1. Résumé
L’Échelle de résilience du Moi (communément désignée sous l’acronyme ER89 ou Ego Resilience Scale) est un instrument psychométrique auto-rapporté développé initialement par le professeur Jack Block et Adam M. Kremen en 1996 à l’Université de Californie à Berkeley. Conçue pour opérationnaliser le construit théorique fondamental de « résilience du Moi » (ego-resiliency), cette échelle évalue la capacité dynamique et adaptative d’un individu à moduler son niveau habituel de contrôle de soi (ego-control) en réponse aux exigences changeantes, aux opportunités, aux incertitudes et aux stresseurs de l’environnement physique et social.
L’instrument est composé de 14 items soigneusement sélectionnés à partir d’analyses de validité de construit et de corrélations avec les descriptions de personnalité issues du California Adult Q-Set (CAQ). Les répondants évaluent la mesure dans laquelle chaque énoncé s’applique à eux sur une échelle de réponse ordinale en 4 points, allant de 1 (« Does not apply at all » / Ne s’applique pas du tout) à 4 (« Applies very strongly » / S’applique très fortement). Bien que Block et Kremen aient initialement conçu l’échelle comme une mesure unidimensionnelle globale de la résilience du Moi, des investigations factorielles subséquentes — notamment les travaux de Farkas et Orosz (2015) — ont mis en lumière une organisation sous-jacente en trois composantes fonctionnelles : l’engagement actif envers le monde (Active engagement with the world), la performance intégrée sous stress (Integrated performance under stress), et le répertoire de stratégies de résolution de problèmes (Repertoire of problem solving strategies).
Sur le plan des propriétés psychométriques, l’ER89 présente une cohérence interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,76 et 0,85 selon les échantillons d’adultes, d’étudiants universitaires et de populations cliniques. L’échelle démontre une excellente validité convergente avec les mesures d’affectivité positive, d’auto-efficacité, d’estime de soi, d’ouverture à l’expérience et d’extraversion, ainsi qu’une corrélation négative marquée avec le névrosisme, la détresse psychologique et la dépression. L’échelle de résilience du Moi demeure à ce jour un étalon-or dans l’étude longitudinale de la personnalité, de la psychopathologie développementale et de la psychologie de la santé.
2. Mots-clés
Résilience du Moi, ego-resiliency, Jack Block, ER89, régulation émotionnelle, adaptation psychologique, personnalité, contrôle du Moi, psychométrie, flexibilité comportementale, coping, stabilité émotionnelle, California Q-Set, stress adaptatif, psychologie de la personnalité.
3. Auteurs
L’Échelle de résilience du Moi a été élaborée par des figures majeures de la recherche en psychologie de la personnalité et du développement :
- Jack Block, Ph.D. (1924–2010) : Professeur émérite de psychologie à l’Université de Californie à Berkeley (États-Unis). Théoricien éminent de la structure de la personnalité, pionnier des études longitudinales de longue durée (notamment la Block Longitudinal Study) et créateur des concepts jumeaux d’ego-control et d’ego-resiliency.
- Adam M. Kremen, Ph.D. : Chercheur en psychologie associé à l’Université de Californie à Berkeley, spécialisé dans l’évaluation psychologique, les interactions entre cognition et personnalité, et la modélisation dimensionnelle des traits.
- Contributeurs théoriques associés : Jeanne H. Block, Ph.D. (co-développeuse de la théorie de la résilience du Moi et des études développementales longitudinales à Berkeley) ; David C. Funder, Ph.D. (Université de Californie à Riverside) ; et Tera D. Letzring, Ph.D. (Idaho State University), ayant conduit d’importantes études de validation convergente multi-informateurs de l’ER89.
4. Objectif
L’objectif fondamental de l’Échelle de résilience du Moi (ER89) est de mesurer quantitativement une disposition de personnalité centrale : la propension d’un individu à ajuster avec souplesse et efficacité son fonctionnement psychologique face aux fluctuations contextuelles. Contrairement à une vision réductrice de la résilience comprise comme une simple résistance statique aux traumatismes majeurs (la métaphore de l’armure impassible), Jack Block concevait la résilience du Moi comme une élasticité psychodynamique. L’instrument vise à déterminer dans quelle mesure un individu est capable d’osciller de manière fluide entre l’inhibition des impulsions et leur expression spontanée, en fonction des exigences de la réalité objective et des opportunités offertes par le contexte de vie.
