1. Résumé / Abstract
L’Échelle de compulsivité sexuelle (en anglais, Sexual Compulsivity Scale ou SCS), élaborée initialement par Seth C. Kalichman et ses collaborateurs au milieu des années 1990 (notamment Kalichman & Rompa, 1995 ; Kalichman et al., 2001), est un instrument psychométrique auto-rapporté conçu pour évaluer les pensées sexuelles intrusives, la perte de contrôle comportemental et l’incapacité à réguler les pulsions sexuelles entraînant des conséquences psychosociales délétères. Conçue initialement dans le contexte épidémiologique de la prévention de l’infection par le VIH/sida et de l’analyse des conduites sexuelles à risque chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), l’échelle s’est imposée au fil des décennies comme la mesure de référence internationale pour quantifier l’hypersexualité, l’addiction sexuelle présumée et le trouble du comportement sexuel compulsif (TCSC), tel que reconnu dans la classification CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé.
Composée de 10 items formulés de manière concise et directe, la SCS utilise une échelle de réponse ordinale de type Likert en 4 points allant de 1 (« Pas du tout comme moi » / Not at all like me) à 4 (« Tout à fait comme moi » / Very much like me). Le score total s’échelonne ainsi de 10 à 40 points, où une élévation du score reflète une sévérité accrue des symptômes de compulsivité sexuelle, une perturbation du fonctionnement socioprofessionnel et un envahissement cognitif majeur. Sur le plan de la structure factorielle, les investigations empiriques confirment de façon robuste un modèle unidimensionnel sous-jacent, bien que certaines variantes transculturelles aient isolé des facettes relatives d’une part à la préoccupation cognitive et d’autre part aux conséquences comportementales néfastes.
Les propriétés psychométriques de la SCS démontrent une excellente cohérence interne, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant systématiquement entre 0,84 et 0,92 selon les populations étudiées (populations cliniques, personnes vivant avec le VIH, cohortes générales hétérosexuelles et de minorités sexuelles). La validité de construit est étayée par de fortes corrélations convergentes avec des indices de recherche de sensations sexuelles, de détresse psychologique, d’impulsivité et d’abus de substances psychoactives. Sa validité prédictive à l’égard de la multiplication des partenaires sexuels occasionnels, des rapports sexuels non protégés et de l’incidence des infections sexuellement transmissibles (IST) est largement démontrée dans la littérature scientifique contemporaine.
2. Mots-clés / Keywords
Compulsivité sexuelle, hypersexualité, addiction sexuelle, Échelle de compulsivité sexuelle, Seth Kalichman, comportement sexuel compulsif, VIH, prise de risque sexuel, psychométrie, impulsivité, dérégulation émotionnelle, évaluation psychologique.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de compulsivité sexuelle a été développée et validée par une équipe de chercheurs de premier plan en psychologie de la santé et en épidémiologie comportementale :
- Seth C. Kalichman, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie clinique et sociale au département des sciences psychologiques de l’Université du Connecticut (Storrs, Connecticut, États-Unis), affilié au Center for Health, Intervention, and Prevention (CHIP). Kalichman est une autorité internationale sur les interventions de prévention du VIH, l’observance thérapeutique antirétrovirale et les déterminants comportementaux des maladies infectieuses. Courriel académique institutionnel :
[email protected]. - David Rompa, M.S. : Chercheur en psychométrie et santé communautaire, collaborateur de longue date au Medical College of Wisconsin (Center for AIDS Intervention Research – CAIR, Milwaukee, Wisconsin, États-Unis).
- Collaborateurs associés aux travaux préliminaires et d’extension : Jeffrey A. Kelly, Ph.D. (Medical College of Wisconsin), Eric G. Benotsch, Ph.D. (Virginia Commonwealth University), Steven D. Pinkerton, Ph.D., et Gene G. Abel, M.D. (Behavioral Medicine Institute of Atlanta).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Sexual Compulsivity Scale est de mesurer de manière quantitative et standardisée la propension d’un individu à manifester des pulsions sexuelles non maîtrisées, des obsessions érotiques récurrentes et une persistance des conduites sexuelles en dépit de leurs répercussions dommageables évidentes sur sa trajectoire de vie. Initialement, la genèse de l’instrument répondait à un impératif d’urgence sanitaire au cœur des années 1990 : identifier les facteurs psychosociaux expliquant pourquoi certains individus, bien qu’informés des modes de transmission létaux du VIH, continuaient d’adopter des comportements sexuels hautement risqués (Kalichman et al., 1994 ; Kalichman & Rompa, 1995).
