Échelle de propension à l’ennui

L’Échelle de propension à l’ennui (Boredom Proneness Scale – BPS) développée par Farmer et Sundberg en 1986 est le questionnaire de référence mesurant la disposition à ressentir l’ennui en psychologie clinique et cognitive.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 9, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 9, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Échelle de propension à l’ennui (en anglais, Boredom Proneness Scale ou BPS), conçue originellement par Norman D. Sundberg et Richard Farmer en 1986, constitue historiquement le premier instrument psychométrique standardisé élaboré spécifiquement pour quantifier la disposition individuelle stable à ressentir l’ennui. Alors que l’ennui a longtemps été conceptualisé comme un état émotionnel transitoire suscité par un environnement sous-stimulant, l’avènement de la BPS a permis de formaliser l’ennui en tant que trait de personnalité durable (trait psychologique). Le questionnaire se compose de 28 items auto-rapportés évaluant divers aspects cognitifs, affectifs et comportementaux de l’expérience de l’ennui, notamment la difficulté à maintenir l’attention, le déficit de stimulation interne, la dépendance à l’égard des stimuli environnementaux externes, le sentiment de contrainte et la distorsion de la perception temporelle.

Initialement administrée selon un format dichotomique (Vrai/Faux), l’échelle est désormais majoritairement exploitée dans les travaux contemporains sous la forme d’une échelle de Likert en 7 points (allant de 1 = « Fortement en désaccord » à 7 = « Fortement d’accord »), ce qui permet d’accroître la variance des réponses et la sensibilité de la mesure. Sur le plan psychométrique, la BPS démontre une consistance interne satisfaisante avec un coefficient alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,79 et 0,84 selon les populations étudiées, ainsi qu’une fidélité test-retest robuste de l’ordre de 0,79 à 0,83 sur des intervalles de plusieurs semaines. Bien que développée initialement comme une mesure globale unidimensionnelle, les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires conduites au fil des décennies ont révélé une architecture factorielle plus complexe, fréquemment subdivisée en deux grands facteurs de second ordre (manque de stimulation interne et besoin de stimulation externe) ou en cinq dimensions de premier ordre. L’échelle présente une excellente validité convergente et discriminante, s’associant significativement à la dépression, à l’anxiété, aux conduites addictives et aux troubles du déficit de l’attention, tout en demeurant un prédicteur indépendant des difficultés d’autorégulation.

2. Mots-clés / Keywords

Propension à l’ennui, Boredom Proneness Scale, BPS, psychométrie, régulation attentionnelle, stimulation interne, stimulation externe, psychopathologie, anhedonie, autorégulation, évaluation de la personnalité, validité factorielle.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle de propension à l’ennui a été développée conjointement par :

  • Richard Farmer, Ph.D. : Psychologue clinicien et chercheur, rattaché lors de la conception de l’instrument au Département de psychologie de l’Université de l’Oregon (Eugene, Oregon, États-Unis). Ses axes de recherche se sont concentrés sur la psychologie de la personnalité, les désordres affectifs et les mécanismes de régulation émotionnelle.
  • Norman D. Sundberg, Ph.D. (1922–2016) : Professeur émérite de psychologie à l’Université de l’Oregon. Figure majeure de l’évaluation psychologique transculturelle et de la psychologie clinique, Norman D. Sundberg a publié de nombreux ouvrages de référence sur l’évaluation de la personnalité et les compétences interculturelles, posant les bases de la recherche clinique moderne sur l’ennui chronique.

Les correspondances académiques historiques étaient adressées au Department of Psychology, University of Oregon, Eugene, OR 97403, États-Unis.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la Boredom Proneness Scale (BPS) est d’isoler, de mesurer et de comprendre les variations interindividuelles relatives à la vulnérabilité psychologique à l’ennui. Avant les travaux pionniers de Farmer et Sundberg (1986), la littérature scientifique souffrait d’un vide méthodologique criant : l’ennui était fréquemment confondu avec la dépression légère, la fatigue mentale, l’anomie ou l’apathie, et n’était investigué que sous son angle situationnel (état d’ennui transitoire induit par des tâches de laboratoire monotones). La BPS a été créée pour opérationnaliser le concept d’ennui-trait (trait boredom), c’est-à-dire une propension dispositionnelle récurrente et généralisée à éprouver un état d’insatisfaction intérieure marqué par une difficulté à investir cognitivement ou émotionnellement les stimuli de l’environnement quotidien.

