Échelles de conscience de soi révisées

L’Échelle de conscience de soi révisée (SCS-R) de Scheier et Carver (1985) est un outil psychométrique de 22 items mesurant la conscience de soi privée, la conscience de soi publique et l’anxiété sociale dans la population générale.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 7, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 7, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

L’Échelle de conscience de soi révisée (Self-Consciousness Scale – Revised, SCS-R), développée par Michael F. Scheier et Charles S. Carver en 1985, constitue une adaptation psychométrique majeure de l’instrument original conçu initialement par Allan Fenigstein, Michael Scheier et Arnold Buss en 1975. Alors que la version princeps de 1975 avait été étalonnée principalement auprès de populations étudiantes universitaires, la révision de 1985 a été entreprise afin de rendre le libellé des items plus accessible, d’éliminer les formulations ambiguës ou idiomatiques et d’adapter l’outil à une utilisation rigoureuse auprès de la population générale adulte.

La SCS-R est un questionnaire auto-rapporté composé de 22 items évaluant les différences interindividuelles stables relatives à la propension d’un individu à focaliser son attention sur lui-même. L’instrument est structuré autour de trois dimensions psychométriques distinctes mais interdépendantes :

  • La conscience de soi privée (Private Self-Consciousness, 9 items) : mesure la tendance à porter son attention sur les aspects internes et cachés du soi, tels que les états émotionnels intimes, les motivations personnelles, les ruminations cognitives et l’introspection réflexive.
  • La conscience de soi publique (Public Self-Consciousness, 7 items) : évalue la préoccupation à l’égard de la présentation de soi et la sensibilité aiguë à la perception que les autres ont de son apparence physique, de ses manières et de son comportement social.
  • L’anxiété sociale (Social Anxiety, 6 items) : capture le malaise affectif, l’appréhension et l’inhibition comportementale éprouvés lors d’interactions sociales ou face à un auditoire.

Les participants répondent à l’aide d’une échelle de type Likert en 4 points allant de 0 (« not like me at all ») à 3 (« a lot like me »). Sur le plan des qualités métrologiques, la SCS-R démontre une cohérence interne satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,69 et 0,79 pour la conscience privée, entre 0,78 et 0,84 pour la conscience publique, et entre 0,73 et 0,79 pour l’anxiété sociale. La fidélité test-retest à plusieurs semaines d’intervalle confirme la remarquable stabilité temporelle de ces dispositions de personnalité. L’analyse factorielle confirmatoire atteste d’une structure tridimensionnelle robuste, faisant de la SCS-R un instrument fondamental en psychologie sociale, en psychopathologie cognitive et en psychologie de la personnalité.

2. Mots-clés

Conscience de soi, conscience de soi privée, conscience de soi publique, anxiété sociale, auto-évaluation, introspection, image corporelle, présentation de soi, psychométrie, validation de questionnaire.

3. Auteurs

La révision de l’échelle a été conçue et validée par :

  • Michael F. Scheier, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’Université Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, États-Unis). Spécialiste reconnu internationalement pour ses travaux sur l’autorégulation du comportement, l’optimisme dispositionnel et les processus d’attention dirigée vers le soi. Courriel académique : [email protected].
  • Charles S. Carver, Ph.D. (1947–2019) : Ancien professeur distingué de psychologie à l’Université de Miami (Coral Gables, Floride, États-Unis). Théoricien majeur des modèles de contrôle cybernétique de la personnalité et de la dynamique motivationnelle humaine.

Cette révision s’appuie directement sur les travaux fondateurs d’Allan Fenigstein (Kenyon College) et d’Arnold H. Buss (Université du Texas à Austin), créateurs de la première mouture de la Self-Consciousness Scale publiée en 1975.

4. Objectif

L’objectif fondamental de l’Échelle de conscience de soi révisée (SCS-R) est d’opérationnaliser et de quantifier les variations dispositionnelles de l’attention autoréférentielle (self-focused attention). Dès les premiers travaux de Duval et Wicklund (1972) sur la théorie de la conscience de soi objective, il est apparu que l’attention humaine peut alterner entre un ciblage de l’environnement extérieur et un ciblage du soi comme objet de perception. Bien que ces états d’attention puissent être induits de manière situationnelle (par exemple, par la présence d’un miroir, d’une caméra ou d’un regard observateur), Fenigstein, Scheier et Buss (1975) ont démontré qu’il existe également un trait de personnalité stable : la disposition à orienter de manière chronique son attention vers soi-même.

