1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’anxiété pour enfants de Spence (Spence Children’s Anxiety Scale, SCAS) constitue un instrument psychométrique auto-rapporté de premier plan, conçu par la professeure Susan H. Spence en 1998 pour évaluer avec précision la gravité et la nature multidimensionnelle de la symptomatologie anxieuse chez les enfants et les jeunes adolescents âgés de 8 à 12 ans (avec des extensions ultérieures pour les enfants d’âge préscolaire et les adolescents). Élaborée en stricte conformité avec les critères diagnostiques du DSM-IV (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), la SCAS répondait à une lacune majeure de la littérature clinique pédiatrique : l’absence d’outils sensibles aux sous-types spécifiques de troubles anxieux de l’enfance, la majorité des inventaires antérieurs n’étant que des extrapolations descendantes d’échelles pour adultes mesurant une anxiété globale et indifférenciée.
Le questionnaire comprend 44 items, dont 38 évaluent directement des manifestations anxieuses réparties en six sous-échelles cliniques : l’anxiété de séparation, la phobie sociale, le trouble obsessionnel-compulsif (TOC), le trouble panique avec agoraphobie, l’anxiété généralisée et les peurs de blessures physiques (phobies spécifiques). Afin de minimiser les biais de réponse négative et la détresse potentielle liée à la passation, 6 items neutres ou valorisants à polarité positive sont insérés comme leurres. L’évaluation s’effectue via une échelle de fréquence de type Likert en 4 points (0 = Jamais, 1 = Parfois, 2 = Souvent, 3 = Toujours), permettant une passation fluide en environ 10 minutes. Le score total oscille entre 0 et 114 pour les 38 items pathologiques.
Les propriétés psychométriques de la SCAS, établies initialement auprès d’une cohorte normative de 2 052 enfants scolarisés à Brisbane (Australie), révèlent une consistance interne exceptionnelle pour le score total (coefficient alpha de Cronbach de 0,92) et adéquate pour les sous-échelles (variant de 0,60 à 0,82). La fidélité test-retest à six mois présente un coefficient de corrélation de 0,60. La validité convergente est démontrée par une forte corrélation (r = 0,71) avec l’échelle révisée d’anxiété manifeste pour enfants (RCMAS). Sur le plan clinique, un score T supérieur ou égal à 60 (soit un écart-type au-dessus de la moyenne) signale un niveau d’anxiété subclinique ou élevé requérant une investigation approfondie par entretien diagnostique structuré.
2. Mots-clés / Keywords
Spence Children’s Anxiety Scale, SCAS, anxiété infantile, psychométrie pédiatrique, anxiété de séparation, phobie sociale, trouble obsessionnel-compulsif, trouble panique, agoraphobie, anxiété généralisée, peurs de blessures physiques, évaluation clinique, DSM-IV, fidélité test-retest, validité factorielle.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et standardisée par Susan H. Spence, professeure émérite de psychologie clinique au sein de la School of Applied Psychology et de l’Australian Institute for Suicide Research and Prevention à l’Université Griffith (Mount Gravatt, Queensland, Australie), et précédemment affiliée au département de psychologie de l’Université du Queensland.
Chercheuse internationalement reconnue en psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, la professeure Spence s’est illustrée par ses contributions fondamentales à l’évaluation, à la prévention et au traitement cognitivo-comportemental de l’anxiété et de la dépression juvéniles. Ses collaborateurs ultérieurs pour les déclinaisons parentales, préscolaires et adolescentes incluent des figures majeures de la recherche clinique internationale telles que Ronald M. Rapee (Centre for Emotional Health, Université Macquarie), Mark H. Nauta, Paula M. Barrett et Cathy M. Turner.
