Échelle de perception des comportements à problème

Découvrez l’Échelle de perception des comportements à problème (PPBS) issue des travaux de Rolf Loeber et David Farrington : présentation psychométrique complète, cadre théorique, validité longitudinale et items intégraux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 9, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 9, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé

L’Échelle de perception des comportements à problème (en anglais, Perception of Problem Behavior Scale ou PPBS) constitue un instrument d’auto-évaluation psychométrique conçu initialement dans le cadre des travaux longitudinaux majeurs sur le développement des conduites antisociales chez les enfants et les adolescents, notamment au sein de la célèbre Pittsburgh Youth Study dirigée par Rolf Loeber, David P. Farrington et leurs collaborateurs. Cet outil standardisé mesure l’acceptabilité normative perçue, la disposition subjective et la propension individuelle des jeunes à s’engager dans un large éventail de comportements déviants, perturbateurs ou illicites. Dans sa forme standardisée répertoriée par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), l’instrument comporte 18 items évaluant si le participant juge acceptable ou légitime de commettre des transgressions variées, allant de la désobéissance parentale et l’absentéisme scolaire jusqu’aux violences physiques directes, aux dégradations et à l’usage de substances psychoactives.

Le format de réponse opérationnalisé dans ce protocole repose sur une échelle dichotomique simplifiée (Oui = 1 ; Non = 0), générant un score composite d’inclination aux conduites problématiques s’échelonnant de 0 à 18, où un score plus élevé reflète une approbation normative accrue et une plus grande volonté de s’engager dans des comportements transgressifs. Dans la littérature élargie liée à la taxonomie des comportements extériorisés, l’outil s’articule autour de facettes complémentaires captant l’auto-perception des comportements problématiques, le sentiment d’acceptation par les pairs déviants et l’impact social anticipé des conduites. Dotée d’une consistance interne robuste (alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,87 selon les cohortes) et d’une remarquable validité prédictive documentée sur le long cours, cette échelle permet d’identifier précocement les trajectoires de délinquance juvénile persistante et d’orienter les programmes de prévention ciblée en milieu scolaire et médico-légal.

2. Mots-clés

Comportements à problème, délinquance juvénile, psychopathologie développementale, propension antisociale, auto-évaluation, adolescence, normes pro-sociales, agressivité, Pittsburgh Youth Study, validation psychométrique, criminologie développementale, évaluation du risque.

3. Auteurs

L’échelle a été développée et opérationnalisée dans sa configuration longitudinale par une équipe pionnière de la criminologie et de la psychopathologie développementale, réunie autour du Département de Psychiatrie de l’Université de Pittsburgh et de l’Institut de Criminologie de l’Université de Cambridge :

  • Rolf Loeber, Ph.D. (1942–2017) : Professeur émérite de psychiatrie, de psychologie et d’épidémiologie à l’Université de Pittsburgh (Western Psychiatric Hospital, University of Pittsburgh School of Medicine, Pittsburgh, Pennsylvanie, États-Unis) et professeur de criminologie juvénile à l’Université libre d’Amsterdam (Pays-Bas). Co-fondateur et codirecteur historique de la Pittsburgh Youth Study.
  • David P. Farrington, Ph.D. : Professeur émérite de criminologie psychologique à l’Institut de Criminologie de l’Université de Cambridge (University of Cambridge, Cambridge, Royaume-Uni). Expert mondial des trajectoires de délinquance et des facteurs de risque longitudinaux tout au long de la vie.
  • Magda Stouthamer-Loeber, Ph.D. : Chercheuse principale et directrice adjointe de projet au Western Psychiatric Institute and Clinic, Université de Pittsburgh (Pittsburgh, PA, États-Unis), spécialiste des interactions familiales et des contextes de socialisation chez l’enfant.
  • Welmoet B. Van Kammen, Ph.D. : Chercheuse et statisticienne senior au Western Psychiatric Institute and Clinic, Université de Pittsburgh, reconnue pour ses contributions méthodologiques sur les trajectoires de déviance et les modèles de développement antisocial.