D’un point de vue clinique et diagnostique, l’utilisation de la BPS permet d’identifier les individus à risque pour diverses manifestations psychopathologiques et dysfonctionnements comportementaux. Une propension élevée à l’ennui a été identifiée comme un prédicteur robuste et transversal de conduites à risque, incluant l’abus de substances psychoactives (toxicomanie, alcoolodépendance), le jeu pathologique, les troubles des conduites alimentaires (notamment les épisodes d’hyperphagie boulimique), ainsi que les comportements sexuels compulsifs. Dans le contexte de la psychiatrie et de la psychothérapie, la BPS fournit un éclairage diagnostique essentiel pour distinguer un état dépressif caractérisé d’un déficit d’autorégulation attentionnelle ou d’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), dans lequel l’intolérance à la sous-stimulation joue un rôle étiologique prépondérant.

Dans les contextes organisationnels et ergonomiques, la BPS est employée pour analyser les déterminants humains de l’insatisfaction professionnelle, du présentéisme, de l’absentéisme et des comportements professionnels contre-productifs (par exemple, le sabotage, le désengagement et le cyber-flânage). Les individus affichant un score élevé de propension à l’ennui éprouvent une détresse accrue face aux postes impliquant des tâches répétitives, une surveillance continue ou une faible autonomie décisionnelle, ce qui augmente substantiellement le risque d’erreurs professionnelles et d’accidents du travail. En milieu éducatif et universitaire, l’échelle aide à élucider les facteurs dispositionnels sous-tendant la procrastination académique, le décrochage scolaire et la sous-performance des étudiants à haut potentiel cognitif dont les besoins d’exploration ne sont pas assouvis par les programmes pédagogiques conventionnels.

Sur le plan de la recherche fondamentale, la BPS a servi de pierre angulaire à l’essor des théories neurocognitives modernes de la motivation, permettant aux chercheurs d’examiner comment les anomalies de la connectivité cérébrale (notamment au sein du réseau du mode par défaut et du réseau de saillance) et les dysrégulations du système dopaminergique mésolimbique se traduisent par des phénotypes psychologiques vulnérables à l’ennui.

5. Construit psychologique / Construct

L’ennui dispositionnel, ou propension à l’ennui, est défini conceptuellement comme l’incapacité chronique à synchroniser les ressources attentionnelles et émotionnelles d’un individu avec les exigences et les opportunités d’engagement offertes par l’environnement interne ou externe. L’expérience psychologique de l’ennui n’est pas un simple état d’inactivité ou de repos ; elle est au contraire caractérisée par un état affectif négatif et aversif, conjuguant une sensation de léthargie ou de sous-activation avec un désir frustré mais persistant d’activité signifiante et stimulante. L’individu s’ennuyant « veut vouloir » agir, mais ne parvient ni à trouver d’objet d’intérêt satisfaisant dans son répertoire mental, ni à s’investir dans les tâches disponibles.

Le construit mesuré par la Boredom Proneness Scale englobe une pluralité de dimensions interdépendantes qui structurent la phénoménologie de l’ennui :

  • Déficit de stimulation interne : Cette facette renvoie à l’inaptitude de l’individu à mobiliser ses propres ressources psychiques (imagination, fantaisie, créativité, dialogue intérieur) pour s’occuper ou générer de l’intérêt en l’absence de stimulations extérieures. Les items inversés de la BPS, tels que le fait de se réveiller avec de nouvelles idées ou d’avoir de multiples projets personnels, reflètent précisément l’antithèse de ce déficit.
  • Besoin et dépendance vis-à-vis de la stimulation externe : Les personnes présentant une forte propension à l’ennui requièrent un seuil d’excitation sensorielle, sociale ou environnementale inhabituellement élevé pour amorcer et maintenir leur attention motrice et cognitive. Elles décrivent l’environnement quotidien comme terne, répétitif et fade (« Unless I am doing something exciting, even dangerous, I feel half-dead and dull »).
  • Perception altérée de l’écoulement du temps : L’un des marqueurs phénoménologiques cardinaux de l’ennui réside dans la sensation subjective d’une dilatation temporelle. Lorsque l’engagement cognitif fait défaut, le temps semble s’écouler avec une lenteur insupportable, générant un sentiment d’emprisonnement chronologique.
  • Impatience, agitation motrice et intolérance à l’attente : L’incapacité à supporter les situations de latence (files d’attente, périodes d’inactivité imposée) se traduit par une irritabilité physique et un inconfort somatique profond, incitant l’individu à rechercher convulsivement des distractions périphériques.
  • Contrainte perçue et vide existentiel : La tendance à percevoir les exigences sociales, professionnelles ou académiques comme dénuées de sens, insignifiantes ou imposées par des forces coercitives externes, empêchant l’émergence d’une motivation intrinsèque authentique.

