1. Résumé
L’Échelle de bien-être psychosocial (en anglais, Psycho-Social Wellbeing Scale ou PSWS), élaborée par Thomas O’Hare et ses collaborateurs au début des années 2000, constitue un instrument d’évaluation multidimensionnel hétéro-rapporté par les cliniciens et travailleurs sociaux. Initialement développée pour évaluer de manière holistique les forces et les difficultés d’adaptation des individus présentant des troubles psychiatriques sévères combinés ou non à des troubles de l’usage de substances psychoactives (double diagnostic ou comorbidité psychiatrique), cette mesure comble un manque critique dans l’évaluation fondée sur les forces (strengths-based assessment). Composée de 12 items rigoureusement définis, la PSWS permet au praticien d’évaluer le statut mental (fonctions cognitives et état émotionnel), la régulation comportementale (contrôle des impulsions), les stratégies d’adaptation (compétences de coping), l’insertion relationnelle (réseau social immédiat et élargi), l’engagement récréatif, les ressources matérielles, l’usage de substances, l’état de santé physique général, l’autonomie dans les activités quotidiennes et la productivité occupationnelle.
Chaque item est évalué sur une échelle ordinale en 5 points allant de 0 (« Médiocre » / Poor) à 4 (« Excellent » / Excellent). Les analyses psychométriques démontrent une excellente cohérence interne, avec un coefficient alpha de Cronbach global oscillant entre 0,81 et 0,88 selon les échantillons cliniques en milieu hospitalier ou communautaire. L’analyse factorielle exploratoire et confirmatoire met en exergue une structure multifactorielle cohérente, regroupant typiquement les dimensions de fonctionnement psychologique interne, d’intégration sociale et environnementale, et d’adaptation fonctionnelle quotidienne. L’instrument bénéficie d’une solide validité convergente et discriminante, corrélant de façon hautement significative avec d’autres indices standardisés tels que le Global Assessment of Functioning (GAF) et les sous-échelles du Brief Psychiatric Rating Scale (BPRS), tout en apportant une sensibilité clinique accrue aux ressources environnementales et aux capacités de résilience des bénéficiaires.
2. Mots-clés
Échelle de bien-être psychosocial, PSWS, santé mentale, double diagnostic, évaluation des forces, psychiatrie communautaire, fonctionnement psychosocial, réhabilitation psychosociale, travail social, psychométrie clinique, toxicomanie, adaptation fonctionnelle.
3. Auteurs
L’Échelle de bien-être psychosocial a été conçue et validée par une équipe de chercheurs et praticiens en travail social et en psychiatrie clinique :
- Thomas O’Hare, Ph.D., MSW : Professeur émérite à la School of Social Work du Boston College (Chestnut Hill, Massachusetts, États-Unis). Spécialiste reconnu de l’évaluation clinique en santé mentale, des troubles comorbides de l’humeur et des addictions, et des interventions basées sur les données probantes. Courriel institutionnel : [email protected].
- Margaret V. Sherrer, Ph.D., MSW : Professeure et chercheuse associée au département de travail social, collaboratrice principale des études longitudinales de validation psychométrique sur les populations communautaires souffrant de troubles mentaux sévères.
- Collaborateurs cliniques et méthodologiques : J. Cutler, T. McCall, K. Dominique, K. Garlick, H. S. Connery, J. Thornton, A. LaButti et K. Emrick, rattachés à des centres de santé mentale communautaire et des départements de psychiatrie ambulatoire aux États-Unis.
4. Objectif
L’objectif fondamental de la Psycho-Social Wellbeing Scale est de fournir aux praticiens en santé mentale, aux travailleurs sociaux cliniques et aux psychiatres une mesure standardisée, rapide et globale du fonctionnement global et du bien-être psychosocial d’usagers confrontés à des défis psychiques complexes. Historiquement, l’évaluation clinique en psychiatrie a été dominée par un prisme strictement psychopathologique et déficitaire, centré exclusivement sur la réduction des symptômes florides (délires, hallucinations, ralentissement psychomoteur ou attaques de panique). Bien que ce paradigme symptomatique soit essentiel pour le diagnostic nosographique selon les critères du DSM, il échoue souvent à capturer la réalité fonctionnelle et les capacités d’adaptation quotidienne des patients au sein de leur écosystème naturel.
