Échelle de diagnostic des troubles des conduites alimentaires – Version DSM-5

L’Échelle de diagnostic des troubles des conduites alimentaires – Version DSM-5 (EDDS-DSM-5) développée par Eric Stice est un auto-questionnaire standardisé de 23 items permettant de dépister et diagnostiquer l’anorexie mentale, la boulimie nerveuse et l’hyperphagie boulimique selon les critères du DSM-5.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 9, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 9, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Échelle de diagnostic des troubles des conduites alimentaires – Version DSM-5 (couramment désignée sous l’acronyme EDDS-DSM-5, pour Eating Disorder Diagnostic Scale – DSM-5 Version) est un instrument psychométrique auto-rapporté développé initialement par le professeur Eric Stice et ses collaborateurs afin d’évaluer, de dépister et de diagnostiquer l’ensemble des pathologies alimentaires majeures selon les critères nosographiques formalisés par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, cinquième édition (DSM-5) de l’American Psychiatric Association.

Composé de 23 items structurés combinant des échelles d’évaluation de type Likert (0 à 6), des questions dichotomiques (Oui/Non), des fréquences d’occurrence mensuelles (de 0 à 16+ fois par mois) et des variables biométriques et anthropométriques continues (poids, taille, historique pondéral, sexe, âge), cet outil permet une double approche évaluative : d’une part, un algorithme diagnostique catégoriel qui permet d’identifier la présence ou l’absence d’une anorexie mentale (sous-types restrictif ou avec crises de boulimie/purgatif), d’une boulimie nerveuse, d’un trouble d’accès hyperphagiques (hyperphagie boulimique), ainsi que d’autres troubles de l’alimentation spécifiés ou non spécifiés (notamment le syndrome d’alimentation nocturne et le trouble purgatif) ; d’autre part, un score composite dimensionnel continu qui quantifie la sévérité globale de la pathologie alimentaire.

Sur le plan métrologique, l’EDDS-DSM-5 démontre une excellente consistance interne (coefficient alpha de Cronbach variant généralement entre 0,86 et 0,92 pour le score composite dimensionnel), une fidélité test-retest robuste (coefficients de corrélation intraclasse supérieurs à 0,85 sur des intervalles de 1 à 2 semaines) et une remarquable validité de critère, attestée par de forts indices de concordance kappa (κ) lorsqu’elle est confrontée à l’entretien clinique de référence, l’Eating Disorder Examination (EDE). Sa brièveté de passation (moins de 10 minutes) en fait un outil de choix pour les études épidémiologiques longitudinales, les essais cliniques randomisés et le dépistage ambulatoire de première ligne.

2. Mots-clés / Keywords

troubles des conduites alimentaires, anorexie mentale, boulimie nerveuse, hyperphagie boulimique, EDDS, DSM-5, Eric Stice, psychométrie, évaluation diagnostique, restriction alimentaire, comportements compensatoires, indice de masse corporelle

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été conçu, développé et validé empiriquement par une équipe de chercheurs de premier plan spécialisés dans la psychopathologie développementale, l’épidémiologie psychiatrique et la prévention des troubles des conduites alimentaires :

  • Eric Stice, Ph.D. : Professeur au département de psychiatrie et des sciences du comportement de l’Université de Stanford (Stanford, Californie, États-Unis) et chercheur senior à l’Oregon Research Institute (Eugene, Oregon, États-Unis). Concepteur initial de l’échelle EDDS et théoricien du modèle de la double voie de la boulimie (Dual-Pathway Model).
  • Paul Rohde, Ph.D. : Chercheur scientifique senior à l’Oregon Research Institute, expert en psychopathologie de l’adolescent, dépression majeure et comorbidités associées aux troubles du comportement alimentaire.
  • C. Nathan Marti, Ph.D. : Méthodologue et statisticien spécialisé dans l’analyse de données longitudinales, la modélisation par équations structurelles et la psychométrie appliquée aux sciences de la santé, Université du Texas à Austin / Oregon Research Institute.
  • Heather Shaw, Ph.D. : Chercheuse et collaboratrice clinique de longue date à l’Oregon Research Institute, impliquée dans le développement et l’évaluation empirique d’interventions préventives ciblant les perturbations de l’image corporelle.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Eating Disorder Diagnostic Scale – DSM-5 Version est de combler le fossé historique existant entre les entretiens cliniques semi-structurés exhaustifs et les auto-questionnaires dimensionnels généralistes. Bien que l’entretien clinique direct — tel que l’Eating Disorder Examination (EDE) — demeure le « standard d’or » pour l’établissement d’un diagnostic formel selon les manuels nosographiques internationaux, son administration requiert une formation clinique approfondie, un temps substantiel (souvent entre 45 et 90 minutes par participant) et des coûts financiers difficilement soutenables dans le cadre de vastes protocoles de recherche épidémiologique ou d’essais de prévention universelle.

