1. Résumé / Abstract
L’Échelle de dégoût – Révisée (Disgust Scale – Revised, DS-R ; Olatunji et al., 2007) constitue l’un des instruments psychométriques de référence à l’échelle internationale pour l’évaluation quantitative de la propension individuelle au dégoût (disgust sensitivity). Développée initialement sous la forme d’un questionnaire de 32 items par Paul Rozin, Jonathan Haidt et Clark R. McCauley en 1993, l’échelle a fait l’objet d’une révision psychométrique rigoureuse menée par Bunmi O. Olatunji et ses collaborateurs afin d’en corriger les faiblesses structurelles, les effets de plancher ou de plafond et les saturations croisées inadéquates observées dans le modèle originel.
Dans sa version révisée et validée de 25 items opérationnels, la DS-R mesure la sensibilité au dégoût à travers trois dimensions factorielles robustes : le Dégoût fondamental (Core Disgust, 12 items), qui appréhende la fonction biologique primaire de protection contre les pathogènes par le rejet d’aliments avariés, d’excrétats corporels et de vecteurs animaux ; le Dégoût de rappel de l’animalité (Animal Reminder Disgust, 8 items), qui reflète l’aversion envers les stimuli rappelant la finitude biologique, la vulnérabilité corporelle et la mort humaine ; et le Dégoût de contamination (Contamination-based Disgust, 5 items), centré sur l’appréhension d’une transmission perçue, physique ou quasi-magique, de souillure interpersonnelle ou matérielle.
L’instrument repose sur une échelle de réponse ordinale de type Likert en 5 points (allant de 0 à 4), articulée en deux sections distinctes : une première partie mesurant le degré d’accord avec des affirmations comportementales et attitudinales (items 1 à 13), et une seconde évaluant l’intensité émotionnelle du dégoût suscité par des scénarios concrets d’exposition (items 14 à 25). Trois items font l’objet d’une cotation inversée (items 1, 6 et 10). Sur le plan psychométrique, la DS-R démontre une cohérence interne élevée, avec des coefficients alpha de Cronbach variant généralement de 0,84 à 0,89 pour le score global et de 0,69 à 0,84 pour les trois sous-échelles. Sa structure trifactorielle a été confirmée par de multiples analyses factorielles confirmatoires au sein d’échantillons cliniques et non cliniques. L’échelle démontre une validité convergente et discriminante remarquable, se positionnant comme un outil incontournable en psychopathologie cognitive (notamment dans l’étude des troubles obsessionnels compulsifs et des phobies du sang, des injections et des blessures), en psychologie sociale et en comportement du consommateur.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle de dégoût révisée, DS-R, sensibilité au dégoût, dégoût fondamental, rappel de l’animalité, contamination, psychométrie, évaluation clinique, système immunitaire comportemental, troubles obsessionnels compulsifs
3. Auteurs / Authors
La révision psychométrique et la validation structurelle de la DS-R ont été coordonnées par une équipe d’experts de premier plan en psychopathologie cognitive et en psychométrie :
- Bunmi O. Olatunji, Ph.D. — Département de psychologie, Université Vanderbilt (Vanderbilt University), Nashville, Tennessee, États-Unis. Spécialiste mondialement reconnu du rôle du dégoût dans les troubles anxieux et obsessionnels compulsifs.
- Nathan L. Williams, Ph.D. — Département de psychologie, Université d’Arkansas, Fayetteville, Arkansas, États-Unis.
- David F. Tolin, Ph.D., ABPP — Centre des troubles anxieux, The Institute of Living, Hartford Hospital, Hartford, Connecticut ; Département de psychiatrie, Yale University School of Medicine, New Haven, Connecticut, États-Unis.
- Jonathan S. Abramowitz, Ph.D., ABPP — Département de psychologie et de neurosciences, Université de Caroline du Nord à Chapel Hill (UNC Chapel Hill), Caroline du Nord, États-Unis.
- Craig N. Sawchuk, Ph.D., LP — Département de psychiatrie et de psychologie, Mayo Clinic, Rochester, Minnesota, États-Unis.
- Jeffrey M. Lohr, Ph.D. — Département de psychologie, Université d’Arkansas, Fayetteville, Arkansas, États-Unis.
- Lisa S. Elwood, Ph.D. — Département de psychologie, Université d’Arkansas, Fayetteville, Arkansas, États-Unis.
