Échelle de dépression du Centre d’études épidémiologiques pour enfants (CES-DC)

L’Échelle de dépression du Centre d’études épidémiologiques pour enfants (CES-DC) est un instrument auto-rapporté de 20 items évaluant les symptômes dépressifs chez les jeunes de 6 à 17 ans.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

L’Échelle de dépression du Centre d’études épidémiologiques pour enfants (Centre for Epidemiological Studies Depression Scale for Children, CES-DC) est un instrument psychométrique auto-rapporté conçu pour le dépistage épidémiologique et l’évaluation de la sévérité de la symptomatologie dépressive chez les enfants et adolescents âgés de 6 à 17 ans. Développée initialement par Weissman, Orvaschel et Padian (1980) aux États-Unis, cette échelle constitue une adaptation directe de la forme adulte élaborée par Lenore Radloff (CES-D, 1977). L’objectif premier de cette adaptation était de simplifier la formulation linguistique de certains énoncés afin de les rendre parfaitement intelligibles pour des cohortes pédiatriques, tout en préservant l’intégrité conceptuelle des construits évalués dans la version originale.

Le questionnaire est composé de 20 items mesurant la fréquence d’apparition de manifestations cognitives, affectives, comportementales et somatiques au cours de la semaine écoulée. Les réponses sont recueillies sur une échelle ordinale de type Likert en 4 points, graduée de 0 (« Not at all » / Pas du tout) à 3 (« A lot » / Beaucoup). Afin de mitiger les biais de réponse systématiques et la complaisance d’acquiescement, quatre énoncés formulés positivement font l’objet d’une cotation inversée (items 4, 8, 12 et 16). Le score total cumulé s’étend de 0 à 60 points, les scores plus élevés reflétant une intensité accrue des symptômes dépressifs. Un seuil critique empirique fixé à 15 points ou plus signale la présence d’une symptomatologie dépressive cliniquement significative nécessitant des investigations diagnostiques plus approfondies.

Sur le plan métrologique, la CES-DC présente des qualités psychométriques rigoureuses, documentées au sein d’une multiplicité de contextes culturels et linguistiques (notamment en Allemagne, en Iran, en Chine, en Suède et en Espagne). Les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) oscillent généralement entre .71 et .91. La stabilité temporelle test-retest s’avère robuste chez les adolescents (.70 à .85), bien qu’elle fléchisse chez les enfants plus jeunes en raison de la nature fluctuante des états affectifs à ces âges de développement. L’analyse factorielle confirmatoire corrobore globalement la structure tétradimensionnelle originale : affect dépressif, affect positif, ralentissement somatique/inhibition motrice, et difficultés interpersonnelles. Accessible dans le domaine public sans frais d’utilisation, la CES-DC demeure un outil incontournable tant pour la recherche clinique en pédopsychiatrie que pour le repérage de masse en milieu scolaire et communautaire.

2. Mots-clés

CES-DC, dépression pédiatrique, pédopsychiatrie, dépistage épidémiologique, évaluation psychométrique, santé mentale des adolescents, échelle auto-rapportée, affect dépressif, symptomatologie somatique, validité factorielle.

3. Auteurs

L’adaptation de la CES-DC pour la population infanto-juvénile a été formalisée et publiée en 1980 par :

  • Myrna M. Weissman, Ph.D. : Professeure d’épidémiologie et de psychiatrie au Columbia University Vagelos College of Physicians and Surgeons et au New York State Psychiatric Institute (New York, États-Unis). Chercheuse pionnière dans le domaine de la génétique et de l’épidémiologie des troubles de l’humeur.
  • Helen Orvaschel, Ph.D. : Chercheuse clinicienne affiliée à l’époque à l’Université de Pittsburgh et au Western Psychiatric Institute and Clinic, spécialisée dans la psychopathologie développementale et l’évaluation standardisée des troubles affectifs chez l’enfant.
  • Nancy Padian, Ph.D. : Épidémiologiste et biostatisticienne, ayant collaboré aux travaux méthodologiques sur l’adaptation d’échelles épidémiologiques et l’analyse de données de cohortes à l’Université de Californie à Berkeley.

