1. Résumé / Abstract
L’Échelle de Relation Enfant-Parent (en anglais, Child-Parent Relationship Scale ou CPRS) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu initialement par le professeur Robert C. Pianta à l’Université de Virginie au début des années 1990. Cet outil standardisé évalue les perceptions parentales quant à la nature et la qualité de la relation affective et comportementale unissant un parent à son jeune enfant, généralement âgé de 3 à 12 ans. Dérivé conceptuellement de l’échelle d’évaluation de la relation enseignant-élève (Student-Teacher Relationship Scale, STRS), le CPRS appréhende les dimensions relationnelles dyadiques plutôt que les simples caractéristiques intrinsèques ou traits de personnalité de l’enfant ou du parent pris isolément.
L’instrument existe principalement sous deux formats complémentaires : une forme longue comprenant 30 items et une forme abrégée composée de 15 items. Dans sa version originale complète de 30 items, l’échelle opérationnalise trois dimensions fondamentales : les Conflits (12 items), caractérisés par la friction, l’opposition et les sentiments de lutte mutuelle ; les Aspects positifs de la relation / Proximité (10 items), mesurant la chaleur affective, la communication ouverte et la recherche de réconfort ; et la Dépendance (4 items), capturant les comportements d’attachement excessifs, l’anxiété de séparation et les demandes d’aide injustifiées. La version courte de 15 items, largement plébiscitée dans les grands protocoles longitudinaux et épidémiologiques, retient une structure plus parcimonieuse à deux facteurs : le Conflit (8 items) et la Proximité (7 items).
Les réponses sont recueillies via une échelle ordinale de type Likert en 5 points, allant de 1 (« Ne s’applique absolument pas ») à 5 (« S’applique tout à fait »). D’un point de vue psychométrique, l’instrument démontre une consistance interne satisfaisante à excellente selon les sous-échelles : le coefficient alpha de Cronbach (α) pour la dimension Conflit atteint systématiquement des valeurs avoisinant 0,83 à 0,84 dans les deux versions ; la dimension Proximité / Aspects positifs oscille entre 0,72 et 0,75 ; tandis que la sous-échelle Dépendance, plus courte et conceptuellement hétérogène, présente une cohérence modeste (α ≈ 0,50). L’échelle bénéficie d’une solide validité de construit, convergente et prédictive, s’avérant hautement prédictive de l’ajustement socio-émotionnel, des problèmes de comportement extériorisés et intériorisés, et de la réussite de la transition scolaire de la petite enfance jusqu’à l’école élémentaire.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle de Relation Enfant-Parent, CPRS, Robert C. Pianta, relation parent-enfant, attachement parental, conflit relationnel, proximité affective, dépendance de l’enfant, psychométrie, évaluation de la parentalité, adaptation socio-émotionnelle, psychologie du développement.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de Relation Enfant-Parent a été conçue et développée par :
- Robert C. Pianta, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie et d’éducation à la Curry School of Education and Human Development de l’Université de Virginie (Charlottesville, Virginie, États-Unis), ancien doyen de la faculté d’éducation et fondateur du Center for Advanced Study of Teaching and Learning (CASTL). Contact académique :
[email protected]. - Collaborateurs majeurs et validateurs cliniques : Des contributions méthodologiques et psychométriques notables proviennent de travaux conjoints menés avec des chercheurs tels que Kate Driscoll (Université de Virginie), Sheri Button et Robert S. Marvin, qui ont exploré les représentations maternelles et paternelles de l’attachement et leur généralisation aux populations d’enfants au développement typique et atypique.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Child-Parent Relationship Scale est de quantifier de manière standardisée et écologique le modèle interne opérant et la perception subjective qu’a un parent de la relation dyadique qu’il entretient avec son enfant. Plutôt que de mesurer le stress parental généralisé (tel qu’évalué par le Parenting Stress Index) ou la symptomatologie psychopathologique de l’enfant (comme le fait la Child Behavior Checklist), le CPRS isole la dynamique relationnelle comme unité d’analyse clinique et développementale à part entière.
