Échelle de codépendance de Spann-Fischer

L’Échelle de codépendance de Spann-Fischer (SFCDS) est un outil psychométrique de 16 items développé par Fischer, Spann et Crawford (1991) pour évaluer la codépendance, la focalisation excessive sur autrui et la répression émotionnelle.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 3, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 3, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle de codépendance de Spann-Fischer (en anglais, Spann-Fischer Codependency Scale ou SFCDS) est un instrument psychométrique auto-rapporté développé au début des années 1990 par Judith L. Fischer, Lynda Spann et Donna W. Crawford. Conçu pour pallier l’absence d’outils standardisés et empiriquement validés dans l’évaluation de la codépendance, cet instrument opérationnalise un concept jusqu’alors dominé par la littérature d’entraide et les descriptions cliniques anecdotiques. L’échelle évalue le degré auquel une personne manifeste un schéma relationnel dysfonctionnel caractérisé par une focalisation excessive sur les besoins d’autrui au détriment de ses propres désirs, une dépendance marquée à la validation externe, des difficultés d’affirmation de soi, une suppression émotionnelle, ainsi qu’une anxiété chronique liée au contrôle interpersonnel.

Dans sa forme finale validée, la SFCDS comprend 16 items évalués à l’aide d’une échelle de réponse de type Likert en six points, allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree) à 6 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree). Les items 5 et 7 sont inversés lors de la cotation afin de prévenir les biais d’acquiescement. Le score total composite, obtenu en sommant l’ensemble des items (étendue théorique de 16 à 96 points), reflète un continuum unidimensionnel de gravité du fonctionnement codépendant, bien que plusieurs composantes factorielles sous-jacentes aient été identifiées (focalisation sur autrui, répression des affects, déficit d’individuation, contrôle et sentiment de culpabilité).

Les propriétés psychométriques initiales et subséquentes de la SFCDS ont démontré une consistance interne satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,73 et 0,86 dans les échantillons communautaires, universitaires et cliniques. La stabilité temporelle test-retest s’est avérée robuste sur des intervalles de deux à quatre semaines (coefficients $r$ compris entre 0,80 et 0,87). La validité convergente et discriminante est étayée par des corrélations positives significatives avec l’anxiété situationnelle et générale, la dépression, le neuroticisme et l’attachement anxieux, ainsi que par des corrélations négatives avec l’estime de soi globale, la différenciation de soi et l’assertivité. L’instrument est aujourd’hui une référence incontournable en psychologie clinique, en addictologie et en thérapie systémique familiale pour l’évaluation empirique et la recherche translationnelle.

2. Mots-clés / Keywords

Codépendance, Échelle de codépendance de Spann-Fischer, SFCDS, psychométrie, évaluation clinique, relations interpersonnelles, dépendance affective, différenciation de soi, régulation émotionnelle, assertivité, addictologie, dynamique familiale.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été élaboré et standardisé par une équipe de chercheurs du département d’études sur le développement humain et la famille (Department of Human Development and Family Studies) de l’Université Texas Tech (Texas Tech University), à Lubbock, Texas, États-Unis :

  • Judith L. Fischer, Ph.D. : Professeure émérite au Department of Human Development and Family Sciences, Texas Tech University. Spécialiste de la dynamique familiale, du développement des adolescents et des jeunes adultes, de l’alcoolisme familial et de la psychopathologie développementale. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Lynda Spann, M.S., Ph.D., LMFT : Chercheuse et thérapeute de couple et de famille (Licensed Marriage and Family Therapist), anciennement rattachée à la Texas Tech University, spécialisée dans l’accompagnement des dynamiques relationnelles complexes, des dépendances affectives et des transitions conjugales.
  • Donna W. Crawford, Ph.D. : Chercheuse en sciences sociales et comportementales, ayant contribué aux travaux méthodologiques et aux modélisations psychométriques initiales sur l’opérationnalisation empirique du concept de codépendance à la Texas Tech University.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Échelle de codépendance de Spann-Fischer est d’apporter une rigueur empirique et méthodologique à un construit qui, durant les décennies 1970 et 1980, relevait quasi exclusivement de la littérature de vulgarisation, du mouvement des groupes en douze étapes (tels qu’Al-Anon ou CoDA – Co-Dependents Anonymous) et de conceptualisations cliniques sans assise expérimentale. Fischer, Spann et Crawford (1991) ont cherché à opérationnaliser la codépendance non pas comme une maladie ou une pathologie catégorielle fermée, mais comme un ensemble de comportements d’adaptation et de schémas relationnels dysfonctionnels mesurables de manière continue le long d’un continuum psychologique.

