1. Résumé / Abstract
L’Échelle de confort (initialement développée sous la dénomination anglophone COMFORT Scale par Bruce Ambuel et ses collaborateurs en 1992) représente l’un des instruments psychométriques et cliniques les plus rigoureusement validés pour l’évaluation multidimensionnelle de la détresse, de la douleur et du niveau de sédation chez les nouveau-nés, les nourrissons et les enfants hospitalisés en unité de soins intensifs pédiatriques (USIP / PICU). Conçue à l’origine pour pallier l’inadéquation des outils d’auto-évaluation chez les patients pédiatriques préverbaux ou sous ventilation mécanique invasive, cette échelle combine des indicateurs comportementaux et des paramètres physiologiques. L’instrument original comporte huit items distincts : six items comportementaux (la vigilance, le calme ou l’agitation, la réponse respiratoire, les mouvements physiques, le tonus musculaire et la tension faciale) et deux items physiologiques continus (la pression artérielle moyenne de base et la fréquence cardiaque de base).
Chaque item est coté sur une échelle ordinale opérationnalisée en cinq points (allant de 1 à 5), fournissant un score composite total variant de 8 à 40 points. D’un point de vue clinique, un score global compris entre 17 et 26 témoigne généralement d’une sédation optimale et d’un état de confort adéquat, tandis qu’un score inférieur à 17 traduit une sur-sédation potentiellement délétère et qu’un score supérieur à 26 signale une sous-sédation, une détresse aiguë ou une analgésie insuffisante. Les investigations psychométriques longitudinales et transversales ont démontré une excellente cohérence interne (alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,84 et 0,90), une fidélité inter-juges robuste (coefficients kappa de Cohen pondérés et coefficients de corrélation intraclasse couramment supérieurs à 0,80) ainsi qu’une remarquable sensibilité au changement face aux ajustements posologiques d’analgésiques et de sédatifs. Les adaptations ultérieures, telles que l’échelle comportementale COMFORT-B (COMFORT-Behavioral Scale) formalisée par Monique van Dijk et son équipe en 2000, ont mis en évidence la prépondérance de la dimension comportementale par rapport aux variables hémodynamiques, consolidant ainsi la validité théorique et la précision diagnostique de l’outil dans les environnements de soins critiques néonatals et pédiatriques.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle de confort, COMFORT Scale, soins intensifs pédiatriques, détresse pédiatrique, évaluation de la douleur, sédation, néonatalogie, psychométrie clinique, ventilation mécanique, comportement néonatal, fidélité inter-juges, COMFORT-B.
3. Auteurs / Authors
L’échelle originale a été conçue et validée par une équipe pluridisciplinaire dirigée par le Dr Bruce Ambuel au début des années 1990 :
- Bruce Ambuel, Ph.D. : Psychologue clinicien et chercheur en psychologie de la santé pédiatrique, affilié au Department of Family and Community Medicine et au Department of Pediatrics du Medical College of Wisconsin, Milwaukee, Wisconsin, États-Unis. Ses travaux portent principalement sur l’évaluation de la détresse infantile, la prise en charge de la douleur aiguë et la communication soignant-patient en contexte hospitalier critique.
- Kathleen W. Hamlett, Ph.D. : Chercheuse en psychologie pédiatrique et développementale, associée au département de pédiatrie du Medical College of Wisconsin, spécialisée dans l’évaluation comportementale des enfants vulnérables en phase critique de soins.
- Colleen M. Marx, M.D. : Pédiatre intensiviste, impliquée dans les protocoles de pharmacothérapie sédative et analgésique au sein des unités de réanimation pédiatrique au Medical College of Wisconsin.
- Jayne L. Blumer, Ph.D., M.D. : Spécialiste de renom en pharmacologie clinique pédiatrique et en soins intensifs, ayant exercé au Rainbow Babies & Children’s Hospital, Case Western Reserve University, Cleveland, Ohio, États-Unis.
