Échelle de Lieu de Contrôle de Rotter

L’Échelle de Lieu de Contrôle de Rotter (I-E Scale) est l’instrument de référence évaluant les croyances individuelles en matière d’internalité versus d’externalité du renforcement. Découvrez son cadre théorique, ses propriétés psychométriques et les items authentiques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 7, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 7, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle de Lieu de Contrôle de Rotter (couramment désignée sous l’acronyme I-E Scale pour Internal-External Locus of Control Scale) est l’un des instruments psychométriques les plus influents et les plus abondamment cités de l’histoire de la psychologie différentielle et sociale. Développée par Julian B. Rotter en 1966 au sein de sa théorie de l’apprentissage social, cette mesure auto-rapportée évalue les attentes généralisées d’un individu quant à la source de renforcement régissant les événements de son existence. Le construit sous-jacent postule une dimension bipolaire continue opposant l’orientation interne (la conviction que les renforcements, réussites ou échecs résultent directement des conduites, de l’effort et des compétences individuelles) à l’orientation externe (la croyance que les issues de vie sont déterminées par des forces indépendantes du soi, telles que la chance, le destin, le hasard ou des figures d’autorité puissantes).

L’instrument se compose initialement de 29 items présentés sous un format à choix forcé dyadique, dans lequel le sujet doit choisir entre deux énoncés antagonistes (option a ou b). Parmi ces 29 paires, 6 constituent des items leurres (« filler items ») destinés à dissimuler l’intention évaluative du test et à atténuer les biais de désirabilité sociale. La cotation standard s’effectue sur les 23 items critiques restants, où l’attribution d’un point par réponse reflétant une orientation externe génère un score total continu compris entre 0 (internalité maximale) et 23 (externalité maximale).

Sur le plan métrologique, l’échelle a démontré une cohérence interne modérée mais satisfaisante (coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,65 et 0,79 selon les populations), reflétant son statut d’outil mesurant des attentes généralisées à travers une multitude de domaines situationnels (accomplissement académique, relations interpersonnelles, politique, santé). La fidélité test-retest à un mois varie de 0,60 à 0,83. Bien que conçue initialement comme unidimensionnelle, plusieurs décennies d’analyses factorielles exploratoires et confirmatoires ont mis en lumière une multidimensionnalité sous-jacente distinguant notamment la croyance en la chance, le contrôle politique et les attributions interpersonnelles. L’outil conserve néanmoins une validité de construit et prédictive robuste à travers la psychologie clinique, organisationnelle, de la santé et de l’éducation.

2. Mots-clés / Keywords

Lieu de contrôle, Locus de contrôle de Rotter, Attentes généralisées, Théorie de l’apprentissage social, Internalité, Externalité, Psychométrie, Choix forcé, Attribution causale, Renforcement psychologique, Auto-efficacité, Déterminisme personnel.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été conçue, formalisée et standardisée par le professeur Julian B. Rotter (1916–2014), figure majeure de la psychologie clinique et académique américaine. Ses travaux ont principalement été conduits au sein de deux institutions académiques de premier plan :

  • Julian B. Rotter, Ph.D. : Professeur de psychologie au Département de psychologie de l’Ohio State University (Columbus, Ohio, États-Unis) lors de la conception initiale du modèle et du développement de l’échelle, puis Professeur émérite à l’University of Connecticut (Storrs, Connecticut, États-Unis), où il poursuivit ses recherches fondamentales sur la confiance interpersonnelle et l’apprentissage social.

Les premières ébauches de l’instrument ont bénéficié de collaborations significatives avec plusieurs de ses étudiants doctorants et chercheurs associés à l’Ohio State University, notamment E. Jerry Phares (1955, 1957) et William H. James (1957), pionniers dans l’élaboration de tests de discrimination du contrôle perçu de la tâche.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Échelle de Lieu de Contrôle de Rotter est d’opérationnaliser et de quantifier les attentes généralisées de renforcement (generalized expectancies for internal versus external control of reinforcement). Dans le cadre épistémologique développé par Rotter, les conduites humaines ne sauraient être appréhendées uniquement sous le prisme d’une réaction comportementale automatique à des stimuli ou des pulsions intrapsychiques inconscientes. Elles dépendent plutôt de l’interaction dynamique entre la valeur subjective qu’un individu accorde à un renforcement potentiel et l’anticipation cognitive (l’attente) que ce renforcement surviendra consécutivement à ses propres actions.

