Échelle de dogmatisme équilibrée

Découvrez l’Échelle de dogmatisme équilibrée (BD Scale Mark II) de John J. Ray : structure psychométrique à 40 items, contrôle du biais d’acquiescement, validité, fidélité et grille de cotation complète.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 1, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 1, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Échelle de dogmatisme équilibrée (Balanced Dogmatism Scale ou BD Scale), dans sa version Mark II développée par le psychologue australien John Joseph Ray en 1970 et affinée en 1974, constitue une avancée méthodologique et psychométrique majeure dans l’évaluation de la rigidité cognitive, du fonctionnement des systèmes de croyances et du dogmatisme général. Conçue initialement pour surmonter les limitations psychométriques fondamentales de l’échelle originale de dogmatisme (D-scale) de Milton Rokeach (1960) — en particulier la sensibilité extrême au biais d’acquiescement (la tendance systématique des répondants à approuver les énoncés indépendamment de leur contenu) —, l’échelle BD Mark II propose une structure équilibrée rigoureuse.

L’instrument se compose de 40 items auto-rapportés, divisés de manière strictement symétrique : 20 items formulés de manière négative (inversés, mesurant l’ouverture d’esprit, le relativisme épistémique et la flexibilité cognitive) et 20 items formulés de manière positive (mesurant la certitude absolue, l’intolérance envers les opinions divergentes et l’adhésion inconditionnelle à des causes unilatérales). Les réponses sont recueillies sur une échelle de type Likert en 5 points, allant de « Fortement en accord » (Strongly agree) à « Fortement en désaccord » (Strongly disagree). Du point de vue des propriétés métrologiques, l’échelle BD démontre une consistance interne satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,71 et 0,85 selon les échantillons généraux ou étudiants, et une fidélité test-retest stable. Sa structure factorielle a permis de mettre en évidence l’élimination quasi totale de la variance résiduelle attribuable au style de réponse acquiescent, faisant de cette échelle un outil de référence en psychologie sociale, en psychologie politique et dans l’étude des idéologies extrêmes.

2. Mots-clés / Keywords

dogmatisme, échelle de dogmatisme équilibrée, biais d’acquiescement, Milton Rokeach, John J. Ray, psychométrie, structure cognitive, esprit fermé, flexibilité cognitive, autoritarisme, échelle de Likert, fidélité psychométrique, validité de construit, idéologie politique

3. Auteurs / Authors

L’Échelle de dogmatisme équilibrée a été conceptualisée, construite et validée par le professeur John Joseph Ray (Ph.D.), psychologue social et méthodologue australien rattaché durant sa carrière académique à l’École de sociologie de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (University of New South Wales, Sydney, Australie). Spécialiste reconnu de la métrologie des attitudes politiques et des traits de personnalité sociopolitiques, J.J. Ray a consacré une part prépondérante de ses travaux théoriques et empiriques à la déconstruction des biais méthodologiques inhérents aux échelles classiques d’attitude, telles que l’échelle F d’Adorno et al. (1950) et l’échelle D de Rokeach (1960).

Par le biais de publications séminales dans des revues internationales telles que l’Australian Journal of Psychology, le British Journal of Social and Clinical Psychology et le Journal of Social Psychology, Ray a mis en place des variantes équilibrées (dites « balanced scales ») destinées à isoler le contenu notionnel réel des artefacts stylistiques d’acquiescement. Ses données empiriques et ses archives de recherche restent accessibles à la communauté scientifique via ses répertoires institutionnels et ses publications monographiques.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Échelle de dogmatisme équilibrée (BD Scale) est de fournir une mesure psychométriquement valide et non biaisée du dogmatisme en tant que structure cognitive générale. Lorsque Milton Rokeach a introduit le concept de dogmatisme en 1960, son ambition était de dépasser les critiques adressées à l’échelle d’autoritarisme (Échelle F) d’Adorno et de ses collaborateurs. En effet, l’échelle F était accusée de mesurer quasi exclusivement l’autoritarisme de droite (fascisme potentiel). Rokeach entendait mesurer la fermeture d’esprit (« closed-mindedness ») et la rigidité structurelle de la pensée, quelle que soit la couleur idéologique de l’individu, qu’elle soit de gauche, de droite, religieuse, athée ou apolitique.