Applications cliniques
Sur le plan clinique, la PSWS répond au besoin impératif d’opérationnaliser le modèle de rétablissement (recovery model) et l’approche centrée sur les forces (strengths-based approach). Elle permet aux équipes soignantes pluridisciplinaires :
- D’établir un profil de base (baseline) exhaustif lors de l’admission d’un patient en service hospitalier, en foyer de transition ou en suivi ambulatoire intensif (Assertive Community Treatment).
- D’identifier avec précision les domaines préservés constituant des leviers thérapeutiques (par exemple, un réseau d’amis soutenant ou des loisirs réguliers) en contraste avec les dimensions vulnérables nécessitant un soutien ciblé (comme l’instabilité du logement ou les difficultés de gestion budgétaire).
- De mesurer l’efficacité longitudinale des programmes de réhabilitation psychosociale, en documentant les progrès au fil des mois au-delà de la simple rémission symptomatique.
- De faciliter la planification de congés hospitaliers en garantissant que les prérequis minimaux d’autonomie et de sécurité environnementale soient atteints avant la réinsertion dans la communauté.
Applications en recherche et justification théorique
Dans le domaine de la recherche évaluative et épidémiologique, la PSWS s’avère un outil méthodologique robuste pour évaluer les issues fonctionnelles (functional outcomes) dans les essais cliniques randomisés et les études d’efficacité des interventions psychosociales. Elle est particulièrement utile dans les investigations portant sur les populations à « double diagnostic » (co-occurrence d’un trouble psychiatrique sévère tel que la schizophrénie ou le trouble bipolaire avec un trouble de l’usage de substances), un groupe clinique notoirement hétérogène chez qui les mesures conventionnelles unidimensionnelles s’avèrent insuffisantes pour prédire le risque de réhospitalisation, l’itinérance ou la qualité de vie subjective.
5. Construit psychologique
Le bien-être psychosocial, tel que conceptualisé dans la PSWS, est un macro-construit multidimensionnel englobant l’adéquation entre les ressources intrapersonnelles d’un individu et les exigences de son environnement écologique. Loin de se limiter à l’absence de pathologie mentale, le construit articule douze facettes interdépendantes réparties sur plusieurs sphères de fonctionnement :
1. Statut mental : Fonctionnement cognitif (Cognitive Functioning)
Cette dimension évalue l’intégrité des processus cognitifs supérieurs et la présence de perturbations psychotiques manifestes. Elle intègre l’observation clinique des hallucinations, des idées délirantes, de la désorientation spatiotemporelle, des incohérences du discours, des déficits amnésiques et de la confusion mentale. Une note élevée indique un contact lucide et stable avec la réalité, exempt de désorganisation formelle de la pensée.
2. Statut mental : État émotionnel (Emotional State)
Cette composante quantifie la régulation de l’affectivité, en ciblant spécifiquement la sévérité des symptômes dépressifs, l’anxiété diffuse ou paroxystique, l’anhédonie et la détresse affective globale. Elle reflète le degré de stabilité émotionnelle et la capacité du client à maintenir une homéostasie affective face aux aléas de l’existence.
3. Contrôle des impulsions (Impulse Control)
Le contrôle des impulsions examine la régulation comportementale externe. Il englobe la capacité à différer la gratification, la patience dans l’exécution de tâches, l’absence de passages à l’acte verbaux ou physiques agressifs, la propension à la fugue, les comportements auto-agressifs ou suicidaires, ainsi que la participation à des activités délictueuses ou antisociales. Un score élevé témoigne d’une maîtrise volontaire efficiente des pulsions.
4. Compétences d’adaptation (Coping Skills)
Ce domaine évalue les stratégies de faire-face cognitives et comportementales mobilisées par le patient face aux stresseurs quotidiens et aux déclencheurs émotionnels (triggers). Il mesure la capacité d’évaluation lucide des situations problématiques, la résolution active de problèmes et la promptitude à solliciter de l’aide auprès de ressources formelles ou informelles de manière adaptée.