Applications en recherche
Dans les contextes de recherche fondamentale et appliquée en psychologie du développement, le CPRS est intensément mobilisé pour :
- Examiner les trajectoires développementales longitudinales : Comprendre comment la qualité de l’interaction précoce entre parents et enfants prédit l’autorégulation émotionnelle, les fonctions exécutives, l’intégration par les pairs et le rendement académique au cours des transitions critiques (entrée à l’école maternelle, passage au primaire).
- Comparer les représentations maternelles et paternelles : Analyser les concordances et divergences entre pères et mères concernant les niveaux perçus de conflit et de proximité, et identifier comment ces configurations parentales distinctes modulent le développement de l’enfant.
- Évaluer l’efficacité des interventions précoces : Servir d’outil de mesure avant/après pour évaluer l’impact des thérapies familiales, des programmes de formation aux compétences parentales (comme le programme Incredible Years ou le Triple P) et des interventions guidées par l’attachement (telles que le Circle of Security).
Applications cliniques et diagnostiques
En pratique clinique, pédopsychiatrique et de conseil psychologique, le CPRS fournit aux praticiens un levier d’évaluation rapide et ciblé :
- Dépistage des relations dyadiques à risque : Identifier précocement les spirales interactionnelles négatives caractérisées par un niveau de conflit élevé combiné à un effondrement de la proximité affective, souvent associées à des troubles oppositionnels avec provocation (TOP) ou des troubles des conduites.
- Compréhension des comportements d’inhibition et d’anxiété : La sous-échelle de Dépendance permet de mettre en lumière des patterns d’attachement insécure-ambivalent ou des fonctionnements relationnels marqués par une surprotection parentale et une entrave à l’autonomie adaptative de l’enfant.
- Formulation de cas et alliance thérapeutique : Permettre au psychologue de discuter avec le parent de ses ressentis d’épuisement, d’impuissance (« Dealing with my child drains my energy ») ou d’imprévisibilité affective de l’enfant, créant un espace réflexif non culpabilisant centré sur le lien plutôt que sur le blâme individuel.
5. Construit psychologique / Construct
Le CPRS s’appuie sur une modélisation multidimensionnelle de la relation parent-enfant. Chaque sous-échelle saisit une facette distincte de l’expérience relationnelle perçue par le parent.
1. La dimension « Conflits » (Conflicts)
La dimension des Conflits renvoie au degré auquel les interactions entre le parent et l’enfant sont vécues comme discordantes, tendues, antagonistes et épuisantes sur le plan émotionnel. Un score élevé dans cette sous-échelle reflète un cycle coercitif récurrent (au sens des travaux de Gerald Patterson), où les confrontations quotidiennes sont fréquentes et prolongées. Les items qui saturent ce facteur abordent :
- La lutte de pouvoir perpétuelle (par exemple, l’item 2 : « My child and I always seem to be struggling with each other ») ;
- La résistance prolongée à la discipline et la réactivité colérique (items 12 et 19 : « My child easily becomes angry at me », « My child remains angry or is resistant after being disciplined ») ;
- L’épuisement parental et le sentiment d’inefficacité (item 21 : « Dealing with my child drains my energy ») ;
- La méfiance et la manipulation perçue (item 28 : « My child is sneaky or manipulative with me »).
Cette dimension est un puissant prédicateur négatif du bien-être psychologique parental et est corrélée de manière robuste aux difficultés comportementales extériorisées chez l’enfant.
2. La dimension « Proximité / Aspects positifs » (Closeness / Positive Aspects)
La dimension de Proximité (qualifiée d’aspects positifs de la relation dans la forme longue à 30 items) évalue la chaleur affective mutuelle, l’ouverture communicative, la confiance réciproque et le rôle du parent en tant que havre de sécurité et base de sécurité pour l’enfant. Cette dimension capture la capacité de l’enfant à chercher du soutien auprès du parent et la sensibilité de ce dernier à répondre avec résonance émotionnelle. Elle se manifeste à travers :
- L’affection physique et la chaleur émotionnelle partagée (item 1 : « I share an affectionate, warm relationship with my child ») ;
- La recherche active de réconfort en situation de détresse (item 3 : « If upset, my child will seek comfort from me ») ;
- L’accordage affectif et l’empathie mutuelle (item 16 : « It is easy to be in tune with what my child is feeling ») ;
- La valorisation du lien et la communication spontanée (items 5 et 29 : « My child values his/her relationship with me », « My child openly shares his/her feelings and experiences with me »).