Cependant, l’échelle originale de Rokeach souffrait d’un défaut rédhibitoire de construction psychométrique : ses 40 ou 66 items étaient tous formulés dans le même sens, c’est-à-dire qu’une réponse d’accord indiquait systématiquement une attitude dogmatique. De ce fait, des chercheurs tels que Peabody (1966) ont démontré que les scores élevés à l’échelle de Rokeach pouvaient simplement refléter une propension stylistique à être d’accord avec n’importe quelle proposition affirmative affirmée avec aplomb (le « yea-saying » ou acquiescement), plutôt qu’un fonctionnement dogmatique réel. L’objectif spécifique poursuivi par J.J. Ray dans la conception de l’échelle BD (et en particulier la version Mark II) a donc été d’élaborer une échelle où exactement 50 % des énoncés reflètent une posture anti-dogmatique, non conformiste ou épistémiquement flexible, neutralisant ainsi mathématiquement l’effet du biais d’acquiescement sur le score total.

Dans les contextes de recherche contemporains, l’échelle vise à évaluer dans quelle mesure un sujet appréhende le monde selon une logique binaire rigide, sacralise des vérités absolues ou intouchables, rejette systématiquement les compromis politiques ou interpersonnels, et refuse d’intégrer des informations contredisant son système d’attitudes préexistant. Sur le plan pratique et appliqué, cet instrument trouve une utilité remarquable :

  • En psychologie politique : pour étudier la polarisation idéologique, la propension à l’extrémisme partisan, l’intolérance civique et l’incapacité au dialogue démocratique pluraliste sans confondre cette rigidité avec un simple biais de réponse verbale.
  • En sociologie des religions et des croyances : pour analyser le fondamentalisme, le sectarisme et l’adhésion inconditionnelle à des doctrines spirituelles hermétiques face aux visions du monde séculières ou relativistes.
  • En psychologie clinique et cognitive : pour investiguer les corrélats de la rigidité mentale, de l’intolérance à l’ambiguïté et de la résistance au changement dans le cadre de thérapies cognitives et comportementales, où des schémas de pensée absolutistes du type « tout ou rien » entravent l’adaptation psychosociale.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par l’Échelle de dogmatisme équilibrée repose sur la définition du dogmatisme en tant qu’organisation cognitive fermée des croyances et incroyances relatives à la réalité. Contrairement au contenu spécifique d’une croyance (ce que croit une personne), le dogmatisme renvoie à la structure formelle et au mode d’articulation de la pensée (comment la personne traite, intègre ou rejette les idées nouvelles). L’échelle capture plusieurs dimensions ou facettes phénoménologiques interconnectées :

5.1. L’absolutisme épistémique vs le faillibilisme

Cette dimension oppose la conviction inébranlable qu’il existe une Vérité unique, objective et définitive à laquelle l’individu a accès, à la reconnaissance de la nature provisoire, nuancée et perspectiviste de la connaissance humaine. Les items dogmatiques de cette facette expriment l’idée que pour chaque problème, il n’existe qu’une seule et unique réponse valide une fois les faits établis (item 40), ou qu’une seule philosophie parmi toutes celles du monde est véridique (item 33). À l’inverse, le pôle équilibré inversé valorise l’existence de multiples facettes à la vérité, la remise en question permanente des dogmes établis et l’idée philosophique qu’aucune doctrine ne détient le monopole de l’exactitude absolue (items 4, 10, 16, 19).

5.2. L’intolérance à l’altérité idéologique et le refus du compromis

Le dogmatisme se manifeste par une imperméabilité aux perspectives divergentes et une tendance à percevoir les désaccords d’opinion comme des menaces vitales ou des trahisons morales. Au niveau positif, l’échelle évalue le rejet du compromis avec les adversaires politiques (considéré comme une trahison, item 35) ou les croyants d’autres confessions religieuses (item 36), ainsi que l’agacement profond ressenti envers les orateurs ou enseignants qui refusent les certitudes catégoriques (item 39). Les énoncés inversés mesurent la tolérance civique, la défense farouche de la liberté d’expression même pour les opposants (item 1) et l’appréciation du désaccord intra-groupe comme un signe de vitalité démocratique (item 3).