4. Objectif / Purpose
Le développement de la SCAS par Spence en 1998 découle d’une analyse critique des instruments psychométriques pédiatriques disponibles à la fin du XXe siècle. Traditionnellement, l’évaluation de l’anxiété chez l’enfant reposait sur des outils unidimensionnels généralistes, à l’instar de la Revised Children’s Manifest Anxiety Scale (RCMAS) ou du State-Trait Anxiety Inventory for Children (STAIC). Bien que robustes pour capturer l’hyperéveil autonome ou l’affectivité négative générale, ces instruments échouaient systématiquement à cartographier les configurations spécifiques de l’anxiété telles que formulées par la nosographie moderne, notamment le DSM-IV de l’American Psychiatric Association. De plus, de nombreuses mesures étaient construites par transposition descendante (downward extension) de critères cliniques adultes, postulant à tort une homologie phénoménologique totale entre l’anxiété de l’adulte et celle de l’enfant en développement.
L’objectif fondamental de la SCAS est donc de procurer aux cliniciens et aux chercheurs un questionnaire auto-administré standardisé, économique en temps (environ 10 minutes) et développementalement adapté, capable d’isoler et de quantifier la sévérité des symptômes associés aux six entités nosologiques majeures de l’anxiété chez l’enfant : l’anxiété de séparation, l’anxiété sociale, les obsessions-compulsions, le trouble panique/l’agoraphobie, l’anxiété généralisée et les peurs spécifiques liées aux blessures corporelles.
Dans la pratique clinique, la SCAS remplit une triple fonction :
- Le dépistage précoce et l’orientation diagnostique : identifier les enfants scolarisés ou consultant en milieu pédopsychiatrique présentant des scores significativement élevés (T ≥ 60), justifiant la tenue d’un entretien clinique approfondi semi-structuré (tel que l’ADIS-C/P).
- L’élaboration de profils différentiels : déterminer si la souffrance anxieuse se concentre sur un registre phobique circonscrit, une dysrégulation somato-panique, ou un schéma d’appréhension diffuse (TAG), orientant ainsi la conceptualisation de cas cognitivo-comportementale.
- Le monitorage longitudinal de l’efficacité thérapeutique : évaluer de manière empirique la réduction des symptômes au cours et au terme d’interventions thérapeutiques (ex. thérapie cognitivo-comportementale individuelle ou de groupe, guidance parentale ou pharmacothérapie).
Dans le domaine de la recherche empirique, la SCAS sert d’instrument de référence dans les protocoles épidémiologiques transversaux et les études de cohortes longitudinales examinant les trajectoires développementales des troubles émotionnels, la comorbidité homotypique et hétérotypique, ainsi que les médiateurs cognitifs et environnementaux impliqués dans l’émergence des psychopathologies de l’internalisation.
5. Construit psychologique / Construct
L’architecture conceptuelle de la SCAS s’articule autour d’un méta-construit d’anxiété pédiatrique décomposé en six sous-dimensions empiriquement et théoriquement distinctes, complétées par un ensemble d’items leurres. Chaque dimension cible un sous-système de manifestations cognitives, émotionnelles, physiologiques et comportementales :
1. Anxiété de séparation (Separation Anxiety – 6 items)
Cette dimension évalue l’angoisse excessive et inappropriée au niveau développemental ressentie par l’enfant lors de la séparation réelle ou anticipée d’avec ses figures d’attachement primaires ou son domicile. Les items mesurent la peur d’être seul à la maison (Item 5), l’inquiétude récurrente d’être éloigné de ses parents (Item 8), la crainte catastrophique qu’un malheur n’arrive à un membre de la famille (Item 12), la détresse nocturne liée au fait de dormir seul (Item 15) ou de passer une nuit hors du domicile familial (Item 44), ainsi que l’évitement scolaire d’allure phobique matérialisé par des difficultés matinales à se rendre à l’école sous l’effet de l’appréhension (Item 16).