Des scores élevés sur cette sous-échelle sont protecteurs et associés à une résilience accrue, à une compétence sociale élevée chez l’enfant et à un sentiment d’auto-efficacité parentale robuste (item 30).
3. La dimension « Dépendance » (Dependence)
Exclusive à la forme longue à 30 items, la dimension de Dépendance évalue les manifestations de sur-attachement, le manque d’autonomie comportementale et les réactions disproportionnées lors des séparations ou des rétroactions correctives. Elle traduit des frontières relationnelles diffuses ou une anxiété d’abandon sous-jacente. Elle est illustrée par des comportements tels que :
- L’hyper-réactivité affective lors des séparations (item 9 : « My child reacts strongly to separation from me ») ;
- Une sollicitation injustifiée d’aide bloquant l’autonomie (item 15 : « My child asks for my help when he/she really does not need help ») ;
- Une sensibilité excessive ou une blessure disproportionnée face aux corrections éducatives (item 6 : « My child appears hurt or embarrassed when I correct him/her ») ;
- La dépendance perçue globale (item 11 : « My child is overly dependent on me »).
Bien que son coefficient de cohérence interne soit statistiquement plus faible en raison de son nombre réduit d’items, elle offre une valeur clinique substantielle pour identifier les dyades en proie à des angoisses de séparation ou à une dépendance développementale atypique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La conception de l’Échelle de Relation Enfant-Parent prend racine à la croisée de plusieurs courants majeurs de la psychologie contemporaine :
La théorie de l’attachement (Bowlby et Ainsworth)
Le socle conceptuel premier du CPRS est la théorie de l’attachement formalisée par John Bowlby et enrichie empiriquement par Mary Ainsworth. Selon ce paradigme, les enfants construisent des « modèles internes opérants » (MIO) de leurs relations à partir de la qualité des soins reçus. Les sous-échelles de Proximité et de Dépendance font directement écho aux patterns d’attachement :
- La sécurité de l’attachement se manifeste par l’utilisation du parent comme base de sécurité pour explorer le monde et comme havre de sécurité pour apaiser l’anxiété (reflétée dans les items de proximité affective et de réconfort).
- L’attachement insécure-ambivalent / résistant transparaît dans les items de dépendance excessive, de clinging comportemental et d’hyper-vigilance lors des séparations.
- L’attachement insécure-évitant ou désorganisé peut se traduire par des scores bas de proximité combinés à des scores élevés de conflit et à un inconfort manifeste face aux manifestations physiques d’affection (item 4).
La théorie générale des systèmes et les modèles écologiques
Le CPRS s’inscrit également dans la théorie des systèmes familiaux (Salvador Minuchin, Murray Bowen) et le modèle écologique du développement humain d’Urie Bronfenbrenner, prolongés par le Developmental Systems Model de Robert Pianta lui-même. Dans cette perspective :
- La relation parent-enfant n’est pas réductible à la somme des attributs de ses membres ; elle forme un sous-système régulé par des boucles de rétroaction mutuelles.
- Les perceptions parentales agissent comme des filtres cognitifs et émotionnels organisant les conduites parentales quotidiennes. Un parent qui perçoit son enfant comme « manipulateur » (item 28) ou comme source de « lutte perpétuelle » (item 2) interprétera de manière hostile des comportements ambigus, amplifiant les cycles d’escalade coercitive.
Le modèle transactionnel du développement
Conformément au modèle transactionnel d’Arnold Sameroff, le CPRS reconnaît que le développement résulte d’influences réciproques et continues dans le temps. L’humeur difficile de l’enfant et l’épuisement parental (item 21, item 23) s’alimentent mutuellement dans une spirale transactionnelle, que le questionnaire permet de cartographier à travers le regard subjectif du parent.
7. Validité / Validity
L’Échelle de Relation Enfant-Parent a fait l’objet de nombreuses validations empiriques au sein d’échantillons cliniques et normatifs diversifiés, attestant de ses qualités métrologiques robustes.
