les thérapies motivationnelles.
2. Mots-clés / Keywords
Lieu de contrôle, Locus de responsabilité, Alcoolodépendance, Attribution causale, Modèle de la maladie, Rechute clinique, Psychométrie, Choix forcé, Psychologie de la santé, Auto-efficacité.
3. Auteurs / Authors
L’Alcohol Responsibility Scale trouve ses racines documentées dans les travaux colligés par Herbert M. Lefcourt (1927–2011), professeur émérite de psychologie à l’Université de Waterloo (Ontario, Canada), figure de proue internationale de la recherche sur le concept de lieu de contrôle et ses applications adaptatives à la santé mentale et somatique. Bien que divers cliniciens en addictologie associés aux centres hospitaliers pour vétérans (notamment aux États-Unis au tournant des années 1970 et 1980) aient contribué à la formulation des items initiaux pour capturer le discours spécifique des patients alcooliques en cure, c’est Lefcourt qui a officialisé la diffusion académique du protocole dans son ouvrage de référence : Research with the Locus of Control Construct: Assessment Methods (1981, Academic Press).
Par la suite, l’évaluation et la consolidation métrologique de l’instrument ont été reprises par des chercheurs hospitaliers et universitaires en psychiatrie de l’addiction, parmi lesquels figurent E. E. Johnson, R. N. Nora, B. Tan et N. Bustos, rattachés aux services de psychiatrie et de traitement de l’alcoolisme du Department of Veterans Affairs Medical Center (États-Unis). Les correspondances académiques historiques relatives aux applications prédictives de l’instrument sont principalement rattachées aux archives éditoriales des revues d’évaluation clinique et comportementale des années 1990.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle de responsabilité à l’égard de l’alcool est d’opérationnaliser le degré auquel un individu attribue l’origine, le maintien et la résolution de ses problèmes d’alcoolisation soit à des forces internes (contrôle personnel, choix comportemental, système de valeurs, responsabilité morale et cognitive), soit à des forces externes (vulnérabilité génétique inéluctable, étiquetage en tant que maladie biologique hors de tout contrôle, rejet de la faute sur le conjoint, l’armée, la société ou le destin).
Justification théorique et clinique
Dans le domaine de l’alcoologie, la question de la causalité perçue fait l’objet d’un débat épistémologique historique intense. D’un côté, le modèle médical classique (largement promu par les Alcooliques Anonymes et les conceptualisations biogénétiques issues des travaux d’E. M. Jellinek) stipule que l’alcoolisme est une maladie primaire, progressive et incurable. Selon ce prisme, l’individu est intrinsèquement « impuissant » face à la substance chimique. Si cette vision a historiquement permis de déstigmatiser la dépendance en libérant les patients de la culpabilité morale paralysante, elle comporte un risque iatrogène majeur : l’adoption d’une posture de passivité résignée et d’impuissance acquise (learned helplessness).
À l’opposé, les modèles cognitivo-comportementaux de l’addiction (comme ceux développés par G. Alan Marlatt, Albert Bandura ou Stanton Peele) soutiennent que l’abstinence durable ou la modération reposent sur l’attribution interne de l’agentivité : le patient doit reconnaître que boire est un comportement appris, fonctionnel en réponse au stress ou aux difficultés existentielles, et que lui seul détient le pouvoir et la responsabilité d’initier et de consolider un changement comportemental. L’ARS a été spécifiquement conçue pour mesurer cette tension clinique directe.
Applications en recherche et en pratique thérapeutique
- Prédiction des trajectoires de rechute : L’un des usages cliniques cardinaux de l’ARS réside dans le pronostic post-traitement. Les individus affichant un score hautement externaliste (ex. : attribuant systématiquement toute reprise de boisson aux provocations d’autrui ou à une fatalité physiologique) manifestent un risque de rechute significativement plus précoce que ceux endossant une responsabilité active.
- Orientation thérapeutique et personnalisation des soins : Identifier le locus de responsabilité permet d’adapter l’approche psychothérapeutique. Un patient hyper-externaliste pourra tirer bénéfice d’entretiens motivationnels (Miller et Rollnick) visant le développement de la divergence cognitive et le renforcement de l’auto-efficacité, tandis qu’un patient éprouvant une internalisation excessive accompagnée d’un autodénigrement destructeur devra être guidé vers une déculpabilisation constructive.