2. Phobie sociale / Anxiété sociale (Social Phobia – 6 items)
La sous-échelle explore la peur persistante et invalidante des situations sociales ou d’évaluation dans lesquelles l’enfant est exposé au regard ou au jugement d’autrui. Les items ciblent l’anxiété de performance lors d’examens ou de contrôles scolaires (Item 6), l’appréhension phobique d’utiliser des toilettes publiques (Item 7), la terreur du ridicule ou de la honte en public (Item 9), l’inquiétude chronique de sous-performer dans le travail scolaire (Item 10), la sensibilité exacerbée au jugement négatif des pairs (Item 29) et l’inhibition phobique lors de prises de parole devant l’ensemble de la classe (Item 35).
3. Trouble obsessionnel-compulsif (Obsessive-Compulsive Disorder – 6 items)
Conformément aux classifications du DSM-IV (qui classait le TOC au sein des troubles anxieux), cette dimension sonde la présence de pensées intrusives indésirables et de comportements ritualisés visant à neutraliser l’angoisse. Les items capturent les rituels de vérification (Item 14, vérifier si l’interrupteur est éteint ou si la porte est verrouillée), la présence de pensées intrusives absurdes ou perturbatrices (Item 19 et 41), le recours à la pensée magique ou à des neutralisations cognitives (Item 27, réciter des mots ou des chiffres magiques), ainsi que les compulsions stéréotypées de lavage, d’ordre et de symétrie (Item 40 et 42).
4. Attaques de panique et Agoraphobie (Panic Attack and Agoraphobia – 9 items)
Cette facette quantifie l’expérience de déferlantes soudaines et paroxystiques de détresse somatique et cognitive, associée à la peur des espaces d’où il serait difficile de s’échapper. Les items décrivent des dyspnées subjectives spontanées (Item 13), des tremblements inexpliqués (Item 21), la terreur des transports collectifs (Item 28, train, bus, voiture), la claustrophobie (Item 39, espaces clos ou tunnels), l’agoraphobie dans les lieux de foule (Item 30, cinémas, centres commerciaux), ainsi que la tachycardie brutale sans déclencheur apparent (Item 36) et la peur anticipatoire de paniquer à nouveau (Item 37).
5. Peurs des blessures physiques / Phobies spécifiques (Physical Injury Fears – 5 items)
Cette dimension évalue les réponses de peur intenses et irrationnelles déclenchées par des stimuli environnementaux spécifiques susceptibles d’infliger un préjudice physique ou une détresse corporelle. Les items regroupent la nyctophobie (Item 2, peur du noir), la cynophobie (Item 18, peur des chiens), l’angoisse iatrogène face aux soins médicaux et dentaires (Item 23), l’acrophobie (Item 25, peur des hauteurs et des ascenseurs) et la zoophobie circonscrite aux insectes ou aux araignées (Item 33).
6. Anxiété généralisée (Generalized Anxiety – 6 items)
Reflétant le Trouble Anxieux Généralisé (TAG), cette sous-échelle mesure l’inquiétude excessive, incontrôlable et omniprésente portant sur les événements de la vie quotidienne, associée à une réactivité physiologique permanente. Les items abordent l’inquiétude chronique non spécifique (Item 1), la tachycardie réactive en situation de problème (Item 3 et 20), un sentiment diffus de peur sans cause définie (Item 4), le pressentiment récurrent d’un malheur personnel imminent (Item 22) et les tremblements induits par le stress (Item 24).
7. Items leurres positifs (Filler Items – 6 items)
Six items évaluent l’estime de soi, les compétences perçues et le bien-être émotionnel (Items 11, 17, 26, 31, 38, 43). Non comptabilisés dans le calcul du score global d’anxiété, ils ont pour fonction méthodologique de rompre la valence négative continue du questionnaire, d’atténuer les biais d’acquiescement et de préserver l’alliance évaluative avec le jeune participant.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’ancrage théorique de la SCAS s’inscrit au carrefour de la psychopathologie développementale et des modèles cognitivo-comportementaux contemporains de l’anxiété (Beck, Emery & Greenberg ; Clark & Watson).
