Échelle de délinquance auto-rapportée

L’Échelle de délinquance auto-rapportée (Self-Reported Delinquency scale – SRDS) est un instrument psychométrique et criminologique de 36 items évaluant les conduites délinquantes chez les jeunes (infractions contre les biens, violences, substances).

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 14, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 14, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle de délinquance auto-rapportée (couramment désignée sous l’acronyme anglophone Self-Reported Delinquency scale ou SRDS) constitue l’un des instruments psychométriques et criminologiques les plus emblématiques pour la quantification des comportements antisociaux, délinquants et pré-délinquants chez les adolescents et les jeunes adultes. Élaborée dans le sillage des travaux précurseurs de Delbert Elliott et perfectionnée au sein de vastes cohortes longitudinales telles que la Rochester Youth Development Study (RYDS) dirigée par Terence P. Thornberry et ses collaborateurs, cette échelle vise à surmonter les biais inhérents aux statistiques officielles de la justice pénale (le « chiffre noir » de la criminalité). L’instrument évalue l’engagement individuel dans 36 actes répréhensibles spécifiques commis au cours d’une période temporelle délimitée (typiquement les 30 derniers jours ou les 12 derniers mois).

La structure de l’échelle englobe un spectre comportemental hétérogène et gradué, allant des infractions liées au statut de mineur (fugue, absentéisme scolaire, consommation précoce d’alcool) aux actes délictueux et criminels de haute gravité, incluant le vandalisme, les vols simples et qualifiés, les fraudes financières, les agressions armées, les violences interpersonnelles et sexuelles, ainsi que le trafic de substances illicites. Selon les contextes d’administration (recherche épidémiologique ou évaluation clinique), les réponses sont recueillies soit sous un format dichotomique (Oui/Non) mesurant la prévalence d’engagement, soit via une échelle de Likert en 5 points mesurant la fréquence absolue des infractions (allant de 0 = « Jamais » à 4 = « Plus de 5 fois »).

Les propriétés psychométriques de la SRDS ont fait l’objet d’une validation empirique exhaustive. La cohérence interne globale s’avère particulièrement robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,84 et 0,93 selon les sous-échantillons et la pondération des items. Les analyses factorielles confirmatoires mettent en évidence une organisation hiérarchique ou bifactorielle, combinant un facteur général de propension délinquante et des sous-dimensions spécialisées (délinquance contre les biens, violences interpersonnelles, infractions statutaires et toxicomanie). L’échelle démontre une validité convergente et prédictive remarquable à l’égard des arrestations policières futures, de l’affiliation à des bandes criminelles et des trajectoires d’inadaptation sociale à l’âge adulte.

2. Mots-clés / Keywords

Délinquance juvénile, Échelle de délinquance auto-rapportée, Psychométrie, Criminologie développementale, Comportement antisocial, Évaluation du risque, Validité prédictive, Rochester Youth Development Study, Adolescence, Conduites à risque, Violence des jeunes, Infractions contre les biens.

3. Auteurs / Authors

L’instrumentation de la délinquance auto-rapportée présentée ici émane principalement des travaux méthodologiques conduits dans le cadre des grands programmes longitudinaux américains de criminologie, et tout particulièrement de la Rochester Youth Development Study, compilée et standardisée notamment par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) dans leur recueil d’outils d’évaluation de la violence :

