Échelle de décentration sociale (SDS)

L’Échelle de décentration sociale (Social Decentering Scale, SDS), développée par Mark V. Redmond, évalue la capacité cognitive et affective à adopter la perspective d’autrui au sein de la communication interpersonnelle et interculturelle.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 1, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 1, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé

L’Échelle de décentration sociale (Social Decentering Scale, SDS), élaborée initialement par le chercheur en communication interpersonnelle et interculturelle Mark V. Redmond (avec des contributions notables de Redmond et Bunyi en 1993, puis une modélisation théorique approfondie par Redmond en 1995), constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer la capacité cognitive et affective d’un individu à se détacher de sa propre perspective égocentrée afin de reconstituer, comprendre et ressentir le cadre de référence interne d’autrui. La décentration sociale dépasse la simple prise de perspective (perspective-taking) ou l’empathie réactive unilatérale ; elle implique un processus triadique complexe articulant la suspension active de ses propres schémas de pensée, la modélisation hypothétique de la réalité subjective de l’interlocuteur à partir d’indices contextuels et biographiques, et la réintégration critique de cette compréhension dans la régulation de ses propres interactions communicatives.

L’instrument se compose de 36 items formulés sous la forme d’énoncés comportementaux et phénoménologiques, évalués au moyen d’une échelle de réponse de type Likert en 5 points variant de 1 (« Almost never true » / Presque jamais vrai) à 5 (« Almost always true » / Presque toujours vrai). La structure factorielle de la SDS met en lumière plusieurs facettes complémentaires de la décentration, notamment la prise de perspective cognitive générale, la réactivité émotionnelle vicariante, l’attention différentielle portée aux spécificités culturelles et biographiques d’autrui, ainsi que la projection anticipatoire dans le comportement d’autrui au sein de relations proches ou impersonnelles. D’un point de vue métrologique, l’échelle démontre une consistance interne satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach globaux oscillant généralement entre 0,78 et 0,86 selon les échantillons (étudiants universitaires, cohortes internationales, professionnels de la santé). La validité de construit, tant convergente que discriminante, a été établie par des corrélations positives robustes avec les compétences en communication interculturelle, l’empathie dispositionnelle et la flexibilité cognitive, tout en conservant une distinction nette vis-à-vis des mesures de désirabilité sociale et de fusion affective symbiotique. La SDS s’impose aujourd’hui comme un outil précieux en psychologie sociale, en sciences de la communication, dans l’adaptation interculturelle et dans la formation aux métiers de la relation d’aide.

2. Mots-clés

Décentration sociale, empathie cognitive, prise de perspective, communication interculturelle, théorie de l’esprit, Mark V. Redmond, relations interpersonnelles, métacognition, psychométrie, compétence communicative, réactivité émotionnelle, cognition sociale.

3. Auteurs

L’Échelle de décentration sociale a été développée et validée principalement par des chercheurs en sciences de la communication et en psychologie sociale :

  • Mark V. Redmond, Ph.D. : Professeur émérite au département d’anglais et de communication (Department of English and Communication Studies) à l’Iowa State University (Ames, Iowa, États-Unis). Spécialiste reconnu des dynamiques relationnelles, de l’écoute active, de l’empathie et de la décentration communicative. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Judith M. Bunyi, Ph.D. : Chercheuse et collaboratrice académique ayant travaillé sur les processus d’acculturation, l’efficacité communicative et la gestion du stress d’adaptation chez les étudiants internationaux dans le cadre des publications séminales conjointes avec Mark V. Redmond en 1993.
  • Contributeurs psychométriques ultérieurs : Des travaux doctoraux et indépendants, notamment ceux menés par Fiona Swee-Lin Price (2000) à l’Université de Melbourne, ont contribué à réexaminer la factorialité, la validité transculturelle et les médiations épistémologiques associées à l’échelle.

