1. Résumé / Abstract
L’Échelle de leadership d’opinion (Opinion Leadership Scale – OLS) constitue l’un des instruments psychométriques les plus établis et rigoureusement validés dans le champ des sciences de la communication, du comportement du consommateur et du marketing social. Conçue initialement pour opérationnaliser le concept théorique d’influence interpersonnelle introduit par Paul Lazarsfeld et formalisé par Everett Rogers et David G. Cartano (1962), l’échelle a connu des évolutions méthodologiques majeures, notamment sous l’impulsion de Charles W. King et John O. Summers (1970), puis de Terry L. Childers (1986) et Leisa Reinecke Flynn, Ronald E. Goldsmith et Jacqueline K. Eastman (1994). L’instrument mesure le degré auquel un individu influence informellement les attitudes, les opinions ou les comportements d’achat d’autrui au sein d’une catégorie spécifique de produits, de services ou d’idées.
La version de référence développée par Terry L. Childers (1986) a substitué aux formats dichotomiques et trichotomiques initiaux des échelles bipolaires en 5 points, améliorant considérablement les qualités métrologiques du construit. Bien que formulée originellement en 7 items, les analyses factorielles confirmatoires et les modélisations par équations structurelles (SEM) conduites par Childers (1986) puis confirmées par Flynn et al. (1994) préconisent la suppression de l’item 5, établissant une version finale unidimensionnelle à 6 items hautement robuste. Les propriétés psychométriques rapportées démontrent une consistance interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,78 et 0,88 selon les échantillons et les catégories de produits étudiées. L’échelle démontre une excellente validité de construit, une validité convergente prouvée par des corrélations significatives avec la possession de produits (r = 0,28), l’innovativité perçue et le comportement d’adoption précoce, ainsi qu’une validité discriminante nette par rapport aux construits connexes tels que la recherche d’opinion (opinion seeking) ou l’expertise générale du marché (market mavenism). Sa structure flexible permet une insertion aisée de n’importe quel domaine d’intérêt, faisant de l’OLS un outil indispensable tant pour la recherche fondamentale que pour les applications en communication persuasive et en marketing viral.
2. Mots-clés / Keywords
Leadership d’opinion, influence interpersonnelle, diffusion des innovations, bouche-à-oreille, comportement du consommateur, psychométrie, Terry L. Childers, communication persuasive, flux de communication en deux étapes, échelle de mesure, sociométrie, modélisation par équations structurelles.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de leadership d’opinion est le fruit d’une lignée cumulative de travaux scientifiques majeurs s’étendant sur plus de trois décennies :
- Terry L. Childers : Professeur émérite de marketing à l’Iowa State University et précédemment à l’University of Minnesota et à l’University of Kentucky. Ses travaux pionniers portent sur le traitement de l’information par le consommateur, les influences sociales et la validation psychométrique d’instruments de mesure des communications interpersonnelles. Contact institutionnel : Department of Marketing, Debbie and Jerry Ivy College of Business, Iowa State University.
- Charles W. King : Chercheur émérite et professeur de marketing, pionnier dans l’analyse empirique de la diffusion des innovations et du leadership d’opinion dans les biens de grande consommation (Purdue University).
- John O. Summers : Professeur de marketing à la Kelley School of Business, Indiana University Bloomington. Spécialiste reconnu des méthodes quantitatives et de la modélisation de l’influence interpersonnelle dans les marchés de consommation.
- Everett M. Rogers (1931–2004) : Éminent sociologue et statisticien américain, professeur émérite à l’University of New Mexico, mondialement célèbre pour avoir théorisé la diffusion des innovations et formalisé la première mesure sociométrique du leadership d’opinion avec David G. Cartano (1962).
- Leisa Reinecke Flynn : Professeure de marketing à l’University of Southern Mississippi. Ses recherches méthodologiques avec Ronald E. Goldsmith ont affiné la structure factorielle et la parcimonie de l’échelle Childers dans les années 1990.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle de leadership d’opinion est de quantifier empiriquement la capacité perçue et autodéclarée d’un individu à exercer une influence asymétrique sur les décisions, les croyances et les comportements de ses pairs au sein d’une sphère de consommation ou d’un domaine d’activité circonscrit. Le besoin d’une telle mesure procède du constat sociologique et économique que les flux d’information ne se diffusent pas de manière homogène dans le tissu social : certains acteurs, qualifiés de « leaders d’opinion », agissent comme des relais critiques amplifiant ou filtrant les messages issus des médias de masse ou des campagnes de communication institutionnelles.