Sur le plan différentiel, la propension à l’ennui doit être rigoureusement distinguée d’autres construits voisins. Contrairement à l’anhédonie, où l’individu est incapable de ressentir du plaisir (perte de la capacité hédonique fondamentale), la personne sujette à l’ennui conserve intacte sa capacité à éprouver du plaisir, mais se heurte à une barrière d’accès cognitive et attentionnelle qui l’empêche de s’engager dans l’activité susceptible de lui procurer ce plaisir. De même, la BPS se distingue de l’apathie (caractérisée par l’absence totale de motivation et d’affect) par la présence d’un affect désagréable actif, souvent teinté d’agitation, d’irritabilité et d’une recherche désespérée de réorientation attentionnelle.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’élaboration de la Boredom Proneness Scale et l’interprétation de ses scores s’adossent à plusieurs courants théoriques majeurs de la psychologie cognitive, psychodynamique, existentielle et motivationnelle :

La théorie de l’activation et du niveau optimal d’éveil (Arousal Theory)

Historiquement ancrée dans les travaux psychophysiologiques de Donald Hebb (1955) et de Daniel Berlyne (1960), la théorie de l’activation postule que chaque organisme cherche à maintenir un niveau optimal de stimulation corticale et d’éveil psychologique. Lorsque l’afflux sensoriel et cognitif chute en deçà de ce seuil critique, l’organisme bascule dans un état de sous-activation aversive qui est précisément expérimenté comme de l’ennui. Farmer et Sundberg ont intégré cette perspective en montrant que les individus hautement enclins à l’ennui possèdent soit un seuil d’éveil basique anormalement élevé (nécessitant des stimuli puissants pour être activés), soit des mécanismes d’autorégulation déficients qui les empêchent d’élever de manière autonome leur propre niveau d’activation par des processus cognitifs internes.

Le modèle cognitivo-attentionnel de l’ennui

Développé ultérieurement mais préfiguré par la conception de la BPS, le modèle attentionnel de l’ennui formulé par John Eastwood et ses collaborateurs (2012) stipule que l’ennui résulte directement d’une rupture de l’attention exécutive. Selon ce modèle, l’expérience de l’ennui survient lorsqu’un individu :

  1. Est incapable de fixer avec succès son attention sur des informations internes (pensées, souvenirs, projections) ou externes (stimuli de l’environnement immédiat) nécessaires à la poursuite d’une activité orientée vers un but ;
  2. Est conscient du fait qu’il est incapable de mobiliser cette attention ;
  3. Attribue la cause de cette difficulté attentionnelle à un environnement jugé subjectivement inintéressant, monotone ou dépourvu d’attrait.

Ce cadre théorique explique pourquoi les items de la BPS portant sur la distractibilité et la difficulté de concentration (« It is easy for me to concentrate on my activities ») constituent des prédicteurs fondamentaux du score global.

La théorie du Flow de Csíkszentmihályi

Dans la perspective de la théorie du Flow (expérience optimale) de Mihaly Csíkszentmihályi, l’ennui émerge d’un déséquilibre structurel entre le niveau de compétence d’un individu et le degré de défi posé par une tâche. Lorsque les compétences d’une personne dépassent largement les exigences requises, la tâche cesse d’exiger une mobilisation active des ressources cognitives, ce qui précipite l’individu dans l’ennui. Les items de la BPS soulignant le sentiment de travailler en deçà de ses capacités (« I feel that I am working below my abilities most of the time ») illustrent directement ce conflit d’adéquation entre défi et compétence.

Perspectives psychodynamiques et existentielles

D’un point de vue psychodynamique (Otto Fenichel, 1951), l’ennui chronique est interprété comme un mécanisme de défense : l’inhibition du désir et l’affect d’ennui masquent des pulsions inconscientes ou des conflits émotionnels menaçants qui sont refoulés. Sur le versant de la psychologie existentielle (Viktor Frankl), l’ennui est envisagé comme la manifestation clinique d’un « vide existentiel » (existential vacuum), signalant l’incapacité de l’individu à découvrir une signification personnelle et un sens profond à ses actions quotidiennes, transformant l’existence en une succession de routines mécaniques.