Durant plusieurs décennies, la recherche en psychologie clinique a été dominée par le postulat d’une anxiété infantile quasi-unitaire, conceptualisée selon le modèle de l’affectivité négative générale développé par Clark et Watson dans leur modèle tripartite des troubles émotionnels. Selon ce modèle, l’anxiété et la dépression partagent une composante d’affectivité négative non spécifique (détresse subjective, irritabilité, instabilité thymique). Toutefois, Spence (1998) a soutenu que réduire l’anxiété de l’enfant à cette seule dimension transdiagnostique négligeait la différenciation précoce des structures psychopathologiques. Les enfants d’âge scolaire manifestent déjà des biais attentionnels et interprétatifs hautement spécifiques : par exemple, des schémas d’attachement insécure et d’insécurité relationnelle dans l’anxiété de séparation, une peur centrale de l’évaluation négative dans l’anxiété sociale, et des croyances de responsabilité exagérée et de menace intrusive dans le trouble obsessionnel-compulsif.
Sur le plan ontogénétique, la SCAS intègre les connaissances fondamentales relatives au développement normatif des peurs infantiles. Dans les perspectives tracées par Marks et Bowlby, les peurs émergent selon une séquence chronologique hautement prévisible : les peurs de séparation et les peurs d’animaux prédominent durant la petite enfance, tandis que les inquiétudes d’évaluation sociale, l’anxiété de performance et les ruminations existentielles généralisées n’émergent que plus tard, sous l’effet de la maturation métacognitive et de l’intégration sociale croissante à l’école primaire. La SCAS permet d’opérationnaliser ce continuum, en distinguant les peurs développementalement congruentes de celles dont l’intensité, la persistance et le retentissement fonctionnel basculent dans le domaine de la pathologie clinique.
Enfin, l’opérationnalisation directe des critères sémiologiques du DSM-IV confère à l’instrument une légitimité nosographique robuste, assurant une passerelle conceptuelle directe entre les observations auto-rapportées de l’enfant et les catégories diagnostiques utilisées par les équipes pluridisciplinaires en pédopsychiatrie et en psychologie de la santé pédiatrique.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la SCAS a fait l’objet d’investigations exhaustives dans la monographie séminale de Spence (1998) ainsi que dans de nombreuses réplications internationales (notamment en Europe, en Amérique du Nord et en Asie).
Validité convergente et divergente
La validité convergente de l’instrument est attestée par des corrélations statistiquement significatives et élevées avec d’autres échelles d’anxiété validées. Dans l’échantillon normatif initial de Spence (N = 2 052), le score total de la SCAS présente une corrélation de r = 0,71 (p < 0,001) avec la Revised Children’s Manifest Anxiety Scale (RCMAS), confirmant que l’outil appréhende adéquatement le noyau central de la détresse anxieuse pédiatrique. Les corrélations entre les sous-échelles homologues de la SCAS et de la RCMAS (par exemple, anxiété généralisée et sous-échelle d’inquiétude/hypersensibilité de la RCMAS) oscillent entre 0,55 et 0,68.
La validité divergente a été documentée en examinant les corrélations de la SCAS avec des mesures de la dépression, telles que le Children’s Depression Inventory (CDI). Bien qu’une corrélation modérée existe (généralement comprise entre r = 0,45 et 0,58, reflétant le recouvrement d’affectivité négative théorisé par Clark et Watson), les sous-échelles spécifiques comme les peurs de blessures physiques ou les obsessions-compulsions présentent des corrélations sensiblement plus faibles avec la dépression, attestant d’une spécificité discriminante satisfaisante.
Validité de critère et clinique
La validité critérielle discriminante a été confirmée en comparant des échantillons d’enfants tout-venant issus de la population générale à des cohortes d’enfants présentant un diagnostic clinique formel de trouble anxieux établi par entretien ADIS-C. Les analyses de variance démontrent que les enfants du groupe clinique obtiennent des scores moyens significativement plus élevés (p < 0,001) sur le score global de la SCAS ainsi que sur la sous-échelle correspondant précisément à leur diagnostic principal. De surcroît, les seuils standardisés en scores T permettent d’identifier avec une sensibilité (supérieure à 80 %) et une spécificité adéquates les enfants nécessitant une prise en charge spécialisée.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité de la SCAS repose sur l’analyse de sa consistance interne et de sa stabilité temporelle.