Dans le domaine de la recherche fondamentale en psychologie, l’ER89 a été développée afin de dissocier empiriquement et conceptuellement la résilience psychologique des aptitudes cognitives générales mesurées par le quotient intellectuel (QI). Les travaux pionniers de Block et Kremen (1996) ont démontré que si l’intelligence cognitive et la résilience du Moi partagent certaines caractéristiques adaptatives, elles représentent deux ressources distinctes de l’appareil psychique : un individu peut posséder un QI exceptionnel tout en manifestant une rigidité psychologique délétère face à l’échec ou au stress, tandis qu’un niveau élevé d’ego-resiliency confère une capacité d’assimilation et d’accommodation émotionnelle indépendante du niveau d’efficience intellectuelle.
Dans la pratique clinique et la psychopathologie, l’instrument remplit des fonctions d’évaluation diagnostique et pronostique de premier ordre. Il permet d’identifier les profils de vulnérabilité psychologique caractérisés par une « fragilité du Moi » ou une « rigidité de contrôle » (brittle ego, overcontrol rigide ou undercontrol impulsif et chaotique). Les cliniciens utilisent l’ER89 pour :
- Évaluer la capacité d’un patient à mobiliser des stratégies de coping flexibles lors d’épisodes de crise aiguë ou de transitions existentielles majeures (deuil, maladie somatique chronique, séparation) ;
- Mesurer les progrès thérapeutiques au sein d’interventions psychodynamiques ou cognitivo-comportementales, l’accroissement de la flexibilité adaptative étant un indicateur universel de renforcement de la santé mentale ;
- Prédire la réceptivité aux alliances thérapeutiques et la tolérance aux affects pénibles émergents durant le processus psychothérapeutique.
Enfin, dans le secteur de la psychologie organisationnelle et de la santé au travail, l’ER89 est largement mobilisée pour étudier la prévention de l’épuisement professionnel (burnout), la gestion de l’incertitude managériale, et la vitalité psychologique dans les environnements professionnels hautement stressants ou en mutation rapide. Elle offre aux chercheurs un outil parcimonieux de 14 items, rapide à administrer mais doté d’une profonde charge théorique.
5. Construit psychologique
Le construit de résilience du Moi (Ego-Resiliency) désigne la capacité méta-régulatrice d’un individu à modifier son degré typique d’ego-control en direction d’une plus grande ouverture ou d’une plus grande retenue, afin de s’adapter harmonieusement aux demandes internes et environnementales. Alors que l’ego-control renvoie au seuil habituel de contention des désirs, des affects et des impulsions motrices (allant du sous-contrôle impulsif au sur-contrôle rigide), la résilience du Moi représente la ressource dynamique qui orchestre ce contrôle : elle permet d’être ferme quand la situation l’exige, et détendu, ludique et spontané lorsque les circonstances s’y prêtent.
Bien que l’ER89 fournisse un score global unidimensionnel, l’analyse théorique approfondie et les décompositions structurales modernes (Block & Kremen, 1996 ; Letzring et al., 2005 ; Farkas & Orosz, 2015) identifient trois composantes phénoménologiques et comportementales majeures :
1. L’engagement actif envers le monde (Active Engagement with the World)
Cette dimension capture l’appétence de l’individu pour l’exploration, l’enthousiasme vital, la curiosité intellectuelle et l’ouverture sensorielle et sociale. L’individu à haute résilience ne se contente pas de supporter passivement les stimulations environnementales ; il va au-devant de la nouveauté avec une énergie soutenue et une attente positive d’accomplissement. Dans l’ER89, cette dimension est illustrée par des items évaluant le plaisir de découvrir des plats inconnus (Item 5), l’intérêt pour la nouveauté (Item 11), le sentiment de vivre un quotidien riche et stimulant (Item 12), ou le fait d’être perçu comme une personne hautement dynamique et pleine d’énergie (Item 6). Un score élevé reflète une motivation intrinsèque orientée vers l’approche plutôt que vers l’évitement comportemental.
