Échelle de conscience de soi

L’Échelle de conscience de soi (Self-Consciousness Scale — SCS), conçue par Fenigstein, Scheier et Buss (1975), est un instrument psychométrique de 23 items mesurant la conscience de soi privée, la conscience de soi publique et l’anxiété sociale. Analyse théorique, validité et cotation.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 7, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 7, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle de conscience de soi (Self-Consciousness Scale — SCS), développée initialement par Allan Fenigstein, Michael F. Scheier et Arnold H. Buss en 1975, représente l’un des instruments psychométriques les plus influents dans l’étude des différences individuelles relatives à la focalisation attentionnelle dirigée vers le soi. Conçue pour opérationnaliser le construit théorique de la conscience de soi dispositionnelle, cette échelle multidimensionnelle auto-rapportée comprend 23 items évaluant trois dimensions distinctes mais conceptuellement interconnectées : la conscience de soi privée (Private Self-Consciousness, 10 items), qui mesure la propension générale à prêter attention à ses états internes, ses motivations, ses humeurs et ses mécanismes cognitifs intimes ; la conscience de soi publique (Public Self-Consciousness, 7 items), qui quantifie la préoccupation de l’individu quant à son apparence, sa présentation sociale et l’impression qu’il produit sur autrui ; et l’anxiété sociale (Social Anxiety, 6 items), qui capture la détresse émotionnelle, la gêne et l’appréhension vécues dans les contextes interpersonnels ou face à un auditoire.

Les participants répondent à l’aide d’une échelle de cotation de type Likert en 5 points allant de 0 (« Extremely uncharacteristic » / Extrêmement peu caractéristique) à 4 (« Extremely characteristic » / Extrêmement caractéristique). D’un point de vue psychométrique, l’instrument a fait l’objet de validations empiriques exhaustives au cours des cinq dernières décennies. Les études initiales et les réplications ultérieures rapportent des coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) satisfaisants, oscillant généralement entre 0,69 et 0,84 selon les sous-échelles, ainsi qu’une stabilité temporelle remarquable attestée par des corrélations test-retest s’étalant de 0,73 à 0,84 à plusieurs semaines d’intervalle. Utilisée aussi bien en psychologie sociale expérimentale, en psychologie de la personnalité qu’en psychopathologie clinique, l’échelle demeure la référence princeps pour explorer comment l’autorégulation, la conformité sociale, l’estime de soi et les vulnérabilités anxieuses ou dépressives s’articulent autour de l’orientation attentionnelle du sujet.

2. Mots-clés / Keywords

Conscience de soi, Conscience de soi privée, Conscience de soi publique, Anxiété sociale, Psychométrie, Autorégulation, Attention dirigée vers le soi, Image de soi, Évaluation psychologique, Théorie de la conscience de soi objective, Validation transculturelle, Différences individuelles.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle de conscience de soi a été formalisée et introduite dans la littérature scientifique en 1975 par un groupe de chercheurs affiliés au Département de psychologie de l’Université du Texas à Austin (University of Texas at Austin) :

