1. Résumé / Abstract
L’Échelle de dépression de Calgary pour la schizophrénie (Calgary Depression Scale for Schizophrenia, CDSS) est un instrument psychométrique d’hétéro-évaluation semi-structuré conçu spécifiquement pour évaluer la présence et l’intensité des symptômes dépressifs chez les patients souffrant de schizophrénie. Historiquement développée au début des années 1990 par Donald Addington et ses collaborateurs à l’Université de Calgary, cette échelle a été élaborée afin de surmonter une limite nosologique majeure : l’intrication phénoménologique entre la dépression, les symptômes négatifs du spectre psychotique (tels que l’émoussement affectif, l’anhédonie ou l’avolition) et les effets secondaires extrapyramidaux induits par les antipsychotiques (notamment la parkinsonie et l’akinésie). Composée de 9 items — dont 8 items interrogés directement auprès du patient et 1 item reposant sur l’observation clinique longitudinale durant l’entretien —, la CDSS capture une dimension dépressive pure et unidimensionnelle.
Chaque item est coté sur une échelle de type Likert à 4 points (allant de 0 = absent à 3 = sévère), fournissant un score composite total variant de 0 à 27 points. Un score seuil supérieur à 6 points démontre une sensibilité d’environ 85 % et une spécificité de 82 % pour l’identification d’un épisode dépressif majeur comorbide selon les critères diagnostiques conventionnels. D’un point de vue psychométrique, la CDSS affiche une excellente cohérence interne (alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,76 et 0,89), une fidélité inter-juges très robuste (coefficients de corrélation intraclasse souvent supérieurs à 0,85) ainsi qu’une validité discriminante remarquable, illustrée par de faibles corrélations avec les sous-échelles de symptômes positifs et négatifs de la PANSS ou de la BPRS, et une quasi-absence de corrélation avec les échelles de symptômes extrapyramidaux.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle de dépression de Calgary pour la schizophrénie, CDSS, schizophrénie, épisode dépressif majeur, symptômes négatifs, symptômes extrapyramidaux, évaluation psychométrique, validité discriminante, fidélité inter-juges, hétéro-évaluation clinique, psychiatrie clinique.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et validée par une équipe de chercheurs et psychiatres universitaires de renom rattachés au Département de psychiatrie de l’Université de Calgary (Alberta, Canada) :
- Dr Donald Addington, MD, FRCPC : Professeur émérite au Département de psychiatrie de la Cumming School of Medicine, Université de Calgary, Alberta, Canada. Psychiatre clinicien, chercheur pionnier dans la nosographie des troubles affectifs au sein des psychoses chroniques et l’élaboration de guides de pratique clinique. Courriel institutionnel : [email protected].
- Dr Jean Addington, PhD : Professeure au Département de psychiatrie de l’Université de Calgary, titulaire de chaires de recherche sur les états mentaux à haut risque de psychose et les interventions précoces dans les troubles du spectre de la schizophrénie.
- Dr Bonnie Schissel, PhD : Chercheuse et statisticienne ayant participé à la modélisation initiale et aux premières réductions factorielles des items dans les années 1990.
- Dr Eleanor Maticka-Tyndale, PhD : Méthodologue et statisticienne, Professeure émérite à l’Université de Windsor, ayant codirigé les analyses de fidélité, de consistance interne et de validité de construit de la version définitive à 9 items.
4. Objectif / Purpose
La dépression au cours de la schizophrénie représente un enjeu épidémiologique et clinique fondamental. Les données de la littérature psychiatrique internationale indiquent que la prévalence des symptômes dépressifs comorbides varie entre 7 % et 75 % selon les phases de la maladie, avec une prévalence moyenne établie autour de 25 % (Kim et al., 2006 ; Müller et al., 2005). La survenue d’un syndrome dépressif au sein du tableau psychotique aggrave considérablement le pronostic fonctionnel : elle augmente le risque de rechute psychotique, majore les taux de réhospitalisation, détériore la qualité de vie perçue, complique l’observance thérapeutique et, par-dessus tout, démultiplie le risque de passage à l’acte suicidaire, le suicide constituant la première cause de mortalité prématurée chez les personnes vivant avec une schizophrénie.
