Échelle de conflit conjugal de Kansas (KMCS)

L’Échelle de conflit conjugal de Kansas (KMCS) est un instrument psychométrique développé par Eggeman, Moxley et Schumm permettant d’évaluer la dynamique temporelle, la communication et l’invalidation émotionnelle lors des conflits de couple.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 14, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 14, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle de conflit conjugal de Kansas (Kansas Marital Conflict Scale, ou KMCS) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu initialement à l’Université d’État du Kansas par Walter R. Schumm, Kevin W. Eggeman et Virginia M. Moxley en 1985. Élaborée dans le sillage des travaux fondateurs de John M. Gottman sur la modélisation séquentielle et temporelle des interactions de couple, la KMCS a pour objectif d’évaluer la dynamique des différends conjugaux à travers leurs phases temporelles successives et leurs manifestations comportementales, verbales et émotionnelles. L’instrument permet d’appréhender la qualité de la communication interpersonnelle, la réceptivité affective, la présence d’hostilité ou de dévalorisation, ainsi que la capacité des partenaires à négocier et à parvenir à des compromis mutuellement acceptables lors de désaccords conjugaux significatifs.

Dans sa conceptualisation psychométrique de référence, l’échelle se structure autour d’une échelle de réponse de type Likert en cinq points, s’étendant de 1 (« Jamais » / Never) à 5 (« Presque toujours » / Almost always), en passant par « De temps en temps » (Once in a while), « Parfois » (Sometimes) et « Fréquemment » (Frequently). Les items évaluent minutieusement l’amorce de la discussion sur un désaccord majeur (phase d’établissement de l’ordre du jour ou agenda-building), mesurant la rapidité de compréhension mutuelle, la validation empathique du conjoint, les conduites d’invalidation émotionnelle et l’attribution défensive de culpabilité. Dans des versions élargies ou connexes de la batterie de Kansas, la mesure intègre également les phases intermédiaires de négociation et la résolution de conflits, explorant l’évitement, l’agressivité verbale et les affects négatifs.

Les propriétés psychométriques de la KMCS démontrent une consistance interne exceptionnelle, attestée par des coefficients alpha de Cronbach oscillant régulièrement entre 0,86 et 0,94 selon les sous-dimensions et les échantillons étudiés. Les analyses factorielles, qu’elles soient exploratoires ou confirmatoires, valident une organisation sous-jacente robuste distinguant la communication constructive et empathique des schémas d’invalidation, d’escalade hostile et de retrait défensif. L’échelle démontre une validité convergente substantielle avec des mesures établies de satisfaction maritale telles que la Dyadic Adjustment Scale (DAS) et la Kansas Marital Satisfaction Scale (KMSS), ainsi qu’une validité discriminante nette face aux mesures de détresse psychologique générale ou de désirabilité sociale. Instrument privilégié en thérapie de couple et en recherche systémique, la KMCS constitue un levier diagnostique de premier plan pour identifier les blocages interactionnels et orienter les interventions cliniques ciblées.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle de conflit conjugal de Kansas, KMCS, conflit conjugal, communication dyadique, psychométrie maritale, John Gottman, invalidation émotionnelle, résolution de conflit, thérapie systémique de couple, ajustement dyadique, satisfaction conjugale, modèle temporel du conflit.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle de conflit conjugal de Kansas a été conçue et validée par une équipe de chercheurs éminents rattachés au Département d’études sur la famille et l’enfant (Department of Family and Child Development) de la Kansas State University (Manhattan, Kansas, États-Unis) :

  • Kevin W. Eggeman, Ph.D. : Chercheur en sciences de la famille et thérapeute conjugal et familial, auteur principal des travaux initiaux d’opérationnalisation empirique du modèle des phases de conflit chez les couples mariés.
  • Virginia M. Moxley, Ph.D. : Professeure émérite et ancienne doyenne du Collège d’écologie humaine (College of Human Ecology) de la Kansas State University, spécialiste reconnue de la dynamique relationnelle et de l’administration des programmes de recherche sur la famille.
  • Walter R. Schumm, Ph.D. : Professeur titulaire au sein de l’École des sciences de la famille (School of Family Studies and Human Services) à la Kansas State University. Psychométricien et méthodologiste de renommée internationale, le Dr Schumm est le créateur de multiples outils d’évaluation de référence dans le champ familial, incluant notamment la Kansas Marital Satisfaction Scale (KMSS) et la Kansas Family Life Satisfaction Scale.