La justification théorique et méthodologique ayant conduit à l’élaboration de la version révisée en 1985 reposait sur un constat critique : l’échelle originale de 1975 comportait un vocabulaire parfois complexe, des tournures syntaxiques recherchées et des formulations idiosyncratiques parfaitement comprises par des étudiants de premier cycle universitaire, mais générant des biais de compréhension notables lorsqu’elles étaient administrées à des échantillons hétérogènes de la population générale, des personnes âgées ou des individus ayant des niveaux de scolarité variables. Scheier et Carver ont ainsi simplifié la sémantique de plusieurs énoncés (en modifiant par exemple des locutions idiomatiques) et ont standardisé le format de réponse sans altérer le périmètre conceptuel des construits d’origine.

Dans le domaine de la recherche fondamentale, la SCS-R permet de prédire comment les individus traitent les informations relatives à leur propre fonctionnement, comment ils régulent leurs émotions et comment ils réagissent aux rétroactions sociales. Les personnes présentant un score élevé en conscience de soi privée manifestent une meilleure congruence entre leurs attitudes déclarées et leurs comportements réels, une plus grande finesse dans le signalement de leurs symptômes somatiques et une capacité introspective accrue. À l’inverse, des scores élevés en conscience de soi publique prédisent une conformité normative plus forte, une préoccupation exacerbée pour l’évaluation par autrui et une vulnérabilité accrue aux pressions sociales.

Dans les applications cliniques et appliquées, la SCS-R s’avère un instrument précieux pour explorer les mécanismes sous-jacents aux troubles anxieux, à la phobie sociale, aux troubles des conduites alimentaires et à la dépression. L’hyperfocalisation sur les aspects publics du soi, couplée à un déficit de flexibilité attentionnelle, caractérise fréquemment le schéma cognitif des patients souffrant d’anxiété sociale. En psychothérapie cognitive et comportementale (TCC), l’évaluation différentielle des trois sous-échelles permet d’orienter le travail thérapeutique : distinction entre rumination introspective dysfonctionnelle (composante privée) et surveillance excessive des signaux de rejet d’autrui (composante publique).

5. Construit psychologique

Le construit psychologique mesuré par la SCS-R repose sur la différenciation structurelle de trois composantes interdépendantes régissant l’expérience phénoménologique de l’attention tournée vers soi.

5.1. La conscience de soi privée (Private Self-Consciousness)

La conscience de soi privée renvoie à la propension habituelle d’un sujet à examiner ses états internes, ses sentiments, ses pensées, ses motivations et ses processus réflexifs non observables par autrui. Cette dimension comprend 9 items au sein de la SCS-R. Elle ne doit pas être confondue avec une simple tendance égocentrique, mais plutôt comme une acuité cognitive portée sur le monde intérieur.

Les individus obtenant des scores élevés sur cette sous-échelle :

  • Analysent fréquemment les causes profondes de leurs actions (item 14 : « I’m constantly thinking about my reasons for doing things ») ;
  • Détectent avec rapidité et précision les fluctuations de leur état affectif intérieur (item 19 : « I’m quick to notice in my mood ») ;
  • Sont conscients du fonctionnement de leur esprit lorsqu’ils résolvent une tâche cognitive complexe (item 21 : « I know the way my mind works when I work through a problem ») ;
  • Adoptent une posture métacognitive de prise de distance pour s’auto-examiner (item 17 : « I sometimes step back (in my mind) in order to examine myself from a distance »).

Des recherches ultérieures (notamment celles de Trapnell et Campbell, 1999) ont mis en évidence que cette dimension peut se subdiviser sur le plan fonctionnel en deux aspects : une réflexion épistémique saine (curiosité philosophique envers soi-même) et une rumination anxieuse (préoccupation autocentrée négative). Néanmoins, dans l’instrument de Scheier et Carver, ces facettes sont appréhendées conjointement sous l’angle du trait global d’introspection privée.