Validité de construit et structurelle
La validité de construit du CPRS repose sur la confirmation récurrente de sa structure dimensionnelle. Les études de modélisation par équations structurelles indiquent que le modèle bifactoriel (pour la version courte à 15 items) et le modèle à trois facteurs (pour la version longue à 30 items) présentent des indices d’ajustement acceptables à excellents (RMSEA ≤ 0,06 ; CFI > 0,90 ; TLI > 0,90). Ces facteurs capturent adéquatement les polarités affectives positives et négatives inhérentes aux dynamiques relationnelles.
Validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des corrélations statistiquement significatives avec de multiples instruments de référence :
- Parenting Stress Index (PSI) : La sous-échelle Conflit du CPRS est fortement et positivement corrélée avec les domaines de stress parental liés aux caractéristiques de l’enfant (exigeance, distractibilité, humeur) avec des coefficients variant entre r = 0,55 et r = 0,68 (p < 0,001).
- Child Behavior Checklist (CBCL) : Des corrélations positives élevées sont documentées entre les scores de Conflit et les échelles de problèmes de comportement extériorisés (agressivité, non-respect des règles, r ≈ 0,50 à 0,62). Inversement, la sous-échelle Proximité est inversement corrélée aux troubles extériorisés et intériorisés.
- Observation directe : Les travaux fondateurs de Pianta, Smith et Reeve (1991) ont validé le CPRS face à des grilles d’observation comportementale filmées en laboratoire lors de tâches de résolution de problèmes mère-enfant. Les dyades classées comme hautement conflictuelles au CPRS présentaient significativement moins d’affects positifs partagés et davantage de comportements intrusifs ou hostiles observés.
Validité discriminante
Le CPRS discrimine avec précision les échantillons cliniques (enfants diagnostiqués avec un TDAH, un trouble du spectre de l’autisme ou un trouble du comportement) des groupes contrôles appariés au développement typique. Les parents d’enfants présentant des troubles neurodéveloppementaux ou comportementaux rapportent des scores de conflit substantiellement plus élevés et, dans certaines configurations, des scores de dépendance plus marqués sans nécessairement que la chaleur fondamentale (proximité) soit annihilée, illustrant la capacité de l’outil à dissocier conflit et absence d’amour.
Validité prédictive
Dans des études de cohortes prospectives (notamment l’étude longitudinale du NICHD sur le développement de la petite enfance), les scores de Conflit du CPRS évalués à l’âge préscolaire prédisent négativement la réussite scolaire, la compétence sociale avec les pairs et l’ajustement socio-émotionnel en classe de CP et de CE1, même après contrôle du quotient intellectuel (QI) et du statut socio-économique familial.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité du CPRS ont été minutieusement documentées dans la littérature psychométrique internationale.
Consistance interne
Les indices de cohérence interne (mesurés par le coefficient alpha de Cronbach α) se distribuent de manière différenciée mais stable selon les dimensions :
- Sous-échelle Conflit (forme longue, 12 items) : α = 0,83 à 0,86. Cette dimension présente une homogénéité élevée, démontrant que l’ensemble des items concourt de façon robuste à la mesure de l’antagonisme relationnel.
- Sous-échelle Aspects positifs de la relation (forme longue, 10 items) : α = 0,72 à 0,76. La consistance interne est solide pour évaluer la chaleur et la disponibilité affective.
- Sous-échelle Dépendance (forme longue, 4 items) : α = 0,50 à 0,55. Cette valeur plus modeste s’explique par la brièveté de la sous-échelle (seulement 4 items) et la diversité contextuelle des conduites d’indépendance vs attachement chez le jeune enfant. Les chercheurs recommandent la prudence lors de l’utilisation de cette sous-échelle isolée dans des modèles causaux stricts.
- Forme abrégée (CPRS Short Form, 15 items) :
- Conflit (8 items) : α = 0,83 à 0,84 ;
- Proximité (7 items) : α = 0,72 à 0,74.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
Les coefficients de corrélation test-retest sur des intervalles courts à moyens (de 4 à 8 semaines) s’élèvent généralement au-dessus de r = 0,78 pour le Conflit et r = 0,70 pour la Proximité, indiquant que les perceptions parentales demeurent stables en l’absence d’interventions thérapeutiques ciblées ou d’événements de vie perturbateurs majeurs.
