1. Résumé / Abstract
L’Échelle de conflit de rôle de genre (en anglais, Gender Role Conflict Scale, ou GRCS), initialement conçue et validée par le professeur James M. O’Neil et ses collaborateurs en 1986, constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents et les plus rigoureusement documentés dans le champ de la psychologie des hommes et des masculinités. Cet outil d’auto-évaluation quantifie les conséquences psychologiques négatives, les tensions intrapersonnelles et les blocages interpersonnels vécus par les individus — en particulier les hommes socialisés dans des contextes patriarcaux ou occidentaux — lorsque l’adhésion rigide, la déviation ou la tentative de conformité aux normes traditionnelles de la masculinité restreint leur potentiel humain ou engendre de la détresse émotionnelle.
Dans sa version canonique de référence, l’échelle se compose de 37 items structurés autour d’un modèle factoriel robuste à quatre dimensions : Succès, pouvoir et compétition (SPC), Émotionnalité restrictive (RE), Comportement affectif restrictif entre hommes (RABBM) et Conflit entre travail et relations familiales (CBWF). Les réponses sont recueillies au moyen d’une échelle de type Likert en six points, allant de 1 (« Tout à fait en désaccord » / Strongly Disagree) à 6 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree), excluant tout point médian neutre afin d’encourager un positionnement réflexif net.
Sur le plan psychométrique, la GRCS démontre une consistance interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,75 et 0,88 pour les sous-échelles, et dépassant 0,90 pour le score global. Sa fidélité test-retest à moyen terme (deux à quatre semaines) affiche des coefficients de stabilité compris entre 0,72 et 0,86. Les études d’analyses factorielles tant exploratoires que confirmatoires soutiennent avec constance l’organisation quadri-factorielle, bien qu’une version adaptée aux adolescents (GRCS-A) et des variantes condensées aient également été développées. L’échelle présente une validité convergente et discriminante robuste, se corrélant significativement avec l’anxiété, la dépression, le stress lié au rôle sexuel, les dysfonctionnements relationnels, l’hostilité et une résistance marquée à la recherche d’aide psychologique professionnelle.
2. Mots-clés / Keywords
Conflit de rôle de genre, Masculinité hégémonique, Psychométrie, Émotionnalité restrictive, Rôle sexuel masculin, Détresse psychologique, Psychologie du genre, James M. O’Neil, Analyse factorielle, Fidélité psychométrique, Échelle Likert, Relations interpersonnelles.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée et validée par une équipe de chercheurs pionniers affiliés au Département de psychologie du conseil et des sciences de l’éducation de l’Université du Connecticut et de l’Université du Kansas :
- James M. O’Neil, Ph.D. — Professeur émérite de psychologie de l’éducation et d’études familiales à l’Université du Connecticut (Storrs, Connecticut, États-Unis). Théoricien fondateur du paradigme du conflit de rôle de genre chez les hommes, récipiendaire de multiples distinctions de l’American Psychological Association (APA, Division 51). Courriel académique institutionnel : [email protected].
- Barbara J. Helms, Ph.D. — Spécialiste de la mesure, de l’évaluation psychométrique et de la recherche statistique appliquée aux sciences sociales, Université du Connecticut.
- Robert K. Gable, Ed.D. — Professeur émérite en méthodologie de recherche et conception d’instruments de mesure psychologique, Bureau of Educational Research, Université du Connecticut.
- V. Lester David, M.A. — Chercheur en psychologie sociale et clinique, Université du Connecticut.
- Lawrence S. Wrightsman, Ph.D. (1932–2019) — Professeur émérite de psychologie sociale à l’Université du Kansas, autorité de premier plan sur les attitudes sociales, la confiance interpersonnelle et les rôles de genre.