Consistance interne
Dans la cohorte princeps de Spence (1998) regroupant 2 052 enfants âgés de 8 à 12 ans, le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 38 items anxieux s’élève à 0,92, ce qui démontre une homogénéité interne remarquable. Pour les différentes sous-échelles, les indices de consistance interne se distribuent comme suit :
- Trouble panique et agoraphobie : α = 0,82
- Anxiété de séparation : α = 0,70
- Phobie sociale : α = 0,70
- Trouble obsessionnel-compulsif : α = 0,73
- Anxiété généralisée : α = 0,73
- Peurs de blessures physiques : α = 0,60
Bien que le coefficient de la dimension « peurs de blessures physiques » soit plus modeste (α = 0,60), ce résultat est classique pour une échelle brève (5 items) explorant des déclencheurs phobiques hétérogènes (noir, chiens, piqûres, hauteurs, araignées) qui ne coïncident pas obligatoirement chez un même individu.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité test-retest a été investiguée sur un sous-échantillon de 344 enfants réévalués après un intervalle substantiel de six mois. Le coefficient de corrélation intraclasse pour le score total est de r = 0,60, ce qui témoigne d’une stabilité satisfaisante pour un trait psychologique chez des enfants en plein développement cognitif et émotionnel sur une période d’un semestre. Les coefficients des sous-échelles individuelles se sont révélés plus bas (compris entre 0,45 et 0,55), ce qui met en évidence une tendance documentée à l’atténuation spontanée des scores chez les enfants d’âge scolaire au fil des réévaluations, sous l’effet combiné de la familiarité avec le test et de la maturation adaptative.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La modélisation de la structure latente de la SCAS constitue l’un des piliers méthodologiques de sa notoriété internationale. Susan Spence a conduit des analyses factorielles confirmatoires (AFC) pour tester l’adéquation empirique de son modèle théorique à six facteurs par rapport à des modèles alternatifs unidimensionnels ou hiérarchiques.
Modélisation confirmatoire (AFC)
Dans l’échantillon normatif australien, l’analyse factorielle confirmatoire a validé la supériorité statistique d’un modèle corrélé à six facteurs de premier ordre, correspondant exactement aux six sous-échelles cliniques dérivées du DSM-IV. Les indices d’ajustement globaux soutiennent fermement cette configuration comparativement à un modèle à facteur général unique :
- Les saturations factorielles standardisées des 38 items sur leurs facteurs respectifs sont toutes statistiquement significatives (p < 0,001), la vaste majorité se situant au-dessus du seuil de 0,40 (variant généralement entre 0,42 et 0,74).
- Les facteurs de premier ordre présentent des intercorrélations modérées à élevées (allant de 0,38 à 0,65), traduisant le partage d’une variance commune liée à la vulnérabilité anxieuse générale.
Modèle hiérarchique de second ordre
Afin de justifier mathématiquement l’agrégation des sous-échelles en un score global d’anxiété, Spence a testé un modèle factoriel de second ordre où un facteur général latent d’anxiété sous-tend les six facteurs primaires. Ce modèle a affiché des indices d’adéquation robustes (comparables au modèle corrélé), confirmant que la SCAS capture à la fois la vulnérabilité anxieuse globale (score total) et des expressions sémiologiques spécifiques et différenciées (scores des sous-échelles).
Des travaux transculturels ultérieurs menés dans plus de vingt pays (notamment les études de validation néerlandaise par Muris et al., ainsi que des adaptations asiatiques, européennes et sud-américaines) ont systématiquement répliqué cette structure à six facteurs, démontrant l’invariance de mesure de l’instrument à travers les sexes et les contextes culturels.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Spence Children’s Anxiety Scale (SCAS).
- Nom en français : Échelle d’anxiété pour enfants de Spence.