  • Allan Fenigstein, Ph.D. : Psychologue social et professeur émérite au Département de psychologie du Kenyon College (Gambier, Ohio, États-Unis). Ses travaux de recherche se sont principalement focalisés sur l’auto-attention, la paranoïa subclinique, la saillance perceptive du soi et l’impact de la conscience de soi sur les processus de réactivité émotionnelle et comportementale. Courriel académique : [email protected].
  • Michael F. Scheier, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’Université Carnegie Mellon (Carnegie Mellon University, Pittsburgh, Pennsylvanie, États-Unis). Pionnier de renommée internationale dans le domaine de la psychologie de la santé et des modèles cybernétiques de l’autorégulation comportementale (conjointement avec Charles S. Carver), il a largement exploré l’optimisme dispositionnel, les stratégies d’adaptation (coping) et la conscience de soi comme modulateurs physiologiques et immunitaires face au stress chronique.
  • Arnold H. Buss, Ph.D. (1924–2021) : Professeur de psychologie à l’Université du Texas à Austin. Figure majeure de la psychologie de la personnalité du XXe siècle, il a consacré ses travaux fondamentaux à l’agressivité, aux tempéraments fondamentaux de l’enfance et de l’adulte (modèle EAS : Émotivité, Activité, Sociabilité) et à l’ontogenèse de la conscience de soi sociale et de la timidité.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la Self-Consciousness Scale est d’opérationnaliser et de quantifier les différences individuelles stables relatives à la direction habituelle de l’attention réflexive. Alors que les états transitoires de conscience de soi (state self-awareness) peuvent être induits expérimentalement par des stimuli environnementaux tels que des miroirs, des enregistrements vidéo ou la présence d’une audience évaluative, Fenigstein, Scheier et Buss (1975) ont postulé que les individus manifestent des propensions chroniques et durables (trait self-consciousness) à diriger leur attention soit vers leurs processus psychologiques internes, soit vers les aspects manifestes et observables de leur personne.

Applications en recherche fondamentale et expérimentale

Dans le domaine de la psychologie sociale et cognitive, l’échelle sert de paradigme de modération majeur. Les chercheurs l’emploient pour déterminer comment les traits de conscience de soi influencent :

  • L’exactitude des auto-évaluations : Les individus présentant un score élevé de conscience de soi privée rapportent avec une précision significativement accrue leurs états physiologiques internes, leurs corrélats somatiques et la concordance entre leurs attitudes déclarées et leurs comportements effectifs.
  • La sensibilité aux normes sociales : Les participants présentant une conscience de soi publique prédominante réagissent plus intensément aux indices d’évaluation par les pairs, manifestent un niveau plus marqué de conformisme face à la pression du groupe et modifient stratégiquement leur autoprésentation en fonction de l’auditoire.
  • Les processus d’attribution causale : L’orientation attentionnelle détermine si les causes des succès ou des échecs sont imputées de façon préférentielle à des facteurs dispositionnels internes ou à des contingences contextuelles externes.

Applications cliniques et psychopathologiques

Dans la pratique clinique et la psychopathologie cognitive, la SCS offre des repères diagnostiques et pronostiques indispensables :

  • Anxiété sociale et phobie sociale : La sous-échelle d’anxiété sociale permet d’évaluer l’intensité de la détresse ressentie lors d’interactions non familières ou d’épreuves de prise de parole publique. Combinée à une conscience de soi publique élevée, elle identifie des profils à haut risque d’évitement comportemental et de biais d’hypervigilance envers le jugement d’autrui.
  • Troubles dépressifs et rumination : Une élévation disproportionnée de la conscience de soi privée non modulée peut correspondre à une auto-focalisation dysfonctionnelle, caractérisée par des ruminations dépressives récurrentes, une autocritique exacerbée et une incapacité à détourner l’attention des affects négatifs.
  • Troubles dysmorphophobiques et conduites alimentaires : La conscience de soi publique s’avère un prédicteur direct de l’insatisfaction corporelle, de la surveillance excessive du corps (body surveillance) et du développement de comportements compensatoires restrictifs ou purgatifs.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit de « conscience de soi » (self-consciousness) renvoie à la tendance dispositionnelle et habituelle d’un individu à focaliser son attention sur lui-même. Dans le modèle tripartite de Fenigstein, Scheier et Buss (1975), ce construit n’est pas monolithique, mais s’articule autour de trois dimensions psychologiques distinctes possédant des dynamiques fonctionnelles et des corrélats comportementaux spécifiques.