5.3. Le sentiment d’aliénation existentielle et l’eschatologie déterministe

Dans la lignée des formulations de Rokeach intégrées par Ray, le dogmatisme s’accompagne d’une vision anxiogène, sombre et solitaire de l’existence humaine. Le monde y est dépeint comme un lieu fondamentalement hostile et désertique (item 22), l’être humain isolé comme une créature impuissante et misérable (item 21), et les pairs comme des êtres indifférents ou malveillants (item 23). Pour compenser ce sentiment profond d’impuissance et d’angoisse face à l’avenir (item 25), l’individu dogmatique éprouve un besoin irrépressible de se subordonner à une cause grandiose extérieure ou à un leader transcendant (items 31, 32). Le versant d’ouverture cognitive, à l’opposé, affirme l’agentivité de l’homme (« l’homme est maître de son propre destin », items 2, 11), le droit de vivre dans le présent sans mission sacrificielle (items 5, 6, 7, 13) et la capacité d’éprouver du sens sans dévotion fanatique (items 14, 15).

5.4. Le manichéisme sociomoral

La dernière facette concerne la catégorisation binaire des individus selon leur alignement avec « la cause ». Les personnes dogmatiques manifestent du mépris envers ceux qui privilégient leur bien-être individuel ou personnel (items 26, 37) et perçoivent l’attaque publique des membres de leur propre camp comme le pire des crimes imaginables (item 38). Le pôle inverse reconnaît le bien-fondé de la quête légitime du bonheur individuel (items 17, 20) et adopte une posture bienveillante et compréhensive envers la nature humaine (item 12).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’assise conceptuelle de l’Échelle de dogmatisme équilibrée s’articule autour de la confrontation de deux paradigmes historiques majeurs de la psychologie de la personnalité et de la méthodologie quantitative : la théorie des systèmes de croyances ouverts et fermés de Milton Rokeach et la théorie du contrôle des styles de réponse introduite par les psychométristes critiques des années 1960 et 1970.

6.1. La théorie rokeachienne de l’esprit ouvert et fermé

Dans son ouvrage classique The Open and Closed Mind (1960), Milton Rokeach postulait que l’ensemble des croyances d’un individu forme un système hiérarchisé comprenant un système de croyance (les propositions acceptées comme vraies) et un système d’incroyance (la série de sous-systèmes rejetés comme faux). Selon Rokeach, le degré d’ouverture ou de fermeture d’un système se caractérise par trois propriétés fondamentales :

  • La structure cognitive des croyances et incroyances : plus un système est dogmatique, plus l’écart perçu entre la croyance acceptée et les croyances rejetées est massif, et plus les croyances contradictoires sont maintenues dans une étanchéité totale (isolation cognitive évitant la dissonance).
  • Le rôle de l’autorité : dans l’esprit dogmatique, la validité d’une information dépend entièrement de l’autorité émettrice plutôt que de la valeur intrinsèque de l’argument. L’autorité est perçue de manière absolue, idéalisée ou diabolisée.
  • L’orientation temporelle : l’esprit fermé vit dans un avenir eschatologique ou un passé mythifié, sacrifiant systématiquement les exigences du présent à la réalisation future d’un idéal utopique.

Toutefois, si Ray souscrit à cette caractérisation phénoménologique globale, il conteste vigoureusement la méthodologie employée par Rokeach pour l’opérationnaliser.

6.2. Le tournant métrologique de John J. Ray et le biais d’acquiescement

La théorie de la mesure de Ray s’inscrit en continuité directe avec les travaux de Couch et Keniston (1960) sur les « yeasayers » et les « naysayers », ainsi qu’avec les critiques formulées par Peabody (1966) sur les échelles d’autoritarisme. Ray soutient que lorsqu’une échelle psychologique ne comporte que des items orientés dans la même direction, il est rigoureusement impossible de distinguer la variance réelle du trait (la variance substantielle du dogmatisme) de la variance stylistique (la tendance passive à donner des réponses approbatives, souvent liée à un faible niveau d’instruction ou à un conformisme verbal superficiel).

En formulant des énoncés contradictoires rigoureusement symétriques en termes de complexité linguistique et de charge émotionnelle, Ray applique le principe d’équilibrage factoriel : la corrélation entre les items formulés positivement et les items inversés doit demeurer négative et statistiquement significative. Si la corrélation devenait positive ou nulle, cela prouverait que le questionnaire mesure un style de réponse plutôt qu’une attitude unifiée. L’échelle BD Mark II a ainsi été conçue pour constituer un instrument « purifié », où le score final reflète exclusivement l’équilibre cognitif du répondant face au pluralisme, à l’incertitude et à la relativité des représentations intellectuelles.

7. Validité / Validity

L’évaluation psychométrique de la validité de l’Échelle de dogmatisme équilibrée a fait l’objet de nombreuses études empiriques menées par Ray (1970, 1972, 1974) ainsi que par d’autres équipes de recherche indépendantes au cours des décennies suivantes.