Sur le plan clinique, l’échelle remplit une fonction diagnostique et d’évaluation pronostique. Elle permet aux praticiens (psychologues, psychiatres, sexologues cliniciens) de déterminer le seuil à partir duquel l’activité sexuelle d’un patient bascule d’une sexualité saine, active et librement consentie vers une pathologie du contrôle des impulsions ou une dépendance comportementale. L’évaluation cible spécifiquement la détresse subjective ressentie par le sujet et l’entrave causée dans les domaines interpersonnel, conjugal, familial et professionnel. Elle offre un instrument de suivi longitudinal pour monitorer l’efficacité des protocoles thérapeutiques, tels que les thérapies cognitives et comportementales (TCC), les interventions basées sur la pleine conscience ou les thérapies d’acceptation et d’engagement (ACT).
Dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée, la SCS s’est érigée en outil pivot pour explorer les mécanismes neurobiologiques et neuropsychologiques sous-tendant la gratification immédiate et le déficit d’inhibition comportementale. Elle est massivement employée dans les études consacrées à l’usage problématique de la pornographie sur Internet, aux comportements de drague géolocalisée (via des applications mobiles de rencontre) et au phénomène du « chemsex » (consommation de substances psychoactives en contexte sexuel). La justification théorique de l’instrument réside dans le postulat selon lequel la compulsivité sexuelle ne reflète pas une libido élevée ou une simple érotophilie positive, mais bien une modalité inadaptée de régulation des affects négatifs, où l’acte sexuel fonctionne comme une tentative compulsive d’anesthésier l’anxiété, la dysphorie ou la détresse existentielle.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par la SCS englobe un ensemble multidimensionnel de manifestations cognitives, émotionnelles et comportementales regroupées sous le concept fédérateur de compulsivité sexuelle. Bien que l’instrument produise un score global unitaire, le construit théorique s’articule autour de quatre composantes cliniques fondamentales :
1. Préoccupation cognitive et intrusions érotiques obsédantes
Cette dimension renvoie à l’occupation excessive de l’espace mental par des pensées, fantasmes et images sexuelles, en dehors des contextes appropriés. Le sujet se retrouve absorbé par des ruminations d’ordre sexuel à des moments inopportuns, ce qui altère sa capacité de concentration intellectuelle. Par exemple, l’item 6 (« I find myself thinking about sex while at work ») et l’item 9 (« I think about sex more than I would like to ») illustrent cette perte d’autonomie cognitive face à des pensées intrusives égodystoniques, que l’individu perçoit lui-même comme excessives et disproportionnées.
2. Dérégulation comportementale et sentiment de perte de contrôle
Le cœur nucléaire de la compulsivité réside dans l’incapacité perçue à brider ses impulsions génitales ou ses scripts comportementaux sexuels une fois que le désir est déclenché. Le sujet ressent une tension interne insoutenable qui ne peut être résolue que par le passage à l’acte, s’accompagnant d’une impression d’impuissance de la volonté. Ceci est exemplifié par l’item 5 (« I sometimes get so horny I could lose control »), l’item 7 (« I feel that sexual thoughts and feelings are stronger than I am ») et l’item 8 (« I have to struggle to control my sexual thoughts and behavior »). Il s’agit d’une défaillance des processus d’inhibition top-down médiés par le cortex préfrontal.
3. Interférence fonctionnelle et conséquences psychosociales délétères
Une caractéristique discriminante majeure entre un appétit sexuel vigoureux et une compulsivité pathologique réside dans le retentissement fonctionnel négatif sur la vie quotidienne. Les conduites sexuelles (masturbation compulsive, consultation effrénée de cyberpornographie, errance sexuelle en milieu festif) empiètent sur le temps dévolu aux obligations de base. Les items 2 (« My sexual thoughts and behaviors are causing problems in my life »), 3 (« My desires to have sex have disrupted my daily life ») et 4 (« I sometimes fail to meet my commitments and responsibilities because of my sexual behaviors ») mesurent directement cette désorganisation existentielle, qui peut conduire au licenciement, à l’échec universitaire ou à l’isolement social.