Lorsque les individus sont confrontés à des situations inédites, ambiguës ou polymorphes, leurs expériences passées accumulées cristallisent une disposition cognitive stable : une croyance généralisée quant au lieu où réside le contrôle de leur existence. L’instrument vise précisément à cartographier ce spectre :

  • Différencier l’agentivité de la résignation : Identifier si un individu aborde son environnement avec le postulat qu’il est l’artisan premier de ses accomplissements (orientation interne) ou s’il se perçoit comme le réceptacle passif d’influences environnementales incontrôlables telles que la chance, le hasard, le destin ou l’arbitraire de tiers détenteurs du pouvoir (orientation externe).
  • Applications en psychologie clinique et psychopathologie : L’échelle permet d’explorer les soubassements cognitifs de l’impuissance acquise (learned helplessness), des états dépressifs et des troubles anxieux. Une externalité rigide est fréquemment corrélée à une vulnérabilité accrue aux stresseurs environnementaux, à des stratégies de coping passives ou évitantes, et à une compliance thérapeutique moindre. À l’inverse, l’évaluation du locus guide les interventions cognitivo-comportementales destinées à restructurer les distorsions d’attribution et à restaurer le sentiment de compétence personnelle.
  • Psychologie de la santé : Les scores éclairent les comportements de santé préventifs (adhésion thérapeutique, sevrage tabagique, pratique physique, modification nutritionnelle). Les individus internes manifestent une propension significativement supérieure à adopter des conduites prophylactiques, car ils établissent un lien direct de causalité entre leurs habitudes quotidiennes et leur état somatique à long terme.
  • Psychologie du travail et des organisations : L’échelle constitue un prédicteur robuste de la motivation intrinsèque, de la satisfaction au travail, de l’émergence du leadership et de la résistance à l’épuisement professionnel (burnout). Les profils internes tendent à être plus proactifs, recherchent activement l’information organisationnelle critique et résolvent les dysfonctionnements managériaux avec plus d’autonomie.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit de lieu de contrôle ne représente pas une typologie catégorielle étanche (il n’existe pas de « types » purs dans la formulation de Rotter), mais un continuum dimensionnel de différences individuelles. La position d’une personne sur ce continuum reflète son système d’attribution quant aux contingences comportement-renforcement. Les deux pôles majeurs et les facettes sous-jacentes du construit s’articulent ainsi :

Le Pôle d’Orientation Interne (Locus Interne)

L’internalité désigne la conviction fondamentale que les renforcements positifs ou négatifs sont contingents aux caractéristiques, aux aptitudes, aux efforts ou aux erreurs de l’individu. Un sujet présentant un locus interne élevé aborde l’existence avec le sentiment profond de sa propre responsabilité :

  • Perception de l’effort : L’échec n’est pas interprété comme une fatalité mystique ou une injustice cosmique, mais comme le signal d’un effort insuffisant, d’une stratégie inadéquate ou d’un manque momentané de préparation qu’il est possible de rectifier par un apprentissage ultérieur.
  • Comportement proactif et quête d’information : Les personnes internes investissent davantage d’énergie dans la compréhension des règles explicites et implicites de leur environnement afin d’en maximiser l’efficience. Elles développent une curiosité épistémique accrue et une résistance supérieure à la manipulation ou aux pressions de conformité de groupe.
  • Exemples d’items révélateurs : L’adhésion à l’énoncé « Becoming a success is a matter of hard work, luck has little or nothing to do with it » (Item 11.a) ou « What happens to me is my own doing » (Item 28.a) capture parfaitement cette certitude d’agentivité causale.

Le Pôle d’Orientation Externe (Locus Externe)

L’externalité reflète la croyance que les renforcements surviennent indépendamment des actions entreprises, étant régis par des facteurs exogènes imperméables à la volonté individuelle. Bien que Rotter ait regroupé ces attributions sous un indice global, ce pôle intègre plusieurs nuances phénoménologiques :

  • Le hasard et la chance (Chance/Luck) : L’anticipation que le succès dépend de conjonctures accidentelles favorables (être au bon endroit au bon moment) et que l’échec résulte d’une malchance imprévisible. Cette vision démobilise l’action planifiée : pourquoi déployer des efforts laborieux si une simple fluctuation du sort peut anéantir le projet ?
  • Le destin et le fatalisme (Fate) : L’idée d’un ordre prédéterminé contre lequel toute lutte demeure stérile (illustrée par l’Item 9.a : « I have often found that what is going to happen will happen »).
  • Les figures puissantes d’autorité (Powerful Others) : La perception que le monde social, politique ou éducatif est verrouillé par des élites ou des décideurs distants et intouchables, rendant l’individu ordinaire impuissant face aux décisions qui régissent sa trajectoire (Item 12.b : « This world is run by the few people in power, and there is not much the little guy can do about it »).

