Évaluation psychologiquePsychologie positivePsychométrie

Échelle de bien-être mental de Warwick-Edinburgh

L’Échelle de bien-être mental de Warwick-Edinburgh (WEMWBS) est un instrument psychométrique de référence évaluant la santé mentale positive et le fonctionnement psychologique optimal à travers 14 items unidimensionnels.

PUBLIÉ

1. Résumé / Abstract

L’Échelle de bien-être mental de Warwick-Edinburgh (Warwick-Edinburgh Mental Well-being Scale, WEMWBS) constitue un instrument psychométrique de référence internationale conçu pour évaluer la santé mentale positive et le bien-être psychologique global au sein de la population générale et clinique. Développée conjointement par les universités de Warwick et d’Édimbourg sous l’égide du NHS Health Scotland, l’échelle rompt avec l’approche biomédicale traditionnelle centrée sur le déficit, la morbidité ou la psychopathologie (telle que la dépression ou l’anxiété) pour adopter une perspective salutogénique axée sur l’épanouissement humain (flourishing).

L’instrument comprend 14 items formulés exclusivement de manière positive, explorant à la fois les dimensions hédoniques (affects positifs, satisfaction de vivre, sentiments de joie et de détente) et eudémoniques (fonctionnement psychologique optimal, relations interpersonnelles positives, clarté cognitive, autonomie, sentiment d’utilité et résilience). Chaque item est évalué sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points allant de 1 (« Jamais / À aucun moment ») à 5 (« Tout le temps »), générant un score total continu compris entre 14 et 70 points, où un score plus élevé reflète un niveau supérieur de bien-être mental.

Sur le plan métrologique, la WEMWBS démontre des propriétés psychométriques exceptionnelles. Les analyses factorielles confirmatoires (AFC) soutiennent de manière consistante une structure unidimensionnelle robuste. La cohérence interne est remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach (α) et oméga de McDonald (ω) oscillant généralement entre 0,89 et 0,93. La fidélité test-retest à une semaine présente un coefficient de corrélation intraclasse supérieur à 0,83. Les investigations contemporaines fondées sur la théorie de réponse aux items non paramétrique (modélisation de Mokken) confirment une échelle cumulative modérément forte (coefficient H de Loevinger global de 0,48), tout en soulignant la sensibilité de l’ordonnancement invariant des items aux capacités cognitives des répondants. La WEMWBS est aujourd’hui largement mobilisée dans les enquêtes épidémiologiques, l’évaluation des politiques publiques et les essais d’interventions psychosociales.

2. Mots-clés / Keywords

bien-être mental, santé mentale positive, échelle de Warwick-Edinburgh, WEMWBS, psychométrie, analyse factorielle confirmatoire, modèle de Mokken, théorie de réponse aux items, bien-être eudémonique, bien-être hédonique, épanouissement psychologique, santé publique, fidélité test-retest, validité de construit.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle de bien-être mental de Warwick-Edinburgh a été initialement conceptualisée et validée par un consortium pluridisciplinaire d’experts en santé publique, épidémiologie et psychométrie issu de l’Université de Warwick, de l’Université d’Édimbourg et de NHS Health Scotland :

  • Sarah Stewart-Brown — Professeure émérite de santé publique, Division of Health Sciences, Warwick Medical School, University of Warwick, Royaume-Uni.
  • Ruth Tennant — Chercheuse en santé publique, Warwick Medical School, University of Warwick, Royaume-Uni.
  • Louise Hiller — Statisticienne médicale et méthodologiste, Warwick Clinical Trials Unit, University of Warwick, Royaume-Uni.
  • Ruth Fishwick — Analyste de recherche, Health Sciences Research Institute, University of Warwick, Royaume-Uni.
  • Stephen Platt — Professeur émérite de recherche sur les politiques de santé, Centre for Population Health Sciences, University of Edinburgh, Royaume-Uni.
  • Stephen Joseph — Professeur de psychologie, School of Education, University of Nottingham, Royaume-Uni.
  • Scott Weich — Professeur de psychiatrie, Mental Health and Wellbeing, Warwick Medical School, University of Warwick, Royaume-Uni.
  • Jane Parkinson — Conseillère principale en santé publique, NHS Health Scotland, Édimbourg, Royaume-Uni.
  • Jenny Secker — Professeure de santé mentale, Faculty of Health, Social Care and Education, Anglia Ruskin University, Royaume-Uni.