L’adaptation comportementale ultérieure, largement adoptée à l’échelle internationale (l’échelle COMFORT-B), a été développée par l’équipe néerlandaise menée par le Dr Monique van Dijk au sein du Centre Médical Universitaire Erasmus MC – Sophia Children’s Hospital à Rotterdam, Pays-Bas (Department of Pediatric Surgery and Intensive Care), en collaboration avec le Pr Dick Tibboel.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle de confort est d’offrir une méthodologie rigoureuse, standardisée et objective pour quantifier la détresse globale, le niveau de douleur et l’état de vigilance chez les enfants gravement malades hospitalisés en unité de soins intensifs pédiatriques. Historiquement, l’évaluation de la douleur chez le jeune enfant s’est heurtée à une barrière clinique majeure : l’incapacité développementale à verbaliser une expérience subjective interne. Chez les nouveau-nés, les nourrissons et les enfants intubés placés sous ventilation mécanique, les échelles classiques d’auto-évaluation (telles que l’échelle visuelle analogique ou les échelles de visages) sont inapplicables. En l’absence d’outils standardisés, les équipes soignantes devaient s’en remettre à des jugements intuitifs hautement subjectifs, exposant le patient à deux écueils thérapeutiques majeurs : la sous-sédation (conduisant à une hypertension de stress, à l’extubation accidentelle, à la douleur et au traumatisme psychologique) ou la sur-sédation (entraînant un sevrage ventilatoire prolongé, une atrophie musculaire, un coma médicamenteux involontaire et un risque accru d’infection nosocomiale).
Sur le plan clinique, l’Échelle de confort a été élaborée afin de guider l’administration titrée des agents sédatifs (tels que les benzodiazépines comme le midazolam) et des opioïdes analgésiques (tels que le fentanyl ou la morphine). En fournissant une cible chiffrée reproductible (le score de 17 à 26), elle permet d’établir des algorithmes de titration pharmacologique précis. Elle est administrée de façon longitudinale : le soignant observe l’enfant au repos pendant une période ininterrompue de deux minutes, évalue systématiquement les manifestations motrices et posturales, note les interactions du patient avec le respirateur artificiel, examine la tonicité musculaire par manipulation passive, et recueille simultanément les paramètres hémodynamiques continus.
Sur le plan de la recherche, l’échelle constitue une mesure d’évaluation standardisée indispensable pour les essais cliniques randomisés contrôlés portant sur les nouvelles molécules anesthésiques, l’impact des protocoles de sédation ciblée, et l’efficacité des interventions non pharmacologiques (telles que le positionnement ergonomique, la réduction des stimulations sonores et lumineuses, ou la présence parentale). Elle répond ainsi à l’impératif éthique et clinique de mesurer précisément le confort pédiatrique dans des contextes où la vulnérabilité neurologique et vitale est maximale.
5. Construit psychologique / Construct
L’Échelle de confort évalue un macro-construit complexe désigné sous le terme de détresse pédiatrique globale (ou distress), qui intègre de manière indissociable deux composantes majeures : la composante nociceptive (douleur aiguë) et la composante anxieuse ou d’inconfort émotionnel (agitation, peur, dyspnée). En soins intensifs pédiatriques, distinguer formellement la souffrance physique pure de l’anxiété panique s’avère particulièrement ardu chez le jeune enfant préverbal. C’est pourquoi l’outil capture l’activation psychophysiologique globale du système nerveux central et autonome à travers huit dimensions opérationnalisées :
1. Vigilance (Alertness)
Cette dimension comportementale quantifie le degré d’éveil cortical et la réactivité perceptive envers l’environnement immédiat. Elle s’échelonne depuis l’état de sommeil profond aréactif (score 1 : paupières closes, absence de réaction aux stimuli environnementaux ordinaires) jusqu’à un état d’hypervigilance pathologique ou de panique sensorielle (score 5 : réactions exagérées, sursauts rapides et disproportionnés aux bruits ou aux soins). Les scores intermédiaires décrivent le sommeil léger (score 2), la somnolence (score 3) et l’éveil calme normal (score 4).