Correspondance académique historique associée aux travaux institutionnels : Department of Psychiatry, University of Pittsburgh School of Medicine, Western Psychiatric Hospital, 3811 O’Hara Street, Pittsburgh, PA 15213, États-Unis.

4. Objectif

L’Échelle de perception des comportements à problème a été conçue pour capturer une dimension cognitive et attitudinale cruciale dans l’émergence des trajectoires de délinquance : la complaisance normative individuelle à l’égard de la transgression. Si de nombreuses mesures cliniques s’intéressent exclusivement aux actes déjà perpétrés (comme les auto-révélations de délits ou les signalements par les tiers), la PPBS quantifie la disponibilité psychologique, l’approbation morale subjective et la volonté déclarée d’un individu d’adopter des comportements problématiques lorsqu’une opportunité ou un conflit survient.

Applications en recherche fondamentale et épidémiologique

Dans le domaine de la recherche développementale, l’échelle remplit un rôle d’indicateur sentinelle. Dans les plans d’échantillonnage longitudinaux à panels multiples (tels que ceux de Pittsburgh suivant des cohortes dès les classes de CP, CM1 et 5e — grades 1, 4, 7), mesurer l’évolution de la perception de ces comportements permet d’anticiper la bascule d’une désobéissance oppositionnelle mineure vers des crimes graves à l’âge adulte. L’instrument est fréquemment mobilisé pour tester des modèles théoriques médiateurs : il permet d’évaluer dans quelle mesure des facteurs environnementaux délétères (supervision parentale lacunaire, désorganisation du voisinage, fréquentation de pairs antisociaux) modifient d’abord la structure des croyances normatives de l’enfant avant que ces croyances ne se cristallisent en infractions effectives.

Applications cliniques, scolaires et médico-légales

Sur le plan clinique et préventif, l’échelle fournit aux psychologues, psychiatres de l’enfant et travailleurs sociaux une cartographie précise de l’adhésion du sujet aux normes conventionnelles :

  • Dépistage précoce du risque récidivant : L’outil met en exergue les domaines spécifiques où le sens de l’interdit est altéré, qu’il s’agisse de la régulation de l’agressivité réactive (« Est-il acceptable d’utiliser ses poings pour résoudre un conflit ? »), de la transgression des règles d’autorité (« Ne pas dire à ses parents ce que l’on fait ») ou de la délinquance d’acquisition (« Garder des objets trouvés dans la rue », « Voler sous certaines circonstances »).
  • Évaluation des interventions cognitivo-comportementales : Les programmes de remédiation des compétences sociales et d’entraînement à la gestion de la colère (tels que l’Anger Coping Program ou le Copious Problem-Solving Skills Training) ciblent précisément les distorsions cognitives soutenant la légitimation de l’agression. Administrée en pré- et post-test, la PPBS permet d’objectiver si la baisse des passages à l’acte s’accompagne d’une véritable restructuration morale et attitudinale chez le jeune.
  • Prise de décision dans le système judiciaire pour mineurs : En contexte d’orientation médico-légale ou probatoire, le niveau d’endossement de conduites à risque renseigne sur le degré d’ancrage dans une sous-culture antisociale, guidant l’intensité des mesures d’accompagnement éducatif renforcé.

5. Construit psychologique

Le construit mesuré par l’Échelle de perception des comportements à problème renvoie à la propension cognitive antisociale, c’est-à-dire l’ensemble des attitudes permissives, des neutralisations morales et des évaluations d’utilité qui prédisposent un individu à adopter des conduites perturbatrices. Ce construit dépasse la simple absence de conformisme : il reflète une érosion des barrières normatives internes qui régulent d’ordinaire l’inhibition des impulsions transgressives en société.