4. Objectif

L’objectif primordial de la Social Decentering Scale (SDS) est d’opérationnaliser et de quantifier empiriquement la décentration sociale en tant qu’aptitude psychologique et comportementale distincte. Dans l’histoire de la psychologie du développement et de la psychologie sociale, la notion de décentration a fréquemment été cantonnée à un stade cognitif piagétien marquant la fin de l’égocentrisme infantile. Mark V. Redmond a étendu cette conceptualisation à la sphère adulte des interactions communicatives complexes. Il s’agissait de pallier les limites conceptuelles des échelles d’empathie classiques (telles que l’IRI de Davis), qui ont tendance soit à se focaliser de façon disproportionnée sur la détresse personnelle et la résonance émotionnelle involontaire, soit à appréhender la prise de perspective intellectuelle sans tenir compte de la contextualisation biographique et culturelle du partenaire d’interaction.

La SDS a été conçue pour répondre à un ensemble d’enjeux théoriques et appliqués majeurs :

  • Comprendre la compétence en communication interculturelle : L’échelle permet de mesurer comment des individus immergés dans un environnement étranger ou confrontés à des interlocuteurs de milieux socioculturels divergents parviennent à suspendre leur cadre normatif indigène pour interpréter les intentions, les valeurs et les émotions d’autrui sans verser dans l’ethnocentrisme.
  • Évaluer la régulation des relations interpersonnelles intimes et professionnelles : L’outil cherche à examiner la capacité des individus à anticiper les réactions de leurs pairs, de leurs amis proches ou de leurs collègues face à des messages potentiellement conflictuels, permettant ainsi une négociation collaborative et une communication stratégique constructive.
  • Applications en formation et en psychologie clinique / relation d’aide : La SDS offre aux cliniciens, médiateurs, négociateurs et éducateurs une mesure étalonnée pour diagnostiquer les déficits de prise de recul social, orienter les programmes de développement des compétences socio-émotionnelles et évaluer l’impact des interventions pédagogiques favorisant la compréhension mutuelle.

Sur le plan fondamental, la SDS cherche à élucider le mécanisme par lequel un individu combine des processus inférentiels ascendants (perceptions directes des signaux expressifs d’autrui) et descendants (modèles mentaux, théories de l’esprit, connaissances socioculturelles acquises) pour co-construire une signification partagée au cours de l’acte communicatif.

5. Construit psychologique

Le concept central mesuré par la SDS est la décentration sociale. Selon la définition formelle formulée par Redmond (1989, 1995), la décentration sociale est le processus par lequel un communicateur s’efforce consciemment ou semi-automatiquement de sortir de son propre système de référence phénoménologique pour percevoir, structurer et interpréter une situation telle qu’elle est vécue par un autre individu spécifique, en tenant compte des caractéristiques personnelles, culturelles et situationnelles de cet autre.

Contrairement à des construits connexes, la décentration sociale s’articule autour de plusieurs dimensions opérationnelles imbriquées :

5.1. La prise de perspective cognitive différentielle

Cette dimension renvoie à l’effort métacognitif délibéré d’imaginer les pensées, les attentes et les raisonnements d’autrui, même lorsque ces derniers diffèrent radicalement des siens. Elle s’illustre dans des items où le sujet s’interroge sur la vision du monde d’individus issus de nations étrangères (ex. item 4) ou tente de se projeter dans la peau de personnes confrontées à des dilemmes qu’il n’a jamais expérimentés lui-même (ex. item 3 et item 29). L’individu ne se contente pas de plaquer ses propres réflexes cognitifs (« qu’est-ce que je ferais à sa place avec ma personnalité ? »), mais cherche à déterminer ce que l’autre pense avec sa propre subjectivité.

5.2. La résonance affective vicariante et émotionnelle

Bien que la décentration soit fondamentalement un acte de médiation cognitive, Redmond postule qu’elle est intrinsèquement liée à une sensibilité émotionnelle modulée. L’individu décentré éprouve une réaction affective en miroir face aux tragédies ou aux joies d’autrui (ex. items 1, 6, 10, 20), que ce soit envers des proches ou des inconnus dépeints dans l’actualité ou la fiction. Cette composante n’est pas une simple contagion émotionnelle désorganisante ; elle implique une conscience du fait que l’émotion ressentie est déclenchée par l’état d’autrui, préservant ainsi la distinction soi/non-soi (ex. items 14 et 30, où le sujet reconnaît que l’ami vivra aussi des émotions que lui-même ne partage pas totalement).