2. Calme / Agitation (Calmness / Agitation)
Cette sous-échelle reflète l’état affectif et émotionnel de l’enfant. Elle progresse de la quiétude absolue (score 1 : enfant paisible, exempt de tension ou d’appréhension visible) vers des manifestations croissantes d’anxiété légère (score 2 : appréhension modérée), d’inquiétude manifeste (score 3 : posture anxieuse, détresse modérée), d’angoisse prononcée (score 4 : cris, agitation marquée) jusqu’à la panique sévère (score 5 : perte totale d’auto-régulation, mouvements désordonnés et incontrôlables).
3. Réponse respiratoire (Respiratory Response)
Spécifique aux enfants sous assistance respiratoire endotrachéale, cette dimension comportementale évalue le degré d’harmonie ou de désynchronisation entre les efforts spontanés du patient et le cycle du respirateur mécanique. L’absence totale d’effort spontané ou de toux est cotée 1 (sédation profonde ou curarisation résiduelle), la respiration spontanée synchronisée est notée 2, tandis que l’apparition de toux intermittente ou de résistance modérée reçoit un score de 3. Les scores de 4 et 5 signalent respectivement une lutte active contre la machine (dyssynchronie respiratoire franche) et une toux convulsive majeure risquant de compromettre les échanges gazeux.
4. Mouvements physiques (Physical Movement)
Ce descripteur comportemental évalue l’énergie cinétique globale et la localisation anatomique de l’activité motrice spontanée. Le spectre s’étend de l’immobilité complète (score 1) à l’agitation motrice généralisée et violente impliquant le tronc et la tête (score 5). Les niveaux intermédiaires distinguent les mouvements légers et occasionnels (score 2), les mouvements fréquents mais non vigoureux (score 3), et les mouvements intenses mais strictement circonscrits aux extrémités distales (score 4).
5. Pression artérielle moyenne (Mean Arterial Blood Pressure)
Indicateur physiologique direct du tonus sympathique, cet item compare la pression artérielle moyenne observée au cours de la période d’évaluation à la valeur de base préalablement enregistrée chez l’enfant au repos stable. Les cotes varient d’une pression inférieure à la valeur de base (score 1) ou parfaitement stable (score 2), à des augmentations sporadiques (score 3 : élévation de 15 % ou plus observée 1 à 3 fois en 2 minutes), fréquentes (score 4 : > 3 fois en 2 minutes) ou soutenues en continu (score 5).
6. Fréquence cardiaque (Heart Rate)
Second marqueur autonome cardiovasculaire, la fréquence cardiaque réagit rapidement aux décharges de catécholamines induites par la douleur et l’inconfort. La grille de cotation est rigoureusement identique à celle de la pression artérielle : maintien au niveau ou sous la fréquence de base (scores 1 et 2), élévations transitoires de 15 % ou plus (score 3), élévations fréquentes (score 4) et tachycardie continue supérieure de 15 % à la ligne de base (score 5).
7. Tonus musculaire (Muscle Tone)
Mesuré par une mobilisation articulaire passive douce (flexion et extension d’un membre tel que le coude ou le genou), cet item comportemental évalue la réponse neuromusculaire réflexe et la rigidité posturale. Une hypotonie ou flaccidité totale est cotée 1, un tonus diminué est coté 2, un tonus musculaire normal et détendu est coté 3, une hypertonie avec flexion défensive des doigts et des orteils est cotée 4, et une rigidité musculaire extrême est notée 5.