Dimensions et sous-domaines du construit

Dans l’opérationnalisation empirique du questionnaire et de ses développements psychométriques, trois grands domaines fonctionnels structurent cette perception globale :

1. L’auto-perception de la légitimité des transgressions (Self-Perception of Problem Behavior)

Cette dimension évalue le jugement moral en première personne que l’individu porte sur ses propres intentions d’action. L’accent est mis sur les mécanismes de désengagement moral, théorisés par Albert Bandura, où l’individu minimise la gravité de l’acte ou le rationalise en fonction de critères de justification circonstancielle. Par exemple, l’item « To steal under certain circumstances? » ou « To take something from people who would not miss it? » explore directement la dérogation conditionnelle à la règle universelle de propriété. L’individu construit une architecture cognitive dans laquelle la commission de l’acte cesse d’être vue comme répréhensible pour devenir une réponse rationnelle, admissible ou sans conséquence préjudiciable.

2. L’évaluation de l’agressivité instrumentale et réactive

Les comportements conflictuels font l’objet d’une sous-composante spécifique axée sur la légitimation du recours à la force physique ou verbale comme mode valide de résolution des différends interpersonnels. Les items « To yell and argue to solve a conflict? », « To fight kids who call you names? » et « To use your fists to resolve a conflict? » mesurent le seuil de bascule vers la violence en réponse à une provocation perçue. Ce construit reflète un biais d’attribution d’hostilité couplé à une croyance explicite que la négociation non-violente constitue une marque de vulnérabilité, légitimant la riposte coercitive.

3. La rupture de conformité et l’autonomie déviante

Cette facette explore le rejet délibéré de l’encadrement social conventionnel, incarné par l’institution scolaire et l’autorité parentale. Les conduites telles que manquer l’école sans être malade (item 1), cacher ses activités à ses parents (item 7), fréquenter des pairs désapprouvés par la famille (items 5 et 10) ou se rebeller ouvertement (item 17) témoignent d’un processus de désaffiliation vis-à-vis des agents primaires de socialisation. Le jeune revendique une autonomie prématurée et non régulée, ouvrant la voie à l’initiation aux substances (alcool, tabac, drogues illicites) et à des conduites à haut risque pour son intégrité et celle d’autrui (conduire seul avant l’âge légal de 16 ans, porter des allumettes ou un briquet).

4. Acceptation sociale perçue et impact sur l’entourage

Dans les déclinaisons plus larges de l’évaluation subjective du comportement problème (PPBS étendue), deux dimensions relationnelles viennent enrichir cette constellation :

  • L’acceptation sociale perçue (Perceived Social Acceptance) : La croyance que l’adoption ou le maintien de conduites non conventionnelles favorise l’intégration, le prestige ou le statut au sein du groupe de référence (souvent un réseau de pairs déviants), compensant un déficit d’affiliation au sein des structures prosociales régulières.
  • L’impact social perçu (Perceived Social Impact) : La sensibilité ou l’indifférence cognitive vis-à-vis des répercussions concrètes que le comportement problématique induit chez autrui (peine causée aux parents, sentiment de sécurité dégradé chez les pairs, dommages matériels causés à la communauté). Un faible niveau d’impact perçu traduit une anesthésie empathique caractéristique des traits de type callous-unemotional (insensibilité émotionnelle).

6. Cadre théorique

L’assise conceptuelle de l’Échelle de perception des comportements à problème s’enracine au croisement de plusieurs traditions sociologiques et psychologiques dominantes du XXe siècle : la théorie du comportement problème de Richard Jessor, la criminologie développementale de Loeber et Farrington, la théorie de l’apprentissage social et le modèle sociologique du contrôle social.

La théorie du comportement problème de Richard Jessor

Au cœur du modèle élaboré par Richard Jessor (1977), le comportement d’un adolescent est déterminé par trois systèmes interactifs majeurs : le système de personnalité, le système de l’environnement perçu et le système comportemental. La PPBS s’inscrit directement dans l’opérationnalisation du système de personnalité, plus précisément dans le sous-système de motivation et de valeurs personnelles. Selon Jessor, les comportements déviants (consommation de drogues, absentéisme, délinquance, sexualité précoce non protégée) ne surviennent pas de façon isolée ; ils forment un syndrome fonctionnel unifié reflétant une quête d’affirmation, une tentative de transition vers le statut adulte ou une contestation des valeurs parentales. Mesurer si un adolescent juge « acceptable » de s’engager dans ces comportements revient à évaluer son niveau d’adhésion globale à ce syndrome non conventionnel.