1. La conscience de soi privée (Private Self-Consciousness)

La conscience de soi privée représente l’attention dirigée vers les aspects intimes, cachés et non directement observables du soi. Elle renvoie à l’introspection, à la prise de conscience réflexive des processus mentaux en cours et à l’exploration cognitive de ses propres motifs d’action. L’individu doté d’une conscience de soi privée élevée examine fréquemment ses sentiments intérieurs (« I’m generally attentive to my inner feelings »), cherche constamment à se comprendre lui-même (« I’m always trying to figure myself out ») et analyse minutieusement les rouages de sa pensée (« I’m aware of the way my mind works when I work through a problem »).

Des recherches ultérieures (notamment celles de Burnkrant & Page, 1984) ont mis en lumière que cette dimension englobe deux facettes complémentaires :

  • L’attention aux états internes (Internal State Awareness) : La perception fine et immédiate des fluctuations émotionnelles, physiologiques et somatiques du corps.
  • L’autoréflexion (Self-Reflectiveness) : Une tendance plus intellectuelle, philosophique ou introspective à analyser délibérément ses intentions, ses dilemmes existentiels et ses valeurs fondamentales.

2. La conscience de soi publique (Public Self-Consciousness)

La conscience de soi publique désigne la propension à appréhender le soi en tant qu’objet socialement observable, c’est-à-dire tel qu’il est perçu, jugé et évalué par autrui. Cette dimension est intimement liée aux concepts d’image publique, d’apparence corporelle et de style comportemental. L’individu à forte conscience de soi publique surveille activement sa présentation matérielle (« I’m self-conscious about the way I look »), s’inquiète de l’effet produit lors d’une interaction (« I usually worry about making a good impression ») et consacre une énergie cognitive substantielle à anticiper les jugements d’autrui (« I’m concerned about what other people think of me »).

Contrairement à la conscience privée qui regarde vers l’intérieur, la conscience publique adopte la perspective d’un observateur extérieur virtuel projeté sur sa propre corporalité et ses manières. Elle favorise l’adoption de comportements stratégiques de gestion des impressions (impression management) et une conformité accrue aux standards de beauté et aux étiquettes institutionnelles.

3. L’anxiété sociale (Social Anxiety)

Bien que conceptuellement distincte de la pure attention focalisée sur le soi, l’anxiété sociale a été intégrée par les auteurs comme une composante réactionnelle affective inhérente à l’évaluation publique. Elle correspond à l’inhibition motrice, au malaise subjectif, à la timidité et à la tension éprouvés en présence d’individus étrangers ou lors d’expositions à des groupes d’envergure. Elle se manifeste par des difficultés d’interaction spontanée (« I find it hard to talk to strangers »), une réactivité végétative et phobique face aux foules (« Large groups make me nervous ») et une vulnérabilité accrue à l’embarras (« I get embarrassed very easily »).

Alors que la conscience de soi publique est cognitive (surveillance de l’image), l’anxiété sociale est la réponse affective et physiologique négative qui découle de la crainte d’échouer à satisfaire les standards d’évaluation sociale attendus.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’ancrage théorique de l’Échelle de conscience de soi s’articule principalement autour de deux courants majeurs de la psychologie cognitive et sociale : la théorie de la conscience de soi objective et les modèles cybernétiques de l’autorégulation.

La théorie de la conscience de soi objective de Duval et Wicklund

Le point de départ paradigmatique de la SCS repose sur la théorie séminale formulée par Shelley Duval et Robert Wicklund (1972). Selon ce modèle, l’attention humaine est une ressource à capacité limitée qui ne peut être orientée simultanément vers le monde extérieur et vers le soi. Lorsque l’attention est déviée vers l’environnement (conscience de soi subjective), l’individu agit comme un sujet percevant et opérant. En revanche, lorsque des stimuli environnementaux (miroirs, caméras, regards d’autrui) contraignent l’attention à se retourner vers le sujet lui-même, ce dernier entre dans un état de conscience de soi objective : il devient son propre objet d’observation.