Applications en recherche

Dans le domaine de la recherche psychologique et psychosociale, la SFCDS permet :

  • De quantifier l’impact de grandir au sein d’une famille dysfonctionnelle, marquée par l’alcoolisme, la toxicomanie, la maltraitance psychologique ou le contrôle coercitif.
  • D’examiner les interactions entre styles d’attachement (notamment l’attachement anxieux-préoccupé) et les comportements de sacrifice excessif de soi.
  • D’analyser les corrélats neurocognitifs et émotionnels du besoin compulsif d’aider autrui (parfois désigné sous le terme de « syndrome du sauveur »), de la peur panique du conflit et de l’hyperréactivité au rejet.
  • De servir de variable dépendante ou médiatrice dans des protocoles évaluant l’efficacité d’interventions psychothérapeutiques ciblant la différenciation de soi et l’autonomie relationnelle.

Applications en pratique clinique

Sur le plan clinique et diagnostique, l’échelle remplit plusieurs fonctions majeures :

  • Dépistage et évaluation initiale : Elle aide le clinicien à identifier rapidement les patients présentant une décentration sévère de soi, une incapacité à poser des limites personnelles saines et une tendance chronique à s’enfermer dans des relations unilatérales ou abusives.
  • Prise de conscience du patient : En remplissant les 16 énoncés, le patient est confronté à des comportements banalisés (culpabilité lors de l’auto-soin, incapacité à dire « non », prise en charge des responsabilités d’autrui), facilitant ainsi l’alliance thérapeutique et la psychoéducation.
  • Planification thérapeutique : Les réponses fournissent des cibles thérapeutiques prioritaires, qu’il s’agisse de travailler sur l’assertivité, la tolérance à l’affect dépressif, la gestion de l’agressivité réprimée ou l’apprentissage de la prise de décision autonome.
  • Mesure des progrès : La réadministration périodique de l’instrument permet de quantifier objectivement les gains réalisés en cours de thérapie cognitivo-comportementale (TCC), de thérapie des schémas ou de thérapie systémique.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit de la codépendance, tel qu’il a été opérationnalisé par Fischer et ses collaboratrices, se définit comme un trouble psychosocial du fonctionnement du soi et du rapport à autrui. Il se caractérise par une focalisation externe persistante, où l’estime de soi, le sentiment de sécurité et l’identité personnelle d’un individu sont conditionnés par le contrôle et le bien-être d’une autre personne, généralement au détriment des besoins fondamentaux du sujet. Loin de se limiter aux partenaires de personnes souffrant de troubles liés à l’usage de substances, ce schéma relationnel traduit un mode organisationnel global de la personnalité.

Dimensions constitutives du construit

Bien que la SFCDS soit conçue pour fournir un score global unidimensionnel, l’analyse conceptuelle et empirique révèle plusieurs facettes psychologiques imbriquées qui structurent le construit :

1. Altruisme compulsif et sacrifice du soi (External Focus & Over-involvement)

Cette dimension renvoie à la tendance systématique à faire passer les besoins, désirs et urgences d’autrui avant les siens (Item 16 : « I often put the needs of others ahead of my own »). L’individu s’investit de manière disproportionnée dans la résolution des problèmes d’autrui, allant jusqu’à assumer des tâches que l’autre pourrait accomplir seul (Item 5 inversé). Le sentiment de valeur personnelle dépend directement de cette utilité sacrificielle. Lorsque l’individu s’accorde du temps ou une gratification personnelle, une réaction immédiate de culpabilité invalidante émerge (Item 6 : « When I do something nice for myself I usually feel guilty »).

2. Dépendance à l’approbation et peur du rejet (Approval Seeking & Fear of Abandonment)

Les individus présentant des scores élevés à l’échelle manifestent une vulnérabilité extrême au regard d’autrui. L’incapacité à poser des limites et le refus de décliner une sollicitation (Item 2 : « It is hard for me to say ‘no’ ») découlent de la terreur d’être rejeté, critiqué ou abandonné. Cette quête éperdue de validation externe s’accompagne d’une incapacité paradoxale à intégrer les retours positifs sincères (Item 3 : « It is hard for me to accept compliments graciously »), car ceux-ci entrent en dissonance avec un sentiment fondamental de dévalorisation intérieure.