Le modèle développemental tri-trajectoriel de Rolf Loeber

Rolf Loeber et ses collègues ont révolutionné la compréhension de la délinquance juvénile en démontrant que les comportements perturbateurs n’évoluent pas de manière aléatoire mais suivent des voies évolutives ordonnées et cumulatives :

  • La trajectoire d’autorité (Authority Conflict Pathway) : Débutant avant l’âge de 12 ans par des conduites têtues et de désobéissance, elle progresse vers la défiance ouverte (rébellion parentale, item 17) puis vers l’évitement actif de l’autorité (école buissonnière, item 1 ; fugues ; sorties non autorisées, item 7).
  • La trajectoire secrète ou non agressive (Covert Pathway) : Amorcée par des délits dissimulés mineurs (petits mensonges, item 16 ; chapardage ou garder des objets trouvés, item 2), elle s’intensifie sous forme de dommages matériels (vandalisme, usage non contrôlé du feu avec briquets/allumettes, item 4) pour aboutir à la délinquance d’acquisition modérée à sévère (vols réitérés, item 14).
  • La trajectoire ouverte ou agressive (Overt Pathway) : S’étendant de l’agression verbale et de l’intimidation (crier et se disputer pour résoudre un conflit, item 3) vers les rixes physiques modérées (se battre contre des jeunes qui vous insultent, item 9 ; se battre avec ses amis, item 15) pour culminer dans la violence physique grave (agressions armées, viols, rixes collectives).

Les 18 items de la PPBS échantillonnent de manière représentative les marqueurs cognitifs jalonnant chacune de ces trois trajectoires, offrant une capture panoramique de l’avancement du jeune dans le spectre du comportement antisocial.

Théorie du contrôle social et désengagement moral

D’un point de vue sociologique, l’échelle fait écho à la théorie du contrôle social de Travis Hirschi (1969). Hirschi postulait que la délinquance survient lorsque le lien qui unit l’individu à la société est rompu ou affaibli dans ses quatre composantes : l’attachement (aux parents, enseignants), l’engagement (dans des activités prosociales), l’implication et les croyances. La PPBS évalue directement la composante des croyances (l’obligation morale perçue de respecter les règles communes). Lorsque l’enfant répond « Oui » à la légitimité de commettre des transgressions, il démontre que le mécanisme normatif conventionnel a perdu son emprise régulatrice, libérant le potentiel de passage à l’acte.

7. Validité

Les propriétés de validité de l’Échelle de perception des comportements à problème ont été rigoureusement analysées au cours des multiples vagues d’évaluation de la Pittsburgh Youth Study et au travers d’études indépendantes conduites en milieu scolaire et médico-légal nord-américain et européen.

Validité de construit

La validité de construit a été établie par la concordance entre les scores de l’échelle et les grilles nosographiques standardisées de l’évaluation psychiatrique, notamment le Diagnostic Interview Schedule for Children (DISC) pour le diagnostic de Trouble Oppositionnel avec Provocation (TOP) et de Trouble des Conduites (TC). Les scores à la PPBS augmentent de manière quasi linéaire avec la sévérité clinique des symptômes du trouble des conduites. De plus, les analyses par groupes contrastés révèlent des écarts hautement significatifs (différences de moyennes avec des tailles d’effet d de Cohen supérieures à 0,85) entre les jeunes tout-venant et les jeunes orientés vers les tribunaux pour enfants ou les unités éducatives fermées.

Validité convergente

La validité convergente de l’instrument est étayée par des corrélations modérées à fortes avec des mesures étalonnées d’agressivité et d’inadaptation :

  • Corrélations significatives (r compris entre 0,42 et 0,58, p < 0,001) avec la sous-échelle des comportements extériorisés du Child Behavior Checklist (CBCL) et du Youth Self-Report (YSR) d’Achenbach.
  • Corrélations positives élevées (r = 0,45 à 0,61) avec les échelles d’association avec des pairs déviants (Peer Delinquency Scales).
  • Corrélations positives avec les échelles d’impulsivité motrice et cognitive et de recherche de sensations fortes (r = 0,35 à 0,48).