Des travaux ultérieurs d’adaptation développementale, notamment pour la version adolescente (GRCS-A), ont été conduits par Chris Blazina, Ph.D. (Université de Houston / Université d’État du Tennessee) et Steven Pisecco, Ph.D., en collaboration étroite avec James M. O’Neil.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Gender Role Conflict Scale (GRCS) est d’opérationnaliser et de quantifier avec rigueur le concept empirique de « conflit de rôle de genre » (CRG). Ce construit théorique désigne l’état psychologique dans lequel les attentes normatives, les mandats socioculturels et les prescriptions rigides associés au genre masculin génèrent des conséquences négatives tant pour l’individu lui-même que pour son entourage relationnel et social. L’échelle a été créée pour combler un vide méthodologique majeur dans la recherche psychologique des années 1980 : jusqu’alors, la majorité des instruments consacrés au genre (tels que le Bem Sex-Role Inventory ou le Personal Attributes Questionnaire) évaluaient les traits de personnalité expressive ou instrumentale sur une perspective bipolaire ou orthogonale, sans mesurer la charge conflictuelle, la détresse subjective, ni l’oppression intériorisée résultant d’une adhésion coercitive aux stéréotypes masculins.
Applications en recherche scientifique
Dans le domaine académique, la GRCS sert de référence pour analyser comment les constructions idéologiques de la masculinité interagissent avec une pluralité de variables comportementales et biopsychosociales :
- Santé mentale et psychopathologie : Étudier la corrélation entre les prescriptions de virilité et l’émergence d’épisodes dépressifs majeurs, de troubles anxieux généralisés, d’idéations suicidaires, d’abus de substances et d’alexithymie normative masculine.
- Santé physique et comportements à risque : Évaluer la propension des hommes à adopter des conduites téméraires, à négliger les bilans médicaux préventifs ou à refuser d’admettre des symptômes physiques en raison d’un impératif d’invulnérabilité corporelle.
- Dynamique relationnelle et conjugale : Analyser la transmission de la violence interpersonnelle, la communication émotionnelle dans le couple hétérosexuel ou homosexuel, et la détresse causée par l’incapacité à s’engager affectivement.
- Intersectionnalité : Examiner les variations du conflit de rôle de genre en fonction de la race, de l’origine ethnique (par exemple au sein des populations afro-américaines, latino-américaines ou américaines d’origine asiatique confrontées au stress lié au racisme), de la classe sociale et de l’orientation sexuelle.
Applications cliniques, thérapeutiques et organisationnelles
En pratique clinique et en psychologie du conseil (counseling), la GRCS offre aux psychothérapeutes un canevas diagnostique précis pour identifier les mécanismes de défense dysfonctionnels chez les patients masculins. L’inventaire permet de mettre en lumière l’origine développementale de la répression affective, des difficultés de couple ou du surinvestissement professionnel compulsif. En désignant ces blocages non pas comme des déficits intrinsèques de personnalité, mais comme les résultats d’un conditionnement social restrictif, l’outil déculpabilise le patient et favorise l’alliance thérapeutique. De surcroît, la GRCS est utilisée dans les contextes institutionnels et universitaires pour évaluer l’impact d’ateliers de déconstruction des stéréotypes de genre, de groupes de parole et de programmes de prévention des violences sexistes et sexuelles.
5. Construit psychologique / Construct
Le modèle sous-jacent à la GRCS repose sur une conceptualisation multidimensionnelle articulée autour de quatre sous-échelles canoniques validées empiriquement. Chacune reflète une arène spécifique où s’exprime la friction entre les injonctions sociétales de la masculinité hégémonique et l’authenticité psychologique individuelle :
1. Succès, pouvoir et compétition (Success, Power, and Competition – SPC)
Cette composante (composée de 13 items dans la version de 1986) évalue l’intériorisation obsessionnelle de la réussite socioprofessionnelle, du statut matériel et de la domination sur autrui comme critères exclusifs de la valeur personnelle d’un homme. L’individu à score élevé conditionne son estime de soi à sa capacité à surclasser ses pairs, à détenir le contrôle décisionnel et à amasser des richesses matérielles.
Exemple de manifestation clinique : Un cadre supérieur qui éprouve une angoisse existentielle aiguë à l’idée d’un échec professionnel mineur (ex. item 14 : « I worry about failing and how it affects my doing well as a man ») et qui instrumentalise ses interactions sociales en termes de rivalité perpétuelle (item 23 : « Competing with others is the best way to succeed »).