Les Domaines Situationnels Couverts

L’échelle balaye délibérément plusieurs sphères de la vie quotidienne pour capturer la transversalité du construit : l’univers académique (examens, relations aux enseignants), le monde sociopolitique (guerres, corruption politique, participation citoyenne), les relations interpersonnelles (amitié, popularité, rejet affectif) et la réussite socioéconomique générale.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’assise conceptuelle du Locus de Contrôle trouve son ancrage exclusif dans la théorie de l’apprentissage social (Social Learning Theory) formulée par Julian Rotter en 1954 dans son ouvrage fondateur Social Learning and Clinical Psychology. Cette approche cognitive du comportement propose un modèle formel intégrant quatre variables cardinales pour prédire la survenue d’un comportement spécifique dans une situation donnée :

BP = f(E & RV)

Où :

  • BP (Behavior Potential – Potentiel Comportemental) : La probabilité qu’un comportement donné se manifeste dans une situation spécifique, en relation avec un renforcement particulier.
  • E (Expectancy – Attente) : La probabilité subjective estimée par l’individu qu’un renforcement spécifique surviendra consécutivement à l’émission de ce comportement.
  • RV (Reinforcement Value – Valeur du Renforcement) : Le degré de préférence ou de désirabilité accordé par l’individu à ce renforcement précis, comparativement à d’autres alternatives disponibles.
  • La Situation Psychologique : Le contexte subjectif tel qu’il est perçu et interprété par l’individu, qui pondère l’ensemble des variables précédentes.

Dans cette dynamique, Rotter postule que l’attente spécifique ($E’$) dans une situation nouvelle est fortement déterminée par une attente généralisée ($GE$) forgée au fil des expériences antérieures de contingence. Le lieu de contrôle représente l’une de ces attentes généralisées prépondérantes. Si une personne a systématiquement fait l’expérience que ses efforts n’étaient pas récompensés (par exemple, dans un milieu imprévisible, chaotique ou punitif), elle développe une attente généralisée externe : le renforcement est découplé de la performance. À l’opposé, des renforcements stables et contingents aux comportements forgent une attente généralisée interne.

Cette théorisation a précédé et puissamment fertilisé les travaux ultérieurs sur le sentiment d’auto-efficacité d’Albert Bandura (1977), bien que les deux concepts divergent conceptuellement : le locus de contrôle concerne la croyance quant au fait que le résultat dépend des actions en général (contingence issue-action), tandis que l’auto-efficacité renvoie à la croyance en sa propre capacité opérationnelle d’exécuter l’action requise.

7. Validité / Validity

Depuis sa publication princeps dans les Psychological Monographs en 1966, l’échelle de Rotter a été soumise à une multitude d’investigations empiriques évaluant ses propriétés de validité à travers diverses cultures et sous-populations cliniques.

Validité de Construit et Convergente

La validité de construit est étayée par des corrélations concordantes avec des instruments mesurant des facettes apparentées de la personnalité et de la cognition :

  • Sentiment d’auto-efficacité et estime de soi : Des corrélations négatives significatives modérées à fortes ($r = -0,35$ à $-0,55$) sont régulièrement observées entre le score d’externalité de Rotter et l’échelle d’estime de soi de Rosenberg ou l’échelle d’auto-efficacité générale de Schwarzer et Jerusalem, confirmant que l’internalité s’accompagne d’une évaluation positive de ses compétences.
  • Affectivité négative et détresse psychologique : L’externalité corrèle positivement avec l’anxiété-trait (STAI de Spielberger, $r \approx 0,30$ à $0,45$) et la symptomatologie dépressive mesurée par le BDI ($r \approx 0,32$ à $0,48$).
  • Résistance au contrôle social : Dans des paradigmes expérimentaux inspirés des protocoles d’Asch, les sujets au locus interne manifestent un taux de conformisme significativement inférieur face à un groupe unanime, corroborant l’indépendance de jugement théorisée.