Applications en recherche fondamentale et comportementale
Dans le domaine de la recherche académique, l’OLS permet de disséquer les mécanismes socio-cognitifs qui sous-tendent les interactions interpersonnelles. Elle sert à explorer comment des traits de personnalité sous-jacents (tels que l’extraversion, le besoin d’unicité, la confiance en soi sociale ou le besoin de cognition) se traduisent en comportements actifs de transmission d’informations. De plus, l’échelle est mobilisée pour tester des modèles structuraux articulant le leadership d’opinion avec l’implication envers le produit (product involvement), la perception du risque financier ou social, et les trajectoires d’adoption des innovations technologiques, culturelles ou écologiques.
Applications en marketing et communication stratégique
Sur le plan opérationnel et stratégique, la mesure précise du leadership d’opinion constitue un levier fondamental pour le marketing d’influence, le ciblage relationnel et l’ingénierie du bouche-à-oreille (word-of-mouth, WOM). Identifier les segments de consommateurs présentant des scores élevés sur l’échelle OLS permet aux organisations :
- D’optimiser les lancements de nouveaux produits en concentrant les programmes de test, d’échantillonnage et de bêta-test sur des individus dotés d’un coefficient multiplicateur d’influence élevé.
- De concevoir des messages publicitaires spécifiquement calibrés pour alimenter le contenu des conversations privées (argumentaires techniques, validations statutaires, récits expérientiels).
- De cartographier les réseaux de recommandation informelle au sein de communautés de marque virtuelles ou physiques.
Applications en santé publique et prévention sociale
Au-delà du cadre strictement commercial, l’instrument s’est révélé indispensable dans les campagnes de santé publique, d’éducation civique et de prévention épidémiologique. La promotion de comportements protecteurs (comme la vaccination, le dépistage précoce ou la réduction de l’empreinte carbone) repose souvent sur l’adhésion préalable de figures d’influence locales non formelles. L’OLS fournit aux sociologues et épidémiologistes comportementaux un moyen standardisé de détecter les leaders d’opinion communautaires capables de légitimer les nouvelles pratiques sanitaires auprès des groupes réticents ou marginalisés.
5. Construit psychologique / Construct
Le leadership d’opinion est conceptuellement défini comme la propension dynamique d’un individu à orienter, de manière informelle mais prépondérante, les attitudes ou les conduites manifestes d’autres individus dans une direction donnée, avec une fréquence supérieure à la moyenne de son groupe d’appartenance. Ce construit repose sur plusieurs piliers psychologiques et relationnels qui doivent être scrupuleusement distingués des notions voisines.
Spécificité catégorielle vs. Leadership généralisé
Un apport déterminant des travaux de King et Summers (1970) et de Childers (1986) est la démonstration que le leadership d’opinion est un construit dépendant du domaine (domain-specific). Contrairement aux approches universalistes du début du XXe siècle qui postulaient l’existence d’individus omniscients influençant l’ensemble des sphères sociétales, les recherches psychométriques modernes établissent que le recouvrement d’influence entre des catégories dissemblables (par exemple, les composants informatiques de pointe et les produits de beauté) est faible à modéré. L’échelle OLS est donc structuralement paramétrée pour évaluer l’influence au sein d’une catégorie ciblée (product category), garantissant une validité prédictive maximale.
Dimensions constitutives du construit
Bien que l’instrument validé par Childers (1986) et Flynn et al. (1994) se structure autour d’un facteur général unique de premier ordre (unidimensionnalité), ce facteur unifié intègre plusieurs facettes fonctionnelles complémentaires de l’échange social :
- La centralité communicationnelle et la fréquence des échanges : L’individu s’engage activement dans des conversations relatives au domaine avec son entourage social (amis, voisins, collègues). Cette facette mesure la saillance conversationnelle du sujet dans l’écologie sociale de l’individu (captée notamment par l’item 1).
