1. Résumé / Abstract
L’Échelle de douleur antérieure du genou (connue internationalement sous l’appellation Anterior Knee Pain Scale [AKPS] ou Kujala Patellofemoral Score) constitue l’un des instruments de mesure auto-rapportés (Patient-Reported Outcome Measures ou PROMs) les plus reconnus et validés pour l’évaluation clinique et biomécanique des dysfonctions fémoro-patellaires, et plus spécifiquement du syndrome fémoro-patellaire (SFP) et de l’instabilité rotulienne. Développé initialement en 1993 par le chercheur et chirurgien orthopédiste finlandais Urho M. Kujala et ses collaborateurs, cet instrument a été élaboré pour pallier le manque d’outils sensibles aux limitations fonctionnelles spécifiques induites par les contraintes fémoro-patellaires en chaîne cinétique fermée.
Le questionnaire comporte treize items pondérés évaluant des symptômes subjectifs cardinaux (douleur, boiterie, instabilité fémoro-patellaire perçue, gonflements, amyotrophie quadricipitale, limitation de flexion) ainsi que l’incapacité fonctionnelle lors de sollicitations mécaniques précises : la marche, la montée et descente d’escaliers, l’accroupissement, la course à pied, le saut et la station assise prolongée genoux fléchis (le classique « signe du cinéma » ou theater sign). Chaque item dispose d’un système de cotation catégorielle asymétrique dont la somme produit un score total variant de 0 à 100 points, où une note de 100 reflète une absence totale d’incapacité et de douleur, et une note de 0 représente une invalidité fonctionnelle majeure.
Les propriétés psychométriques de l’AKPS ont été largement documentées à travers des cohortes internationales variées. L’instrument démontre une cohérence interne satisfaisante avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,82 et 0,91 selon les versions linguistiques. La fidélité test-retest s’avère remarquable, affichant des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) couramment compris entre 0,86 et 0,98. La validité de construit convergente est attestée par de fortes corrélations avec d’autres échelles orthopédiques de référence comme l’International Knee Documentation Committee (IKDC) Subjective Knee Form, le Knee Injury and Osteoarthritis Outcome Score (KOOS) et les dimensions physiques de l’échelle générique SF-36. Dotée d’une excellente réactivité clinique aux changements thérapeutiques (rééducation physique, kinésithérapie, pharmacothérapie, réalignement chirurgical), l’échelle de Kujala s’impose comme le standard de référence dans les essais cliniques randomisés et le suivi évaluatif ambulatoire en kinésithérapie, rhumatologie et médecine du sport.
2. Mots-clés / Keywords
Syndrome fémoro-patellaire, douleur antérieure du genou, score de Kujala, Anterior Knee Pain Scale, biomécanique articulaire, propriétés psychométriques, validité de construit, fidélité test-retest, kinésithérapie du sport, auto-questionnaire fonctionnel.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conçu à l’origine par une équipe pluridisciplinaire d’orthopédistes, de médecins du sport et de radiologues finlandais :
- Urho M. Kujala, MD, PhD : Faculté des sciences du sport et de la santé, Université de Jyväskylä, Finlande ; Département de médecine générale et d’orthopédie, Centre hospitalier universitaire d’Helsinki.
- Lars H. Jaakkola, MD : Unité de recherche en chirurgie orthopédique et traumatologique, Fondation pour la recherche sur le sport et l’exercice physique, Helsinki, Finlande.
- Seppo K. Koskinen, MD, PhD : Département de radiologie diagnostique, Hôpital central universitaire d’Helsinki, Finlande.
- Simo Taimela, MD, PhD : Unité de recherche en médecine du sport, Fondation pour la santé sportive, Helsinki, Finlande.
- Markku Hurme, MD, PhD : Département de chirurgie, Hôpital central universitaire de Turku, Finlande.