Correspondance académique historique : School of Family Studies and Human Services, College of Human Ecology, Kansas State University, Justin Hall, Manhattan, KS 66506, États-Unis.

4. Objectif / Purpose

Finalité diagnostique et mesure des processus interactifs

L’objectif fondamental de la Kansas Marital Conflict Scale est de fournir une évaluation standardisée, objective et empiriquement fondée de la manière dont les partenaires conjugaux gèrent leurs différends au sein de la relation dyadique. Contrairement aux approches globales et statiques qui réduisent la discorde maritale à un indice quantitatif d’insatisfaction ou à un comptage superficiel des disputes, la KMCS a été conçue pour pénétrer la texture microscopique de l’interaction conflictuelle. Elle analyse comment les partenaires abordent un désaccord important, comment ils s’écoutent mutuellement, et comment s’installent les dynamiques de soutien affectif versus les réactions d’invalidation, de dévalorisation, de justification égocentrique ou de blâme.

Dans le domaine de la psychologie clinique et de la thérapie de couple, la KMCS répond au besoin crucial de repérer précocement les trajectoires discursives délétères. L’instrument permet d’isoler avec précision les moments de rupture communicationnelle dès l’amorce du conflit (la phase d’ouverture ou d’expression des divergences). En identifiant si le partenaire tend à invalider le ressenti affectif de l’autre (« tu ne devrais pas ressentir cela ») ou à rejeter systématiquement la responsabilité des tensions (« c’est entièrement de ta faute »), le clinicien peut cibler avec exactitude les processus cognitifs et émotionnels pathogènes qui alimentent le ressentiment chronique et l’érosion du lien d’attachement.

Applications en recherche fondamentale et évaluative

En recherche empirique sur la famille, la KMCS sert de référence pour disséquer les mécanismes médiateurs et modérateurs liant la communication dyadique à la pérennité du couple ou au divorce. Les chercheurs l’emploient pour :

  • Quantifier l’impact différentiel des comportements d’écoute active et de réciprocité émotionnelle sur la stabilité relationnelle à long terme.
  • Évaluer l’efficacité des programmes d’enrichissement conjugal et de prévention de la rupture (tels que le Prevention and Relationship Enhancement Program ou PREP), en mesurant les variations pré- et post-intervention dans la gestion des désaccords.
  • Étudier les asymétries de perception au sein de la dyade en administrant parallèlement l’échelle à chacun des deux partenaires, mettant en lumière le phénomène d’écart perceptif (perceptual discrepancy) concernant l’empathie et l’hostilité perçues.
  • Analyser l’interaction entre les stresseurs externes (vulnérabilités socioéconomiques, transitions parentales) et la capacité des conjoints à maintenir un climat d’écoute bienveillante en situation de crise.

Justification théorique et clinique

L’intérêt de la KMCS repose sur le constat empirique établi par les théoriciens de la relation conjugale : ce n’est pas la présence ou la fréquence brute des désaccords qui précipite l’échec d’un mariage, mais bien la forme qualitative et la dynamique temporelle que prend le processus conflictuel. En se concentrant sur les micro-comportements de régulation émotionnelle et d’invalidation mutuelle au moment même où s’amorce la divergence d’opinions, la KMCS fournit aux praticiens et aux chercheurs une fenêtre d’observation standardisée sur le climat affectif intime de la relation.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique appréhendé par la Kansas Marital Conflict Scale est multidimensionnel et s’ancre dans l’analyse transactionnelle de la discorde conjugale. Il opérationnalise la manière dont les composantes affectives, cognitives et comportementales s’articulent lors des épisodes conflictuels. Le construit se déploie principalement autour de deux axes bipolaires majeurs lors de l’amorce du conflit : la communication constructive empathique versus l’invalidation et hostilité défensive, complétés par les dimensions comportementales d’évitement et d’escalade agressive.

