1. Résumé / Abstract
L’Échelle de dépression masculine (Masculine Depression Scale, MDS), développée par les psychologues cliniciens Mariola Magovcevic et Michael E. Addis en 2008, constitue un instrument psychométrique novateur conçu pour évaluer les manifestations dépressives spécifiques modulées par les normes traditionnelles de genre chez les hommes. Historiquement, l’épidémiologie psychiatrique a mis en évidence un paradoxe tenace : bien que les femmes reçoivent deux fois plus de diagnostics d’épisode dépressif caractérisé selon les critères conventionnels du DSM, les hommes présentent des taux de décès par suicide trois à quatre fois supérieurs. Ce phénomène a conduit les chercheurs à formuler l’hypothèse d’un sous-diagnostic massif résultant de critères cliniques historiquement orientés vers les symptômes d’intériorisation (tristesse manifeste, pleurs, sentiment de vulnérabilité).
La MDS a été élaborée pour combler cette lacune diagnostique en mesurant un spectre élargi de la détresse masculine. L’outil se compose de 44 items auto-rapportés répartis en deux sous-échelles conceptuellement et empiriquement distinctes : la dimension Internalisante (22 items, évaluant le sentiment d’impuissance, la perte de contrôle, la déconnexion émotionnelle, l’anhédonie et les dysfonctions somatiques/sexuelles) et la dimension Externalisante (22 items, captant l’irritabilité, les explosions de colère, la toxicomanie, la consommation excessive d’alcool, le surinvestissement compulsif dans le travail et les comportements à risque). Les participants répondent sur une échelle ordinale de type Likert en 4 points (allant de 1 = « none or little of the time » à 4 = « all of the time »).
Les études de validation psychométrique démontrent d’excellentes qualités de mesure : la sous-échelle internalisante présente une cohérence interne remarquable (alpha de Cronbach de 0,96), tandis que la sous-échelle externalisante affiche une fidélité satisfaisante (alpha de Cronbach de 0,77 à 0,82 selon les cohortes). Les analyses factorielles confirmatoires appuient la validité de construit de cette modélisation bidimensionnelle. La MDS représente un levier clinique et scientifique fondamental pour dépister la dépression « masquée » ou atypique chez les hommes, réduire la stigmatisation liée à la demande d’aide et prévenir les passages à l’acte suicidaires.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle de dépression masculine, Masculine Depression Scale, dépression masculine, masculinité hégémonique, détresse externalisante, conflit de rôle de genre, alexithymie normative, psychométrie, évaluation clinique, suicide masculin, santé mentale des hommes, comportements à risque.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de dépression masculine (MDS) a été conçue et validée par une équipe de chercheurs du département de psychologie de l’Université Clark (Worcester, Massachusetts, États-Unis) :
- Mariola Magovcevic, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse spécialisée dans la psychopathologie masculine, l’intersection entre le genre et les troubles de l’humeur, et l’adaptation des instruments diagnostiques psychométriques. Affiliation lors du développement : Clark University, Department of Psychology.
- Michael E. Addis, Ph.D. : Professeur titulaire de psychologie clinique à l’Université Clark, directeur du Men’s Well-Being Research Group, auteur de référence international sur les normes masculines, la dépression chez les hommes, l’aide psychologique et les constructions sociales de la vulnérabilité masculine. Contact institutionnel : Clark University, 950 Main Street, Worcester, MA 01610, États-Unis. Courriel institutionnel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Masculine Depression Scale (MDS) est d’identifier, de quantifier et de déconstruire la symptomatologie dépressive telle qu’elle s’exprime sous l’influence des normes de genre masculines occidentales. Les systèmes de classification nosographiques dominants, à l’instar du CIM de l’OMS et du DSM de l’American Psychiatric Association, ont historiquement modélisé la dépression majeure autour d’un phénotype internalisant caractérisé par une humeur dépressive verbalisée, des pleurs fréquents, une dévalorisation de soi et une tristesse exprimée. Or, la socialisation masculine traditionnelle proscrit formellement la manifestation de telles vulnérabilités affectives, associées dans l’imaginaire collectif à la faiblesse, à la féminité ou à l’échec personnel.