  • Terence P. Thornberry, Ph.D. — Professeur émérite au Département de criminologie et de justice pénale de l’Université du Maryland (College Park) et chercheur principal émérite à l’Université d’Albany, State University of New York (SUNY). Pionnier de la théorie interactionnelle de la délinquance. Courriel : [email protected].
  • Marvin D. Krohn, Ph.D. — Professeur distingué au Département de sociologie et de criminologie de l’Université de Floride (Gainesville). Expert international des théories des réseaux sociaux et de la transmission intergénérationnelle des conduites antisociales. Courriel : [email protected].
  • Alan J. Lizotte, Ph.D. — Professeur distingué à la School of Criminal Justice, University at Albany (SUNY). Spécialiste de la criminologie quantitative, de l’utilisation des armes à feu et des bandes de jeunes. Courriel : [email protected].
  • Carolyn A. Smith, Ph.D. — Professeure émérite à la School of Social Welfare, University at Albany (SUNY). Ses recherches portent sur le développement de l’enfant, la maltraitance parentale et l’émergence des trajectoires de délinquance juvénile.
  • Kimberly Tobin, Ph.D. — Professeure au Département de justice pénale de la Westfield State University, co-auteure de plusieurs monographies fondamentales sur la dynamique des gangs et la trajectoire de vie délinquante.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Échelle de délinquance auto-rapportée est de fournir une mesure standardisée, quantitative et exempte de filtres institutionnels pour évaluer la commission d’actes illégaux et antisociaux chez les adolescents et les jeunes adultes. Historiquement, l’étude criminologique de la délinquance reposait presque exclusivement sur les statistiques officielles (mains courantes, arrestations, condamnations en tribunal pour mineurs, incarcérations). Or, la criminologie critique et la sociologie de la déviance ont depuis longtemps mis en exergue que les données judiciaires souffrent d’une double limite rédhibitoire : d’une part, elles n’enregistrent qu’une infime proportion des infractions réellement perpétrées (le phénomène du « chiffre noir » ou dark figure of crime) ; d’autre part, elles sont profondément biaisées par les pratiques sélectives de surveillance policière ciblant disproportionnellement les minorités ethniques et les classes socio-économiques défavorisées. La méthode de l’auto-déclaration (self-report methodology) a révolutionné la discipline en établissant que les conduites délinquantes occasionnelles sont largement répandues dans toutes les strates sociales, tout en permettant de distinguer les délinquants épisodiques des récidivistes chroniques.

Dans le domaine de la recherche empirique, la SRDS remplit plusieurs fonctions critiques :

  • L’analyse des trajectoires développementales : En mesurant simultanément la fréquence, la gravité et l’âge d’initiation des comportements délictueux, l’outil permet d’opérationnaliser les modèles théoriques de l’adolescence, tels que la distinction de Moffitt entre la délinquance limitée à l’adolescence et la délinquance persistante tout au long de la vie.
  • L’identification des facteurs étiologiques : L’échelle sert de variable dépendante privilégiée pour tester les corrélats familiaux (pratiques parentales inefficaces, maltraitance), pairs (association avec des pairs déviants, appartenance à un gang) et individuels (impulsivité, recherche de sensations, déficit du contrôle de soi).
  • L’évaluation rigoureuse de programmes d’intervention : Dans le cadre d’essais contrôlés randomisés ou de protocoles quasi-expérimentaux, la SRDS constitue l’instrument étalon pour mesurer l’efficacité préventive de programmes éducatifs, communautaires ou cognitivo-comportementaux visant la réduction des violences juvéniles.

Sur le plan des applications cliniques et médico-légales, l’échelle est mobilisée par les psychologues judiciaires, les criminologues cliniciens et les professionnels de la protection judiciaire de la jeunesse. Elle permet d’établir un profil exhaustif des transgressions, d’évaluer la versatilité comportementale (propension à commettre divers types de délits vs spécialisation criminelle), et de calibrer le niveau de risque de récidive pour adapter l’intensité des suivis socio-éducatifs ou thérapeutiques.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par l’Échelle de délinquance auto-rapportée est la propension délinquante comportementale, définie comme l’ensemble des conduites manifestes transgressant intentionnellement les lois formelles, les règles sociétales ou les droits fondamentaux d’autrui au cours d’une période de référence. Ce macro-construit n’est pas conçu comme un trait de personnalité monolithique, mais plutôt comme un pattern comportemental multidimensionnel et hiérarchisé. L’examen approfondi des 36 items permet de dégager cinq sous-dimensions comportementales majeures :