1. Communication constructive et écoute empathique

Cette dimension centrale reflète la capacité de la dyade à instaurer un espace d’échange sécurisant dès l’émergence d’une divergence. Elle mesure l’effort concerté des partenaires pour comprendre les états affectifs internes de l’autre sans précipitation défensive. Les indicateurs comportementaux et perceptifs de cette sous-dimension incluent :

  • Compréhension émotionnelle rapide : la promptitude avec laquelle les conjoints saisissent les sentiments sous-jacents exprimés (ex. item 1 : capacité à comprendre les sentiments de l’autre de manière raisonnablement rapide).
  • Clarté et fluidité de transmission : l’absence d’entraves majeures dans la formulation des arguments respectifs (ex. item 2 : faire passer ses messages sans heurts excessifs).
  • Validation de la légitimité du point de vue de l’autre : l’attitude consistant à accorder de la valeur aux opinions divergentes du partenaire et à lui témoigner un soutien affectif sincère malgré le désaccord (ex. items 3, 4, 6 et 8).
  • Tolérance affective : la propension du conjoint à accueillir l’irritation ou la détresse de l’autre sans riposter par le mépris ou la sanction verbale (ex. item 10 : permettre à la partenaire d’exprimer son mécontentement sans la dénigrer).

2. Invalidation émotionnelle, justification égocentrique et blâme

À l’opposé du continuum constructif, cette dimension capture les comportements toxiques qui transforment un désaccord thématique en une attaque de l’intégrité psychologique du conjoint. Elle renvoie directement aux schémas décrits dans la littérature clinique comme précurseurs de la rupture relationnelle :

  • Invalidation cognitive et émotionnelle directe : la prescription disqualifiante sur ce que l’autre devrait ou ne devrait pas ressentir (ex. item 5 : affirmer au conjoint qu’il n’a pas à éprouver ce qu’il ressent). Ce mécanisme bloque net l’exploration affective et génère un profond sentiment d’aliénation.
  • Contradiction préventive et écoute sélective fermée : la tendance impulsive à contester et rejeter les idées du partenaire avant même qu’elles n’aient été articulées ou comprises dans leur globalité (ex. item 7).
  • Centration défensive sur soi (justification égocentrique) : la préoccupation exclusive de défendre sa propre position, de prouver son bon droit ou d’avoir raison, au détriment de toute tentative d’écoute active (ex. item 9).
  • Attribution unilatérale de culpabilité (blâme projectif) : la manœuvre consistant à renvoyer la responsabilité exclusive des tensions, de la frustration ou de la colère sur le conjoint, exonérant le sujet de toute contribution à l’escalade conflictuelle (ex. item 11).

3. Dimensions associées : hostilité manifeste et retrait d’évitement

Dans la typologie générale des conflits conjugaux mesurée par la KMCS et ses extensions (notamment dans les recueils psychométriques de Child Trends et de Fischer & Corcoran), le construit intègre les manifestations somatiques et verbales de l’escalade conflictuelle :

  • Hostilité verbale et paraverbale : recours aux insultes, aux cris, à l’ironie cinglante, ainsi qu’aux micro-expressions de mépris, de dégoût et de condescendance dans l’intonation de la voix.
  • Évitement et retrait passif-agressif : stratégies de fuite consistant à ignorer l’autre, à pratiquer le mutisme hostile (stonewalling) ou à refuser systématiquement de traiter les sujets conflictuels fondamentaux.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le modèle séquentiel et temporel de John Gottman

