1. Résumé / Abstract
L’Échelle de l’économie de l’expérience pour le tourisme (couramment désignée sous l’acronyme EES-Tourism pour Experience Economy Scale) constitue une opérationnalisation psychométrique pionnière du cadre théorique de l’économie de l’expérience formulé par B. Joseph Pine II et James H. Gilmore en 1999. Développée et validée initialement dans le champ du tourisme et de l’hôtellerie par Haemoon Oh, Ann Marie Fiore et Miyoung Jeoung en 2007, cette échelle mesure la perception multidimensionnelle des expériences vécues par les individus au sein d’environnements touristiques récréatifs, culturels ou d’hébergement. L’instrument a été conçu pour dépasser les paradigmes traditionnels d’évaluation centrés exclusivement sur la qualité de service (tels que le modèle SERVQUAL) ou sur la simple satisfaction transactionnelle, en appréhendant l’expérience touristique comme une mise en scène holistique et mémorable génératrice de valeur psychologique et émotionnelle.
Sur le plan structurel, l’instrument s’articule autour de quatre domaines d’expérience distincts (« four realms of experience ») : l’expérience éducative (apprentissage actif, acquisition de compétences et stimulation intellectuelle), l’expérience d’évasion ou d’échappatoire (immersion active, rupture avec la routine quotidienne, altération temporelle et redéfinition du soi), l’expérience de divertissement (absorption passive de stimuli artistiques, récréatifs ou scéniques) et l’expérience esthétique (immersion sensorielle passive au sein d’un environnement physique, naturel ou architectural harmonieux). Dans sa forme canonique validée par Oh et al. (2007), l’échelle comporte 16 items (quatre items par dimension), évalués au moyen d’une échelle de réponse de type Likert en 7 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord ») à 7 (« Tout à fait d’accord »).
Les études psychométriques initiales et subséquentes confirment d’excellentes qualités de mesure. Les indices de consistance interne se caractérisent par des coefficients alpha de Cronbach généralement compris entre 0,76 et 0,92 selon les sous-échelles et les contextes d’investigation (chambres d’hôtes, parcs thématiques, œnotourisme, patrimoine culturel). Les analyses factorielles confirmatoires corroborent de manière univoque la structure quadridimensionnelle corrélée, attestant d’une validité de construit robuste, d’une validité convergente satisfaisante (variance moyenne extraite généralement supérieure à 0,50) et d’une validité discriminante clairement établie par rapport à des construits adjacents tels que l’évaluation globale de la destination, les souvenirs mémorables et l’intention de revisite.
2. Mots-clés / Keywords
Économie de l’expérience, psychométrie touristique, expérience éducative, expérience d’évasion, expérience de divertissement, expérience esthétique, fidélité du consommateur, comportement du touriste, immersion sensorielle, conception d’expériences.
3. Auteurs / Authors
L’opérationnalisation empirique originale de l’échelle a été conçue et publiée par une équipe de chercheurs de l’Université d’État de l’Iowa (Iowa State University) :
- Haemoon Oh, Ph.D. — Professeur émérite en gestion hôtelière et touristique. Lors de la publication de l’étude princeps, il était affilié au Department of Apparel, Educational Studies, and Hospitality Management, College of Human Sciences, Iowa State University, Ames, Iowa, États-Unis. Il a par la suite occupé des fonctions de direction décanale au sein du College of Hospitality, Retail and Sport Management à l’University of South Carolina. Courriel académique institutionnel : [email protected].
- Ann Marie Fiore, Ph.D. — Professeure titulaire et directrice des études supérieures au Department of Apparel, Events, and Hospitality Management, Iowa State University, Ames, Iowa, États-Unis. Ses travaux portent sur l’esthétique environnementale, le marketing expérientiel et le comportement du consommateur. Courriel académique : [email protected].
- Miyoung Jeoung, M.S. — Chercheuse au Department of Apparel, Educational Studies, and Hospitality Management, Iowa State University, Ames, Iowa, États-Unis, ayant conduit ses travaux postgrades sur la modélisation structurelle des expériences d’hébergement touristique.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle de l’économie de l’expérience pour le tourisme est de doter les chercheurs en psychologie du consommateur, les gestionnaires de destinations et les concepteurs de services d’un instrument de mesure psychométrique standardisé capable de quantifier précisément la nature et l’intensité des facettes expérientielles vécues lors d’un séjour ou d’une activité récréative. Historiquement, la recherche touristique s’était focalisée sur des métriques issues du secteur manufacturier et de l’économie tertiaire classique, à l’instar des modèles de disconfirmation des attentes et d’évaluation de la qualité de service (modèle SERVQUAL de Parasuraman, Zeithaml et Berry). Or, ces conceptualisations omettaient la dimension phénoménologique, affective et transformatrice inhérente aux loisirs et aux voyages.
