1. Résumé / Abstract
L’Échelle de détresse psychologique de Kessler (communément désignée sous l’acronyme K10, ou Kessler Psychological Distress Scale) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu à l’origine par le professeur Ronald C. Kessler et ses collaborateurs au début des années 2000, sous l’égide de la World Health Organization (OMS) et des National Institutes of Health (NIH). Composée de 10 items concis, l’échelle a été développée afin d’offrir une mesure dimensionnelle rapide, sensible et robuste de la détresse psychologique non spécifique éprouvée par un individu au cours des 30 jours précédant la passation. Elle vise principalement à repérer les personnes répondant aux critères diagnostiques de troubles psychiatriques graves (Serious Mental Illness, SMI), tels que définis par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV et DSM-5).
Les dix items de la K10 évaluent la fréquence de symptômes affectifs, cognitifs et psychomoteurs prévalents au sein des troubles de l’humeur et des troubles anxieux, notamment la fatigue inexpliquée, l’agitation, la nervosité aiguë, l’anhédonie, le découragement et le sentiment de dévalorisation personnelle. Chaque proposition est évaluée à l’aide d’une échelle ordinale de type Likert en 5 points (variant généralement de « Aucunement / None of the time » à « Tout le temps / All of the time »), générant un score total continu compris entre 10 et 50 (ou de 0 à 40 selon le schéma de cotation adopté). L’instrument est fréquemment complété par un module secondaire explorant le retentissement fonctionnel et le nombre de jours d’incapacité globale ou partielle.
Sur le plan métrologique, l’échelle K10 présente des propriétés psychométriques exceptionnelles documentées au sein de vastes enquêtes épidémiologiques internationales (telles que la National Comorbidity Survey Replication aux États-Unis et l’Australian National Survey of Mental Health and Well-Being). Sa cohérence interne est constamment élevée, affichant des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,91 et 0,94. La modélisation en théorie de réponse aux items (TRI) et les analyses factorielles confirmatoires mettent en évidence un facteur général dominant de détresse psychologique, tout en révélant une sous-structure bipolaire associant les manifestations anxieuses et dépressives. L’échelle K10 constitue aujourd’hui la référence mondiale pour la surveillance épidémiologique de la santé mentale en population générale et le triage clinique en première ligne.
2. Mots-clés / Keywords
Détresse psychologique, Échelle K10, Ronald C. Kessler, Dépistage épidémiologique, Troubles psychiatriques sévères, Anxiété, Dépression, Théorie de réponse aux items, Psychométrie, Santé publique, Évaluation dimensionnelle, Invalidité fonctionnelle.
3. Auteurs / Authors
L’échelle K10 a été conçue par une équipe multidisciplinaire d’épidémiologistes psychiatriques, de biostatisticiens et de psychologues sous la direction du professeur Ronald C. Kessler.
- Ronald C. Kessler, Ph.D. : Professeur de politique de santé (McNeil Family Professor of Health Care Policy), Département de politique des soins de santé, Harvard Medical School, Boston, Massachusetts, États-Unis. Courriel institutionnel : [email protected].
- Gavin Andrews, M.D. : Professeur émérite de psychiatrie, École de psychiatrie, Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW), et Centre clinique de gestion de l’anxiété et de la dépression (CRUFAD), St Vincent’s Hospital, Sydney, Australie.
- Dan K. Mroczek, Ph.D. : Professeur de psychologie, Département de psychologie et Département des sciences médicales et sociales, Northwestern University, Evanston/Chicago, Illinois, États-Unis.
- Alan M. Zaslavsky, Ph.D. : Professeur de biostatistique et de politique des soins de santé, Département de politique des soins de santé, Harvard Medical School, Boston, États-Unis.