5.3. La contextualisation socio-culturelle et biographique

Un aspect distinctif fondamental de la SDS par rapport aux échelles d’empathie plus anciennes est la prise en considération explicite de l’altérité culturelle, historique et biographique. Les individus hautement décentrés sont conscients que les croyances, les valeurs et les attitudes ne sont pas universelles ni absolues, mais façonnées par l’histoire personnelle et l’appartenance ethnique (ex. items 21, 23, 24, 27). Cette composante mesure l’aptitude à contextualiser le comportement d’autrui à la lumière de son arrière-plan identitaire.

5.4. L’anticipation communicative et stratégique

Cette facette évalue la manière dont la décentration est mise au service de la régulation de l’action communicative dans les relations interpersonnelles concrètes. Le communicateur anticipe les réactions d’autrui à ses propres messages, reformule ses propos pour préserver la face ou faciliter la compréhension de l’interlocuteur, et prend en compte les réticences potentielles de son vis-à-vis (ex. items 8, 9, 13, 36). Il s’agit de la dimension pragmatique de la décentration, reliant la cognition interne à l’interaction sociale réelle.

6. Cadre théorique

La Social Decentering Scale s’inscrit au carrefour de plusieurs traditions théoriques majeures de la psychologie et des sciences sociales :

6.1. La génétique cognitive et le dépassement de l’égocentrisme (Piaget)

Le terme même de « décentration » trouve son origine dans l’œuvre de Jean Piaget. Dans la théorie opératoire du développement cognitif, la décentration désigne le passage progressif de l’égocentrisme de l’enfant préopératoire (incapable de concevoir qu’un objet puisse être perçu sous un autre angle, comme dans la célèbre épreuve des trois montagnes) à la pensée opératoire formelle, capable de coordonner simultanément plusieurs points de vue. Redmond transpose ce concept épistémologique au domaine des interactions sociales de l’adulte : grandir socialement consiste à apprendre à décentrer continuellement son regard vis-à-vis de ses postulats perceptifs immédiats.

6.2. L’interactionnisme symbolique et le « role-taking » (Mead)

La théorie de l’interactionnisme symbolique portée par George Herbert Mead constitue le deuxième pilier conceptuel de l’échelle. Mead a démontré que le « Soi » (Self) émerge à travers la capacité de l’individu à adopter le rôle d’autrui (taking the role of the other) et à se concevoir soi-même à travers les yeux d’autrui et de l’« autrui généralisé ». Dans la modélisation de Redmond, la décentration sociale est le mécanisme opératoire du role-taking : elle permet d’attribuer du sens aux symboles partagés et d’ajuster son comportement verbal et non-verbal en anticipant le décodage qu’en fera l’interlocuteur.

6.3. La théorie de l’esprit (Theory of Mind) et la cognition sociale contemporaine

Au cours des années 1980 et 1990, l’essor des modèles de la théorie de l’esprit chez l’être humain a mis en évidence les systèmes neurocognitifs sous-tendant l’attribution d’états mentaux (croyances, désirs, intentions, connaissances) à autrui. La SDS opérationnalise cette aptitude dans des scénarios quotidiens, en différenciant la projection naïve (croire que l’autre ressent exactement ce que l’on ressentirait soi-même) de la décentration avancée (comprendre que l’autre peut vivre une expérience subjective dissemblable en raison de facteurs contextuels spécifiques).

6.4. Les modèles de compétence communicative interculturelle

Enfin, les modèles théoriques de l’adaptation interculturelle (notamment développés par Gudykunst, Kim, et Spitzberg) identifient la flexibilité cognitive et l’absence d’ethnocentrisme comme des prérequis à la réduction de l’incertitude et de l’anxiété lors de la rencontre avec l’étranger. Les recherches de Redmond et Bunyi (1993) démontrent que la décentration sociale agit comme un modérateur fondamental qui atténue le stress ressenti par les individus en situation de choc culturel, en leur permettant de donner du sens aux comportements déroutants de l’environnement d’accueil.