À l’inverse, la majorité des questionnaires auto-rapportés traditionnels (par exemple, le Bulimia Test-Revised [BULIT-R] ou le Restraint Scale) mesurent des dimensions isolées du comportement alimentaire sans permettre d’inférer de diagnostics catégoriels stricts conformes aux critères du DSM. L’EDDS a donc été spécifiquement conceptualisée pour fournir une alternative auto-administrée, standardisée, brève et rigoureusement alignée sur les algorithmes diagnostiques formels.

La révision de l’instrument pour le DSM-5 s’est avérée indispensable suite aux remaniements majeurs apportés à la nomenclature psychiatrique par l’American Psychiatric Association en 2013 :

  • La reconnaissance de l’hyperphagie boulimique (Binge Eating Disorder, BED) comme entité clinique à part entière et indépendante, distincte de la catégorie résiduelle des troubles non spécifiés ;
  • La révision à la baisse des critères de fréquence et de durée pour la boulimie nerveuse et l’hyperphagie boulimique, passant d’un minimum de deux épisodes par semaine pendant trois mois (DSM-IV) à au moins une fois par semaine pendant trois mois (DSM-5) ;
  • La suppression formelle du critère de l’aménorrhée pour le diagnostic de l’anorexie mentale, critère jugé cliniquement inutile, discriminant envers les hommes, les femmes ménopausées et les utilisatrices de contraceptifs hormonaux ;
  • L’inclusion et la caractérisation formelle de troubles spécifiques comme le syndrome d’alimentation nocturne (Night Eating Syndrome) au sein de la catégorie des autres troubles de l’alimentation ou des conduites alimentaires spécifiés (ATACS / OSFED).

Dans la pratique clinique et épidémiologique, l’EDDS-DSM-5 remplit un rôle pivot dans le dépistage en milieu scolaire et universitaire, le triage lors de la prise en charge médicale initiale, l’évaluation de l’efficacité thérapeutique dans les essais cliniques randomisés et l’investigation des trajectoires étiologiques longitudinales des troubles alimentaires à l’adolescence et chez l’adulte jeune.

5. Construit psychologique / Construct

L’EDDS-DSM-5 opérationnalise un ensemble articulé de construits cognitifs, comportementaux, affectifs et somatométriques caractéristiques du spectre de la psychopathologie alimentaire. L’instrument capture les dimensions cardinales suivantes :

5.1. Perturbation cognitive de l’image corporelle et surévaluation du poids et de la silhouette

Les items 1, 2 et 3 évaluent le cœur cognitif partagé par l’anorexie mentale et la boulimie nerveuse : le sentiment persistant d’être corporellement « gros » en dépit d’une corpulence normale ou faible, la peur intense et invalidante de prendre du poids ou de devenir obèse, et la surestimation excessive du poids ou de la forme corporelle dans la détermination de l’estime de soi globale. Ce dernier construit constitue l’un des facteurs pronostiques et de maintien les plus puissants documentés dans la littérature empirique.

5.2. Épisodes d’accès hyperphagiques objectifs (Objective Binge Eating – OBE)

Les items 4, 5 et 6 délimitent précisément la nature objective de l’accès hyperphagique :

  • Consommation d’une quantité exceptionnellement abondante de nourriture dans un intervalle de temps limité, appréciée par rapport à ce qu’une personne ordinaire ingérerait dans des circonstances similaires (Item 4) ;
  • Perte de contrôle subjective concomitante, définie par l’incapacité ressentie d’arrêter de manger ou d’exercer un contrôle sur la nature ou la quantité des aliments consommés (Item 5) ;
  • Fréquence mensuelle objective des accès hyperphagiques combinant ces deux composantes au cours des trois derniers mois (Item 6).