- Le rôle de diffuseur et le volume d’informations transmises : Le leader d’opinion ne se contente pas de bavarder ; il transmet un volume substantiel d’informations techniques, comparatives ou d’usage, jouant le rôle de condensateur et de vulgarisateur de signaux informationnels complexes (capté par l’item 2).
- L’étendue de la portée sociale (portée réticulaire) : Mesure quantitative de la diffusion interpersonnelle relative aux innovations récentes. Le construit évalue le nombre net de personnes distinctes ayant été exposées aux conseils de l’individu sur une période temporelle déterminée (capté par l’item 3).
- La sollicitation perçue par autrui (demande de conseil) : Le leadership d’opinion est une relation asymétrique validée par le groupe social. Un individu ne peut être considéré comme un leader d’opinion s’il n’est pas activement identifié par ses pairs comme une source crédible vers laquelle se tourner spontanément pour solliciter un avis (capté par l’item 4 et l’item 7).
- L’efficacité persuasive perçue : Au-delà de l’information brute, le construit implique une force de conviction. L’individu évalue sa probabilité de faire basculer l’avis d’un tiers ou d’emporter son adhésion lors d’un arbitrage décisionnel (capté par l’item 6).
Différenciation avec les construits adjacents
Pour préserver l’intégrité théorique du construit, il est essentiel d’articuler ses frontières avec trois concepts voisins documentés dans la littérature :
- L’innovativité du consommateur (Consumer Innovativeness) : L’innovateur est l’un des premiers à acheter un produit ou adopter une idée nouvelle. Cependant, un innovateur peut être socialement isolé, excentrique ou peu communicatif. À l’inverse, le leader d’opinion est intrinsèquement inséré dans des réseaux de communication denses et dispose d’une légitimité normative. Les deux construits corrèlent positivement, mais sont distincts.
- L’expertise de marché (Market Mavenism) : Introduit par Feick et Price (1987), le « maven » possède une expertise globale sur le marché en général (prix, coupons, points de vente, nouvelles marques diverses), sans focalisation catégorielle stricte. Le leader d’opinion évalué par l’OLS fonde son autorité sur une catégorie de produits précise et valorisée.
- La recherche d’opinion (Opinion Seeking) : Il s’agit du comportement symétrique et inverse par lequel un individu consulte délibérément les autres pour réduire son incertitude cognitive. Bien que certains leaders recherchent aussi des avis auprès d’experts plus avancés, les deux échelles manifestent une indépendance orthogonale ou des corrélations négatives dans les modélisations rigoureuses.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture conceptuelle de l’Échelle de leadership d’opinion repose sur deux piliers théoriques majeurs des sciences sociales du XXe siècle : le modèle du flux de communication en deux étapes et la théorie de la diffusion des innovations, complétés par les développements modernes de la théorie des réseaux sociaux.
Le modèle du flux de communication en deux étapes (Two-Step Flow)
Formulé pour la première fois par Paul Lazarsfeld, Bernard Berelson et Hazel Gaudet dans leur étude séminale de 1944 sur les choix électoraux (The People’s Choice), puis consolidé par Elihu Katz et Lazarsfeld (1955) dans Personal Influence, le paradigme du flux en deux étapes a bouleversé la théorie classique de la seringue hypodermique. Ce modèle postule que les idées transmises par les médias de masse atteignent d’abord les individus les plus attentifs et les plus engagés — les leaders d’opinion —, lesquels réinterprètent, filtrent et retransmettent ces informations à des strates moins actives de la population via des canaux interpersonnels informels.
Dans ce schéma théorique, l’influence des pairs surpasse largement l’influence directe des médias institutionnels ou publicitaires en raison de trois caractéristiques psychologiques fondamentales :
- La crédibilité désintéressée perçue : Contrairement aux émetteurs commerciaux ou politiques dont les motivations persuasives sont manifestes, le leader d’opinion est perçu comme offrant un conseil neutre, guidé par la bienveillance ou la passion authentique du domaine.
- La flexibilité interactive : L’interaction interpersonnelle permet un ajustement immédiat du message aux objections, aux doutes et au profil cognitif spécifique du récepteur.