4. Altération relationnelle et appétence disproportionnée
La compulsivité sexuelle instrumentalise souvent la relation d’objet. Le partenaire est appréhendé principalement comme un vecteur de décharge de tension plutôt que comme une altérité affective. Cela génère des conflits de couple chroniques, de l’infidélité compulsive et une insatisfaction relationnelle permanente. Les items 1 (« My sexual appetite has gotten in the way of my relationships ») et 10 (« It has been difficult for me to find sex partners who desire having sex as much as I want to ») capturent cette asymétrie entre les exigences pulsionnelles de l’individu et la réalité de ses engagements interpersonnels.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de la Sexual Compulsivity Scale s’inscrit au confluent de plusieurs paradigmes théoriques majeurs de la psychopathologie et de la sexologie moderne :
Le modèle de l’addiction sexuelle et du spectre compulsif
Dans les années 1980 et 1990, des cliniciens tels que Patrick Carnes (1983) et Eli Coleman (1987, 1991) ont formalisé les premiers modèles de la dépendance sexuelle. Coleman a théorisé la compulsivité sexuelle selon un cycle comportemental analogue aux troubles addictifs et obsessionnels compulsifs : une phase de préoccupation cognitive ascendante, suivie d’une ritualisation, de l’exécution de l’acte sexuel (fournissant un soulagement éphémère de la tension), puis d’une phase de désespoir, de culpabilité et d’autodépréciation. Kalichman s’est inspiré de cette conceptualisation tout en évitant les écueils moralisateurs souvent reprochés aux modèles traditionnels de l’« addiction sexuelle », préférant ancrer son outil dans le cadre plus rigoureux sur le plan opérationnel de la compulsivité et de l’incapacité d’autorégulation.
Le modèle du double contrôle de la réponse sexuelle
Le cadre théorique de la SCS trouve également un écho puissant dans le Dual Control Model formulé par John Bancroft et Erick Janssen au Kinsey Institute. Ce modèle postule que la réponse sexuelle humaine résulte d’un équilibre dynamique entre deux systèmes neurobiologiques distincts : l’excitation sexuelle (Sexual Excitation System, SES) et l’inhibition sexuelle (Sexual Inhibition System, SIS). Chez les individus obtenant des scores élevés à la SCS, on observe généralement une hyperréactivité du SES couplée à une défaillance critique du SIS face aux risques physiques ou sociaux. La compulsion émerge lorsque l’inhibition ne parvient plus à moduler l’activation, particulièrement en situation de stress.
La théorie de la régulation émotionnelle par le comportement
Selon les théoriciens de la psychologie de la santé (Cooper et al., 1998 ; Bancroft et al., 2003), les comportements sexuels compulsifs sont fréquemment sous-tendus par un mécanisme de renforcement négatif. L’activité sexuelle n’est pas prioritairement poursuivie pour l’hédonisme ou l’intimité, mais pour échapper à des états affectifs aversifs (solitude, dépression, angoisse, colère). Ce phénomène, souvent désigné sous le terme de « sexualisation du stress », fait de la sexualité un mécanisme de coping dysfonctionnel et court-circuitant l’élaboration psychique.