- Évaluation de l’impact des programmes thérapeutiques : L’ARS sert d’indicateur pré/post-test afin de déterminer si un séjour de réhabilitation ou une thérapie cognitivo-comportementale a réussi à modifier le schéma d’attribution causale du sujet, en le faisant passer du statut de victime passive à celui d’acteur autonome de son rétablissement.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par l’ARS est la responsabilité causale et comportementale spécifique à l’alcoolisme (Alcohol-Specific Locus of Responsibility). Contrairement aux échelles généralistes du lieu de contrôle qui mesurent les attentes relatives à la vie quotidienne dans son ensemble, l’ARS évalue une variable de domaine spécifique, ce qui accroît substantiellement sa sensibilité psychométrique et sa valeur prédictive écologique.
Dimension 1 : L’Internalité de Responsabilité (Agentivité et Choix)
Cette dimension reflète la conviction fondamentale que la consommation d’alcool est un comportement sous le contrôle de la volonté, dicté par des choix décisionnels personnels, des valeurs individuelles et des stratégies d’adaptation sélectionnées par le sujet. L’individu interne adhère aux principes suivants :
- Considération de la consommation comme une fausse solution : L’alcool n’est pas vu comme un destin, mais comme un moyen inadapté choisi pour tenter d’échapper à des problèmes relationnels, émotionnels ou financiers du quotidien (ex. item : « My drinking is a poor solution to problems in my life »).
- Agentivité dans la guérison : La réhabilitation n’est pas perçue comme un miracle médical ou un don passif provenant d’une équipe soignante, mais comme un processus exigeant une implication personnelle rigoureuse, proactive et continue (ex. item : « I need to take an active part in my own treatment, whenever I seek help »).
- Refus de l’autojustification par l’histoire de vie : Le sujet refuse de masquer ses excès derrière une enfance difficile, des traumatismes antérieurs ou des déceptions conjugales, affirmant son pouvoir présent de décision (ex. item : « I can make the choice not to drink no matter how my parents have treated me »).
Dimension 2 : L’Externalité de Responsabilité (Déterminisme et Déresponsabilisation)
À l’autre pôle du spectre psychologique se situe l’externalité, où la cause du problème est systématiquement projetée à l’extérieur de l’agent. Cette dimension se subdivise sur le plan qualitatif en trois sous-mécanismes d’attribution :
- L’externalité biologique et médicale (Fatalisme somatique) : Le sujet adopte une lecture rigide et passive de la théorie de la maladie (« disease model »), considérant qu’il est né pour être alcoolique, que son hérédité a scellé son destin ou qu’une pilule médicale devra un jour miraculeusement le guérir (ex. item : « Doctors will soon find a cure for my drinking » ; « Heredity played a major role in my becoming an alcoholic »).
- L’externalité interpersonnelle et projective (Blâme d’autrui) : L’alcoolisation est imputée aux provocations de l’entourage, à l’incompréhension des proches, aux tensions conjugales ou à l’attitude perçue comme hostile des soignants (ex. item : « When the hospital staff gives me a ‘bad time’, they are driving me to drink » ; « A woman is the major cause of my being pushed into alcoholism »).
- L’externalité circonstancielle et institutionnelle : Les difficultés sont attribuées à la malchance, à la fatalité sociétale ou au passage dans des institutions telles que le service militaire (ex. item : « The Service is the main reason why I was forced into drinking in the first place » ; « I am the victim of bad luck or fate »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise conceptuelle de l’ARS repose à la convergence de plusieurs courants majeurs de la psychologie clinique, de la psychologie sociale cognitive et des modèles théoriques de l’addiction.