Cependant, l’évaluation de la dépression dans cette population est historiquement entravée par un obstacle méthodologique complexe nommé le problème du chevauchement symptomatologique (symptom overlap). Les instruments classiques d’évaluation dépressive, initialement conçus pour les populations non psychotiques — tels que l’Échelle de dépression de Hamilton (HDRS), l’Échelle de Montgomery-Åsberg (MADRS) ou l’Inventaire de dépression de Beck (BDI) —, s’avèrent inadaptés. En effet, de nombreux items de ces outils mesurent des dimensions somatiques ou comportementales (retrait social, ralentissement psychomoteur, perte d’énergie, diminution des mimiques expressives, difficultés attentionnelles) qui, chez le patient schizophrène, peuvent résulter :
- De la symptomatologie négative intrinsèque à la maladie (avolition, émoussement affectif, alogie, asocialité) ;
- D’effets indésirables extrapyramidaux des traitements antipsychotiques (akinésie parkinsonienne, bradykinésie, sédation) ;
- D’une dépression caractérisée surajoutée.
L’objectif premier de la CDSS est donc de fournir aux cliniciens et aux chercheurs un outil de mesure standardisé capable d’isoler la dépression « pure » de manière indépendante des symptômes positifs (délires, hallucinations), des symptômes négatifs primaires ou secondaires, et des symptômes moteurs extrapyramidaux. L’échelle a été intentionnellement conçue pour être sensible au changement thérapeutique sous antidépresseurs ou interventions psychothérapeutiques, utilisable aussi bien lors de la phase aiguë d’exacerbation psychotique qu’au cours des phases résiduelles ou de stabilisation en ambulatoire.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par l’Échelle de dépression de Calgary pour la schizophrénie repose sur l’identification d’une constellation sémiologique affective et cognitive distincte du déficit affectivo-volitionnel. Alors que les symptômes négatifs reflètent une diminution quantitative de l’expression émotionnelle et de l’initiation comportementale (perte d’expression, absence d’élan vital sans détresse subjective corrélée), la dépression dans la CDSS est modélisée comme une expérience subjective de souffrance psychique, de dévalorisation personnelle et de dysphorie douloureuse. La CDSS explore cette dimension à travers 9 composantes cliniques spécifiquement calibrées :
1. Dépression (Humeur dépressive rapportée)
Cet item évalue le sentiment subjectif de tristesse, de découragement, de cafard ou de désespoir éprouvé au cours des deux dernières semaines. Le clinicien recherche si le patient ressent une douleur morale interne qu’il est capable de décrire verbalement, se démarquant de la simple apathie où le sujet n’éprouve pas de sentiment pénible de tristesse mais une neutralité émotionnelle vide.
2. Désespoir (Hopelessness)
Le désespoir mesure la vision négative de l’avenir et l’anticipation pessimiste de l’existence. Il s’agit d’une composante cognitive centrale selon la théorie de Beck : le patient estime que son futur est irrémédiablement sombre, que sa situation ne s’améliorera jamais et qu’aucune intervention thérapeutique ne saurait restaurer son bien-être. Contrairement à l’avolition négative, le désespoir s’accompagne d’une certitude affective douloureuse d’impuissance.
3. Auto-dépréciation (Self-deprecation)
Cet item évalue l’estime de soi, le sentiment d’infériorité et d’inutilité personnelle. Le sujet exprime le sentiment d’avoir échoué dans sa vie, d’être un fardeau pour autrui ou de posséder moins de valeur que les autres individus. Cette dépréciation se distingue de l’inconduite sociale schizophrénique en ce qu’elle est explicitement investie d’un affect d’autocritique et d’indignité.
4. Idées de culpabilité (Guilty ideas of reference)
L’item sonde la tendance du patient à penser qu’il est responsable d’événements négatifs ou que son entourage le blâme, le critique ou le rejette à juste titre en raison de ses fautes passées. Il importe ici de distinguer la culpabilité névrotique ou dépressive d’un délire de persécution paranoïaque : dans la culpabilité dépressive, le patient estime qu’il mérite ce qui lui arrive.