3. Répression émotionnelle et explosions tardives (Affective Suppression & Emotional Volatility)

Sur le plan de la régulation émotionnelle, la personne codépendante adopte un contrôle excessif de ses ressentis afin de maintenir une façade d’harmonie ou d’invulnérabilité. Elle dissimule son identité authentique et ses faiblesses aux yeux des autres (Item 12 : « I don’t usually let others see the ‘real’ me »). Les sentiments de colère, de frustration ou de blessure sont refoulés sur de longues périodes afin de conjurer le conflit ouvert (Item 14 : « I will usually go to any lengths to avoid open conflict »). Cependant, cette contention émotionnelle massive finit par céder sous forme de décharges affectives explosives imprévisibles (Item 13 : « When someone upsets me I will hold it in for a long time, but once in a while I explode »).

4. Illusion de contrôle et focalisation obsessionnelle (External Control & Obsessive Preoccupation)

La codépendance implique la croyance erronée que son propre équilibre émotionnel dépend entièrement de la transformation du comportement d’autrui (Item 8 : « I tell myself that things will get better when the people in my life change what they are doing »). Cette quête de contrôle externe génère une préoccupation obsessionnelle envers une personne spécifique, conduisant à la négligence de ses autres sphères de vie et responsabilités (Item 10). Sans problème externe urgent à gérer, l’individu fait l’expérience d’un vide intérieur angoissant (Item 4 : « Sometimes I almost feel bored or empty if I don’t have problems to focus on »).

5. Anxiété chronique, indécision et sentiment de péril imminent (Chronic Anxiety & Identity Diffusion)

La déconnexion de ses besoins propres engendre un déficit d’autorégulation et une indécision permanente (Item 1 : « It is hard for me to make decisions »). L’individu vit dans un état d’alerte psychophysiologique prolongé, caractérisé par une appréhension constante du futur et la sensation diffuse d’une catastrophe inévitable (Item 15 : « I often have a sense of dread or impending doom », et Item 7 inversé concernant l’inquiétude chronique). Ce climat interne douloureux attire de manière répétée le sujet vers des relations dysfonctionnelles asymétriques où il donne tout sans réciprocité (Items 9 et 11).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’Échelle de Spann-Fischer s’inscrit au carrefour de plusieurs cadres théoriques majeurs de la psychologie contemporaine : la théorie des systèmes familiaux de Murray Bowen, la théorie de l’attachement de John Bowlby et les approches cognitivo-comportementales des schémas précoces inadaptés développées par Jeffrey Young.

La théorie des systèmes familiaux et la différenciation de soi

L’ancrage théorique prédominant de la SFCDS repose sur les travaux de Murray Bowen (1978) concernant la différenciation de soi (differentiation of self). Selon Bowen, la différenciation reflète la capacité d’un individu à équilibrer deux forces vitales fondamentales : l’individualité (la capacité à penser, ressentir et agir de manière autonome) et l’appartenance relationnelle (le maintien du lien affectif avec le système familial).

Dans cette perspective, la codépendance représente l’archétype d’une très faible différenciation de soi, caractérisée par un « soi pseudo-adaptatif » (pseudo-self) entièrement fusionné avec l’état émotionnel d’autrui. Lorsque l’anxiété augmente au sein du système relationnel, l’individu non différencié ne parvient pas à maintenir de frontières claires entre ce qui lui appartient et ce qui appartient à l’autre. Il assume la régulation émotionnelle de l’entourage par l’hyperresponsabilité, tentant désespérément d’apaiser l’angoisse systémique afin de préserver sa propre homéostasie psychique.

La théorie de l’attachement : l’insécurité anxieuse-préoccupée

La théorie de l’attachement fournit un second éclairage conceptuel fondamental. Les individus présentant un score élevé à la SFCDS présentent de fortes affinités avec le modèle d’attachement insécure-anxieux (ou préoccupé) décrit par Mary Ainsworth et formalisé dans la sphère adulte par Hazan et Shaver (1987) ainsi que Bartholomew et Horowitz (1991). Ce schéma se définit par un modèle de soi négatif (sentiment d’illégitimité, faible valeur personnelle) et un modèle d’autrui positif (idéalisation de l’autre perçu comme source indispensable de sécurité).