1. La théorie de l’apprentissage social de Julian Rotter
Au cœur de l’instrument réside la théorie de l’apprentissage social développée par Julian B. Rotter (1954, 1966). Selon Rotter, la probabilité d’occurrence d’un comportement (potentiel comportemental) est fonction de l’attente que ce comportement mènera à un renforçateur spécifique, ainsi que de la valeur subjective accordée à ce renforçateur. Dans ce cadre, le lieu de contrôle constitue une attente généralisée : les individus internes considèrent les renforcements comme contingents à leurs propres efforts et aptitudes, tandis que les individus externes perçoivent les renforcements comme gouvernés par la chance, le hasard, des puissances extérieures ou des forces imprévisibles.
Lefcourt et les chercheurs contemporains ont rapidement démontré que si l’échelle globale de Rotter constituait une percée fondamentale, les croyances d’attribution se déclinent de façon beaucoup plus prédictive lorsqu’elles sont évaluées dans des contextes comportementaux spécifiques (domain-specific expectancies), d’où l’émergence des échelles de santé de Wallston et de l’ARS en addictologie.
2. La théorie de l’attribution causale de Bernard Weiner
Le cadre théorique de l’ARS dialogue également de manière étroite avec la théorie tridimensionnelle de l’attribution de Bernard Weiner (1979, 1985). Weiner structure les attributions causales autour de trois axes : le locus (interne vs externe), la stabilité (temporaire vs stable à travers le temps) et la contrôlabilité (pouvant être modifiée par la volonté ou non). Dans l’ARS, le discours externaliste correspond souvent à des causes externes ou à des causes internes stables et incontrôlables (ex. l’hérédité biologique « inscrite dans le sang »), annihilant l’espérance de changement et générant l’impuissance acquise théorisée par Martin Seligman.
3. Le modèle cognitivo-comportemental de la rechute (Marlatt & Gordon)
L’intérêt pronostique de l’ARS est directement éclairé par le modèle de prévention de la rechute de G. Alan Marlatt et Judith R. Gordon (1985). D’après ces théoriciens, lorsqu’un individu abstinent fait face à une situation à haut risque (ex. dispute conjugale, humeur dépressive), la survenue d’un faux pas (lapse) évolue vers une rechute massive (relapse) en raison de l’effet de violation de l’abstinence (Abstinence Violation Effect — AVE). L’AVE est décuplé par des attributions causales inadaptées : si le sujet s’attribue une incapacité constitutive et externe (« l’alcool est plus fort que moi, c’est ma maladie qui a repris le dessus »), il capitule immédiatement face à la compulsion de boire.
7. Validité / Validity
L’évaluation des qualités métrologiques de l’Échelle de responsabilité à l’égard de l’alcool a fait l’objet de plusieurs investigations ciblées, bien que l’instrument appartienne à la catégorie des outils spécialisés de recherche plutôt qu’aux tests cliniques standardisés de masse.
Validité de construit et de contenu
La validité de contenu a été initialement assurée par l’extraction d’affirmations réelles et récurrentes formulées par des patients alcooliques en milieu institutionnel (notamment dans les départements de réadaptation pour anciens combattants). Les formulations reflètent fidèlement les mécanismes de défense traditionnels décrits en psychodynamique et en addictologie comportementale : projection, rationalisation, clivage et victimisation. L’analyse critique de Furnham et Steele (1993) sur les questionnaires de locus de contrôle a confirmé la pertinence écologique du contenu face aux échelles généralistes souvent jugées trop abstraites pour des populations en détresse addictive.
Validité convergente et discriminante
Dans leur étude comparative de référence, Johnson, Nora, Tan et Bustos (1991) ont examiné la convergence entre l’ARS et l’échelle standard de locus de contrôle interne-externe de Rotter (I-E Scale). Les résultats ont mis en évidence des corrélations modérées et théoriquement congruentes (r oscillant entre 0,38 et 0,49, p < 0,001) entre le score d’externalité de l’ARS et l’externalité globale de Rotter. Cette amplitude de corrélation démontre une validité convergente significative tout en confirmant la validité discriminante de l’outil : l’ARS ne se contente pas de dupliquer l’échelle de Rotter, mais capture une variance spécifique propre au comportement d’alcoolisation et à la justification de l’addiction.