2. La performance intégrée sous stress (Integrated Performance Under Stress)
Cette composante incarne le noyau dur de la régulation émotionnelle sous tension. Elle renvoie à la capacité de l’appareil psychique à maintenir son organisation, sa clarté cognitive et sa stabilité homéostasique lorsqu’il est confronté à des chocs imprévus, des provocations ou des menaces. Les individus dotés d’une faible résilience ont tendance à réagir par la désorganisation cognitive, la panique ou une rumination hostile prolongée. À l’inverse, une résilience du Moi robuste se manifeste par une récupération rapide après une surprise ou une frayeur (Item 2), un apaisement prompt et efficient de la colère interpersonnelle (Item 14), et l’assurance d’avoir une personnalité solide capable d’encaisser les heurts (Item 13). Ce processus empêche l’inondation affective (emotional flooding) et préserve les fonctions exécutives d’analyse et de décision.
3. Le répertoire de stratégies de résolution de problèmes (Repertoire of Problem Solving Strategies)
La flexibilité cognitive et l’ingéniosité comportementale constituent le troisième pilier du construit. Face à une impasse, l’individu résilient ne s’enferme pas dans la répétition compulsive de schémas inopérants. Il dispose d’un portefeuille étendu de réponses cognitives, personnelles et sociales. Cette dimension inclut le goût d’expérimenter des voies inhabituelles pour atteindre des destinations familières (Item 7), l’aisance à aborder des situations inédites (Item 3), la réflexivité stratégique avant l’action délibérée (Item 10), ainsi qu’une compétence sociale bienveillante favorisant des impressions favorables et un capital relationnel solide (Items 1, 4 et 9). L’individu mobilise des ressources adaptatives diversifiées adaptées à la singularité de chaque défi.
6. Cadre théorique
Le cadre théorique de l’Échelle de résilience du Moi puise ses racines dans la psychologie du Moi (Ego Psychology) d’inspiration psychanalytique (notamment les formulations d’Heinz Hartmann sur la sphère non conflictuelle du Moi et l’adaptation à la réalité), enrichie de façon magistrale par la théorie topologique et dynamique du champ de Kurt Lewin.
Dès sa thèse doctorale à l’Université Stanford en 1951, Jack Block a proposé une modélisation topologique de l’architecture de la personnalité articulée autour de deux métaconstruits orthogonaux et interactifs :
- L’Ego-Control (Contrôle du Moi) : Il renvoie à la perméabilité des frontières psychiques internes du système individuel. Un pôle correspond au « sur-contrôle » (overcontrol), caractérisé par des frontières imperméables et épaisses, une inhibition excessive de l’affect, une répression des pulsions, une rigidité cognitive et une difficulté à différer les gratifications de manière souple. L’autre pôle correspond au « sous-contrôle » (undercontrol), marqué par des frontières excessivement perméables, une labilité émotionnelle intense, une impulsivité motrice et verbale, et une intolérance immédiate à la frustration.
- L’Ego-Resiliency (Résilience du Moi) : Elle représente la dynamicité, l’élasticité et la plasticité de ces frontières. Un Moi résilient est doté d’une élasticité structurelle : il peut densifier temporairement ses frontières pour faire barrage à une menace déstabilisante ou contenir une impulsion inopportune (attitude de sur-contrôle contextualisée), ou au contraire assouplir ses frontières pour permettre l’intimité, le jeu, la créativité et le lâcher-prise émotionnel (attitude de sous-contrôle contextuelle). En revanche, l’individu « rigide » (ego-brittle) est prisonnier de son mode de contrôle par défaut, se révélant incapable d’adapter sa conduite lorsque les paramètres écologiques changent.