Duval et Wicklund ont démontré que la conscience de soi objective induit inévitablement un processus de comparaison automatique entre l’état actuel de la personne (le soi réel) et des standards idéaux internalisés (le soi idéal ou normatif). La détection fréquente d’un écart défavorable (discrepancy) génère un affect aversif, motivant l’individu soit à tenter de réduire cet écart en améliorant sa performance, soit à fuir l’état de conscience de soi par divers mécanismes d’évitement.

Le modèle cybernétique d’autorégulation de Carver et Scheier

Michael Scheier et Charles Carver ont étendu la théorie initiale en y intégrant les principes de la théorie des systèmes et de la cybernétique comportementale (Carver & Scheier, 1981, 1982). Ils ont conceptualisé l’autorégulation comme une boucle de rétroaction négative (comparateur de type TOTE : Test-Operate-Test-Exit). Dans cette perspective :

  • L’attention au soi agit comme le mécanisme déclencheur du comparateur. Sans conscience de soi, l’écart entre le comportement courant et les standards demeure ignoré.
  • La conscience de soi privée dirige le comparateur vers des standards d’origine interne : croyances personnelles, sentiments réels, buts auto-assignés et valeurs morales profondes.
  • La conscience de soi publique oriente le comparateur vers des standards partagés et externes : attentes sociales d’un groupe, codes vestimentaires, normes explicites de conduite et conformité socioculturelle.

Héritage sociologique : Mead et le Soi Miroir de Cooley

Le cadre théorique puise également dans la tradition interactionniste symbolique de George Herbert Mead et du concept de « soi miroir » (looking-glass self) forgé par Charles Horton Cooley. Ces auteurs suggéraient que l’identité émerge de la capacité humaine à adopter le point de vue d’autrui sur soi-même. La sous-échelle de conscience de soi publique capture précisément cette intériorisation du regard social comme juge permanent de la valeur personnelle.

7. Validité / Validity

L’évaluation des propriétés de validité de la Self-Consciousness Scale a fait l’objet de centaines d’études empiriques attestant de sa robustesse théorique et opérationnelle.

Validité de construit et prédictive en contexte expérimental

La validité de construit a été rigoureusement confirmée par de nombreuses vérifications d’hypothèses en laboratoire :

  • Conscience de soi privée et cohérence attitude-comportement : Carver et Scheier (1981) ont démontré que les personnes ayant des scores élevés en conscience de soi privée présentent une corrélation substantiellement plus forte entre leurs attitudes initialement exprimées et leurs actions ultérieures. Moins influencées par les distractions contextuelles, leurs choix sont guidés de manière fidèle par leurs systèmes de valeurs internes.
  • Perception somatique et réactivité émotionnelle : Scheier, Carver et Gibbons (1979) ont établi que les individus forts en conscience de soi privée rapportent avec une fidélité nettement supérieure l’intensité de leurs réactions somatiques (par exemple, suite à l’ingestion d’un placebo excitant ou face à des stimuli érotiques ou aversifs).
  • Conscience de soi publique et réactivité au regard d’autrui : Les sujets avec un score élevé en conscience de soi publique manifestent une conformité accrue dans les paradigmes de type Asch et modifient radicalement leur comportement lorsque l’expérimentateur les informe qu’ils sont observés derrière un miroir sans tain (Fenigstein, 1979).

Validité convergente et discriminante

La validité convergente et discriminante a été documentée vis-à-vis d’autres inventaires de personnalité validés :

