1. Résumé
L’Échelle de Propension au Rougissement (Blushing Propensity Scale, BPS) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu à l’origine par le psychologue social Mark R. Leary et Sharon Meadows en 1991, puis enrichi et validé dans une version étendue par Susan M. Bögels et ses collaborateurs en 1996. Cet outil a pour objectif d’évaluer la tendance dispositionnelle globale d’un individu à manifester un rougissement cutané d’origine émotionnelle ou sociale face à une variété de situations interpersonnelles critiques. Initialement structurée autour de 14 items dans sa version princeps anglophone, l’échelle a été étendue à 19 items dans les travaux néerlandais afin d’intégrer des paramètres métacognitifs et d’anticipation anxieuse liés au rougissement.
Les items de la BPS sont évalués au moyen d’une échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« Je ne me sens JAMAIS rougir dans cette situation ») à 5 (« Je me sens TOUJOURS rougir dans cette situation »). L’analyse structurale met en évidence une organisation multidimensionnelle articulée autour de trois sous-échelles fondamentales : le Centre de l’attention (Centre of attention, regroupant 9 items relatifs à l’exposition publique, aux compliments ou aux bévues), l’Interaction sociale intime (Intimate social interaction, comportant 7 items touchant à l’attirance, aux échanges dyadiques ou aux relations hiérarchiques) et la Prophétie autoréalisatrice (Self-fulfilling prophecy, comprenant 2 items axés sur la peur anticipatoire de rougir et l’injonction perçue d’autrui). Un score global de propension au rougissement peut également être calculé par sommation arithmétique de l’ensemble des énoncés.
Sur le plan psychométrique, la BPS présente une consistance interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant systématiquement entre 0,88 et 0,94 selon les populations étudiées (étudiants, population générale et patients souffrant de phobie sociale ou de troubles anxieux). La fidélité test-retest à moyen terme démontre une grande stabilité temporelle du trait mesuré (corrélations de Pearson excédant généralement r = 0,80). La validité de construit est étayée par de solides corrélations positives avec l’anxiété sociale, la timidité, la conscience de soi publique et la peur de l’évaluation négative, tandis que des recherches psychophysiologiques comparatives (utilisant la photopléthysmographie faciale) ont permis de distinguer la propension subjective auto-rapportée des réponses vasomotrices faciales objectives. La BPS s’affirme ainsi comme un instrument incontournable en psychologie clinique, en psychopathologie cognitive et en psychologie de la personnalité pour explorer l’éreutophobie et les dynamiques de présentation de soi.
2. Mots-clés
Échelle de propension au rougissement, Rougissement social, Éreutophobie, Anxiété sociale, Psychométrie, Présentation de soi, Conscience de soi publique, Embarras, Évaluation cognitive, Psychophysiologie faciale.
3. Auteurs
L’Échelle de Propension au Rougissement a été développée conjointement et successivement par plusieurs équipes de chercheurs de premier plan en psychologie sociale et psychopathologie cognitive :
- Mark R. Leary, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie et de neurosciences à l’Université Duke (Durham, Caroline du Nord, États-Unis). Spécialiste mondialement reconnu de la psychologie sociale et de la personnalité, il a consacré une grande part de ses travaux aux théories de la gestion des impressions (impression management), au modèle du sociomètre de l’estime de soi et aux processus physiologiques et émotionnels sous-tendant l’embarras et le rougissement.
- Sharon Meadows : Chercheuse en psychologie associée aux travaux de recherche initiaux conduits au Département de Psychologie de l’Université de Wake Forest (Winston-Salem, Caroline du Nord, États-Unis).
- Susan M. Bögels, Ph.D. : Professeure de psychologie clinique développementale à l’Université d’Amsterdam et antérieurement affiliée à l’Université de Maastricht (Pays-Bas). Clinicienne et chercheuse pionnière dans le traitement cognitivo-comportemental des phobies sociales et de l’éreutophobie chez l’enfant et l’adulte.
- Peter J. de Jong, Ph.D. : Professeur de psychologie expérimentale et clinique à l’Université de Groningue (Pays-Bas). Ses recherches portent sur les biais attentionnels, les processus implicites et les marqueurs physiologiques du rougissement.
- Merel Alberts, M.Sc. et Sandra Mulkens, Ph.D. : Collaboratrices scientifiques à l’Université de Maastricht, ayant activement contribué à la validation néerlandaise, à l’extension factorielle de la BPS et à la différenciation entre perception subjective et coloration faciale objective.