Dans la perspective développementale formulée par Jack et Jeanne H. Block (1980), l’ego-resiliency se développe dès la petite enfance à travers la qualité des interactions d’attachement, les expériences précoces de maîtrise face aux défis de l’environnement, et la maturation progressive des structures neurocognitives préfrontales. La résilience du Moi agit comme une instance organisatrice générale qui intègre les affects, la motivation et la cognition, assurant ce que Block qualifie d’« économie psychique optimale » où l’individu maximise les récompenses positives tout en minimisant les coûts adaptatifs liés à l’anxiété et au conflit.
7. Validité
L’Échelle de résilience du Moi (ER89) a fait l’objet d’un processus de validation psychométrique approfondi, attesté par de nombreuses études quantitatives menées sur plusieurs décennies.
Validité de construit et corrélations Q-Sort (CAQ)
La validité de construit de l’ER89 a été originellement établie par Block et Kremen (1996) par confrontation avec les profils de personnalité dérivés du California Adult Q-Set (CAQ), évalués par des juges cliniciens indépendants. Les participants obtenant des scores élevés à l’ER89 étaient décrits par les observateurs externes à l’aide de descripteurs psychologiques hautement significatifs : « possède un large éventail d’intérêts », « est perspicace sur le plan psychologique », « a un sens élevé de l’humour », « s’adapte bien au changement » et « valorise son indépendance intellectuelle ». Inversement, les individus à faible score étaient caractérisés par des items tels que « se sent facilement vulnérable et menacé », « réagit de manière rigide face au stress » et « a des défenses psychologiques cassantes ».
Validité convergente
La validité convergente de l’ER89 est largement documentée au regard du modèle des Big Five et d’autres échelles de ressources psychosociales :
- Traits de personnalité : L’ER89 est fortement et positivement corrélée avec l’Ouverture à l’expérience ($r \approx 0,40$ à $0,55$), l’Extraversion ($r \approx 0,35$ à $0,50$), et le Caractère consciencieux ($r \approx 0,30$ à $0,45$).
- Affectivité et bien-être : Les scores sont positivement associés à l’affectivité positive mesurée par le PANAS ($r \approx 0,45$), à l’estime de soi globale de Rosenberg ($r \approx 0,45$ à $0,60$), et à la satisfaction de vie (SWLS ; $r \approx 0,35$).
- Évaluation multi-informateurs : L’étude de Letzring, Block et Funder (2005) a démontré une convergence statistiquement robuste ($r \approx 0,30$ à $0,40$, $p < 0,001$) entre les scores auto-rapportés à l'ER89 et les évaluations de la résilience du Moi fournies par des pairs et des amis proches, éliminant ainsi le biais exclusif de la méthode unique d'évaluation (common-method variance).
Validité discriminante
L’ER89 montre des corrélations négatives substantielles avec le Névrosisme ($r \approx -0,40$ à $-0,55$), l’anxiété-trait (STAI), la symptomatologie dépressive (BDI), et la somatisation. De manière cruciale, les travaux de Block et Kremen (1996) ont établi que les corrélations entre l’ER89 et le QI verbal et non-verbal étaient modestes ($r \approx 0,15$ à $0,25$), démontrant que la résilience du Moi n’est pas un sous-produit de l’intelligence générale mais constitue un construit distinct de fonctionnement de la personnalité.
Validité prédictive
Sur le plan prédictif, l’ER89 anticipe de façon longitudinale la capacité à différer la gratification chez l’adolescent (Funder & Block, 1989), la stabilité de l’estime de soi sur une période de dix ans (Block & Robins, 1993), ainsi qu’une moindre incidence de conduites addictives et d’épuisement professionnel face aux stresseurs académiques et professionnels.
8. Fidélité
La fidélité de l’Échelle de résilience du Moi a été rigoureusement confirmée par de multiples métriques de cohérence interne et de stabilité temporelle :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
- Dans l’étude princeps de Block et Kremen (1996), menée auprès d’une cohorte longitudinale suivie de l’enfance à l’âge adulte (échantillon de 105 participants âgés de 23 ans), le coefficient alpha de Cronbach obtenu pour l’échelle globale de 14 items était de $\alpha = 0,76$.
- Dans la réplication à grande échelle menée par Letzring, Block et Funder (2005) sur plusieurs cohortes d’étudiants ($N > 400$), la cohérence interne a oscillé entre $\alpha = 0,77$ et $\alpha = 0,81$.