5.3. Signes comportementaux et détresse associés aux accès hyperphagiques

Les items 7 à 12 opérationnalisent les cinq caractéristiques comportementales requises pour le diagnostic formel du trouble d’accès hyperphagiques (manger beaucoup plus rapidement que la normale, manger jusqu’à éprouver une réplétion abdominale douloureuse, manger de grandes quantités de nourriture en l’absence de toute faim physique, manger seul en raison de la gêne ou de la honte éprouvée, et ressentir un profond dégoût de soi, une culpabilité intense ou une dépression secondaire) ainsi que la présence d’une détresse cliniquement significative quant à ces épisodes (Item 12).

5.4. Comportements compensatoires inappropriés récurrents

Les items 13, 14, 15 et 16 quantifient la fréquence mensuelle spécifique de quatre types de manœuvres de contrôle pondéral purgatives et non purgatives utilisées pour annuler les apports caloriques ou neutraliser la peur de grossir :

  • Vomissements provoqués auto-induits (Item 13) ;
  • Prise abusive de laxatifs ou de diurétiques (Item 14) ;
  • Jeûne strict ou omission consécutive d’au moins deux repas majeurs (Item 15) ;
  • Activité physique excessive ou compulsive expressément entreprise pour compenser les effets d’un apport alimentaire excessif (Item 16).

5.5. Syndrome d’alimentation nocturne et altération fonctionnelle

L’item 17 mesure l’éveil nocturne avec prise alimentaire compulsive ou l’ingestion hyperphagique d’aliments suite au repas du soir accompagnée de détresse psychologique. L’item 18 quantifie directement l’altération fonctionnelle globale générée par les conduites alimentaires ou l’insatisfaction corporelle dans les sphères relationnelle, familiale, professionnelle et académique.

5.6. Statut anthropométrique et restriction pondérale

Les items 19 à 23 recueillent le poids actuel, la stature physique, le poids historique maximal, le sexe biologique et l’âge chronologique, permettant de calculer avec rigueur l’Indice de Masse Corporelle (IMC = kg/m²) ainsi que les seuils d’insuffisance pondérale nécessaires pour établir les critères A de l’anorexie mentale selon les barèmes de l’Organisation Mondiale de la Santé ou les courbes percentiles adaptées à l’âge chez les enfants et adolescents.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’architecture de l’EDDS-DSM-5 s’enracine principalement dans deux fondations théoriques majeures : la psychodynamique comportementale et cognitive modélisée par le modèle de la double voie (Dual-Pathway Model) d’Eric Stice, et la conceptualisation transdiagnostique cognitive et comportementale formalisée par Christopher Fairburn et ses collègues.

6.1. Le modèle de la double voie de Stice

Le Dual-Pathway Model (Stice, 1994, 2001) postule que la pression socioculturelle perçue en faveur de la minceur conduit à l’intériorisation de l’idéal de minceur (thin-ideal internalization), qui engendre à son tour une profonde insatisfaction corporelle. Cette insatisfaction active ensuite deux voies distinctes mais convergentes précipitant les troubles alimentaires :

  1. La voie de la restriction diététique (Dietary Restraint) : Les tentatives rigides de limitation calorique créent un état de privation physiologique et biologique qui dérègle les mécanismes homéostatiques de satiété, rendant l’individu hautement vulnérable aux accès hyperphagiques réactionnels (« désinhibition alimentaire »).
  2. La voie de l’affect négatif (Negative Affect) : L’incapacité d’atteindre l’idéal corporel valorisé génère des états affectifs dysphoriques, de l’anxiété et de la détresse. L’ingestion massive d’aliments réconfortants et hautement palatables fonctionne alors comme une stratégie dysfonctionnelle d’évitement émotionnel ou de réconfort à court terme. Les comportements compensatoires purgatifs ultérieurs surviennent en réponse directe à la culpabilité et à la panique de prise pondérale consécutive.

L’EDDS a été construite pour capturer empiriquement chaque nœud critique de cette modélisation : surévaluation corporelle, restriction sévère, épisodes d’accès avec perte de contrôle, comportements purgatifs d’évitement et détresse émotionnelle.

6.2. La perspective transdiagnostique de Fairburn

Selon la théorie transdiagnostique de la thérapie cognitivo-comportementale (Fairburn, Cooper, & Shafran, 2003), l’anorexie mentale, la boulimie nerveuse et les autres troubles de l’alimentation partagent un noyau psychopathologique commun (« core psychopathology ») : l’auto-évaluation quasi exclusive de la valeur personnelle en fonction du poids, de la forme corporelle et du contrôle exercé sur l’alimentation. Les patients migrent fréquemment d’un diagnostic catégoriel à un autre au fil du temps (par exemple, d’une anorexie initiale vers une boulimie nerveuse). L’EDDS-DSM-5 intègre cette réalité clinique en évaluant simultanément le noyau psychopathologique dimensionnel commun tout en permettant la catégorisation phénotypique momentanée.