Cette version s’appuie sur les travaux pionniers de l’échelle originelle conçue par Paul Rozin, Jonathan Haidt et Clark R. McCauley (1993) à l’Université de Pennsylvanie.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle de dégoût – Révisée (DS-R) est de quantifier de manière standardisée, fiable et dimensionnelle la sensibilité au dégoût (ou propension individuelle à éprouver cette émotion), en la distinguant conceptuellement de la réactivité immédiate à un stimulus dégoûtant isolé. Le dégoût a longtemps été relégué au statut d’émotion gustative réflexe ou de sous-produit de la peur. Or, les développements théoriques et empiriques des trois dernières décennies ont établi que la sensibilité au dégoût constitue un trait stable de personnalité émotionnelle, jouant un rôle étiologique et de maintien critique dans de nombreuses manifestations psychopathologiques, comportementales et sociales.
Sur le plan psychopathologique et clinique, la DS-R répond au besoin d’isoler les contributions respectives de la peur et du dégoût dans des troubles auparavant appréhendés sous le seul prisme de l’anxiété. L’instrument est massivement employé dans l’investigation des sous-types de trouble obsessionnel-compulsif (TOC), en particulier le sous-type avec obsessions de contamination et rituels de lavage. Alors que les modèles traditionnels postulaient que l’évitement compulsif visait à neutraliser la menace d’une maladie mortelle ou d’une catastrophe future (anxiété prospective), les recherches menées avec la DS-R ont démontré que nombre de ces conduites sont directement motivées par un sentiment viscéral de souillure persistante et de malaise interne, sans anticipation de danger physique objectif. De même, dans la phobie du sang, des injections et des blessures (BII), la DS-R permet d’expliquer la réponse syncope vasovagale typique, médiée par une activation parasympathique singulière que la peur seule ne peut engendrer.
Au-delà de la clinique psychiatrique, la DS-R constitue un outil de choix pour les chercheurs en psychologie évolutionniste et en santé publique. Elle s’inscrit au cœur de la formalisation du système immunitaire comportemental (Behavioral Immune System), mécanisme adaptatif guidant les comportements préventifs d’évitement des agents pathogènes. Enfin, en psychologie du consommateur et en sociologie, la sensibilité au dégoût mesurée par la DS-R permet de prédire les attitudes envers les aliments nouveaux (néophobie alimentaire, consommation d’insectes ou de viande in vitro), les réactions aux messages d’avertissement sanitaire (paquets de cigarettes neutres avec images chocs) et les jugements moraux sévères face aux transgressions corporatives ou éthiques.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la DS-R est la sensibilité au dégoût (disgust sensitivity), définie comme la tendance dispositionnelle d’un individu à réagir avec dégoût face à des stimuli perçus comme offensants, impurs ou contaminants. Contrairement à l’échelle originale de 1993 qui postulait initialement huit domaines distincts (nourriture, animaux, produits corporels, sexe, mort, violation de l’enveloppe corporelle, hygiène, et contamination magique), la structure validée de la DS-R regroupe le construit autour de trois dimensions factorielles interdépendantes :
1. Le Dégoût fondamental (Core Disgust)
Cette dimension regroupe 12 items (items 2, 4, 5, 7, 8, 11, 13, 14, 15, 17, 18, 24). Elle capture la fonction biologique primitive du dégoût en tant que mécanisme de rejet oral et de défense immunitaire comportementale contre l’ingestion ou l’inhalation potentielle de pathogènes, de toxines ou de parasites. Les stimuli centraux concernent :
- Les aliments gâtés ou dégradés (ex. item 17 : sentir du lait avarié ; item 13 : fromage moisi).
- Les déchets biologiques et excrétats (ex. item 15 : selles non évacuées dans des toilettes publiques).
- Les vecteurs animaux de maladies (ex. item 5 : voir un rat traverser un sentier).
- Les signes extérieurs d’infections cutanées ou d’altérations physiques morbides (ex. item 11 : verrue poilue sur le visage ; item 14 : plaie ouverte sur un bras ; item 18 : œil atteint de cataracte).