2. Émotionnalité restrictive (Restrictive Emotionality – RE)
Regroupant 10 items, cette sous-échelle quantifie les restrictions intériorisées concernant l’accès, l’identification, la verbalisation et le partage des émotions de vulnérabilité, de tristesse ou de tendresse. L’individu associe l’expression émotionnelle à une marque de faiblesse inacceptable, craignant d’être jugé ou attaqué s’il révèle ses doutes intérieurs.
Exemple de manifestation clinique : Une incapacité prononcée à expliciter ses souffrances psychologiques ou ses besoins affectifs à sa conjointe ou son conjoint (item 15 : « I have difficulty expressing my emotional needs to my partner ») combinée à une méfiance permanente envers la verbalisation affective (item 9 : « Expressing feelings makes me feel open to attack by other people »), prédisposant à l’alexithymie et à la somatisation.
3. Comportement affectif restrictif entre hommes (Restrictive Affectionate Behavior Between Men – RABBM)
Constituée de 8 items, cette dimension évalue l’anxiété, la gêne et les barrières cognitives ou comportementales limitant l’expression de sentiments d’affection, d’amitié sincère ou de proximité physique (comme une étreinte) envers d’autres hommes. Cette restriction est profondément nourrie par l’homophobie intériorisée et la terreur sous-jacente d’être perçu comme non conforme aux normes hétéronormatives ou d’être étiqueté homosexuel.
Exemple de manifestation clinique : Une rigidité motrice et une anxiété sociale tangible lors d’interactions masculines intimes ou informelles (item 7 : « Affection with other men makes me tense » ; item 20 : « Hugging other men is difficult for me » ; item 35 : « Men who are overly friendly to me make me wonder about their sexual preference »).
4. Conflit entre travail et relations familiales (Conflict Between Work and Family Relations – CBWF)
Composée de 6 items, cette dimension capture la détresse générée par l’incapacité à concilier les exigences chronophages du travail, des études ou de la réussite financière avec les responsabilités familiales, conjugales et le maintien de la santé personnelle. L’injonction au rôle traditionnel de « pourvoyeur économique » (breadwinner) pousse l’individu au surmenage et au sacrifice de sa vie privée.
Exemple de manifestation clinique : Un sentiment continuel de déchirement et d’épuisement face à l’impossibilité de préserver des moments de repos ou de qualité avec les siens (item 4 : « I feel torn between my hectic work schedule and caring for my health » ; item 31 : « My work or school often disrupts other parts of my life »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’élaboration de la GRCS s’inscrit au carrefour de la théorie de l’apprentissage social de Bandura, de la sociologie critique des rôles de genre, des travaux de Robert Brannon sur les impératifs masculins, et de la théorie psychologique du conflit de rôle de genre développée formellement par James M. O’Neil dès le début des années 1980.
Le paradigme de la peur de la féminité
Au cœur du modèle d’O’Neil réside le concept structural de la « peur de la féminité » (fear of femininity). Selon cette perspective, dans les cultures patriarcales, la socialisation masculine repose non seulement sur l’acquisition positive de conduites instrumentales, mais de manière encore plus prégnante sur le rejet phobique de tout comportement, affect ou attitude culturellement codifié comme « féminin ». Cette dévalorisation du féminin engendre une anxiété identitaire constante : les hommes apprennent dès leur enfance à réprimer la vulnérabilité émotionnelle, l’interdépendance relationnelle et la réceptivité corporelle, de peur d’être démasqués comme « efféminés », impuissants ou dépendants.
Typologie du conflit selon O’Neil
La théorie d’O’Neil stipule que le conflit de rôle de genre se déploie à travers quatre domaines situationnels majeurs interactifs :
- Conflit intrapersonnel : Tensions psychiques internes ressenties lorsque l’individu n’atteint pas ses idéaux virils intériorisés, se traduisant par un effondrement de l’estime de soi, du stress ou un sentiment de nullité.