1. Infractions de statut et déviances mineures (Status Offenses & Minor Deviance)

Cette dimension regroupe des actes qui ne sont répréhensibles que parce qu’ils sont commis par des mineurs, ou des incivilités de faible intensité perturbant l’ordre public. Les items emblématiques comprennent la fugue du domicile familial (Item 1), l’absentéisme scolaire injustifié (Item 2), le mensonge sur son âge pour accéder à des lieux interdits ou acquérir de l’alcool (Item 3), l’auto-stop avec un inconnu (Item 4), le tapage public ayant alerté des tiers (Item 6), la mendicité auprès d’inconnus (Item 7), les appels téléphoniques obscènes (Item 8) et l’état d’ébriété sur la voie publique (Item 9). Ces comportements reflètent souvent une quête d’autonomie précoce, une rupture du lien avec l’autorité parentale ou scolaire, et représentent typiquement les premiers jalons d’une escalade déviante.

2. Atteintes aux biens et vandalisme (Property Offenses & Vandalism)

Cette sous-échelle évalue les comportements ciblant la destruction, la dégradation ou l’appropriation illégitime de biens matériels appartenant à des tiers ou à la collectivité. Elle se subdivise conceptuellement en deux versants :

  • Destruction malveillante : Dégradation volontaire de la propriété d’autrui (Item 10) et incendie volontaire ou tentative d’incendie de bâtiments ou de véhicules (Item 11).
  • Fraude et filouterie : Évitement du paiement de services, transports ou spectacles (Item 12), utilisation de faux chèques ou de fausse monnaie (Item 24), usage frauduleux de cartes bancaires (Item 25) et escroquerie commerciale (Item 26).

3. Vols et larcins gradués (Theft & Larceny Spectrum)

L’instrument quantifie précisément la gravité matérielle des actes d’appropriation clandestine sans confrontation violente directe. Il intègre une gradation monétaire explicite : vol d’argent ou d’objets d’une valeur inférieure ou égale à 5 $ (Item 14), entre 5 $ et 50 $ (Item 15), entre 50 $ et 100 $ (Item 16), et supérieur à 100 $ (Item 17). S’y ajoutent l’intrusion par effraction dans un bâtiment pour voler ou dégrader (Item 13), le vol à l’étalage (Item 18), le vol à la tire ou à l’arraché sans arme (Item 19), le vol à la roulotte (Item 20), le recel de biens volés (Item 21), l’emprunt d’un véhicule à moteur sans autorisation (Item 22) et le vol qualifié de véhicules (Item 23).

4. Violences physiques et agressions interpersonnelles (Interpersonal Aggression & Violent Crimes)

Cette dimension capture les actes les plus destructeurs envers l’intégrité corporelle des personnes. Elle couvre le port d’arme dissimulée (Item 5), l’agression avec arme dans l’intention de blesser gravement ou de tuer (Item 27), les coups portés intentionnellement (Item 28), la participation à des rixes collectives ou affrontements de bandes (Item 29), le jet de projectiles dangereux (Item 30), et l’extorsion par la force ou la contrainte armée (Item 31). Elle comprend également les violences sexuelles caractérisées, telles que l’exercice de blessures ou menaces pour contraindre à des rapports sexuels (Item 33) et les viols ou tentatives de viol (Item 34).

5. Infractions marchandes illicites : stupéfiants et prostitution (Illicit Market Offenses)

Les items 35 et 36 ciblent l’insertion de l’adolescent dans les réseaux de distribution de substances psychoactives illicites, distinguant la vente de cannabis (Item 35) de la vente de drogues dures telles que le crack, l’héroïne, la cocaïne ou le LSD (Item 36). Enfin, l’item 32 documente l’obtention de rémunérations en échange de relations sexuelles, marquant une implication dans l’économie souterraine et une vulnérabilité psychosociale extrême.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’Échelle de délinquance auto-rapportée s’enracine principalement dans la théorie interactionnelle de la délinquance proposée par Terence P. Thornberry (1987), qui constitue une synthèse novatrice articulant la théorie du contrôle social de Travis Hirschi (1969) et la théorie de l’apprentissage social de Ronald Akers (1977), au sein d’une perspective développementale tout au long du parcours de vie.