  • Sous-échelle Anxiété sociale : Corrèle fortement et positivement avec l’échelle d’évitement et de détresse sociale (Social Avoidance and Distress Scale — SAD, r ≈ 0,65 à 0,72) et avec la timidité de Buss (r ≈ 0,70), tout en corrélant négativement avec les mesures de sociabilité (r ≈ -0,45).
  • Sous-échelle Conscience de soi publique : Montre une corrélation modérée à forte avec la peur de l’évaluation négative (Fear of Negative Evaluation — FNE, r ≈ 0,50 à 0,60) et l’auto-surveillance de Snyder (Self-Monitoring Scale, dimension orientation vers l’expression d’autrui).
  • Sous-échelle Conscience de soi privée : Corrèle positivement avec l’ouverture à l’expérience du modèle Big Five (NEO-PI-R), l’intelligence émotionnelle réflexive et la complexité attributionnelle, tout en étant quasi orthogonale à des construits tels que l’intelligence verbale brute ou le lieu de contrôle général (locus of control).
  • Indépendance relative des dimensions : Dans l’échantillon initial de standardisation (Fenigstein et al., 1975), la corrélation entre conscience de soi privée et conscience de soi publique était modérée (r = 0,23), indiquant que la propension à l’introspection n’implique ni n’exclut une vigilance envers son image sociale. L’anxiété sociale corrélait modérément avec la conscience publique (r = 0,21) et très faiblement avec la conscience privée (r = -0,08).

8. Fidélité / Reliability

La fidélité psychométrique de la SCS a été abondamment documentée à travers des études de consistance interne et de stabilité temporelle (test-retest), auprès d’échantillons variés d’étudiants, d’adultes en population générale et de populations cliniques.

Cohérence interne (Alpha de Cronbach)

Dans l’étude princeps menée auprès de 405 étudiants universitaires (Fenigstein et al., 1975), les coefficients de cohérence interne calculés pour les trois dimensions sous-jacentes étaient les suivants :

  • Conscience de soi privée : α = 0,69 (pouvant atteindre 0,75 à 0,81 dans les versions révisées ou des échantillons plus diversifiés).
  • Conscience de soi publique : α = 0,72 (se situant couramment entre 0,73 et 0,84 dans les études contemporaines).
  • Anxiété sociale : α = 0,73 (variant régulièrement entre 0,75 et 0,82).
  • L’ensemble de l’instrument sur les 23 items pris globalement présente généralement une consistance interne globale excédant α = 0,80.

Stabilité temporelle (Test-Retest)

La fidélité test-retest a été mesurée par Fenigstein et ses collaborateurs sur un sous-échantillon d’étudiants ayant complété l’échelle à deux reprises avec un intervalle de deux semaines :

  • Conscience de soi privée : r = 0,79
  • Conscience de soi publique : r = 0,84
  • Anxiété sociale : r = 0,73

Ces coefficients confirment que, conformément aux postulats théoriques de départ, l’échelle capture des dispositions durables de la personnalité plutôt que de simples fluctuations d’humeur circonstancielles. Des études longitudinales postérieures menées sur des intervalles de plusieurs mois ont corroboré ces résultats, révélant des coefficients de stabilité toujours supérieurs à 0,70.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’architecture interne de l’Échelle de conscience de soi a été explorée dès sa conception à l’aide d’analyses factorielles rigoureuses, qui ont par la suite stimulé d’importants débats méthodologiques en psychométrie.

L’analyse factorielle exploratoire princeps (Fenigstein et al., 1975)

Dans le protocole original, une analyse en composantes principales (ACP) suivie d’une rotation varimax orthogonale a été appliquée aux réponses de 405 participants. Les auteurs ont extrait trois facteurs majeurs expliquant conjointement une part prépondérante de la variance totale :

  • Facteur I (Conscience de soi privée) : Regroupe 10 items (items 1, 3, 5, 7, 9, 13, 15, 18, 20, 22). Les saturations factorielles s’étendent de 0,38 à 0,71. L’item le plus représentatif de ce facteur est « I reflect about myself a lot » (item 5, saturation 0,71).
  • Facteur II (Conscience de soi publique) : Regroupe 7 items (items 2, 6, 11, 14, 17, 19, 21). Les saturations oscillent entre 0,42 et 0,69. L’item emblématique comprend « I’m concerned about what other people think of me » (item 19, saturation 0,69).
  • Facteur III (Anxiété sociale) : Regroupe 6 items (items 4, 8, 10, 12, 16, 23). Les saturations factorielles s’échelonnent de 0,41 à 0,73, dominées par « It takes me time to overcome my shyness in new situations » (item 4, saturation 0,73).