L’instrument repose fondamentalement sur les travaux théoriques et empiriques préalables de Lenore Sawyer Radloff (1977), statisticienne et chercheuse en santé publique au sein du Center for Epidemiological Studies du National Institute of Mental Health (NIMH), conceptrice de l’échelle princeps pour adultes (CES-D).

4. Objectif

Le développement de la CES-DC répond à un impératif épidémiologique majeur : pallier le sous-diagnostic chronique des troubles de l’humeur chez les enfants et les adolescents. Historiquement, la psychopathologie infanto-juvénile a longtemps sous-estimé la prévalence réelle des épisodes dépressifs majeurs dans les cohortes jeunes, ces troubles étant fréquemment masqués par des plaintes somatiques inexpliquées, des troubles des conduites, de l’irritabilité ou des manifestations anxieuses diffuses. Dès lors, concevoir un instrument standardisé, peu invasif et rapide d’administration est devenu une priorité de santé publique afin d’intercepter précocement les trajectoires psychopathologiques délétères avant leur cristallisation à l’âge adulte (Essau et al., 2013).

L’objectif fondamental de la CES-DC est double :

  1. Le repérage de masse (screening épidémiologique) : Identifier, au sein de populations non cliniques (écoles, centres de santé communautaires, cohortes de recherche en santé publique), les enfants et adolescents présentant un niveau anormalement élevé de détresse psychologique et de détresse affective.
  2. Le suivi longitudinal de la trajectoire clinique : Monitorer l’évolution quantitative des symptômes dépressifs au cours du temps, notamment pour jauger l’efficacité d’interventions thérapeutiques, préventives ou pharmacologiques chez des sujets déjà identifiés comme vulnérables.

La justification théorique et méthodologique de cet instrument réside dans la conviction qu’une échelle d’auto-évaluation pédiatrique doit s’ancrer dans l’expérience subjective directe du jeune plutôt que d’être exclusivement médiée par le regard hétéro-rapporté des parents ou des enseignants. Comme l’ont démontré Weissman et al. (1980), il existe fréquemment de profondes discordances entre la perception des parents et l’expérience interne de l’enfant concernant les affects dépressifs : les parents détectent plus aisément les symptômes externalisés (agressivité, baisse des performances académiques, perturbations du sommeil), tandis que les symptômes internalisés (désespoir, sentiment de solitude, angoisse existentielle, mésestime de soi) échappent couramment à l’observation externe.

Il importe de souligner avec rigueur que la CES-DC n’a jamais été construite pour opérer un diagnostic psychiatrique formel d’« épisode dépressif majeur » selon les critères nosographiques du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) ou de la CIM (Classification internationale des maladies). L’outil quantifie une sévérité globale de la symptomatologie au cours d’une fenêtre temporelle circonscrite (la semaine écoulée). Il s’agit d’une mesure de l’état émotionnel actuel (« state ») plutôt que d’un trait structurel de personnalité (« trait »). Par conséquent, un franchissement du seuil clinique de 15 points indique une alerte épidémiologique motivant une consultation pédopsychiatrique ou psychologique approfondie, seule habilitée à poser un diagnostic différentiel et à structurer un plan de soins adapté.

5. Construit psychologique

La CES-DC opérationnalise la dépression chez l’enfant et l’adolescent comme un syndrome multifactoriel intégrant quatre composantes phares, identifiées par Lenore Radloff (1977) et confirmées dans les cohortes juvéniles par de nombreuses analyses factorielles (Bettge et al., 2008 ; Essau et al., 2013 ; Olson & von Knorring, 1997). Ces dimensions couvrent la totalité du spectre phénoménologique des perturbations de l’humeur en période de développement.

1. L’affect dépressif (Depressed Affect)

Cette dimension capture l’expérience émotionnelle centrale de la tristesse pathologique, de la dysphorie et du découragement. Chez l’enfant, elle se traduit non seulement par des pleurs ou un abattement visible, mais aussi par une perception pessimiste de ses compétences et un vécu d’insécurité. Les items illustratifs de ce construit incluent :

  • Item 3 : Incapacité à ressentir de la joie malgré le soutien de l’entourage (« I wasn’t able to feel happy, even when my family or friends tried to help me feel better »).
  • Item 6 : Sentiment d’abattement et d’infélicité (« I felt down and unhappy »).
  • Item 10 : Sentiment de peur et d’insécurité (« I felt scared »).
  • Item 17 : Envie de pleurer (« I felt like crying »).
  • Item 18 : Tristesse ressentie (« I felt sad »).