2. Le Dégoût de rappel de l’animalité (Animal Reminder Disgust)
Composée de 8 items (items 1, 3, 6, 9, 16, 19, 21, 23), cette sous-échelle renvoie aux déclencheurs qui confrontent l’être humain à sa nature purement biologique, animale et périssable. Sur le plan conceptuel, ce dégoût opère comme une barrière psychologique protégeant l’individu de la prise de conscience de sa propre mortalité et de sa vulnérabilité corporelle. Les domaines explorés englobent :
- Les violations de l’intégrité de l’enveloppe corporelle (ex. item 6 : coupure sur le visage ; item 21 : cicatrice chirurgicale importante).
- Le contact direct avec la mort et les cadavres (ex. item 19 : chat mort dans une ruelle ; item 8 : toucher un cadavre).
- Les réactions corporelles viscérales incontrôlées (ex. item 9 : nausée à la vue de quelqu’un qui vomit).
- La proximité physique non sollicitée et le contact intime dégradé (ex. item 16 : contact accidentel avec les pieds nus d’un passager dans un bus ; item 23 : ami n’ayant pas pris de douche depuis une semaine).
3. Le Dégoût de contamination (Contamination-based Disgust)
Composée de 5 items (items 10, 12, 20, 22, 25), cette sous-échelle appréhende l’aversion suscitée par le transfert potentiel ou imaginaire de propriétés toxiques ou souillantes par simple contact physique, direct ou indirect. Cette dimension reflète les mécanismes de la pensée magique (loi de contagion selon Frazer et Mauss : « une fois en contact, toujours en contact ») et de la contamination interpersonnelle :
- Le transfert de souillure par association (ex. item 10 : dormir dans une chambre d’hôtel où une personne est décédée la nuit précédente ; item 20 : chocolat moulé sous la forme d’un excrément de chien, illustrant la loi de similarité).
- La présence de traces ou de résidus corporels suspects (ex. item 22 : tache brune sur le tissu d’une chaise ; item 12 : asticots sur de la viande dans une poubelle extérieure).
- Le contact indirect avec des dépouilles (ex. item 25 : chien mort sur le bord de la route).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le soubassement conceptuel de la DS-R puise à la confluence de trois grands courants de la psychologie contemporaine : l’approche évolutionniste fonctionnaliste, la théorie anthropologico-cognitive de Rozin et collaborateurs, et la théorie de la gestion de la terreur (Terror Management Theory, TMT).
Historiquement, Charles Darwin a été le premier, dans son traité L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux (1872), à identifier le dégoût comme une réaction d’aversion primaire focalisée sur le sens gustatif, caractérisée par une fermeture des orifices faciaux pour empêcher l’incorporation de substances nocives. Paul Rozin et ses collaborateurs (Rozin, Haidt, & McCauley, 1993, 2000) ont magistralement étendu cette perspective en démontrant que le dégoût a subi une préadaptation évolutive. D’un mécanisme biologique conçu pour réguler l’ingestion d’aliments toxiques (dégoût du noyau / Core Disgust), l’évolution culturelle humaine a coopté cette émotion pour en faire une sentinelle psychologique protégeant l’ordre social, l’intégrité morale et la pureté spirituelle.
Le deuxième pilier théorique réside dans la Théorie de la gestion de la terreur initiée par Jeff Greenberg, Sheldon Solomon et Tom Pyszczynski, enracinée dans les écrits d’Ernest Becker (The Denial of Death, 1973). Selon ce modèle, l’être humain est le seul animal conscient de sa mort inéluctable, créant un potentiel de terreur existentielle paralysante. Pour masquer cette vulnérabilité, les cultures humaines ont érigé des systèmes de symboles sacrés séparant rigoureusement l’humain du règne animal. Les stimuli qui rappellent notre animalité fondamentale — la procréation, la défécation, le sang, la chair, les blessures et surtout la décomposition cadavérique — menacent cette frontière symbolique. Le Dégoût de rappel de l’animalité constitue donc une barrière défensive cognitive visant à refouler la conscience de notre mortalité physique.
Le troisième axe théorique renvoie aux lois de la pensée magique sympathique analysées par Rozin et Nemeroff (1990). La sous-échelle de dégoût de contamination formalise le fait que le dégoût moderne n’obéit pas uniquement aux lois objectives de la microbiologie, mais à des heuristiques cognitives primitives :
- La loi de la contagion : les objets qui ont été en contact physique conservent indéfiniment une trace essentielle et invisible de leur source (ex. refuser une soupe remuée par une tapette à mouche neuve et stérilisée).