- La pression normative implicite : La recommandation d’un pair s’accompagne d’une récompense sociale diffuse (conformité, appartenance au groupe) que les médias impersonnels sont incapables de mobiliser.
La théorie de la diffusion des innovations d’Everett Rogers
Dans son ouvrage de référence Diffusion of Innovations (1962, réédité en 1995 et 2003), Everett Rogers a intégré le leadership d’opinion au cœur de la courbe d’adoption en cloche des innovations. Rogers observe que le point de bascule critique (tipping point), permettant à une nouveauté de franchir le gouffre séparant les adopteurs précoces de la majorité précoce, dépend exclusivement de l’intervention des leaders d’opinion.
Selon Rogers et Cartano (1962), la mesure du leadership d’opinion s’est longtemps heurtée à des limites méthodologiques sévères : la méthode sociométrique (consistant à interroger l’ensemble des membres d’une communauté fermée pour identifier qui nomme qui) est extrêmement coûteuse et impraticable à l’échelle de populations de consommateurs étendues. Rogers et Cartano ont ainsi développé la première échelle d’auto-désignation (self-designating method), postulant que la perception que l’individu a de sa propre influence constitue un prédicteur hautement fidèle de son influence réelle en situation écologique. Les révisions successives de King et Summers (1970) puis de Childers (1986) ont raffiné cet instrument d’auto-évaluation pour en éliminer les biais d’échelle et en maximiser la sensibilité discriminante.
Théorie du capital social et centralité de réseau
Dans une perspective contemporaine, le cadre théorique s’articule avec les travaux de sociologie des réseaux de Mark Granovetter (la force des liens faibles) et de Ronald Burt (les trous structuraux). Les leaders d’opinion mesurés par l’OLS occupent des positions nodales stratégiques dans leurs graphes sociaux : ils connectent des sous-groupes cloisonnés, bénéficient d’un capital informationnel précoce et convertissent ce capital en influence sociale reconnue par l’ensemble de leurs pairs.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de l’Échelle de leadership d’opinion de Childers (1986) ont été documentées au travers de multiples investigations empiriques menées auprès d’échantillons probabilistes et de convenance diversifiés.
Validité de construit et structurelle
La validité de construit a été rigoureusement démontrée par Terry L. Childers (1986) lors de deux études majeures impliquant des catégories de produits variées. L’analyse des matrices de covariance indique que les items convergent de façon cohérente vers une dimension sous-jacente univoque. Les analyses confirmatoires démontrent que les indices d’ajustement atteignent des seuils d’excellence statistique lorsque l’item 5 est retiré, conférant à la version à 6 items une robustesse structurelle reproductible.
Validité convergente
La validité convergente de l’instrument est attestée par des corrélations positives, théoriquement congruentes et statistiquement significatives avec une série d’indicateurs comportementaux et psychologiques :
- Comportement réel de possession de produits : Dans l’étude de Childers (1986), une corrélation statistiquement significative de r = 0,28 (p < 0,01) a été établie entre les scores d’OLS et la possession effective de biens d’équipement novateurs.
- Innovativité spécifique au domaine : L’échelle présente des corrélations substantielles (allant de r = 0,45 à r = 0,62 selon les études) avec les mesures de prédisposition à adopter de nouveaux produits au sein de la même catégorie.
- Implication durable (Enduring Involvement) : Des associations robustes sont systématiquement observées avec l’intérêt et la passion manifestés par les répondants pour le domaine concerné, confirmant que l’influence repose sur une familiarité cognitive approfondie.
- Adoption précoce documentée : Les répondants obtenant des scores élevés se révèlent systématiquement être des adopteurs de la première heure (early adopters) lors de vérifications longitudinales de panel.
Validité discriminante
La validité discriminante a été examinée en comparant l’OLS à d’autres échelles de personnalité et de comportement d’achat :
- La variance moyenne extraite (AVE) de l’OLS surpasse systématiquement le carré des corrélations partagées avec les construits de recherche d’opinion (opinion seeking), confirmant que donner des conseils et en demander constituent deux comportements psychologiquement distincts et non de simples extrémités inversées d’un même continuum.
- L’OLS se distingue nettement des échelles de désirabilité sociale (telles que l’échelle de Crowne-Marlowe), démontrant que les réponses des participants ne reflètent pas une simple tendance narcissique à l’auto-glorification, mais bien une dynamique relationnelle réelle.