8. Tension faciale (Facial Tension)
L’expression du visage constitue un des canaux de communication nociceptive les plus archaïques chez l’être humain. Cet item examine la contraction des muscles orbiculaires, frontaux et péri-buccaux. L’absence de contraction (visage atone ou détendu) reçoit un score de 1 ou 2, tandis que l’apparition de tensions localisées (sourcils froncés, lèvres pincées) correspond au score 3. Une contracture musculaire faciale généralisée est cotée 4, et une grimace de douleur intense et prolongée est cotée 5.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Échelle de confort s’enracine au confluent de plusieurs paradigmes théoriques fondamentaux en psychologie de la santé, en neurophysiologie du stress et en psychologie développementale :
La théorie du signal de détresse multidimensionnel
Le modèle conceptuel sous-jacent repose sur la conception biopsychosociale de la douleur et du stress formulée initialement par des théoriciens tels que Ronald Melzack dans le cadre de la théorie du Neuromatrix. Selon ce modèle, la douleur aiguë et la souffrance psychique ne constituent pas de simples transmissions sensorielles passives, mais des patterns neurocomportementaux complexes impliquant des circuits thalamo-corticaux, limbiques et neurovégétatifs. Chez l’enfant incapable de communication verbale, cette activation multidimensionnelle s’exprime simultanément à travers deux canaux :
- Le canal moteur et comportemental (motricité globale, mimique faciale, résistance posturale, modulation de l’état de vigilance).
- Le canal neurovégétatif autonome (activation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et du système sympathique, se traduisant par des poussées hypertensives et des tachycardies réflexes).
Le modèle synactif du développement de Heidelise Als
Les fondements théoriques de l’observation comportementale néonatale s’inspirent largement de la théorie synactive du développement infantile élaborée par Heidelise Als. Cette approche postule que le nouveau-né et le jeune enfant communiquent leur état d’équilibre homéostasique ou de désorganisation interne à travers l’interaction dynamique de cinq sous-systèmes : autonome, moteur, régulation des états de vigilance, attentionnel/interactif et d’autorégulation. L’apparition d’une hypertonie, de grimaces faciales ou de mouvements désordonnés reflète une rupture d’homéostasie induite par des stimulations aversives environnementales ou internes (douleur viscérale, irritation de la sonde trachéale, hypoxie).
Les limites du modèle physiologique unitaire
Lors de la création de l’échelle en 1992, Bruce Ambuel et ses collègues ont cherché à surmonter les postulats réductionnistes selon lesquels la douleur pouvait être mesurée exclusivement par les variations de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle. Bien que ces paramètres fassent partie intégrante de la COMFORT Scale originale, les travaux théoriques et empiriques ultérieurs (notamment ceux menés par van Dijk et al. en 2000) ont mis en lumière le phénomène d’accoutumance physiologique et la non-spécificité des réponses autonomes chez l’enfant en état de choc septique ou traité par des agents inotropes. L’architecture théorique a donc progressivement réaffirmé la primauté des indicateurs comportementaux sur les paramètres vitaux purs, donnant naissance à la version COMFORT-B.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de validité de l’Échelle de confort ont été minutieusement documentées à travers des décennies d’investigations cliniques en pédiatrie et en chirurgie néonatale.
Validité de contenu et d’apparence (Face and Content Validity)
La validité de contenu initiale a été établie par Bruce Ambuel et son équipe (1992) par le biais d’un panel d’experts comprenant des intensivistes pédiatriques, des infirmiers spécialisés en réanimation et des psychologues du développement. Les items ont été sélectionnés à partir d’une revue systématique des descripteurs comportementaux de la douleur pédiatrique et des protocoles de surveillance hémodynamique des unités de soins critiques. Tous les items ont été jugés cliniquement pertinents, mutuellement exclusifs et exhaustifs pour couvrir l’éventail complet des réponses de détresse de l’enfant sous respiration artificielle.
Validité convergente et concurrente
La validité convergente de la COMFORT Scale a été confirmée en corrélant ses scores avec des échelles visuelles analogiques (EVA) remplies indépendamment par des infirmiers et des médecins experts (estimations subjectives globales du confort, de la douleur et de la sédation) :
- Dans l’étude princeps d’Ambuel et al. (1992), les corrélations entre le score composite de la COMFORT Scale et les évaluations globales infirmières de détresse sur échelle visuelle analogique variaient entre r = 0,75 et r = 0,84 (p < 0,001), attestant d’une excellente convergence.