Les investigations psychométriques avancées portant sur l’application des modèles de Mokken et l’influence des capacités cognitives sur l’échelle ont été menées par :

  • Ian J. Deary — Centre for Cognitive Ageing and Cognitive Epidemiology, Department of Psychology, University of Edinburgh, Édimbourg, Royaume-Uni.
  • Roger Watson — Faculty of Health and Social Care, University of Hull, Royaume-Uni.
  • Tom Booth — Department of Psychology, University of Edinburgh, Royaume-Uni.
  • Catharine R. Gale — MRC Lifecourse Epidemiology Unit, University of Southampton, et Centre for Cognitive Ageing and Cognitive Epidemiology, University of Edinburgh, Royaume-Uni.

4. Objectif / Purpose

Historiquement, l’évaluation psychologique et psychiatrique s’est construite quasi exclusivement autour de la détection, de la quantification et du suivi des états de détresse émotionnelle, des troubles affectifs et des psychopathologies. Des instruments classiques tels que le General Health Questionnaire (GHQ-12), le Beck Depression Inventory (BDI) ou l’échelle d’anxiété de Hamilton se focalisent sur la présence de symptômes négatifs et conçoivent la santé mentale comme une simple absence de maladie (conception négative ou déficitaire). Or, les avancées conceptuelles en psychologie positive et les déclarations fondatrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont fermement établi que la santé mentale constitue « un état de bien-être complet qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ».

La WEMWBS a été expressément élaborée en 2006-2007 pour combler un vide méthodologique majeur : fournir aux chercheurs, cliniciens et décideurs de santé publique un instrument standardisé, valide, fidèle et convivial, dédié intégralement à la mesure du bien-être mental positif. L’objectif principal de l’échelle est d’évaluer le bien-être psychologique global sans introduire d’effet plancher chez les personnes indemnes de troubles psychiatriques, tout en restant sensible aux variations positives de l’état psychologique dans la population générale comme dans les sous-populations vulnérables.

Dans le domaine de la recherche épidémiologique et des politiques publiques, la WEMWBS sert à cartographier le niveau de santé mentale des populations, à identifier les déterminants socio-économiques et environnementaux du bien-être, et à suivre l’impact d’initiatives communautaires ou de réformes structurelles. En milieu clinique et psychosocial, l’échelle permet de mesurer les bénéfices thérapeutiques d’interventions non strictement pharmacologiques, telles que les thérapies cognitivo-comportementales de troisième vague, les interventions basées sur la pleine conscience (mindfulness), les programmes d’activité physique adaptée ou la prescription sociale (social prescribing).

En outre, l’application de techniques psychométriques avancées comme l’analyse d’échelonnement de Mokken (Mokken scaling) a permis d’explorer la dimensionalité non paramétrique et la hiérarchie intrinsèque des items. Ces analyses visent à déterminer si l’instrument conserve une structure de mesure invariante et équitable à travers différents niveaux de capacités cognitives générales, garantissant ainsi que la WEMWBS mesure fidèlement le même construit latent quel que soit le profil sociodémographique ou intellectuel des répondants.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique mesuré par la WEMWBS est le bien-être mental positif, appréhendé selon un modèle intégratif articulant harmonieusement les perspectives hédoniques et eudémoniques du fonctionnement humain. L’échelle postule que le bien-être mental ne se réduit pas à une humeur passagère agréable, mais représente une configuration dynamique d’expériences affectives favorables et de compétences psychologiques fonctionnelles.