7. Validité / Validity

Les propriétés métrologiques de validité de l’EDDS et de sa version adaptée au DSM-5 ont été explorées dans de multiples cohortes épidémiologiques, incluant des échantillons communautaires d’adolescentes, de jeunes adultes universitaires et des populations cliniques ambulatoires ou hospitalisées.

7.1. Validité de critère et concordance diagnostique

L’exactitude diagnostique de l’EDDS-DSM-5 a été évaluée par comparaison directe avec l’entretien clinique semi-structuré EDE (Eating Disorder Examination), administré en aveugle par des cliniciens expérimentés :

  • Concordance globale : Les études de validation (Stice et al., 2000 ; Stice, Telch, & Rizvi, 2004 ; Stice, Rohde, & Marti, 2017) rapportent des coefficients kappa de Cohen (κ) substantiels à excellents, variant entre κ = 0,72 et κ = 0,83 pour le diagnostic de boulimie nerveuse, et entre κ = 0,74 et κ = 0,81 pour le trouble d’accès hyperphagiques.
  • Sensibilité et spécificité : La sensibilité globale de l’outil pour détecter les troubles du comportement alimentaire avérés se situe entre 83 % et 91 %, tandis que sa spécificité diagnostique excède régulièrement 95 %, attestant d’un très faible taux de faux positifs dans les populations non cliniques.

7.2. Validité convergente

Le score composite continu de sévérité de l’EDDS-DSM-5 présente de fortes corrélations positives statistiquement significatives avec d’autres échelles standardisées renommées évaluant la symptomatologie alimentaire :

  • Corrélations élevées avec le score global de l’Eating Disorder Examination Questionnaire (EDE-Q ; r compris entre 0,78 et 0,85) ;
  • Corrélations modérées à fortes avec l’échelle de pulsion de minceur (Drive for Thinness) et de boulimie de l’Eating Disorder Inventory (EDI ; r compris entre 0,65 et 0,76) ;
  • Corrélations significatives avec les mesures d’insatisfaction corporelle (Body Shape Questionnaire, BSQ ; r > 0,70).

7.3. Validité discriminante

L’EDDS-DSM-5 discrimine adéquatement les troubles alimentaires spécifiques des construits psychiatriques comorbides non spécifiques. Bien qu’elle soit corrélée de manière prévisible avec les échelles de dépression (BDI-II ; r ~ 0,38 – 0,48) et d’anxiété générale (STAI ; r ~ 0,32 – 0,42) en raison de la détresse affective inhérente à la pathologie alimentaire, les analyses de régression multiple confirment que le score composite de l’EDDS conserve une variance explicative propre et indépendante lorsqu’il s’agit de prédire les comportements alimentaires pathologiques objectifs.

7.4. Validité prédictive

Dans des études de suivi prospectif sur 1 à 3 ans, des scores élevés sur le composite de sévérité de l’EDDS prédisent de façon robuste l’apparition ultérieure de syndromes cliniques complets d’anorexie ou de boulimie, l’apparition d’épisodes dépressifs majeurs, une augmentation significative de l’IMC vers l’obésité chez les adolescents présentant des accès hyperphagiques, ainsi qu’un recours accru aux soins psychiatriques et hospitaliers.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité métrologique de l’EDDS-DSM-5 a été établie à travers l’analyse de sa consistance interne et de sa stabilité temporelle test-retest.

8.1. Consistance interne

Pour le score composite dimensionnel continu de sévérité des symptômes (calculé en standardisant ou en sommant les items cognitifs, comportementaux et de détresse), le coefficient alpha de Cronbach (α) rapporté dans les cohortes de validation varie entre 0,86 et 0,92, et l’oméga de McDonald (ω) atteint régulièrement 0,89 à 0,93. Ces valeurs témoignent d’une excellente cohérence interne, sans redondance d’items excessive. Pour les sous-échelles spécifiques (telles que le cluster des symptômes comportementaux associés aux accès hyperphagiques, items 7 à 11), l’alpha de Cronbach dépasse systématiquement 0,82.