- Population cible : Enfants et jeunes adolescents âgés de 8 à 12 ans (auto-évaluation par l’enfant).
- Format d’administration : Auto-questionnaire individuel ou collectif sur format papier-crayon ou numérique en ligne.
- Temps de passation : Environ 10 minutes.
- Nombre total d’items : 44 items (38 items symptomatiques et 6 items neutres/positifs non cotés).
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de fréquence de type Likert en 4 points : 0 = Never (Jamais), 1 = Sometimes (Parfois), 2 = Often (Souvent), 3 = Always (Toujours).
- Calcul des scores des sous-échelles : Somme arithmétique simple des items composant chaque dimension :
- Anxiété de séparation (Separation Anxiety) : items 5, 8, 12, 15, 16, 44 (Score de 0 à 18).
- Phobie sociale (Social Phobia) : items 6, 7, 9, 10, 29, 35 (Score de 0 à 18).
- Trouble obsessionnel-compulsif (Obsessive-Compulsive) : items 14, 19, 27, 40, 41, 42 (Score de 0 à 18).
- Attaques de panique et Agoraphobie (Panic Attack / Agoraphobia) : items 13, 21, 28, 30, 32, 34, 36, 37, 39 (Score de 0 à 27).
- Peurs des blessures physiques (Physical Injury Fears) : items 2, 18, 23, 25, 33 (Score de 0 à 15).
- Anxiété généralisée (Generalized Anxiety) : items 1, 3, 4, 20, 22, 24 (Score de 0 à 18).
- Calcul du score total : Somme des 38 items symptomatiques (étendue de 0 à 114). Les 6 items leurres positifs (items 11, 17, 26, 31, 38, 43) sont entièrement exclus du calcul du score d’anxiété.
- Étalonnage et seuils d’interprétation clinique :
- Les scores bruts sont convertis en scores standardisés T en fonction de l’âge et du sexe de l’enfant à partir des tables normatives de référence.
- Zone normale : Score T inférieur à 60 (situé à moins d’un écart-type au-dessus de la moyenne normative).
- Zone subclinique ou élevée : Score T ≥ 60 (situé à 1 écart-type ou plus au-dessus de la moyenne). Ce résultat signale un niveau élevé d’anxiété nécessitant une exploration clinique approfondie.
- Zone clinique sévère : Score T ≥ 70 (situé à 2 écarts-types au-dessus de la moyenne), fortement corrélé à la présence d’un trouble anxieux avéré au sens du DSM.
- Précision diagnostique : Les concepteurs stipulent formellement que la SCAS est un instrument de dépistage et de quantification symptomatique et ne saurait, à elle seule, fonder un diagnostic catégoriel sans l’appoint d’un entretien clinique structuré conduit par un professionnel qualifié.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1998.
- Développements ultérieurs : Version préscolaire (SCAS-Preschool, 2001), version pour adolescents (2003), version pour parents (SCAS-Parent, 2004).
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : La professeure Susan H. Spence détient les droits d’auteur de l’instrument mais a fait le choix de mettre la SCAS dans le domaine public académique à titre gracieux. L’instrument est accessible librement et sans frais pour les cliniciens et les chercheurs à des fins non commerciales.
- Site officiel de l’instrument : Le questionnaire original, ses traductions autorisées dans plus de trente langues, les clés de cotation automatisées et les tables de conversion des scores T sont disponibles sur le site officiel de l’auteur : www.scaswebsite.com.
- Conditions d’utilisation : Toute reproduction ou utilisation dans le cadre d’études scientifiques doit mentionner explicitement les publications de référence de Spence (1998). Toute exploitation commerciale nécessite l’accord formel écrit préalable de l’auteure.
12. Références / References
- Beck, A. T., Emery, G., & Greenberg, R. L. (2005). Anxiety disorders and phobias: A cognitive perspective (15th anniversary ed.). Basic Books.