5. Culpabilité pathologique (Pathological guilt)
Cet item pousse l’évaluation vers une culpabilité disproportionnée, inappropriée ou quasi délirante, où l’individu ressent des remords intenses pour des fautes vénielles, imaginaires ou anciennes, affirmant avoir causé du tort à sa famille ou à la société. Cette dimension représente un indicateur de sévérité affective majeure.
6. Dépression matinale (Morning depression)
Ce paramètre chronobiologique explore la variation diurne de l’humeur. La dépression endogène ou mélancolique se caractérise classiquement par une exacerbation des sentiments dépressifs au réveil, avec une atténuation relative en fin de journée. L’identification de cette fluctuation permet de séparer la dépression d’un émoussement stable tout au long du nycthémère.
7. Réveil précoce (Early awakening)
Contrairement aux insomnies d’endormissement souvent associées à l’angoisse psychotique aiguë ou à l’akathisie induite par les neuroleptiques, le réveil matinal précoce (au moins une à deux heures avant l’heure habituelle, avec incapacité de se rendormir) est un stigmate biologique hautement spécifique du trouble de l’humeur.
8. Idéation suicidaire (Suicidal ideation)
Cet item mesure l’éventail complet de l’idéation liée à la mort : depuis le sentiment passif que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue jusqu’à la formulation de plans précis ou de tentatives de suicide effectives. Il s’agit d’un point névralgique pour la sécurité clinique du patient.
9. Dépression observée (Observed depression)
Seul item non verbal de l’échelle, il repose sur le jugement global du clinicien fondé sur l’observation des mimiques, de la posture, de la prosodie, des pleurs intermittents ou du faciès accablé du patient tout au long de l’entretien. Il permet de confronter le discours verbal aux manifestations émotionnelles objectives, en évitant l’assimilation du faciès figé parkinsonien à un masque de douleur morale.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique sous-jacent à la CDSS s’inscrit au carrefour de la psychopathologie phénoménologique et du courant cognitivo-comportemental de la dépression, appliqué au champ des troubles du spectre de la schizophrénie. Historiquement, la psychiatrie classique (notamment à travers les conceptualisations d’Emil Kraepelin et d’Eugen Bleuler) postulait une scission fondamentale entre la Dementia Praecox — caractérisée par un affaiblissement progressif de la vie affective, l’incohérence idéo-verbale et la dissociation — et la psychose maniaco-dépressive, réservant les dérèglements thymiques à cette dernière entité nosographique. En conséquence, les manifestations affectives chez les personnes schizophrènes ont longtemps été minimisées, négligées ou considérées comme de simples épiphénomènes de la désorganisation psychotique.
À partir des années 1970 et 1980, les travaux de chercheurs tels que William T. Carpenter, John M. Kane et Samuel Siris ont mis en lumière l’autonomie clinique de la dépression post-psychotique et la comorbidité affective majeure dans la schizophrénie. Le cadre conceptuel formalisé par Donald Addington s’appuie explicitement sur la triade cognitive d’Aaron T. Beck, selon laquelle le noyau dur de la dépression est constitué de cognitions négatives systématiques portant sur le soi (auto-dépréciation), sur le monde environnant (culpabilité, attribution d’hostilité légitime) et sur le futur (désespoir).
Addington et ses collègues ont postulé que, si les symptômes végétatifs généraux (anorexie, perte de poids, asthénie) sont largement partagés entre la dépression, les effets indésirables des médicaments et le processus négatif déficitaire, le noyau cognitif et affectif dépressif (culpabilité morbide, désespoir, auto-accusation, souffrance morale exprimée) demeure intrinsèquement spécifique à la dépression. Ainsi, l’armature théorique de la CDSS a été délibérément épurée de tout item susceptible de mesurer l’anhédonie sociale, le retrait affectif passif ou le ralentissement moteur indifférencié, garantissant que la variance captée par l’instrument reflète un processus affectif unitaire distinct du déficit schizophrénique.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de la CDSS ont été abondamment documentées dans la littérature internationale à travers de multiples échantillons de patients hospitalisés et suivis en ambulatoire, confirmant son statut de référence absolue (gold standard) pour l’évaluation de la dépression dans la psychose.