7. Validité / Validity

L’évaluation des propriétés psychométriques de la BPS a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques transversales et longitudinales depuis sa publication originale.

Validité de construit et convergente

La validité convergente de la BPS a été solidement établie par le biais de corrélations significatives avec des mesures standardisées évaluant la symptomatologie affective, la régulation attentionnelle et la personnalité :

  • Dépression et détresse psychologique : Les scores totaux à la BPS présentent des corrélations positives modérées à fortes avec les scores du Beck Depression Inventory (BDI) (coefficients r compris entre 0,45 et 0,58) et les sous-échelles de dépression du MMPI. Les individus prédisposés à l’ennui rapportent davantage de désespoir, de sentiments de culpabilité et d’humeur dépressive.
  • Anxiété : Une corrélation positive substantielle est observée entre la BPS et l’anxiété-trait mesurée par le State-Trait Anxiety Inventory (STAI) (r variant de 0,35 à 0,48), confirmant que l’ennui n’est pas un état de calme ou de détente, mais une expérience génératrice de tension intérieure et d’inconfort affectif.
  • Modèle des Big Five : Les analyses corrélationnelles avec le modèle à cinq facteurs révèlent une relation positive systématique avec le Névrosisme (r ≈ 0,38 à 0,52), ainsi que des corrélations négatives notables avec l’Agréabilité (r ≈ -0,25) et surtout la Conscienciosité (r ≈ -0,35 à -0,48). La faible conscienciosité met en lumière le déficit d’autodiscipline et de persévérance caractéristique de la propension à l’ennui.
  • Recherche de sensations et impulsivité : Des corrélations positives modérées (r ≈ 0,28 à 0,42) sont systématiquement relevées avec la recherche de sensations (mesurée par la Sensation Seeking Scale de Zuckerman) — en particulier avec la sous-échelle d’« Évitement de la monotonie » (Boredom Susceptibility) — ainsi qu’avec les dimensions d’urgence négative et de manque de persévérance de l’échelle d’impulsivité UPPS.

Validité discriminante

La BPS démontre une excellente validité discriminante vis-à-vis des aptitudes intellectuelles générales (QI), les corrélations avec les tests d’intelligence verbale et non-verbale étant quasi nulles (r oscillant entre -0,08 et 0,05, non significatives). Cela atteste que la propension à l’ennui ne constitue pas une fonction du potentiel cognitif d’un sujet, mais bien une dynamique motivationnelle et régulatrice. De surcroît, les corrélations avec les échelles de désirabilité sociale (comme l’échelle de Marlowe-Crowne) sont faibles (r < -0,20), indiquant que les réponses des participants ne sont pas substantiellement biaisées par la recherche d’approbation sociale.

Validité prédictive et critériée

La BPS prédit de manière significative un large spectre de comportements inadaptés :

  • La consommation abusive d’alcool et de drogues chez les adolescents et les jeunes adultes en milieu universitaire ;
  • L’assiduité médiocre et la procrastination lors de la réalisation de devoirs académiques ;
  • Les conduites automobiles dangereuses (excès de vitesse, inattention au volant) ;
  • Les comportements déviants en milieu de travail (absentéisme non motivé, vols mineurs, consultation intempestive d’Internet à des fins récréatives).

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’Échelle de propension à l’ennui a été documentée à travers de multiples échantillons démographiques, cliniques et non cliniques.

Consistance interne

Dans l’étude princeps menée par Farmer et Sundberg (1986) auprès d’étudiants universitaires, le coefficient alpha de Cronbach de l’instrument global atteignait 0,79 dans son format de réponse dichotomique (Vrai/Faux). Les réévaluations méthodologiques subséquentes qui ont adopté le format d’échelle de Likert en 7 points (Vodanovich et al., Kass, Watt) ont démontré des coefficients d’homogénéité interne supérieurs, se situant de manière récurrente entre 0,81 et 0,84. Cette valeur confirme que l’ensemble des 28 énoncés converge efficacement vers la mesure d’un construit psychologique commun.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La stabilité temporelle des scores de la BPS a été confirmée sur divers intervalles de temps :

  • Sur un intervalle d’une semaine, Farmer et Sundberg ont obtenu un coefficient de corrélation test-retest de 0,83 (p < 0,001).
  • Dans des investigations longitudinales conduites sur des périodes de trois à huit semaines, les coefficients de stabilité demeurent élevés, oscillant de manière constante entre 0,74 et 0,79.