Dans ce contexte, le comportement codépendant constitue une stratégie d’hyperactivation de l’attachement : l’individu anticipe continuellement le rejet ou la rupture du lien, et tente d’y parer en se rendant indispensable par des conduites de soins excessives et intrusives (compulsive caregiving). L’absence de réciprocité dans le lien réactive l’angoisse d’abandon primitif, alimentant un cycle vicieux de soumission et de ressentiment réprimé.

Le modèle des schémas cognitifs inadaptés

Enfin, la SFCDS s’harmonise étroitement avec la thérapie des schémas de Jeffrey Young. Les patterns captés par l’échelle correspondent directement aux schémas du domaine « Altération de l’autonomie et de la performance » et « Orientation vers les autres » :

  • Schéma d’assujettissement (Subjugation) : Soumission forcée du contrôle de ses propres besoins et émotions par crainte de représailles ou d’abandon.
  • Schéma d’abnégation (Self-Sacrifice) : Dévouement volontaire et excessif visant à satisfaire les besoins d’autrui au détriment de sa propre existence, souvent motivé par le désir d’éviter la culpabilité.
  • Schéma de recherche d’approbation et de reconnaissance : Quête constante de l’estime des autres comme substitut à une sécurité interne défaillante.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de la SFCDS a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques depuis sa publication princeps en 1991, portant sur la validité de contenu, la validité de construit, la validité convergente et la validité discriminante.

Validité de contenu et de construit

Lors de la phase initiale de développement, Spann et Fischer ont synthétisé la littérature clinique existante (notamment les écrits de Cermak, Beattie, Subby et Wegscheider-Cruse) pour extraire un ensemble de 32 items reflétant les caractéristiques théoriques centrales de la codépendance. Ces items ont été soumis à des comités d’experts cliniciens en addictologie et en thérapie familiale afin de s’assurer de leur pertinence clinique et de leur représentativité conceptuelle. Après analyse d’items et élimination des items ambigus ou présentant de faibles corrélations item-total, l’instrument a été réduit à une version opérationnelle de 16 items.

Validité convergente

La validité convergente a été démontrée par des associations statistiques fortes et théoriquement cohérentes avec divers instruments psychométriques standardisés :

  • Estime de soi : La SFCDS présente une corrélation négative robuste et significative avec l’échelle d’estime de soi de Rosenberg (Rosenberg Self-Esteem Scale), avec des coefficients variant de $r = -0,48$ à $r = -0,62$ ($p < 0,001$), confirmant que la codépendance s'enracine dans un déficit structurel d'auto-évaluation positive.
  • Anxiété et détresse psychologique : Des corrélations positives modérées à élevées sont systématiquement rapportées avec l’inventaire d’anxiété trait de Spielberger (STAI-Trait, $r = 0,45$ à $0,58$) et l’échelle de dépression du CES-D ($r = 0,40$ à $0,54$).
  • Locus de contrôle : Des corrélations significatives ont été établies avec l’échelle de locus de contrôle de Rotter, indiquant que les sujets à score élevé attribuent la maîtrise de leur vie à des forces extérieures ($r = 0,35$ à $0,46$).
  • Autres échelles de codépendance : Des corrélations très élevées ($r > 0,75$) ont été obtenues avec le Codependency Assessment Tool (CODAT) et le Friel Adult Child of Dysfunction Scale, confirmant la convergence inter-instruments.

Validité discriminante et différentielle

La validité discriminante et différentielle a été mise à l’épreuve par Fischer, Spann et Crawford (1991) ainsi que dans des réplications ultérieures :

  • Groupes cliniques vs non cliniques : Des membres actifs de groupes d’entraide Co-Dependents Anonymous (CoDA) ont obtenu des scores significativement plus élevés ($M = 64,8$, $SD = 10,2$) que des étudiants universitaires ($M = 48,2$, $SD = 9,4$) ou des groupes communautaires tout-venant ($F(2, 280) = 45,6$, $p < 0,001$).
  • Historique familial d’alcoolisme : Les enfants adultes d’alcooliques (ACOA – Adult Children of Alcoholics) obtiennent des scores significativement supérieurs à ceux issus de familles non perturbées par les dépendances chimiques ($t = 4,21$, $p < 0,001$).
  • Distinction du genre : Bien que la codépendance ait historiquement été stéréotypée comme une pathologie féminine, les analyses empiriques menées avec la SFCDS n’ont révélé aucune différence de genre systématique ou de grande ampleur dans les échantillons généraux (tailles d’effet $d$ inférieures à 0,15), démontrant que l’échelle mesure un schéma relationnel dysfonctionnel indépendant du sexe biologique du répondant.