Validité Prédictive et Comportementale

Les preuves de validité prédictive issues des études initiales de Rotter (1966) et des recherches ultérieures incluent :

  • Engagement civique et militantisme : Les étudiants universitaires engagés dans des mouvements pour les droits civiques ou l’action politique présentaient des scores d’internalité significativement plus élevés que leurs pairs passifs.
  • Apprentissage et acquisition d’information : Dans des tâches d’habileté vs de hasard en laboratoire, les sujets internes retiennent une proportion substantiellement plus élevée d’informations pertinentes relatives à la tâche que les externes, car ils anticipent qu’ils pourront réutiliser ces données pour contrôler l’issue future.
  • Santé physique : Des méta-analyses confirment que les individus internes présentent un taux d’adhésion supérieur aux traitements chroniques (diabète, hypertension) et réussissent plus fréquemment leur sevrage nicotinique à 6 mois.

Validité Discriminante et Contrôle de la Désirabilité Sociale

L’un des défis majeurs dans la construction de l’I-E Scale était de neutraliser l’effet de la désirabilité sociale, les affirmations d’autonomie et de contrôle personnel étant fortement valorisées dans la culture occidentale. Rotter a méthodiquement apparié les alternatives de chaque dyade de choix forcé pour neutraliser leur valence de désirabilité sociale (évaluée par l’échelle de Marlow-Crowne). Les corrélations entre le score total d’externalité et les scores de désirabilité sociale oscillent entre $-0,07$ et $-0,22$, un niveau suffisamment bas pour attester d’une indépendance discriminante satisfaisante du construit.

8. Fidélité / Reliability

L’estimation de la fidélité de l’Échelle de Lieu de Contrôle de Rotter doit être interprétée à la lumière de la nature spécifique de l’outil : il s’agit d’une mesure additive d’attentes généralisées à travers une large gamme de contextes non homogènes, et non d’une échelle homogène mesurant une habileté étroite.

Cohérence Interne

Les indices de cohérence interne calculés par Rotter (1966) à l’aide de la formule de Kuder-Richardson 20 (KR-20) ou de méthodes de bissection (split-half corrigées par la formule de Spearman-Brown) auprès de cohortes d’étudiants universitaires et de recrues militaires ont révélé des valeurs oscillant entre :

  • KR-20 / Alpha de Cronbach : $0,65$ à $0,79$ selon les échantillons.
  • Bissection (Split-half) : $0,65$ à $0,76$.

Bien que des coefficients situés autour de 0,70 soient parfois considérés comme modestes pour des décisions cliniques individuelles, Rotter et les psychométriciens contemporains ont défendu cette valeur comme étant optimale pour une échelle additive large. Des corrélations inter-items excessivement élevées auraient restreint l’éventail des situations couvertes et dégradé la validité écologique prédictive de l’instrument.

Stabilité Temporelle (Fidélité Test-Retest)

Les études de stabilité temporelle attestent du statut de l’échelle comme mesure d’un trait cognitif stable mais modulable par les expériences de vie significatives :

  • À un intervalle d’un mois : $r = 0,72$ pour les hommes et $r = 0,78$ pour les femmes (Rotter, 1966).
  • À deux mois : les coefficients demeurent stables entre $0,60$ et $0,70$.
  • À long terme (un an et plus) : les corrélations fléchissent autour de $0,45$ à $0,55$, traduisant les réaménagements normaux du système d’attentes sous l’influence des transitions biographiques (entrée dans la vie professionnelle, réussites ou traumatismes majeurs).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La question de la structure dimensionnelle de l’échelle de Rotter a constitué un sujet de controverse théorique et méthodologique intense dans la littérature psychométrique internationale. Bien que Julian Rotter ait postulé et soutenu une approche unidimensionnelle (visant un score global synthétique), les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) conduites dès la fin des années 1960 ont démontré l’hétérogénéité sous-jacente des items.

L’Étude Séminale de Mirels (1970)

Dans une analyse factorielle factorielle exploratoire devenue classique menée sur les réponses de 316 étudiants, Herbert L. Mirels (1970) a extrait deux facteurs principaux clairement distincts, expliquant la majeure partie de la variance commune :

  • Facteur 1 : Maîtrise personnelle / Contrôle de son propre destin (Personal Control) : Ce facteur regroupe les items portant sur la conviction que l’individu peut diriger le cours de sa vie personnelle, ses réussites professionnelles et son destin par ses propres initiatives (ex. Items 11, 15, 18, 25, 28).
  • Facteur 2 : Contrôle politique et sociétal (Political / Social Control) : Ce facteur agrège les items relatifs à l’influence qu’un citoyen ordinaire peut exercer sur les affaires gouvernementales, la politique nationale et les événements mondiaux (ex. Items 3, 12, 17, 22, 29).