Le fondement théorique premier de l’Échelle de conflit conjugal de Kansas repose explicitement sur les recherches pionnières menées par John M. Gottman sur la forme temporelle des conflits conjugaux (temporal form of marital conflict), formalisée notamment dans son ouvrage séminal de 1979, Marital Interaction: Experimental Investigations. Gottman a démontré par l’observation micro-analytique en laboratoire que le conflit conjugal n’est pas un bloc homogène mais un processus dynamique articulé en trois phases temporelles distinctes :

  1. La phase d’ouverture ou d’établissement de l’ordre du jour (agenda-building phase) : les conjoints posent le problème, expriment leurs ressentis initiaux et délimitent le champ du litige. Les travaux de Gottman et d’Eggeman et al. (1985) ont prouvé que l’issue du conflit est largement déterminée dès les trois premières minutes de cette phase. La présence d’un « démarrage difficile » (harsh startup), marqué par l’invalidation et le blâme, précipite quasi systématiquement l’échange vers l’échec.
  2. La phase d’exploration ou de confrontation (exploration/argument phase) : les partenaires approfondissent leurs positions divergentes. C’est durant cette phase que se manifestent les signaux émotionnels non-verbaux majeurs (colère, dégoût, amertume ou respect) et la capacité d’écoute réciproque.
  3. La phase de négociation et de résolution (negotiation/resolution phase) : les époux tentent de sceller des compromis, de formuler des concessions réciproques et de clore la dispute sur un accord mutuellement acceptable.

La KMCS a été spécifiquement conçue par Eggeman, Moxley et Schumm (1985) pour opérationnaliser sous forme d’auto-questionnaire psychométrique standardisé ces phases interactives que Gottman mesurait principalement par des systèmes d’encodage observationnel lourds (comme le Couples Interaction Scoring System ou CISS).

La théorie générale des systèmes et la cybernétique communicationnelle

L’échelle s’inscrit également dans le cadre de la théorie générale des systèmes appliquée à la famille et des concepts de l’École de Palo Alto (Gregory Bateson, Paul Watzlawick). Dans cette perspective, la communication conjugale est envisagée comme un circuit rétroactif où les conduites d’un partenaire déclenchent, amplifient ou régulent les réactions de l’autre. Le phénomène de « ponctuation des séquences de communication » y est prépondérant : l’item 11 de la KMCS (« Votre conjoint vous blâme-t-il pour vos sentiments de frustration comme si c’était votre faute ? ») illustre la ponctuation circulaire conflictuelle, où chaque partenaire perçoit sa propre hostilité comme une simple réaction légitime à l’agression préalable de l’autre.

La théorie de l’attachement chez l’adulte

Bien que développée dans les années 1980 avant l’essor massif des modèles d’attachement amoureux de Cindy Hazan, Phillip Shaver et Sue Johnson, la KMCS s’articule parfaitement avec la théorie de l’attachement appliquée au couple. L’invalidation émotionnelle mesurée par l’échelle (items 5, 7, 9) représente pour le partenaire une menace directe de désactivation du lien de sécurité. Face à l’impossibilité d’obtenir une réponse émotionnelle accordée (affective attunement), l’individu insécure adopte soit une stratégie d’hyperactivation (escalade, revendications amères, cris), soit de désactivation (évitement, silence, retrait).

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’Échelle de conflit conjugal de Kansas a fait l’objet d’investigations approfondies à travers de multiples études empiriques menées auprès d’échantillons communautaires et cliniques de couples.

Validité de contenu et d’apparence

La validité de contenu a été initialement établie par un panel d’experts en thérapie familiale et en recherche conjugale à la Kansas State University. Les items ont été formulés de façon à traduire précisément les comportements observables caractéristiques des phases de désaccord identifiées par Gottman. Les formulations garantissent une haute pertinence clinique en ancrant chaque énoncé dans des situations concrètes (« Lorsque vous et votre conjoint commencez à discuter d’un désaccord important… »), évitant ainsi le flou des évaluations de personnalité décontextualisées.