- La loi de la similarité : l’image égale l’objet ; les entités qui se ressemblent partagent des propriétés internes fondamentales (ex. refuser de manger du chocolat imitant des matières fécales).
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la DS-R a fait l’objet d’investigations exhaustives dans l’article séminal d’Olatunji et al. (2007), puis a été répliquée dans de multiples contextes transculturels (notamment aux États-Unis, en Europe, en Amérique latine et en Asie) :
Validité de construit et structurelle
Les analyses factorielles confirmatoires conduites sur de vastes échantillons universitaires (ex. N = 556) et cliniques ont démontré que le modèle à 3 facteurs de la DS-R offre un ajustement nettement supérieur au modèle unifactoriel ou au modèle originel à 8 sous-domaines. Les indices d’ajustement structurel rapportés par Olatunji et al. (2007) confirment cette adéquation : $\chi^2/dl < 2{,}5$, Comparative Fit Index (CFI) > 0,90, et Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) compris entre 0,045 et 0,058, ce qui atteste d’une structure factorielle robuste.
Validité convergente
La DS-R présente des corrélations positives statistiquement significatives et théoriquement cohérentes avec d’autres mesures de réactivité affective et d’anxiété :
- Corrélations substantielles avec le Disgust Propensity and Sensitivity Scale – Revised (DPSS-R ; $r = 0{,}55$ à $0{,}68$, $p < 0{,}001$).
- Corrélations modérées à élevées avec les échelles de symptômes obsessionnels compulsifs de lavage du Padua Inventory ($r = 0{,}42$ à $0{,}54$) et de l’OCI-R ($r = 0{,}38$ à $0{,}49$).
- Associations spécifiques avec les inventaires de phobie du sang et des injections (Blood-Injection-Symptom Assessment ; $r = 0{,}40$ à $0{,}51$).
Validité discriminante
L’instrument démontre une excellente capacité à se différencier de la peur et de la détresse affective générale :
- Corrélations faibles à modérées avec le Beck Depression Inventory (BDI-II ; $r < 0{,}25$), démontrant que la sensibilité au dégoût ne se confond pas avec la symptomatologie dépressive générale.
- Corrélations modérées avec l’anxiété-trait (STAI-Trait ; $r \approx 0{,}30$).
- Dans des régressions hiérarchiques contrôlant pour le névrosisme et la sensibilité à l’anxiété (ASI), la DS-R continue d’expliquer une part incrémentielle unique de la variance (entre 12 % et 24 %) des symptômes de contamination du TOC et de la phobie des araignées ou des serpents.
Validité prédictive et expérimentale
Dans les tâches d’évitement comportemental (Behavioral Avoidance Tasks, BAT), les scores élevés à la DS-R prédisent significativement une plus grande distance physique maintenue face à des stimuli aversifs réels (asticots vivants, boîte de sang factice, boîte de simulations fécales), un temps de latence accru avant de toucher le stimulus, et une fréquence élevée de comportements de lavage et de désinfection des mains post-exposition.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés métrologiques de la DS-R ont été rigoureusement établies à travers de multiples études empiriques :
Cohérence interne
Dans l’échantillon de validation d’Olatunji et al. (2007), la consistance interne de l’échelle totale et de ses composantes s’est révélée très satisfaisante :
- Score total de la DS-R (25 items) : $\alpha = 0{,}86$ (variant entre 0,84 et 0,89 selon les réplications).
- Dégoût fondamental (Core Disgust) : $\alpha = 0{,}74$ à $0{,}80$.
- Dégoût de rappel de l’animalité (Animal Reminder Disgust) : $\alpha = 0{,}78$ à $0{,}82$.
- Dégoût de contamination (Contamination Disgust) : $\alpha = 0{,}61$ à $0{,}71$ (une valeur acceptable compte tenu du faible nombre d’items constituant cette sous-échelle, $k = 5$).
Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent entre 0,32 et 0,64 pour l’ensemble des 25 items retenus, attestant qu’aucun item n’altère l’homogénéité globale du construit.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
L’évaluation de la stabilité temporelle sur un intervalle de 3 à 4 semaines a fourni des coefficients de corrélation intraclasse (ICC) et de Pearson élevés :
- Score global DS-R : $r_{tt} = 0{,}84$ ($p < 0{,}001$).