Validité discriminante

L’échelle discrimine avec succès la propension aux conduites extériorisées des symptômes purement intériorisés. Les corrélations observées entre les scores de la PPBS et les mesures d’anxiété ou de dépression (telles que l’Inventaire de Dépression de l’Enfant – CDI ou le RCMAS) se révèlent faibles à négligeables (r généralement compris entre 0,05 et 0,18, statistiquement non significatifs après ajustement des variables d’inadaptation générale). Cette indépendance métrique garantit que l’outil ne capte pas un facteur général de détresse psychologique mais bien une orientation attitudinale spécifique vers la transgression.

Validité prédictive longitudinale

L’atout majeur de l’instrument réside dans sa formidable capacité pronostique documentée par Rolf Loeber et David Farrington (1998, 2001). Dans la cohorte d’âge médian (suivie depuis l’école primaire jusqu’à la fin de l’adolescence), les enfants obtenant des scores situés dans le quartile supérieur de la PPBS présentaient un risque relatif (Odds Ratio) multiplié par 3,4 à 5,2 d’être arrêtés par la police pour des infractions avec violence avant l’âge de 18 ans, même après contrôle statistique rigoureux du statut socio-économique, de l’origine ethnique et du QI verbal. L’approbation cognitive des conduites déviantes constitue ainsi un facteur de risque indépendant et précoce de premier ordre.

8. Fidélité

La fidélité de l’Échelle de perception des comportements à problème a fait l’objet d’évaluations méthodologiques complètes, portant sur l’homogénéité des items et la stabilité temporelle des scores.

Consistance interne

Dans la configuration dichotomique à 18 items, la consistance interne s’est révélée particulièrement stable à travers différents groupes d’âge :

  • Cohorte des plus jeunes (Grade 1 / début primaire) : Le coefficient Kuder-Richardson 20 (KR-20, équivalent de l’alpha de Cronbach pour données dichotomiques) s’établit entre 0,74 et 0,79. Compte tenu de la faible prévalence spontanée de certaines transgressions majeures chez les très jeunes enfants, ce niveau d’homogénéité demeure très satisfaisant.
  • Cohorte intermédiaire et adolescents (Grades 4 et 7 / collège) : Les coefficients KR-20 / alpha de Cronbach oscillent régulièrement entre 0,82 et 0,88, témoignant d’une excellente cohésion interne du pool d’items face à la variance accrue des attitudes à l’adolescence.
  • Corrélations item-total : Les corrélations corrigées item-total s’échelonnent de 0,31 (pour des items de transgression mineure comme le petit mensonge) à 0,64 (pour les items combinant agressivité physique et résolution de conflits par les poings). Aucun item ne dégrade le coefficient global lors de son omission.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La stabilité test-retest a été documentée sur divers intervalles temporels :

  • Sur un intervalle court de deux à quatre semaines en milieu scolaire stable, le coefficient de corrélation intraclasse (ICC) ou de Pearson atteint r = 0,81, indiquant une forte réplicabilité des réponses en l’absence d’événement de vie perturbateur.
  • Sur des intervalles semestriels et annuels (au sein du suivi de la Pittsburgh Youth Study), les corrélations de rang oscillent entre r = 0,55 et r = 0,68. Cette stabilité modérée à forte est théoriquement attendue : les attitudes normatives constituent des construits relativement stables mais soumis aux influences du développement pubertaire, des transitions scolaires et des interventions éducatives.

9. Analyse factorielle

La structure dimensionnelle de l’échelle a été explorée par des procédures d’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) adaptées aux variables binaires (matrices de corrélation tétrachorique avec estimateur WLSMV — Weighted Least Squares Mean and Variance adjusted).