Cette distinction a mis en évidence qu’un individu peut se sentir parfaitement maître de sa trajectoire de carrière individuelle tout en éprouvant un profond sentiment d’impuissance politique face au système macro-économique.

Les Modèles Multidimensionnels Postérieurs (Levenson, 1974)

En analysant les saturations factorielles de l’échelle de Rotter, Hanna Levenson a démontré que le pôle externe amalgamait artificiellement deux sources de contrôle fondamentalement hétérogènes : la croyance en la chance/hasard imprévisible et la croyance en des figures puissantes (gouvernants, médecins, patrons). Cette critique a conduit Levenson à développer sa propre échelle tri-dimensionnelle (IPC : Internal, Powerful Others, Chance), directement dérivée de la décomposition factorielle des items de Rotter.

Modélisation Confirmatoire Récente

Les analyses factorielles confirmatoires contemporaines testant le modèle unidimensionnel originel révèlent généralement des indices d’ajustement insuffisants ($RMSEA > 0,08$, $CFI < 0,85$), tandis qu'un modèle bi-factoriel ou à deux facteurs corrélés (Contrôle Personnel vs Contrôle Idéologique/Systémique) présente un ajustement acceptable aux données empiriques. Néanmoins, pour des fins d'évaluation transversale de la recherche générale, le calcul du score global demeure la pratique dominante adoptée dans la majorité des publications.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique auto-rapporté papier-crayon ou numérique.
  • Structure et composition :
    • Nombre total d’items : 29 paires d’énoncés.
    • Items critiques (scolarisés) : 23 items (Items 2, 3, 4, 5, 6, 7, 9, 10, 11, 12, 13, 15, 16, 17, 18, 20, 21, 22, 23, 25, 26, 28, 29).
    • Items leurres (non scolarisés) : 6 items (Items 1, 8, 14, 19, 24, 27), intégrés pour brouiller la visibilité de la variable testée.
  • Format de réponse : Choix forcé dyadique (forced-choice format). Pour chaque item numéroté, le participant est contraint de choisir l’énoncé (a ou b) qui correspond le plus fidèlement à sa conviction personnelle, même si aucun des deux énoncés ne reflète parfaitement sa pensée.
  • Procédure de cotation et calcul des scores :
    • Chaque item critique attribue 1 point lorsque l’option choisie reflète une croyance externe.
    • La clé de cotation externe attribue 1 point pour les choix suivants :
      2.a, 3.b, 4.b, 5.b, 6.a, 7.a, 9.a, 10.b, 11.b, 12.b, 13.b, 15.b, 16.a, 17.a, 18.a, 20.a, 21.a, 22.b, 23.a, 25.a, 26.b, 28.b, 29.a.
    • Les items leurres (1, 8, 14, 19, 24, 27) reçoivent toujours un score de 0 quel que soit le choix effectué.
  • Interprétation des résultats :
    • Étendue du score global : De 0 à 23 points.
    • Score bas (0 à 8) : Locus de contrôle interne prédominant. L’individu s’attribue la causalité des événements, valorise ses actions et assume une responsabilité élevée sur sa destinée.
    • Score moyen (9 à 13) : Orientation équilibrée ou situationnelle. L’individu module sa perception du contrôle selon la clarté et la marge de manœuvre offerte par chaque contexte.
    • Score élevé (14 à 23) : Locus de contrôle externe prédominant. L’individu attribue la causalité des réussites et des échecs à la chance, au destin, à la complexité systémique ou à l’autorité de figures puissantes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication originelle : 1966 (dans la monographie de recherche Psychological Monographs: General and Applied, Vol. 80, No. 1, Whole No. 609).
  • Statut des droits d’auteur et permissions : L’Échelle de Lieu de Contrôle de Rotter (1966) est tombée dans le domaine public académique pour les usages de recherche scientifique et d’enseignement non commerciaux. Julian Rotter a expressément publié l’ensemble du protocole et de sa clé de cotation dans sa publication de 1966 afin d’encourager la réplication et l’investigation libre. Aucune redevance ni autorisation formelle payante n’est exigée pour les applications universitaires et de recherche clinique. Les utilisations commerciales à grande échelle au sein de progiciels RH ou d’outils d’évaluation propriétaires requièrent la consultation préalable des ayant-droits ou de l’American Psychological Association (APA).
  • Tarifs : Gratuit dans le cadre d’un usage académique, scientifique et pédagogique non commercial.