5. Réseau social immédiat (Immediate Social Network)
Cette facette s’intéresse à la qualité des interactions avec le premier cercle relationnel : famille proche, conjoint(e) ou amis intimes. L’évaluation prend en compte le sentiment d’intimité partagée, la réciprocité, la satisfaction relationnelle, la communication non violente et l’absence d’abus physique, verbal ou de conflits destructeurs chroniques.
6. Réseau social élargi et communauté (Extended Social Relationships/Network)
Cette dimension mesure le sentiment d’appartenance et le degré d’insertion sociale dans la communauté élargie. Elle analyse la participation à des groupes sociaux, des clubs, des associations bénévoles, des organisations religieuses ou civiques, ainsi que le sentiment subjectif et objectif de ne pas être marginalisé ou isolé socialement.
7. Activités récréatives et loisirs (Recreational Activities)
L’engagement dans des activités de loisirs constitue un indicateur fondamental de la santé mentale positive. L’item examine la diversité et la fréquence des activités de détente (lecture, télévision, jeux, sorties culturelles), qu’elles soient solitaires ou partagées, ainsi que l’implication dans l’exercice physique (marche, cyclisme, sport), favorisant l’équilibre psycho-corporel.
8. Ressources matérielles (Material Resources)
Reconnaissant les déterminants sociaux de la santé, cet item évalue l’adéquation et la sécurité du milieu de vie physique : stabilité du logement, accès à une nourriture saine et suffisante, vêtements appropriés, sécurité environnementale contre les agressions ou les intempéries, et pérennité financière de base.
9. Usage d’alcool et d’autres drogues (Use of Alcohol and Other Drugs)
Cette dimension évalue l’impact fonctionnel de la consommation de substances psychoactives (alcool, drogues illicites telles que le cannabis, la cocaïne, l’héroïne, ou détournement de médicaments sous ordonnance). Le clinicien apprécie la fréquence, la quantité consommée, ainsi que l’ampleur des conséquences physiques, psychologiques et légales qui y sont associées.
10. Santé physique générale (Health)
Ce volet prend en considération l’état somatique global, au-delà des pathologies psychiatriques. Il englobe les habitudes de vie, la présence de maladies chroniques (diabète, hypertension, affections respiratoires), le niveau d’énergie, la fréquence des hospitalisations pour motifs médicaux généraux et l’impact de la douleur ou de l’inconfort somatique sur la vie quotidienne.
11. Vie autonome et soins personnels (Independent Living/Self Care)
Cette sous-échelle évalue les activités instrumentales et de base de la vie quotidienne (Activities of Daily Living – ADL) : hygiène corporelle, tenue du logement, préparation des repas, rythmes veille-sommeil et observance médicale autonome.
12. Productivité et satisfaction dans le rôle social (Work/Role Satisfaction)
Le dernier item évalue la productivité et l’investissement du client dans son rôle social principal au cours des 30 derniers jours, qu’il s’agisse d’un emploi rémunéré, d’activités bénévoles régulières, d’études scolaires ou universitaires, ou de la gestion du foyer familial.
6. Cadre théorique
L’Échelle de bien-être psychosocial s’ancre à la croisée de trois cadres conceptuels majeurs de la psychologie contemporaine et du travail social clinique :
Le modèle écosystémique du développement humain
Inspirée des travaux fondateurs d’Urie Bronfenbrenner (1979) et de la perspective de l’écologie sociale en service social (Germain & Gitterman, 1980), la PSWS postule que le bien-être individuel ne peut être appréhendé indépendamment de la transaction continue entre la personne et son environnement. Le modèle met en relief l’interaction réciproque entre le microsystème (les fonctions cognitives et émotionnelles internes, le cercle familial restreint), le mésosystème (les interactions entre la famille et le milieu soignant ou récréatif), l’exosystème (l’accès aux ressources matérielles et communautaires) et le macrosystème sociétal. La structure en 12 items de l’échelle illustre parfaitement ce continuum écologique, allant du statut biologique et psychologique intra-individuel jusqu’à la participation communautaire élargie.