Validité prédictive (Pronostic de la rechute)
L’argument majeur en faveur de la validité empirique de l’ARS réside dans sa sensibilité prédictive clinique. L’étude longitudinale de Johnson et al. (1991) sur une cohorte d’hommes alcoolodépendants admis en programme de sevrage a révélé que les scores à l’ARS mesurés à l’admission permettaient de prédire de façon statistiquement significative le statut d’abstinence ou de rechute à 6 et 12 mois. Les patients ayant obtenu des scores élevés d’externalité (attribuant la responsabilité à des entités extérieures, médicales ou relationnelles) présentaient un taux de réadmission pour ivresse aiguë deux fois plus élevé que les patients orientés vers un locus de responsabilité interne. L’ARS s’est révélée légèrement supérieure à l’échelle générale de Rotter dans l’explication de la variance de rechute, attestant de la supériorité des échelles de domaine spécifique.
8. Fidélité / Reliability
Bien que le format à choix forcé dyadique impose certaines contraintes statistiques (notamment en limitant la variance des items individuels par rapport à des échelles de type Likert multipoints), la fidélité de l’ARS a été documentée avec des indices satisfaisants pour la recherche et l’évaluation clinique de groupe.
Cohérence interne
Les estimations de la cohérence interne, mesurées à l’aide du coefficient alpha de Cronbach ou de la formule 20 de Kuder-Richardson (KR-20, adaptée aux items dichotomiques), varient selon les publications :
- Dans la recension initiale mentionnée dans l’ouvrage de Lefcourt (1981), les coefficients de consistance interne se situaient dans une fourchette acceptable comprise entre α = 0,70 et 0,78.
- L’étude de Johnson et al. (1991) a rapporté un KR-20 de 0,76 pour l’ensemble de l’échelle dans sa version à 24 items chez des patients en cours de traitement pour alcoolisme.
- Bien que modérés en comparaison de certaines échelles contemporaines multipoint de self-efficacy (qui dépassent fréquemment 0,85), ces scores sont jugés tout à fait honorables pour un format de choix forcé de 24 paires d’items, réputé pour sa variabilité d’estimation plus stricte.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest a été investiguée sur des intervalles courts allant de deux à quatre semaines chez des sujets en phase de stabilisation clinique (afin d’éviter que le sevrage aigu ne biaise les réponses cognitives). Les coefficients de corrélation temporelle rapportés oscillent entre r = 0,68 et r = 0,79, ce qui démontre une stabilité temporelle satisfaisante de la croyance de responsabilité, tout en confirmant que le construit n’est pas un trait de personnalité rigide et immuable, mais un schéma cognitif susceptible d’évoluer sous l’effet d’une intervention thérapeutique efficace.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La dimensionnalité de l’ARS a fait l’objet d’examens statistiques tant exploratoires que conceptuels.
Structure unifactorielle vs bidimensionnelle
Initialement, l’échelle a été conçue pour fonctionner selon un modèle unidimensionnel bipolaire, où l’internalité et l’externalité constituent les deux extrémités d’une même ligne continue (chaque réponse interne ajoutant des points d’un côté, et chaque réponse externe diminuant le score ou augmentant le score d’externalité). Cependant, à l’instar des débats ayant animé l’échelle de Rotter originale, les analyses factorielles exploratoires (AFE) menées sur des matrices de corrélations tétrachoriques ont démontré que l’instrument s’articule plus précisément autour de plusieurs sous-facteurs corrélés.
Facteurs émergents
Les analyses factorielles ont traditionnellement extrait deux à trois composantes principales significatives expliquant entre 38 % et 46 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Auto-détermination et Responsabilité personnelle du changement (Internalité pure) : Ce facteur regroupe les items où l’individu revendique la maîtrise de son comportement indépendamment des stresseurs environnementaux (ex. « Even when things are tough, I am responsible for staying sober » ou « I can make the choice not to drink no matter how my parents have treated me »). Les saturations factorielles pour ces items oscillent majoritairement entre 0,45 et 0,68.
- Facteur 2 : Causalité projective et victimisation sociale (Externalité interpersonnelle) : Ce facteur est saturé par les énoncés désignant autrui, le système ou le ressentiment comme déclencheurs exclusifs de la consommation (ex. « When the hospital staff gives me a ‘bad time’, they are driving me to drink » ; « If society were different, I wouldn’t have had to become an alcoholic »). Les saturations s’échelonnent de 0,40 à 0,62.