Face à cette injonction sociale, de nombreux hommes en détresse psychologique sévère développent des mécanismes d’adaptation alternatifs ou des formes de dépression « masquée » (masked depression) ou « dissimulée » (covert depression). Plutôt que d’extérioriser leur souffrance par des larmes ou des confessions verbales, ils canalisent leur détresse par le biais d’un registre externalisant : crises de colère inexpliquées, agressivité verbale ou physique, abus de substances psychoactives (alcool, drogues récréatives), bourreau de travail (workaholism), prise de risques inconsidérés et repli émotionnel hostile. Dans les questionnaires traditionnels tels que l’Inventaire de dépression de Beck (BDI-II) ou le Patient Health Questionnaire (PHQ-9), ces hommes obtiennent fréquemment des scores sous-cliniques, masquant une détresse aiguë susceptible d’aboutir à une désintégration psychosociale ou à un suicide brutal.
La MDS répond à cette faille méthodologique et clinique majeure en poursuivant plusieurs visées opérationnelles :
- Optimisation du dépistage clinique : Fournir aux psychiatres, médecins généralistes et psychothérapeutes un outil d’évaluation sensible aux signaux d’alarme atypiques émis par les patients masculins, évitant ainsi le sous-diagnostic et l’absence de prise en charge thérapeutique adaptée.
- Détection précoce du risque suicidaire : Identifier la détresse psychique chez des hommes n’exprimant pas d’affects dépressifs classiques mais présentant une agitation, une anesthésie émotionnelle profonde et des conduites destructrices associées à un risque létal élevé.
- Recherche fondamentale en psychologie du genre : Explorer empiriquement les relations complexes entre l’adhésion aux normes de masculinité hégémonique (autonomie inflexible, primat de la réussite, contrôle émotionnel rigide) et la trajectoire développementale des troubles affectifs.
- Personnalisation des protocoles d’intervention : Aider les cliniciens à adapter les thérapies cognitives et comportementales (TCC) et les interventions psychodynamiques en ciblant spécifiquement la restructuration des croyances dysfonctionnelles liées au rôle de genre masculin.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit théorique opérationnalisé par l’Échelle de dépression masculine repose sur une architecture bidimensionnelle qui intègre à la fois les symptômes affectifs congruents avec le genre et les manifestations dépressives traditionnelles réinterprétées à travers le prisme de l’identité masculine. Ces deux dimensions se déclinent comme suit :
1. La Dimension Internalisante (Internalizing Dimension)
Contrairement à l’internalisation classique qui valorise l’aveu de la tristesse, la sous-échelle internalisante de la MDS explore la détresse affective sous l’angle de la faillite du sentiment d’efficacité personnelle, du statut et du contrôle. Elle saisit la souffrance intériorisée résultant de l’incapacité perçue à satisfaire aux exigences normatives du rôle d’homme fort, protecteur et pourvoyeur :
- Perte de puissance et impuissance acquise : Traduite par des items évaluant le sentiment d’avoir perdu sa force vitale, de ne plus être « l’homme qu’on était autrefois » (« I am not the man I used to be ») et de ne plus être à la hauteur des attentes sociales ou familiales.
- Anesthésie affective et dissociation émotionnelle : Plutôt que d’éprouver une tristesse active, les hommes rapportent une vacuité émotionnelle complète, une incapacité physique ou psychique à pleurer en dépit d’une souffrance intense (« I think about crying, but I can’t cry »), traduisant un phénomène d’engourdissement affectif (emotional numbness).
- Tensions somatiques et algies inexpliquées : La conversion corporelle de la détresse psychologique constitue un vecteur prépondérant de l’expression masculine du mal-être, se manifestant par des céphalées récurrentes, des douleurs musculaires diffuses et une sensation de poids oppressant sur la poitrine.
- Inadéquation et anxiété de performance sexuelle : La sexualité étant un pilier central de l’estime de soi masculine dans les sociétés occidentales, la dépression internalisante altère drastiquement le sentiment d’identité sexuelle virile, générant des ruminations sur la performance et un sentiment d’inadéquation érectile ou relationnelle.