- Les comparaisons avec d’autres échelles comportementales pédiatriques validées, telles que l’échelle FLACC (Face, Legs, Activity, Cry, Consolability) ou l’échelle CHEOPS (Children’s Hospital of Eastern Ontario Pain Scale), ont révélé des coefficients de corrélation de Spearman oscillant entre rho = 0,70 et rho = 0,86.
- Par ailleurs, les corrélations avec des mesures objectives de sédation électroencéphalographique, telles que l’index bispectral (BIS), ont montré une association modérée à forte (r = 0,55 à 0,72), confirmant que l’outil capte de manière robuste le niveau de dépression corticale induit par les hypnotiques.
Validité de construit et discriminante
La validité de construit a été démontrée par la méthode des groupes connus et par des protocoles quasi-expérimentaux évaluant la sensibilité de l’instrument aux variations thérapeutiques :
- L’administration d’un bolus de morphine ou de midazolam chez un enfant en situation de détresse ventilatoire entraîne une chute statistiquement et cliniquement significative des scores COMFORT (diminution moyenne documentée de 6 à 12 points, p < 0,001).
- Inversement, lors de stimulations nociceptives standardisées (ex. aspiration endotrachéale, ponction veineuse, réfection de pansements chirurgicaux), l’échelle démontre une réactivité immédiate par une élévation abrupte des cotations comportementales.
- La validité discriminante a permis de vérifier que l’outil est capable de différencier avec succès un état de douleur aiguë d’un état de détresse non douloureuse liée au sevrage médicamenteux (syndrome de sevrage aux opioïdes/benzodiazépines mesuré conjointement par l’échelle SOS – Sophia Observation withdrawal Symptoms scale).
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle de confort a fait l’objet d’évaluations exhaustives, portant à la fois sur la consistance interne de l’instrument et sur la reproductibilité inter-observateurs dans des environnements cliniques complexes.
Consistance interne
Les analyses de consistance interne rapportées dans la littérature scientifique témoignent d’une excellente cohésion entre les items :
- Dans la publication fondatrice d’Ambuel et al. (1992), le coefficient global d’alpha de Cronbach était de 0,90 pour l’ensemble des 8 items, indiquant une homogénéité remarquable.
- Lors des études de réplication menées par van Dijk et ses collaborateurs (2000, 2005) portant sur de larges cohortes d’enfants admis en chirurgie pédiatrique et néonatale, l’alpha de Cronbach de la composante comportementale (6 items originaux plus l’item « pleurs » pour les enfants non ventilés) oscillait constamment entre 0,84 et 0,88.
- Les corrélations item-total corrigées dépassent généralement le seuil critique de 0,50 pour les composantes comportementales, bien qu’elles soient fréquemment plus modestes pour les paramètres physiologiques (souvent entre 0,25 et 0,40), ce qui a motivé l’autonomisation ultérieure des items comportementaux.
Fidélité inter-juges (Inter-rater Reliability)
La concordance entre évaluateurs indépendants (binômes infirmiers, infirmiers-médecins ou chercheurs-cliniciens) observant simultanément le même patient a été mesurée au moyen de divers indices statistiques rigoureux :
- Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) pour le score total se situe habituellement entre 0,84 et 0,93, attestant d’une fidélité inter-observateurs exceptionnelle en pratique courante.
- L’analyse item par item montre que les coefficients kappa de Cohen pondérés se situent entre 0,65 et 0,88. Les items « vigilance », « réponse respiratoire » et « mouvements physiques » affichent les concordances les plus élevées (kappa > 0,80), tandis que l’évaluation du « tonus musculaire » requiert un entraînement clinique préalable plus rigoureux pour atteindre des niveaux de concordance optimaux (kappa autour de 0,68 à 0,74).