L’instrument répond à trois finalités majeures :
- Élucidation théorique des mécanismes d’expérience : L’échelle permet de dissocier empiriquement les interactions cognitives et émotionnelles du sujet avec son environnement récréatif. En segmentant l’expérience globale en quatre domaines distincts, elle offre la possibilité de tester des modèles de causalité liant chaque dimension à des variables psychologiques clés, telles que l’éveil émotionnel, la valeur perçue globale, la satisfaction holistique, la mémoire autobiographique à long terme et la fidélité comportementale.
- Diagnostic et ingénierie de l’expérience client : Pour les praticiens du management touristique (hôtellerie de charme, complexes écotouristiques, musées, parcs à thème, festivals), l’échelle fournit un profil diagnostique précis. Elle permet d’identifier si une prestation souffre d’un déficit d’immersion (évasion), d’un manque de stimulation intellectuelle (éducation), d’une faiblesse dans l’attractivité visuelle et atmosphérique (esthétique) ou d’une défaillance dans l’animation ludique (divertissement).
- Segmentation psychographique et personnalisation : L’outil sert à identifier des typologies de consommateurs sur la base de leurs profils de réceptivité expérientielle. Certains segments d’individus privilégient l’apprentissage profond (ex. tourisme patrimonial, écotourisme scientifique), tandis que d’autres recherchent l’anonymat et la déconnexion radicale (tourisme d’évasion insulaire) ou l’émerveillement sensoriel pur (hôtels d’art, croisières panoramiques).
En somme, l’EES-Tourism opérationnalise le postulat selon lequel l’expérience n’est pas un sous-produit accidentel du service, mais une proposition de valeur distincte, mise en scène de manière intentionnelle pour engager l’individu sur le plan psychologique.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par l’EES-Tourism repose sur une matrice bidimensionnelle orthogonale définissant quatre domaines expérientiels distincts mais interdépendants. Les deux axes fondateurs de cette typologie sont le niveau de participation du consommateur (variant le long d’un continuum allant de la passivité absolue à l’action physique ou cognitive active) et le type d’engagement environnemental ou connexion (variant d’une connexion d’absorption distante à une connexion d’immersion totale).
1. L’expérience éducative (Educational Experience)
Cette dimension se situe à l’intersection d’une participation active et d’une connexion d’absorption. Dans cette modalité, le touriste mobilise activement ses ressources cognitives pour assimiler de nouvelles connaissances, développer de nouvelles compétences ou élargir sa grille de compréhension du monde. L’individu n’est pas un récepteur inerte : il questionne, expérimente, prend des notes ou manipule des éléments constitutifs de l’activité.
Exemples concrets : Participer à un atelier d’initiation à la dégustation viticole au sein d’un domaine œnotouristique, suivre un cours de cuisine locale traditionnelle dispensé par un chef hôte, ou écouter une visite guidée interactive dans un parc géologique où le visiteur est invité à déduire la formation des roches à partir d’indices visuels.
2. L’expérience d’évasion (Escapist Experience)
Caractérisée par la conjonction d’une participation active et d’une immersion psychologique et sensorielle profonde, l’évasion représente l’état dans lequel l’individu s’investit personnellement au point d’oublier son environnement d’origine, son statut social usuel et le passage du temps. Cette dimension rejoint conceptuellement les notions d’état de flow (Csíkszentmihályi) et de présence spatiale.
Exemples concrets : S’engager dans une randonnée de survie en forêt boréale nécessitant l’orientation à la boussole, participer à un jeu de rôle grandeur nature ou à un escape game immersif dans un château historique, ou encore s’immerger dans les rituels quotidiens d’une communauté rurale isolée en effectuant les tâches agricoles locales.
3. L’expérience de divertissement (Entertainment Experience)
Le divertissement émerge de l’articulation entre une participation passive et une connexion d’absorption. L’attention de l’individu est captée et retenue par des stimuli externes prégnants, conçus pour divertir, émouvoir ou susciter le rire, sans que le sujet n’ait besoin d’agir physiquement sur le dispositif ni de modifier l’environnement de la prestation.