Analyses confirmatoires et controverses structurelles

À partir des années 1980, l’avènement des modèles d’équations structurelles (analyse factorielle confirmatoire — AFC) a conduit plusieurs psychomètres à réexaminer la dimensionalité de l’outil. Les travaux remarqués de Burnkrant et Page (1984), suivis de ceux de Mittal et Balasubramanian (1987), ont mis en évidence que le Facteur I (Conscience de soi privée) n’était pas strictement unidimensionnel, mais se scindait plus adéquatement en deux sous-dimensions latentes :

  1. L’attention aux états internes (composée notamment des items 13, 20 et 22), reflétant la réceptivité aux signaux affectifs et cognitifs immédiats.
  2. L’autoréflexion (items 1, 5, 9, 15), reflétant l’examen philosophique et introspectif délibéré.

Malgré ces raffinements analytiques qui ont notamment motivé la création d’une version révisée (Revised Self-Consciousness Scale par Scheier et Carver en 1985, simplifiant le vocabulaire pour des populations non étudiantes), la structure tripartite classique à 23 items demeure très largement utilisée en raison de sa fidélité robuste et de sa valeur prédictive confirmée dans des centaines de protocoles expérimentaux à travers le monde.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique (auto-rapporté / self-report inventory).
  • Nombre total d’items : 23 items formulés sous la forme d’affirmations déclaratives à la première personne du singulier.
  • Durée approximative de passation : 5 à 10 minutes.
  • Modalité de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points (cotée de 0 à 4) :
    • 0 = Extremely uncharacteristic (Extrêmement peu caractéristique de moi)
    • 1 = Generally uncharacteristic (Généralement peu caractéristique de moi)
    • 2 = Equally characteristic and uncharacteristic (Également caractéristique et peu caractéristique / Neutre)
    • 3 = Generally characteristic (Généralement caractéristique de moi)
    • 4 = Extremely characteristic (Extrêmement caractéristique de moi)
  • Ventilation des items par sous-échelle :
    • Conscience de soi privée (10 items) : Items 1, 3, 5, 7, 9, 13, 15, 18, 20, 22.
    • Conscience de soi publique (7 items) : Items 2, 6, 11, 14, 17, 19, 21.
    • Anxiété sociale (6 items) : Items 4, 8, 10, 12, 16, 23.
  • Procédure de cotation (Scoring) :
    • Tous les items de cette version sont cotés directement de 0 à 4 dans le sens de la formulation.
    • Le score de la Conscience de soi privée s’obtient en sommant les notes des 10 items dédiés (score possible de 0 à 40).
    • Le score de la Conscience de soi publique s’obtient en sommant les notes des 7 items dédiés (score possible de 0 à 28).
    • Le score de l’Anxiété sociale s’obtient en sommant les notes des 6 items dédiés (score possible de 0 à 24).
    • Un score composite total peut être calculé par la somme des 23 items (score allant de 0 à 92), bien que l’analyse séparée des trois sous-scores dimensionnels soit fortement recommandée au vu de leur hétérogénéité fonctionnelle.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de première publication : 1975.
  • Propriété intellectuelle et droits : L’article fondateur a été publié dans le Journal of Consulting and Clinical Psychology, revue affiliée à l’American Psychological Association (APA). Conformément aux pratiques académiques relatives aux échelles publiées dans les revues universitaires de cette période, les items sont reproduits dans le domaine scientifique pour la recherche et l’enseignement.
  • Tarifs d’utilisation : Gratuit pour toute utilisation universitaire, académique, médicale ou de recherche non commerciale. Aucune redevance ni coût de licence ne s’applique aux chercheurs et cliniciens indépendants.
  • Autorisations : Aucune autorisation formelle préalable n’est exigée pour l’administration des items dans un cadre d’investigation scientifique ou de pratique clinique diagnostique, sous réserve de citer scrupuleusement la référence originelle princeps (Fenigstein, Scheier, & Buss, 1975). Pour toute exploitation commerciale ou intégration dans des logiciels propriétaires payants, une demande d’autorisation auprès du service des droits de l’APA peut être requise.