Validité convergente
La CDSS montre de fortes corrélations positives avec les échelles de dépression traditionnelles lorsqu’elles sont administrées à des patients schizophrènes. Les travaux fondateurs d’Addington, Addington, Maticka-Tyndale et Joyce (1992) ont mis en évidence des corrélations de Pearson élevées avec la Hamilton Depression Rating Scale (HDRS, $r = 0{,}80$ à $0{,}88$) et l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI, $r = 0{,}71$ à $0{,}75$). Des travaux ultérieurs, notamment l’étude française de Lançon et al. (2000), ont confirmé une corrélation robuste avec la MADRS ($r = 0{,}82$, $p < 0{,}001$), attestant que la CDSS appréhende bien l'intensité globale de la détresse dépressive.
Validité discriminante et divergente
La supériorité métrologique de la CDSS réside dans sa validité divergente vis-à-vis des autres dimensions psychopathologiques de la schizophrénie :
- Symptômes négatifs : Alors que la HDRS et la MADRS présentent des corrélations modérées à fortes ($r = 0{,}40$ à $0{,}60$) avec les sous-échelles négatives de la PANSS ou de la BPRS, la CDSS présente des corrélations très faibles, non significatives ou négligeables ($r = 0{,}05$ à $0{,}18$) avec ces mêmes dimensions (Addington et al., 1994 ; Kim et al., 2006).
- Symptômes extrapyramidaux : Les corrélations entre le score total de la CDSS et les échelles mesurant les effets secondaires moteurs des neuroleptiques, telles que la Simpson-Angus Scale (SAS) ou l’échelle d’akathisie de Barnes (BARS), sont quasi nulles ($r < 0{,}10$), confirmant l'absence de contamination par la rigidité ou l'agitation médicamenteuse.
- Symptômes positifs : Aucune corrélation substantielle n’est observée avec les idées délirantes primaires ou les hallucinations de la PANSS ($r < 0{,}15$).
Validité prédictive et diagnostique
En utilisant les entretiens diagnostiques structurés (SCID pour le DSM-III-R ou le DSM-IV) comme critère de référence pour le diagnostic d’Épisode Dépressif Majeur (EDM), les analyses de courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) ont déterminé qu’un score seuil strict supérieur à 6 (cut-off $ge 7$) ou $ge 6$ selon les études optimise le compromis diagnostique. Dans l’étude de Kim et al. (2006), un score seuil $> 6$ délivre une sensibilité diagnostique de 85 % et une spécificité diagnostique de 82 %. L’aire sous la courbe (AUC) dépasse régulièrement 0,90, témoignant d’une précision diagnostique remarquable.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle de dépression de Calgary pour la schizophrénie a été rigoureusement éprouvée sous plusieurs angles méthodologiques :
Cohérence interne
Dans l’échantillon initial de standardisation (Addington et al., 1990, 1992), le coefficient alpha de Cronbach se situait entre 0,76 et 0,86. Les études d’adaptation transculturelle à travers le monde ont confirmé cette grande stabilité : une étude menée par Lançon et al. (2000) en France a rapporté un alpha de 0,82 chez des patients stabilisés. Dans une cohorte allemande de grande taille (Müller et al., 2005), la consistance interne a été confirmée à 0,83. Ces valeurs témoignent d’une homogénéité satisfaisante sans redondance excessive entre les items.
Fidélité inter-juges
Étant donné que la CDSS est un entretien clinique semi-structuré comportant des questions guides et des ancrages opérationnels précis pour chaque niveau de cotation, l’accord inter-évaluateurs est exceptionnellement élevé. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) rapportés par Addington et ses collaborateurs atteignent 0,89 à 0,95 pour le score total. Pour chacun des neuf items pris individuellement, les coefficients kappa pondérés varient entre 0,68 et 0,91, dénotant un accord substantiel à presque parfait entre cliniciens préalablement entraînés.
Stabilité temporelle (Test-retest)
La fidélité test-retest à court terme (intervalle de 24 à 48 heures sans modification thérapeutique) révèle un coefficient de corrélation de Pearson supérieur à 0,85. Parallèlement, l’échelle fait preuve d’une excellente sensibilité au changement longitudinal : lors de protocoles de traitement par antidépresseurs chez des patients schizophrènes déprimés, les scores de la CDSS chutent de manière concordante avec l’amélioration clinique globale rapportée par le médecin et le patient, sans être influencés par les fluctuations des symptômes psychotiques résiduels.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de la CDSS a été examinée par de multiples analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) au cours des trois dernières décennies.