- Olli Nelimarkka, MD, PhD : Service d’orthopédie et de traumatologie, Hôpital central universitaire de Turku, Finlande.
L’adaptation transcuturelle néerlandaise citée en référence clinique a été dirigée par P. E. J. Ummels (2012) et ses collaborateurs au sein de réseaux académiques de physiothérapie musculosquelettique aux Pays-Bas.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Anterior Knee Pain Scale est d’offrir une quantification standardisée, rigoureuse et reproductible de l’altération fonctionnelle et de l’intensité douloureuse vécues par les personnes souffrant de désordres musculosquelettiques de l’articulation fémoro-patellaire. Le syndrome fémoro-patellaire représente l’un des motifs de consultation les plus fréquents en médecine de l’exercice et de l’appareil locomoteur, touchant de manière disproportionnée les adolescents, les jeunes adultes actifs, les coureurs de fond et les femmes. Malgré sa prévalence élevée, l’évaluation du SFP pose historiquement un défi clinique majeur en raison de la discordance fréquente entre les anomalies anatomiques visualisées à l’imagerie médicale (radiographie axiale, IRM de la trochlée fémorale) et l’intensité réelle des plaintes subjectives rapportées par le patient.
Dans cette perspective, l’AKPS a été conçue pour capturer la répercussion directe de la pathologie sur les activités fonctionnelles dépendantes d’un vecteur de force élevé exercé sur la facette rétro-patellaire. Le questionnaire quantifie spécifiquement l’influence du moment fléchisseur du genou sur l’augmentation des contraintes compressives fémoro-patellaires. En pratique clinique, l’outil assiste le clinicien (médecin de médecine physique, rhumatologue, kinésithérapeute, chirurgien orthopédiste) à plusieurs niveaux distincts :
- L’anamnèse structurée et l’évaluation initiale : identifier de façon différentielle le niveau de tolérance à la charge articulaire lors de mouvements spécifiques (marche plane contre montée/descente de marches, flexion prolongée passive contre flexion active en appui monopodal).
- La surveillance longitudinale de l’efficacité thérapeutique : mesurer l’impact des interventions conservatives (exercices de renforcement ciblé du vaste médial oblique, gainage du moyen fessier, thérapies manuelles, taping rotulien, orthèses de recentrage patellaire) ou chirurgicales (libération de l’aileron rotulien externe, ostéotomie de la tubérosité tibiale antérieure, reconstruction du ligament fémoro-patellaire médial).
- L’harmonisation de la recherche biomédicale : fournir un critère de jugement principal (primary outcome) validé et universellement comparable au sein des cohortes expérimentales testant de nouveaux protocoles thérapeutiques.
D’un point de vue de la pertinence clinique, l’échelle se démarque des outils globaux du genou (tels que le score de Lysholm ou le score de Tegner) qui avaient été initialement calibrés pour les lésions ligamentaires croisées ou les déchirures méniscales. Ces outils généraux se révélaient insensibles aux déficits spécifiques du compartiment antérieur. L’AKPS comble cette lacune en isolant précisément les charges axiales et de cisaillement qui exacerbent la souffrance du cartilage rétro-patellaire et du tissu sous-chondral richement innervé.
5. Construit psychologique / Construct
Bien que classifiée au sein des sciences médicales comme un indicateur fonctionnel locomoteur, l’Anterior Knee Pain Scale capture un construit multidimensionnel hybride articulant incapacité motrice physique et composantes perceptivo-sensorielles de la douleur. L’expérience douloureuse fémoro-patellaire ne peut être réduite à un simple phénomène nociceptif périphérique ; elle mobilise des mécanismes de kinésiophobie, de catastrophisme, d’hyperalgésie secondaire et de modulation centrale. L’instrument appréhende ce construit complexe à travers plusieurs dimensions interconnectées :
1. La réactivité algique fonctionnelle aux forces de réaction articulaires
Cette dimension s’attache à évaluer le point de bascule où la charge mécanique déclenche une perception de nociception intolérable. Les tâches explorées par l’échelle ne sont pas choisies au hasard : elles correspondent à des degrés croissants de flexion du genou corrélés à des augmentations exponentielles des forces de réaction de l’articulation fémoro-patellaire (Patellofemoral Joint Reaction Forces [PFJRF]). Par exemple, la descente d’escaliers génère des contraintes de l’ordre de 3 à 4 fois le poids du corps, tandis que l’accroupissement profond peut induire des forces atteignant 7 à 8 fois le poids du corps. L’échelle évalue si le patient présente une abolition complète de l’activité, une altération modérée ou une exécution sans douleur, matérialisant ainsi le spectre du seuil de tolérance tissulaire.