Validité par groupes connus (Known-Groups Validity) et validité prédictive
La validité par la méthode des groupes connus fournit l’une des preuves les plus éclatantes de l’efficacité de l’OLS. Dans la seconde étude expérimentale rapportée par Childers (1986), portant sur l’adoption de services technologiques émergents (les abonnements au câble premium), les moyennes de score d’OLS ont manifesté un contraste saisissant :
- Le sous-groupe des abonnés effectifs au service de télévision par câble payant a obtenu une moyenne de M = 20,0.
- Le sous-groupe des refuseurs avérés (individus ayant explicitement décliné la souscription au service) a obtenu une moyenne significativement plus basse de M = 15,2 (t significatif à p < 0,001).
Cette divergence prononcée de près d’un écart-type confirme la capacité de l’instrument à discriminer fidèlement les individus qui structurent et mènent les mouvements de consommation de ceux qui s’y opposent ou restent passifs.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité de l’Échelle de leadership d’opinion a fait l’objet de vérifications méticuleuses tant du point de vue de la consistance interne que de la stabilité temporelle.
Consistance interne
L’introduction par Childers (1986) de formats de réponse bipolaires standardisés en 5 points a permis de pallier la faible variance et les artefacts d’atténuation qui pénalisaient les versions initiales en questions dichotomiques de King et Summers (1970). Les résultats empiriques documentent des indices de fiabilité remarquables :
- Dans les études originales de Childers (1986), le coefficient alpha de Cronbach (α) pour la version recommandée à 6 items (après élimination de l’item 5) a atteint 0,83 dans le premier échantillon et s’est élevé jusqu’à 0,88 dans les échantillons subséquents.
- Dans le travail de réplication et d’extension conduit par Flynn, Goldsmith et Eastman (1994) à travers quatre échantillons indépendants et diversifiés, l’alpha de Cronbach de la version à 6 items a oscillé de façon consistante dans un intervalle de 0,78 à 0,88.
- Les coefficients de corrélation item-total corrigés se situent pour tous les items conservés au-delà du seuil critique de 0,50, avec des valeurs typiques oscillant entre 0,56 et 0,74, attestant d’une excellente homogénéité du réservoir d’items.
- La fiabilité composite (Rhô de Jöreskog / Composite Reliability) calculée dans les études mobilisant les équations structurelles dépasse régulièrement le critère conventionnel de 0,80, atteignant des valeurs moyennes de 0,86.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Les évaluations de la fidélité test-retest administrées sur des intervalles de deux à six semaines indiquent des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) supérieurs à 0,80. Cette stabilité temporelle démontre que, si le leadership d’opinion peut lentement évoluer au gré des cycles de vie des produits ou des trajectoires biographiques individuelles, il représente une disposition psychosociale stable à moyen terme au sein d’une catégorie donnée.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’élucidation de la structure dimensionnelle de l’échelle a constitué un débat méthodologique majeur qui a abouti à l’établissement de la version canonique à 6 items.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Les analyses factorielles exploratoires initiales (extraction en composantes principales avec rotation varimax et oblimin) appliquées aux 7 items de la version Childers ont révélé un facteur prédominant extrayant plus de 55 % de la variance totale des scores. Cependant, l’examen détaillé des saturations a mis en lumière un comportement psychométrique problématique pour l’item 5 (« In discussions of [product category], which of the following happens most? ») :
- L’item 5 présentait des saturations croisées indésirables ou une saturation substantiellement plus faible (souvent < 0,40) sur le facteur primaire d’influence comparativement aux autres items.
- Sa corrélation item-total corrigée était systématiquement la plus médiocre du corpus, signalant une ambiguïté cognitive dans la formulation de ses pôles de réponse.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC) et Modélisation par équations structurelles (SEM)
La confirmation empirique décisive de la structure unidimensionnelle de l’échelle a été fournie par Flynn, Goldsmith et Eastman (1994), corroborant les préconisations initiales de Childers (1986). En appliquant la modélisation par équations structurelles via LISREL sur quatre jeux de données distincts, les chercheurs ont comparé le modèle à 7 items avec le modèle tronqué à 6 items :
- Modèle à 7 items : Présente des indices d’ajustement imparfaits, des résidus standardisés élevés et un khi-deux significatif indiquant un manque de parsimonie structurelle imputable à la variance spécifique de l’item 5.