Stabilité test-retest
Bien que l’évaluation de la stabilité test-retest sur de longs intervalles soit conceptuellement inadéquate dans un contexte de soins intensifs (l’état clinique, la pharmacocinétique des analgésiques et les stimuli variant de minute en minute), des mesures rapprochées réalisées à 5 ou 10 minutes d’intervalle chez des patients stables et non manipulés ont mis en évidence des coefficients de stabilité supérieurs à 0,85.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les investigations psychométriques structurelles consacrées à l’Échelle de confort ont joué un rôle décisif dans la compréhension de la mesure de la détresse en réanimation pédiatrique.
Structure bifactorielle de l’échelle originale
Dans l’analyse factorielle exploratoire (AFE) initiale et les études ultérieures (notamment Marx et al., 1994 ; van Dijk et al., 2000), l’analyse en composantes principales avec rotation varimax a systématiquement rejeté l’hypothèse d’une unidimensionnalité stricte au profit d’une structure claire à deux facteurs distincts expliquant plus de 60 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Réponse comportementale (Behavioral Distress). Ce facteur regroupe les six items comportementaux : vigilance, calme/agitation, réponse respiratoire, mouvements physiques, tonus musculaire et tension faciale. Les saturations factorielles pour ce premier axe sont remarquablement élevées, se situant de manière quasi uniforme entre 0,68 et 0,87. Ce facteur capte la part prépondérante de la variance clinique et reflète fidèlement la réaction intégrée du système nerveux central face à la douleur et à l’état de vigilance.
- Facteur 2 : Réponse autonome / hémodynamique (Physiological Reactivity). Ce second facteur rassemble les deux paramètres physiologiques : la pression artérielle moyenne de base et la fréquence cardiaque de base. Leurs saturations factorielles sur ce facteur dédié sont fortes (généralement supérieures à 0,75), mais leurs saturations croisées sur le facteur comportemental sont très faibles (< 0,20).
Analyses factorielles confirmatoires et émergence du modèle COMFORT-B
Les analyses factorielles confirmatoires (AFC) conduites par Monique van Dijk et son équipe (2000, 2005) ont examiné l’adéquation de différents modèles structurels. Les indices d’ajustement ont mis en évidence des résultats révélateurs :
- L’intégration des deux items physiologiques dans un modèle unidimensionnel dégrade considérablement les indices d’ajustement (RMSEA > 0,10 ; CFI < 0,85). En USIP, la fréquence cardiaque et la pression artérielle sont influencées par d’innombrables facteurs confondants non nociceptifs : volémie, fièvre, arythmies, défaillance myocardique, administration d’amines vasoactives et autorégulation autonome émoussée.
- À l’inverse, un modèle reposant exclusivement sur les variables comportementales (le modèle COMFORT-B, incluant l’item « pleurs » pour les enfants non intubés) présente des indices d’adéquation statistiques excellents : un indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,95, un indice de comparabilité (CFI) > 0,96 et un RMSEA < 0,05.
Ces données factorielles robustes ont prouvé que la détresse psychologique et physique chez le jeune enfant s’exprime avant tout par le canal comportemental, consolidant la pratique moderne consistant à privilégier l’évaluation comportementale isolée ou à dissocier rigoureusement l’analyse comportementale de la surveillance des constantes vitales.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Échelle de confort (COMFORT Scale / adaptation COMFORT-B Scale).
- Auteurs de la version princeps : Bruce Ambuel, Kathleen W. Hamlett, Colleen M. Marx, Jayne L. Blumer (1992). Version comportementale néerlandaise/internationale : Monique van Dijk et al. (2000).
- Type d’évaluation : Hétéro-évaluation clinique standardisée par observation directe.
- Population cible : Nouveau-nés prématurés et à terme, nourrissons, jeunes enfants et adolescents jusqu’à 18 ans, hospitalisés en unité de soins intensifs pédiatriques ou néonatals, placés ou non sous assistance ventilatoire mécanique.