Contrairement aux modèles traditionnels qui postulent une causalité linéaire unidirectionnelle (où un déficit de contrôle parental provoquerait directement la délinquance), la théorie interactionnelle soutient que les comportements délinquants sont le produit d’un processus interactif et dynamique dans le temps. Thornberry postule que l’affaiblissement initial des liens sociaux fondamentaux (attachement aux parents, engagement dans la scolarité, croyance dans les normes morales conventionnelles) libère l’individu des contraintes normatives. Cette désaffiliation ouvre la voie à l’association avec des pairs déviants et à l’apprentissage de valeurs favorables à la transgression. Une fois initié, le comportement délinquant exerce des effets de rétroaction délétères (reciprocal causal loops) : la commission de délits (mesurée par la SRDS) détruit en retour les liens parentaux résiduels, accélère le décrochage scolaire et renforce l’enfermement dans des réseaux criminels ou des bandes organisées.

L’échelle est également indissociable du cadre théorique de la criminologie développementale et du parcours de vie (life-course criminology) développé par Robert Sampson, John Laub et Terrie Moffitt. Selon le modèle taxonomique de Moffitt (1993) :

  • Les délinquants « limités à l’adolescence » (adolescence-limited) s’engagent quasi exclusivement dans les infractions statutaires, les vols de faible valeur et les incivilités mineures (Items 1 à 9, 12, 14, 18), motivés par le décalage entre la maturité biologique et l’accès aux privilèges de l’adulte (le maturity gap). Leurs scores à l’échelle augmentent brutalement entre 13 et 16 ans, puis régressent rapidement vers la norme à l’orée de l’âge adulte.
  • Les délinquants « persistants tout au long de la vie » (life-course-persistent) débutent leurs manifestations transgressives dès l’enfance et s’investissent de manière versatile dans les délits graves, les violences armées, les agressions sexuelles et le trafic de stupéfiants (Items 11, 23, 27, 31, 34, 36). Pour cette population, l’échelle révèle une sévérité cumulative et une absence de désistement spontané.

Enfin, sur le plan méthodologique, la SRDS s’appuie sur la tradition psychométrique initiée par Short et Nye (1957) puis consacrée par Elliott, Huizinga et Ageton (1985) dans la National Youth Survey (NYS). Ce paradigme repose sur l’hypothèse que la quantification de la délinquance doit échantillonner un univers représentatif de comportements codifiés par le droit pénal, en calibrant le niveau de prévalence et d’incidence sans dépendre du filtre sélectif de la répression judiciaire.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’Échelle de délinquance auto-rapportée a été corroborée par des décennies d’investigations empiriques menées auprès d’échantillons communautaires, scolaires et institutionnalisés.

Validité de construit

La validité de construit est attestée par la concordance rigoureuse entre les patrons de réponse observés et les distributions épidémiologiques universellement documentées en criminologie. L’instrument reproduit fidèlement la célèbre « courbe âge-crime » (age-crime curve), caractérisée par une augmentation marquée des infractions globales au début de l’adolescence, un pic d’intensité vers 16-17 ans, et une décroissance graduelle à l’entrée dans l’âge adulte. De surcroît, la validité de construit se manifeste à travers l’effet de scalogramme de Guttman : les individus qui endossent des items de haute gravité (ex. attaque armée, Item 27 ; vente de crack ou d’héroïne, Item 36) endossent quasi systématiquement les items de faible gravité (vols légers, absentéisme), confirmant l’organisation cumulative et unidimensionnelle sous-jacente de la gravité des transgressions.