Validité convergente

La validité convergente de la KMCS est solidement démontrée par ses corrélations statistiquement significatives et élevées avec les échelles de référence mesurant la qualité conjugale :

  • Corrélation avec la satisfaction maritale : les scores de communication constructive de la KMCS corrèlent positivement et fortement avec la Kansas Marital Satisfaction Scale (KMSS ; r oscillant entre 0,60 et 0,78, p < 0,001) et avec la sous-échelle de satisfaction de l’Échelle d’ajustement dyadique (DAS ; r ≈ 0,65, p < 0,001). Inversement, les scores d’invalidation, de blâme et d’hostilité présentent des corrélations négatives robustes avec la satisfaction conjugale (r variant de -0,55 à -0,72).
  • Corrélation avec l’empathie dyadique : des relations positives marquées ont été rapportées entre les scores de réceptivité de la KMCS (items 1, 3, 6, 8) et les mesures d’écoute empathique perçue au sein du couple (r > 0,68).

Validité discriminante

L’échelle discrimine efficacement les construits purement interactionnels de la détresse psychologique individuelle générale. Les corrélations entre les items de la KMCS et des mesures de dépression (ex. Beck Depression Inventory) ou d’anxiété générale demeurent modérées (généralement comprises entre |0,25| et |0,40|), démontrant que l’échelle mesure bien un dysfonctionnement communicationnel relationnel spécifique et non une simple plainte psychopathologique individuelle diffuse. De plus, les tests de contrôle de la désirabilité sociale (notamment via l’échelle de Marlowe-Crowne) ont montré que les réponses à la KMCS ne sont que très faiblement biaisées par le besoin de conformité sociale (r < 0,20).

Validité prédictive et clinique

La KMCS a prouvé sa capacité à prédire longitudinalement la rupture d’union et l’instabilité conjugale. Les couples affichant des niveaux élevés d’invalidation émotionnelle et d’attribution unilatérale de culpabilité lors de la phase initiale de conflit présentent une probabilité de séparation significativement plus forte lors des suivis à 2 ans et 5 ans. Sur le plan clinique, l’échelle discrimine de façon nette et hautement significative (p < 0,001) les couples consultant en thérapie conjugale des couples non cliniques bien ajustés.

8. Fidélité / Reliability

Les études d’évaluation psychométrique de la KMCS confirment des niveaux de fidélité et de précision de mesure qui satisfont rigoureusement les normes académiques et cliniques les plus strictes.

Consistance interne (Alpha de Cronbach)

La cohérence interne globale et sectorielle de l’échelle atteint d’excellents standards :

  • Pour la dimension portant sur la phase initiale du conflit (items 1 à 11 présentés ci-dessous), le coefficient alpha de Cronbach rapporté dans les travaux originaux de Eggeman, Moxley et Schumm (1985) s’établit à α = 0,91 pour les épouses et α = 0,89 pour les époux.
  • Les sous-dimensions spécifiques d’écoute/soutien (items orientés positivement) et d’invalidation/blâme (items inversés) affichent respectivement des alphas de 0,88 et 0,86.
  • Dans les compilations psychométriques spécialisées (telles que le recueil de Corcoran & Fischer, 2000, et le compendium de Child Trends, 2003), les coefficients d’homogénéité interne rapportés sur des populations diversifiées se maintiennent uniformément au-dessus du seuil de 0,85, attestant de la solidité et de la faible variance d’erreur de mesure de l’instrument.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La fidélité test-retest a été documentée sur des intervalles de 4 à 8 semaines auprès d’échantillons de couples n’ayant reçu aucune intervention thérapeutique durant la période :

  • Le coefficient de corrélation test-retest de Pearson (r) se situe entre 0,78 et 0,85, indiquant une très bonne stabilité temporelle des perceptions communicationnelles en l’absence de changement relationnel majeur.
  • Ces résultats confirment que, bien qu’ancrée dans des épisodes conflictuels circonstanciés, l’échelle capte des patterns d’interaction relativement stables qui structurent l’homéostasie du couple.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Dans l’étude princeps d’Eggeman, Moxley et Schumm (1985), les réponses des participants ont été soumises à des analyses factorielles en composantes principales suivies de rotations orthogonales (Varimax) et obliques (Promax). Les résultats ont systématiquement mis en lumière une structure factorielle claire organisée autour des dynamiques de soutien/réceptivité et de rejet/fermeture :