Unidimensionnalité prédominante
Initialement formulée sous une version à 11 items, l’échelle a subi une analyse factorielle par extraction en composantes principales dès 1990 (Addington et al., 1990). Deux items présentaient des saturations croisées indésirables ou une faible communauté avec le construit central et furent éliminés, aboutissant à la structure définitive à 9 items. Les analyses factorielles exploratoires conduites sur cette version définitive mettent systématiquement en évidence un facteur dominant unique expliquant entre 42 % et 56 % de la variance totale selon les études, soutenant formellement l’utilisation d’un score composite global obtenu par sommation linéaire directe.
| Item CDSS | Description abrégée | Saturation factorielle typique (Facteur 1) |
|---|---|---|
| Item 1 | Dépression | 0,72 – 0,84 |
| Item 2 | Désespoir | 0,68 – 0,81 |
| Item 3 | Auto-dépréciation | 0,65 – 0,78 |
| Item 4 | Idées de culpabilité | 0,52 – 0,69 |
| Item 5 | Culpabilité pathologique | 0,48 – 0,66 |
| Item 6 | Dépression matinale | 0,41 – 0,58 |
| Item 7 | Réveil précoce | 0,38 – 0,55 |
| Item 8 | Idéation suicidaire | 0,55 – 0,71 |
| Item 9 | Dépression observée | 0,62 – 0,76 |
Modèles alternatifs bi-factoriels
Certains auteurs (par exemple Kim et al., 2006 ; Müller et al., 2005) ont parfois identifié un modèle à deux sous-facteurs secondaires hautement corrélés :
- Facteur affectif/cognitif : Regroupant les items 1 (Dépression), 2 (Désespoir), 3 (Auto-dépréciation), 4 (Idées de culpabilité), 5 (Culpabilité pathologique), 8 (Suicide) et 9 (Observation clinique).
- Facteur végétatif/biologique : Regroupant les items 6 (Dépression matinale) et 7 (Réveil précoce).
Cependant, les indices d’ajustement en modélisation par équations structurelles (RMSEA < 0,05, CFI > 0,95) confirment de manière écrasante que le modèle unidimensionnel à un seul facteur d’ordre supérieur représente la solution mathématique et clinique la plus parcimonieuse et la plus robuste.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument se présente sous la forme d’un protocole d’entretien semi-structuré administré en face-à-face par un professionnel de santé mentale formé (psychiatre, psychologue, infirmier de recherche clinique). Les caractéristiques techniques de l’instrument sont structurées comme suit :
- Type d’évaluation : Hétéro-évaluation clinique semi-structurée (l’outil n’est pas un auto-questionnaire).
- Période de référence : Les deux dernières semaines écoulées (14 jours précédant l’entretien), à l’exception de l’item 9 qui évalue le comportement observé durant l’entrevue elle-même.
- Nombre d’items : 9 items au total (8 questions verbales accompagnées de questions de relance standardisées + 1 item d’observation clinique).
- Format des réponses : Échelle ordinale de type Likert à 4 modalités de réponse rigoureusement ancrées sur le plan descriptif :
- 0 = Absent : Le symptôme n’est pas rapporté ou est équivalent à l’état de base non pathologique.
- 1 = Léger : Le symptôme est présent de manière fugace, modérée en intensité ou ne se manifeste que de façon intermittente.
- 2 = Modéré : Le symptôme est nettement caractérisé, éprouvé une grande partie du temps et génère une gêne subjective avérée.
- 3 = Sévère : Le symptôme est omniprésent, invalidant, continu ou d’intensité maximale.
- Calcul du score total : Sommation arithmétique simple des 9 items. Le score total s’échelonne de 0 à 27 points.
- Interprétation clinique des scores :
- Score de 0 à 5 : Absence de syndrome dépressif cliniquement significatif.
- Score $ge 6$ (ou $> 6$ selon les seuils locaux) : Forte probabilité d’un épisode dépressif majeur comorbide nécessitant une intervention thérapeutique ciblée (seuil optimal avec sensibilité de 85 % et spécificité de 82 %).