Validité convergente

La validité convergente de la SRDS a été établie en croisant les auto-déclarations des jeunes avec de multiples sources tierces indépendantes :

  • Registres judiciaires et policiers : Les études menées par Thornberry, Krohn et leurs collaborateurs dans la RYDS ont mis en évidence des corrélations substantielles (coefficients r variant de 0,52 à 0,68) entre les scores cumulés de délinquance auto-rapportée et les dossiers officiels d’arrestation du Service de police de Rochester. Plus de 80 % des adolescents arrêtés pour des faits de violence grave rapportaient spontanément ces actes dans l’échelle, invalidant l’hypothèse d’une dissimulation systématique massive.
  • Évaluations hétéro-rapportées : Les corrélations entre les scores à la SRDS et les évaluations comportementales réalisées par les enseignants et les parents (via le Child Behavior Checklist – CBCL d’Achenbach) se situent de manière consistante dans une fourchette de 0,45 à 0,61 pour les sous-échelles d’externalisation et de troubles des conduites.
  • Marqueurs biologiques et toxicologiques : La validité convergente des items relatifs aux substances (Items 35 et 36) a été confirmée par des analyses urinaires et capillaires, montrant une sensibilité de déclaration supérieure à 75 % chez les consommateurs réguliers.

Validité discriminante

L’échelle discrimine de façon statistiquement significative les adolescents présentant un trouble des conduites ou un trouble oppositionnel avec provocation de ceux souffrant de troubles purement internalisants (anxiété généralisée, dépression majeure non comorbide), avec des corrélations faibles (r < 0,18) entre la SRDS et les mesures standardisées de détresse émotionnelle intériorisée.

Validité prédictive

La puissance prédictive longitudinale de l’instrument est l’un de ses atouts majeurs. Des régressions logistiques et des modèles à risques proportionnels de Cox démontrent qu’un score élevé sur les sous-échelles de vol lourd et de violence armée à l’âge de 14 ans multiplie par un facteur de 3,8 à 5,2 la probabilité d’une incarcération formelle à l’âge adulte (21-25 ans), même après contrôle du statut socio-économique, de l’origine ethnique et des condamnations antérieures.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’Échelle de délinquance auto-rapportée a été démontrée à travers une pluralité d’indices statistiques portant sur l’homogénéité des items et la stabilité temporelle des scores.

Cohérence interne

Dans les versions utilisant un format de fréquence polytomique (Likert en 5 points), le coefficient alpha de Cronbach pour l’échelle globale de 36 items se situe régulièrement entre α = 0,88 et 0,94 dans les échantillons d’adolescents généraux, dénotant une excellente consistance interne sans redondance excessive. Lorsque l’échelle est administrée dans son format dichotomique (Oui/Non, mesurant la prévalence sur 30 jours), le coefficient Kuder-Richardson 20 (KR-20) varie entre 0,82 et 0,89. L’analyse des sous-échelles révèle des consistances internes différenciées mais adéquates compte tenu du nombre restreint d’items par domaine :

  • Sous-échelle des violences physiques et atteintes aux personnes : α = 0,81 – 0,87
  • Sous-échelle des vols et fraudes matérielles : α = 0,83 – 0,89
  • Sous-échelle du vandalisme et dégradations : α = 0,74 – 0,80
  • Sous-échelle des infractions statutaires : α = 0,71 – 0,78
  • Sous-échelle de trafic de stupéfiants : coefficient de corrélation inter-item r = 0,62 (Items 35 et 36)

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle de la SRDS a été rigoureusement éprouvée lors d’intervalles de ré-administration courts (de 2 à 4 semaines), conçus pour minimiser les fluctuations réelles de conduite. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et les coefficients de corrélation de Pearson se situent entre r = 0,81 et 0,91 pour le score total de délinquance. Des analyses spécifiques portant sur la concordance item par item révèlent des indices Kappa de Cohen compris entre 0,68 et 0,84, témoignant d’une excellente reproductibilité des déclarations, y compris pour les actes de délinquance grave.

Modélisation par la théorie de la réponse aux items (TRI)

Les modélisations sous le modèle logistique à deux paramètres (2-PL) confirment que l’échelle possède des paramètres de discrimination (a) élevés (souvent compris entre 1,15 et 2,40). La courbe d’information du test (TIC) indique que l’instrument offre une précision de mesure maximale chez les individus se situant entre +1 et +3 écarts-types au-dessus de la moyenne du trait latent (θ), ce qui correspond précisément à la zone clinique où une discrimination fine entre délinquants modérés et multirécidivistes sévères s’avère indispensable.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle de l’Échelle de délinquance auto-rapportée a fait l’objet d’amples débats statistiques au sein de la littérature psychométrique, opposant les modèles strictement unidimensionnels aux architectures multifactorielles obliques.