7.1. Validité de construit et élimination du biais stylistique

La première preuve de validité de construit réside dans la corrélation observée entre les deux sous-ensembles de l’échelle BD : les 20 items positifs (pro-dogmatiques) et les 20 items négatifs (anti-dogmatiques ou d’ouverture). Dans l’étude originale de Ray (1970) menée auprès d’échantillons communautaires et universitaires à Sydney, la corrélation brute entre la demi-échelle positive et la demi-échelle négative inversée s’élève à r = -0,48 (et atteint plus de -0,70 après correction pour atténuation). Ce résultat réfute l’hypothèse selon laquelle les répondants répondraient au hasard ou selon un simple réflexe d’acquiescement, démontrant que l’échelle évalue un construit bipolaire cohérent.

7.2. Validité convergente

L’échelle BD présente des corrélations modérées à fortes avec d’autres échelles mesurant des construits psychologiques apparentés, sans pour autant s’y substituer :

  • Corrélation avec l’échelle de dogmatisme originale de Rokeach : les corrélations varient entre r = 0,55 et r = 0,68. La corrélation n’est pas parfaite précisément parce que l’échelle BD élimine la composante de variance parasite d’acquiescement présente dans l’instrument de Rokeach.
  • Corrélation avec les mesures d’autoritarisme (Échelle F équilibrée de Ray) : les coefficients observés se situent généralement autour de r = 0,40 à 0,52, confirmant le postulat théorique selon lequel l’autoritarisme comportemental et le dogmatisme cognitif partagent un tronc commun de rigidité tout en constituant des entités psychologiques distinctes.
  • Corrélation avec l’intolérance à l’ambiguïté : des relations positives significatives (r ≈ 0,35 à 0,45) sont systématiquement rapportées avec les instruments mesurant l’intolérance de Budner ou de Martin, les individus à score BD élevé manifestant un malaise accru face aux stimuli flous, équivoques ou contradictoires.

7.3. Validité discriminante et indépendance idéologique

L’un des succès majeurs de la validation de la BD Scale réside dans sa neutralité relative vis-à-vis du conservatisme politique au sens strict. Tandis que l’échelle F d’Adorno corrélait massivement avec le vote conservateur (en raison de la formulation orientée à droite de ses énoncés), l’échelle BD de Ray a démontré des corrélations faibles à nulles (r oscillant entre 0,08 et 0,22) avec les échelles de conservatisme économique et social de Wilson-Patterson. Ce constat empirique confirme la thèse de Rokeach et de Ray selon laquelle la fermeture cognitive est un mécanisme métathéorique pouvant se manifester tant chez les militants de gauche radicale que chez les conservateurs traditionnels ou les adeptes d’idéologies apolitiques.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’Échelle de dogmatisme équilibrée Mark II a été documentée sur divers échantillons comprenant des étudiants universitaires, des conscrits de l’armée australienne et des échantillons probabilistes issus de la population générale (Ray, 1970, 1974).

8.1. Consistance interne

La consistance interne globale de la version BD Mark II à 40 items est solide. Les études de calibration initiale menées par Ray rapportent des coefficients alpha de Cronbach compris entre 0,74 et 0,83 dans la population générale. Les deux demi-échelles de 20 items présentent des indices de consistance interne respectables lorsqu’elles sont examinées isolément :

  • Demi-échelle positive (items 21 à 40) : alpha variant de 0,72 à 0,79.
  • Demi-échelle négative inversée (items 1 à 20) : alpha variant de 0,69 à 0,77.

La corrélation fractionnée (split-half reliability) corrigée par la formule de Spearman-Brown dépasse régulièrement le seuil de 0,80, ce qui démontre une homogénéité satisfaisante du domaine de contenu exploré.

8.2. Stabilité temporelle (Test-Retest)

Les investigations portant sur la stabilité test-retest à moyen terme (intervalle de 4 à 8 semaines) auprès de cohortes d’étudiants ont révélé des coefficients de corrélation temporelle variant entre r = 0,78 et r = 0,85. Ces données confirment que le dogmatisme mesuré par l’échelle BD opère comme un trait de personnalité cognitif relativement stable dans le temps, plutôt que comme un état émotionnel transitoire ou fluctuant au gré des circonstances immédiates.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’exploration de la structure dimensionnelle de l’échelle BD au moyen de l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et, dans des études plus récentes, de l’analyse factorielle confirmatoire (AFC), a généré des enseignements théoriques cruciaux concernant les échelles psychologiques équilibrées.