Accord inter-juges (Mères vs Pères)
Dans l’étude de référence de Driscoll et Pianta (2011) portant sur la comparaison des perceptions maternelles et paternelles durant la petite enfance, les corrélations entre les évaluations des mères et des pères pour un même enfant sont modérées mais hautement significatives (r ≈ 0,40 à 0,55 pour le Conflit ; r ≈ 0,35 à 0,45 pour la Proximité), soulignant à la fois l’existence d’une réalité relationnelle partagée au sein du foyer et la présence de nuances écologiques propres à chaque sous-système parental.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La validation psychométrique du CPRS a nécessité une exploration approfondie de sa structure latente au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) puis confirmatoires (AFC).
Genèse exploratoire et dérivation de la forme à 30 items
Initialement adapté des travaux de Pianta sur la Student-Teacher Relationship Scale (STRS), le réservoir d’items parentaux a été soumis à une analyse factorielle en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) et oblique (Promax). Ces analyses ont mis en évidence l’émergence claire de trois facteurs primaires distincts :
- Facteur 1 : Conflit : Expliquant la variance la plus substantielle. Les items relatifs à l’opposition permanente (items 2, 12, 19, 21) affichent des saturations factorielles solides, généralement comprises entre 0,55 et 0,78.
- Facteur 2 : Aspects positifs / Proximité : Rassemblant les items capturant l’accordage affectif, la fierté partagée et le réconfort (items 1, 3, 5, 8, 16, 29, 30), avec des saturations factorielles oscillant entre 0,48 et 0,72.
- Facteur 3 : Dépendance : Bien que regroupant moins d’items (items 6, 9, 11, 26), ce facteur émerge de manière distincte, bien que plusieurs items originaux présentaient des saturations croisées menant à son élimination dans les versions courtes.
Analyse factorielle confirmatoire et validation de la forme courte (15 items)
Afin d’optimiser l’outil pour les enquêtes épidémiologiques de grande envergure (notamment l’étude Early Head Start et les cohortes du NICHD) et de pallier les faiblesses psychométriques du facteur Dépendance, Driscoll et Pianta (2011) ont conduit des analyses factorielles confirmatoires rigoureuses comparant plusieurs modèles concurrents :
- Modèle unifactoriel global : Rejeté en raison d’un ajustement médiocre, prouvant que le conflit et la proximité ne sont pas les simples pôles opposés d’un même continuum linéaire unidimensionnel, mais deux dimensions orthogonales ou modérément corrélées négativement (r inter-facteurs généralement compris entre -0,20 et -0,35).
- Modèle bifactoriel (15 items) : Ce modèle retient 8 items de conflit et 7 items de proximité. Les indices d’ajustement empirique rapportés dans la littérature sont très satisfaisants : Comparative Fit Index (CFI) > 0,93, Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,92, et Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) ≈ 0,051 (intervalle de confiance à 90 % : [0,044 – 0,058]). L’invariance de mesure à travers le genre de l’enfant et le sexe du parent a également été démontrée de manière probante.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le CPRS se présente comme un questionnaire standardisé d’auto-évaluation parentale rapide et non invasif.
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (parent-report questionnaire).
- Population cible : Parents (mères, pères, tuteurs légaux) d’enfants d’âge préscolaire et scolaire (habituellement de 3 à 12 ans).
- Formats disponibles :
- Forme longue (Long Form) : 30 items évaluant trois dimensions (Conflits, Aspects positifs, Dépendance).
- Forme abrégée (Short Form) : 15 items évaluant deux dimensions (Conflits, Proximité).
- Temps de passation estimé : 5 à 10 minutes pour la forme longue ; moins de 5 minutes pour la forme courte.
- Format des réponses : Échelle ordinale de Likert à 5 points :
1= Definitely does not apply (Ne s’applique absolument pas)2= Not really (Pas vraiment)3= Neutral, not sure (Neutre, pas sûr(e))4= Applies somewhat (S’applique assez)5= Definitely applies (S’applique tout à fait)
- Cotation et calcul des scores :
- Forme longue (CPRS-30) :
- Sous-échelle Conflits (12 items) : Somme ou moyenne des items
2, 12, 14, 17, 18, 19, 21, 23, 24, 25, 27, 28. - Sous-échelle Aspects positifs de la relation (10 items) : Somme ou moyenne des items
1, 3, 5, 8, 10, 13, 16, 22, 29, 30. - Sous-échelle Dépendance (4 items) : Somme ou moyenne des items
6, 9, 11, 26. - Note : Les items restants (
4, 7, 15, 20) ne saturent pas de manière univoque sur les sous-échelles factorielles classiques de la forme à 3 facteurs et sont généralement exclus du calcul dimensionnel direct ou utilisés à titre exploratoire qualitatif.