2. Les symptômes posturaux et le phénomène de stagnation mécanique
L’un des items caractéristiques mesure l’incapacité à maintenir la flexion passive prolongée (« signe du cinéma »). Sur le plan neurophysiologique et biomécanique, ce symptôme illustre l’hyperpression continue des facettes rotuliennes contre le sillon trochléaire sans le bénéfice lubrifiant du pompage synovial induit par le mouvement alterné. Cette stase provoque une ischémie relative sous-chondrale et une stimulation des mécanorécepteurs et nocicepteurs péripétellaires. L’échelle pondère cette dimension en évaluant le délai temporel d’apparition de la gêne et la nécessité d’étendre la jambe de manière compensatoire.
3. L’appréhension, le dérobement et la stabilité articulaire perçue
Les dysfonctions fémoro-patellaires oscillent fréquemment entre douleur pure et micro-instabilité rotulienne. L’AKPS explore le sentiment de faiblesse motrice subite (giving way ou dérobement), les subluxations patellaires récurrentes et les sensations d’accrochage articulaire. Ces manifestations physiques génèrent chez le patient un état d’alerte cognitive permanent, conduisant à des stratégies motrices compensatoires d’évitement, à une réduction de la phase d’oscillation lors de la marche et à une inhibition motrice arthrogénique du quadriceps.
4. Les altérations tissulaires et trophiques structurales rapportées
L’instrument intègre l’auto-évaluation du volume de l’épanchement synovial (hydarthrose / gonflement) et de la trophicité musculaire (amyotrophie quadricipitale visible ou mesurable de la cuisse). Ces aspects témoignent de la chronicité du processus pathologique : l’inflammation synoviale récurrente inhibe par voie réflexe l’activation neuronale du vaste médial, entraînant une amyotrophie rapide qui pérennise le mauvais alignement rotulien.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’Anterior Knee Pain Scale s’enracine principalement dans le modèle biomécanique articulaire combiné au modèle biopsychosocial de la santé, conceptualisé par George L. Engel et adapté aux dysfonctions musculosquelettiques par Gordon Waddell. Plus spécifiquement, sur le plan de la physiopathologie orthopédique, l’échelle repose sur la théorie de l’homéostasie tissulaire articulaire (Tissue Homeostasis Theory) formulée par le chirurgien orthopédiste américain Scott F. Dye.
La théorie de la perte d’homéostasie tissulaire de Scott Dye
Dye postule que l’articulation fémoro-patellaire possède une « enveloppe de fonction » (envelope of function), définie comme la zone d’activité physique et de contraintes biomécaniques physiologiques à l’intérieur de laquelle les tissus maintiennent leur homéostasie métabolique et structurale sans subir de dégradation ni manifester de signal nociceptif. Lorsque des contraintes mécaniques dépassent cette enveloppe (par surcharge volumique, anomalie géométrique trochléenne ou déficit neuromusculaire), les tissus mous péripétellaires, la synovie et l’os sous-chondral entrent dans un état de « perte d’homéostasie tissulaire ». Cet état se traduit par une cascade métabolique inflammatoire locale, une hyperthermie cutanée, une hyperpression intra-osseuse et une stimulation des fibres nerveuses amyéliniques de type C et myélinisées de type A-delta. L’échelle de Kujala opérationnalise directement cette théorie : ses items graduent les tâches selon leur niveau de charge compressive pour situer avec exactitude où s’arrête l’enveloppe fonctionnelle du sujet.