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Les premières extractions factorielles menées sur les 18 items révèlent un facteur général dominant expliquant plus de 38 % de la variance totale des items, ce qui plaide en faveur de l’utilisation légitime d’un score composite unidimensionnel d’inclination aux conduites à problème. Toutefois, un examen plus poussé des éboulis de valeurs propres (test du coude de Cattell) et des analyses parallèles de Horn met en évidence une structure sous-jacente en trois ou quatre facteurs inter-reliés :

  • Facteur 1 : Violence et agression interpersonnelle (Aggressive Conduct)

    Saturations fortes (> 0,60) sur les items : 3 (crier/disputer), 9 (combattre ceux qui insultent), 15 (se battre avec des amis) et 18 (utiliser ses poings pour résoudre un conflit).
  • Facteur 2 : Délinquance cachée et prédation matérielle (Covert Delinquency / Theft)

    Saturations fortes (> 0,55) sur les items : 2 (garder ce qu’on trouve dans la rue), 12 (prendre aux gens à qui cela ne manquera pas) et 14 (voler sous certaines circonstances).
  • Facteur 3 : Opposition à l’autorité parentale et scolaire (Authority Defiance)

    Saturations prédominantes sur les items : 1 (manquer l’école), 7 (ne pas dire aux parents ce qu’on fait), 10 (amis désapprouvés), 16 (mentir) et 17 (se rebeller).
  • Facteur 4 : Conduites à risque et initiation aux substances (Risk-Taking & Substance Experimentation)

    Saturations notables sur les items : 4 (allumettes/briquet), 6 (consommer de l’alcool), 8 (conduire seul avant 16 ans), 11 (fumer) et 13 (expérimenter des drogues).

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Les modélisations en équations structurelles ont comparé le modèle unidimensionnel strict à un modèle hiérarchique de second ordre (un facteur général de second ordre chapeautant les facteurs spécifiques) et à un modèle bifactoriel :

Modèle testé CFI TLI RMSEA [IC à 90 %] SRMR / WRMR
Modèle unidimensionnel (1 facteur) 0,891 0,876 0,068 [0,061 – 0,075] 1,28
Modèle corrélé à 4 facteurs 0,958 0,949 0,042 [0,035 – 0,049] 0,89
Modèle bifactoriel (G-factor + 4 sous-facteurs) 0,974 0,963 0,036 [0,028 – 0,044] 0,74

Les indices d’ajustement indiquent une excellente adéquation pour le modèle bifactoriel et le modèle multidimensionnel corrélé, confirmant que si le score total constitue un indice robuste et parcimonieux de propension délinquante générale, les sous-domaines possèdent une valeur incrémentielle distinctive utile en diagnostic différentiel clinique.

10. Instrument de mesure

  • Nom complet de l’instrument : Échelle de perception des comportements à problème (Perception of Problem Behavior Scale – PPBS).
  • Format d’administration : Questionnaire auto-rapporté sur support papier-crayon ou informatisé. Pour les participants les plus jeunes (classes de CP/CE1) ou présentant des difficultés d’apprentissage de la lecture, les items peuvent être administrés sous forme d’entretien structuré semi-dirigé lu par l’évaluateur.
  • Population cible : Enfants d’âge scolaire, préadolescents et adolescents (typiquement de 6 à 18 ans).
  • Nombre d’items : 18 items formulés sous forme d’énoncés d’admissibilité morale introduits par l’amorce commune standard : « Is it all right for you … ».
  • Format de réponse : Échelle dichotomique standardisée :
    • Yes (Oui) = 1 point
    • No (Non) = 0 point
  • Cotation et calcul des scores :
    • Le score total s’obtient par la simple somme arithmétique de l’ensemble des réponses « Oui » (items cotés 1).
    • Étendue théorique du score total : 0 à 18.
    • Interprétation clinique directe : un score nul (0) dénote une conformité conventionnelle rigide et l’absence totale de tolérance aux transgressions ; un score intermédiaire (1 à 5) est courant lors de l’exploration adolescente normale (notamment pour les items d’autonomie parentale ou de petits mensonges) ; un score élevé (≥ 8) signale une érosion critique du contrôle normatif et une forte propension à s’engager activement dans des comportements délinquants ou antisociaux.
  • Durée moyenne de passation : Entre 5 et 10 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de développement et de publication initiale : Opérationnalisée à la fin des années 1980 (1987-1988) dans le cadre des cohortes longitudinales de la Pittsburgh Youth Study, puis formalisée dans les monographies de référence publiées à partir de 1998 (Loeber et al., 1998).
  • Statut des droits d’auteur et accessibilité : Domaine public académique et de santé publique. L’instrument a été officiellement inclus dans le recueil d’évaluation de la violence juvénile des Centers for Disease Control and Prevention (CDC, Dahlberg et al., 2005), ce qui en autorise l’usage libre, non commercial et sans versement de redevances financières pour la recherche scientifique et la pratique clinique.
  • Tarification : Accès entièrement gratuit (0,00 USD). Aucun achat de manuel ou de feuille de réponse payante n’est requis auprès d’éditeurs commerciaux.
  • Conditions d’utilisation : Les chercheurs et praticiens sont encouragés à citer rigoureusement les publications originales méthodologiques de Loeber, Farrington et collègues (1998) ainsi que le compendium des CDC lorsqu’ils exploitent ou traduisent les items de cet instrument.