- Collaborateurs du consortium WHO-CIDI : Incluant notamment T. Bedirhan Üstün (Organisation mondiale de la santé, Genève), Colin Mathers, Patricia R. Barker (Substance Abuse and Mental Health Services Administration – SAMHSA), et les chercheurs de l’enquête australienne de santé mentale dirigée par Tim Slade et Toshiaki A. Furukawa.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental ayant présidé à la création de l’Échelle de détresse psychologique de Kessler (K10) réside dans la nécessité méthodologique de disposer d’un instrument d’évaluation ultrabref, standardisé et hautement discriminant, capable d’estimer avec précision la prévalence des troubles mentaux non spécifiques et des pathologies psychiatriques graves au sein de vastes populations communautaires. Historiquement, les enquêtes épidémiologiques de psychiatrie publique se heurtaient à un dilemme méthodologique majeur : l’administration d’entretiens diagnostiques structurés exhaustifs — à l’instar du Composite International Diagnostic Interview (CIDI de l’OMS) ou du SCID pour le DSM — exigeait un temps de passation compris entre 45 et 90 minutes par répondant, ce qui s’avérait logistiquement et financièrement prohibitif pour les grandes enquêtes nationales de santé publique polyvalentes.
Face à cet écueil, les échelles courtes existantes dans les années 1980 et 1990 (telles que le General Health Questionnaire de Goldberg, l’échelle CES-D ou le Symptom Checklist-90) présentaient soit une redondance somatique excessive générant des faux positifs chez les sujets atteints d’affections médicales générales, soit une capacité prédictive médiocre vis-à-vis des troubles psychiatriques cliniquement significatifs. Mandatée par la Substance Abuse and Mental Health Services Administration (SAMHSA) aux États-Unis pour la refonte de la National Household Survey on Drug Abuse (NHSDA), l’équipe de Ronald Kessler a cherché à maximiser la sensibilité et la spécificité du dépistage dans la zone critique de la distribution correspondant aux affections sévères (Serious Mental Illness – SMI).
En pratique clinique et épidémiologique contemporaine, la K10 remplit une triple fonction :
- Surveillance épidémiologique et suivi des politiques publiques : L’échelle permet de cartographier la charge morbide attribuable à la détresse psychologique, d’évaluer les disparités socio-démographiques d’accès aux soins et de suivre l’évolution temporelle de la santé mentale des populations (utilisée systématiquement par l’Australian Bureau of Statistics et dans les enquêtes mondiales World Mental Health).
- Triage et dépistage en soins primaires : Administrée en salle d’attente ou en consultation de médecine générale, la K10 identifie en moins de deux minutes les patients nécessitant une investigation diagnostique approfondie pour un trouble dépressif majeur, un trouble panique ou un trouble anxieux généralisé.
- Mesure dimensionnelle des résultats thérapeutiques (Outcome Measurement) : Dans les structures médico-psychologiques, la K10 sert d’indicateur objectif de suivi de la trajectoire clinique, permettant d’objectiver l’atténuation des symptômes sous l’effet de psychothérapies ou de pharmacothérapies.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la K10 est la détresse psychologique non spécifique (non-specific psychological distress). Loin de cibler une étiquette nosographique isolée ou une entité diagnostique discrète du DSM, ce concept renvoie à un état affectif global indifférencié caractérisé par une souffrance psychique subjective, une perte de vitalité, une désactivation comportementale et une surcharge émotionnelle négative.
Sur le plan conceptuel et psychométrique, ce méta-construit s’articule autour de deux polarités syndromiques intimement entrelacées :
5.1. La composante anxieuse et l’agitation psychomotrice
Cette dimension capture l’activation physiologique involontaire et la réactivité émotionnelle aversive. Elle se manifeste par :
- La nervosité diffuse et l’angoisse paroxystique : Mesurée par l’item interrogeant la fréquence de la nervosité (item nervous) et son intensité submergeante (item so nervous that nothing could calm you down). Ce dernier item explore la perte de régulation homéostatique de l’affect, où les mécanismes cognitifs d’auto-apaisement s’avèrent inopérants.
- L’agitation motrice et la tension interne : Évaluée à travers le sentiment d’agitation (restless or fidgety) et son corollaire moteur contraignant (so restless that you could not sit still), témoignant d’une hyperactivation du système nerveux autonome fréquemment retrouvée dans les états d’anxiété généralisée et les épisodes mixtes.
5.2. La composante dépressive et le ralentissement vital
Cette polarité regroupe les manifestations affectives, cognitives et conatives associées à l’effondrement de l’élan vital et de l’estime de soi :
- L’épuisement vital non expliqué : L’item initial explore le fait d’être fatigué sans raison valable (tired out for no good reason), isolant ainsi la composante asthénique psychogène des fatigues purement physiologiques consécutives à un effort physique intense.