La dimension hédonique (Bien-être subjectif)

La composante hédonique renvoie à l’expérience affective subjective et à l’évaluation cognitive de la satisfaction existentielle, telle que théorisée par Ed Diener. Au sein de la WEMWBS, cette dimension est opérationnalisée par des items ciblant :

  • Les états affectifs positifs : L’item 14 (« I’ve been feeling cheerful » — se sentir joyeux/de bonne humeur) et l’item 8 (« I’ve been feeling good about myself » — se sentir bien dans sa peau) mesurent la présence d’affects plaisants et une estime de soi saine.
  • La régulation émotionnelle et la sérénité : L’item 3 (« I’ve been feeling relaxed » — se sentir détendu/relaxé) évalue l’absence de tension interne et la capacité à expérimenter le calme psychologique.
  • L’orientation prospective positive : L’item 1 (« I’ve been feeling optimistic about the future » — se sentir optimiste quant à l’avenir) capte l’espoir et l’anticipation favorable des événements futurs.
  • Le dynamisme vital : L’item 5 (« I’ve had energy to spare » — avoir de l’énergie à revendre) reflète la vitalité subjective et la disponibilité des ressources énergétiques individuelles.

La dimension eudémonique (Bien-être psychologique et fonctionnement optimal)

La composante eudémonique s’ancre dans les théories du fonctionnement psychologique optimal développées notamment par Carol Ryff, Richard Ryan et Edward Deci. Elle englobe la réalisation de soi, la maîtrise de l’environnement, l’autonomie et la qualité des relations interpersonnelles :

  • L’autonomie et l’autodétermination : L’item 11 (« I’ve been able to make up my own mind about things » — être capable de prendre ses propres décisions) quantifie le sentiment d’indépendance cognitive et de locus de contrôle interne.
  • La compétence et la résolution de problèmes : L’item 6 (« I’ve been dealing with problems well » — bien faire face aux problèmes) et l’item 7 (« I’ve been thinking clearly » — penser clairement) mesurent le sentiment d’efficacité personnelle face aux stresseurs et l’agilité cognitive.
  • Le sentiment d’utilité et de valeur sociale : L’item 2 (« I’ve been feeling useful » — se sentir utile) reflète la contribution sociale perçue et le sens de l’action individuelle.
  • Les relations positives avec autrui : L’item 4 (« I’ve been feeling interested in other people » — s’intéresser aux autres), l’item 9 (« I’ve been feeling close to other people » — se sentir proche des autres) et l’item 12 (« I’ve been feeling loved » — se sentir aimé) évaluent la qualité des liens d’attachement, l’empathie sociale et le sentiment d’appartenance et d’affection partagée.
  • L’ouverture à l’expérience et la curiosité épistémique : L’item 13 (« I’ve been interested in new things » — s’intéresser à des choses nouvelles) et l’item 10 (« I’ve been feeling confident » — se sentir confiant) mesurent l’engagement proactif dans l’apprentissage et l’assurance face aux défis de l’existence.

L’unidimensionnalité du construit

Bien que le construit sous-jacent puise ses fondements conceptuels dans ces deux traditions théoriques distinctes (hédonisme vs eudémonisme), les analyses psychométriques démontrent que ces composantes convergent empiriquement pour former un trait latent unique et cohérent. Le bien-être mental mesuré par la WEMWBS n’est pas fractionné en sous-scores indépendants ; il est représenté par un score global continu, traduisant l’intrication indissociable entre ressentis émotionnels positifs et compétences de fonctionnement psychosocial dans l’expérience vécue de l’individu.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’élaboration de la WEMWBS s’inscrit au carrefour de trois grands courants théoriques de la psychologie contemporaine et des sciences de la santé : la théorie du bien-être psychologique, la théorie de l’autodétermination et le modèle du continuum de santé mentale.

1. Le modèle multidimensionnel du bien-être psychologique de Carol Ryff

Le modèle de Carol Ryff (1989) postule que le bien-être positif dépasse la simple recherche de plaisir et repose sur six piliers fondamentaux : l’auto-acceptation (self-acceptance), les relations positives avec autrui (positive relations with others), l’autonomie (autonomy), la maîtrise de l’environnement (environmental mastery), la finalité dans la vie (purpose in life) et la croissance personnelle (personal growth). Les concepteurs de la WEMWBS ont explicitement puisé dans ces dimensions pour formuler des énoncés reflétant la compétence perçue, la flexibilité décisionnelle et la connexion sociale, assurant une couverture exhaustive des attributs eudémoniques du fonctionnement psychologique optimal.