12. Références / References

  • Burnkrant, R. E., & Page, M. C. (1984). A modification of the Self-Consciousness Scale. Journal of Personality Assessment, 48(6), 629–637. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa4806_11
  • Carver, C. S., & Scheier, M. F. (1981). Attention and self-regulation: A control-theory approach to human behavior. Springer-Verlag. https://doi.org/10.1007/978-1-4612-5887-2
  • Carver, C. S., & Scheier, M. F. (1982). Control theory: A useful conceptual framework for personality–social, clinical, and health psychology. Psychological Bulletin, 92(1), 111–135. https://doi.org/10.1037/0033-2909.92.1.111
  • Cooley, C. H. (1902). Human nature and the social order. Charles Scribner’s Sons.
  • Duval, S., & Wicklund, R. A. (1972). A theory of objective self awareness. Academic Press.
  • Fenigstein, A. (1979). Self-consciousness, self-attention, and social interaction. Journal of Personality and Social Psychology, 37(1), 75–86. https://doi.org/10.1037/0022-3514.37.1.75
  • Fenigstein, A., Scheier, M. F., & Buss, A. H. (1975). Public and private self-consciousness: Assessment and theory. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 43(4), 522–527. https://doi.org/10.1037/h0076760
  • Mead, G. H. (1934). Mind, self and society from the standpoint of a social behaviorist. University of Chicago Press.
  • Mittal, B., & Balasubramanian, S. K. (1987). Testing the dimensionality of the Self-Consciousness Scales. Journal of Personality Assessment, 51(2), 261–268. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa5102_9
  • Scheier, M. F., & Carver, C. S. (1985). The Self-Consciousness Scale: A revised version for use with general populations. Journal of Applied Social Psychology, 15(8), 687–699. https://doi.org/10.1111/j.1559-1816.1985.tb02268.x
  • Scheier, M. F., Carver, C. S., & Gibbons, F. X. (1979). Self-directed attention, awareness of bodily states, and suggestibility. Journal of Personality and Social Psychology, 37(9), 1576–1588. https://doi.org/10.1037/0022-3514.37.9.1576

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

I’m always trying to figure myself out.
2

I’m concerned about my style of doing things.
3

Generally‚ I’m very aware of myself.
4

It takes me time to overcome my shyness in new situations.
5

I reflect about myself a lot.
6

I’m concerned about the way I present myself.
7

I’m often the subject of my own fantasies.
8

I have trouble working when someone is watching me.
9

I constantly scrutinize myself.
10

I get embarrassed very easily.
11

I’m self-conscious about the way I look.
12

I find it hard to talk to strangers.
13

I’m generally attentive to my inner feelings.
14

I usually worry about making a good impression.
15

I’m constantly examining my motives.
16

I feel anxious when I speak in front of a large group.
17

One of the last things I do before I leave the house is look in the mirror.
18

I sometimes have the feeling that I’m off somewhere watching myself.
19

I’m concerned about what other people think of me.
20

I’m alert to changes in my mood.
21

I’m usually aware of my appearance.
22

I’m aware of the way my mind works when I work through a problem.
23

Large groups make me nervous.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 7). Échelle de conscience de soi. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-conscience-de-soi/
Looti, Mohammed. “Échelle de conscience de soi.” Base de données de psychologie en français, 7 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-conscience-de-soi/.
Looti, Mohammed. “Échelle de conscience de soi.” Base de données de psychologie en français. octobre 7, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-conscience-de-soi/.