7. Validité

L’évaluation des propriétés psychométriques de l’Échelle de décentration sociale a fait l’objet de plusieurs investigations approfondies au cours des trois dernières décennies.

7.1. Validité de construit et validité convergente

La validité convergente de la SDS a été confirmée par l’examen de ses corrélations avec plusieurs construits théoriquement apparentés :

  • Empathie globale et prise de perspective : Les scores totaux à la SDS présentent des corrélations positives statistiquement significatives et modérées à fortes ($r = 0{,}45$ à $r = 0{,}62$, $p < 0{,}001$) avec l'échelle de prise de perspective (Perspective Taking) de l’Interpersonal Reactivity Index (IRI) de Davis (1983), ainsi qu’avec l’échelle d’empathie d’Hogan ($r pprox 0{,}40$).
  • Compétence en communication interculturelle : Dans l’étude séminale de Redmond et Bunyi (1993) menée auprès d’étudiants internationaux, la SDS a montré une corrélation substantielle ($r = 0{,}48$, $p < 0{,}01$) avec les indices composites de compétence communicative interculturelle perçue et avec l'efficacité de la négociation relationnelle.
  • Complexité cognitive et écoute active : Des recherches ultérieures ont rapporté des liens positifs modérés avec la différenciation cognitive mesurée par le Role Category Questionnaire (RCQ) de Crockett ($r = 0{,}31$, $p < 0{,}05$), attestant que les sujets disposant d'un système de construits interpersonnels plus riche obtiennent des scores de décentration plus élevés.

7.2. Validité discriminante

La SDS se distingue nettement d’autres construits socio-émotionnels avec lesquels elle ne doit pas être confondue :

  • Désirabilité sociale : Les corrélations entre la SDS et l’échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne s’avèrent faibles et non significatives ($r$ variant entre $0{,}08$ et $0{,}14$), confirmant que les réponses des sujets ne sont pas de simples artefacts de présentation de soi favorable.
  • Détresse personnelle : Les scores à la SDS montrent une corrélation quasi nulle ou très faiblement négative avec la sous-échelle de détresse personnelle de l’IRI ($r = -0{,}11$, non significatif), prouvant que la décentration sociale n’est pas synonyme d’une réactivité anxieuse ou égocentrée face à la souffrance d’autrui, mais reflète une démarche orientée vers l’autre sans submersion affective.
  • Fusion émotionnelle / Codépendance : Bien que la sensibilité émotionnelle vicariante soit présente (ex. item 26), la validité discriminante est renforcée par la présence d’items de discernement (items 14, 30) attestant du maintien rigoureux de la frontière de différenciation du Soi.

7.3. Validité prédictive et de critère

Sur le plan prédictif, les études ont mis en lumière que des scores élevés à la SDS prédisent significativement une réduction de l’ethnocentrisme évalué par des échelles d’attitudes raciales et culturelles (Price, 2000), une plus faible manifestation d’anxiété d’adaptation, et une plus grande capacité perçue à résoudre des conflits dyadiques au moyen de stratégies intégratrices (collaboration plutôt qu’évitement ou domination).

8. Fidélité

Les études empiriques évaluant les qualités de fidélité de l’Échelle de décentration sociale (36 items) attestent d’une bonne stabilité temporelle et d’une remarquable cohérence interne au sein de populations diversifiées :

  • Cohérence interne (Alpha de Cronbach) : Dans les travaux fondateurs de Redmond (1989, 1995), le coefficient $\alpha$ de Cronbach pour l’ensemble des 36 items se situe généralement entre 0,82 et 0,86. Dans l’échantillon d’étudiants internationaux de Redmond et Bunyi (1993), l’alpha rapporté était de 0,83. Des réplications indépendantes (par ex. Price, 2000) ont mis en évidence des coefficients compris entre 0,79 et 0,85, confirmant une homogénéité satisfaisante du réservoir d’items sans redondance excessive.
  • Fidélité test-retest : Des évaluations de stabilité temporelle réalisées sur des intervalles de quatre à six semaines auprès d’étudiants de premier cycle universitaire ont fourni des coefficients de corrélation test-retest oscillant entre $r = 0{,}76$ et $r = 0{,}82$, attestant que la décentration sociale, telle qu’appréhendée par cet instrument, opère principalement comme un trait dispositionnel stable, tout en demeurant potentiellement sensible à des programmes de formation intensifs.
  • Corrélations inter-items et cohérence split-half : Les corrélations moyennes item-total corrigées s’échelonnent entre 0,28 et 0,54, ce qui correspond aux standards psychométriques établis pour les échelles multidimensionnelles mesurant des facettes cognitives et affectives intriquées. La fidélité par la méthode moitié-moitié (split-half reliability avec correction de Spearman-Brown) produit régulièrement des valeurs supérieures à 0,80.