2. La Dimension Externalisante (Externalizing Dimension)
La sous-échelle externalisante opérationnalise les comportements de décharge motrice, d’évitement comportemental et de projection de la détresse vers l’environnement extérieur. Ces manifestations sont socialement plus « tolérées » ou prescrites chez les hommes comme substituts à l’expression de la vulnérabilité :
- Irritabilité, hostilité et fureur projective : Conformément à l’adage clinique capté par l’item 37 (« I don’t get sad, I get mad »), la tristesse est métabolisée sous forme d’agressivité réactive, d’un seuil de tolérance à la frustration extrêmement bas (« short fuse »), de violences verbales ou de destruction physique d’objets.
- Automédication et consommation de substances : Utilisation de l’alcool et des drogues illicites ou récréatives comme anesthésiants pharmacologiques destinés à réguler temporairement la souffrance psychologique et l’anxiété insupportable.
- Fuite compulsive dans l’activité et bourreau de travail : Surinvestissement défensif dans la sphère professionnelle ou académique permettant d’éviter la confrontation introspective aux conflits intérieurs, aux échecs relationnels et à la détresse émotionnelle sous-jacente.
- Hypersexualité compensatoire ou pulsionnelle : Utilisation du comportement sexuel non comme un partage intime, mais comme un régulateur externe de l’humeur visant à valider narcissiquement sa valeur et à atténuer temporairement le désespoir.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise conceptuelle de l’Échelle de dépression masculine s’articule autour de plusieurs théories majeures issues de la psychologie sociale, de la sociologie critique et des théories du genre appliquées à la psychopathologie :
Le paradigme de la tension liée au rôle de genre (Gender Role Strain Paradigm)
Formulé initialement par Joseph Pleck (1981, 1995), ce paradigme postule que les rôles de genre ne sont pas des entités biologiques immuables, mais des constructions socio-culturelles normatives imposant des standards rigides et souvent contradictoires. Pleck identifie notamment la tension de dysfonctionnement de rôle (lorsque la conformité aux normes masculines engendre des conséquences psychologiques néfastes pour l’individu) et la tension de traumatisme de rôle. Dans cette optique, l’injonction à réprimer toute faiblesse émotionnelle amène les hommes à canaliser leur détresse par des voies comportementales destructrices plutôt que de recourir à l’introspection ou au soutien social.
Le modèle du conflit de rôle de genre (Gender Role Conflict Theory)
Développé par James O’Neil (1986, 2008), le modèle du conflit de rôle de genre (Gender Role Conflict, GRC) soutient que l’intériorisation de règles de genre rigides génère une détresse psychologique intrapersonnelle et interpersonnelle. O’Neil décrit quatre dimensions fondamentales : le succès/pouvoir/compétition, la restriction affective, le comportement affectif restreint entre hommes, et les conflits entre travail et relations familiales. La MDS mesure précisément les conséquences dépressives directes de la faillite perçue dans ces domaines : lorsqu’un homme sent qu’il n’exerce plus de pouvoir ou qu’il ne « fait plus le poids », l’impossibilité de verbaliser cette angoisse le précipite dans l’externalisation hostile ou l’effondrement silencieux.
L’alexithymie masculine normative (Normative Male Alexithymia)
Théorisée par Ronald Levant (1992, 1998), l’alexithymie masculine normative postule que les garçons, dès leur plus jeune âge, subissent un conditionnement socioculturel les incitant à déconnecter leur appareil cognitif de leurs sensations somato-affectives de tristesse, de peur ou de dépendance. Seules les émotions liées au pouvoir, à l’assurance et à la colère demeurent autorisées. Ainsi, lorsqu’un épisode dépressif survient, l’homme ne possède ni le vocabulaire affectif ni l’autorisation psychologique d’identifier son état comme de la « dépression », ce qui se traduit par des plaintes somatiques inexpliquées (céphalées, tensions musculaires) et des explosions d’agressivité.
Le concept de dépression masquée et couverte
Dans l’ouvrage clinique fondateur de Terrence Real (1997), I Don’t Want to Talk About It: Overcoming the Secret Legacy of Male Depression, l’auteur décrit la dépression « couverte » (covert depression). Real démontre comment les hommes déploient des défenses actives — addictions, comportements compulsifs, attaques verbales envers l’entourage — pour se barricader contre l’expérience intolérable de la vulnérabilité dépressive. La MDS de Magovcevic et Addis opérationnalise rigoureusement sur le plan psychométrique ces observations cliniques qualitatives.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la MDS a été scrupuleusement documentée dans l’étude princeps de Magovcevic et Addis (2008), ainsi que dans des réplications empiriques ultérieures menées auprès d’échantillons universitaires, communautaires et cliniques.