Exemples concrets : Assister à un spectacle de danse folklorique ou à un concert acoustique nocturne au sein d’un complexe touristique, regarder un feu d’artifice panoramique, ou écouter un conteur narrer les légendes d’une contrée au coin d’un feu de camp sans intervention interactive.
4. L’expérience esthétique (Esthetic Experience)
Cette composante combine une participation passive et une immersion complète dans l’environnement physique et sensoriel. L’individu s’abandonne à la contemplation du cadre environnant, absorbant l’harmonie des formes, des couleurs, des arômes, des textures et des sons, sans chercher à perturber ou à transformer ce milieu.
Exemples concrets : Contempler en silence le coucher du soleil depuis la terrasse d’un établissement situé sur les falaises de Santorin, apprécier le design d’intérieur soigné, l’éclairage feutré et les odeurs d’huiles essentielles d’un boutique-hôtel de luxe, ou s’assoupir dans un jardin botanique zen entouré par le bruissement d’une cascade d’eau.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le socle théorique fondamental de l’échelle s’ancre dans la théorie de l’économie de l’expérience formalisée par B. Joseph Pine II et James H. Gilmore (1998, 1999). Ces auteurs ont postulé une trajectoire évolutive de la création de valeur économique à travers quatre étapes successives :
- L’économie agraire fondée sur l’extraction de matières premières (commodities) ;
- L’économie industrielle reposant sur la fabrication standardisée de biens tangibles (goods) ;
- L’économie tertiaire orientée vers la fourniture d’activités intangibles et personnalisées (services) ;
- L’économie de l’expérience, où l’offre consiste en la mise en scène d’événements mémorables et engageants sur le plan personnel (experiences).
Selon Pine et Gilmore, si les biens sont tangibles et les services intangibles, les expériences sont d’ordre mémorable. Elles s’adressent directement à la vie intérieure de l’individu et laissent des traces durables au sein de la mémoire autobiographique. La modélisation de Pine et Gilmore croise les deux dimensions fondamentales de la participation du client (axe horizontal : passif à actif) et du lien environnemental (axe vertical : absorption à immersion), générant les 4 quadrants expérientiels (éducation, divertissement, esthétique, évasion).
Au-delà de la métaphore théâtrale de Pine et Gilmore (la scène, les acteurs, le script, les accessoires), l’adaptation psychométrique menée par Oh, Fiore et Jeoung (2007) mobilise plusieurs paradigmes issus de la psychologie et du marketing comportemental :
- Le courant du comportement expérientiel du consommateur (Holbrook & Hirschman, 1982) : Ce modèle s’oppose au modèle du traitement rationnel de l’information (« modèle de l’ordinateur cognitif ») en replaçant les fantasmes, les sentiments et les plaisirs hédoniques (les « 3F » : Fantasies, Feelings, Fun) au cœur de la décision et de l’évaluation de consommation.
- La psychologie environnementale (Mehrabian & Russell, 1974) : Le paradigme Stimulus-Organisme-Réponse (S-O-R) soutient que les attributs physiques de l’environnement (servicescape, atmosphère, agencement spatial) agissent comme des stimuli complexes qui déclenchent des réactions affectives internes (plaisir, éveil, dominance), lesquelles conditionnent les comportements d’approche ou d’évitement. L’expérience esthétique capture précisément ce dialogue entre les caractéristiques atmosphériques et l’immersion affective de l’individu.
- La théorie du flow et de l’expérience optimale (Csíkszentmihályi, 1990) : Le concept d’évasion opérationnalise l’état d’absorption totale où le défi de l’activité rencontre les compétences de l’individu, entraînant une perte de la conscience de soi et une distorsion de la perception de la durée.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle de l’économie de l’expérience a fait l’objet de vérifications approfondies dès l’étude initiale d’Oh et al. (2007) ainsi que dans une multitude de réplications internationales indépendantes (ex. Hosany & Witham, 2010 ; Quadri-Felitti & Fiore, 2012 ; Mehmetoglu & Engen, 2011).