2. La théorie de l’autodétermination de Deci et Ryan

Selon la théorie de l’autodétermination (Self-Determination Theory, Deci & Ryan, 2000), le bien-être psychologique et l’épanouissement requièrent la satisfaction de trois besoins psychologiques fondamentaux :

  • Le besoin d’autonomie : La perception d’être à l’origine de ses propres choix et actions (capté par l’item 11 de la WEMWBS).
  • Le besoin de compétence : Le sentiment d’interagir efficacement avec son environnement et d’exercer ses capacités (incarné par les items 2, 6 et 7).
  • Le besoin d’appartenance sociale (relatedness) : Le sentiment d’être connecté, compris et valorisé par des personnes significatives (incarné par les items 4, 9 et 12).

3. Le modèle du continuum de santé mentale de Corey Keyes

Le sociologue et psychologue Corey Keyes (2002) a formalisé l’hypothèse des deux continuums (two-continua model), démontrant empiriquement que la santé mentale et la maladie mentale ne constituent pas les deux pôles opposés d’un même axe linéaire, mais deux dimensions distinctes bien que corrélées. Une personne peut présenter un diagnostic de trouble psychique tout en maintenant un niveau modéré de bien-être, de même qu’une personne indemne de tout trouble caractérisé peut se trouver dans un état de dépérissement ou de stagnation psychologique (languishing).

La WEMWBS opérationnalise précisément ce continuum de santé mentale positive, permettant d’identifier les individus en état d’épanouissement (flourishing). L’échelle s’appuie également sur la théorie de l’élargissement et de la construction des émotions positives (Broaden-and-Build Theory) de Barbara Fredrickson (2001), qui démontre que les affects positifs élargissent le répertoire cognitif et comportemental instantané de l’individu et construisent durablement ses ressources physiques, intellectuelles et sociales.

7. Validité / Validity

La validité de la WEMWBS a fait l’objet d’investigations approfondies à travers de multiples contextes culturels, linguistiques et cliniques, mobilisant à la fois la théorie classique des tests (TCT) et la théorie de réponse aux items (TRI).

Validité de contenu et d’apparence

Lors de la phase initiale de développement menée par Tennant et al. (2007), un corpus initial d’items issus d’instruments reconnus — notamment l’Affectometer 2 de Kammann et Flett (1983) — a été soumis à des panels d’experts en santé publique, de psychologues, de sociologues et à des groupes de discussion (focus groups) d’usagers. Ce processus itératif a permis d’éliminer les items ambigus, redondants, ou ceux portant sur des composantes physiques ou somatiques pures, pour ne retenir que les 14 items représentant sans ambiguïté les aspects psychologiques du bien-être mental positif.

Validité convergente et discriminante

La validité convergente de la WEMWBS a été établie par des corrélations fortes et significatives avec plusieurs instruments validés mesurant des construits connexes :

  • Échelles d’affects et de bien-être : Corrélations positives élevées avec l’échelle de satisfaction de vie (Satisfaction with Life Scale, SWLS, r = 0,72 à 0,75), l’échelle d’affects positifs de la PANAS (r = 0,70 à 0,74), et les sous-échelles de fonctionnement psychologique de Ryff (r = 0,60 à 0,78).
  • Échelles de santé générale : Corrélations modérées à fortes avec la dimension de santé mentale du SF-36 (Short Form Health Survey, r = 0,65 à 0,70).
  • Validité discriminante (divergente) : Corrélations inverses substantielles avec les instruments évaluant la détresse psychologique, la dépression et l’anxiété, telles que le GHQ-12 (r = -0,53 à -0,60), le PHQ-9 (r = -0,62 à -0,68) et le GAD-7 (r = -0,55 à -0,61). Ces résultats démontrent que si le bien-être est négativement associé à la détresse, les deux construits partagent moins de 45 % de variance commune, confirmant l’hypothèse de l’indépendance relative de la santé mentale positive.

Modélisation non paramétrique de Mokken et validité selon les aptitudes cognitives

Dans une étude épidémiologique d’envergure menée sur la cohorte du National Child Development Survey (cohorte de naissance britannique de 1958 évaluée à l’âge de 50 ans, N = 8 643), Deary, Watson, Booth et Gale (2013) ont appliqué l’analyse d’échelonnement de Mokken pour examiner la structure cumulative de l’échelle. L’analyse a révélé un coefficient d’homogénéité global de Loevinger (H) de 0,48 (avec des coefficients d’item Hi s’échelonnant entre 0,42 et 0,53), ce qui caractérise une échelle unidimensionnelle modérément forte selon les critères psychométriques de Mokken (H ≥ 0,40).