5.2. La conscience de soi publique (Public Self-Consciousness)

La conscience de soi publique englobe la tendance à percevoir le soi comme un objet social, soumis au regard, au jugement et à l’évaluation des observateurs externes. Composée de 7 items, cette échelle explore la vigilance portée à son apparence extérieure, à ses manières d’agir et à l’impression renvoyée à la communauté.

Ce construit se manifeste par :

  • Une attention soutenue accordée à son apparence physique avant de s’exposer au monde extérieur (item 16 : « Before I leave my house, I check how I look ») ;
  • Une préoccupation permanente quant au jugement d’autrui (item 18 : « I’m concerned about what other people think of me ») ;
  • Un souci récurrent de faire bonne impression lors des rencontres interpersonnelles (item 13 : « I usually worry about making a good impression ») ;
  • Une conscience aiguë de son style comportemental et vestimentaire (item 2 : « I’m concerned about my style of doing things »).

Contrairement à l’anxiété sociale, la conscience de soi publique n’implique pas nécessairement une détresse affective ou une inhibition paralysante ; elle traduit plutôt une sensibilité motivationnelle et cognitive au rôle social, à la gestion des impressions (impression management) et au concept de « soi en miroir » (looking-glass self).

5.3. L’anxiété sociale (Social Anxiety)

L’anxiété sociale représente la composante affective et comportementale aversive découlant de la conscience de soi publique. Comprenant 6 items, cette dimension capture la détresse émotionnelle, la gêne, la timidité et le sentiment d’incompétence ressentis en présence d’autrui ou lors de situations d’évaluation sociale.

Cette échelle évalue notamment :

  • L’appréhension et la fébrilité motrice ressenties lors d’une prise de parole en public (item 15 : « I feel nervous when I speak in front of a group ») ;
  • La propension à éprouver un sentiment d’embarras immédiat (item 9 : « I get embarrassed very easily ») ;
  • La difficulté à fonctionner ou à travailler sous le regard direct d’un observateur (item 7 : « It’s hard for me to work when someone is watching me ») ;
  • Le malaise éprouvé au sein de rassemblements ou de foules importantes (item 22 : « Large groups make me nervous »).

Dans la perspective théorique de Buss (1980), l’anxiété sociale émerge lorsque la conscience de soi publique est activée chez des individus anticipant une évaluation sociale négative ou doutant de leur efficacité interpersonnelle.

6. Cadre théorique

Le fondement conceptuel de la SCS-R s’enracine au confluent de la théorie de la conscience de soi objective de Duval et Wicklund (1972) et du modèle cybernétique de l’autorégulation formulé par Carver et Scheier (1981, 1982).

Duval et Wicklund ont postulé que l’attention d’un sujet conscient fonctionne de manière bipolaire : elle peut être dirigée vers les événements du monde extérieur ou retournée vers le sujet lui-même. Lorsque l’attention est focalisée sur le soi, un processus automatique de comparaison s’enclenche entre l’état actuel de l’individu (ce qu’il est, ce qu’il ressent, ce qu’il accomplit) et ses normes, valeurs ou standards idéaux. Cette comparaison génère fréquemment un écart négatif perçu, induisant un affect aversif incitant le sujet soit à modifier son comportement pour réduire la divergence, soit à fuir l’état de conscience de soi.

Allan Fenigstein, Michael Scheier et Arnold Buss (1975) ont considérablement enrichi ce postulat en introduisant deux ruptures paradigmatiques majeures :

  1. La distinction entre état et trait : Alors que Duval et Wicklund envisageaient la conscience de soi comme un état transitoire induit par l’environnement (miroirs, enregistrements vidéo), Fenigstein et ses collaborateurs ont démontré que la fréquence et la chronicité de cette focalisation constituent une variable de disposition individuelle stable.
  2. La dichotomie privé/public : Ils ont formalisé la distinction entre les aspects intérieurs inaccessibles à l’observation d’autrui (conscience privée) et les aspects manifestes, perceptibles par la collectivité (conscience publique).

Carver et Scheier (1981) ont intégré ces éléments dans un modèle de boucle de rétroaction négative (boucle cybernétique TOTE : Test-Operate-Test-Exit). Selon cette approche, la conscience de soi privée agit comme un amplificateur du contrôle interne : les individus à haute conscience privée comparent continuellement leurs états internes à leurs règles morales ou affectives personnelles, aboutissant à une autorégulation plus rigoureuse et à une plus forte cohérence attitudinale. À l’opposé, les individus à haute conscience publique orientent leur boucle de contrôle vers des standards collectifs, modifiant leur posture afin de maintenir l’homéostasie entre leur image extérieure et les attentes supposées de l’environnement social.