4. Objectif
L’objectif fondamental de la Blushing Propensity Scale (BPS) est de fournir une quantification standardisée, valide et fidèle de la prédisposition individuelle à ressentir et manifester un rougissement facial lors de situations sociales perçues comme menaçantes ou évaluatives. Le rougissement cutané émotionnel est une réponse physiologique involontaire propre à l’espèce humaine, déclenchée par une vasodilatation des veinules du plexus sous-papillaire de la face, du cou et de la partie supérieure du thorax, sous le contrôle du système nerveux autonome sympathique. Bien qu’il s’agisse d’un phénomène biologique universel, il existe une variabilité interindividuelle considérable dans la fréquence, l’intensité et le seuil de déclenchement de cette réaction. La BPS vise précisément à cartographier cette variabilité dispositionnelle.
Sur le plan de la recherche fondamentale, la BPS a été créée pour répondre à un besoin crucial : distinguer le fait physiologique objectif de rougir de la croyance subjective de l’individu quant à sa tendance à rougir. Les travaux initiés par Leary et Meadows (1991), puis prolongés par Mulkens, de Jong et Bögels (1997, 1999), ont démontré que les personnes qui rapportent une forte propension au rougissement sur la BPS ne rougissent pas nécessairement de manière plus intense sur le plan photopléthysmographique ou thermographique que les personnes à faible propension. En revanche, elles manifestent une préoccupation cognitive accrue, une hypervigilance somatosensorielle orientée vers les sensations thermiques faciales et des biais d’interprétation catastrophistes quant à l’impact social de leur rougeur. La BPS permet donc de mesurer ce trait de réactivité somatocognitive.
Dans le domaine clinique, l’échelle remplit une fonction diagnostique et pronostique essentielle. Elle est largement utilisée pour évaluer la sévérité des manifestations somatiques chez les patients consultant pour un Trouble Anxiété Sociale (TAS selon le DSM-5) ou pour une éreutophobie isolée (peur panique et invalidante de rougir en public). L’outil offre aux psychothérapeutes cognitivo-comportementalistes une ligne de base objective pour :
- Identifier les situations spécifiques déclenchant la panique de rougir (situations de performance, interactions intimes, feed-backs évaluatifs) ;
- Évaluer l’ampleur de la prophétie autoréalisatrice, c’est-à-dire le cercle vicieux où la peur anticipatoire de rougir induit une activation sympathique qui précipite précisément le rougissement ;
- Mesurer les progrès thérapeutiques au fil d’interventions ciblées, telles que l’exposition intéroceptive, la restructuration cognitive, l’entraînement attentionnel (Attention Training Technique de Wells) ou la thérapie par réalité virtuelle.
5. Construit psychologique
Le construit psychologique mesuré par l’Échelle de Propension au Rougissement est la propension au rougissement social (blushing propensity). Il s’agit d’un trait stable de la personnalité caractérisé par la probabilité perçue de manifester une vasodilatation faciale visible en réponse à des menaces potentielles ou avérées dirigées contre l’image sociale de soi. Ce construit ne se réduit pas à une simple composante vasomotrice ; il intègre une dimension expérientielle et subjective profonde, reliant le corps, les représentations cognitives et l’évaluation sociale.
Dans sa modélisation enrichie par Bögels et ses collègues (1996), la propension au rougissement se décompose en trois dimensions factorielles interdépendantes :
1. Le Centre de l’attention (Centre of attention)
Cette sous-échelle comprend 9 items (items 1, 3, 5, 6, 7, 10, 12, 13 et 19) qui mesurent la réactivité d’un individu lorsqu’il se trouve exposé de manière unilatérale au regard d’un groupe ou d’une figure d’autorité. Les situations représentées renvoient à deux déclencheurs émotionnels majeurs :
- L’exposition publique saillante sans connotation négative immédiate : comme lorsqu’un enseignant interroge l’individu en classe (item 1), qu’un groupe chante « Joyeux Anniversaire » à son intention (item 7), ou lorsqu’il reçoit un compliment élogieux (item 12). Dans ces contextes, la personne devient l’épicentre d’un faisceau d’attention sociale bienveillante ou neutre, ce qui suffit à saturer ses ressources cognitives et à déclencher un rougissement d’hyper-conscience de soi.