- L’affect dépressif et le sentiment d’impasse : Mesurés par les items portant sur le sentiment de dépression (depressed), de désespoir (hopeless) et la tristesse réfractaire (so depressed that nothing could cheer you up). Ces items évaluent l’anhédonie profonde et l’inhibition du système de récompense.
- La surcharge conative (fatigabilité cognitive) : L’item stipulant que « tout représentait un effort » (everything was an effort) traduit l’effondrement de l’énergie volitionnelle et l’accroissement subjectif du coût cognitif associé aux actes quotidiens les plus élémentaires.
- La dévalorisation ontologique : L’item terminal évaluant le sentiment de ne rien valoir (worthless) capture le noyau cognitif le plus sévère de la dépression mélancolique, marqué par la culpabilité inappropriée et l’anéantissement de la valeur personnelle.
L’intérêt de la K10 réside dans son architecture hiérarchique : chaque cluster de symptômes comprend un niveau de sévérité modéré suivi d’un item barrière explorant un seuil de sévérité extrême (ex. être nerveux vs. être tellement nerveux que rien ne pouvait calmer le sujet), ce qui confère à l’échelle une sensibilité métrologique exceptionnelle sur l’ensemble du continuum de morbidité.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’échelle K10 s’inscrit au carrefour de deux cadres conceptuels et méthodologiques majeurs : la théorie de la démoralisation en épidémiologie psychiatrique et la théorie de réponse aux items (TRI / Item Response Theory).
6.1. La démoralisation et le modèle tripartite des affects
Sur le plan clinique, la K10 s’enracine dans les travaux fondateurs de Bruce Dohrenwend et Jerome Frank relatifs au concept de démoralisation (demoralization). Selon cette approche, lorsqu’un individu est confronté à des stresseurs environnementaux ou à une vulnérabilité biologique excédant ses capacités d’adaptation (coping), il développe un syndrome commun de détresse caractérisé par l’impuissance, le découragement, l’anxiété et la sensation de blocage existentiel. Ce substrat affectif précède ou accompagne l’émergence des entités psychiatriques structurées.
Cette perspective a été théoriquement formalisée par le Modèle Tripartite de l’Anxiété et de la Dépression proposé par Clark et Watson (1991). Ce modèle postule que les troubles anxieux et dépressifs partagent un facteur commun d’ordre supérieur : l’affectivité négative (Negative Affectivity) ou détresse générale. Si l’hyperactivation physiologique est spécifique à l’anxiété et le faible affect positif (anhédonie) est spécifique à la dépression, le noyau partagé de détresse non spécifique constitue le prédicteur le plus puissant de la décompensation psychopathologique globale. La K10 a été intentionnellement calibrée pour saturer massivement sur ce facteur de détresse générale de second ordre.
6.2. L’opérationnalisation par la Théorie de Réponse aux Items (TRI)
Sur le plan méthodologique, la construction de la K10 représente une rupture majeure par rapport aux échelles classiques élaborées selon la théorie classique des tests (TCT). Ronald Kessler et ses collaborateurs ont soumis une banque initiale de plusieurs centaines d’items issus de questionnaires validés à des modèles de TRI polytomiques (notamment le Samejima’s Graded Response Model).
Dans la théorie classique, la fiabilité est considérée comme constante le long du trait latent. En revanche, la TRI reconnaît que la précision de mesure (exprimée par la fonction d’information du test, $\theta$) varie selon la position de l’individu sur le continuum de sévérité. L’objectif explicite de Kessler était de sélectionner un sous-ensemble restreint d’items maximisant l’information statistique dans la queue supérieure de la distribution ($ heta ge +1,5$ à $+3,0$ écarts-types au-dessus de la moyenne populationnelle), zone où se concentrent les troubles psychiatriques sévères nécessitant une intervention. Cette ingénierie psychométrique de précision confère à la K10 une efficacité diagnostique supérieure à celle de ses prédécesseurs tout en minimisant la charge de réponse imposée aux participants.
7. Validité / Validity
L’échelle K10 a fait l’objet d’un programme de validation empirique exhaustif à l’échelle internationale, démontrant des qualités métrologiques remarquables dans des contextes cliniques et épidémiologiques variés.