7. Validité

Les propriétés psychométriques de la SCS-R ont fait l’objet d’investigations poussées, confirmant la validité de construit, la validité convergente et la validité discriminante de l’échelle à travers de multiples contextes empiriques.

7.1. Validité de construit

Dans leur étude de révision princeps, Scheier et Carver (1985) ont administré la SCS-R à un échantillon de 446 étudiants de premier cycle et à un échantillon communautaire de 223 adultes tout-venant. Les patterns de corrélation inter-échelles ont corroboré la structure conceptuelle attendue :

  • La corrélation entre la conscience de soi privée et la conscience de soi publique est modérée (valeurs de r oscillant entre 0,26 et 0,38 selon les échantillons), démontrant que bien qu’il s’agisse de deux modalités d’attention autoréférentielle, elles demeurent conceptuellement distinctes.
  • La corrélation entre la conscience de soi publique et l’anxiété sociale est positive et statistiquement significative (généralement r compris entre 0,25 et 0,35), confirmant que la focalisation sur l’évaluation par autrui alimente la réactivité anxieuse en situation interpersonnelle.
  • La corrélation entre la conscience de soi privée et l’anxiété sociale s’avère non significative ou quasi nulle (r variant de -0,08 à 0,10), attestant que l’introspection intime n’entraîne pas par elle-même de perturbation relationnelle ou d’inhibition sociale.

7.2. Validité convergente et discriminante

La validité convergente a été établie par la confrontation des scores de la SCS-R avec divers inventaires de personnalité validés :

  • Échelle d’auto-surveillance (Self-Monitoring Scale de Snyder) : La conscience de soi publique corrèle significativement avec les sous-échelles de sensibilité aux indices expressifs d’autrui, tandis que la conscience privée ne présente aucune corrélation positive avec la propension à adapter cyniquement son comportement pour plaire à l’auditoire.
  • Mesures d’anxiété et de névrosisme : L’anxiété sociale de la SCS-R montre de fortes corrélations positives (r > 0,55) avec l’échelle d’anxiété sociale et d’évitement de Watson et Friend (SAD) ainsi qu’avec le sous-domaine Névrosisme du NEO-PI-R.
  • Alexithymie et conscience intéroceptive : La sous-échelle privée est négativement corrélée avec les dimensions d’alexithymie (TAS-20), confirmant que les individus à score privé élevé identifient avec clarté leurs ressentis émotionnels internes.

7.3. Validité prédictive en contexte expérimental

De nombreuses expériences de laboratoire confirment que la SCS-R prédit le comportement réel : les sujets à haute conscience privée expriment des jugements esthétiques et moraux plus stables dans le temps, résistent mieux à l’effet de désindividuation, et manifestent une fidélité accrue à leurs engagements personnels. Réciproquement, les sujets à haute conscience publique manifestent un temps de préparation plus long devant un miroir avant une présentation filmée et adoptent des comportements d’achat davantage influencés par le prestige de la marque.

8. Fidélité

La fidélité de l’Échelle de conscience de soi révisée a été examinée sous l’angle de la cohérence interne et de la stabilité temporelle (test-retest).

8.1. Cohérence interne (Alpha de Cronbach)

Dans l’échantillon initial de validation de Scheier et Carver (1985), les indices de cohérence interne calculés par le coefficient alpha de Cronbach étaient les suivants :

  • Conscience de soi privée : α = 0,75 (échantillon étudiant, N = 446) et α = 0,69 (échantillon communautaire, N = 223).
  • Conscience de soi publique : α = 0,84 (échantillon étudiant) et α = 0,79 (échantillon communautaire).
  • Anxiété sociale : α = 0,79 (échantillon étudiant) et α = 0,73 (échantillon communautaire).

Les études indépendantes menées ultérieurement (notamment Abrams, 1988 ; Higa et al., 2008) ont rapporté des valeurs très comparables dans divers groupes sociodémographiques, attestant de l’homogénéité satisfaisante de chacun des trois faisceaux d’items, malgré le nombre réduit d’énoncés par sous-échelle.