Validité de contenu et validité faciale
Dans les travaux préliminaires de développement, Oh et ses collègues ont généré un bassin initial de plus de 40 items dérivés directement des propositions théoriques de Pine et Gilmore. Ces items ont été soumis à un panel d’experts académiques spécialisés en psychologie du consommateur et en hôtellerie afin d’évaluer la pertinence de chaque énoncé vis-à-vis de sa dimension cible. Les items redondants, ambigus ou présentant une validité de contenu discutable ont été éliminés, aboutissant à une version pilote épurée.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des saturations factorielles standardisées significatives et élevées. Dans l’échantillon d’Oh et al. (2007) portant sur les clients de gîtes touristiques et chambres d’hôtes (bed & breakfasts, N = 418), toutes les saturations factorielles des 16 items dépassaient largement le seuil minimal recommandé de 0,50, la majorité oscillant entre 0,65 et 0,88 (p < 0,001). La variance moyenne extraite (AVE) pour chaque dimension a dépassé ou approché le seuil canonique de 0,50 préconisé par Fornell et Larcker (1981) :
- Esthétique : AVE comprise entre 0,55 et 0,68 selon les études ;
- Éducation : AVE comprise entre 0,52 et 0,64 ;
- Divertissement : AVE comprise entre 0,50 et 0,61 ;
- Évasion : AVE comprise entre 0,48 et 0,59.
Validité discriminante
La validité discriminante a été confirmée par plusieurs critères méthodologiques :
- Critère de Fornell-Larcker : La racine carrée de l’AVE de chaque construit était strictement supérieure aux corrélations bivariées inter-construits, démontrant que chaque domaine de l’expérience partage davantage de variance avec ses propres indicateurs qu’avec les autres dimensions.
- Différences de khi-deux (Δχ²) : Des tests de comparaison de modèles emboîtés ont été menés en contraignant la corrélation entre les facteurs à l’unité (1,0). Pour toutes les paires de dimensions, la détérioration significative de l’ajustement a confirmé la non-redondance conceptuelle des sous-échelles.
Validité prédictive et nomologique
L’échelle présente une validité prédictive exceptionnelle au sein de réseaux nomologiques touristiques. La modélisation par équations structurelles démontre que les quatre domaines d’expérience expliquent une part substantielle de la variance de construits dépendants fondamentaux :
- Souvenirs mémorables : Les dimensions esthétique et d’évasion exercent un effet direct prépondérant sur la saillance mnésique des séjours (β compris entre 0,35 et 0,52, p < 0,001).
- Valeur globale perçue et satisfaction : L’expérience esthétique s’avère être le prédicteur le plus constant et le plus puissant de la satisfaction globale du séjour dans les contextes hôteliers et de villégiature.
- Intentions comportementales : Les scores combinés prédisent directement l’intention de recommander la destination (bouche-à-oreille positif) et la disposition à payer un supplément tarifaire (willingness to pay a price premium).
8. Fidélité / Reliability
La consistance interne de l’EES-Tourism a été largement corroborée à travers de nombreux contextes géographiques et typologies récréatives. Les coefficients de cohérence interne respectent scrupuleusement les exigences méthodologiques de Nunnally et Bernstein (1994).
Cohérence interne (Alpha de Cronbach et Fiabilité Composite)
Dans la publication originale d’Oh, Fiore et Jeoung (2007), les coefficients alpha de Cronbach (α) et les indices de fiabilité composite (CR) obtenus étaient les suivants :
- Expérience éducative : α = 0,82 ; Fiabilité composite (CR) = 0,83.
- Expérience d’évasion : α = 0,78 ; Fiabilité composite (CR) = 0,79.
- Expérience de divertissement : α = 0,81 ; Fiabilité composite (CR) = 0,82.
- Expérience esthétique : α = 0,83 ; Fiabilité composite (CR) = 0,84.