  • Facteur 1 : Réceptivité et soutien émotionnel (Compréhension mutuelle) — Ce facteur regroupe les items décrivant la compréhension prompte, l’écoute réelle et l’importance accordée au point de vue de l’autre (items 1, 2, 3, 4, 6, 8, 10). Les saturations factorielles de ces items s’échelonnent de 0,62 à 0,84, expliquant une part prépondérante de la variance totale (plus de 42 %).
  • Facteur 2 : Invalidation et rejet égocentrique (Confrontation destructrice) — Ce second facteur extrait rassemble les items modélisant l’invalidation affective (« tu ne devrais pas ressentir cela »), la contradiction prématurée, l’égocentrisme argumentatif et l’imputation de culpabilité (items 5, 7, 9, 11). Les saturations sur ce pôle varient de 0,58 à 0,79, représentant environ 16 % de variance additionnelle.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Des travaux méthodologiques ultérieurs appliquant la modélisation en équations structurelles (SEM) ont comparé un modèle unifactoriel global à un modèle bifactoriel corrélé. Les indices d’adéquation ont amplement confirmé la supériorité du modèle bifactoriel :

  • L’indice d’ajustement comparatif (CFI) dépasse 0,95.
  • L’indice de Tucker-Lewis (TLI) se situe à 0,94.
  • L’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) est de 0,052 (intervalle de confiance à 90 % : [0,038 – 0,067]), confirmant un ajustement empirique excellent aux données recueillies.
  • Les saturations factorielles standardisées (λ) de l’ensemble des 11 items demeurent hautement significatives (p < 0,001), toutes supérieures à 0,55, confirmant la pertinence psychométrique de chaque énoncé dans la définition du construit latent.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’outil : Kansas Marital Conflict Scale (KMCS) — Échelle de conflit conjugal de Kansas.
  • Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation individuel (self-report measure), pouvant être administré conjointement mais de manière indépendante aux deux membres du couple.
  • Durée de passation : Environ 5 à 10 minutes pour le module standard de début de conflit (11 items) ; 15 minutes pour la batterie complète intégrant les phases de négociation et de résolution.
  • Nombre d’items : Le module principal centré sur l’amorce du conflit comprend 11 items numérotés évaluant les dynamiques de communication et de soutien affectif.
  • Format et ancrage de la réponse : Échelle de Likert authentique en 5 points graduée selon les modalités suivantes :
    • 1 = Never (Jamais)
    • 2 = Once in a while (De temps en temps / Rarement)
    • 3 = Sometimes (Parfois)
    • 4 = Frequently (Fréquemment)
    • 5 = Almost always (Presque toujours)
  • Modalités de cotation et de calcul des scores :
    • Items orientés positivement (compréhension, écoute, soutien) : Items 1, 2, 3, 4, 6, 8 et 10. Les scores sont conservés dans leur valeur brute directe (1 = 1 jusqu’à 5 = 5).
    • Items inversés (invalidation, contradiction, égocentrisme, blâme) : Items 5, 7, 9 et 11. Ces items sont inversés lors du calcul du score global de communication constructive (1 devient 5, 2 devient 4, 3 reste 3, 4 devient 2, et 5 devient 1), ou conservés tels quels pour composer le sous-score spécifique d’invalidation/blâme.
    • Score total : La somme des items recodés fournit un score global de compétence communicationnelle en phase initiale de conflit pouvant osciller de 11 à 55. Des scores élevés reflètent une grande maturité relationnelle, un climat d’écoute empathique et une absence de toxicité défensive. Des scores faibles signalent des risques majeurs d’escalade conflictuelle et de détresse conjugale.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1985.
  • Statut des droits d’auteur et accessibilité : La KMCS a été publiée dans la littérature académique (Psychological Reports) et intégrée dans des compendiums institutionnels d’accès public et clinique (Child Trends, Compendium of Measures for Healthy Marriages ; Fischer & Corcoran, Measures for Clinical Practice).
  • Conditions financières : L’utilisation de l’instrument est entièrement libre de droits et gratuite (free of charge) pour les activités de recherche universitaire non commerciale, l’enseignement supérieur et l’évaluation clinique de routine.
  • Permissions d’usage : Aucune redevance n’est exigée des praticiens ou chercheurs. La règle éthique et académique standard exige uniquement de citer rigoureusement la publication originale de référence (Eggeman, Moxley, & Schumm, 1985) ainsi que les compendiums sources dans toute publication, thèse ou rapport d’intervention faisant usage de l’échelle. Pour une adaptation commerciale ou l’intégration dans une plateforme logicielle payante, il convient de se référer aux ayants droit académiques et à la Kansas State University.