- La transgression de normes ou la bévue publique : illustrée par le fait d’être surpris en train de faire quelque chose de répréhensible ou de honteux (item 5), de paraître incompétent ou stupide aux yeux des pairs (item 13), d’être embarrassé (item 3) ou d’être ouvertement critiqué (item 19). Le rougissement agit ici comme un signal non verbal d’apaisement attestant que l’individu reconnaît sa transgression.
2. L’Interaction sociale intime (Intimate social interaction)
Composée de 7 items (items 2, 4, 8, 9, 14, 17 et 18), cette dimension explore la propension à rougir au cours d’interactions dyadiques impliquant une vulnérabilité personnelle, des enjeux séducteurs ou un différentiel hiérarchique :
- L’intimité affective et sexuelle : aborder des thématiques personnelles intimes (item 2), converser sur le thème du sexe (item 17), échanger avec une personne attirante (item 18) ou interagir avec un membre de l’autre sexe (item 14). Le rougissement y traduit la crainte de révéler involontairement des pensées, des pulsions ou des sentiments dissimulés.
- La pression d’impression et le statut social : se trouver en présence d’une personne que l’on désire impressionner (item 8), rencontrer un inconnu (item 4) ou s’entretenir avec son supérieur hiérarchique ou un enseignant (item 9). Dans ces configurations, l’enjeu porte sur la compétence perçue et le risque de déchoir aux yeux d’individus à haut statut social.
3. La Prophétie autoréalisatrice (Self-fulfilling prophecy)
Cette sous-échelle, particulièrement novatrice introduite par Bögels et al. (1996), regroupe 2 items spécifiques (items 15 et 16) : le fait d’être accusé de rougir par un tiers (« When I’m being accused of blushing ») et le simple fait de penser que l’on est en train de commencer à rougir (« When I think I may start blushing »). Cette composante opérationnalise la dimension métacognitive de l’éreutophobie : la boucle de rétroaction positive somatosensorielle. Dès lors que l’attention se focalise sur les sensations thermiques des joues, le niveau d’anxiété grimpe brutalement, entraînant une décharge adrénergique qui provoque immanquablement la vasodilatation redoutée. Ce processus valide le modèle de la prophétie autoréalisatrice dans les troubles de l’évaluation sociale.
6. Cadre théorique
Le fondement théorique principal de l’Échelle de Propension au Rougissement s’ancre dans la théorie de la présentation de soi (self-presentation theory) ou de la gestion des impressions (impression management), formalisée en sociologie par Erving Goffman (1959) et adaptée à la psychologie sociale expérimentale par Mark R. Leary (1983, 1991). Selon cette perspective, les êtres humains possèdent une motivation intrinsèque continue à réguler et contrôler les images qu’ils projettent d’eux-mêmes devant autrui afin de préserver leur statut d’inclusion sociale et leur acceptation au sein du groupe.
Dans ce modèle, l’embarras et le rougissement surviennent dès lors qu’un individu anticipe ou constate une défaillance dans sa capacité à projeter l’image souhaitée, risquant ainsi de subir une dévaluation sociale, un rejet ou un ridicule public. Leary et Meadows (1991) soulignent que le rougissement joue un rôle adaptatif fondamental : c’est un « signal de remords involontaire et non feint » (Charles Darwin l’avait déjà décrit en 1872 dans L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux comme le plus humain de tous les mouvements expressifs). En rougissant, l’individu communique silencieusement au groupe qu’il est conscient d’avoir violé une norme sociale, qu’il s’en repent et qu’il souscrit toujours aux règles collectives, désamorçant ainsi l’agressivité et l’ostracisme de ses congénères.
Sur le versant psychopathologique et cognitif, la BPS s’appuie sur le modèle cognitif de l’anxiété sociale élaboré par David M. Clark et Adrian Wells (1995). Ce modèle postule que face à une situation sociale évaluative, les individus vulnérables activent des croyances conditionnelles négatives (« Si je rougis, tout le monde va me prendre pour un incapable ou un faible »). Cela déclenche une bascule attentionnelle majeure : l’attention se détourne de l’environnement extérieur pour se concentrer de manière hyper-focalisée sur le soi (self-focused attention) et sur les marqueurs somatiques internes. La personne utilise ses sensations proprioceptives internes (chaleur aux joues, picotements) pour déduire de façon erronée son apparence extérieure perçue par autrui. Les travaux de Bögels, Alberts et de Jong (1996) ont brillamment articulé la BPS à ce modèle, démontrant que la conscience de soi publique (public self-consciousness) et l’attention focalisée sur le soi sont les médiateurs directs entre la propension dispositionnelle au rougissement et l’installation d’une phobie sociale invalidante.