Dans des études ultérieures portant sur des contextes maritimes (croisières) menées par Hosany et Witham (2010), des valeurs encore plus élevées ont été documentées : α = 0,87 pour l’esthétique, α = 0,85 pour le divertissement, α = 0,82 pour l’éducation, et α = 0,83 pour l’évasion. L’adaptation à l’œnotourisme par Quadri-Felitti et Fiore (2012) a rapporté des alphas s’échelonnant de 0,81 à 0,89.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Bien que l’évaluation d’une expérience touristique soit par nature dépendante d’un épisode de consommation singulier et temporellement circonscrit, des protocoles de fidélité test-retest conduits à court terme (intervalle de 10 à 14 jours post-séjour sans nouvel événement intermédiaire) ont mis en évidence des corrélations intra-classes (ICC) stables, comprises entre 0,72 et 0,81, attestant que la reconstruction mnésique des quatre facettes de l’expérience demeure cohérente dans le temps.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le protocole psychométrique mis en œuvre par Oh, Fiore et Jeoung (2007) a suivi une démarche rigoureuse en deux étapes : une analyse factorielle exploratoire (AFE) suivie d’une analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Sur un sous-échantillon d’étalonnage, l’extraction en composantes principales assortie d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin) a systématiquement extrait quatre facteurs dont les valeurs propres (eigenvalues) étaient strictement supérieures à 1,0 (critère de Kaiser). L’examen du diagramme de sédimentation (scree plot de Cattell) corroborait sans équivoque une rupture nette après le quatrième facteur. Ensemble, ces quatre dimensions expliquaient plus de 62 % de la variance totale des items. Aucun problème majeur de double saturation factorielle (cross-loading > 0,35) n’a été observé sur les énoncés retenus.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
L’analyse factorielle confirmatoire a été effectuée sur un échantillon de validation croisée via l’estimation du maximum de vraisemblance (modélisation LISREL/AMOS). Les résultats ont validé la supériorité statistique du modèle corrélé à quatre facteurs de premier ordre par rapport à plusieurs modèles alternatifs rivaux (modèle unidimensionnel global, modèle à deux facteurs croisant participation et immersion).
Les indices d’adéquation globale du modèle à quatre dimensions ont montré une excellente concordance avec les données empiriques :
- Khi-deux normé : χ²/ddl = 1,84 (valeur inférieure au seuil strict de 2,0 ou 3,0) ;
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : 0,045 [IC à 90 % : 0,034 – 0,056], inférieur au seuil rigoureux de 0,05 indiquant un ajustement très étroit ;
- Comparative Fit Index (CFI) : 0,96 (au-dessus du critère standard de 0,95) ;
- Tucker-Lewis Index (TLI / NNFI) : 0,95 ;
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : 0,038 (largement inférieur au plafond de 0,08).
Les saturations factorielles standardisées (λ) pour les items de chaque sous-échelle s’échelonnaient de 0,64 à 0,87. Les corrélations entre les quatre facteurs latents variaient entre 0,28 (corrélation modérée entre éducation et divertissement) et 0,58 (corrélation plus forte entre esthétique et évasion), confirmant que si les quatre royaumes d’expérience partagent un substrat expérientiel commun, ils n’en demeurent pas moins des entités psychométriques distinctes.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’instrument : Échelle psychométrique d’auto-évaluation (questionnaire structuré d’évaluation post-expérience).
- Nombre total d’items : 16 items dans sa version standardisée de référence (4 items par sous-échelle). Des déclinaisons courtes à 12 items ou étendues à 20 items existent dans certains contextes sectoriels spécifiques.
- Format de réponse : Échelle de Likert à 7 points (1 = Fortement en désaccord / Strongly disagree, 2 = En désaccord, 3 = Plutôt en désaccord, 4 = Neutre / Ni en accord ni en désaccord, 5 = Plutôt d’accord, 6 = D’accord, 7 = Fortement d’accord / Strongly agree).
- Structure des sous-échelles :
- Sous-échelle 1 : Expérience éducative (4 items)
- Sous-échelle 2 : Expérience d’évasion (4 items)
- Sous-échelle 3 : Expérience de divertissement (4 items)
- Sous-échelle 4 : Expérience esthétique (4 items)
- Procédure de cotation :
- Aucun item n’est formulé sous forme inversée (tous les items sont cotés positivement de 1 à 7).
- Le score moyen de chaque sous-échelle s’obtient en calculant la moyenne arithmétique des 4 items correspondants (score oscillant entre 1,0 et 7,0 pour chaque domaine).
- Un score global d’expérience totale peut être dérivé par la moyenne des 16 items, bien que l’analyse par profil dimensionnel soit fortement recommandée afin de conserver la granularité diagnostique des 4 royaumes de Pine et Gilmore.
- Temps d’administration : Environ 4 à 6 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 2007 (publication officielle dans le Journal of Travel Research).
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : L’article fondateur et les énoncés originaux sont la propriété conjointe des auteurs (Haemoon Oh, Ann Marie Fiore, Miyoung Jeoung) et de l’éditeur académique SAGE Publications. Le modèle théorique sous-jacent des 4 royaumes de l’expérience est protégé par copyright au bénéfice de B. Joseph Pine II et James H. Gilmore (Harvard Business School Press, 1999).
- Modalités d’utilisation et tarification :
- Utilisation non commerciale et académique : L’échelle peut être utilisée sans frais de licence par les enseignants-chercheurs, les doctorants et les étudiants universitaires à des fins de recherche pure, sous réserve expresse de citer de manière complète et appropriée la publication originale d’Oh et al. (2007).