Validité de construit et validité factorielle
La validité de construit est étayée par la distinction nette entre les deux composantes de l’échelle. L’analyse démontre que la dépression chez l’homme n’est pas un phénomène unidimensionnel déguisé, mais une structure bifactorielle où les symptômes externalisants complètent les symptômes internalisants sans s’y substituer totalement. Les analyses factorielles confirmatoires ont validé la supériorité statistique d’un modèle à deux facteurs corrélés par rapport à un modèle unidimensionnel standard.
Validité convergente
La validité convergente a été établie par la corrélation systématique de la MDS avec des instruments de référence :
- Corrélation avec les échelles de dépression traditionnelles : La sous-échelle internalisante présente de très fortes corrélations positives avec le Center for Epidemiologic Studies Depression Scale (CES-D) (r = 0,81 à 0,87, p < 0,001) et avec le BDI-II, confirmant qu’elle capte l’essence de la détresse affective dépressive. La sous-échelle externalisante présente quant à elle des corrélations modérées à élevées avec ces mêmes instruments (r = 0,44 à 0,56, p < 0,001), attestant qu’elle partage une variance commune avec la dépression générale tout en mesurant des facettes non couvertes par les échelles classiques.
- Corrélation avec les mesures de masculinité : La sous-échelle externalisante corrèle de manière significative et positive avec les sous-échelles de l’Inventaire de conformité aux normes masculines (CMNI) de Mahalik et al., notamment la violence, le dédain de l’homosexualité, le contrôle émotionnel et la prise de risques.
Validité discriminante
La validité discriminante est attestée par le fait que la sous-échelle externalisante se distingue nettement des mesures d’anxiété généralisée pure ou d’affectivité négative diffuse. De plus, lorsqu’on contrôle le niveau de dépression générale mesuré par le CES-D, la sous-échelle externalisante de la MDS continue de prédire spécifiquement des variables de dysfonctionnement masculin telles que la consommation problématique d’alcool (Alcohol Use Disorders Identification Test, AUDIT), les infractions agressives et l’absence totale de recours aux soins psychologiques.
Validité prédictive
La MDS démontre une excellente validité prédictive à l’égard de critères cliniques cruciaux : les scores élevés sur la dimension externalisante prédisent de manière robuste l’idéation suicidaire impulsive, les ruptures conjugales violentes et l’épuisement professionnel sévère chez les hommes dont les scores aux échelles DSM classiques étaient pourtant jugés bénins ou modérés.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation des propriétés de fidélité de l’Échelle de dépression masculine confirme la remarquable robustesse métrologique de ses items :
Cohérence interne (Homogénéité)
Dans l’échantillon initial de développement et de validation (Magovcevic & Addis, 2008), la cohérence interne a été quantifiée via le calcul des coefficients alpha de Cronbach :
- Sous-échelle Internalisante : Présente une cohérence interne exceptionnellement élevée avec un coefficient α = 0,96. Cette valeur indique une homogénéité remarquable des 22 items composant cette dimension, sans redondance sémantique excessive. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent entre 0,62 et 0,85.
- Sous-échelle Externalisante : Affiche une consistance interne satisfaisante avec un coefficient α = 0,77 dans l’étude originale, oscillant entre 0,79 et 0,83 dans des études indépendantes ultérieures. Étant donné la diversité comportementale des conduites externalisantes (conduites addictives, colère motrice, bourreau de travail), cette valeur reflète une excellente cohésion psychométrique pour un construit intrinsèquement hétérogène.