2. L’affect positif (Positive Affect)

Dans la perspective de Radloff, la dépression ne se caractérise pas uniquement par l’élévation des émotions négatives, mais également par l’extinction ou l’émoussement des émotions positives (anhédonie). Les énoncés de cette sous-échelle sont formulés de manière positive et inversés lors de la cotation. Ils évaluent le sentiment de valeur personnelle, l’optimisme prospectif, la joie spontanée et la capacité d’appréciation ludique :

  • Item 4 : Estime de soi comparative (« I felt like I was just as good as other kids »).
  • Item 8 : Espoir et attente d’événements favorables (« I felt like something good was going to happen »).
  • Item 12 : Bonheur ressenti (« I was happy »).
  • Item 16 : Capacité d’amusement et plaisir vécu (« I had a good time »).

3. Les plaintes somatiques et le ralentissement de l’activité (Somatic and Retarded Activity)

Les manifestations somatovectrices et l’aboulie constituent des marqueurs cardinaux de la dépression pédiatrique. Les enfants expriment couramment leur souffrance interne à travers l’épuisement physique, des perturbations du comportement alimentaire ou du cycle veille-sommeil, et une difficulté d’initiation motrice et cognitive :

  • Item 1 : Hypersensibilité et réactivité excessive à des tracas mineurs (« I was bothered by things that usually don’t bother me »).
  • Item 2 : Anorexie et perte d’appétit (« I did not feel like eating, I wasn’t very hungry »).
  • Item 5 : Troubles de l’attention et de la concentration (« I felt like I couldn’t pay attention to what I was doing »).
  • Item 7 : Fatigue chronique et anénergie (« I felt like I was too tired to do things »).
  • Item 11 : Insomnie et altération de la qualité du sommeil (« I didn’t sleep as well as I usually sleep »).
  • Item 20 : Difficultés d’initiation et sentiment d’effort insurmontable (« It was hard to get started doing things »).

4. Les difficultés interpersonnelles (Interpersonal Problems)

Le retrait relationnel, l’interprétation paranoïde ou hypersensible du regard des pairs et le sentiment de rejet sont au premier plan chez l’adolescent dépressif. Cette sous-échelle saisit l’altération des relations sociales :

  • Item 14 : Solitude subjective et absence perçue d’amis (« I felt lonely, like I didn’t have any friends »).
  • Item 15 : Sentiment d’exclusion ou d’hostilité de la part des pairs (« I felt like kids I know were not being friendly or that they didn’t want to be with me »).
  • Item 19 : Croyance que les autres ne l’aiment pas (« I felt people didn’t like me »).

6. Cadre théorique

Le cadre théorique de la CES-DC repose au confluent de deux courants majeurs de la psychologie contemporaine : l’épidémiologie psychiatrique quantitative initiée par Radloff (1977) et la théorie cognitive de la dépression développée par Aaron T. Beck (1967, 1976).

D’une part, l’approche épidémiologique du NIMH visait à dépasser les clivages des diagnostics catégoriels rigides pour mesurer la dépression sur un continuum dimensionnel au sein de la population générale. Selon ce paradigme, les manifestations dépressives ne surviennent pas selon un modèle binaire (présence/absence), mais selon un gradient quantitatif de sévérité. Radloff a postulé que les composantes centrales du trouble pouvaient être captées sans recourir à des entretiens cliniques complexes, à condition d’isoler les marqueurs affectifs, cognitifs et comportementaux universels de l’humeur dépressive.