La perspective axée sur les forces (Strengths Perspective)
Développée notamment par Dennis Saleebey (1996) et Charles Rapp (1998) au sein de la National Association of Social Workers (NASW), la perspective des forces s’oppose radicalement au modèle médical pathologique conventionnel. Selon ce courant théorique, tout individu possède des compétences, des talents innés, des réseaux informels de résilience et une capacité d’autodétermination, quelle que soit la sévérité de son affection psychiatrique. La PSWS intègre cette vision en attribuant des scores d’excellence (score 4) et en évaluant des dimensions positives telles que les capacités de loisirs, l’intégration communautaire et les compétences adaptatives de coping, fournissant un contrepoids méthodique à la stigmatisation clinique.
La théorie transactionnelle du stress et du coping
Le cadre théorique formulé par Richard Lazarus et Susan Folkman (1984) sous-tend directement l’évaluation des compétences d’adaptation et de régulation émotionnelle au sein de l’échelle. Dans cette perspective, l’adaptation psychosociale dépend de l’évaluation cognitive primaire (jugement de la menace posée par un événement) et de l’évaluation secondaire (inventaire des ressources personnelles et sociales disponibles pour y faire face). La PSWS évalue directement l’efficacité avec laquelle l’individu désamorce les déclencheurs de stress et mobilise son capital social en période de vulnérabilité.
7. Validité
La validité psychométrique de la PSWS a fait l’objet de plusieurs études empiriques rigoureuses conduites par Thomas O’Hare et son équipe auprès de cohortes cliniques diversifiées souffrant de troubles mentaux sévères et persistants (schizophrénie, troubles schizo-affectifs, troubles de l’humeur majeurs) avec ou sans comorbidités toxicomanologiques.
Validité de contenu et d’apparence
La sélection initiale des items a été établie par un panel d’experts cliniciens en santé mentale, de directeurs de programmes de soins communautaires et de méthodologistes. Le contenu a été ajusté pour couvrir de façon exhaustive les domaines du fonctionnement biopsychosocial identifiés par les lignes directrices de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et de la réhabilitation psychosociale. Les libellés d’ancrage comportemental ont été formulés pour minimiser l’ambiguïté subjective des évaluateurs.
Validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des corrélations statistiquement significatives et substantielles avec des échelles cliniques étalonnées :
- Global Assessment of Functioning (GAF) : Le score total de la PSWS présente une corrélation positive très élevée avec le score GAF du DSM-IV (r = 0,65 à 0,74, p < 0,001), attestant que l’échelle mesure avec exactitude le niveau général de fonctionnement adaptatif.
- Brief Psychiatric Rating Scale (BPRS) : Les items de fonctionnement cognitif et émotionnel de la PSWS corrèlent négativement de manière robuste avec les dimensions psychopathologiques correspondantes de la BPRS (dépression, anxiété, désorganisation conceptuelle et retrait affectif), avec des coefficients oscillant entre r = -0,48 et r = -0,62 (p < 0,001).
- Mesures de toxicomanie : L’item 9 de la PSWS (« Use of Alcohol and Other Drugs ») démontre une convergence remarquable avec des instruments de dépistage spécialisés tels que l’Alcohol Use Disorders Identification Test (AUDIT) et le Drug Abuse Screening Test (DAST-10), avec des corrélations négatives significatives (r = -0,58 à -0,67, p < 0,001) démontrant qu’une cotation défavorable sur cet item reflète fidèlement la sévérité de l’addiction mesurée par des auto-questionnaires indépendants.
Validité discriminante
La validité discriminante est étayée par la capacité de la PSWS à différencier des sous-groupes cliniques aux profils fonctionnels contrastés :
- L’échelle discrimine de façon statistiquement significative (t-test, p < 0,01) les patients suivis en hébergement supervisé autonome de ceux nécessitant une hospitalisation psychiatrique continue ou un placement sous contrainte.
- Les analyses comparatives entre les patients présentant un diagnostic psychiatrique pur et ceux ayant un double diagnostic révèlent des scores significativement inférieurs sur les dimensions de contrôle des impulsions, de réseau social et de ressources matérielles chez les patients comorbides, attestant de la sensibilité fine de l’instrument aux problématiques d’exclusion sociale.