Consécration dans la CIM-11 : Le trouble du comportement sexuel compulsif
Alors que le DSM-5 de l’American Psychiatric Association a rejeté l’inclusion de l’hypersexualité en raison d’un manque de consensus étiologique suffisant à l’époque de sa publication en 2013, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a formellement introduit dans la CIM-11 en 2018 le trouble du comportement sexuel compulsif (code 6C72). La caractérisation diagnostique de la CIM-11 — insistant sur l’incapacité prolongée à contrôler des pulsions sexuelles intenses, l’engagement répété dans des actes sexuels devenus l’axe central de l’existence au détriment des responsabilités et la poursuite du comportement malgré des conséquences négatives — correspond point par point au construit opérationnalisé par l’échelle de Kalichman.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de la SCS ont fait l’objet de dizaines d’enquêtes empiriques sur des échantillons diversifiés à travers le monde, attestant d’une validité scientifique solide :
Validité de construit et validité convergente
Dans l’étude princeps de Kalichman et Rompa (1995) menée auprès de 218 hommes gais et bisexuels, la SCS a montré une corrélation modérée à forte avec l’Échelle de recherche de sensations sexuelles (Sexual Sensation Seeking Scale, SSSS ; r = 0,47, p < 0,001), tout en conservant une distinction conceptuelle claire, démontrant que la quête de nouveauté sexuelle ne se confond pas avec la perte de contrôle pathologique. Des corrélations significatives ont également été mises en évidence entre la SCS et des mesures standardisées de détresse psychologique générale, d’anxiété (STAI), de dépression (BDI) et d’impulsivité globale évaluée par l’échelle UPPS-P (notamment les facettes d’urgence négative et de manque de persévérance, avec des corrélations oscillant entre r = 0,35 et r = 0,52).
Validité discriminante
La SCS discrimine avec précision les individus ayant un appétit sexuel élevé sans souffrance morale (érotophiles fonctionnels) de ceux présentant une véritable psychopathologie impulsive-compulsive. L’échelle ne corrèle pas ou très faiblement avec les mesures d’estime de soi générale non liée au corps, ni avec la satisfaction sexuelle intrinsèque, indiquant qu’elle n’évalue pas le plaisir retiré du sexe mais le tourment associé à l’impossibilité de s’en abstenir.
Validité prédictive et épidémiologique
La validité prédictive de la SCS constitue l’un de ses atouts majeurs en santé publique. Dans des cohortes de personnes séropositives et séronégatives pour le VIH (Kalichman et al., 1997 ; Benotsch et al., 1999, 2001), les scores élevés à la SCS prédisaient significativement :
- Un nombre considérablement plus élevé de partenaires sexuels anonymes ou occasionnels au cours des 6 derniers mois (Odds Ratio ajusté variant de 1,8 à 3,2) ;
- Une fréquence accrue de rapports anaux ou vaginaux non protégés par le préservatif ;
- Une probabilité multipliée de combiner l’usage de stimulants (cocaïne, méthamphétamine, poppers) avec des rencontres sexuelles ;
- Un antécédent plus fréquent de diagnostics d’infections sexuellement transmissibles bactériennes (chlamydia, gonorrhée, syphilis).
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle de compulsivité sexuelle a été rigoureusement documentée au sein de multiples échantillons cliniques et non cliniques, attestant d’une grande stabilité métrologique :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans la validation originelle de Kalichman et Rompa (1995), le coefficient alpha de Cronbach obtenu était de 0,86 chez les hommes homosexuels actifs. Dans leur étude subséquente élargie incluant des hommes et des femmes vivant avec le VIH (Kalichman & Rompa, 2001 ; N = 1 087), la cohérence interne globale atteignait 0,89 chez les hommes et 0,85 chez les femmes. Des études transculturelles ultérieures ont corroboré ces indices élevés : une adaptation française a rapporté un alpha de 0,88, des adaptations espagnoles et brésiliennes ont obtenu des valeurs comprises entre 0,87 et 0,91, et une large étude en ligne sur la population générale américaine a relevé un coefficient de 0,90. L’ensemble de ces indices dépasse largement le seuil standard d’acceptabilité de 0,70 préconisé par Nunnally.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
L’évaluation de la fidélité test-retest à un intervalle de deux à quatre semaines a produit des coefficients de corrélation intra-classe (CCI) compris entre 0,80 et 0,85 chez des sujets stables sans intervention psychothérapeutique concomitante (Kalichman & Rompa, 1995). Sur des périodes plus longues de trois mois, dans des cohortes observationnelles de suivi du VIH, la stabilité reste robuste (r = 0,72 à 0,76), ce qui indique que la compulsivité sexuelle mesurée par la SCS possède les caractéristiques d’un trait comportemental relativement stable en l’absence de prise en charge clinique ciblée.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les investigations factorielles menées sur la SCS fournissent des éclairages statistiques précis sur son architecture dimensionnelle :
Analyses factorielles exploratoires (AFE)
Lors des travaux initiaux conduits par Kalichman et Rompa (1995), une analyse factorielle en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) et oblique a été exécutée sur les 10 items. Les résultats ont révélé l’émergence d’un facteur dominant unique répondant au critère de Kaiser (valeur propre / eigenvalue > 1,0), expliquant à lui seul plus de 46 % de la variance totale des scores. Tous les items présentaient des saturations factorielles (factor loadings) substantielles sur ce facteur unitaire, s’échelonnant de 0,52 à 0,81. Les items présentant les saturations les plus massives étaient l’item 2 (« My sexual thoughts and behaviors are causing problems in my life », saturation = 0,81) et l’item 8 (« I have to struggle to control my sexual thoughts and behavior », saturation = 0,78), attestant que le noyau de la mesure repose sur le conflit intérieur et l’altération fonctionnelle.