D’autre part, la CES-DC fait écho aux postulats fondamentaux de la triade cognitive de Beck. Selon Beck, la vulnérabilité cognitive à la dépression repose sur des schémas dysfonctionnels générant des distorsions négatives systématiques sur trois plans :

  1. La vision de soi : Le sujet se perçoit comme incapable, indigne d’être aimé ou défectueux (reflétée dans la CES-DC par l’item 4 inversé « just as good as other kids » ou l’item 9 « things I did before didn’t work out right »).
  2. La vision du monde et d’autrui : L’entourage est ressenti comme hostile, distant ou rejetant (items 15 et 19).
  3. La vision du futur : Un sentiment d’impuissance et un pessimisme chronique annihilent la capacité de projection positive (item 8 inversé).

En adaptant le vocabulaire pour les jeunes, Weissman et ses collègues (1980) ont également intégré les principes de la psychopathologie développementale formulés notamment par Dante Cicchetti et Michael Rutter. Cette perspective soutient que l’expression des troubles psychopathologiques est modulée par le niveau de maturation cognitive, linguistique et émotionnelle de l’individu. Ainsi, un enfant de 8 ans ne verbalise pas son état dépressif sous la forme d’un « désespoir existentiel » ou d’une « angoisse d’inutilité » (termes fréquemment employés chez l’adulte), mais le formulera à travers des constats directs tels que « I was too tired to do things » (Item 7) ou « I felt like kids I know were not being friendly » (Item 15). La CES-DC ancre donc l’évaluation dans le répertoire phénoménologique accessible à l’enfant d’âge scolaire.

7. Validité

L’évaluation psychométrique de la CES-DC a fait l’objet de multiples investigations empiriques attestant de sa robustesse méthodologique à travers diverses cultures et contextes cliniques.

Validité convergente

La validité convergente de la CES-DC a été établie par sa forte corrélation avec d’autres échelles de dépression pédiatrique reconnues. Doerfler et al. (1988) ont démontré une convergence statistique hautement significative entre la CES-DC et le Children’s Depression Inventory (CDI de Kovacs), avec des coefficients de corrélation de Pearson dépassant régulièrement $r = .70$. De même, Faulstich et al. (1986) ont documenté des associations étroites entre la CES-DC et le Beck Depression Inventory (BDI) chez des adolescents hospitalisés en milieu psychiatrique ($r = .65$ à $.78$). De surcroît, Achenbach (1979) ainsi que Fendrich et al. (1990) ont mis en évidence des corrélations substantielles entre les scores à la CES-DC et les échelles de retrait affectif et de dépression du Child Behavior Checklist (CBCL).

Dans une vaste étude menée en milieu scolaire à Hong Kong, Li, Chung et Ho (2010) ont constaté une corrélation positive statistiquement significative entre la CES-DC et l’échelle d’anxiété pour enfants State Anxiety Scale for Children (SASC ; Li & Lopez, 2007), confirmant le chevauchement symptomatique fréquent entre anxiété et dépression chez l’enfant et l’adolescent.

Validité discriminante

La validité discriminante de l’outil est attestée par sa capacité à différencier nettement des groupes cliniques et non cliniques. Dans leur étude séminale, Weissman et al. (1980) ont établi que les enfants consultant pour des troubles psychiatriques avérés présentaient des scores moyens à la CES-DC significativement plus élevés que les cohortes issues de la population générale saine. Fendrich, Weissman et Warner (1990) ont confirmé que le seuil de coupure standardisé permettait de séparer avec une sensibilité et une spécificité adéquates les sujets répondant aux critères diagnostiques de dépression majeure de ceux ne présentant aucun trouble de l’humeur.

Néanmoins, comme l’ont souligné Faulstich et al. (1986), l’instrument fait preuve d’une spécificité relative lorsqu’il s’agit de distinguer la dépression d’autres formes de détresse émotionnelle sévère, telles que les troubles anxieux généralisés. La CES-DC se comporte ainsi davantage comme une jauge sensible de la détresse affective globale que comme un marqueur biochimique ou catégoriel spécifique de l’épisode dépressif unipolaire.

8. Fidélité

La fidélité de la CES-DC a été abondamment documentée dans la littérature internationale, confirmant que l’instrument bénéficie d’une précision de mesure élevée.