7.1. Validité de construit et validité convergente
La validité convergente de la K10 a été établie par de multiples études corrélant ses scores avec des instruments diagnostiques standardisés et d’autres échelles d’auto-évaluation reconnues :
- Des corrélations très élevées ($r$ compris entre 0,72 et 0,85) sont systématiquement observées avec le General Health Questionnaire (GHQ-12), l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI-II) et la Hospital Anxiety and Depression Scale (HADS).
- Dans l’étude séminale de Furukawa et al. (2003) exploitant les données de l’enquête australienne de santé mentale ($N = 10,641$), les scores de la K10 ont montré une association quasi-linéaire avec la prévalence des troubles affectifs et anxieux diagnostiqués via le CIDI. Chez les répondants situés dans le décile supérieur de la K10, la prévalence des troubles sur 30 jours dépassait 65 %, contre moins de 2 % chez ceux situés dans les trois déciles inférieurs.
- Les corrélations avec la composante mentale du SF-36 (Mental Component Summary, MCS) sont fortement négatives (généralement $r = -0,75$ à $-0,81$), confirmant que des scores élevés à la K10 reflètent fidèlement une dégradation prononcée de la qualité de vie liée à la santé psychique.
7.2. Validité prédictive et sensibilité au diagnostic (Analyses ROC)
La capacité de la K10 à identifier les personnes présentant des troubles psychiatriques graves (SMI) a été largement quantifiée par l’analyse des courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) :
- Dans l’échantillon de validation américain de Kessler et al. (2003), l’aire sous la courbe (AUC) pour la détection d’un trouble psychiatrique sévère selon le DSM-IV variait entre 0,88 et 0,92, attestant d’une excellente capacité discriminante.
- Pour le dépistage de tout trouble anxieux ou dépressif au cours des 30 derniers jours, Andrews et Slade (2001) ont rapporté une AUC de 0,89. Un score seuil fixé à $ge 22$ offre une sensibilité d’environ 80 % pour une spécificité de 85 %, tandis qu’un seuil plus strict fixé à $ge 30$ identifie les cas hautement sévères avec une spécificité excédant 96 %.
7.3. Validité discriminante
La validité discriminante a été démontrée par la capacité de l’échelle à dissocier la morbidité psychologique des limitations exclusivement physiques. Les corrélations entre la K10 et la composante physique du SF-36 (Physical Component Summary, PCS) restent modestes ($r = -0,20$ à $-0,32$). De plus, les questions d’attribution causale annexées à la K10 (Item Q8 demandant dans quelle mesure les troubles de santé physique expliquent ces ressentis) permettent de contrôler efficacement les interférences somatiques chez les personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques.
8. Fidélité / Reliability
Les indices de fidélité de la K10 ont été corroborés par des investigations indépendantes menées sur des centaines de milliers de répondants à travers le monde.
8.1. Cohérence interne (Internal Consistency)
L’échelle affiche une homogénéité interne remarquable qui ne souffre d’aucune redondance excessive :
- Alpha de Cronbach ($\alpha$) : Les études initiales de Kessler et al. (2002, 2003) ont mis en évidence un coefficient $\alpha = 0,93$ dans l’échantillon représentatif de la population américaine. Dans l’enquête australienne (Andrews & Slade, 2001), l’alpha atteignait également 0,93.
- Des validations transculturelles ultérieures ont confirmé cette stabilité : $\alpha = 0,92$ au Canada (Caron, 2011), $\alpha = 0,91$ en France et en population francophone européenne, $\alpha = 0,92$ au Japon (Furukawa et al., 2008), et $\alpha = 0,94$ en milieu clinique spécialisé.
- Corrélations item-total corrigées : Toutes les corrélations item-score total se situent dans un intervalle robuste de 0,63 à 0,81, aucun item n’affaiblissant la consistance globale de l’outil lors de son retrait.
8.2. Fidélité test-retest et stabilité temporelle
Bien que la détresse psychologique soit un état dynamique susceptible de fluctuer en réponse à des stresseurs environnementaux récents, la stabilité métrologique à court terme demeure élevée :
- Sur un intervalle de retest de 24 à 48 heures, le coefficient de corrélation intraclasse (ICC) est typiquement de 0,88 à 0,92.