Le modèle d’inhibition motrice arthrogénique et d’apprentissage moteur compensatoire
Sur le versant neuromusculaire, le cadre théorique mobilise les travaux sur l’inhibition musculaire arthrogénique (AMI). L’épanchement et l’activation des nocicepteurs articulaires provoquent une inhibition présynaptique réflexe des motoneurones alpha innervant le quadriceps, empêchant sa contraction complète volontaire. Ce phénomène explique pourquoi la douleur entraîne une atrophie rapide et une boiterie fonctionnelle, deux composantes centrales quantifiées dans les items de l’AKPS. Le patient développe un schéma moteur altéré en réponse à l’expérience sensorielle de la douleur.
L’intégration de la Classification Internationale du Fonctionnement (CIF)
Dans la perspective de la Classification Internationale du Fonctionnement, du Handicap et de la Santé (CIF) de l’OMS, l’AKPS établit une passerelle empirique entre :
- Les déficiences des structures et fonctions anatomiques (b280 : sensations de douleur ; s75002 : articulation du genou ; b730 : fonctions de la force musculaire).
- Les limitations d’activités (d450 : marcher ; d4551 : grimper / monter les escaliers ; d4101 : s’accroupir).
- Les restrictions de participation (d920 : loisirs, activités sportives et professionnelles).
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’AKPS a fait l’objet de dizaines d’investigations approfondies à travers le monde, validant son emploi dans de multiples langues (anglais, néerlandais, espagnol, turc, persan, portugais, chinois, français). L’ensemble des études méthodologiques s’accorde sur la robustesse de ses indices de validité.
Validité de contenu et d’apparence
La validité de contenu a été initialement établie par Kujala et al. (1993) en consultant un collège d’experts en chirurgie orthopédique et en analysant minutieusement les symptômes récurrents décrits par les patients admis pour suspicion de lésions cartilagineuses fémoro-patellaires ou de subluxation récidivante. L’analyse cognitive de la compréhension des items confirme que le vocabulaire utilisé est accessible aux adolescents comme aux adultes âgés, sans ambiguïté sémantique quant à la localisation fémoro-patellaire des symptômes.
Validité de construit convergente
La validité convergente est généralement éprouvée en corrélant l’AKPS avec des instruments mesurant des construits analogues :
- Corrélation avec l’IKDC Subjective Form : les études rapportent des coefficients de corrélation de Pearson ou de Spearman systématiquement élevés, oscillant entre r = 0,76 et r = 0,86 (Crossley et al., 2004), confirmant une forte proximité conceptuelle concernant la symptomatologie globale du genou.
- Corrélation avec le KOOS : les corrélations les plus fortes sont observées avec les sous-échelles « Douleur » (r = 0,72 à 0,84) et « Activités de la vie quotidienne / Sport » (r = 0,70 à 0,81), tandis que les dimensions plus éloignées comme « Qualité de vie globale » affichent des corrélations modérées (r = 0,55 à 0,65), attestant une excellente cohérence théorique.
- Corrélation avec l’Échelle Visuelle Analogique (EVA) de douleur : lors d’activités spécifiques comme la descente de marches ou l’accroupissement, les corrélations négatives entre l’EVA et le score AKPS se situent typiquement entre r = -0,62 et r = -0,79 (une intensité douloureuse accrue correspondant logiquement à une diminution du score Kujala).
- Corrélation avec le SF-36 : le score AKPS corrèle significativement avec la composante physique résumée (Physical Component Summary, r = 0,60 à 0,70), alors qu’il n’affiche qu’une corrélation très faible à nulle avec la composante mentale (Mental Component Summary, r = 0,15 à 0,28), garantissant une validité discriminante exemplaire.