Cohérence interne

La cohérence interne de l’échelle, mesurée par le coefficient alpha de Cronbach, se situe constamment dans une fourchette jugée de bonne à excellente dans la plupart des cohortes publiées :

  • Dans l’étude épidémiologique allemande BELLA portant sur un échantillon représentatif de 7 à 17 ans, Barkmann, Erhart et Schulte-Markwort (2008) ont rapporté un coefficient alpha global de .88 (avec des variations de .76 chez les plus jeunes enfants à .90 chez les adolescents).
  • Li, Chung et Ho (2010), en validant la version chinoise auprès d’enfants et d’adolescents scolarisés, ont identifié un alpha de Cronbach de .82.
  • Dans une étude menée en Iran auprès d’adolescents par Essau et al. (2013), la cohérence interne a atteint .87.
  • Globalement, à travers les diverses publications de réplication (Bettge et al., 2008 ; Faulstich et al., 1986), les valeurs d’alpha se maintiennent de façon stable entre .71 et .91.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La stabilité temporelle de la CES-DC varie de manière notable en fonction de la tranche d’âge des participants :

  • Chez les adolescents (12-18 ans) : La fidélité test-retest à un intervalle de deux à quatre semaines s’avère satisfaisante, avec des coefficients de corrélation intraclasse oscillant entre $r = .70$ et $r = .85$ (Barkmann et al., 2008 ; Li et al., 2010).
  • Chez les jeunes enfants (6-11 ans) : Faulstich et al. (1986) ont observé une fidélité test-retest nettement plus faible, parfois inférieure à $r = .50$. Cette labilité temporelle s’explique par deux facteurs conjoints : d’une part, la nature fluctuante des affects chez le jeune enfant dont les états dépressifs sont plus labiles et sensibles aux contingences environnementales immédiates ; d’autre part, des difficultés de métacognition et d’accès à la perspective temporelle hebdomadaire (« la semaine passée »), rendant l’estimation rétrospective de la fréquence symptomatique moins stable.

9. Analyse factorielle

La composition dimensionnelle de la CES-DC a fait l’objet de nombreuses vérifications par analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC). Le débat historique portait sur la réplicabilité chez les jeunes de la structure à 4 facteurs établie par Lenore Radloff (1977) sur la CES-D adulte.

Le modèle princeps à quatre facteurs

L’AFC conduite dans de multiples cohortes internationales confirme que la structure originelle en 4 composantes corrélées offre généralement un ajustement acceptable aux données pédiatriques (Barkmann et al., 2008 ; Bettge et al., 2008 ; Essau et al., 2013 ; Olson & von Knorring, 1997) :

  1. Facteur 1 : Affect dépressif (items 3, 6, 9, 10, 14, 17, 18) — saturations factorielles typiques entre .55 et .82.
  2. Facteur 2 : Affect positif (items 4, 8, 12, 16) — saturations élevées comprises entre .60 et .85 sur une composante orthogonale/inversée.
  3. Facteur 3 : Somatique / Ralentissement (items 1, 2, 5, 7, 11, 13, 20) — saturations variant de .40 à .70.
  4. Facteur 4 : Difficultés interpersonnelles (items 15, 19) — saturations oscillant entre .50 et .78.

Modèles alternatifs et invariance de mesure

Certains auteurs ont toutefois proposé des modélisations alternatives pour améliorer les indices d’adéquation (CFI, TLI, RMSEA). Par exemple, des modèles hiérarchiques à un facteur général de second ordre (reflétant un facteur de détresse psychologique générale ou affectivité négative) chapeautant les quatre sous-dimensions ont démontré d’excellentes qualités d’ajustement (Essau et al., 2013). D’autres chercheurs ont parfois constaté que chez les jeunes enfants, les items interpersonnels et somatiques fusionnaient plus volontiers avec l’affect dépressif général, suggérant une moindre différenciation des symptômes avant la puberté.

Les analyses d’invariance de mesure en fonction du genre indiquent que l’échelle fonctionne de manière équivalente chez les garçons et les filles, bien que les filles rapportent de façon consistante des scores moyens plus élevés à partir de la puberté, particulièrement sur la dimension somatique et l’affect dépressif direct (Bettge et al., 2008 ; Fendrich et al., 1990).