8.2. Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

Scheier et Carver (1985) ont administré la SCS-R à un sous-échantillon d’étudiants à quatre semaines d’intervalle. Les coefficients de corrélation test-retest obtenus étaient :

  • r = 0,76 pour la conscience de soi privée (p < 0,001) ;
  • r = 0,74 pour la conscience de soi publique (p < 0,001) ;
  • r = 0,77 pour l’anxiété sociale (p < 0,001).

Ces coefficients élevés démontrent que les dimensions mesurées reflètent des traits dispositionnels durables de la personnalité plutôt que des fluctuations affectives transitoires.

9. Analyse factorielle

L’architecture factorielle de la SCS-R a été rigoureusement analysée par des méthodes d’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC).

9.1. Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Lors de la publication de 1985, Scheier et Carver ont procédé à une analyse en composantes principales suivie d’une rotation oblique (Oblimin). L’analyse a clairement reproduit la structure à trois facteurs postulée théoriquement, expliquant une part prépondérante de la variance totale des scores :

  • Facteur 1 (Conscience de soi publique) : Tous les items assignés (2, 5, 10, 13, 16, 18, 20) saturaient de manière univoque sur ce facteur, avec des saturations factorielles oscillant entre 0,47 et 0,74. Les saturations croisées sur les autres facteurs demeuraient inférieures à 0,25.
  • Facteur 2 (Conscience de soi privée) : Les items correspondants (1, 4, 6, 8, 12, 14, 17, 19, 21) saturaient principalement sur ce facteur (saturations comprises entre 0,38 et 0,69). L’item 8 (inversé) présentait la saturation la plus modeste (environ 0,35 à 0,40), phénomène classique documenté dans la littérature psychométrique pour les items inversés.
  • Facteur 3 (Anxiété sociale) : Les 6 items dédiés (3, 7, 9, 11, 15, 22) chargeaient de façon homogène sur cette dimension avec des saturations s’échelonnant de 0,44 à 0,73. L’item 11 (inversé) présentait une bonne saturation négative avant recodage.

9.2. Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

Les modélisations en équations structurelles menées par des équipes indépendantes (par ex., Abrams, 1988 ; Higa et al., 2008) ont comparé le modèle tridimensionnel à des modèles alternatifs unifactoriels ou bifactoriels. Le modèle à trois facteurs corrélés a systématiquement démontré des indices d’adéquation nettement supérieurs :

  • Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,90 ;
  • Indice d’ajustement comparatif (CFI) > 0,91 ;
  • Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) < 0,06 (IC 90% [0,048 ; 0,067]).

Ces résultats confirment la robustesse de la partition tridimensionnelle et justifient pleinement l’utilisation de scores séparés pour chacune des trois dimensions plutôt que d’un score total global indifférencié.

10. Instrument de mesure

L’instrument se présente sous les caractéristiques structurelles et opérationnelles suivantes :

  • Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique auto-rapporté d’évaluation de la personnalité (trait dispositionnel).
  • Nombre total d’items : 22 items.
  • Format des réponses : Échelle de type Likert en 4 points (0 à 3) définie comme suit :
    • 0 = not like me at all (pas du tout comme moi)
    • 1 = somewhat like me (un peu comme moi)
    • 2 = a little like me (assez comme moi)
    • 3 = a lot like me (beaucoup comme moi)
  • Répartition des sous-échelles :
    • Conscience de soi privée (9 items) : Items 1, 4, 6, 8, 12, 14, 17, 19, 21.
    • Conscience de soi publique (7 items) : Items 2, 5, 10, 13, 16, 18, 20.
    • Anxiété sociale (6 items) : Items 3, 7, 9, 11, 15, 22.
  • Procédure de cotation et inversion :
    • Deux items formulés de manière négative nécessitent une inversion préalable de leur cotation avant sommation : l’item 8 (appartenant à l’échelle privée) et l’item 11 (appartenant à l’anxiété sociale). Pour ces deux items, la règle de transformation est : 0 devient 3, 1 devient 2, 2 devient 1, et 3 devient 0.
    • Un score brut est calculé pour chaque sous-échelle en additionnant les points des items respectifs (après inversion des items 8 et 11).
    • Score de Conscience privée : varie de 0 à 27.
    • Score de Conscience publique : varie de 0 à 21.
    • Score d’Anxiété sociale : varie de 0 à 18.
    • Il est expressément déconseillé de calculer un score global total cumulé, les trois dimensions renvoyant à des dynamiques psychologiques conceptuellement divergentes.
  • Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