Validité prédictive et sensibilité au changement (Réactivité)
L’AKPS présente une remarquable réactivité clinique (responsiveness). Les grandeurs d’effet calculées après une prise en charge kinésithérapique de 6 à 12 semaines révèlent des tailles d’effet (effect size de Cohen) et des indices de réponse standardisés (Standardized Response Mean [SRM]) supérieurs à 1,10, classés comme très larges. Le changement minimal détectable (Minimal Detectable Change [MDC]) à un niveau de confiance de 95 % est documenté entre 8,3 et 10,0 points. La différence minimale cliniquement importante (Minimal Clinically Important Difference [MCID]) a été rigoureusement déterminée par Crossley et al. (2004) à environ 8 à 10 points (ou une modification de 10 % du score total), fournissant aux praticiens un seuil décisionnel objectif pour décréter l’efficacité d’un traitement.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés métrologiques de fidélité et de précision de mesure de l’AKPS ont été confirmées selon les standards méthodologiques internationaux de l’initiative COSMIN (COnsensus-based Standards for the selection of health Measurement INstruments).
Cohérence interne
La cohérence interne reflète le degré d’homogénéité avec lequel les items concourent à la mesure du même phénomène sous-jacent. Dans l’étude princeps de Kujala et al. (1993) ainsi que dans les travaux ultérieurs de validation transcuturelle :
- Le coefficient alpha de Cronbach global s’établit généralement entre 0,82 et 0,91. Ummels et al. (2012) ont rapporté un alpha de 0,86 pour la version néerlandaise, tandis que Watson et al. (2005) ont obtenu un alpha de 0,83 pour la cohorte anglo-saxonne.
- Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent de 0,42 à 0,78, démontrant qu’aucun item n’est redondant ni discordant par rapport à l’ensemble du questionnaire. La suppression isolée d’un item n’accroît jamais le coefficient alpha global de manière significative.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
La fidélité test-retest évalue la stabilité des scores obtenus chez des patients dont l’état clinique demeure stationnaire sur des intervalles de temps variant de 48 heures à 2 semaines :
- Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) pour le score total est systématiquement rapporté au-delà de 0,85, s’élevant souvent à des niveaux exceptionnels de 0,92 à 0,98 dans les protocoles standardisés (Crossley et al., 2004 ; Piva et al., 2009).
- L’erreur standard de mesure (Standard Error of Measurement [SEM]), qui quantifie le bruit de mesure inhérent à l’outil, est comprise entre 2,5 et 3,8 points sur l’échelle de 100 points, traduisant une précision métrique élevée pour le suivi individuel d’un sujet en pratique de cabinet.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de l’échelle de Kujala a fait l’objet de débats stimulants au sein de la littérature psychométrique contemporaine, opposant les partisans d’une lecture strictement unidimensionnelle aux défenseurs d’un modèle bifactoriel.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Historiquement, l’AKPS a été conçue comme une mesure globale unidimensionnelle de l’atteinte fémoro-patellaire. Toutefois, lorsqu’une extraction par axes principaux ou en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) ou oblique (Promax) est appliquée sur des échantillons de patients atteints de SFP, l’analyse des valeurs propres (règle de Kaiser-Guttman, eigenvalues > 1) et l’examen du diagramme d’éboulis de Cattell mettent régulièrement en évidence deux facteurs principaux expliquant entre 52 % et 64 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Limitation des activités en charge dynamique / Flexion lourde (explique environ 38 % à 45 % de la variance). Ce facteur regroupe les items sollicitant fortement la contraction excentrique et les contraintes trochléennes : la montée et descente d’escaliers (saturations > 0,75), l’accroupissement (> 0,80), la course à pied (> 0,70) et le saut (> 0,68).