10. Instrument de mesure

Les caractéristiques opérationnelles et les modalités de passation de l’échelle sont synthétisées ci-dessous :

  • Nom complet de l’instrument : Centre for Epidemiological Studies Depression Scale for Children (CES-DC).
  • Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique auto-rapporté (auto-évaluation individuelle ou collective).
  • Population cible : Enfants et adolescents âgés de 6 à 17 ans (une assistance de lecture par l’examinateur peut être nécessaire pour les enfants âgés de 6 à 8 ans).
  • Nombre total d’items : 20 items rédigés en langage simplifié par rapport à la version adulte.
  • Cadre temporel de référence : Les sept derniers jours (« During the past week »).
  • Format des réponses : Échelle de Likert à 4 points :
    • 0 = Not at all (Pas du tout)
    • 1 = A little (Un peu)
    • 2 = Some (Moyennement / Parfois)
    • 3 = A lot (Beaucoup)
  • Règle de cotation inversée : Les 4 items formulés positivement doivent être inversés avant le calcul du total :
    • Items concernés : Item 4, Item 8, Item 12, Item 16.
    • Cotation inverse : 0 = A lot, 1 = Some, 2 = A little, 3 = Not at all.
  • Calcul du score total : Sommation arithmétique directe des 20 items (après inversion des 4 énoncés positifs). Score total minimal = 0, score maximal = 60.
  • Interprétation clinique et seuils :
    • Score < 15 : Niveau de symptomatologie dépressive non cliniquement significatif.
    • Score ≥ 15 : Seuil d’alerte épidémiologique indiquant la présence d’une symptomatologie dépressive significative, justifiant une évaluation clinique pédopsychiatrique approfondie.
  • Durée d’administration : Approximativement 5 à 10 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

L’échelle CES-DC a été officialisée en 1980 par Myrna M. Weissman, Helen Orvaschel et Nancy Padian. Conformément aux principes instaurés par Lenore Radloff et le National Institute of Mental Health (NIMH) pour l’échelle originale CES-D (1977), la CES-DC est un instrument libre de droits, situé dans le domaine public.

À ce titre, l’outil est accessible gratuitement et ne nécessite l’achat d’aucune licence commerciale auprès d’éditeurs de tests pour une exploitation clinique, éducative ou dans le cadre de recherches universitaires. Les praticiens et chercheurs sont toutefois tenus de citer rigoureusement les articles fondateurs lors de l’utilisation de l’échelle et de respecter l’intégrité des formulations des items afin de préserver la comparabilité des données normatives.

12. Références

Achenbach, T. M. (1979). The Child Behavior Profile: An empirically based system for assessing children’s behavioral problems and competencies. International Journal of Mental Health, 7(3-4), 24–42. https://doi.org/10.1080/00207411.1978.11448809

Barkmann, C., Erhart, M., & Schulte-Markwort, M. (2008). The German version of the Centre for Epidemiological Studies Depression Scale for Children: Psychometric evaluation in a population-based survey of 7 to 17 years old children and adolescents – Results of the BELLA study. European Child & Adolescent Psychiatry, 17(S1), 116–124. https://doi.org/10.1007/s00787-008-1013-0

Beck, A. T. (1967). Depression: Clinical, experimental, and theoretical aspects. Harper & Row.

Bettge, S., Wille, N., Barkmann, C., Schulte-Markwort, M., Ravens-Sieberer, U., & BELLA Study Group. (2008). Depressive symptoms of children and adolescents in a German representative sample: Results of the BELLA study. European Child & Adolescent Psychiatry, 17(S1), 71–81. https://doi.org/10.1007/s00787-008-1008-x

Doerfler, L. A., Felner, R. D., Rowlison, R. T., Raley, P. A., & Evans, E. (1988). Depression in children and adolescents: A comparative analysis of the utility and construct validity of two assessment measures. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 56(5), 769–772. https://doi.org/10.1037/0022-006X.56.5.769