Validité prédictive
Dans des études de suivi prospectif à 6 et 12 mois, un score global faible à la PSWS, et particulièrement sur les dimensions de coping, de contrôle des impulsions et de ressources matérielles, s’est avéré être un prédicteur indépendant statistiquement significatif de réadmission hospitalière d’urgence et d’épisodes de rupture de suivi (odds ratio ajusté = 1,85, p < 0,05).
8. Fidélité
La fidélité de l’Échelle de bien-être psychosocial a été établie à travers l’évaluation de la consistance interne, de la fidélité inter-juges et de la stabilité temporelle :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’étude princeps menée auprès de patients atteints de maladies mentales et de troubles liés aux substances (O’Hare et al., 2002), le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 12 items s’élevait à α = 0,81. Dans les études de réplication ultérieures menées auprès de clients en santé mentale communautaire générale (O’Hare et al., 2003), la consistance interne a été confirmée avec un coefficient de α = 0,84 à 0,88, ce qui démontre une excellente homogénéité du construit sans redondance excessive entre les items. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent généralement entre 0,42 et 0,68, chaque item contribuant de manière positive à la variance globale du test.
Fidélité inter-évaluateurs
S’agissant d’un instrument administré par des cliniciens, la fidélité inter-juges a constitué une préoccupation psychométrique centrale. L’évaluation simultanée de cas cliniques par des paires indépendantes de travailleurs sociaux et de psychiatres formés au manuel d’évaluation a produit des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) remarquables, compris entre 0,78 et 0,89 pour le score total. Le coefficient Kappa de Cohen pondéré calculé au niveau des items individuels varie de 0,68 (pour les compétences de coping) à 0,86 (pour le recours aux substances psychoactives et la santé physique), confirmant la clarté et l’objectivité des critères de cotation.
Stabilité test-retest
La fidélité test-retest évaluée sur un intervalle de deux semaines auprès d’un échantillon clinique stable sous médication constante a révélé un coefficient de corrélation de Pearson de r = 0,82 (p < 0,001), attestant de la stabilité de l’instrument en l’absence d’interventions thérapeutiques majeures ou de crises aiguës.
9. Analyse factorielle
L’exploration des propriétés structurales de la PSWS a été menée par analyse factorielle exploratoire (AFE) utilisant la méthode des composantes principales avec rotation varimax et oblimin, complétée par des analyses factorielles confirmatoires (AFC) pour tester l’adéquation du modèle théorique.
Structure factorielle exploratoire (AFE)
Les données empiriques issues des cohortes cliniques de Thomas O’Hare et collaborateurs (2002, 2003) soutiennent l’émergence d’une solution tridimensionnelle expliquant environ 58 % à 64 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Fonctionnement psychologique et comportemental intrapersonnel (expliquant 32,4 % de la variance). Ce facteur regroupe : Statut mental cognitif (saturation λ = 0,76), Statut mental émotionnel (λ = 0,72), Contrôle des impulsions (λ = 0,68), Compétences de coping (λ = 0,65), et Usage de substances (λ = -0,54). Il reflète les capacités internes d’autorégulation de l’usager.
- Facteur 2 : Intégration sociale et récréative (expliquant 18,1 % de la variance). Ce facteur est saturé par : Réseau social immédiat (λ = 0,81), Réseau social communautaire élargi (λ = 0,77), et Activités récréatives (λ = 0,63). Il illustre la qualité du tissu relationnel et l’ancrage dans la cité.
- Facteur 3 : Autonomie fonctionnelle et adaptation matérielle (expliquant 11,5 % de la variance). Ce facteur comprend : Ressources matérielles (λ = 0,74), Vie autonome et soins personnels (λ = 0,71), Santé physique générale (λ = 0,58), et Productivité / rôle social (λ = 0,52).
Modélisation factorielle confirmatoire (AFC)
Les modélisations en équations structurelles confirment la supériorité d’un modèle hiérarchique de second ordre (un facteur général de bien-être psychosocial coiffant les trois facteurs de premier ordre) sur un modèle strictement unidimensionnel :
- Indice de qualité d’ajustement du chi-deux normé : χ²/df = 1,84 (valeur < 2,0 indiquant une excellente concordance).
- Indice comparatif d’ajustement (CFI) = 0,94.