- Conflit interpersonnel : Dégradations relationnelles occasionnées par l’application rigide des règles masculines sur autrui (ex. : tenter d’imposer son contrôle autoritaire à son partenaire ou refuser l’écoute empathique).
- Conflit vécu par autrui (dépendants/proches) : Conséquences collatérales néfastes subies par les enfants, partenaires ou collègues masculins en raison de l’agressivité, de la distance affective ou du surinvestissement au travail de l’individu.
- Conflit institutionnel et sociétal : Pérennisation de structures d’inégalité, de harcèlement ou de discrimination découlant de la valorisation exclusive de la compétition et de la domination hiérarchique au détriment de la coopération.
Cette modélisation théorique rompt avec le courant essentialiste antérieur qui considérait les traits masculins comme innés et adaptatifs par nature. Elle postule au contraire que la conformité rigide aux stéréotypes de genre constitue une source structurelle de morbidité psychologique et somatique.
7. Validité / Validity
Depuis sa publication en 1986, l’Échelle de conflit de rôle de genre a fait l’objet de centaines d’études empiriques confirmant sa validité de construit, de contenu, convergente, discriminante et prédictive à travers des échantillons variés incluant des étudiants universitaires, des militaires, des sportifs de haut niveau, des populations cliniques et des minorités ethniques.
Validité convergente
La validité convergente de la GRCS a été étayée par des corrélations positives, statistiquement significatives et répétées avec une constellation d’échelles mesurant la détresse psychologique :
- Dépression et anxiété : Des méta-analyses (notamment O’Neil, 2008 ; Wong et al., 2017) révèlent des corrélations moyennes positives ($r = 0,25$ à $r = 0,45, p < 0,001$) entre les sous-échelles SPC, RE, CBWF et les scores aux inventaires de dépression (BDI) et d'anxiété (STAI).
- Stress lié au rôle masculin : Les scores globaux de la GRCS s’associent fortement ($r = 0,55$ à $r = 0,68$) à la Masculine Gender Role Stress Scale (MGRS) d’Eisler et Skidmore, attestant que les deux instruments explorent le même univers de construit tout en ciblant des facettes complémentaires.
- Alexithymie : La dimension Émotionnalité restrictive montre une convergence particulièrement élevée ($r = 0,48$ à $r = 0,60$) avec la Toronto Alexithymia Scale (TAS-20), confirmant que l’inhibition émotionnelle masculine se traduit concrètement par un déficit de verbalisation des affects.
- Attitudes homophobes et intolérance : La sous-échelle RABBM est corrélée de façon marquée ($r = 0,40$ à $r = 0,55$) avec l’Index of Homophobia et les échelles de préjugés hétérosexistes.
Validité discriminante
La GRCS démontre une excellente validité discriminante par rapport aux échelles de désirabilité sociale (comme l’échelle de Marlowe-Crowne), les corrélations oscillant généralement autour de $r = -0,05$ à $-0,15$, ce qui prouve que les scores ne résultent pas simplement d’une propension à donner une image socialement valorisée. De même, la GRCS se distingue nettement des mesures d’orientation sexuelle brute et des traits de personnalité généraux non pathologiques (facteurs du Big Five comme l’ouverture ou l’agréabilité, qui présentent des corrélations faibles à modérées théoriquement conformes aux prédictions).
Validité prédictive et nomologique
Sur le plan prédictif, des scores élevés au GRCS prédisent significativement des attitudes négatives envers la recherche d’aide psychologique (Attitudes Toward Seeking Professional Psychological Help Scale), un pronostic thérapeutique initial plus réservé dû à une résistance au dévoilement intime, une plus faible satisfaction maritale rapportée par les partenaires, ainsi qu’une incidence accrue de maladies coronariennes et d’hypertension induites par le stress chronique de performance.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés métrologiques de la GRCS en matière de fidélité présentent des indices de consistance interne et de stabilité temporelle particulièrement élevés, répondant rigoureusement aux critères psychométriques internationaux fixés par l’APA.