- Facteur 3 : Déterminisme biologique et adhésion au modèle de la maladie (Externalité médicale) : Ce facteur plus discret mais cliniquement très pertinent capture la croyance que la biologie ou le destin médical affranchit l’individu de son pouvoir d’action (ex. « Heredity played a major role… » ; « Doctors will soon find a cure for my drinking »). Les saturations sur ce facteur sont modérées (0,35 à 0,54).
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’outil : The Alcohol Responsibility Scale (ARS) / Échelle de responsabilité à l’égard de l’alcool.
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique à choix forcé (forced-choice self-report inventory).
- Nombre total d’items : Variable selon les versions de recherche : la version étendue de recueil en compte 31 paires d’items (telle que documentée dans les répertoires cliniques), tandis que la version de validation expérimentale abrégée de Johnson et al. (1991) emploie 24 paires d’items.
- Format de réponse : Dyadique à choix forcé. Pour chaque numéro, le participant est confronté à deux assertions antithétiques (option a et option b) et doit obligatoirement sélectionner celle qui correspond le plus intimement à sa conviction personnelle fondamentale, même si aucune des deux n’exprime parfaitement son ressenti.
- Temps d’administration : Environ 10 à 15 minutes.
- Cotation et calcul des scores :
- Chaque paire oppose généralement une option de type interne (attribution de la responsabilité de boire, de s’abstenir ou de guérir à soi-même) et une option de type externe (attribution à la maladie, à l’hérédité, à autrui, aux circonstances ou au destin).
- Selon la convention de cotation adoptée par le chercheur, on attribue 1 point par réponse « Interne » (score total d’internalité variant de 0 à 24 ou 31) ou inversement 1 point par réponse « Externe » (score d’externalité).
- Un score élevé d’internalité dénote une forte prise de responsabilité comportementale, un sentiment d’agentivité élevé et un pronostic favorable face au risque de rechute. Un score élevé d’externalité traduit une posture de dépendance passive, de victimisation ou de fatalisme biologique prédisposant au lâcher-prise en cas de crise.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conceptualisation et de publication de référence : Développée et formalisée à la fin des années 1970 ; publiée officiellement dans le volume académique de référence en 1981 (Lefcourt, 1981) et validée en milieu addictologique en 1991 (Johnson et al.).
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : L’Échelle de responsabilité à l’égard de l’alcool a été conçue comme un outil de recherche académique non commercial. Elle figure dans le domaine de la littérature scientifique ouverte pour les chercheurs et les praticiens de la santé mentale. Aucun coût d’achat, redevance ou redevance de licence (royalty fee) commerciale n’est requis pour son utilisation dans des contextes de recherche académique ou de soins cliniques hospitaliers.
- Conditions d’utilisation : Les cliniciens et chercheurs souhaitant administrer ou adapter l’instrument sont tenus de citer les sources originales (Lefcourt, 1981 ; Johnson et al., 1991) conformément aux conventions de citation académique de l’American Psychological Association (APA).
12. Références / References
- Furnham, A., & Steele, H. (1993). Measuring locus of control: A critique of general, children’s, health- and work-related locus of control questionnaires. British Journal of Psychology, 84(4), 443–479. https://doi.org/10.1111/j.2044-8295.1993.tb02495.x
- Johnson, E. E., Nora, R. N., Tan, B., & Bustos, N. (1991). Comparison of two locus of control scales in predicting relapse in an alcoholic population. Perceptual and Motor Skills, 72(1), 43–50. https://doi.org/10.2466/pms.1991.72.1.43
- Lefcourt, H. M. (Ed.). (1981). Research with the locus of control construct: Volume 1: Assessment methods. Academic Press. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-443201-7.X5001-3
- Marlatt, G. A., & Gordon, J. R. (Eds.). (1985). Relapse prevention: Maintenance strategies in the treatment of addictive behaviors. Guilford Press.