- Modèle à 6 items (sans l’item 5) : Démontre une supériorité éclatante en termes d’adéquation aux données empiriques. Les indices d’ajustement confirment l’unidimensionnalité stricte : le ratio Khi-deux sur degrés de liberté (χ²/df) se situe sous la valeur seuil de 2,0 ; l’indice de conformité comparative (CFI) ainsi que le Goodness-of-Fit Index (GFI) excèdent 0,95 ; le Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) se maintient en deçà du seuil rigoureux de 0,05.
Saturations factorielles des items (Version à 6 items)
Dans la solution confirmatoire unidimensionnelle standardisée, les saturations factorielles (coefficients lambda standardisés, λ) des six items résiduels sont hautement homogènes et hautement significatives (p < 0,001), s’échelonnant typiquement comme suit :
- Item 1 (Fréquence des discussions) : λ ≈ 0,65 – 0,72
- Item 2 (Quantité d’informations partagées) : λ ≈ 0,68 – 0,76
- Item 3 (Nombre de personnes informées d’une nouveauté) : λ ≈ 0,60 – 0,70
- Item 4 (Probabilité d’être sollicité pour un conseil) : λ ≈ 0,78 – 0,85
- Item 6 (Probabilité de convaincre son interlocuteur) : λ ≈ 0,70 – 0,79
- Item 7 (Perception d’être utilisé comme source de référence) : λ ≈ 0,80 – 0,87
Les items 4 et 7 émergent ainsi comme les indicateurs les plus centraux du noyau conceptuel du leadership d’opinion, captant la légitimité sociale reconnue par l’entourage.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’instrument : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (auto-désignation sociométrique).
- Format d’administration : Papier-crayon, plateforme numérique en ligne, enquête téléphonique assistée par ordinateur ou intégration dans des protocoles expérimentaux.
- Population cible : Adolescents et adultes (dès 15 ans). Adaptable à des panels de consommateurs généraux ou à des populations professionnelles spécialisées (B2B).
- Nombre total d’items :
- Version initiale Childers : 7 items.
- Version canonique recommandée (Childers 1986 ; Flynn et al. 1994) : 6 items (l’item 5 est expressément supprimé pour optimiser la consistance et l’unidimensionnalité).
- Échelle de réponse : Échelles bipolaires en 5 points spécifiques à chaque question (1 à 5), ancrées par des descripteurs verbaux sémantiquement différenciés et adaptés à l’énoncé de chaque item.
- Modalités de personnalisation thématique : Le marqueur textuel générique
[product category](ou[catégorie de produits]) doit être remplacé par la catégorie d’étude ciblée (ex. : les smartphones, les véhicules électriques, la mode écoresponsable, les placements financiers, les destinations touristiques). - Cotation et calcul des scores :
- Tous les items conservés dans la version recommandée (items 1, 2, 3, 4, 6 et 7) sont cotés de 1 à 5 dans le sens d’un leadership d’opinion croissant.
- Inversion de score (Reverse scoring) : Dans la formulation originale, l’item 2 et l’item 7 nécessitent d’être vérifiés selon la mise en page choisie par le chercheur. Dans la version standardisée présentée ici, l’item 2 et l’item 7 doivent être recodés ou cotés de telle sorte que le score 5 corresponde à la transmission maximale d’informations et au statut effectif de source de conseil (5 = leadership maximal).
- Le score global de leadership d’opinion est obtenu par la somme arithmétique simple des 6 items (ou par la moyenne arithmétique pour conserver une échelle métrique de 1 à 5).
- Pour la version à 6 items, l’étendue du score brut varie de 6 à 30 points. Un score élevé reflète un leadership d’opinion dominant au sein du groupe de référence de l’individu.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception originale : 1962 (Rogers & Cartano, échelle sociométrique pionnière).
- Année de révision intermédiaire : 1970 (King & Summers, adaptation thématique avec items dichotomiques/trichotomiques).