Analyses factorielles confirmatoires (AFC)
Dans la recherche de validation à large échelle de Kalichman et Rompa (2001), des analyses factorielles confirmatoires ont mis à l’épreuve l’invariance de mesure à travers le genre et les orientations sexuelles. Le modèle unidimensionnel à 10 items a démontré d’excellents indices d’ajustement global :
- Indice de comparabilité de Bentler (CFI, Comparative Fit Index) > 0,95 ;
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,94 ;
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA, Root Mean Square Error of Approximation) = 0,054 (avec un intervalle de confiance à 90 % compris entre 0,042 et 0,066) ;
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) < 0,045.
Certains auteurs ayant étudié l’échelle sur des populations spécifiques d’utilisateurs problématiques de cyberpornographie ont parfois suggéré l’adéquation d’un modèle bifactoriel scindant la « perte de contrôle perçue » et l’« interférence psychosociale ». Néanmoins, la corrélation inter-facteurs extrêmement élevée (> 0,85) dans ces modélisations conforte l’usage clinique et épidémiologique préférentiel du score total unidimensionnel.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’instrument : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (auto-questionnaire standardisé).
- Format d’administration : Papier-crayon, passation informatisée sur ordinateur ou smartphone, formulaire en ligne sécurisé.
- Nombre d’items : 10 items rédigés sous forme d’affirmations affirmatives à la première personne du singulier.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 4 points :
- 1 = Pas du tout comme moi (Not at all like me)
- 2 = Un peu comme moi (Slightly like me)
- 3 = Plutôt comme moi (Mainly like me)
- 4 = Tout à fait comme moi (Very much like me)
- Procédure de cotation et calcul des scores :
- Tous les items sont cotés de manière positive et directe (aucun item inversé).
- Le score global s’obtient en faisant la somme arithmétique simple des réponses aux 10 items.
- L’éventail théorique du score total varie de 10 (absence totale de manifestations compulsives) à 40 (compulsivité sexuelle maximale et omniprésente).
- Alternativement, un score moyen d’item peut être calculé en divisant la somme totale par 10 (score de 1,0 à 4,0).
- Seuils cliniques et interprétation :
- Bien que la SCS soit une mesure dimensionnelle continue sans seuil diagnostique catégoriel universellement figé, la littérature empirique (Kalichman et al., 1997 ; Benotsch et al., 2001) identifie classiquement un score brut égal ou supérieur à 24 (ou un score moyen ≥ 2,4) comme indicatif d’une compulsivité sexuelle cliniquement significative nécessitant une investigation diagnostique approfondie.
- Les scores situés dans le quartile supérieur (> 30) sont très fortement associés à des comorbidités psychiatriques, à un sentiment de détresse sévère et à des conduites à haut risque infectieux.
- Temps de passation : Extrêmement rapide, généralement complété en 2 à 4 minutes par le répondant.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’Échelle de compulsivité sexuelle a été formellement introduite dans la littérature scientifique en 1995 (avec des travaux préliminaires conduits en 1994) et consolidée dans sa validation psychométrique étendue en 2001 par Seth C. Kalichman et David Rompa.