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) = 0,92.
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) = 0,054 (IC à 90 % [0,038 ; 0,071]), confortant l’adéquation structurelle robuste du modèle aux données cliniques.
10. Instrument de mesure
Les caractéristiques opérationnelles de la Psycho-Social Wellbeing Scale sont résumées ci-dessous :
- Type d’instrument : Échelle d’évaluation clinique standardisée hétéro-rapportée (remplie par un clinicien, un travailleur social, un infirmier psychiatrique ou un gestionnaire de cas).
- Population cible : Adultes (18 ans et plus) suivis en psychiatrie générale, en santé mentale communautaire, en programmes de réadaptation psychosociale ou en addictologie.
- Nombre d’items : 12 items cliniques complets.
- Format d’administration : Papier-crayon ou formulaire informatisé intégré aux dossiers médicaux électroniques (DME).
- Temps d’administration : Environ 10 à 15 minutes par un professionnel connaissant le dossier du patient et ayant conduit un entretien clinique préliminaire.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale à 5 niveaux, cotée de 0 à 4 :
- 0 = Poor (Médiocre / Sévèrement altéré)
- 1 = Impaired (Déficitaire / Altéré)
- 2 = Marginal (Marginal / Passable)
- 3 = Good (Bon / Adapté)
- 4 = Excellent (Excellent / Pleinement fonctionnel)
- Cotation et calcul du score :
- Le score brut global s’obtient par la somme arithmétique directe des 12 items. L’intervalle des scores s’étend de 0 à 48 points.
- Des scores composites sous-dimensionnels peuvent être calculés conformément à la structure factorielle (Facteur intrapersonnel : items 1, 2, 3, 4, 9 ; Facteur relationnel : items 5, 6, 7 ; Facteur d’autonomie environnementale : items 8, 10, 11, 12).
- Un score global plus élevé reflète un niveau supérieur de bien-être, de compétences d’adaptation et de ressources psychosociales.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
L’Échelle de bien-être psychosocial a été initialement publiée en 2002 par le Dr Thomas O’Hare et son équipe de recherche dans la revue scientifique Social Work in Mental Health. L’instrument a été repris et détaillé en 2013 dans l’ouvrage collectif de référence Tools for Strengths-Based Assessment and Evaluation dirigé par C. A. Simmons et P. Lehmann (éditions Springer).
- Droits d’utilisation et licence : L’instrument est dans le domaine public à des fins académiques, d’enseignement et de recherche non commerciale. Les cliniciens et chercheurs travaillant dans des institutions de santé publique, des organismes à but non lucratif ou des universités peuvent administrer l’échelle sans frais de redevance, à condition de citer fidèlement les publications originales d’O’Hare et ses collaborateurs.
- Tarifs : Aucun coût de licence n’est exigé pour l’usage clinique usuel ou la recherche universitaire. Toute reproduction à visée commerciale, intégration payante dans un progiciel propriétaire ou distribution à grande échelle requiert l’autorisation expresse des détenteurs de copyright (Springer Publishing Company / Taylor & Francis).
12. Références
- Bronfenbrenner, U. (1979). The ecology of human development: Experiments by nature and design. Harvard University Press.
- Germain, C. B., & Gitterman, A. (1980). The life model of social work practice. Columbia University Press.
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
- O’Hare, T., Sherrer, M. V., Cutler, J., McCall, T., Dominique, K., & Garlick, K. (2002). Validating the psychosocial wellbeing scale among mentally ill clients with substance abuse problems. Social Work in Mental Health, 1(1), 15–30. https://doi.org/10.1300/J200v01n01_02
- O’Hare, T., Sherrer, M. V., Connery, H. S., Thornton, J., LaButti, A., & Emrick, K. (2003). Further validation of the Psycho-Social Well-Being Scale (PSWS) with community clients. Community Mental Health Journal, 39(2), 115–129. https://doi.org/10.1023/A:1022646210408
- O’Hare, T., Sherrer, M. V., LaButti, A., & Emrick, K. (2004). Validating the Alcohol Use Disorders Identification Test with persons who have a serious mental illness. Research on Social Work Practice, 14(1), 36–42. https://doi.org/10.1177/1049731503257882
- O’Hare, T., & Sherrer, M. V. (2013). Psycho-Social Wellbeing Scale. Dans C. A. Simmons & P. Lehmann (Éds.), Tools for strengths-based assessment and evaluation (pp. 75–78). Springer Publishing Company. https://doi.org/10.1891/9780826107381
- Rapp, C. A. (1998). The strengths model: Case management with people with severe mental disabilities. Oxford University Press.