12. Références / References

Les publications scientifiques de référence sur l’échelle et son modèle théorique sont répertoriées ci-dessous en norme APA (7e édition) :

  • Bandura, A. (1977). Self-efficacy: Toward a unifying theory of behavioral change. Psychological Review, 84(2), 191–215. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.2.191
  • Lefcourt, H. M. (1982). Locus of control: Current trends in theory and research (2nd ed.). Lawrence Erlbaum Associates. https://doi.org/10.4324/9781315798813
  • Levenson, H. (1974). Activism and powerful others: Distinctions within the concept of internal-external control. Journal of Personality Assessment, 38(4), 377–383. https://doi.org/10.1080/00223891.1974.10119988
  • Mirels, H. L. (1970). Dimensions of internal versus external control. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 34(2), 226–228. https://doi.org/10.1037/h0029005
  • Phares, E. J. (1976). Locus of control in personality. General Learning Press.
  • Rotter, J. B. (1954). Social learning and clinical psychology. Prentice-Hall. https://doi.org/10.1037/11382-000
  • Rotter, J. B. (1966). Generalized expectancies for internal versus external control of reinforcement. Psychological Monographs: General and Applied, 80(1, Whole No. 609), 1–28. https://doi.org/10.1037/h0092976
  • Rotter, J. B. (1975). Some problems and misconceptions related to the construct of internal versus external control of reinforcement. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 43(1), 56–67. https://doi.org/10.1037/h0076301
  • Rotter, J. B. (1990). Internal versus external control of reinforcement: A case history of a variable. American Psychologist, 45(4), 489–493. https://doi.org/10.1037/0003-066X.45.4.489

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

a. Children get into trouble because their patents punish them too much.
2

a. Many of the unhappy things in people's lives are partly due to bad luck.
3

a. One of the major reasons why we have wars is because people don't take enough interest in politics.
4

a. In the long run people get the respect they deserve in this world
5

a. The idea that teachers are unfair to students is nonsense.
6

a. Without the right breaks one cannot be an effective leader.
7

a. No matter how hard you try some people just don't like you.
8

a. Heredity plays the major role in determining one's personality
9

a. I have often found tlint what is going to happen will happen.
10

a. In the case of the well prepared student there is rarely if ever such.a thing as an unfair test.
11

a. Becoming a success is a matter of hard work‚ hick has little or nothing to do with it.
12

a. The average citizen can have an influence in government decisions.
13

a. When I make plans‚ I am almost certain that I can make them work.
14

a. There are certain people who are just no good.
15

a. In my case getting what I want has little or nothing to do with luck.
16

a. Who gets to be the boss often depends on who was lucky enough to be in the right place first.
17

a. As far as world affairs are concerned‚ most of us are the victims of forces we can neither understand‚ nor control.
18

a. Most people don't realize the extent to which their lives are controlled by accidental happenings.
19

a. One should always be willing to admit mistakes.
20

a. It is hard to know whether or not a person really likes you.
21

a. In the long run the bad things that happen to us are balanced by the good ones.
22

a. With enough effort we can wipe out political corruption.
23

a. Sometimes I can't understand how teachers arrive at the grades they give.
24

a. A good leader expects people to decide for themselves what they should do.
25

a. Many times 1 feel that I have little influence over the things that happen to me.
26

a. People are lonely because they don't try to be friendly.
27

a. There is too much emphasis on athletics in high school.
28

a. What happens to me is my own doing.
29

a. Most of the time I can't understand why politicians behave the way they do.
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 7). Échelle de Lieu de Contrôle de Rotter. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-lieu-de-controle-de-rotter/
Looti, Mohammed. “Échelle de Lieu de Contrôle de Rotter.” Base de données de psychologie en français, 7 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-lieu-de-controle-de-rotter/.
Looti, Mohammed. “Échelle de Lieu de Contrôle de Rotter.” Base de données de psychologie en français. octobre 7, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-lieu-de-controle-de-rotter/.