7. Validité
La validité psychométrique de l’Échelle de Propension au Rougissement a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques transversales et expérimentales, confirmant d’excellentes qualités métrologiques à travers différentes cultures.
Validité de construit et convergente
La validité convergente de la BPS est solidement étayée par des corrélations statistiquement significatives avec des instruments mesurant des construits théoriquement apparentés :
- Anxiété sociale et phobie : Des corrélations positives élevées (variant entre r = 0,55 et r = 0,72, p < 0,001) sont constamment observées entre la BPS et des échelles telles que la Social Phobia and Anxiety Inventory (SPAI) ou la Liebowitz Social Anxiety Scale (LSAS).
- Peur de l’évaluation négative : La BPS présente une association robuste (r = 0,48 à r = 0,63) avec l’échelle FNE (Fear of Negative Evaluation), illustrant que le rougissement est viscéralement lié à la crainte du jugement d’autrui.
- Conscience de soi publique et timidité : Les études menées par Leary et Meadows (1991) ainsi que Bögels et al. (1996) rapportent des corrélations significatives avec l’échelle de conscience de soi de Fenigstein (Public Self-Consciousness, r = 0,42 à 0,51) et l’échelle de timidité de Cheek et Buss (r = 0,58).
- Peur spécifique de rougir : La BPS corrèle massivement (r = 0,68 à r = 0,78) avec la Fear of Blushing Scale (FBS), tout en s’en distinguant conceptuellement : la BPS mesure la propension perçue à rougir, alors que la FBS mesure l’anxiété et l’évitement suscités par cette perspective.
Validité discriminante et divergence psychophysiologique
La validité discriminante de l’outil a été mise à l’épreuve de manière spectaculaire dans les travaux de laboratoire menés par Mulkens, de Jong et Bögels (1997, 1999). Les chercheurs ont soumis des participants classés « hauts » et « bas » sur la BPS à des tâches anxiogènes d’embarras social (chanter devant un public, visionner leur propre prestation vidéo) tout en mesurant simultanément le flux sanguin facial par photopléthysmographie faciale (mesure du volume d’impulsion sanguine cutanée) et la température de la joue.
Les résultats ont montré que si les individus ayant un score élevé à la BPS rapportaient des niveaux d’embarras et une certitude de rougir significativement plus élevés que les témoins, l’augmentation effective du flux sanguin et de la rougeur faciale ne différait pas de façon substantielle entre les deux groupes. Ces observations démontrent une validité discriminante remarquable de la BPS, qui ne reflète pas une simple réactivité vasomotrice autonome générale, mais capte spécifiquement le biais de perception somatosensorielle et la détresse métacognitive liée au regard de l’autre.
8. Fidélité
La fidélité de la BPS a été examinée sous l’angle de la consistance interne et de la stabilité temporelle (test-retest), attestant d’une robustesse métrologique irréprochable.
Consistance interne
Dans l’étude princeps de Leary et Meadows (1991), portant sur un échantillon de 223 étudiants nord-américains pour la version initiale à 14 items, le coefficient alpha de Cronbach obtenu était de α = 0,88, témoignant d’une très forte homogénéité des énoncés. Lors de l’extension de l’échelle à 19 items par Bögels et al. (1996) auprès d’un échantillon néerlandais clinique et non clinique, la consistance interne globale a atteint un niveau exceptionnel de α = 0,93 à 0,94.
L’analyse détaillée des trois sous-échelles révèle également une homogénéité interne remarquable :
- Centre de l’attention (9 items) : α oscillant entre 0,87 et 0,91 selon les cohortes.
- Interaction sociale intime (7 items) : α compris entre 0,82 et 0,86.
- Prophétie autoréalisatrice (2 items) : corrélation inter-items r = 0,68 et α standardisé de 0,81, ce qui est particulièrement élevé pour une sous-échelle ne comportant que deux assertions.
Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent entre 0,45 et 0,74, aucun item ne réduisant le coefficient global en cas de suppression.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La stabilité du score BPS dans le temps confirme que l’instrument capture un trait psychologique stable et non un simple état émotionnel transitoire. Sur un intervalle de quatre semaines auprès d’un groupe d’étudiants, Bögels et al. (1996) ont rapporté un coefficient de corrélation test-retest de r = 0,85 (p < 0,001). Des études ultérieures évaluant la stabilité sur des périodes allant jusqu’à six mois chez des sujets témoins en l’absence d’intervention thérapeutique ont confirmé des coefficients de corrélation intra-classe (CCI) supérieurs à 0,79, attestant de la constance temporelle des représentations associées à la propension au rougissement.
9. Analyse factorielle
La structure factorielle de la Blushing Propensity Scale a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) puis confirmatoires (AFC) approfondies, documentant l’évolution conceptuelle entre la version d’origine et la version étendue.
Structure initiale (Leary & Meadows, 1991)
Lors des analyses exploratoires initiales conduites par Leary et Meadows par factorisation en axes principaux avec rotation oblique (Promax), les 14 items originaux ont d’abord été envisagés sous l’angle d’un facteur général prédominant expliquant plus de 42 % de la variance totale, justifiant l’utilisation d’un score unidimensionnel global. Toutefois, l’examen des saturations factorielles secondaires laissait déjà entrevoir une séparation nette entre les situations de performance publique et les situations de proximité interpersonnelle.
Structure à trois facteurs (Bögels et al., 1996)
Avec l’adjonction de 5 items complémentaires dans la version néerlandaise, Bögels, Alberts et de Jong (1996) ont mené une analyse factorielle exploratoire (extraction en composantes principales suivie d’une rotation Varimax et Oblimin). L’analyse du graphique des valeurs propres (scree test de Cattell) et le critère de Kaiser ont nettement isolé une solution à trois facteurs, expliquant collectivement 58,4 % de la variance :
- Facteur 1 : Centre de l’attention (32,1 % de la variance) : Saturations très élevées pour l’item 6 (« When I’m the center of attention », λ = 0,78), l’item 7 (« Happy Birthday », λ = 0,74), l’item 10 (« Speaking in front of a group », λ = 0,71), l’item 13 (« Looked stupid or incompetent », λ = 0,68), l’item 12 (« Pays me a compliment », λ = 0,65), l’item 3 (« Embarrassed », λ = 0,64), l’item 19 (« Criticized », λ = 0,61), l’item 5 (« Caught doing something improper », λ = 0,59) et l’item 1 (« Teacher calls on me », λ = 0,54).
- Facteur 2 : Interaction sociale intime (18,2 % de la variance) : Saturations dominantes pour l’item 18 (« Interacting with someone attractive », λ = 0,76), l’item 17 (« Subject of conversation is sex », λ = 0,73), l’item 8 (« Around someone I want to impress », λ = 0,69), l’item 14 (« Talking to other sex », λ = 0,66), l’item 2 (« Personal topic », λ = 0,62), l’item 4 (« Introduced to stranger », λ = 0,55) et l’item 9 (« Boss or teacher », λ = 0,51).
- Facteur 3 : Prophétie autoréalisatrice (8,1 % de la variance) : Saturations presque pures et très fortes pour l’item 16 (« When I think I may start blushing », λ = 0,84) et l’item 15 (« When I’m being accused of blushing », λ = 0,81).
Des analyses factorielles confirmatoires ultérieures ont validé la supériorité d’un modèle hiérarchique (un facteur général de second ordre coiffant les trois facteurs de premier ordre), affichant d’excellents indices d’ajustement (CFI > 0,94, TLI > 0,93, RMSEA < 0,06), autorisant les cliniciens à interpréter simultanément le score total global et le profil spécifique des trois sous-dimensions.
10. Instrument de mesure
- Type de test : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation dispositionnelle (auto-questionnaire papier-crayon ou informatisé).
- Format d’administration : Individuel ou collectif ; passation en ligne ou présentielle.
- Durée moyenne de passation : Environ 3 à 5 minutes.
- Nombre total d’items : 19 items (version complète incluant les items 1 à 14 de Leary & Meadows et les items 15 à 19 de Bögels et al.).