Cependant, les auteurs ont mis en évidence une nuance critique concernant la validité relative à l’ordonnancement invariant des items (Invariant Item Ordering, IIO). Alors que l’échelle présente un IIO satisfaisant (coefficient HT ≥ 0,30) chez les individus dotés de capacités cognitives générales moyennes et élevées (mesurées à l’âge de 11 ans), l’ordonnancement hiérarchique se dégrade chez les individus ayant des capacités cognitives plus faibles. Ce résultat démontre que le traitement sémantique nuancé des items de bien-être dépend en partie de la charge et de la flexibilité cognitives du sujet, suggérant une précaution méthodologique lors de l’administration auto-rapportée chez des populations présentant des déficits cognitifs marqués.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité métrologique de la WEMWBS a été abondamment documentée à travers de vastes échantillons représentatifs de la population générale, des étudiants universitaires et des cohortes cliniques.

Cohérence interne

La cohérence interne de la WEMWBS atteint des niveaux d’excellence reconnus dans les standards psychométriques :

  • Dans l’étude princeps de validation au Royaume-Uni (Tennant et al., 2007), le coefficient alpha de Cronbach était de 0,89 dans un échantillon d’étudiants (N = 348) et de 0,91 dans un échantillon représentatif de la population générale écossaise (N = 1 749).
  • Des études internationales ultérieures (validations française, espagnole, italienne, chinoise) rapportent de manière constante des valeurs d’alpha de Cronbach comprises entre 0,90 et 0,93.
  • Le coefficient oméga de McDonald (ωtotal), qui offre une estimation moins biaisée de la fidélité en présence d’items aux saturations factorielles hétérogènes (non tau-équivalence), se situe régulièrement au-dessus de 0,91.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La stabilité temporelle des scores a été évaluée à différents intervalles :

  • À un intervalle d’une semaine, le coefficient de corrélation intraclasse (ICC) rapporté par Tennant et al. (2007) est de 0,83 (intervalle de confiance à 95 % : [0,78 ; 0,87]), attestant d’une excellente stabilité à court terme sans effet d’apprentissage majeur.
  • Sur des périodes plus longues (4 à 8 semaines en l’absence d’intervention), les corrélations de Pearson se maintiennent entre 0,65 et 0,72, reflétant à la fois la stabilité du trait de bien-être et sa sensibilité normale aux fluctuations événementielles du cours de la vie.

Erreur de mesure et sensibilité au changement

L’erreur type de mesure (Standard Error of Measurement, SEM) de la WEMWBS est estimée à environ 2,5 à 2,8 points sur l’échelle totale (14-70). L’indice de changement fiable (Reliable Change Index, RCI) se situe autour de 5 à 7 points. Dans les études d’évaluation d’impact en santé publique, une différence moyenne ou un gain post-intervention de 3 à 5 points est généralement interprété comme une amélioration cliniquement et socialement significative (Minimal Clinically Important Difference, MCID).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle de la WEMWBS a été rigoureusement analysée au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE), d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) et de modèles de théorie de réponse aux items.

Analyses factorielles confirmatoires (AFC)

L’ensemble des travaux de modélisation par équations structurelles corrobore l’adéquation d’un modèle factoriel unidimensionnel strict pour rendre compte de la variance des 14 items :

  • Indices d’ajustement : Les analyses menées sur des échantillons de plusieurs milliers de participants révèlent des indices d’ajustement excellents : l’indice de Brody-Bentler (CFI, Comparative Fit Index) dépasse couramment 0,95 (valeurs rapportées entre 0,96 et 0,98) ; le TLI (Tucker-Lewis Index) se situe au-dessus de 0,95 ; l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA, Root Mean Square Error of Approximation) oscille entre 0,042 et 0,058, et le SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) reste inférieur à 0,035.
  • Saturations factorielles (λ) : Tous les items présentent des saturations factorielles standardisées hautement significatives (p < 0,001), généralement comprises entre 0,60 et 0,82. L’item 8 (« I’ve been feeling good about myself ») et l’item 10 (« I’ve been feeling confident ») figurent parmi les plus fortement saturés sur le facteur général de bien-être (λ > 0,78), tandis que l’item 4 (« I’ve been interested in other people ») et l’item 11 (« I’ve been able to make up my own mind about things ») affichent des saturations plus modestes mais parfaitement acceptables (λ ≈ 0,55 – 0,62).