- Échelle Globale : La fidélité globale composite de l’instrument totalise un alpha de Cronbach supérieur à 0,93.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Des sous-échantillons réévalués à un intervalle de deux à quatre semaines démontrent une stabilité temporelle satisfaisante (coefficients de corrélation intraclasse ICC > 0,82 pour l’échelle internalisante et ICC > 0,74 pour l’échelle externalisante), confirmant que la MDS capte un état dépressif durable plutôt qu’une simple fluctuation thymique transitoire, tout en conservant une sensibilité thérapeutique mesurable face au changement clinique au cours d’une psychothérapie.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le développement de la MDS a suivi une démarche psychométrique rigoureuse en plusieurs phases d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) :
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Initialement, un ensemble plus vaste d’items générés à partir d’entretiens qualitatifs avec des hommes et de recensions théoriques a été soumis à une extraction en composantes principales et à une factorisation en axes principaux avec rotation oblique (Promax), en raison de la corrélation théorique attendue entre les dimensions de détresse. Le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1) et le test du coude de Cattell (Scree Test) ont unanimement convergé vers une solution à deux facteurs dominants :
- Facteur 1 (Symptômes internalisants masculins) : Expliquant la part prépondérante de la variance totale, ce facteur rassemble les items liés à la perte d’énergie vitale, au sentiment de faillite personnelle, au blocage des pleurs, à la détresse somatique et à l’impuissance. Les saturations factorielles des items sur ce facteur sont particulièrement vigoureuses, oscillant pour la plupart entre 0,60 et 0,87.
- Facteur 2 (Symptômes externalisants) : Ce facteur agrège les conduites de projection, la toxicomanie, les crises de colère destructrices et la compensation par le travail. Les saturations factorielles s’étendent de 0,40 à 0,76, démontrant une appartenance factorielle nette sans interférence croisée majeure (cross-loadings < 0,30 pour la quasi-totalité des items conservés).
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les modélisations par équations structurelles (SEM) ont comparé plusieurs modèles concurrents : un modèle à un facteur général (dépression indifférenciée), un modèle à deux facteurs orthogonaux, et un modèle à deux facteurs corrélés. Les indices d’ajustement ont sans équivoque démontré la supériorité absolue du modèle bidimensionnel corrélé :
- Comparative Fit Index (CFI) > 0,92
- Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,91
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) = 0,054 (IC 90% [0,048, 0,060])
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) = 0,058
Ces indices corroborent la structure théorique postulée : la détresse masculine s’exprime par deux voies phénoménologiques complémentaires, interconnectées mais non redondantes.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle de dépression masculine se présente sous la forme d’un questionnaire standardisé à passation individuelle ou collective :
- Type de test : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (Self-report questionnaire).
- Population cible : Conçu prioritairement pour les hommes adultes (à partir de 18 ans), bien qu’utilisable en recherche comparative auprès d’adolescents plus âgés ou de populations féminines pour tester l’invariance de mesure liée au genre.
- Nombre total d’items : 44 items rédigés sous forme d’énoncés affirmatifs à la première personne du singulier.
- Format et échelle de réponse : Échelle de fréquence ordinale de type Likert en 4 points :
• 1 = none or little of the time (rarement ou jamais)
• 2 = some of the time (parfois)
• 3 = most of the time (la plupart du temps)
• 4 = all of the time (tout le temps) - Durée d’administration : Environ 10 à 15 minutes.
- Modalités de cotation et calcul des scores :
- Score de la sous-échelle Internalisante : Somme des scores attribués aux items 1 à 23 et 25 à 33 (ou calcul de la moyenne de ces items). Évalue la perte de contrôle, l’impuissance, les douleurs somatiques et le repli anesthésiant.
- Score de la sous-échelle Externalisante : Somme des scores attribués aux items 24, 34 à 44 (ou calcul de la moyenne de ces items). Évalue l’irritabilité hostile, l’agressivité, l’usage de substances, l’inhibition des pleurs et le surinvestissement du travail.
- Score Total MDS : Somme globale des 44 items, fournissant un indice composite de détresse masculine totale (l’étendue théorique des scores totaux s’échelonne de 44 à 176).
- Interprétation clinique : Un score externalisant anormalement élevé en présence d’un score internalisant modéré constitue un signal d’alerte clinique typique de dépression masculine masquée, nécessitant une exploration diagnostique approfondie des risques impulsifs et suicidaires.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de parution officielle : 2008.
- Propriété intellectuelle et Copyright : © 2008 American Psychological Association (APA). Les droits de l’article scientifique et de l’instrument sont détenus par l’APA et les auteurs (Mariola Magovcevic et Michael E. Addis).