- Clark, L. A., & Watson, D. (1991). Tripartite model of anxiety and depression: Psychometric evidence and taxonomic implications. Journal of Abnormal Psychology, 100(3), 316–336. https://doi.org/10.1037/0021-843X.100.3.316
- Muris, P., Schmidt, H., & Merckelbach, H. (2000). Correlations among two self-report questionnaires for measuring DSM-defined anxiety disorder symptoms in children: The Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders and the Spence Children’s Anxiety Scale. Personality and Individual Differences, 28(2), 333–346. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(99)00102-6
- Nauta, M. H., Scholing, A., Rapee, R. M., Abbott, M., Spence, S. H., & Waters, A. (2004). A parent-report measure of children’s anxiety: psychometric properties and comparison with child-report in a clinic and normal sample. Behaviour Research and Therapy, 42(7), 813–839. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(03)00200-6
- Reynolds, C. R., & Richmond, B. O. (1978). What I think and feel: A revised measure of children’s manifest anxiety. Journal of Abnormal Child Psychology, 6(2), 271–280. https://doi.org/10.1007/BF00919131
- Spence, S. H. (1997). Structure of anxiety symptoms among children: A confirmatory factor-analytic study. Journal of Abnormal Psychology, 106(2), 280–297. https://doi.org/10.1037/0021-843X.106.2.280
- Spence, S. H. (1998). A measure of anxiety symptoms among children. Behaviour Research and Therapy, 36(5), 545–566. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(98)00034-5
- Spence, S. H., Barrett, P. M., & Turner, C. M. (2003). Psychometric properties of the Spence Children’s Anxiety Scale with young adolescents. Journal of Anxiety Disorders, 17(6), 605–625. https://doi.org/10.1016/S0887-6185(02)00236-0
- Spence, S. H., Rapee, R., McDonald, C., & Ingram, M. (2001). The structure of anxiety symptoms among preschoolers. Behaviour Research and Therapy, 39(11), 1293–1316. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(00)00098-X
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale:
4-point frequency scale: 0 = Never, 1 = Sometimes, 2 = Often, 3 = Always
Scale Items:
- I worry about things
- I am scared of the dark
- When I have a problem, my heart beats really fast
- I feel afraid
- I would feel afraid of being on my own at home
- I feel scared when I have to take a test
- I feel afraid if I have to use public toilets or bathrooms
- I worry about being away from my parents
- I feel afraid that I will make a fool of myself in front of people
- I worry that I will do badly at my school work
- I am popular amongst other kids
- I worry that something awful will happen to someone in my family
- I suddenly feel as even I can’t breathe when there is no reason for this
- I have to keep checking that I have done things right (like the switch is off, or the door is locked)
- I feel scared if I have to sleep on my own
- I have trouble going to school in the mornings because I feel nervous or afraid
- I am good at sports
- I am scared of dogs
- I can’t seem to get bad or silly thoughts into my head
- When I have a problem, my heart beats really fast
- I suddenly start to tremble or shake when there is no reason for this
- I worry that something bad will happen to me
- I am scared of going to the doctors or dentists
- When I have a problem, I feel shaky
- I am scared of being in high places or lifts (elevators)
- I am a good person
- I have to think of special thoughts (like numbers or words) to stop bad things from happening
- I feel scared if I have to travel in the car, bus, or train
- I worry what other people think of me
- I am afraid of being in crowded places (like shopping centers, the movies, buses, busy playgrounds)
- I feel happy
- All of a sudden I feel really scared for no reason at all
- I am scared of insects or spiders
- I suddenly become dizzy or faint when there is no reason for this
- I feel afraid if I have to talk in front of my class
- My heart suddenly starts to beat too quickly for no reason
- I worry that I will suddenly get a scared feeling when there is nothing to be afraid of
- I like myself
- I am afraid of being in small, closed-in places (like tunnels or small rooms)
- I have to do some things over and over again (like washing my hands, cleaning or putting things in a certain order)
- I get bothered by bad or silly thoughts or pictures in my mind
- I have to do some things in just the right way to stop bad things happening
- I am proud of my school work
- I would feel scared if I had to stay away from home overnight