- Sous-échelle Conflits (12 items) : Somme ou moyenne des items
- Forme courte (CPRS-15) :
- Sous-échelle Conflits (8 items) : Somme ou moyenne des items
2, 4, 8, 10, 11, 12, 13, 14(numérotation de la forme courte). - Sous-échelle Proximité (7 items) : Somme ou moyenne des items
1, 3, 5, 6, 7, 9, 15(numérotation de la forme courte).
- Sous-échelle Conflits (8 items) : Somme ou moyenne des items
- Forme longue (CPRS-30) :
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de création originale : 1992 (première formulation non publiée par Robert C. Pianta à l’Université de Virginie), avec des validations et révisions majeures publiées tout au long des années 1990 et 2000 (notamment Pianta et al., 1997 ; Driscoll & Pianta, 2011).
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Robert C. Pianta, Ph.D., Université de Virginie. L’échelle dérive des travaux menés sur la Student-Teacher Relationship Scale (STRS).
- Conditions d’accès et tarifs : Le CPRS est classé comme un instrument de recherche académique mis à la disposition de la communauté scientifique sans frais commerciaux directs. Il n’est pas commercialisé par un éditeur de tests payant (contrairement au STRS officiel distribué commercialement par PAR Inc.). Les chercheurs et cliniciens peuvent l’utiliser librement pour des travaux non commerciaux, sous réserve de citer scrupuleusement les publications de référence de l’auteur et de respecter l’intégrité du libellé des items.
- Dépôt institutionnel et téléchargement : L’outil a été historiquement rendu public et téléchargeable via les dépôts institutionnels du laboratoire de Robert Pianta à la Curry School of Education and Human Development de l’Université de Virginie (
http://curry.virginia.edu/).
12. Références / References
Voici les références bibliographiques académiques relatives au développement, à la validation psychométrique et à l’application clinique de l’Échelle de Relation Enfant-Parent :
- Button, S., Pianta, R. C., & Marvin, R. S. (2001). Mothers’ representations of relationships with their children: Relations with parenting behavior, mother characteristics, and child disability status. Social Development, 10(4), 455–472. https://doi.org/10.1111/1467-9507.00176
- Driscoll, K., & Pianta, R. C. (2011). Mothers’ and fathers’ perceptions of conflict and closeness in parent-child relationships during early childhood. Journal of Early Childhood and Infant Psychology, 7, 1–24.
- Graziano, P. A., Keane, S. P., & Calkins, S. D. (2007). The role of emotion regulation in children’s early academic success. Journal of School Psychology, 45(1), 3–19. https://doi.org/10.1016/j.jsp.2006.09.002
- Pianta, R. C. (1992). Child-Parent Relationship Scale [Unpublished measurement instrument]. University of Virginia, Charlottesville, VA.
- Pianta, R. C. (1994). Patterns of relationships between children and kindergarten teachers. Journal of School Psychology, 32(1), 15–31. https://doi.org/10.1016/0022-4405(94)90026-B
- Pianta, R. C. (1997). Adult-child relationship processes and early schooling. Early Education and Development, 8(1), 11–26. https://doi.org/10.1207/s15566935eed0801_2
- Pianta, R. C. (2001). Student-Teacher Relationship Scale: Professional manual. Psychological Assessment Resources (PAR).
- Pianta, R. C., Nimetz, S. L., & Bennett, E. (1997). Mother-child relationships, teacher-child relationships, and school outcomes in preschool and kindergarten. Early Childhood Research Quarterly, 12(3), 263–280. https://doi.org/10.1016/S0885-2006(97)90003-X
- Pianta, R. C., Smith, N., & Reeve, R. (1991). Observing mother and child behavior in a problem-solving situation at school entry: Relations with classroom adjustment. School Psychology Quarterly, 6(1), 1–16. https://doi.org/10.1037/h0088802