- Année de validation de référence moderne : 1986 (Terry L. Childers, introduction du format bipolaire en 5 points et démonstration de la version à 6 items). Confirmation structurale par Flynn, Goldsmith et Eastman en 1994.
- Statut des droits d’auteur et permissions : Les items de l’échelle relèvent du domaine de la recherche académique fondamentale et ont été publiés dans des revues savantes à comité de lecture sous copyright de l’American Marketing Association (pour Childers, 1986, et King & Summers, 1970) et de Springer/Kluwer (pour Flynn et al., 1994).
- Conditions d’utilisation et politique tarifaire : L’utilisation de l’instrument est entièrement gratuite à des fins d’enseignement, d’études universitaires et de recherches académiques non commerciales, sous réserve d’une citation bibliographique formelle des publications originales fondatrices. Pour toute utilisation commerciale, intégration dans un produit propriétaire ou monétisation dans le cadre de cabinets de conseil en études de marché, il appartient aux utilisateurs de vérifier la nécessité d’un accord contractuel avec les détenteurs légaux des revues publiantes.
12. Références / References
- Burt, R. S. (1999). The social capital of opinion leaders. The ANNALS of the American Academy of Political and Social Science, 566(1), 37–54. https://doi.org/10.1177/0002716299566001004
- Childers, T. L. (1986). Assessment of the psychometric properties of an opinion leadership scale. Journal of Marketing Research, 23(2), 184–188. https://doi.org/10.1177/002224378602300210
- Feick, L. F., & Price, L. L. (1987). The market maven: A diffuser of marketplace information. Journal of Marketing, 51(1), 83–97. https://doi.org/10.1177/002224298705100107
- Flynn, L. R., Goldsmith, R. E., & Eastman, J. K. (1994). The King and Summers opinion leadership scale: Revision and refinement. Journal of Business Research, 31(1), 55–64. https://doi.org/10.1016/0148-2963(94)90046-1
- Granovetter, M. S. (1973). The strength of weak ties. American Journal of Sociology, 78(6), 1360–1380. https://doi.org/10.1086/225469
- Katz, E., & Lazarsfeld, P. F. (1955). Personal Influence: The part played by people in the flow of mass communications. Free Press. https://psycnet.apa.org/record/1956-07755-000
- King, C. W., & Summers, J. O. (1970). Overlap of opinion leadership across consumer product categories. Journal of Marketing Research, 7(1), 43–50. https://doi.org/10.1177/002224377000700106
- Lazarsfeld, P. F., Berelson, B., & Gaudet, H. (1944). The people’s choice: How the voter makes up his mind in a presidential campaign. Columbia University Press. https://doi.org/10.7312/laza92764
- Rogers, E. M. (2003). Diffusion of innovations (5th ed.). Free Press. https://www.simonandschuster.com/books/Diffusion-of-Innovations-5th-Edition/Everett-M-Rogers/9780743222099
- Rogers, E. M., & Cartano, D. G. (1962). Methods of measuring opinion leadership. Public Opinion Quarterly, 26(3), 435–441. https://doi.org/10.1086/267118
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions: Please answer the following questions regarding [product category]. Replace [product category] with the specific domain or product class under study.
-
In general, do you talk to your friends and neighbors about [product category]?
(1 = Rarely/Never, 5 = Very Often)
-
When you talk to your friends and neighbors about [product category], do you:
(1 = Give a great deal of information, 5 = Give very little information)
[Reverse scored or scored so 5 = high information] -
During the past six months, how many people have you told about a new [product category]?
(1 = Told no one, 5 = Told a number of people)
-
Compared with your circle of friends, how likely are you to be asked for advice about [product category]?
(1 = Not at all likely to be asked, 5 = Very likely to be asked)
-
In discussions of [product category], which of the following happens most?
(1 = You tell your friends about [product category], 5 = Your friends tell you about [product category])
[Note: Item 5 is excluded in the recommended 6-item version] -
In general, would you say you are:
(1 = Not at all likely to convince someone of your ideas about [product category], 5 = Very likely to convince someone of your ideas about [product category])
-
Overall, in all of your discussions with friends and neighbors about [product category], are you:
(1 = Used as a source of advice, 5 = Not used as a source of advice)
[Scored so 5 = used as a source of advice]