- Nombre d’items : 8 items dans la version originale standard (6 items comportementaux et 2 items physiologiques).
- Format et durée de passation : Observation comportementale continue du patient au repos d’une durée standard de deux minutes, suivie d’une mobilisation articulaire passive douce pour évaluer le tonus musculaire, et du recueil des variations hémodynamiques par rapport aux valeurs de référence. Durée totale de cotation : 3 à 5 minutes.
- Échelle de cotation des réponses : Each item is rated on an operationalized 1 to 5 scale (1 indicates lowest distress/lowest physiological activation, 5 indicates highest distress/highest physiological activation).
- Cotation et seuils cliniques décisionnels :
- Le score global s’obtient en sommant les points attribués aux 8 items constitutifs. L’amplitude des scores varie de 8 (sédation la plus profonde / hypotonie / aréactivité complète) à 40 (détresse maximale / agitation extrême / hyperactivité sympathique).
- Score < 17 : État de sur-sédation. Risque de dépression respiratoire, de ralentissement du transit, d’allongement inutile du séjour en réanimation et de toxicité pharmacologique. Indication clinique d’allègement ou d’arrêt des perfusions de sédatifs.
- Score de 17 à 26 : Sédation et confort optimaux. Équilibre adéquat entre analgésie, adaptation au respirateur et confort neuropsychique. Maintien des doses thérapeutiques actuelles.
- Score > 26 : Sous-sédation, douleur aiguë ou détresse majeure. Nécessité d’évaluer la cause sous-jacente (obstruction de sonde, douleur chirurgicale, angoisse) et d’ajuster immédiatement l’analgésie ou la sédation (administration d’un bolus, titration posologique).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1992 pour l’article de Bruce Ambuel et al. dans le Journal of Pediatric Psychology ; 2000 pour la validation de la version comportementale par Monique van Dijk et al. dans Pediatric Critical Care Medicine.
- Statut des droits d’auteur et permissions : L’Échelle de confort (COMFORT Scale) ainsi que sa variante COMFORT-B sont considérées comme des biens publics dans le domaine de la recherche académique et médicale. Elles ne nécessitent aucun paiement de redevance (royalty-free) pour une utilisation clinique au lit du malade ou pour des projets de recherche universitaire à but non lucratif.
- Conditions d’utilisation institutionnelle : Les équipes hospitalières souhaitant intégrer l’échelle au sein de dossiers médicaux électroniques (DME/EHR) ou dans des protocoles institutionnels de prise en charge de la douleur sont invitées à citer formellement les publications originales d’Ambuel et al. (1992) et de van Dijk et al. (2000). Il est impératif d’utiliser les descripteurs comportementaux opérationnalisés validés sans modification textuelle arbitraire afin de garantir la fidélité de la cotation.
- Frais d’utilisation : Gratuit (accès libre à des fins cliniques et scientifiques).
12. Références / References
Les publications fondatrices et validations métrologiques de référence de l’échelle comprennent :
- Ambuel, B., Hamlett, K. W., Marx, C. M., & Blumer, J. L. (1992). Assessing distress in pediatric intensive care environments: The COMFORT scale. Journal of Pediatric Psychology, 17(1), 95–109. https://doi.org/10.1093/jpepsy/17.1.95
- Bear, L. A., & Ward-Smith, P. (2006). Interrater reliability of the COMFORT scale. Pediatric Nursing, 32(5), 427–434.