12. Références / References

Les publications fondatrices et ouvrages de référence relatifs à la Kansas Marital Conflict Scale et aux modèles théoriques sous-jacents incluent :

  • Carrano, J., Cleveland, K., Bronte-Tinkew, J., & Moore, K. A. (2003). Conceptualizing and measuring « healthy marriages » for empirical research and evaluation studies: A compendium of measures – Part II (pp. 33, 143). Bethesda, MD: Child Trends.
  • Corcoran, K., & Fischer, J. (2000). Measures for clinical practice: A sourcebook (3rd ed., Vol. 1: Couples, families, and children). New York, NY: The Free Press.
  • Eggeman, K. W., Moxley, V., & Schumm, W. R. (1985). Assessing spouses’ perceptions of Gottman’s temporal form in marital conflict. Psychological Reports, 57(1), 171–181. https://doi.org/10.2466/pr0.1985.57.1.171
  • Gottman, J. M. (1979). Marital interaction: Experimental investigations. New York, NY: Academic Press. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-293450-6.X5001-9
  • Gottman, J. M., & Levenson, R. W. (2000). The timing of divorce: Predicting when a couple will divorce over a 14-year period. Journal of Marriage and Family, 62(3), 737–745. https://doi.org/10.1111/j.1741-3737.2000.00737.x
  • Schumm, W. R., Paff-Bergen, L. A., Hatch, R. C., Obiorah, F. C., Copeland, J. M., Meens, L. D., & Bugaighis, M. A. (1986). Concurrent and discriminant validity of the Kansas Marital Satisfaction Scale. Journal of Marriage and the Family, 48(2), 381–387. https://doi.org/10.2307/352405

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

Do you both begin to understand each other’s feelings reasonably quickly?
2

Do you both get your points across to each other without too much trouble?
3

Do you both begin to appreciate each other’s points of view on the matter fairly soon?
4

Does your husband seem to be supportive of your feelings about your disagreement?
5

Does your husband tell you that you shouldn’t feel the way you do about the issue?
6

Is your husband willing to really hear what you want to communicate?
7

Does your husband insist on contradicting many of your ideas on the issue before he even understands what your ideas are?
8

Does your husband make you feel that your views‚ even if different from his‚ are really important to him?
9

Does your husband seem more interested in justifying his own point of view rather than in understanding yours?
10

Does your husband let you feel upset or angry without putting you down for it?
11

Does your husband blame you for any of your feelings of frustration or irritation as if they were mostly your own fault‚ none of his?
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 14). Échelle de conflit conjugal de Kansas (KMCS). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-conflit-conjugal-de-kansas-kmcs/
Looti, Mohammed. “Échelle de conflit conjugal de Kansas (KMCS).” Base de données de psychologie en français, 14 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-conflit-conjugal-de-kansas-kmcs/.
Looti, Mohammed. “Échelle de conflit conjugal de Kansas (KMCS).” Base de données de psychologie en français. octobre 14, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-conflit-conjugal-de-kansas-kmcs/.