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Les premières AFE menées sur les matrices de corrélations tétrachoriques (pour les variables dichotomiques) ou polychoriques (pour les données ordinales de fréquence), avec rotation oblique (Promax ou Geomin), ont systématiquement révélé une prépondérance écrasante d’un premier facteur général expliquant entre 35 % et 48 % de la variance totale des scores. Ce résultat soutient l’existence d’une propension générale à la déviance ou au non-respect des règles, en phase avec le concept de « généralité de la déviance » conceptualisé par Gottfredson et Hirschi (1990). Néanmoins, l’examen des valeurs propres (critère de Kaiser et analyse parallèle de Horn) isole régulièrement entre trois et cinq facteurs secondaires cohérents :

  1. Facteur 1 : Violence et agressions armées (Items 5, 27, 28, 29, 30, 31, 33, 34) — saturations factorielles allant de 0,55 à 0,82.
  2. Facteur 2 : Vols qualifiés et larcins (Items 13 à 23) — saturations factorielles allant de 0,50 à 0,79.
  3. Facteur 3 : Fraude, escroquerie et filouterie (Items 12, 24, 25, 26) — saturations factorielles oscillant entre 0,48 et 0,71.
  4. Facteur 4 : Vandalisme et atteintes physiques aux biens (Items 10, 11) — saturations supérieures à 0,65.
  5. Facteur 5 : Infractions de statut et désordre public (Items 1, 2, 3, 4, 6, 7, 8, 9) — saturations comprises entre 0,42 et 0,66.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et Modèle Bifactoriel

L’évaluation rigoureuse des modèles structurels concurrents a démontré la supériorité empirique d’un modèle bifactoriel (bifactor model) par rapport à un modèle unidimensionnel strict ou à un modèle de facteurs corrélés de premier ordre. Dans ce cadre bifactoriel :

  • Un facteur général de délinquance (facteur G) s’applique directement à l’ensemble des 36 items et capture la propension antisociale globale. L’indice Omega hiérarchique (ωh) dépasse 0,82, signifiant que la quasi-totalité de la variance du score total est attribuable à cette dimension transversale.
  • Des facteurs spécifiques (S) indépendants rendent compte de la variance résiduelle unique associée aux sous-domaines (notamment les comportements agressifs-violents et le trafic de drogues).

Les indices d’ajustement rapportés dans les études contemporaines confirment l’adéquation de cette solution structurelle : CFI (Comparative Fit Index) > 0,94 ; TLI (Tucker-Lewis Index) > 0,93 ; RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) ≤ 0,045 (IC 90 % [0,039 – 0,051]) ; et SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) ≤ 0,049. Ces indices démontrent que les praticiens peuvent légitimement calculer à la fois un score composite global de délinquance et des scores catégoriels distincts pour affiner l’évaluation du profil clinique du jeune.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Échelle de délinquance auto-rapportée se caractérise par des modalités d’administration rigoureuses et une architecture métrique formalisée :

  • Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation comportementale standardisé (self-report inventory).
  • Format d’administration : Auto-passation individuelle sur support papier-crayon, passation informatisée sur ordinateur/tablette (CASI – Computer-Assisted Self-Interview), ou entretien standardisé en face-à-face confidentiel avec un enquêteur formé. L’administration numérique est fortement préconisée pour réduire le biais de désirabilité sociale lors de la déclaration d’actes criminels graves.
  • Nombre d’items : 36 items comportementaux exhaustifs.
  • Fenêtre temporelle d’évaluation : Deux formats sont conventionnellement employés selon les objectifs de l’investigation :
    • Format mensuel (30 derniers jours) : Idéal pour la surveillance épidémiologique à court terme, la mesure d’impact immédiate de programmes d’intervention ou l’évaluation clinique de l’état de crise.
    • Format annuel (12 derniers mois) : Privilégié dans les études longitudinales développementales pour capturer les événements à faible taux de base mais de gravité élevée (vols de véhicules, agressions armées).
  • Échelles de réponse :
    • Format de prévalence (dichotomique) : Oui (1 point) ou Non (0 point). Utilisé pour quantifier le nombre total d’actes délinquants distincts commis au moins une fois par le participant.
    • Format de fréquence (Likert en 5 points) : Permet de mesurer l’incidence et la répétition des infractions : 0 = Jamais (Never), 1 = Une fois (Once), 2 = 2 à 3 fois (2-3 times), 3 = 4 à 5 fois (4-5 times), 4 = Plus de 5 fois (More than 5 times).
  • Calcul et cotation des scores :
    • Score de variété (Variety Score) : Somme arithmétique simple des items cochés « Oui » (étendue théorique de 0 à 36). En criminologie quantitative, ce score est souvent jugé méthodologiquement supérieur au score de fréquence pure, car il n’est pas faussé par les valeurs extrêmes de délits mineurs commis à haute répétition (comme l’absentéisme scolaire ou les mensonges) et présente une distribution statistique plus proche de la normalité.
    • Score de fréquence globale (Frequency/Incidence Score) : Somme cumulée des valeurs ordinales (0 à 4) sur l’ensemble des 36 items (étendue de 0 à 144).
    • Scores de sous-domaines : Calcul individualisé de la variété ou de la fréquence pour les sous-échelles : Violences physiques, Atteintes aux biens, Fraudes, Infractions statutaires et Commerce de drogues.
  • Temps de complétion : Environ 10 à 15 minutes en passation autonome, 20 minutes en modalité d’entretien assisté.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement initial : Les items de l’échelle ont été développés et intégrés au protocole de recherche de la Rochester Youth Development Study (RYDS) dès 1988 lors de la collecte initiale auprès des cohortes scolaires de 7e et 8e années (élèves âgés de 12 à 14 ans). Une formalisation de référence a été publiée dans la monographie de Thornberry, Krohn, Lizotte, Smith et Tobin en 2003.
  • Statut des droits d’auteur et accessibilité : L’instrument est dans le domaine public (public domain) en tant qu’outil issu de recherches subventionnées par des fonds fédéraux américains (Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention – OJJDP ; National Institute on Drug Abuse – NIDA ; National Science Foundation – NSF). L’échelle a été officiellement intégrée dans le domaine public par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) dans leur ouvrage de référence Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (Dahlberg, Toal, Swahn, & Behrens, 2005, pp. 206-208).
  • Frais d’utilisation (Fees) : Gratuit pour toute utilisation de recherche universitaire, scientifique, éducative ou clinique. Aucun droit de licence commerciale n’est requis pour la reproduction des items originaux.
  • Conditions d’utilisation et éthique : Les utilisateurs ont l’obligation déontologique de citer adéquatement les auteurs originaux et le programme RYDS lors de la publication de résultats. En raison de la nature sensible des items (qui impliquent l’auto-incrimination potentielle pour des crimes et délits fédéraux ou étatiques), l’administration de l’échelle doit impérativement s’accompagner de garanties de confidentialité absolue (par exemple, un Certificate of Confidentiality délivré par les autorités sanitaires fédérales aux États-Unis, ou le strict respect du Règlement Général sur la Protection des Données – RGPD dans l’Union européenne), ainsi que du consentement éclairé écrit du mineur et de ses représentants légaux.