9.1. L’émergence des facteurs de méthode vs facteur substantiel

Lorsqu’une extraction factorielle non contrainte (analyse en composantes principales avec rotation Varimax ou Oblimin) est appliquée aux 40 items de l’échelle, les résultats mettent généralement en évidence deux facteurs majeurs expliquant la majorité de la variance commune :

  • Facteur 1 : regroupe majoritairement les items inversés (items 1 à 20), saturant fortement sur des thématiques d’ouverture d’esprit, de tolérance à l’incertitude et de pluralisme d’opinion.
  • Facteur 2 : sature préférentiellement sur les items formulés positivement (items 21 à 40), mesurant l’adhésion inconditionnelle à une doctrine, le sentiment d’aliénation et le manichéisme sociopolitique.

Cette scission en deux composantes est un phénomène universellement observé en psychométrie lors de l’utilisation d’échelles équilibrées. Elle ne traduit pas l’existence de deux construits conceptuellement indépendants, mais représente un « effet de méthode lié à la polarité des énoncés » (wording effect). Lorsque les chercheurs procèdent à une analyse factorielle d’ordre supérieur ou modélisent un trait latent substantiel général assorti de deux facteurs de méthode orthogonaux (bifactor model), le facteur général de « Dogmatisme » émerge avec une clarté remarquable, expliquant plus de 60 % de la variance commune exploitable.

9.2. Saturations factorielles des items phares

Les items présentant les saturations factorielles les plus élevées sur le facteur général de rigidité/ouverture cognitive incluent :

  • L’item 33 (« De toutes les philosophies qui existent en ce monde, il n’y en a probablement qu’une seule qui soit correcte ») : saturation > 0,55.
  • L’item 40 (« Pour la plupart des questions, il n’y a qu’une seule bonne réponse une fois que l’on dispose de tous les faits ») : saturation > 0,52.
  • L’item 10 inversé (« Il n’y a jamais une seule bonne réponse à une question ») : saturation > -0,50.
  • L’item 16 inversé (« Toutes les philosophies ont une part de vérité et probablement aucune n’est totalement correcte ») : saturation > -0,58.

Ces données d’analyse factorielle démontrent que le cœur latent de l’instrument est bien constitué par le refus ou l’acceptation de la multiplicité des perspectives épistémologiques.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Échelle de dogmatisme équilibrée – Mark II est un questionnaire psychométrique standardisé auto-administré conçu pour les adultes et les adolescents à partir de 16 ans. Ses paramètres de passation et de cotation sont formalisés comme suit :

  • Format d’administration : Questionnaire papier-crayon ou passation informatisée en ligne.
  • Nombre total d’items : 40 énoncés déclaratifs rédigés en langage clair.
  • Composition structurelle :
    • Items 1 à 20 : énoncés formulés négativement (anti-dogmatiques / ouverture cognitive), à cotation inversée.
    • Items 21 à 40 : énoncés formulés positivement (pro-dogmatiques / fermeture cognitive), à cotation directe.
  • Échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 modalités graduées :
    • Strongly agree (Tout à fait d’accord)
    • Agree (D’accord)
    • Neither agree nor disagree (Ni en accord ni en désaccord / Neutre)
    • Disagree (En désaccord)
    • Strongly disagree (Tout à fait en désaccord)
  • Durée de passation : Environ 10 à 15 minutes en moyenne.
  • Procédure de cotation numérique :
    • Pour les items directs (items 21 à 40) : Strongly agree = 5, Agree = 4, Neither agree nor disagree = 3, Disagree = 2, Strongly disagree = 1.
    • Pour les items inversés (items 1 à 20) : Strongly agree = 1, Agree = 2, Neither agree nor disagree = 3, Disagree = 4, Strongly disagree = 5.
  • Calcul et interprétation du score global : Le score total est calculé par la sommation arithmétique des 40 items recodés. Le score s’étend de 40 à 200 points :
    • 40 à 80 points : Esprit particulièrement ouvert, tolérance marquée à l’ambiguïté, relativisme épistémique élevé et rejet marqué des dogmes catégoriques.
    • 81 à 120 points : Flexibilité cognitive modérée, équilibre pragmatique entre adhésion à des valeurs personnelles et réceptivité au compromis intellectuel.
    • 121 à 160 points : Tendance prononcée au dogmatisme, vision rigide et manichéenne des enjeux sociopolitiques ou moraux.
    • 161 à 200 points : Dogmatisme extrême, imperméabilité quasi totale aux contre-arguments, absolutisme doctrinal sévère.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement : 1970 (version originale par J.J. Ray dans l’Australian Journal of Psychology) ; révision Mark II en 1974.
  • Statut du droit d’auteur et permissions : John J. Ray a placé ses instruments d’évaluation des attitudes politiques et de la personnalité dans le domaine public académique. L’échelle peut être librement utilisée, traduite, reproduite et adaptée par les chercheurs universitaires, étudiants et praticiens à des fins scientifiques et pédagogiques sans demande d’autorisation formelle ni paiement de redevances.
  • Tarifs d’utilisation : Gratuit (aucun coût d’acquisition ou de licence commerciale pour un usage non commercial).
  • Conditions d’usage : Citation obligatoire de la source originale de publication (Ray, 1970 ou 1974) dans toute recherche, mémoire ou publication scientifique employant l’échelle.