- Sur un intervalle d’une à deux semaines (sans intervention thérapeutique), l’ICC se stabilise autour de 0,78 à 0,84, ce qui reflète à la fois une excellente stabilité instrumentale et une sensibilité adéquate aux variations réelles de l’état clinique.
- L’erreur standard de mesure (SEM) est estimée entre 1,8 et 2,4 points sur l’échelle de 10 à 50, permettant de déterminer qu’un changement clinique significatif (Reliable Change Index, RCI) nécessite généralement une modification de score minimale de 5 à 6 points.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la K10 a fait l’objet d’abondants débats académiques, opposant une conceptualisation strictement unidimensionnelle à des modèles bi-factoriels ou corrélés.
9.1. Modèle unidimensionnel vs. Modèle à deux facteurs corrélés
Dans les travaux initiaux de Kessler et al. (2002), les analyses factorielles exploratoires (AFE) basées sur les matrices de corrélation polychoriques ont systématiquement extrait un premier facteur dominant expliquant entre 65 % et 72 % de la variance totale. Les saturations factorielles de l’ensemble des 10 items sur ce facteur général de détresse psychologique s’avèrent massives, s’échelonnant de 0,68 à 0,88 :
- Item depressed : $\lambda \approx 0,87$
- Item hopeless : $\lambda \approx 0,86$
- Item worthless : $\lambda \approx 0,83$
- Item nervous : $\lambda \approx 0,78$
- Item restless or fidgety : $\lambda \approx 0,72$
- Item tired out for no good reason : $\lambda \approx 0,69$
Cependant, les analyses factorielles confirmatoires (AFC) conduites dans plusieurs cohortes indépendantes (notamment par Sunderland et al., 2012 ; Brooks et al., 2006) révèlent que le modèle à deux facteurs corrélés (Facteur 1 : Dépression / Anhédonie / Fatigue [items a, d, g, h, i, j] ; Facteur 2 : Anxiété / Agitation psychomotrice [items b, c, e, f]) présente une adéquation statistique légèrement supérieure aux critères conventionnels :
- Indice de comparaison de Bentler (CFI) : 0,98 (contre 0,94 pour le modèle unidimensionnel strict)
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) : 0,97
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : 0,042 [IC 90 %: 0,038 – 0,046]
- Corrélation inter-facteurs : $r \approx 0,82$ à $0,88$, indiquant un chevauchement conceptuel massif justifiant l’usage clinique du score global sommé.
9.2. Le modèle bifactoriel (Bifactor Model)
L’introduction récente de modélisations bi-factorielles a permis de réconcilier ces perspectives. Dans un modèle bi-factoriel, chaque item s’explique simultanément par un facteur général de détresse ($G$) et par des facteurs spécifiques de groupe (Anxiété et Dépression). Le calcul du coefficient d’oméga hiérarchique ($\omega_h$) dépasse régulièrement 0,85 pour le facteur général, alors que les omégas hiérarchiques des facteurs spécifiques résiduels tombent sous le seuil de 0,25. Cela démontre empiriquement que plus de 80 % de la variance fiable du score composite K10 est attribuable au trait général de détresse psychologique, validant définitivement la pratique consistant à utiliser un score total unique dans les analyses épidémiologiques et le dépistage de routine.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de mesure K10 se caractérise par sa concision et sa facilité d’administration. Il se présente sous la forme suivante :
- Type de test : Questionnaire d’auto-évaluation dimensionnelle (auto-rapporté) ou administrable par entretien structuré face-à-face / téléphonique (CATI).
- Format : 10 items principaux mesurant la détresse au cours des 30 derniers jours, complétés par des questions d’impact fonctionnel (jours d’incapacité, consultations médicales, attribution physique).
- Temps de passation : Environ 2 à 3 minutes en auto-passation ; 3 à 5 minutes en hétéro-évaluation.
- Échelle de réponse (Items Q1a à Q1j) : Échelle ordinale en 5 points :
- 1 = Tout le temps (All of the time)
- 2 = La plupart du temps (Most of the time)
- 3 = Une partie du temps (Some of the time)
- 4 = Un peu de temps (A little of the time)
- 5 = Jamais (None of the time)
- Options conditionnelles (enquêteur) : 8 = Ne sait pas ; 9 = Refus.