- Durée d’administration : Environ 10 à 15 minutes entre des mains expérimentées.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Année de conception initiale : 1990 (version préliminaire à 11 items) ; 1992 (validation de la version définitive standardisée à 9 items).
Droits d’auteur et permissions : Les droits d’auteur intellectuels appartiennent aux concepteurs originaux (Dr Donald Addington et collègues, Université de Calgary). Les auteurs ont fait le choix académique de maintenir la CDSS accessible gratuitement pour une utilisation dans la recherche clinique non commerciale, la pratique hospitalière publique et l’enseignement médical. Aucune redevance financière n’est exigée pour l’administration de l’échelle par des praticiens individuels.
Conditions d’utilisation et adaptations commerciales : Toute intégration de l’échelle au sein d’essais cliniques financés par l’industrie pharmaceutique, d’applications logicielles commerciales de télémédecine ou de batteries de tests propriétaires payantes nécessite une autorisation préalable formelle auprès des titulaires des droits ou du service de transfert de technologie de l’Université de Calgary. L’échelle a été officiellement traduite et validée dans plus de 40 langues (dont le français, l’espagnol, l’allemand, le chinois mandarin, l’arabe, le portugais brésilien et le thaï).
12. Références / References
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Addington, D., Addington, J., & Maticka-Tyndale, E. (1994). Specificity of the Calgary Depression Scale for schizophrenics. Schizophrenia Research, 11(3), 239–244. https://doi.org/10.1016/0920-9964(94)90017-5
Addington, D., Addington, J., Maticka-Tyndale, E., & Joyce, J. (1992). Reliability and validity of a depression rating scale for schizophrenics. Schizophrenia Research, 6(3), 201–208. https://doi.org/10.1016/0920-9964(92)90003-N
Addington, D., Addington, J., & Schissel, B. (1990). A depression rating scale for schizophrenics. Schizophrenia Research, 3(4), 247–251. https://doi.org/10.1016/0920-9964(90)90005-R
Addington, J., Shah, H., Liu, L., & Addington, D. (2014). Reliability and validity of the Calgary Depression Scale for Schizophrenia (CDSS) in youth at clinical high risk for psychosis. Schizophrenia Research, 153(1), 64–67. https://doi.org/10.1016/j.schres.2013.12.014
Galletly, C., Castle, D., Dark, F., Humberstone, V., Jablensky, A., Killackey, E., Kulkarni, J., McGorry, P., Nielssen, O., & Tran, N. (2016). Royal Australian and New Zealand College of Psychiatrists clinical practice guidelines for the management of schizophrenia and related disorders. Australian & New Zealand Journal of Psychiatry, 50(5), 410–472. https://doi.org/10.1177/0004867416641195
Kim, S.-W., Kim, S.-J., Yoon, B.-H., Kim, J.-M., Shin, I.-S., Hwang, M. Y., & Yoon, J.-S. (2006). Diagnostic validity of assessment scales for depression in patients with schizophrenia. Psychiatry Research, 144(1), 57–63. https://doi.org/10.1016/j.psychres.2005.10.002
Lançon, C., Auquier, P., Reine, G., Bernard, D., & Toumi, M. (2000). Study of the concurrent validity of the Calgary Depression Scale for Schizophrenics (CDSS). Journal of Affective Disorders, 58(2), 107–115. https://doi.org/10.1016/S0165-0327(99)00075-0
Müller, M. J., Brening, H., Gensch, C., Klinga, J., Kienzle, B., & Müller, K.-M. (2005). The Calgary Depression Rating Scale for schizophrenia in a healthy control group: Psychometric properties and reference values. Journal of Affective Disorders, 88(1), 69–74. https://doi.org/10.1016/j.jad.2005.04.005
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
L’administration de la CDSS requiert la passation des questions d’orientation standardisées ci-dessous, complétées par le jugement du clinicien pour l’attribution de la note de sévérité (0, 1, 2 ou 3) selon les ancrages cliniques validés.
1. DEPRESSION
How would you describe your mood over the last two weeks? Have you kept your spirits up, or have you been feeling depressed, sad or miserable?