12. Références / References

Les sources bibliographiques suivantes constituent les fondements théoriques et empiriques relatifs au développement et à la validation de l’Échelle de dogmatisme équilibrée :

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response format:

Strongly agree, Agree, Neither agree nor disagree, Disagree, Strongly disagree

Scoring note: The first 20 items are reverse scored.

  1. If we are going to have free speech we must defend the right to be heard of even those we disagree with.
  2. Man is master of his own fate and captain of his destiny.
  3. If people in one’s own group are always disagreeing among themselves that is probably a rather healthy sign.
  4. There is no such thing as « the Truth ».
  5. We must find happiness in the present because no one can predict what the future will be like.
  6. No one has a « mission in life » that he must accomplish no matter what.
  7. Eat, drink and be merry — for tomorrow we may die.
  8. The « one true faith » is a myth.
  9. The way to happiness is to get involved in the things going on about you.
  10. There is never one right answer for any question.
  11. Man has within himself the power to control his destiny.
  12. In general most people show consideration for others.
  13. It is not worth sacrificing your life to became a hero.
  14. It’s possible to really live without believing in any great cause.
  15. Life can be meaningful without devotion to ideals or causes.
  16. All of the philosophies which exist in this world have some truth in them and probably not one is totally correct.
  17. In these present days everyone should look to their own happiness.
  18. It is never necessary to be on guard against ideas no matter where they may originate.
  19. Truth is so elusive that no one can say when he has it.
  20. I think none the worse of a person for being concerned chiefly with pleasure.
  21. Man on his own is a helpless and miserable creature.
  22. Fundamentally, the world we live in is a pretty lonesome place.
  23. Most people just don’t give a « damn » for others.
  24. I’d like it if I could find someone who would tell me how to solve my personal problems.
  25. It is only natural for a person to be rather fearful of the future.
  26. A person who thinks primarily of his own happiness is beneath contempt.
  27. Unfortunately, a good many people with whom I have discussed important social and moral problems don’t really understand what’s going on.
  28. Most people just don’t know what’s good for them.
  29. The main thing in life is for a person to want to do something important.
  30. If given the chance I would do something of great benefit to the world.
  31. A man who does not believe in some great cause has not really lived.
  32. It is only when a person devotes himself to an ideal or cause that life becomes meaningful.
  33. Of all the different philosophies which exist in this world there is probably only one which is correct.
  34. A person who gets enthusiastic about too many causes is likely to be a pretty « wishy-washy » sort of person.
  35. To compromise with our political opponents is dangerous because it usually leads to the betrayal of our own side.
  36. When it comes to differences of opinion in religion we must be careful not to compromise with those who believe differently from the way we do.
  37. In times like these, a person must be pretty selfish if he considers primarily his own happiness.
  38. The worst crime a person could commit is to attack publicly the people who believe in the same thing he does.
  39. It is annoying to listen to a speaker or teacher who seems unable to make up his mind about what he really believes.
  40. For most questions there is only one right answer once a person is able to get all the facts.
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Looti, M. (2026, octobre 1). Échelle de dogmatisme équilibrée. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-dogmatisme-equilibree-ray-bd-scale/
Looti, Mohammed. “Échelle de dogmatisme équilibrée.” Base de données de psychologie en français, 1 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-dogmatisme-equilibree-ray-bd-scale/.
Looti, Mohammed. “Échelle de dogmatisme équilibrée.” Base de données de psychologie en français. octobre 1, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-dogmatisme-equilibree-ray-bd-scale/.