Statut légal, droits d’auteur et tarification :
- Gratuité pour la recherche académique : La SCS relève du domaine de la recherche ouverte (open research access). Les auteurs originaux ont mis l’échelle à la disposition de la communauté scientifique internationale sans exiger de frais d’utilisation ou de redevances pécuniaires pour les travaux de recherche universitaire non commerciale, les études épidémiologiques et les thèses doctorales.
- Utilisation en pratique clinique individuelle : Les cliniciens peuvent administrer l’instrument dans le cadre de leurs bilans diagnostiques et du suivi de leurs patients sans redevance de licence, sous réserve de citer explicitement les sources originales de Kalichman et collaborateurs.
- Usage commercial et intégration logicielle propriétaire : Toute intégration dans une application payante, un progiciel médical commercial ou une initiative sponsorisée par l’industrie pharmaceutique nécessite l’accord explicite préalable des détenteurs des droits ou de l’éditeur de la publication princeps (Taylor & Francis / Journal of Personality Assessment).
- Consignes de citation : Toute utilisation de la SCS doit obligatoirement mentionner les publications de référence de 1995 et 2001.
12. Références / References
Voici les références scientifiques fondamentales au format APA (7e édition) relatives à la conception, la validation et l’utilisation de l’Échelle de compulsivité sexuelle :
- Bancroft, J., & Janssen, E. (2000). The dual control model of male sexual response: A theoretical approach to centrally mediated erectile dysfunction. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 24(5), 571–579. https://doi.org/10.1016/S0149-7634(00)00024-5
- Benotsch, E. G., Kalichman, S. C., & Kelly, J. A. (1999). Sexual compulsivity and substance use in HIV-seropositive men who have sex with men: Prevalence and predictors of high-risk behaviors. Addictive Behaviors, 24(6), 857–868. https://doi.org/10.1016/S0306-4603(99)00057-X
- Benotsch, E. G., Kalichman, S. C., & Pinkerton, S. D. (2001). Sexual compulsivity in HIV-positive men and women: Prevalence, predictors, and consequences of high-risk behaviors. Sexual Addiction & Compulsivity, 8(2), 83–99. https://doi.org/10.1080/10720160127718
- Carnes, P. (1983). Out of the Shadows: Understanding Sexual Addiction. CompCare Publishers.
- Coleman, E. (1987). Sexual compulsivity: Definition, etiology, and treatment considerations. Journal of Chemical Dependency Treatment, 1(1), 189–204. https://doi.org/10.1300/J034v01n01_08
- Coleman, E. (1991). Compulsive sexual behavior: New concepts and treatments. Journal of Psychology & Human Sexuality, 4(2), 37–52. https://doi.org/10.1300/J056v04n02_04
- Kalichman, S. C., Adair, V., Rompa, D., Multhauf, K., Johnson, J., & Kelly, J. A. (1994). Sexual sensation-seeking: Scale development and predicting AIDS-risk behavior among homosexually active men. Journal of Personality Assessment, 62(3), 385–397. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa6203_1
- Kalichman, S. C., Greenberg, J., & Abel, G. G. (1997). Sexual compulsivity among HIV positive men who engage in high-risk sexual behavior with multiple partners: An exploratory study. AIDS Care, 9(4), 441–450. https://doi.org/10.1080/713613170
- Kalichman, S. C., & Rompa, D. (1995). Sexual sensation seeking and sexual compulsivity scales: Reliability, validity, and predicting HIV risk behaviors. Journal of Personality Assessment, 65(3), 586–602. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa6503_16
- Kalichman, S. C., & Rompa, D. (2001). The Sexual Compulsivity Scale: Further development and use with HIV-positive persons. Journal of Personality Assessment, 76(3), 379–395. https://doi.org/10.1207/S15327752JPA7603_02
- Kraus, S. W., Krueger, R. B., Briken, P., First, M. B., Stein, D. J., Kaplan, M. S., Voon, V., Abdo, C. H., Grant, J. E., Atalla, E., & Reed, G. M. (2018). Compulsive sexual behaviour disorder in the ICD-11. World Psychiatry, 17(1), 109–110. https://doi.org/10.1002/wps.20499