Modèles alternatifs et invariance de mesure

Bien que des modèles bifactoriels (un facteur général de bien-être associé à deux facteurs spécifiques hédonique et eudémonique) aient été testés à titre comparatif par certains auteurs, le facteur général absorbe plus de 80 à 85 % de la variance commune expliquée (Explained Common Variance, ECV > 0,80). Ce résultat confirme que l’instrument est « essentiellement unidimensionnel » et que le calcul d’un score composite unique est méthodologiquement parfaitement fondé.

Des analyses d’invariance de mesure multigroupe (invariance configurationnelle, métrique et scalaire) ont par ailleurs démontré que la structure factorielle de la WEMWBS est strictement invariante selon le sexe, les tranches d’âge et les statuts socio-économiques, autorisant des comparaisons valides de moyennes entre ces différents groupes de population.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’instrument : Warwick-Edinburgh Mental Well-being Scale (WEMWBS).
  • Type de passation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (auto-évaluation).
  • Format du questionnaire : 14 énoncés rédigés sous une formulation exclusivement positive.
  • Échelle de réponse (Format de cotation) : 14 items, 5-point Likert scale (1 = Jamais / À aucun moment ; 2 = Rarement ; 3 = De temps en temps ; 4 = Souvent ; 5 = Tout le temps).
  • Période de référence temporelle : Les deux dernières semaines écoulées (« over the last 2 weeks »).
  • Mode de calcul du score : Somme arithmétique directe des points attribués aux 14 items. Aucun item inversé (pas de recodage nécessaire).
  • Étendue du score total : Score minimal de 14 points, score maximal de 70 points.
  • Interprétation des scores :
    • Score total continu : plus le score est élevé, plus le niveau de bien-être mental positif est important.
    • Score ≤ 40 : niveau de bien-être mental très faible (zone de préoccupation clinique et de risque élevé de détresse psychologique).
    • Score 41 – 44 : bien-être mental faible (inférieur à la moyenne populationnelle).
    • Score 45 – 59 : bien-être mental moyen / modéré (norme populationnelle typique dans la plupart des pays occidentaux, avec une moyenne générale se situant autour de 50 à 52 points, écart-type ≈ 8,5).
    • Score ≥ 60 : bien-être mental élevé / état d’épanouissement psychologique (flourishing).
  • Temps moyen d’administration : Environ 3 à 5 minutes.
  • Population cible : Population générale adulte et adolescente (à partir de 13 ans). Une version abrégée en 7 items (SWEMWBS) existe également pour les grandes enquêtes épidémiologiques.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement et de première publication : 2006 – 2007.
  • Titulaires des droits d’auteur (Copyright) : © University of Warwick, University of Edinburgh et NHS Health Scotland (maintenant intégré à Public Health Scotland). Tous droits réservés.
  • Conditions d’utilisation et accès pour la recherche : L’utilisation de la WEMWBS est gratuite pour la recherche académique, les évaluations cliniques non commerciales, les établissements d’enseignement et les organisations à but non lucratif du secteur de la santé publique.
  • Procédure de demande de licence : Tout utilisateur (chercheur, étudiant ou praticien) doit obligatoirement s’enregistrer au préalable sur le portail officiel de l’Université de Warwick (Warwick Medical School WEMWBS Portal) afin d’obtenir un accord de licence d’utilisation sans frais.
  • Utilisation commerciale : Toute utilisation commerciale (ex. audits en entreprise à but lucratif, applications commerciales de bien-être, essais sponsorisés par l’industrie pharmaceutique) est soumise à des frais de licence et requiert une autorisation contractuelle formelle auprès de Warwick Ventures Ltd.
  • Règles d’intégrité : L’intégrité de l’échelle doit être scrupuleusement respectée. Les utilisateurs ne sont pas autorisés à modifier l’intitulé des items, à supprimer des items ou à changer l’échelle ordinale de réponse sans accord formel préalable des auteurs titulaires des droits.