Ces données attestent de la pérennité temporelle des scores et confirment empiriquement que la propension à l’ennui opère bel et bien comme un trait de personnalité stable et non comme une simple fluctuation de l’humeur contingente aux événements du moment.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle de la BPS a fait l’objet d’intenses débats méthodologiques au cours des trois dernières décennies, mettant en tension la conception unidimensionnelle originale et des modèles factoriels multidimensionnels plus complexes.

Modèle bidimensionnel initial de Farmer et Sundberg

Bien qu’ayant conçu la BPS principalement comme une mesure globale dont le score total reflète la vulnérabilité globale à l’ennui, Farmer et Sundberg (1986) ont extrait, lors de leurs analyses exploratoires initiales, deux facteurs principaux d’ordre supérieur :

  1. Le facteur de stimulation interne : Composé en grande partie des items formulés de manière positive et inversés au codage, reflétant la capacité de l’individu à s’auto-divertir, à concevoir des projets, à générer de l’intérêt intrinsèque et à maintenir une activité créative soutenue.
  2. Le facteur de stimulation externe : Centré sur le besoin d’intensité environnementale, la dépendance aux événements extérieurs pour susciter de l’excitation, et l’irritabilité éprouvée face à la lenteur ou à la monotonie de l’entourage.

Le modèle à cinq facteurs de Vodanovich et Kass (1990)

Une étape charnière dans l’analyse de la dimensionnalité de la BPS a été franchie par Stephen Vodanovich et Steven Kass (1990). En appliquant une analyse factorielle exploratoire avec rotation varimax sur les réponses d’un large échantillon d’adultes, ils ont identifié une structure à cinq facteurs distincts :

  • Facteur 1 : Stimulation externe (External Stimulation) — Regroupe les items décrivant la nécessité d’un apport constant de nouveauté et de sensations fortes sous peine de ressentir un vide ou une torpeur physique (ex. : items 7, 9, 15, 26).
  • Facteur 2 : Stimulation interne (Internal Stimulation) — Rassemble les énoncés renvoyant à l’imagination, à la créativité et à l’autonomie dans la gestion des loisirs et des temps libres (ex. : items 6, 8, 12, 13, 18, 20).
  • Facteur 3 : Réponse affective (Affective Response) — Évalue la coloration émotionnelle aversive, la morosité et l’insatisfaction globale ressenties face à la routine quotidienne (ex. : items 16, 17, 25).
  • Facteur 4 : Perception du temps (Perception of Time) — Focalisé sur la sensation de dilatation temporelle et la difficulté à tolérer la lenteur perçue des activités manuelles ou d’attente (ex. : items 3, 19).
  • Facteur 5 : Sentiment de contrainte (Constraint) — Reflète le sentiment d’être forcé ou piégé dans des situations dépourvues d’intérêt personnel ou imposées par des tiers (ex. : items 5, 28).