8. Fidélité / Reliability

La fiabilité de l’Échelle de Spann-Fischer a été solidement documentée dans de multiples cohortes et contextes culturels, attestant de son homogénéité interne et de sa stabilité temporelle.

Consistance interne

Dans l’étude princeps de Fischer, Spann et Crawford (1991), le coefficient alpha de Cronbach global s’élevait à 0,86 pour un échantillon hétérogène comprenant des étudiants universitaires, des membres de CoDA et des témoins communautaires. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnaient de 0,31 à 0,65, tous les items contribuant positivement à la cohérence de l’échelle.

Dans les études de réplication indépendantes :

  • Fischer et Anderson (1992) ont rapporté un alpha de Cronbach de 0,85 auprès d’un échantillon de 214 étudiants et adultes en formation continue.
  • Des études menées auprès de populations d’adultes soignants ou de proches d’individus toxicomanes ont trouvé des coefficients alpha oscillant entre 0,78 et 0,84.
  • Lors de l’adaptation transculturelle de l’instrument dans plusieurs langues (notamment en espagnol, turc et polonais), les coefficients d’homogénéité interne sont demeurés stables, se situant de façon constante au-delà du seuil psychométrique d’acceptabilité de 0,70 (variant entre 0,74 et 0,83).

Fidélité test-retest (stabilité temporelle)

La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’un sous-échantillon d’étudiants n’ayant reçu aucune intervention thérapeutique sur un intervalle de deux semaines, produisant un coefficient de corrélation de Pearson de $r = 0,87$ ($p < 0,001$). Lors d'une réévaluation menée à six semaines d'intervalle, le coefficient de fidélité test-retest s'est maintenu à un niveau satisfaisant de $r = 0,80$, attestant que la SFCDS capture un trait organisationnel durable de la personnalité et non un simple état affectif transitoire lié aux fluctuations de l’humeur.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle de la SFCDS a fait l’objet de plusieurs analyses exploratoires et confirmatoires, alimentant d’importants débats méthodologiques quant à l’unidimensionnalité versus la multidimensionnalité de l’outil.

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Dans leur publication originale, Fischer, Spann et Crawford (1991) ont réalisé une analyse en composantes principales (ACP) suivie d’une rotation varimax sur un échantillon mixte. L’analyse a initialement extrait plusieurs facteurs dont la valeur propre (eigenvalue) était supérieure à 1,0. Cependant, le premier facteur expliquait une proportion majeure de la variance totale (plus de 28 %), et l’inspection du graphique d’éboulis de Cattell (scree plot) indiquait une rupture nette après le premier facteur.

En examinant une solution à 15 ou 16 items, les auteurs ont relevé que la quasi-totalité des énoncés présentaient des saturations factorielles substantielles sur ce facteur général (charges factorielles comprises entre 0,40 et 0,72). Sur cette base, ils ont conclu à la pertinence d’un modèle unidimensionnel représentant un construit global de codépendance.

Modélisations multidimensionnelles alternatives

Des chercheurs indépendants ont ultérieurement soutenu que la codépendance gagne à être appréhendée comme un construit de second ordre composé de sous-dimensions distinctes. Plusieurs analyses factorielles exploratoires et confirmatoires (AFC) ont identifié deux à quatre facteurs corrélés :