- Facteur 2 : Symptomatologie mécanique de repos et instabilité intrinsèque (explique environ 12 % à 18 % de la variance). Ce facteur réunit la station assise prolongée genoux pliés, les accrochages/déboîtements, la boiterie, le gonflement et l’amyotrophie quadricipitale, avec des saturations factorielles comprises entre 0,55 et 0,72.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les investigations psychométriques modernes utilisant la modélisation par équations structurelles ont soumis les données à des AFC pour comparer la pertinence d’un modèle unidimensionnel pur vis-à-vis d’un modèle bifactoriel ou de second ordre :
- Dans le modèle unidimensionnel original, les indices d’ajustement s’avèrent acceptables mais parfois limites selon les critères stricts de Hu et Bentler : le Comparative Fit Index (CFI) oscille entre 0,89 et 0,93, le Tucker-Lewis Index (TLI) autour de 0,88, et le Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) se situe entre 0,07 et 0,09.
- L’adjonction de covariances d’erreurs d’ajustement entre des items fonctionnellement très proches (par exemple entre « course » et « saut », ou entre « gonflement » et « mouvements douloureux anormaux de la rotule ») permet d’optimiser le modèle, hissant le CFI au-delà de 0,95 et réduisant le RMSEA sous le seuil d’adéquation de 0,05.
- Des analyses récentes basées sur la théorie de réponse aux items (Item Response Theory [IRT] / modèle de Rasch) confirment que malgré cette légère bidimensionnalité de surface, l’instrument répond favorablement au critère de « quasi-unidimensionnalité » essentielle, légitimant pleinement le calcul d’un score sommatif unique de 0 à 100 dans la pratique clinique quotidienne.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de mesure présente des spécificités de structure et d’administration clairement définies :
- Type d’évaluation : Questionnaire auto-rapporté (PROM – Patient-Reported Outcome Measure), rempli de façon autonome par le patient ou sous forme d’hétéro-évaluation guidée par le kinésithérapeute/médecin lors du bilan initial.
- Population cible : Sujets adolescents, adultes et personnes âgées présentant des douleurs antérieures du genou, un syndrome fémoro-patellaire idiopathique, une chondromalacie rotulienne, une subluxation récidivante ou ayant subi une intervention chirurgicale de l’appareil extenseur.
- Format du questionnaire : Document papier ou interface numérique informatisée comprenant exactement 13 items à choix multiples.
- Structure des items et pondération : Les items ne possèdent pas un nombre uniforme de modalités de réponse ni un barème identique ; il s’agit d’un score à pondération différentielle :
- Sept items sont cotés de 0 à 10 points : Boiterie (10, 5, 0), Marche (10, 5, 0), Escaliers (10, 8, 5, 0), Accroupissement (10, 8, 6, 0), Course (10, 8, 6, 3, 0), Saut (10, 7, 2, 0), et Douleur (10, 8, 6, 3, 0).
- Six items sont cotés de 0 à 5 points : Appui/Soutien (5, 3, 2, 0), Station assise prolongée genoux pliés (5, 4, 2, 0), Gonflement (5, 3, 2, 0), Déboîtements/mouvements rotuliens anormaux (5, 3, 2, 0), Atrophie de la cuisse (5, 3, 0), et Déficit de flexion (5, 3, 1, 0).
- Mode de calcul et cotation : Le score global est obtenu par la somme arithmétique simple des scores de chacun des 13 items :
$$\text{Score AKPS} = \sum_{i=1}^{13} \text{Item}_i$$
Le score total est borné entre 0 et 100 points. - Interprétation clinique des scores :
- 100 points : Fonction fémoro-patellaire parfaite, absence totale de douleur, reprise sans restriction de l’activité sportive intense.
- 90 à 99 points : Atteinte minime ou résiduelle, excellent statut fonctionnel.
- 80 à 89 points : Incapacité légère à modérée, limitation lors des efforts soutenus.