L’Échelle de conscience de soi révisée (SCS-R) a été publiée en 1985 dans le Journal of Applied Social Psychology. Conformément à la volonté de ses auteurs, Michael F. Scheier et Charles S. Carver, l’échelle relève du domaine académique libre de droits pour la recherche scientifique et l’enseignement. Aucun coût ni redevance financière ne sont exigés pour son utilisation dans des projets de recherche non commerciaux ou des applications cliniques universitaires.

L’instrument complet, ainsi que son manuel synthétique de cotation, est accessible publiquement via les archives de recherche du département de psychologie de l’Université Carnegie Mellon. Les auteurs demandent simplement que la publication princeps de 1985 soit rigoureusement citée dans toute publication, thèse ou mémoire exploitant les données issues de la passation de l’outil.

12. Références

Les sources bibliographiques clés relatives à la conception, la validation et la théorie de la SCS-R sont répertoriées ci-dessous au format APA (7e édition) :

  • Abrams, D. (1988). Self-consciousness scales for adults and children: Reliability, validity, and theoretical significance. European Journal of Personality, 2(1), 11–37. https://doi.org/10.1002/per.2410020103
  • Buss, A. H. (1980). Self-consciousness and social anxiety. W. H. Freeman and Company.
  • Carver, C. S., & Scheier, M. F. (1981). Attention and self-regulation: A control-theory approach to human behavior. Springer-Verlag. https://doi.org/10.1007/978-1-4612-5887-2
  • Duval, S., & Wicklund, R. A. (1972). A theory of objective self awareness. Academic Press.
  • Fenigstein, A., Scheier, M. F., & Buss, A. H. (1975). Public and private self-consciousness: Assessment and theory. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 43(4), 522–527. https://doi.org/10.1037/h0076760
  • Higa, C. K., Phillips, L. K., Chorpita, B. F., & Daleiden, E. L. (2008). The structure of self-consciousness in children and young adolescents and relations to social anxiety. Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment, 30(4), 261–271. https://doi.org/10.1007/s10862-008-9080-6
  • Scheier, M. F., & Carver, C. S. (1985). The Self-Consciousness Scale: A revised version for use with general populations. Journal of Applied Social Psychology, 15(8), 687–699. https://doi.org/10.1111/j.1559-1816.1985.tb02268.x
  • Trapnell, P. D., & Campbell, J. D. (1999). Private self-consciousness and the five-factor model of personality: Distinguishing rumination and reflection. Journal of Personality and Social Psychology, 76(2), 284–304. https://doi.org/10.1037/0022-3514.76.2.284

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

I’m always trying to figure myself out
2

I’m concerned about my style of doing things
3

It takes me time to overcome my shyness in new situations
4

I think about myself a lot.
5

I care a lot about how I present myself to others.
6

I often daydream about myself.
7

It’s hard for me to work when someone is watching me.
8

I never take a hard look at myself.
9

I get embarrassed very easily.
10

I’m self-conscious about the way I look
11

It’s easy for me to talk to strangers.
12

I generally pay attentive to my inner feelings
13

I usually worry about making a good impression
14

I’m constantly thinking about my reasons for doing things‚
15

I feel nervous when I speak in front of a group
16

Before I leave my house‚ I check how I look.
17

I sometimes step back (in my mind) in order to examine myself from a distance.
18

I’m concerned about what other people think of me.
19

I’m quick to notice in my mood.
20

I’m usually aware of my appearance.
21

I know the way my mind works when I work through a problem.
22

Large groups make me nervous
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 7). Échelles de conscience de soi révisées. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-conscience-de-soi-revisee/
Looti, Mohammed. “Échelles de conscience de soi révisées.” Base de données de psychologie en français, 7 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-conscience-de-soi-revisee/.
Looti, Mohammed. “Échelles de conscience de soi révisées.” Base de données de psychologie en français. octobre 7, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-conscience-de-soi-revisee/.