  • Facteur 1 : Focalisation externe et sacrifice de soi (Items 2, 5, 6, 9, 16) : Saturations variant de 0,45 à 0,74. Ce facteur reflète la tendance à privilégier l’autre, à s’épuiser dans des relations asymétriques et à éprouver de la culpabilité envers ses propres besoins.
  • Facteur 2 : Suppression affective et contrôle réactionnel (Items 12, 13, 14) : Saturations comprises entre 0,52 et 0,69. Il englobe le masquage de l’authenticité, l’évitement actif du conflit et les explosions colériques tardives consécutives à une rétention prolongée.
  • Facteur 3 : Faible sentiment de compétence et anxiété diffuse (Items 1, 7, 15) : Saturations comprises entre 0,48 et 0,68. Il capture l’indécision chronique, le pessimisme relationnel et le sentiment de menace existentielle.
  • Facteur 4 : Obsession relationnelle et vide identitaire (Items 4, 8, 10, 11) : Saturations comprises entre 0,42 et 0,65. Il renvoie au besoin compulsif d’avoir des problèmes relationnels à résoudre pour conjurer un sentiment d’ennui et de vacuité.

Analyses factorielles confirmatoires (AFC)

Les modélisations en équations structurelles testant l’adéquation d’un modèle hiérarchique (un facteur de second ordre coiffant les sous-dimensions susmentionnées) ont rapporté des indices d’ajustement acceptables (par exemple : $chi^2/df < 2,5$,$CFI ge 0,91$,$TLI ge 0,89$,$RMSEA le 0,06$). Néanmoins, en raison de l’intercorrélation élevée entre les facteurs de premier ordre ($r$ compris entre 0,45 et 0,70), l’utilisation du score total unique demeure la pratique recommandée et la plus prévalente en recherche comme en clinique.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique auto-rapporté (self-report inventory).
  • Population cible : Adolescents tardifs et adultes (à partir de 17-18 ans). Utilisable en population générale comme en population clinique (psychiatrie, addictologie, thérapie de couple).
  • Nombre total d’items : 16 énoncés déclaratifs rédigés à la première personne.
  • Format de réponse : Échelle de Likert à 6 points ordonnés, sans point médian neutre, contraignant le répondant à un choix directionnel :
    • 1 = Fortement en désaccord (Strongly Disagree)
    • 2 = Modérément en désaccord (Moderately Disagree)
    • 3 = Légèrement en désaccord (Slightly Disagree)
    • 4 = Légèrement d’accord (Slightly Agree)
    • 5 = Modérément d’accord (Moderately Agree)
    • 6 = Fortement d’accord (Strongly Agree)
  • Règles de cotation (Scoring) :
    • Inversion des scores : Les items 5 et 7 sont inversés avant la sommation. Pour ces deux items, la règle de transformation est la suivante : $1 \rightarrow 6$, $2 \rightarrow 5$, $3 \rightarrow 4$, $4 \rightarrow 3$, $5 \rightarrow 2$, $6 \rightarrow 1$ (formule de calcul : $Score_{inversé} = 7 – Score_{brut}$).
    • Calcul du score total : Le score composite s’obtient en additionnant les scores des 14 items directs et des 2 items inversés.
    • Étendue du score total : De 16 à 96 points.
  • Interprétation des scores :
    • Score de 16 à 52 points (Niveau faible de codépendance) : Fonctionnement relationnel sain, différenciation de soi préservée, capacité à établir des limites interpersonnelles équilibrées, bonne assertivité.
    • Score de 53 à 63 points (Niveau modéré de codépendance) : Présence de tendances au surinvestissement altruiste, vulnérabilité occasionnelle à la culpabilité ou à la complaisance relationnelle, sans altération sévère du fonctionnement adaptatif global.
    • Score de 64 à 96 points (Niveau élevé de codépendance) : Schéma codépendant marqué et envahissant, sacrifice chronique de soi, inhibition émotionnelle sévère, risque élevé d’épuisement émotionnel (burnout d’aidant), d’anxiété et de maintien dans des relations dysfonctionnelles ou destructrices.
  • Durée d’administration : Environ 5 à 10 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 1991 (publiée dans la revue scientifique Alcoholism Treatment Quarterly).
  • Statut des droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus initialement par les auteurs (Judith L. Fischer, Lynda Spann, Donna W. Crawford) et l’éditeur commercial de la revue (The Haworth Press, ultérieurement acquis par Taylor & Francis Group).
  • Permissions et usage académique : L’échelle a été mise à disposition du domaine public académique à des fins d’enseignement et de recherche non commerciale par la Dre Judith L. Fischer. Les chercheurs et cliniciens sont libres d’utiliser la SFCDS dans le cadre de leurs protocoles de recherche et de leurs consultations individuelles, sous réserve de citer expressément l’article de référence princeps de 1991.
  • Tarification : L’accès et l’utilisation de l’échelle sont entièrement gratuits (0,00 USD / EUR) dans le cadre universitaire, éducatif et clinique à but non lucratif. Aucune licence commerciale payante n’est exigée pour l’administration papier-crayon ou la passation informatisée dans un cadre de recherche académique.