- Sous-échelle Dégoût fondamental : $r_{tt} = 0{,}81$.
- Sous-échelle Dégoût de rappel de l’animalité : $r_{tt} = 0{,}79$.
- Sous-échelle Dégoût de contamination : $r_{tt} = 0{,}73$.
Ces coefficients démontrent que la DS-R capture une caractéristique stable de la personnalité émotionnelle, relativement insensible aux fluctuations d’humeur passagères.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La refonte psychométrique de l’échelle par Olatunji et al. (2007) a été motivée par les lacunes des analyses factorielles exploratoires (AFE) de l’échelle originale de 32 items de Rozin et al. (1993), qui montraient une indétermination empirique quant aux 8 domaines théoriques postulés.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
L’AFE conduite avec extraction en composantes principales et rotation oblique (Promax) a révélé une rupture marquée dans l’éboulis des valeurs propres (scree plot), justifiant l’extraction de trois facteurs majeurs expliquant conjointement près de 42 % de la variance totale. Lors de ce processus d’épuration :
- Sept items originaux présentant des saturations primaires inférieures au seuil critique de 0,35 ou des saturations croisées élevées (> 0,30 sur plusieurs facteurs) ont été supprimés.
- Deux items de contrôle de l’attention (catch items) ont été exclus des analyses de structure, ramenant l’instrument à 25 items opérationnels.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
L’AFC a comparé trois modèles concurrents :
- Un modèle unifactoriel global (posant le dégoût comme un construit parfaitement indifférencié).
- Le modèle originel à huit facteurs corrélés de Rozin et al. (1993).
- Le modèle hiérarchique trifactoriel (trois facteurs de premier ordre reliés à un facteur de second ordre de sensibilité générale au dégoût).
Les résultats ont démontré la supériorité statistique indiscutable du modèle trifactoriel. Les saturations factorielles standardisées ($lambda$) pour ce modèle étaient toutes substantielles et significatives ($p < 0{,}001$) :
- Pour le Dégoût fondamental : saturations comprises entre 0,41 et 0,72.
- Pour le Dégoût de rappel de l’animalité : saturations comprises entre 0,44 et 0,75.
- Pour le Dégoût de contamination : saturations comprises entre 0,40 et 0,68.
Les intercorrélations entre les trois facteurs oscillent entre $r = 0{,}45$ et $r = 0{,}62$, confirmant qu’il s’agit de facettes distinctes mais partageant un tronc commun émotionnel.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’outil : Échelle de dégoût – Révisée (Disgust Scale – Revised, DS-R).
- Format d’administration : Auto-questionnaire papier-crayon ou informatisé/en ligne.
- Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes.
- Structure de l’instrument : 25 items opérationnels (souvent présentés avec 2 items pièges supplémentaires dans le protocole de recherche de 27 items pour vérifier l’attention).
- Format de réponse (MANDATORY SCALE FORMAT) :
- Partie 1 (Items 1 à 13) : Échelle de Likert en 5 points évaluant le degré d’accord/véracité personnelle :
0 = Strongly Disagree (Very Untrue about Me)
1 = Mildly Disagree (Somewhat Untrue about Me)
2 = Neither Agree nor Disagree
3 = Mildly Agree (Somewhat True about Me)
4 = Strongly Agree (Very True about Me) - Partie 2 (Items 14 à 25) : Échelle de Likert en 5 points évaluant l’intensité émotionnelle du dégoût :
0 = Not Disgusting at All
1 = Slightly Disgusting
2 = Moderately Disgusting
3 = Very Disgusting
4 = Extremely Disgusting
- Partie 1 (Items 1 à 13) : Échelle de Likert en 5 points évaluant le degré d’accord/véracité personnelle :
- Règles de cotation et scores :
- Tous les items sont cotés de 0 à 4.
- Items inversés (Reverse-scored items) : Items 1, 6 et 10. La formule appliquée est : $\text{Score révisé} = 4 – \text{Score brut}$.
- Score total : Somme des 25 items cotés (étendue de 0 à 100), ou moyenne des items (étendue de 0 à 4). Des scores élevés traduisent une plus forte propension au dégoût.
- Sous-échelles :
- Core Disgust (Dégoût fondamental) : 12 items (2, 4, 5, 7, 8, 11, 13, 14, 15, 17, 18, 24). Score de 0 à 48.