9. Analyse factorielle

La structure factorielle de la SDS a été explorée au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE, extraction en composantes principales avec rotation Varimax et Oblimin direct) par Redmond (1995), puis soumise à des analyses factorielles confirmatoires (AFC) dans des contextes interculturels ultérieurs.

9.1. Structure multidimensionnelle sous-jacente

Bien que l’instrument soit couramment utilisé sous la forme d’un score composite global reflétant un facteur général de décentration sociale de second ordre, l’AFE originale met en évidence une solution comprenant entre quatre et cinq facteurs primaires expliquant environ 42 % à 48 % de la variance totale :

  • Facteur 1 : Résonance et implication émotionnelle vicariante (regroupant notamment les items 1, 6, 7, 10, 19, 20, 22, 26, 31). Ce facteur capte la tendance à ressentir spontanément les états affectifs vécus par des proches ou des inconnus dépeints dans les médias. Les saturations factorielles pour ces items s’échelonnent typiquement entre 0,45 et 0,72.
  • Facteur 2 : Prise de perspective cognitive et simulation mentale (items 3, 5, 8, 11, 17, 18, 28, 29). Ce facteur regroupe les processus cognitifs réflexifs où le sujet mobilise son imagination et le souvenir de ses propres expériences pour concevoir ce que traverse l’autre personne (saturations entre 0,40 et 0,68).
  • Facteur 3 : Contextualisation culturelle et altérité sociologique (items 4, 12, 21, 24, 27). Cette dimension isole la composante intellectuelle de prise en compte des variables macrosociales, ethniques et historiques dans l’interprétation d’autrui (saturations entre 0,42 et 0,65).
  • Facteur 4 : Connaissance différenciée et anticipation des proches (items 9, 13, 14, 23, 25, 30, 36). Ce facteur s’attache à la modélisation intime d’un ami ou d’une connaissance spécifique, avec une conscience nette des similitudes et des divergences affectives et comportementales (saturations entre 0,38 et 0,62).
  • Facteur 5 : Inférence spontanée à l’égard des étrangers (items 2, 33, 34, 35). Cette dimension mineure reflète la promptitude à émettre des hypothèses interprétatives sur la base d’indices comportementaux minimaux émis par des personnes inconnues.

9.2. Modélisation confirmatoire

Les modélisations par équations structurelles (AFC) testées sur des échantillons élargis soutiennent un modèle hiérarchique : un facteur général de décentration sociale chapeaute ces dimensions spécifiques. Les indices d’ajustement répertoriés dans la littérature pour ce modèle de second ordre présentent généralement un ratio $chi^2 / text{ddl} < 2{,}5$, un Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) compris entre 0,052 et 0,065, et des indices de type CFI/TLI approchant ou dépassant le seuil de 0,90 après la prise en compte de la covariance d’erreurs entre certains items partageant des formulations miroirs (ex. items faisant explicitement référence à « un ami proche »).