12. Références / References

  • Akers, R. L. (1977). Deviant behavior: A social learning approach (2nd ed.). Wadsworth Publishing.
  • Dahlberg, L. L., Toal, S. B., Swahn, M., & Behrens, C. B. (2005). Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (2nd ed.). Centers for Disease Control and Prevention, National Center for Injury Prevention and Control. https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/YV_Compendium.pdf
  • Elliott, D. S., Huizinga, D., & Ageton, S. S. (1985). Explaining delinquency and drug use. SAGE Publications. https://doi.org/10.4135/9781412984270
  • Gottfredson, M. R., & Hirschi, T. (1990). A general theory of crime. Stanford University Press.
  • Hirschi, T. (1969). Causes of delinquency. University of California Press.
  • Moffitt, T. E. (1993). Adolescence-limited and life-course-persistent antisocial behavior: A developmental taxonomy. Psychological Review, 100(4), 674–701. https://doi.org/10.1037/0033-295X.100.4.674
  • Short, J. F., & Nye, F. I. (1957). Reported behavior as an evaluation of deviant behavior. Social Problems, 5(3), 207–213. https://doi.org/10.2307/798956
  • Thornberry, T. P. (1987). Toward an interactional theory of delinquency. Criminology, 25(4), 863–892. https://doi.org/10.1111/j.1745-9125.1987.tb00823.x
  • Thornberry, T. P., Krohn, M. D., Lizotte, A. J., & Chard-Wierschem, D. (1993). The role of juvenile gangs in facilitating delinquent behavior. Journal of Research in Crime and Delinquency, 30(1), 55–87. https://doi.org/10.1177/0022427893030001005
  • Thornberry, T. P., Krohn, M. D., Lizotte, A. J., Smith, C. A., & Tobin, K. (2003). Gangs and delinquency in developmental perspective. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9780511584442

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

Run away from home?
2

Skipped classes without an excuse?
3

Lied about your age to get into someplace or to buy something (for example‚ lying about your age to get into a movie or to buy alcohol)?
4

Hitchhiked a ride with a stranger?
5

Carried a hidden weapon?
6

Been loud or rowdy in a public place where somebody complained and you got in trouble?
7

Begged for money or things from strangers?
8

Made obscene telephone calls‚ such as calling someone and saying dirty things?
9

Been drunk in a public place?
10

Damaged‚ destroyed or marked up somebody else’s property on purpose?
11

Set fire on purpose or tried to set fire to a house‚ building‚ or car?
12

Avoided paying for things‚ like a movie‚ taking bus rides‚ using a computer‚ or anything else (including video games)?
13

Gone into or tried to go into a building to steal or damage something?
14

Tried to steal or actually stolen money or things worth $5 or less?
15

How about between $5 and$50?
16

How about between $50 and$100?
17

How about over $100?
18

Shoplifted or taken something from a store on purpose (including anything you already told me about)?
19

Stolen someone’s purse or wallet or picked someone’s pocket?
20

Stolen something from a car that did not belong to you?
21

Tried to buy or sell things that were stolen?
22

Taken a car or motorcycle for a ride without the owner’s permission?
23

Stolen or tried to steal a car or other motor vehicle?
24

Forged a check or used fake money to pay for something?
25

Used or tried to use a credit card‚ bank card‚ or automatic teller card without permission?
26

Tried to cheat someone by selling them something that was not what you said it was or that was worthless?
27

Attacked someone with a weapon or with the idea of seriously hurting or killing them?
28

Hit someone with the idea of hurting them (other than what you have already mentioned)?
29

Been involved in gang or posse fights?
30

Thrown objects such as rocks or bottles at people (other than what you have already mentioned)?
31

Used a weapon or force to make someone give you money or things?
32

Been paid for ha‎ving sexual relations with someone?
33

Physically hurt or threatened to hurt someone to get them to have sex with you?
34

Had or tried to have sexual relations with someone against their will (other than what you have already mentioned)?
35

Sold marijuana‚ reefer or pot?
36

Sold hard drugs such as crack‚ heroin‚ cocaine‚ LSD or acid?
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 14). Échelle de délinquance auto-rapportée. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-delinquance-auto-rapportee/
Looti, Mohammed. “Échelle de délinquance auto-rapportée.” Base de données de psychologie en français, 14 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-delinquance-auto-rapportee/.
Looti, Mohammed. “Échelle de délinquance auto-rapportée.” Base de données de psychologie en français. octobre 14, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-delinquance-auto-rapportee/.