- Échelle de réponse : Échelle de fréquence ordinale de type Likert en 5 points :
- 1 = I NEVER feel myself blush in this situation. (Je ne me sens JAMAIS rougir dans cette situation)
- 2 = I RARELY feel myself blush in this situation. (Je me sens RAREMENT rougir dans cette situation)
- 3 = I OCCASIONALLY feel myself blush in this situation. (Je me sens OCCASIONNELLEMENT rougir dans cette situation)
- 4 = I OFTEN feel myself blush in this situation. (Je me sens SOUVENT rougir dans cette situation)
- 5 = I ALWAYS feel myself blush in this situation. (Je me sens TOUJOURS rougir dans cette situation)
- Modalités de cotation et calcul des scores :
- Aucun item inversé. Chaque item reçoit une note brute de 1 à 5.
- Score total de la BPS : Somme des 19 items (étendue théorique de 19 à 95). Un score élevé reflète une forte propension perçue au rougissement. Dans la version originale à 14 items, le score s’étend de 14 à 70.
- Sous-échelle « Centre de l’attention » (9 items) : Somme des items 1, 3, 5, 6, 7, 10, 12, 13 et 19 (étendue : 9 à 45).
- Sous-échelle « Interaction sociale intime » (7 items) : Somme des items 2, 4, 8, 9, 14, 17 et 18 (étendue : 7 à 35).
- Sous-échelle « Prophétie autoréalisatrice » (2 items) : Somme des items 15 et 16 (étendue : 2 à 10).
- Interprétation clinique : Bien qu’il n’existe pas de seuil d’exclusion rigide en raison de la nature dimensionnelle du trait, des scores totaux dépassant le percentile 80 ou 85 (souvent ≥ 65/95 dans les normes non cliniques) signalent une sensibilité accrue au rougissement associée à un risque élevé de phobie sociale ou d’éreutophobie.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication initiale : 1991 (version princeps nord-américaine à 14 items par Mark R. Leary et Sharon Meadows) ; 1996 (version étendue néerlandaise à 19 items par Susan M. Bögels, Merel Alberts et Peter J. de Jong).
- Statut du droit d’auteur et licence d’usage : L’Échelle de Propension au Rougissement est un instrument relevant du domaine public académique (academic open-access instrument). Elle est mise à disposition gratuitement par les auteurs pour les travaux de recherche scientifique, l’enseignement universitaire et la pratique clinique non commerciale, sous réserve de citer scrupuleusement les publications de référence princeps.
- Tarification : Accès 100 % gratuit (aucun coût de licence, aucune redevance à acquitter).
- Dépôts institutionnels et sources : L’échelle et ses déclinaisons méthodologiques sont consultables sur les pages institutionnelles des chercheurs, notamment sur les archives de l’Université Duke (Leary Scales Archive) ainsi que sur le dépôt institutionnel de l’Université Radboud (Radboud Repository).
12. Références
Les publications fondatrices et études psychométriques de référence relatives à la Blushing Propensity Scale sont présentées ci-dessous en style APA (7e édition) :
- Bögels, S. M., Alberts, M., & de Jong, P. J. (1996). Self-consciousness, self-focused attention, blushing propensity and fear of blushing. Personality and Individual Differences, 21(4), 573-581. https://doi.org/10.1016/0191-8869(96)00096-7
- Clark, D. M., & Wells, A. (1995). A cognitive model of social phobia. In R. G. Heimberg, M. R. Liebowitz, D. A. Hope, & F. R. Schneier (Eds.), Social phobia: Diagnosis, assessment, and treatment (pp. 69-93). Guilford Press.
- Darwin, C. (1872). The expression of the emotions in man and animals. John Murray. https://doi.org/10.1037/10001-000
- Goffman, E. (1959). The presentation of self in everyday life. Anchor Books.
- Leary, M. R. (1983). Understanding social anxiety: Social, personality, and clinical perspectives. SAGE Publications.
- Leary, M. R., & Meadows, S. (1991). Predictors, elicitors, and concomitants of social blushing. Journal of Personality and Social Psychology, 60(2), 254-262. https://doi.org/10.1037/0022-3514.60.2.254
- Mulkens, S., de Jong, P. J., & Bögels, S. M. (1997). High blushing propensity: Fearful preoccupation or facial coloration? Personality and Individual Differences, 22(6), 817-824. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(96)00278-4
- Mulkens, S., de Jong, P. J., Dobbelaar, A., & Bögels, S. M. (1999). Fear of blushing: Fearful preoccupation irrespective of facial coloration. Behaviour Research and Therapy, 37(11), 1119-1128. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(98)00196-1