10. Instrument de mesure

  • Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (self-report inventory).
  • Nombre d’items : 36 items standardisés rédigés à la première personne du singulier.
  • Échelle de réponse : Échelle ordinale de fréquence/véracité de type Likert en 5 points :
    • 1 = Almost never true (Presque jamais vrai)
    • 2 = Infrequently true (Rarement vrai)
    • 3 = Sometimes true (Parfois vrai)
    • 4 = Frequently true (Fréquemment vrai)
    • 5 = Almost always true (Presque toujours vrai)
  • Mode de passation : Format papier-crayon ou administration informatisée/en ligne. Durée moyenne de passation : 8 à 12 minutes.
  • Cotation et calcul des scores :
    • Les scores individuels pour chaque item sont additionnés pour produire un score global de décentration sociale (l’éventail des scores possibles s’étend de 36 à 180 points).
    • L’item 15 (« The way I think and behave serves as my general basis for understanding how people in general think and behave ») nécessite une attention particulière selon les protocoles de recherche : dans certaines modélisations factorielles, il a été inversé (1=5, 2=4, etc.) pour refléter l’ancrage égocentrique résiduel, tandis que dans la cotation originale brute de Redmond, les items sont généralement sommés de façon directe ou ventilés par sous-échelles.
    • Un score élevé indique une forte propension à la décentration cognitive, à l’empathie contextuelle et à l’ajustement communicatif, tandis qu’un score faible suggère une prédominance de raisonnements égocentrés ou une difficulté à se représenter le cadre phénoménologique d’autrui.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de conception initiale : 1989 (première formalisation théorique par Mark V. Redmond), avec publication des premières données psychométriques étendues en 1993 (Redmond & Bunyi) et validation multidimensionnelle formelle en 1995 (Redmond).
  • Statut des droits d’auteur et permissions : Les droits scientifiques des articles originaux appartiennent aux éditeurs académiques respectifs (Elsevier pour l’International Journal of Intercultural Relations et l’ancien Journal of Research in Personality ; SAGE Publications pour Human Relations). Toutefois, dans le cadre de la recherche académique fondamentale, non commerciale et à des fins d’enseignement, l’instrument est largement mis à disposition par l’auteur et accessible au sein de travaux de thèses et de publications universitaires ouvertes (notamment le dépôt institutionnel Minerva Access de l’Université de Melbourne).
  • Tarifs : L’utilisation de l’échelle à des fins de recherche scientifique universitaire est gratuite (libre d’accès pour les chercheurs et étudiants). Toute utilisation dans un cadre commercial, de coaching d’entreprise propriétaire ou d’intégration au sein d’une plateforme logicielle payante requiert l’autorisation explicite de l’auteur principal (Dr. Mark V. Redmond) ou des ayant-droits éditoriaux.

12. Références

Les sources et études fondatrices relatives à l’élaboration, la modélisation et la validation de l’Échelle de décentration sociale comprennent :

  • Davis, M. H. (1983). Measuring individual differences in empathy: Evidence for a multidimensional approach. Journal of Personality and Social Psychology, 44(1), 113–126. https://doi.org/10.1037/0022-3514.44.1.113
  • Mead, G. H. (1934). Mind, self, and society from the standpoint of a social behaviorist. University of Chicago Press.
  • Piaget, J. (1932). The moral judgment of the child. Kegan Paul, Trench, Trubner & Co.
  • Price, F. S.-L. (2000). Intercultural contact, ethnocentrism and the mediating role of epistemology (Doctoral dissertation, University of Melbourne). Minerva Access. https://minerva-access.unimelb.edu.au/bitstream/handle/11343/42255/PRICE_F.pdf
  • Redmond, M. V. (1989). The functions of empathy (decentering) in human relations. Human Relations, 42(7), 593–605. https://doi.org/10.1177/001872678904200703
  • Redmond, M. V. (1995). A multidimensional theory and measure of social decentering. Journal of Research in Personality, 29(1), 35–58. https://doi.org/10.1006/jrpe.1995.1003
  • Redmond, M. V., & Bunyi, J. M. (1993). The relationship of intercultural communication competence with stress and the handling of stress by international students. International Journal of Intercultural Relations, 17(2), 235–254. https://doi.org/10.1016/0147-1767(93)90027-6

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale: 1 = Almost never true, 2 = Infrequently true, 3 = Sometimes true, 4 = Frequently true, 5 = Almost always true