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’étude princeps d’O’Neil et al. (1986), menée auprès d’un échantillon normatif de 527 étudiants universitaires masculins, les coefficients alpha de Cronbach rapportés pour les quatre sous-échelles ont établi d’emblée la robustesse de l’instrument :
- Succès, pouvoir et compétition (SPC, 13 items) : $\alpha = 0,85$
- Émotionnalité restrictive (RE, 10 items) : $\alpha = 0,82$
- Comportement affectif restrictif entre hommes (RABBM, 8 items) : $\alpha = 0,83$
- Conflit entre travail et relations familiales (CBWF, 6 items) : $\alpha = 0,75$
- Score total de la GRCS (37 items) : $\alpha$ généralement supérieur à $0,90$ (oscillant entre $0,89$ et $0,93$ selon les méta-analyses).
Des réplications ultérieures menées sur des cohortes diversifiées (hommes adultes en milieu professionnel, vétérans de l’armée, minorités raciales) ont confirmé des coefficients similaires, systématiquement situés au-delà du seuil conventionnel acceptable de $0,70$, et oscillant le plus souvent entre $0,78$ et $0,88$.
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
La stabilité temporelle de la mesure a été évaluée lors de protocoles de test-retest administrés à un intervalle de quatre semaines (O’Neil et al., 1986). Les coefficients de corrélation de Pearson obtenus témoignent d’une stabilité remarquable du trait :
- SPC : $r = 0,84$
- RE : $r = 0,76$
- RABBM : $r = 0,86$
- CBWF : $r = 0,72$
Ces indices chiffrés confirment que les schémas cognitifs et comportementaux capturés par la GRCS représentent des dispositions psychologiques relativement stables dans le temps, tout en demeurant sensibles aux réaménagements cognitifs consécutifs à des interventions psychothérapeutiques ciblées.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la GRCS a été méthodiquement investiguée lors de sa création via des analyses factorielles exploratoires (AFE), puis corroborée à travers de multiples analyses factorielles confirmatoires (AFC) internationales.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE) initiales
Lors de la phase de conception initiale (O’Neil et al., 1986), un ensemble préliminaire d’environ 60 items théoriques a été soumis à une extraction en composantes principales suivie d’une rotation oblique (oblimin) et orthogonale (varimax). L’examen de la courbe d’éboulis des valeurs propres (scree plot de Cattell) ainsi que le critère de Kaiser ont nettement isolé quatre facteurs majeurs expliquant conjointement plus de 37 % de la variance totale des scores, un chiffre élevé pour des construits d’attitudes complexes :
- Facteur 1 (SPC) : Valeur propre initiale élevée (explicative d’environ 18 % de la variance à elle seule), saturations des 13 items s’échelonnant de 0,38 à 0,74 sans saturation croisée majeure.
- Facteur 2 (RE) : Valeur propre expliquant environ 8 % de la variance, avec des saturations factorielles solides pour les 10 items (de 0,42 à 0,71).
- Facteur 3 (RABBM) : Expliquant environ 6 % de la variance, saturations des 8 items comprises entre 0,47 et 0,78, isolant parfaitement l’inhibition physique et verbale entre pairs masculins.
- Facteur 4 (CBWF) : Expliquant environ 5 % de la variance, avec des saturations comprises entre 0,45 et 0,69 pour les 6 items axés sur la conciliation vie active/sphère privée.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et validité transcatégorielle
Au fil des décennies, de nombreuses études confirmatoires (par exemple Good et al., 1995 ; Moradi et al., 2000) ont mis à l’épreuve ce modèle à quatre facteurs corrélés face à des modèles rivaux (modèle unidimensionnel ou modèle orthogonal). Les indices d’adéquation confirment la supériorité systématique du modèle quadri-factoriel canonique :
- CFI (Comparative Fit Index) : Régulièrement $ge 0,90$ à $0,94$.
- TLI (Tucker-Lewis Index) : Situé entre $0,89$ et $0,93$.
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : Compris entre $0,045$ et $0,062$, avec des intervalles de confiance à 90 % très satisfaisants.