- 0 = Absent: No feelings of depression or sadness reported.
- 1 = Mild: Expresses some sadness or discouragement only on questioning.
- 2 = Moderate: Distinct depressed mood persisting up to half the time over the past two weeks.
- 3 = Severe: Markedly depressed mood persisting almost constantly throughout the past two weeks.
2. HOPELESSNESS
How do you see the future for yourself? Can you see any future, or has life seemed quite hopeless? Can you see things improving, or are you pessimistic?
- 0 = Absent: Has normal optimism and realistic plans for the future.
- 1 = Mild: Has felt discouraged or pessimistic at times, but can see hope.
- 2 = Moderate: Expresses clear lack of hope or pessimistic attitude persisting up to half the time.
- 3 = Severe: Pervasive conviction that the future holds no hope whatsoever.
3. SELF DEPRECATION
What is your opinion of yourself compared to other people? Do you feel better, not as good, or about the same? Do you feel inferior or even worthless?
- 0 = Absent: No feelings of inferiority or worthlessness.
- 1 = Mild: Occasional feelings of being less capable or less worthy than others.
- 2 = Moderate: Clear and persistent feelings of inferiority, inadequacy or low self-worth.
- 3 = Severe: Deep pervasive conviction of total personal worthlessness.
4. GUILTY IDEAS OF REFERENCE
Do you have the feeling that you are being blamed for things you haven’t done? Do people seem to be looking at you or talking about you because of something you did wrong?
- 0 = Absent: No feelings of being blamed or judged unfairly.
- 1 = Mild: Occasional suspicions that people are critical of personal shortcomings.
- 2 = Moderate: Regular belief that others are pointing out faults or blaming the subject.
- 3 = Severe: Strong pervasive convictions of being condemned or blamed by people around.
5. PATHOLOGICAL GUILT
Do you blame yourself for anything that has gone wrong? Have you felt guilty about anything you have done or neglected to do?
- 0 = Absent: Does not feel inappropriately guilty.
- 1 = Mild: Blames self for minor omissions or mistakes more than is warranted.
- 2 = Moderate: Persistent feelings of guilt regarding past events or perceived failures.
- 3 = Severe: Unshakeable, intense feelings of guilt or self-reproach out of proportion to reality.
6. MORNING DEPRESSION
When you have felt depressed over the last two weeks, have you noticed if the depression is worse at any particular time of day? Is it worse in the morning or in the evening?
- 0 = Absent: Depression is not worse in the morning.
- 1 = Mild: Depression is slightly worse in the morning.
- 2 = Moderate: Depression is distinctly worse in the morning with noticeable diurnal mood variation.
- 3 = Severe: Severe morning depression with marked worsening of distress upon awakening.
7. EARLY WAKENING
Do you wake earlier in the morning than you used to or want to? How early? Can you fall back asleep?
- 0 = Absent: No early morning awakening.
- 1 = Mild: Wakes up occasionally an hour earlier than normal and has difficulty falling asleep again.
- 2 = Moderate: Consistently wakes up at least one to two hours earlier than normal.
- 3 = Severe: Consistently wakes up two or more hours before usual waking time with total inability to fall back asleep.
8. SUICIDE
Have you had thoughts that life is not worth living, or that you would be better off dead? Have you thought of harming or killing yourself?
- 0 = Absent: No thoughts of death or suicide.
- 1 = Mild: Occasional feeling that life is not worth living, without actual suicidal ideas.
- 2 = Moderate: Explicit suicidal thoughts, but without a formulated plan or immediate intent.
- 3 = Severe: Definite suicidal intent, preparatory acts or a recent suicidal attempt.
9. OBSERVED DEPRESSION
Clinical observation of the subject’s non-verbal behavior, facial expression, voice tone, posture and presence of tearfulness throughout the entire interview.
- 0 = Absent: Normal emotional expression; no signs of sadness, crying or despondency.
- 1 = Mild: Appears slightly sad, gloomy or downcast on occasion during the interview.
- 2 = Moderate: Distinctly mournful facial expression, subdued posture, or choked voice lasting for parts of the interview.
- 3 = Severe: Pervasive mournful appearance, weeping, profound sadness evident throughout the interview.