8.2. Fidélité test-retest

La stabilité temporelle a été mesurée dans plusieurs échantillons indépendants sur des intervalles de réévaluation courts (1 à 2 semaines) et moyens (1 mois) :

  • Score composite de sévérité : Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) ou de corrélation de Pearson oscille entre r = 0,87 et r = 0,94 sur un intervalle de 1 à 2 semaines, et reste supérieur à 0,75 sur un suivi d’un mois sans intervention thérapeutique.
  • Diagnostiques catégoriels : La fidélité test-retest pour l’attribution des diagnostics catégoriels (statistique kappa) démontre une grande robustesse (κ = 0,79 pour la boulimie nerveuse ; κ = 0,76 pour le trouble d’accès hyperphagiques ; κ = 0,84 pour l’anorexie mentale).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle sous-jacente de l’EDDS a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) approfondies au sein de diverses populations communautaires et cliniques.

9.1. Analyses factorielles exploratoires (AFE)

Les analyses factorielles exploratoires initiales menées sur les items dimensionnels continus de l’échelle mettent en évidence une structure multifactorielle claire, avec l’extraction prédominante de trois facteurs corrélés expliquant plus de 60 % de la variance totale :

  • Facteur 1 : Préoccupation corporelle et pondérale / Restriction cognitive (items 1, 2, 3 et 18), avec des saturations factorielles très élevées comprises entre 0,74 et 0,88.
  • Facteur 2 : Accès hyperphagiques et perte de contrôle (items 4, 5, 6 et items descriptifs 7 à 12), avec des saturations saturant entre 0,62 et 0,84.
  • Facteur 3 : Comportements compensatoires et purgatifs (items 13, 14, 15 et 16), avec des saturations oscillant entre 0,55 et 0,79.

9.2. Analyses factorielles confirmatoires (AFC)

L’application de modèles d’AFC a permis de tester différentes modélisations structurelles alternatives (modèle unidimensionnel global versus modèle tridimensionnel corrélé versus modèle bifactoriel) :

Modèle testé CFI TLI RMSEA [IC 90%] SRMR
Modèle unidimensionnel strict 0,882 0,865 0,089 [0,081 – 0,097] 0,072
Modèle à trois facteurs corrélés 0,958 0,949 0,049 [0,041 – 0,057] 0,044
Modèle bifactoriel (Facteur général + 3 facteurs spécifiques) 0,974 0,965 0,040 [0,031 – 0,049] 0,036