- Politique d’utilisation et accès pour la recherche : L’instrument est disponible gratuitement à des fins de recherche académique, scientifique et clinique non commerciale. Les chercheurs et cliniciens sont invités à se référer à la publication princeps parue dans la revue Psychology of Men & Masculinity.
- Utilisation commerciale : Toute reproduction commerciale, intégration dans des logiciels payants ou inclusion dans des batteries de tests tarifées requiert une autorisation écrite préalable formelle auprès du service des permissions de l’American Psychological Association (APA Permissions Department).
12. Références / References
Les sources scientifiques suivantes constituent le fondement théorique et psychométrique de l’Échelle de dépression masculine :
- Addis, M. E. (2008). Gender and depression in men. Clinical Psychology: Science and Practice, 15(3), 153–168. https://doi.org/10.1111/j.1468-2850.2008.00125.x
- Addis, M. E., & Mahalik, J. R. (2003). Men, masculinity, and the contexts of help seeking. American Psychologist, 58(1), 5–14. https://doi.org/10.1037/0003-066X.58.1.5
- Connell, R. W., & Messerschmidt, J. W. (2005). Hegemonic masculinity: Rethinking the concept. Gender & Society, 19(6), 829–859. https://doi.org/10.1177/0891243205278639
- Levant, R. F. (1998). Desperately seeking language: Understanding, assessing, and treating normative male alexithymia. In W. S. Pollack & R. F. Levant (Eds.), New psychotherapy for men (pp. 35–56). John Wiley & Sons.
- Magovcevic, M., & Addis, M. E. (2008). The Masculine Depression Scale: Development and psychometric evaluation. Psychology of Men & Masculinity, 9(3), 117–132. https://doi.org/10.1037/1524-9220.9.3.117
- Mahalik, J. R., Locke, B. D., Ludlow, L. H., Diemer, M. A., Scott, R. P., Gottfried, M., & Freitas, G. (2003). Development of the Conformity to Masculine Norms Inventory. Psychology of Men & Masculinity, 4(1), 3–25. https://doi.org/10.1037/1524-9220.4.1.3
- O’Neil, J. M. (2008). Summarizing 25 years of research on men’s gender role conflict using the Gender Role Conflict Scale: New research paradigms and clinical implications. The Counseling Psychologist, 36(3), 358–445. https://doi.org/10.1177/0011000008317057
- Pleck, J. H. (1995). The gender role strain paradigm: An update. In R. F. Levant & W. S. Pollack (Eds.), A new psychology of men (pp. 11–32). Basic Books.
- Real, T. (1997). I don’t want to talk about it: Overcoming the secret legacy of male depression. Scribner.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale: 1 = none or little of the time, 2 = some of the time, 3 = most of the time, 4 = all of the time
- I don’t feel as powerful
- I’ve felt trapped
- When I am with people I don’t feel part of things
- I haven’t measured up
- I don’t feel as confident about my decisions
- I’ve felt like I am in a pit
- The odds are against me
- I’ve felt like things are out of my control
- I just can’t win
- I’ve been less interested in succeeding
- I am more tense than usual
- I feel like I won’t be able to keep up with my responsibilities
- I’ve felt like I have a heavy weight on my chest
- I’ve failed a lot
- I haven’t been interested in getting ahead
- I am not the man I used to be
- I haven’t felt anything
- I’ve pulled back from family and friends
- People don’t understand what is going on with me
- I’ve been numb
- I’ve had unexplained aches and pains
- I’ve been keeping to myself
- I keep hitting a wall
- I’ve had lots of reasons to cry‚ but I haven’t cried
- I haven’t felt like a sexual man
- My muscles have been tense
- I’ve been inadequate sexually
- No one gives me a break
- I am down but it seems best to keep it to myself
- I think about crying‚ but I can’t cry
- I’ve been concerned about my performance sexually
- I’ve gotten frequent headaches
- My body has been aching
- I’ve yelled at people or things
- I’ve had a short fuse
- I got so angry I smashed or punched something
- I don’t get sad‚ I get mad
- I have been drinking a lot
- I have used recreational drugs a lot
- It has been easier to focus on work or school than the rest of my life
- Alcohol or drugs have helped me feel better
- I’ve been under constant pressure
- I’ve needed to handle my problems on my own
- I’ve needed more sex than usual to feel good