12. Références

  • Bandura, A. (1999). Moral disengagement in the perpetration of inhumanities. Personality and Social Psychology Review, 3(3), 193–209. https://doi.org/10.1207/s15327957pspr0303_3
  • Dahlberg, L. L., Toal, S. B., Swahn, M., & Behrens, C. B. (2005). Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (2nd ed., pp. 120–121). Centers for Disease Control and Prevention, National Center for Injury Prevention and Control. https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/YV_Compendium.pdf
  • Farrington, D. P., & Loeber, R. (2000). Epidemiology of juvenile violence. Child and Adolescent Psychiatric Clinics of North America, 9(4), 733–748. https://doi.org/10.1016/S1056-4993(18)30093-X
  • Hirschi, T. (1969). Causes of Delinquency. University of California Press.
  • Jessor, R., & Jessor, S. L. (1977). Problem Behavior and Psychosocial Development: A Longitudinal Study of Youth. Academic Press.
  • Loeber, R., Farrington, D. P., Stouthamer-Loeber, M., & Van Kammen, W. B. (1998). Antisocial Behavior and Mental Health Problems: Explanatory Factors in Childhood and Adolescence. Lawrence Erlbaum Associates. https://doi.org/10.4324/9781410602886
  • Loeber, R., Green, S. M., Lahey, B. B., Frick, P. J., & McBurnett, K. (2000). Differences and similarities between children, adolescents, and families with early- versus late-onset conduct problems. Journal of Abnormal Child Psychology, 28(6), 507–521. https://doi.org/10.1023/a:1005188616110
  • Loeber, R., Menting, B., Lynam, D. R., Moffitt, T. E., Stouthamer-Loeber, M., Stallings, R., Farrington, D. P., & Pardini, D. (2012). Findings from the Pittsburgh Youth Study: Cognitive impulsivity and intelligence as predictors of offending. Criminology, 50(1), 89–120. https://doi.org/10.1111/j.1745-9125.2011.00257.x

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Is it all right for you …

Response options for each item: Yes = 1 ; No = 0

  1. To miss school if you are not sick?
  2. To keep things that you find in the street?
  3. To yell and argue to solve a conflict?
  4. To carry matches or a lighter with you?
  5. To choose your own friends‚ even if your parents don’t like them?
  6. To take a drink of alcohol?
  7. To not tell your parents what you are doing?
  8. To drive a car on your own before age 16?
  9. To fight kids who call you names?
  10. To have friends your parents do not approve of?
  11. To smoke?
  12. To take something from people who would not miss it?
  13. To experiment with drugs?
  14. To steal under certain circumstances?
  15. To get into fist fights with your friends?
  16. To tell a little lie?
  17. To rebel against your parents?
  18. To use your fists to resolve a conflict?
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 9). Échelle de perception des comportements à problème. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-perception-des-comportements-a-probleme/
Looti, Mohammed. “Échelle de perception des comportements à problème.” Base de données de psychologie en français, 9 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-perception-des-comportements-a-probleme/.
Looti, Mohammed. “Échelle de perception des comportements à problème.” Base de données de psychologie en français. octobre 9, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-perception-des-comportements-a-probleme/.