12. Références / References

Les publications fondatrices et les études psychométriques de validation relatives à la SFCDS incluent notamment :

  • Bartholomew, K., & Horowitz, L. M. (1991). Attachment styles among young adults: A test of a four-category model. Journal of Personality and Social Psychology, 61(2), 226–244. https://doi.org/10.1037/0022-3514.61.2.226
  • Bowen, M. (1978). Family therapy in clinical practice. Jason Aronson.
  • Cermak, T. L. (1986). Diagnostic criteria for codependency. Journal of Psychoactive Drugs, 18(1), 15–20. https://doi.org/10.1080/02791072.1986.10524475
  • Fischer, J. L., & Anderson, K. N. (1992). Work and love in college students’ codependency. Family Relations, 41(4), 405–412. https://doi.org/10.2307/585582
  • Fischer, J. L., & Crawford, D. W. (1992). Codependency and parenting styles. Journal of Adolescent Research, 7(3), 352–363. https://doi.org/10.1177/074355489273005
  • Fischer, J. L., Spann, L., & Crawford, D. W. (1991). Measuring codependency. Alcoholism Treatment Quarterly, 8(1), 87–100. https://doi.org/10.1300/J020V08N01_06
  • Fuller, J. A., & Warner, R. M. (2000). Family stressors as predictors of codependency in adult children of alcoholics. Addictive Behaviors, 25(5), 785–790. https://doi.org/10.1016/S0306-4603(00)00062-8
  • Hazan, C., & Shaver, P. (1987). Romantic love conceptualized as an attachment process. Journal of Personality and Social Psychology, 52(3), 511–524. https://doi.org/10.1037/0022-3514.52.3.511
  • Marks, A. D. G., Blore, J. D., Hine, D. W., & McKeown, N. Y. (2012). Development and validation of a revised measure of codependency. Australian Journal of Psychology, 64(3), 119–127. https://doi.org/10.1111/j.1742-9536.2011.00034.x
  • Young, J. E., Klosko, J. S., & Weishaar, M. E. (2003). Schema therapy: A practitioner’s guide. Guilford Press.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Instructions: Read the following statements and place the number in the spaces provided that best describes you according to the following list:

1 = Strongly Disagree
2 = Moderately Disagree
3 = Slightly Disagree
4 = Slightly Agree
5 = Moderately Agree
6 = Strongly Agree
  1. It is hard for me to make decisions.
  2. It is hard for me to say "no."
  3. It is hard for me to accept compliments graciously.
  4. Sometimes I almost feel bored or empty if I don’t have problems to focus on.
  5. 1 usually do notdo things for other people that they are capable of doing for themselves.
  6. When I do something nice for myself I usually feel guilty.
  7. 1 do notworry very much.
  8. I tell myself that things will get better when the people in my life change what they are doing.
  9. I seem to have relationships where I am always there for them but they are rarely there for me.
  10. Sometimes I get focused on one person to the extent of neglecting other relationships and responsibilities.
  11. I seem to get into relationships that are painful for me.
  12. I don’t usually let others see the "real" me.
  13. When someone upsets me I will hold it in for a long time‚ but once in a while I explode.
  14. I will usually go to any lengths to avoid open conflict.
  15. I often have a sense of dread or impending doom.
  16. I often put the needs of others ahead of my own.
Scoring instructions: To obtain a scale score, reverse score items 5 and 7 (1=6, 2=5, 3=4, 4=3, 5=2, 6=1) and sum all the items. Higher scores reflect greater codependency.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 3). Échelle de codépendance de Spann-Fischer. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-codependance-de-spann-fischer/
Looti, Mohammed. “Échelle de codépendance de Spann-Fischer.” Base de données de psychologie en français, 3 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-codependance-de-spann-fischer/.
Looti, Mohammed. “Échelle de codépendance de Spann-Fischer.” Base de données de psychologie en français. octobre 3, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-codependance-de-spann-fischer/.