- L’investigation psychométrique de Farkas et Orosz (2015), menée sur un échantillon représentatif de plus de 1 300 participants, a rapporté un indice de cohérence interne global de $\alpha = 0,85$ pour la version ER89, attestant d’une excellente consistance des items sans redondance sémantique excessive.
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
La résilience du Moi étant théorisée comme une caractéristique structurelle durable de la personnalité, l’ER89 affiche une remarquable stabilité test-retest. Sur un intervalle court de 4 à 6 semaines, les coefficients de corrélation intra-classe (ICC) et les corrélations de Pearson dépassent régulièrement $r_{tt} = 0,80$. Sur des périodes plus longues de 1 à 3 ans au sein de panels adultes stables, la fidélité test-retest demeure supérieure à $r = 0,65$, reflétant à la fois la continuité du trait et sa sensibilité aux remaniements développementaux profonds au cours du cycle de vie.
9. Analyse factorielle
La modélisation de la structure dimensionnelle de l’ER89 a suscité d’importants travaux en analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) :
Structure unifactorielle originelle
Initialement, Block et Kremen (1996) ont extrait un facteur général dominant expliquant une part prépondérante de la variance commune des réponses. Les 14 items présentaient tous des saturations factorielles substantielles sur ce facteur général de résilience du Moi, généralement comprises entre 0,38 et 0,68. Dans cette perspective parsimonieuse, l’instrument a été longtemps employé comme une échelle unidimensionnelle produisant un score continu composite.
Modélisation trifactorielle (Farkas & Orosz, 2015)
Des analyses factorielles confirmatoires menées par des équipes contemporaines ont testé des structures alternatives afin d’optimiser les indices d’ajustement structurel. Farkas et Orosz (2015) ont soumis l’ER89 à des protocoles rigoureux d’AFE puis d’AFC sur de vastes échantillons indépendants, mettant en évidence la supériorité d’un modèle à trois facteurs corrélés de second ordre :
- Facteur 1 : Engagement actif envers le monde (Active Engagement with the World) — items typiques : 5, 6, 7, 8, 11, 12. Les saturations factorielles standardisées oscillent entre 0,45 et 0,74. Ce facteur capture l’orientation vers la curiosité, la vitalité et l’exploration.
- Facteur 2 : Performance intégrée sous stress (Integrated Performance Under Stress) — items typiques : 2, 13, 14. Les saturations factorielles standardisées s’échelonnent entre 0,50 et 0,72. Il regroupe la restauration émotionnelle rapide, le contrôle de la colère et la force perçue du Moi face à l’adversité.
- Facteur 3 : Répertoire de stratégies de résolution de problèmes (Repertoire of Problem Solving Strategies) — items typiques : 1, 3, 4, 9, 10. Les saturations standardisées varient entre 0,42 et 0,69. Il reflète l’ingéniosité cognitive, la compétence interpersonnelle et la réflexion stratégique avant l’action.
Les indices d’ajustement du modèle trifactoriel ont révélé d’excellentes propriétés statistiques : $chi^2/df < 2,5$, CFI (Comparative Fit Index) $> 0,95$, TLI $> 0,93$, et RMSEA $\approx 0,045$ ($IC_{90%} [0,038 ; 0,052]$). Ces résultats confirment que l’ER89 peut être utilisée soit comme un indice unitaire global de résilience du Moi, soit comme un profil multidimensionnel à 3 composantes fonctionnelles.
10. Instrument de mesure
- Nom complet de l’instrument : Échelle de résilience du Moi (Ego Resilience Scale / ER89).
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (Self-report questionnaire).
- Nombre d’items : 14 énoncés déclaratifs formulés à la première personne du singulier.
- Format et modalité de réponse : Échelle ordinale en 4 points ancrée par les libellés originaux suivants :
- 1 = Does not apply at all (Ne s’applique pas du tout)
- 2 = Applies slightly (S’applique légèrement)
- 3 = Applies somewhat (S’applique modérément)
- 4 = Applies very strongly (S’applique très fortement)
- Temps de passation estimé : Environ 3 à 5 minutes en format papier-crayon ou numérique.