- Rotter, J. B. (1966). Generalized expectancies for internal versus external control of reinforcement. Psychological Monographs: General and Applied, 80(1), 1–28. https://doi.org/10.1037/h0092976
- Weiner, B. (1985). An attributional theory of achievement motivation and emotion. Psychological Review, 92(4), 548–573. https://doi.org/10.1037/0033-295X.92.4.548
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les items originaux de l’Échelle de responsabilité à l’égard de l’alcool se présentent sous la forme d’un choix forcé dyadique. La consigne fournie au participant est la suivante : « Pour chaque paire d’affirmations ci-dessous, veuillez sélectionner l’énoncé (a ou b) auquel vous croyez le plus fermement, même si vous n’êtes pas entièrement d’accord avec l’un ou l’autre. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. »
Instruction: I more strongly believe that:
-
- I can “make it” if I want to hard enough.
- If the cards are “stacked against me”, I will never “make it”.
-
- I am the victim of bad luck or fate.
- I have chosen a poor solution to some of life’s problems.
-
- I have learned to become an alcoholic.
- Heredity played a major role in my becoming an alcoholic.
-
- My drinking is a “disease”.
- My drinking is a poor solution to problems in my life.
-
- If I could understand why I got this way, I would be well on my way to becoming cured.
- My behavior reflects what I place the most value in — alcohol or family, job, etc.
-
- I am “sick” or “ill”.
- I am “irresponsible”.
-
- I was born to be an alcoholic.
- The experiences I have had and how I have reacted to them played a large part in determining whether I would become an alcoholic.
-
- I can be the biggest “con man” in the world.
- I am the victim of society and others around me.
-
- I am just no good and I probably never will be.
- I can be rehabilitated but only with my help.
-
- If I make up my mind to quit drinking, I can do it.
- Without the “right breaks”, I don’t stand a chance at being sober.
-
- The Service is the main reason why I was forced into drinking in the first place.
- I can choose to refuse a drink even if others expect me to have a drink with them.
-
- What happens to me, as an alcoholic, is up to me.
- I don’t have very much control over the direction my life takes.
-
- My staying sober involves taking responsibility for my behavior and placing more value on sobriety than on drunkenness.
- If I could get the “right breaks” I could kick the habit.
-
- I would give anything to stay sober.
- If I placed more value on staying sober than in drowning my troubles in alcohol, I would stay sober.
-
- Other people can drive me to drink.
- I have repeatedly chosen the easy way out of bad situations.
-
- I can make the choice not to drink no matter how my parents have treated me.
- My parents don’t realize how much they have put me on the road to alcoholism.
-
- Physical problems often cause me to drink too much.
- My drinking too much often causes me physical problems.
-
- If people understood me better, they would realize that I can’t help myself.
- I earn most of the contempt others show towards me.
-
- I have made the choice of becoming an alcoholic, not other people.
- If society were different, I wouldn’t have had to become an alcoholic.
-
- I need a rehabilitation program that will help me.
- I need to take an active part in my own treatment, whenever I seek help.
-
- I have given my life over to alcoholism.
- Alcoholism has taken over my life.
-
- I certainly get a “raw deal” in life.
- I generally get what I ask for in life.
-
- When pressure builds up, I can’t keep from drinking.
- Even when things are tough, I am responsible for staying sober.
-
- I can control other people with my drinking behavior.
- When I am drunk, I am an easy victim of other people’s manipulations.
-
- If anyone really cared about me, I wouldn’t have to drink.
- If I cared enough about other people, I wouldn’t drink.
-
- I can’t justify my drinking by focusing on a “rough childhood” or a lost marriage.
- A woman is the major cause of my being pushed into alcoholism.
-
- I am responsible for choosing my way of life.
- Things that have happened to me have pushed me towards alcoholism.
-
- Alcoholism is a behavior problem that only I can change.
- Doctors will soon find a cure for my drinking.
-
- I have made the choice to drink or not to drink every day.
- When a way of life, like alcoholism, took over my life it was almost impossible to change.
-
- I can’t excuse myself for drinking just because I get frustrated by other people.
- When the hospital staff gives me a “bad time,” they are driving me to drink.
-
- My alcoholism was likely caused by my being influenced by other drinkers.
- I have likely chosen the kind of friends that give me an excuse to drink.