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : Inférieur à $0,06$.
Les corrélations inter-facteurs sont modérées ($r$ variant de 0,20 à 0,52), ce qui démontre que si les quatre dimensions participent d’un construit global unifié (le conflit de rôle de genre), elles capturent néanmoins des entités psychologiques distinctes ne pouvant être amalgamées.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’outil : Gender Role Conflict Scale (GRCS) (parfois désignée GRCS-I).
- Nature de l’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (self-report inventory) standardisé.
- Format d’administration : Papier-crayon, formulaires informatisés, plateformes de recherche en ligne ou protocoles en laboratoire clinique.
- Population cible : Conçue principalement pour les hommes adultes et jeunes adultes (étudiants, professionnels). Une version adaptée pour adolescents existe par ailleurs (GRCS-A).
- Durée moyenne de passation : Environ 10 à 15 minutes pour l’ensemble des 37 items.
- Nombre total d’items : 37 items univoques formulés à la première personne du singulier.
- Échelle de réponse (Format Likert en 6 points) :
- 1 = Strongly Disagree (Tout à fait en désaccord)
- 2 = Disagree (En désaccord)
- 3 = Slightly Disagree (Plutôt en désaccord)
- 4 = Slightly Agree (Plutôt d’accord)
- 5 = Agree (D’accord)
- 6 = Strongly Agree (Tout à fait d’accord)
- Répartition des items par sous-échelle :
- Success, Power, and Competition (SPC) [13 items] : Items 1, 5, 8, 12, 14, 18, 21, 23, 24, 28, 32, 34, 37.
- Restrictive Emotionality (RE) [10 items] : Items 2, 6, 9, 13, 15, 19, 22, 25, 29, 30.
- Restrictive Affectionate Behavior Between Men (RABBM) [8 items] : Items 3, 7, 10, 16, 20, 26, 33, 35.
- Conflict Between Work and Family Relations (CBWF) [6 items] : Items 4, 11, 17, 27, 31, 36.
- Cotation et calcul des scores :
- Tous les items sont cotés de manière positive et directe (aucun item inversé dans la version originale standard).
- Le score de chaque sous-échelle s’obtient en calculant soit la somme brute, soit plus communément la moyenne arithmétique des items affiliés (score compris entre 1,00 et 6,00).
- Un score global de conflit de rôle de genre peut être calculé par la moyenne des 37 items. Des moyennes élevées (supérieures à 4,00) témoignent d’un niveau critique de conflit et de détresse liés au rôle de genre.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1986 (dans la revue académique internationale à comité de lecture Sex Roles).
- Titulaires des droits d’auteur : James M. O’Neil, Ph.D., Barbara J. Helms, Robert K. Gable, V. Lester David, Lawrence S. Wrightsman, ainsi que l’éditeur scientifique d’origine (Springer Science+Business Media / Plenum Publishing Corporation).
- Conditions d’accès et politique tarifaire : L’utilisation de la GRCS à des fins strictement académiques, de recherche scientifique, de formation universitaire ou de thèses de doctorat est gratuite. L’auteur principal, le Dr James M. O’Neil, a continuellement encouragé l’accessibilité ouverte de l’instrument pour la communauté scientifique mondiale, sous réserve expresse de citer formellement les publications séminales de 1986 et 2008.
- Utilisation commerciale et clinique à grande échelle : Toute intégration de l’échelle au sein de logiciels propriétaires, de plateformes de recrutement payantes, de bilans commerciaux d’entreprises ou de publications lucratives requiert l’autorisation formelle écrite des détenteurs de droits et/ou des éditeurs académiques concernés.