Controverses méthodologiques et modèles abrégés contemporains

Des analyses factorielles confirmatoires ultérieures (notamment celles de Mercer-Lynn et al., 2011, et de Vodanovich, 2006) ont souligné que le format dichotomique original et la présence d’items inversés avaient tendance à induire des artefacts factoriels d’« effets de méthode » (les items inversés se regroupant artificiellement sur un même facteur en raison de leur formulation négative). Pour pallier ces instabilités, des versions abrégées unifactorielles et bifactorielles (telles que la Short Boredom Proneness Scale à 8 items de Struk et al., 2017) ont été développées, tout en confirmant la robustesse du score total de la version complète à 28 items lorsqu’elle est utilisée comme indice global de vulnérabilité.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’outil : Boredom Proneness Scale (BPS)
  • Traduction française : Échelle de propension à l’ennui
  • Auteurs : Richard Farmer, Ph.D. & Norman D. Sundberg, Ph.D. (1986)
  • Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique auto-rapporté (auto-évaluation)
  • Nombre total d’items : 28 items
  • Formats de réponse :
    • Format originel historique (1986) : Choix binaire Vrai / Faux (True / False).
    • Format psychométrique standard contemporain : Échelle de Likert en 7 points allant de 1 = « Fortement en désaccord » (Highly disagree / Strongly disagree) à 7 = « Fortement d’accord » (Highly agree / Strongly agree).
  • Durée moyenne de passation : Environ 8 à 10 minutes.
  • Procédure de cotation et calcul des scores :
    • Chaque énoncé est évalué de 1 à 7 (sur l’échelle de Likert).
    • Items inversés (Reverse-scored items) : Les items 1, 7, 8, 11, 13, 15, 18, 22, 23 et 24 doivent être impérativement inversés avant le calcul du score global. La transformation s’opère selon la formule mathématique : Score inversé = 8 - Score brut (par exemple, une note brute de 7 devient 1, et une note brute de 1 devient 7).
    • Score global : Somme totale des 28 items (en intégrant les items inversés). L’étendue théorique des scores s’échelonne de 28 à 168 points.
    • Interprétation : Un score total plus élevé traduit une propension dispositionnelle plus marquée et plus sévère à éprouver l’ennui au quotidien.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 1986
  • Statut des droits d’auteur et accessibilité : La Boredom Proneness Scale a été publiée dans la revue académique à comité de lecture Journal of Personality Assessment par Farmer et Sundberg. Dans le respect des règles d’utilisation de la littérature scientifique académique, l’échelle est considérée comme étant dans le domaine public pour les activités d’enseignement, la recherche scientifique non commerciale et les thèses doctorales, à condition de citer rigoureusement la publication originale.
  • Tarif / Coût d’utilisation : Gratuit pour une utilisation dans le cadre de la recherche scientifique et académique à but non lucratif. Aucune redevance financière ni redevance de licence n’est exigée pour son utilisation standard par les chercheurs.
  • Utilisations commerciales ou intégrations logicielles : Pour toute utilisation dans des plateformes de sélection professionnelle à but commercial, de tests de recrutement rémunérés ou de dispositifs diagnostiques propriétaires, il convient d’obtenir l’autorisation préalable auprès des ayants droit ou de l’éditeur de la revue source (Taylor & Francis / Society for Personality Assessment).

12. Références / References

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response format: 7-point Likert scale (1 = Highly disagree / Strongly disagree to 7 = Highly agree / Strongly agree), or original True/False format.
Note: Items marked with [Reverse scored] must be inverted prior to calculating the total score.

  1. It is easy for me to concentrate on my activities. [Reverse scored]
  2. Frequently when I am working I find myself thinking about other things.
  3. Time, generally, goes by very slowly for me.
  4. I often find myself with nothing to do–time on my hands.
  5. In situations where I have to wait, such as in a line, I get very restless.
  6. I often wake up with a new idea.
  7. It takes a lot of change and variety to keep me really happy. [Reverse scored]
  8. Most things I do, I find quite enjoyable and interesting. [Reverse scored]
  9. It takes more stimulation to get me going than most other people.
  10. I would like more challenging things to do in life.
  11. I feel that I am working below my abilities most of the time. [Reverse scored]
  12. Many people would say that I am a creative or imaginative person.
  13. I have so many interests, I don’t know what to do with them all. [Reverse scored]
  14. When I am given a job to do, I usually figure out a quick and easy way to do it.
  15. Unless I am doing something exciting, even dangerous, I feel half-dead and dull. [Reverse scored]
  16. It takes a lot of effort for me to get excited about doing things.
  17. I seem to be easily bored in my everyday life.
  18. When I was a child, I was often bored. [Reverse scored]
  19. Working with my hands (crafts, building, repairing, etc.) seems to make time pass slowly.
  20. I find it easy to entertain myself.
  21. It takes too much effort to develop hobbies.
  22. I can usually find something to do, even in the most quiet environments. [Reverse scored]
  23. I like to be around people who are doing exciting things. [Reverse scored]
  24. I am good at waiting patiently. [Reverse scored]
  25. I rarely get bored, even when doing dull or repetitious tasks.
  26. I am often caught off guard by unexpected free time, not knowing what to do.
  27. I have more than enough things to keep me occupied.
  28. There are many things to do around here, but none of them interest me.
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Looti, M. (2026, octobre 9). Échelle de propension à l’ennui. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-propension-a-l-ennui/
Looti, Mohammed. “Échelle de propension à l’ennui.” Base de données de psychologie en français, 9 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-propension-a-l-ennui/.
Looti, Mohammed. “Échelle de propension à l’ennui.” Base de données de psychologie en français. octobre 9, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-propension-a-l-ennui/.