Les indices d’ajustement empiriques démontrent que le modèle bifactoriel présente l’adéquation la plus remarquable aux données. Ce résultat valide l’utilisation conjointe d’un score composite global unidimensionnel reflétant la charge pathologique globale et de scores sous-dimensionnels reflétant les domaines d’expression clinique spécifiques.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’outil : Échelle de diagnostic des troubles des conduites alimentaires – Version DSM-5 (Eating Disorder Diagnostic Scale – DSM-5 Version [EDDS-DSM-5]).
  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (papier-crayon ou informatisé).
  • Nombre total d’items : 23 items structurés, articulés autour de modules cognitifs, comportementaux et anthropométriques.
  • Cadre temporel de référence : Les 3 derniers mois écoulés (conforme aux critères temporels du DSM-5).
  • Formats de réponse :
    • Échelle de type Likert en 7 points (0 à 6) : Items 1, 2, 3 et 18 (0 = Pas du tout / Not at all, 1, 2 = Légèrement / Slightly, 3, 4 = Modérément / Moderately, 5, 6 = Extrêmement / Extremely).
    • Format dichotomique Oui / Non : Items 4, 5, 7, 8, 9, 10, 11 et 12.
    • Échelle de fréquence ordinale continue (0 à 16+ par mois) : Items 6, 13, 14, 15, 16 et 17 (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16+).
    • Données continues ouvertes / anthropométriques : Items 19 (Poids), 20 (Taille), 21 (Poids le plus élevé), 22 (Sexe) et 23 (Âge).
  • Procédure de cotation et algorithmes diagnostiques DSM-5 :
    • Score composite dimensionnel de sévérité : Calculé en effectuant la somme (ou la standardisation z-score) des items clés évaluant les symptômes comportementaux et cognitifs (items 1 à 18). Des scores élevés signalent une sévérité accrue de la détresse et des perturbations alimentaires.
    • Algorithme pour l’anorexie mentale (AM) :
      • Critère A (faible poids) : Calcul de l’IMC [Poids(kg) / Taille(m)²]. Chez l’adulte, IMC < 18,5 kg/m² (ou percentiles correspondants chez l’adolescent).
      • Critère B (peur de grossir) : Item 2 ≥ 4 (au moins modéré).
      • Critère C (distorsion/influence de l’image corporelle) : Item 1 ≥ 4 ou Item 3 ≥ 4.
      • Sous-type restrictif : Fréquence de vomissements (item 13) et laxatifs (item 14) < 4 fois par mois au cours des 3 derniers mois.
      • Sous-type accès hyperphagiques/purgatif : Item 13 ≥ 4 ou Item 14 ≥ 4 au cours des 3 derniers mois.
    • Algorithme pour la boulimie nerveuse (BN) :
      • Critère A (accès hyperphagiques) : Item 4 = OUI, Item 5 = OUI, et Item 6 ≥ 4 fois par mois en moyenne sur 3 mois (soit ≥ 1 fois/semaine).
      • Critère B (compensations inappropriées) : Au moins un des items 13, 14, 15 ou 16 ≥ 4 fois par mois en moyenne sur 3 mois.
      • Critère C (influence indue du poids/silhouette) : Item 3 ≥ 4.
      • Critère E : Les épisodes ne surviennent pas exclusivement pendant une anorexie mentale (IMC ≥ 18,5 kg/m²).
    • Algorithme pour le trouble d’accès hyperphagiques (BED) :
      • Critère A (accès) : Item 4 = OUI, Item 5 = OUI, et Item 6 ≥ 4 fois par mois sur 3 mois.
      • Critère B (caractéristiques associées) : Au moins 3 critères parmi les items 7, 8, 9, 10 ou 11 = OUI.
      • Critère C (détresse marquée) : Item 12 = OUI ou Item 18 ≥ 3.
      • Critère D (absence de compensations régulières) : Items 13, 14, 15 et 16 < 4 fois par mois.
      • Critère E : Pas d’anorexie ni de boulimie associée.
    • Syndrome d’alimentation nocturne (OSFED) : Item 17 ≥ 4 fois par mois accompagné d’une détresse significative.
  • Durée approximative de passation : 5 à 10 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement : Version originale DSM-IV publiée en 2000 ; version révisée alignée sur les critères du DSM-5 finalisée et publiée entre 2015 et 2017.
  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Développé sous la direction du Dr Eric Stice et de l’Oregon Research Institute (Eugene, OR, États-Unis).
  • Conditions d’accès et tarif : L’EDDS-DSM-5 est accessible gratuitement (Open Access / Domaine académique) à l’ensemble des chercheurs, cliniciens et étudiants pour des usages strictement non commerciaux, de recherche clinique et d’évaluation médicale.
  • Accès au protocole officiel : Le formulaire original en langue anglaise ainsi que les syntaxes de programmation statistique (SPSS, SAS, R) associées aux algorithmes diagnostiques peuvent être consultés et téléchargés directement via les ressources de recherche de l’équipe du Dr Eric Stice sur le site de l’Oregon Research Institute (http://www.ori.org/sticemeasures/) ou sur les pages institutionnelles du département de psychiatrie de Stanford University.
  • Exigence d’usage : Toute publication ou rapport scientifique exploitant l’EDDS-DSM-5 requiert la citation appropriée des articles princeps de validation (Stice et al., 2000, 2004, 2017).

12. Références / References

  • American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). American Psychiatric Publishing. https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425596
  • Fairburn, C. G., Cooper, Z., & Shafran, R. (2003). Cognitive behaviour therapy for eating disorders: A “transdiagnostic” theory and treatment strategy. Behaviour Research and Therapy, 41(5), 509–528. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(02)00088-8
  • Fairburn, C. G. (2008). Cognitive behavior therapy and eating disorders. Guilford Press.
  • Stice, E. (1994). Review of the evidence for a sociocultural model of bulimia nervosa and an exploration of the mechanisms of action. Clinical Psychology Review, 14(7), 633–661. https://doi.org/10.1016/0272-7358(94)90002-7
  • Stice, E. (2001). A prospective test of the dual-pathway model of bulimic pathology: Mediating effects of dieting and negative affect. Journal of Abnormal Psychology, 110(1), 124–135. https://doi.org/10.1037/0021-843X.110.1.124
  • Stice, E., Telch, C. F., & Rizvi, S. L. (2000). Development and validation of the Eating Disorder Diagnostic Scale: A brief self-report measure of anorexia, bulimia, and binge-eating disorder. Psychological Assessment, 12(2), 123–131. https://doi.org/10.1037/1040-3590.12.2.123
  • Stice, E., Fisher, M., & Martinez, E. (2004). Eating disorder diagnostic scale: Additional evidence of reliability and validity. Psychological Assessment, 16(1), 60–71. https://doi.org/10.1037/1040-3590.16.1.60
  • Stice, E., Rohde, P., & Marti, C. N. (2017). Eating Disorder Diagnostic Scale – DSM-5 Version: Psychometric properties and diagnostic utility of a brief self-report scale. International Journal of Eating Disorders. Electronic dissemination via Oregon Research Institute. http://www.ori.org/sticemeasures/