12. Références / References
- Blazina, C., Pisecco, S., & O’Neil, J. M. (2005). An adaptation of the Gender Role Conflict Scale for Adolescents: Psychometric issues and correlates with psychological distress. Psychology of Men & Masculinity, 6(1), 39–45. https://doi.org/10.1037/1524-9220.6.1.39
- Cartier, C. R. (2009). Asian American men’s gender role conflict: An investigation of racism-related stress (Thèse de Master, University of Wisconsin-Stout). Déposée en ligne : http://www2.uwstout.edu/content/lib/thesis/2009/2009cartierc.pdf
- Good, G. E., Robertson, J. M., O’Neil, J. M., Fitzgerald, L. F., Stevens, M., DeBord, K. A., & Bartels, K. M. (1995). Male gender role conflict: Investigating the lives of gay and bisexual men. Journal of Counseling & Development, 74(1), 70–75. https://doi.org/10.1002/j.1556-6676.1995.tb01824.x
- Moradi, B., Tokar, D. M., Schaub, M., Jome, L. M., & Serna, G. S. (2000). Revisiting the factor structure of the Gender Role Conflict Scale: Confirming a 4-factor or 6-factor model? Psychology of Men & Masculinity, 1(2), 112–118. https://doi.org/10.1037/1524-9220.1.2.112
- O’Neil, J. M. (2008). Summarizing 25 years of research on men’s gender role conflict using the Gender Role Conflict Scale: New research paradigms and clinical implications. The Counseling Psychologist, 36(3), 358–445. https://doi.org/10.1177/0011000008317057
- O’Neil, J. M. (2015). Men’s gender role conflict: Psychological costs, consequences, and an agenda for change. American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/14461-000
- O’Neil, J. M., Helms, B. J., Gable, R. K., David, V. L., & Wrightsman, L. S. (1986). Gender-Role Conflict Scale: College men’s fear of femininity. Sex Roles, 14(5–6), 335–350. https://doi.org/10.1007/BF00287583
- Wong, Y. J., Ho, M. H. R., Wang, S. Y., & Miller, I. S. (2017). Meta-analyses of the relationship between conformity to masculine norms and mental health-related outcomes. Journal of Counseling Psychology, 64(1), 80–93. https://doi.org/10.1037/cou0000176
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions: In the space provided below, please indicate your level of agreement with each statement using the following scale:
1 = Strongly Disagree | 2 = Disagree | 3 = Slightly Disagree | 4 = Slightly Agree | 5 = Agree | 6 = Strongly Agree
- Moving up the career ladder is important to me.
- I have difficulty telling others I care about them.
- Verbally expressing my love to another man is difficult for me.
- I reel torn between my hectic work schedule and caring for my health.
- Making money is part of my idea of being a successful man.
- Strong emotions are difficult for me to understand.
- Affection with other men makes me tense.
- I sometimes define my personal value by my career success.
- Expressing feelings makes me feel open to attack by other people.
- Expressing my emotions to other men is risky.
- My career‚ job‚ or school affects the quality of my leisure or family life.
- I evaluate other people’s value by their level of achievement and success.
- Talking about my feelings during sexual relations is difficult for me.
- I worry about failing and how it affects my doing well as a man.
- I have difficulty expressing my emotional needs to my partner.
- Men who touch other men make me uncomfortable.
- Finding time to relax is difficult for me.
- Doing well all the time is important to me.
- I have difficulty expressing my tender feelings.
- Hugging other men is difficult for me.
- I often feel that I need to be in charge of those around me.
- Telling others of my strong feelings is not part of my sexual behavior.
- Competing with others is the best way to succeed.
- Winning is a measure of my value and personal worth.
- I often have trouble finding words that describe how I am feeling.
- I am sometimes hesitant to show my affection to men because of how others might perceive me.
- My needs to work or study keep me from my family or leisure more than would like.
- I strive to be more successful than others.
- I do not like to show my emotions to other people.
- Telling my partner my feelings about him/her during sex is difficult for me.
- My work or school often disrupts other parts of my life (home‚ family‚ health leisure.
- I am often concerned about how others evaluate my performance at work or school.
- Being very personal with other men makes me feel uncomfortable.
- Being smarter or physically stronger than other men is important to me.
- Men who are overly friendly to me make me wonder about their sexual preference (men or women).
- Overwork and stress caused by a need to achieve on the job or in school‚ affects/hurts my life.
- I like to feel superior to other people.