- Carnevale, F. A., & Razack, S. (2002). An objective assessment of mechanical ventilation in pediatric patients: Psychometric properties of the COMFORT scale. Critical Care Medicine, 30(2), 488–489. https://doi.org/10.1097/00003246-200202000-00043
- Ista, E., van Dijk, M., Tibboel, D., & de Hoog, M. (2005). Assessment of sedation levels in pediatric intensive care patients can be improved by using the COMFORT “behavior” scale. Pediatric Critical Care Medicine, 6(1), 58–63. https://doi.org/10.1097/01.PCC.0000149318.47464.16
- Marx, C. M., Smith, P. G., Lowrie, L. H., Hamlett, K. W., Ambuel, B., Yamashita, T. S., & Blumer, J. L. (1994). Optimal sedation of mechanically ventilated pediatric critical care patients: A prospective evaluation of the COMFORT scale. Critical Care Medicine, 22(1), 163–170. https://doi.org/10.1097/00003246-199401000-00028
- van Dijk, M., de Boer, J. B., Koot, H. M., Tibboel, D., Passchier, J., & Duivenvoorden, H. J. (2000). The reliability and validity of the COMFORT scale as a postoperative pain instrument in 0 to 3-year-old infants. Pain, 84(2–3), 367–377. https://doi.org/10.1016/S0304-3959(99)00239-0
- van Dijk, M., Peters, J. W. B., van Deventer, P., & Tibboel, D. (2005). The COMFORT Behavior Scale: A tool for assessing pain and sedation in infants. American Journal of Nursing, 105(1), 33–36. https://doi.org/10.1097/00000446-200501000-00019
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale: Each item is rated on an operationalized 1 to 5 scale (1 indicates lowest distress/lowest physiological activation, 5 indicates highest distress/highest physiological activation)
Scoring Rules: Total score is obtained by summing the scores of all 8 items, ranging from 8 to 40. Scores between 17 and 26 generally indicate adequate sedation and comfort, scores >26 indicate distress or insufficient sedation/analgesia, and scores <17 indicate oversedation.
-
Alertness
1 = Deeply asleep [eyes closed, no response to environment]
2 = Lightly asleep [eyes mostly closed, occasional response]
3 = Drowsy [closing eyes frequently, responds to environment]
4 = Fully awake and alert [responsive to environment]
5 = Hyperalert [fast exaggerated response to environmental stimuli] -
Calmness / Agitation
1 = Calm [peaceful, no signs of apprehension]
2 = Slightly anxious [mild apprehension]
3 = Anxious [appearing worried, distressed]
4 = Very anxious [demonstrating considerable distress, crying out]
5 = Panicky [severe distress, thrashing, loss of control] -
Respiratory response [in ventilated patients]
1 = No coughing and no spontaneous respiration
2 = Spontaneous respiration with little or no response to ventilation
3 = Occasional cough or resistance to ventilator
4 = Actively breathes against ventilator or coughs regularly
5 = Fights ventilator, coughing or choking, difficulty ventilating -
Physical movement
1 = No movement
2 = Occasional, slight movement
3 = Frequent, slight movement
4 = Vigorous movement limited to extremities
5 = Vigorous movement including torso and head -
Blood pressure [MAP baseline]
1 = Blood pressure below baseline
2 = Blood pressure consistently at baseline
3 = Infrequent elevation of 15% or more above baseline [1-3 times during 2 min]
4 = Frequent elevation of 15% or more above baseline [>3 times during 2 min]
5 = Sustained elevation of 15% or more above baseline -
Heart rate [baseline]
1 = Heart rate below baseline
2 = Heart rate consistently at baseline
3 = Infrequent elevation of 15% or more above baseline [1-3 times during 2 min]
4 = Frequent elevation of 15% or more above baseline [>3 times during 2 min]
5 = Sustained elevation of 15% or more above baseline -
Muscle tone
1 = Muscles totally relaxed, no muscle tone
2 = Reduced muscle tone, resistance less than normal
3 = Normal muscle tone
4 = Increased muscle tone and flexion of fingers and toes
5 = Extreme muscle rigidity and flexion of fingers and toes -
Facial tension
1 = Facial muscles totally relaxed
2 = Facial tone normal, no facial muscle tension evident
3 = Tension evident in some facial muscles
4 = Tension evident throughout facial muscles
5 = Facial muscles contorted and grimacing