- Procédure de cotation : Tous les 14 items sont orientés positivement (aucun item inversé). Le score global de résilience du Moi est obtenu en additionnant les scores attribués à chacun des 14 items (fourchette théorique de 14 à 56 points). Un score élevé traduit une flexibilité adaptative supérieure et un Moi dynamique et résilient.
- Sous-scores dimensionnels (optionnels selon Farkas & Orosz, 2015) :
- Engagement actif envers le monde : Somme des items 5, 6, 7, 8, 11, 12 (score de 6 à 24).
- Performance intégrée sous stress : Somme des items 2, 13, 14 (score de 3 à 12).
- Répertoire de résolution de problèmes : Somme des items 1, 3, 4, 9, 10 (score de 5 à 20).
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de première formulation théorique : 1951 (thèse de Jack Block, Stanford University) ; développements empiriques clés en 1980 et 1989.
- Année de publication officielle de l’échelle ER89 : 1996 (publication par Jack Block et Adam M. Kremen dans le Journal of Personality and Social Psychology).
- Statut des droits d’auteur et licence : L’Échelle de résilience du Moi (ER89) fait partie du domaine public académique. Les auteurs l’ont rendue librement accessible à la communauté scientifique et aux cliniciens pour tout usage de recherche non commerciale et d’évaluation pédagogique.
- Coût d’utilisation : Gratuit (aucun droit d’auteur ou redevance commerciale requis pour les protocoles de recherche universitaire).
- Modalités d’accès : L’instrument complet et sa grille de dépouillement sont publiés dans l’article séminal de Block et Kremen (1996) et sont archivés dans les dépôts universitaires ouverts des laboratoires de psychologie de la personnalité.
12. Références
- Block, J. (1951). An experimental study of a topological representation of ego-structure (Unpublished doctoral dissertation). Stanford University, Stanford, CA.
- Block, J. H., & Block, J. (1980). The role of ego-control and ego-resiliency in the organization of behavior. In W. A. Collins (Ed.), Development of cognition, affect, and social relations: The Minnesota symposia on child psychology (Vol. 13, pp. 39–101). Hillsdale, NJ: Lawrence Erlbaum Associates.
- Block, J., & Kremen, A. M. (1996). IQ and ego-resiliency: Conceptual and empirical connections and separateness. Journal of Personality and Social Psychology, 70(2), 349–361. https://doi.org/10.1037/0022-3514.70.2.349
- Block, J., & Robins, R. W. (1993). A longitudinal study of consistency and change in self-esteem from early adolescence to early adulthood. Child Development, 64(3), 909–923. https://doi.org/10.2307/1131226
- Farkas, D., & Orosz, G. (2015). Ego-resiliency reloaded: A three-component model of general resiliency. PLOS ONE, 10(3), Article e0120883. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0120883
- Funder, D. C., & Block, J. (1989). The role of ego-control, ego-resiliency, and IQ in delay of gratification in adolescence. Journal of Personality and Social Psychology, 57(6), 1041–1050. https://doi.org/10.1037/0022-3514.57.6.1041
- Letzring, T. D., Block, J., & Funder, D. C. (2005). Ego-control and ego-resiliency: Generalization of self-report scales based on personality descriptions from acquaintances, clinicians, and the self. Journal of Research in Personality, 39(4), 395–422. https://doi.org/10.1016/j.jrp.2004.06.003
13. Questions et items du questionnaire
1 – Does not apply at all
2 – Applies slightly
3 – Applies somewhat
4 – Applies very strongly
- I am generous with my friends.
- I quickly get over and recover from being startled.
- I enjoy dealing with new and unusual situations.
- I usually succeed in making a favorable impression on people.
- I enjoy trying new foods I have never tasted before.
- I am regarded as a very energetic person.
- I like to take different paths to familiar places.
- I am more curious than most people.
- Most of the people I meet are likable.
- I usually think carefully about something before acting.
- I like to do new and different things.
- My daily life is full of things that keep me interested.
- I would be willing to describe myself as a pretty “strong” personality.
- I get over my anger at someone reasonably quickly.