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

EDDS – DSM-5 VERSION

Please carefully complete all questions‚ choosing NO or 0 for questions that do not apply.

Over the past 3 months… Not at all Slightly Moderately Extremely

  1. Have you felt fat?
    0 = Not at all‚ 1‚ 2 = Slightly‚ 3‚ 4 = Moderately‚ 5‚ 6 = Extremely
  2. Have you had a definite fear that you might gain weight or become fat?
    0 = Not at all‚ 1‚ 2 = Slightly‚ 3‚ 4 = Moderately‚ 5‚ 6 = Extremely
  3. Has your weight or shape influenced how you judge yourself as a person?
    0 = Not at all‚ 1‚ 2 = Slightly‚ 3‚ 4 = Moderately‚ 5‚ 6 = Extremely
  4. During the past 3 months have there been times when you have eaten what other people would regard as an unusually large amount of food (e.g.‚ a pint of ice cream) given the circumstances?
    YES    NO
  5. During the times when you ate an unusually large amount of food‚ did you experience a loss of control (e.g.‚ felt you couldn’t stop eating or control what or how much you were eating?
    YES    NO
  6. How many times per month on average over the past 3 months have you eaten an unusually large amount of food and experienced a loss of control?
    0   1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11   12   13   14   15   16+

During episodes of overeating with a loss of control‚ did you…

  1. Eat much more rapidly than normal?
    YES    NO
  2. Eat until you felt uncomfortably full?
    YES    NO
  3. Eat large amounts of food when you didn’t feel physically hungry?
    YES    NO
  4. Eat alone because you were embarrassed by how much you were eating?
    YES    NO
  5. Feel disgusted with yourself‚ depressed‚ or very guilty after overeating?
    YES    NO
  6. If you have episodes of uncontrollable overeating‚ does it make you very upset?
    YES    NO

In order to prevent weight gain or counteract the effects of eating‚ how many times per month on average over the past 3 months have you:

  1. Made yourself vomit?
    0   1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11   12   13   14   15   16+
  2. Used laxatives or diuretics?
    0   1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11   12   13   14   15   16+
  3. Fasted (skipped at least 2 meals in a row)?
    0   1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11   12   13   14   15   16+
  4. Engaged in more intense exercise specifically to counteract the effects of overeating
    0   1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11   12   13   14   15   16+
  5. How many times per month on average over the past 3 months have you eaten after awakening from sleep or eaten an unusually large amount of food after your evening meal and felt distressed by the night eating?
    0   1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11   12   13   14   15   16+
  6. How much do eating or body image problems impact your relationships Not at all Slightly Moderately Extremely with friends and family‚ work performance‚ and school performance?
    0   1   2   3   4   5   6
  7. How much do you weigh? If uncertain‚ please give your best estimate.
    ________ lbs. -or- kg.
  8. How tall are you?
    _____ft. _____in. -or- cm.
  9. What is your highest weight at your current height?
    ________lbs. -or- kg
  10. What is your sex?
    MALE    FEMALE
  11. What is your age?
    ________
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 9). Échelle de diagnostic des troubles des conduites alimentaires – Version DSM-5. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-diagnostic-des-troubles-des-conduites-alimentaires-version-dsm-5/
Looti, Mohammed. “Échelle de diagnostic des troubles des conduites alimentaires – Version DSM-5.” Base de données de psychologie en français, 9 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-diagnostic-des-troubles-des-conduites-alimentaires-version-dsm-5/.
Looti, Mohammed. “Échelle de diagnostic des troubles des conduites alimentaires – Version DSM-5.” Base de données de psychologie en français. octobre 9, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-diagnostic-des-troubles-des-conduites-alimentaires-version-dsm-5/.