Essau, C. A., Olaya, B., Gholamreza, P., Gilvarry, C., & Bray, D. (2013). Depressive symptoms among young children and adolescents in Iran: A confirmatory factor analytic study of the Centre for Epidemiological Studies Depression Scale for Children. Child Psychiatry & Human Development, 44(1), 123–136. https://doi.org/10.1007/s10578-012-0314-1

Faulstich, M. E., Carey, M. P., Ruggiero, L., Enyart, P., & Gresham, F. (1986). Assessment of depression in childhood and adolescence: An evaluation of the Center for Epidemiological Studies Depression Scale for Children (CES-DC). American Journal of Psychiatry, 143(8), 1024–1027. https://doi.org/10.1176/ajp.143.8.1024

Fendrich, M., Weissman, M. M., & Warner, V. (1990). Screening for depressive disorder in children and adolescents: Validating the Center for Epidemiological Studies Depression Scale for Children. American Journal of Epidemiology, 131(3), 538–551. https://doi.org/10.1093/oxfordjournals.aje.a115529

Li, H. C. W., Chung, O. K. J., & Ho, K. Y. (2010). Center for Epidemiologic Studies Depression Scale for Children: Psychometric testing of the Chinese version. Journal of Advanced Nursing, 66(11), 2582–2591. https://doi.org/10.1111/j.1365-2648.2010.05441.x

Li, H. C. W., & Lopez, V. (2007). Development and validation of a short form of the Chinese version of the State Anxiety Scale for Children. International Journal of Nursing Studies, 44(4), 566–573. https://doi.org/10.1016/j.ijnurstu.2006.01.002

Olsson, G. I., & von Knorring, A. L. (1997). Depression among Swedish adolescents measured by the self-rating scale Center for Epidemiological Studies Depression Scale for Children (CES-DC). European Child & Adolescent Psychiatry, 6(2), 81–87. https://doi.org/10.1007/BF00573766

Radloff, L. S. (1977). The CES-D Scale: A self-report depression scale for research in the general population. Applied Psychological Measurement, 1(3), 385–401. https://doi.org/10.1177/014662167700100306

Weissman, M. M., Orvaschel, H., & Padian, N. (1980). Children’s symptom and social functioning self-report scales: Comparison of mothers’ and children’s reports. Journal of Nervous and Mental Disease, 168(12), 736–740. https://doi.org/10.1097/00005053-198012000-00005

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Instructions: Below is a list of the ways you might have felt or acted. Please tell us how much you have felt this way during the past week.

Response scale:
0 = Not at all
1 = A little
2 = Some
3 = A lot

(Note: Items 4, 8, 12, and 16 are positively phrased and scored inversely: 0 = A lot, 1 = Some, 2 = A little, 3 = Not at all)

  1. I was bothered by things that usually don’t bother me.
  2. I did not feel like eating, I wasn’t very hungry.
  3. I wasn’t able to feel happy, even when my family or friends tried to help me feel better.
  4. I felt like I was just as good as other kids.
  5. I felt like I couldn’t pay attention to what I was doing.
  6. I felt down and unhappy.
  7. I felt like I was too tired to do things.
  8. I felt like something good was going to happen.
  9. I felt like things I did before didn’t work out right.
  10. I felt scared.
  11. I didn’t sleep as well as I usually sleep.
  12. I was happy.
  13. I was more quiet than usual.
  14. I felt lonely, like I didn’t have any friends.
  15. I felt like kids I know were not being friendly or that they didn’t want to be with me.
  16. I had a good time.
  17. I felt like crying.
  18. I felt sad.
  19. I felt people didn’t like me.
  20. It was hard to get started doing things.
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Échelle de dépression du Centre d’études épidémiologiques pour enfants (CES-DC). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-depression-du-centre-d-etudes-epidemiologiques-pour-enfants-ces-dc/
Looti, Mohammed. “Échelle de dépression du Centre d’études épidémiologiques pour enfants (CES-DC).” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-depression-du-centre-d-etudes-epidemiologiques-pour-enfants-ces-dc/.
Looti, Mohammed. “Échelle de dépression du Centre d’études épidémiologiques pour enfants (CES-DC).” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-depression-du-centre-d-etudes-epidemiologiques-pour-enfants-ces-dc/.