12. Références / References

  • Clarke, A., Friede, T., Putz, R., Ashdown, J., Martin, S., Blake, A., Davidson, J., & Stewart-Brown, S. (2011). Warwick-Edinburgh Mental Well-being Scale (WEMWBS): Validated for teenage school students in England and Scotland. A mixed methods assessment. BMC Public Health, 11(1), 487. https://doi.org/10.1186/1471-2458-11-487
  • Deary, I. J., Watson, R., Booth, T., & Gale, C. R. (2013). Does cognitive ability influence responses to the Warwick-Edinburgh Mental Well-Being Scale? Psychological Assessment, 25(2), 313–318. https://doi.org/10.1037/a0030834
  • Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The « what » and « why » of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227–268. https://doi.org/10.1207/S15327965PLI1104_01
  • Fredrickson, B. L. (2001). The role of positive emotions in positive psychology: The broaden-and-build theory of positive emotions. American Psychologist, 56(3), 218–226. https://doi.org/10.1037/0003-066X.56.3.218
  • Keyes, C. L. (2002). The mental health continuum: From languishing to flourishing in life. Journal of Health and Social Behavior, 43(2), 207–222. https://doi.org/10.2307/3090197
  • Mokken, R. J. (1971). A theory and procedure of scale analysis: With applications in political research. Walter de Gruyter. https://doi.org/10.1515/9783110813203
  • Ryff, C. D. (1989). Happiness is everything, or is it? Explorations on the meaning of psychological well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 57(6), 1069–1081. https://doi.org/10.1037/0022-3514.57.6.1069
  • Stewart-Brown, S., Tennant, R., Tennant, A., Platt, S., Parkinson, J., & Weich, S. (2009). Internal construct validity of the Warwick-Edinburgh Mental Well-being Scale (WEMWBS): A Rasch analysis using data from the Scottish Health Education Population Survey. Health and Quality of Life Outcomes, 7(1), 15. https://doi.org/10.1186/1477-7525-7-15
  • Taggart, F., Friede, T., Weich, S., Clarke, A., Johnson, M., & Stewart-Brown, S. (2015). Cross cultural evaluation of the Warwick-Edinburgh Mental Well-being Scale (WEMWBS): A Scottish and ethnic minority comparison. Health and Quality of Life Outcomes, 11(1), 27. https://doi.org/10.1186/1477-7525-11-27
  • Tennant, R., Hiller, L., Fishwick, R., Platt, S., Joseph, S., Weich, S., Parkinson, J., Secker, J., & Stewart-Brown, S. (2007). The Warwick-Edinburgh Mental Well-being Scale (WEMWBS): Development and UK validation. Health and Quality of Life Outcomes, 5(1), 63. https://doi.org/10.1186/1477-7525-5-63

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Warwick-Edinburgh Mental Well-being Scale (WEMWBS)

Instructions: Below are some statements about feelings and thoughts. Please tick the box that best describes your experience of each over the last 2 weeks.

Response Scale: 14 items, 5-point Likert scale (1 = None of the time, 2 = Rarely, 3 = Some of the time, 4 = Often, 5 = All of the time)

  1. I’ve been feeling optimistic about the future
  2. I’ve been feeling useful
  3. I’ve been feeling relaxed
  4. I’ve been feeling interested in other people
  5. I’ve had energy to spare
  6. I’ve been dealing with problems well
  7. I’ve been thinking clearly
  8. I’ve been feeling good about myself
  9. I’ve been feeling close to other people
  10. I’ve been feeling confident
  11. I’ve been able to make up my own mind about things
  12. I’ve been feeling loved
  13. I’ve been interested in new things
  14. I’ve been feeling cheerful

Citer cet article

memjavad (2026, septembre 4). Échelle de bien-être mental de Warwick-Edinburgh. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-bien-etre-mental-de-warwick-edinburgh-wemwbs/
memjavad. “Échelle de bien-être mental de Warwick-Edinburgh.” Base de données de psychologie en français, 4 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-bien-etre-mental-de-warwick-edinburgh-wemwbs/.
memjavad. “Échelle de bien-être mental de Warwick-Edinburgh.” Base de données de psychologie en français. septembre 4, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-de-bien-etre-mental-de-warwick-edinburgh-wemwbs/.