- Inférieur à 80 points : Incapacité fonctionnelle significative requérant un aménagement thérapeutique ciblé.
- Inférieur à 60 points : Altération sévère de la fonction locomotrice avec retentissement majeur sur les gestes de la vie quotidienne.
- Temps de passation : Approximativement 3 à 5 minutes pour le remplissage par le patient, et moins d’une minute pour la cotation par le praticien.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1993 (publication originale dans la revue internationale Arthroscopy: The Journal of Arthroscopic & Related Surgery).
- Adaptation néerlandaise : 2012 (Ummels et al.).
- Statut du droit d’auteur et propriété intellectuelle : Le score de Kujala appartient au domaine académique médical classique. Les auteurs originaux (Kujala et al.) ont mis l’échelle à disposition de la communauté médicale et scientifique internationale dans le but de promouvoir l’évaluation rigoureuse des pathologies fémoro-patellaires.
- Tarifs d’utilisation : L’accès à l’instrument est entièrement gratuit (libre de redevance / royalty-free) pour un usage clinique courant en cabinet de kinésithérapie, en milieu hospitalier public ou privé, ainsi que dans le cadre de la recherche académique non commerciale.
- Conditions de reproduction et d’usage commercial : Aucune licence payante n’est exigée pour les cliniciens individuels. Toutefois, l’intégration du questionnaire dans des logiciels commerciaux propriétaires fermés, des plateformes payantes d’e-santé ou des essais cliniques parrainés par des laboratoires pharmaceutiques avec des objectifs lucratifs peut nécessiter l’accord formel de l’éditeur scientifique originel détenant les droits de publication de l’article de 1993 (Elsevier) ou des auteurs principaux. La citation systématique de la publication source est obligatoire dans tout rapport ou communication scientifique.
12. Références / References
Les références ci-dessous constituent le corpus fondamental validant les propriétés biomécaniques, cliniques et psychométriques de l’instrument :
- Crossley, K. M., Bennell, K. L., Cowan, S. M., & Green, S. (2004). Analysis of outcome measures for persons with patellofemoral pain. Medicine & Science in Sports & Exercise, 36(5), 851–859. https://doi.org/10.1249/01.mss.0000126393.18151.7f
- Dye, S. F. (2005). The pathophysiology of patellofemoral pain: A tissue homeostasis perspective. Clinical Orthopaedics and Related Research, 436, 100–110. https://doi.org/10.1097/01.blo.0000172303.74414.7d
- Kujala, U. M., Jaakkola, L. H., Koskinen, S. K., Taimela, S., Hurme, M., & Nelimarkka, O. (1993). Scoring of patellofemoral disorders. Arthroscopy: The Journal of Arthroscopic & Related Surgery, 9(2), 159–163. https://doi.org/10.1016/s0749-8063(05)80366-4
- Piva, S. R., Gil, A. B., Almeida, G. J., DiGioia, A. M., Mescher, M., & Fitzgerald, G. K. (2009). Responsiveness and minimal clinically important difference for NPQ, WOMAC, and Kujala scores in patients with patellofemoral pain. Physical Therapy, 89(9), 918–930. https://doi.org/10.2522/ptj.20080345
- Ummels, P. E. J., Lenssen, A. F., Barendrecht, M., & Bie, R. A. de. (2012). Reliability and validity of the Dutch Anterior Knee Pain Scale in patients with patellofemoral pain syndrome. Nederlands Tijdschrift voor Fysiotherapie, 122(3), 114–120.