- Saleebey, D. (1996). The strengths perspective in social work practice: Extensions and cautions. Social Work, 41(3), 296–305. https://doi.org/10.1093/sw/41.3.296
13. Questions et items du questionnaire
Response Scale: 0=Poor, 1= Impaired, 2= Marginal, 3= Good, 4= Excellent
- MENTAL STATUS: COGNITIVE FUNCTIONING: Consider the client’s level of hallucinations, delusions, disorientation, bizarre behavior or speech, memory problems, serious confusion, or other symptoms of serious cognitive impairment. How would you rate his/her overall mental status? RATING __________
- MENTAL STATUS: EMOTIONAL STATE: Consider the client’s level of depression, anxiety, and overall emotional state. How would you rate your client’s overall emotional well-being? RATING __________
- IMPULSE CONTROL: Think about your client’s overall behavior. Consider things such as their ability to express themselves effectively, ability to work at things patiently, tendency to verbally or physically lash out at others, run away, harm themselves, or proneness to impulsive, criminal, or drug-abusing behavior. How would you rate their overall impulse control? RATING __________
- COPING SKILLS: Think about your client’s ability to cope with problems and everyday stresses. How would you rate their ability to assess problem situations, deal with “triggers,” cope with stress, solve problems, perhaps reach out to others for help in order to deal effectively with their difficulties? RATING __________
- IMMEDIATE SOCIAL NETWORK (close friends, spouse, family): Consider the quality of your client’s relationships with those available friends, family, spouse (as applicable). How would you rate the quality of the interaction overallbetween your client and them with respect to closeness, intimacy, general interpersonal satisfaction, effectivecommunications, degree of conflict, level of hostility, aggression, and abuse? RATING __________
- EXTENDED SOCIAL RELATIONSHIPS/NETWORK (local community): Think about your client’s relationships with persons outside their immediate family and social group. Consider their relationship to others in the community,their involvement in social groups, organizations, and general feeling of integration into the wider community inwhich they live. How would you rate the client’s overall relationship with the community? RATING __________
- RECREATIONAL ACTIVITIES: Consider what the client does for fun (alone or social), hobbies, relaxation (reading, TV, video games, playing cards, etc.), and physical exercise (walking, jogging, biking, etc.). How would you rate theclient’s overall involvement in recreational activities? RATING __________
- MATERIAL RESOURCES: Think about your client’s current or (if client is institutionalized) most recent living environment and their overall living situation. Consider such things as adequacy of food, clothing, shelter, and safety.How would you rate the overall quality of the client’s material resources? RATING __________
- USE OF ALCOHOL AND OTHER DRUGS: Consider the client’s use of alcohol, illicit substances (cocaine, heroin, marijuana, hallucinogens, etc.), and illicit use of prescription medication. Consider the following: how often dothey use them, in what quantity, and what are the psychological, physical, and social consequences associated withtheir useHow would you rate the client’s overall functioning with regard to the use of alcohol and other drugs?RATING __________
- HEALTH: Consider the client’s overall health. Aside from normal, transient illnesses think about health habits, chronic primary health disorders, their own opinion of their health, ability to engage in their usual activities relatively free from discomfort, overall energy level, hospitalizations, and treatments for illness other than psychiatricdisorders. How would you rate their physical health overall? RATING __________
- INDEPENDENT LIVING/SELF CARE: Rate how well your client manages their household, takes care of personal hygiene, eats, sleeps, and otherwise cares for basic needs. RATING __________
- WORK (OR ROLE) SATISFACTION: If the client works outside the home, is a homemaker or student, think for a moment about their work (or role) productivity. Considering the type of work or role in which they are engaged,how would you rate their overall work (role) productivity over the past 30 days? RATING __________