- Animal Reminder Disgust (Rappel de l’animalité) : 8 items (1, 3, 6, 9, 16, 19, 21, 23). Score de 0 à 32.
- Contamination Disgust (Dégoût de contamination) : 5 items (10, 12, 20, 22, 25). Score de 0 à 20.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication de la version originale : 1993 (Rozin, Haidt, & McCauley).
- Année de publication de la version révisée (DS-R) : 2007 (Olatunji et al.).
- Statut des droits d’auteur : L’article original de validation a été publié par l’American Psychological Association (APA). Toutefois, les auteurs ont mis l’échelle à la libre disposition de la communauté académique, clinique et scientifique pour des usages de recherche non commerciaux.
- Tarifs : Gratuit pour la recherche clinique, fondamentale et les applications pédagogiques. Aucune redevance n’est requise pour l’utilisation dans le cadre de thèses ou d’articles scientifiques.
- Contact et autorisations : Pour toute utilisation commerciale, adaptation propriétaire ou insertion dans des batteries diagnostiques à visée lucrative, il convient de solliciter l’autorisation expresse des auteurs correspondants (notamment le Dr Bunmi O. Olatunji) et de l’APA.
12. Références / References
Les publications fondatrices suivantes régissent l’usage et la validation de l’Échelle de dégoût – Révisée :
- Becker, E. (1973). The Denial of Death. Free Press.
- Darwin, C. (1872). The Expression of the Emotions in Man and Animals. John Murray. https://doi.org/10.1037/10001-000
- Haidt, J., McCauley, C., & Rozin, P. (1994). Individual differences in sensitivity to disgust: A scale sampling seven domains of disgust elicitors. Personality and Individual Differences, 16(5), 701–713. https://doi.org/10.1016/0191-8869(94)90212-7
- Olatunji, B. O., Sawchuk, C. N., Arrindell, W. A., & Lohr, J. M. (2005). The Disgust Scale: Cross-cultural validation and cross-type assessment. Behaviour Research and Therapy, 43(4), 487–499. https://doi.org/10.1016/j.brat.2004.03.009
- Olatunji, B. O., Williams, N. L., Tolin, D. F., Abramowitz, J. S., Sawchuk, C. N., Lohr, J. M., & Elwood, L. S. (2007). The Disgust Scale: Item analysis, factor structure, and suggestions for refinement. Psychological Assessment, 19(3), 281–297. https://doi.org/10.1037/1040-3590.19.3.281
- Rozin, P., Fallon, A. E., & Mandell, R. (1984). Family resemblance in attitudes to foods. Developmental Psychology, 20(2), 309–314. https://doi.org/10.1037/0012-1649.20.2.309
- Rozin, P., Haidt, J., & McCauley, C. R. (1993). Disgust. In M. Lewis & J. M. Haviland (Eds.), Handbook of Emotions (pp. 575–594). Guilford Press.
- Rozin, P., Haidt, J., & McCauley, C. R. (2000). Disgust. In M. Lewis & J. M. Haviland-Jones (Eds.), Handbook of Emotions (2nd ed., pp. 637–653). Guilford Press.
- Rozin, P., & Nemeroff, C. (1990). The laws of sympathetic magic: A psychological analysis of similarity and contagion. In J. W. Stigler, R. A. Shweder, & G. Herdt (Eds.), Cultural Psychology: Essays on Comparative Human Development (pp. 205–232). Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9781139173728.006
- Schaller, M., & Park, J. H. (2007). The behavioral immune system (and why it matters). Current Directions in Psychological Science, 16(3), 137–141. https://doi.org/10.1111/j.1467-8721.2007.00491.x
- Tybur, J. M., Lieberman, D., & Griskevicius, V. (2009). Microbes, mating, and morality: Individual differences in three functional domains of disgust. Journal of Personality and Social Psychology, 97(1), 103–122. https://doi.org/10.1037/a0015474
- van Overveld, M., de Jong, P. J., Peters, M. L., Cavanagh, K., & Davey, G. C. L. (2006). Disgust propensity and disgust sensitivity: Separate constructs that predict different aspects of obsessive compulsive symptoms. Journal of Anxiety Disorders, 20(6), 754–769. https://doi.org/10.1016/j.janxdis.2005.07.003