- Watson, C. J., Propps, M., Ratner, J., Zeigler, D. L., Horton, P., & Smith, S. S. (2005). Reliability and responsiveness of the lower extremity functional scale and the anterior knee pain scale in patients with anterior knee pain. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 35(3), 136–146. https://doi.org/10.2519/jospt.2005.35.3.136
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Veuillez cocher pour chacune des 13 rubriques suivantes la proposition qui décrit le plus fidèlement l’état de votre genou au cours des dernières semaines :
1. Boiterie (Limp)
- [ 10 ] Aucune boiterie
- [ 5 ] Boiterie périodique ou légère
- [ 0 ] Boiterie constante et sévère
2. Appui / Soutien (Support)
- [ 5 ] Plein appui sans aide de marche
- [ 3 ] Canne ou béquille nécessaire par moments
- [ 2 ] Appui impossible sans aide constante
- [ 0 ] Mise en charge impossible
3. Montée et descente des escaliers (Stairs)
- [ 10 ] Aucune difficulté
- [ 8 ] Douleur légère à la descente
- [ 5 ] Douleur à la montée et à la descente
- [ 0 ] Incapable d’utiliser les escaliers
4. Accroupissement (Squatting)
- [ 10 ] Aucune difficulté
- [ 8 ] Douleur lors d’un accroupissement répété ou prolongé
- [ 6 ] Douleur dès le premier accroupissement
- [ 0 ] Accroupissement impossible
5. Course à pied (Running)
- [ 10 ] Aucune difficulté
- [ 8 ] Douleur uniquement après une longue distance
- [ 6 ] Douleur légère dès le début de la course
- [ 3 ] Douleur intense obligeant à arrêter
- [ 0 ] Course impossible
6. Saut (Jumping)
- [ 10 ] Aucune difficulté
- [ 7 ] Légère difficulté ou appréhension
- [ 2 ] Douleur importante lors des réceptions
- [ 0 ] Saut impossible
7. Station assise prolongée genoux fléchis (Prolonged sitting with knees bent)
- [ 5 ] Aucune difficulté
- [ 4 ] Douleur survenant seulement après une position assise prolongée (> 1 heure)
- [ 2 ] Douleur obligeant à étendre les jambes fréquemment
- [ 0 ] Incapable de rester assis les genoux pliés
8. Douleur (Pain)
- [ 10 ] Aucune douleur
- [ 8 ] Douleur occasionnelle et légère lors d’efforts inhabituels
- [ 6 ] Douleur modérée perturbant les activités physiques quotidiennes
- [ 3 ] Douleur quasi permanente et marquée
- [ 0 ] Douleur constante, insupportable, même au repos
9. Gonflement / Hydarthrose (Swelling)
- [ 5 ] Aucun gonflement
- [ 3 ] Gonflement uniquement après un effort physique intense
- [ 2 ] Gonflement quotidien en fin de journée
- [ 0 ] Gonflement permanent du genou
10. Mouvements rotuliens anormaux / Déboîtements (Abnormal painful kneecap movements)
- [ 5 ] Aucun sentiment de déboîtement ou d’instabilité
- [ 3 ] Épisodes occasionnels d’accrochage ou de subluxation lors du sport
- [ 2 ] Subluxations ou instabilités récurrentes dans les activités de la vie courante
- [ 0 ] Au moins une luxation complète de la rotule (luxation patellaire vraie)
11. Atrophie de la cuisse (Thigh atrophy)
- [ 5 ] Aucune différence d’épaisseur ou de force entre les deux cuisses
- [ 3 ] Légère fonte musculaire visible ou ressentie au niveau de la cuisse touchée
- [ 0 ] Atrophie sévère et nette de la cuisse
12. Déficit de flexion (Flexion deficiency)
- [ 5 ] Flexion complète normale (le talon peut toucher la fesse sans gêne)
- [ 3 ] Légère limitation de l’angle de flexion maximale
- [ 1 ] Limitation importante de la flexion
- [ 0 ] Flexion très fortement restreinte
13. Marche (Walking)
- [ 10 ] Aucune restriction, périmètre de marche illimité
- [ 5 ] Douleur survenant après une marche de plus de 2 kilomètres
- [ 0 ] Incapable de marcher plus de 500 mètres sans douleur bloquante