  1. I get emotional over anyone’s crisis.
  2. I would be likely to feel a rush of excitement and enthusiasm while trying to guess what was making someone I didn’t know shout with joy.
  3. When I hear about other people’s problems that I’ve never personally faced, I imagine what my thoughts would be if I were in their situation.
  4. I have wondered what people in some foreign countries think about various world problems.
  5. Sometimes when I daydream about situations I’ve never experienced before, my daydreams evoke strong emotional reactions in me.
  6. I feel the pain my closest friends feel when they are in trouble.
  7. There are times when I become quite emotional while watching TV.
  8. Sometimes when I’m considering how to react to a person, I plan out what to do, and then imagine how I would feel if someone acted towards me the way I was planning to act.
  9. (Think of a particular close friend) I try to anticipate and “second guess” what my friend will say in reaction to alternate ways I might phrase a problem I want to discuss with them.
  10. When I watch a news story where a child has just suffered the tragic loss of his/her parents, I feel some of the same feelings the child is probably having.
  11. Sometimes I can understand what others are thinking by recalling the thoughts I have had when I experienced a similar situation.
  12. If I thought about it, I could guess what people one hundred years from now will think about various major events that are occurring now.
  13. I am likely to carefully consider what I know about a friend when planning on how to best approach them for something they might be reluctant to give or lend to me.
  14. I would feel some of the same feelings as a close friend (think of a particular friend) if both his/her parents were killed in an automobile accident; my friend would probably have some feelings I would not feel, as well.
  15. The way I think and behave serves as my general basis for understanding how people in general think and behave.
  16. I would feel some of the feelings that a senior citizen I was talking to might have upon learning of the death of their spouse of fifty years.
  17. I think about how I would handle situations that I hear or read about when confronting other people.
  18. When I hear about a person’s problem that is similar to a problem I’ve experienced, I usually recall what I thought and did about my problem.
  19. I usually get as excited as my best friend (think of a particular friend) when I find out something exciting has happened to him/her.
  20. I get emotionally involved in news stories about the tragedies and joys of other people.
  21. I take into consideration both the situation and a person’s cultural and ethnic background when I’m trying to understand the behaviour of someone I don’t know very well.
  22. My emotions are easily aroused when I am imagining myself in another person’s predicament.
  23. (Think of a particular friendship that you have recently developed). I have tried to understand how this person thinks by considering their background, personality, maturity, etc.
  24. I can imagine how some of my attitudes, beliefs, and values might be different from the way they are if I had been raised in a different country’s culture.
  25. I know my closest friend (think of a particular friend) so well that I even know how s/he thinks most of the time.
  26. My emotional state sometimes seems determined by my best friend’s emotional state; when they’re down, I become down, when they’re up I become up.
  27. I know some of the values, attitudes and thoughts associated with different cultural and ethnic groups.
  28. I have learned about some of my feelings and emotional reactions by putting myself in situations confronting characters in movies and books, and other people in general.
  29. I often think about what it would be like for me to be in other people’s shoes; what I would say and what I would think.
  30. My closest friend and I would probably experience some of the same feelings in reaction to the news that s/he had suddenly come into a large sum of money though my feelings would be different in a few ways.
  31. I tend to feel some of the pain a parent must feel about the accidental death of one of their children when I read about such a tragedy in the news.
  32. (Think of a close friend who has never been in trouble with the law). This friend and I would probably have the same emotional reaction to being mistakenly arrested.
  33. I can tell a lot about a stranger’s attitudes, beliefs and values, after talking to him/her for just a minute or two.
  34. I pay attention to the things I learn about acquaintances as we become closer, so that I can better understand how they think.
  35. I try to guess what the circumstances might be surrounding a stranger’s emotional outburst (crying, cheering, etc.) and my speculations would arouse an emotional reaction in me similar to the stranger’s reaction.
  36. I sometimes think about how my closest friend will think about a controversial subject even before we start to discuss it.
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Looti, M. (2026, octobre 1). Échelle de décentration sociale (SDS). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-decentration-sociale-sds/
Looti, Mohammed. “Échelle de décentration sociale (SDS).” Base de données de psychologie en français, 1 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-decentration-sociale-sds/.
Looti, Mohammed. “Échelle de décentration sociale (SDS).” Base de données de psychologie en français. octobre 1, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-decentration-sociale-sds/.