- Utilisation commerciale et conseil : Les consultants, agences d’études de marché ou opérateurs touristiques souhaitant intégrer l’échelle dans des audits payants ou des plateformes commerciales propriétaires doivent s’assurer de l’obtention des droits auprès des ayants droit ou de l’éditeur SAGE via le Copyright Clearance Center (CCC).
12. Références / References
Les sources académiques suivantes constituent les fondements théoriques, psychométriques et empiriques de l’Échelle de l’économie de l’expérience :
- Csíkszentmihályi, M. (1990). Flow: The psychology of optimal experience. Harper & Row.
- Fornell, C., & Larcker, D. F. (1981). Evaluating structural equation models with unobservable variables and measurement error. Journal of Marketing Research, 18(1), 39–50. https://doi.org/10.1177/002224378101800104
- Holbrook, M. B., & Hirschman, E. C. (1982). The experiential aspects of consumption: Consumer fantasies, feelings, and fun. Journal of Consumer Research, 9(2), 132–140. https://doi.org/10.1086/208906
- Hosany, S., & Witham, M. (2010). Dimensions of cruisers’ experiences, satisfaction, and intention to recommend. Journal of Travel Research, 49(3), 351–364. https://doi.org/10.1177/0047287509346859
- Mehrabian, A., & Russell, J. A. (1974). An approach to environmental psychology. MIT Press.
- Mehmetoglu, M., & Engen, M. (2011). Pine and Gilmore’s concept of experience economy and its dimensions: An empirical testing in tourism. Journal of Quality Assurance in Hospitality & Tourism, 12(4), 237–255. https://doi.org/10.1080/1528008X.2011.541837
- Nunnally, J. C., & Bernstein, I. H. (1994). Psychometric theory (3e éd.). McGraw-Hill.
- Oh, H., Fiore, A. M., & Jeoung, M. (2007). Measuring experience economy concepts: Tourism applications. Journal of Travel Research, 46(2), 119–132. https://doi.org/10.1177/0047287507304039
- Parasuraman, A., Zeithaml, V. A., & Berry, L. L. (1988). SERVQUAL: A multiple-item scale for measuring consumer perceptions of service quality. Journal of Retailing, 64(1), 12–40.
- Pine, B. J., & Gilmore, J. H. (1998). Welcome to the experience economy. Harvard Business Review, 76(4), 97–105. https://hbr.org/1998/07/welcome-to-the-experience-economy
- Pine, B. J., & Gilmore, J. H. (1999). The experience economy: Work is theatre & every business a stage. Harvard Business School Press.
- Quadri-Felitti, D. L., & Fiore, A. M. (2012). Experience economy constructs as a framework for understanding wine tourism. Journal of Vacation Marketing, 18(1), 3–15. https://doi.org/10.1177/1356766711432222
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les items originaux de l’Échelle de l’économie de l’expérience pour le tourisme (Oh, Fiore & Jeoung, 2007) sont protégés par le droit d’auteur de l’éditeur académique (SAGE Publications) et des auteurs.
Les répondants indiquent leur degré d’accord avec chaque énoncé sur une échelle de Likert en 7 points (1 = Strongly Disagree / Fortement en désaccord à 7 = Strongly Agree / Fortement d’accord). Voici la formulation indicative des 16 items structurés selon leurs quatre dimensions canoniques, présentée dans son format textuel d’administration d’origine :
Educational Experience Dimension
- I learned a lot during this experience.
- It stimulated my curiosity to learn new things.
- It was a real learning experience for me.
- The experience made me more knowledgeable about the destination/activity.
Esthetic Experience Dimension
- The setting and surroundings were very attractive.
- I felt a real sense of harmony in the environment.
- It was pleasant just being there and taking in the ambiance.
- The overall atmosphere was visually and sensually appealing.
Entertainment Experience Dimension
- Watching or listening to the activities was very entertaining.
- The activities provided captivated my attention.
- It was fun and amusing to observe what was going on.
- The entertainment presented was of high quality.
Escapist Experience Dimension
- I felt like I was living in a completely different world.
- I completely forgot about my daily routine while there.
- The experience allowed me to escape from my normal self.
- I lost track of time while participating in the experience.
2 = Disagree
3 = Somewhat Disagree
4 = Neither Agree nor Disagree
5 = Somewhat Agree
6 = Agree
7 = Strongly Agree