- Schémas de cotation et calcul du score :
- Cotation standard internationale / australienne : Les items sont recodés inversement afin que des valeurs plus élevées reflètent une détresse accrue (Aucunement = 1 point, Un peu = 2 points, Une partie = 3 points, La plupart = 4 points, Tout le temps = 5 points). Le score total varie de 10 à 50.
- Cotation alternative (K6/K10 américaine) : Cotation de 0 à 4 (Aucunement = 0, Tout le temps = 4). Le score total varie alors de 0 à 40.
- Seuils d’interprétation clinique usuels (échelle 10-50, selon l’Australian Bureau of Statistics & Andrews & Slade) :
- 10 à 15 points : Détresse faible (état psychologique probablement normal ; aucun besoin d’intervention spécifique).
- 16 à 21 points : Détresse modérée (symptomatologie légère pouvant correspondre à un trouble d’adaptation ou un état sous-syndromique ; surveillance recommandée).
- 22 à 29 points : Détresse élevée (probabilité substantielle de répondre aux critères d’un trouble anxieux ou dépressif caractérisé ; évaluation clinique recommandée).
- 30 à 50 points : Détresse très élevée (risque critique de trouble psychiatrique sévère ; intervention spécialisée urgente indiquée).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement et publication officielle : Conçue entre 1999 et 2001, l’échelle a été formellement validée et publiée dans ses versions de référence en 2002 (Psychological Medicine) et 2003 (Archives of General Psychiatry).
- Propriété intellectuelle et droits : L’échelle K10 a été développée dans le cadre de projets financés par le gouvernement fédéral des États-Unis (SAMHSA) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ronald C. Kessler et ses co-auteurs ont placé l’échelle dans le domaine public pour la recherche clinique, académique et l’usage en santé publique non commerciale.
- Tarifs d’utilisation : Gratuit (aucun coût de licence ni redevance pour les contextes cliniques, universitaires et épidémiologiques).
- Conditions d’utilisation : Aucune autorisation écrite préalable n’est requise pour une utilisation non commerciale standard, sous réserve de citer scrupuleusement les publications sources originales des auteurs (Kessler et al., 2002, 2003). Pour une intégration commerciale dans des logiciels propriétaires ou des essais cliniques industriels, il convient de se référer aux directives du département de politique de santé de la Harvard Medical School.
12. Références / References
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- Brooks, R. T., Beard, J., & Steel, Z. (2006). Factor structure and psychometric properties of the Kessler Psychological Distress Scale (K10) in an Australian population with chronic illness. Australian and New Zealand Journal of Public Health, 30(2), 156–160. https://doi.org/10.1111/j.1467-842x.2006.tb00110.x
- Caron, J. (2011). Échelle de détresse psychologique de Kessler (K6/K10) : Propriétés psychométriques dans une population québécoise. Santé mentale au Québec, 36(1), 227–244. https://doi.org/10.7202/1005990ar
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- Kessler, R. C., Barker, P. R., Colpe, L. J., Epstein, J. F., Gfroerer, J. C., Hiripi, E., Howes, M. J., Normand, S.-L. T., Manderscheid, R. W., Walters, E. E., & Zaslavsky, A. M. (2003). Screening for serious mental illness in the general population. Archives of General Psychiatry, 60(2), 184–189. https://doi.org/10.1001/archpsyc.60.2.184
- Kessler, R. C., Green, J. G., Gruber, M. J., Sampson, N. A., Bromet, E., Cuitan, M., Furukawa, T. A., Gureje, O., Hinkov, H., Hu, C. Y., Lara, C., Lee, S., Mneimneh, Z., Myer, L., Oakley-Browne, M., Posada-Villa, J., Sagar, R., Viana, M. C., & Zaslavsky, A. M. (2010). Screening for serious mental illness in the general population with the K6 screening scale: Results from the WHO World Mental Health (WMH) survey initiative. International Journal of Methods in Psychiatric Research, 19(S1), 4–22. https://doi.org/10.1002/mpr.310
- Sunderland, M., Slade, T., Stewart, G., & Andrews, G. (2012). Assessing the dimensionality of the Kessler Psychological Distress Scale (K10) and its short form (K6) in a national sample. Psychological Assessment, 24(4), 989–997. https://doi.org/10.1037/a0028246