Échelle d’image de pays (CIS-COO)

L’Échelle d’image de pays (Country Image Scale, CIS-COO) de Martin et Eroglu (1993) est un instrument psychométrique à 14 items mesurant les dimensions politique, économique et technologique perçues d’une nation.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 23, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 23, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’image de pays (Country Image Scale ou CIS-COO), développée par Ingrid Martin et Sevgin Eroglu en 1993, constitue un jalon méthodologique fondamental dans l’analyse de l’évaluation macro-environnementale des nations au sein de la recherche en psychologie sociale, en marketing international et en comportement du consommateur. Composé de 14 items structurés selon un format de différenciateur sémantique à 7 points, cet instrument standardisé évalue l’image globale perçue d’une nation à travers trois dimensions factorielles robustes : la dimension politique (5 items), la dimension économique (5 items) et la dimension technologique (4 items).

Sur le plan psychométrique, l’instrument a été rigoureusement validé sur six échantillons distincts évaluant quatre pays hétérogènes (les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Allemagne de l’Ouest). L’échelle globale présente une cohérence interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach variant entre 0,895 et 0,950 selon les échantillons. Les sous-échelles affichent une fidélité satisfaisante comprise entre 0,56 et 0,89. Un apport théorique central du modèle réside dans sa capacité à opérationnaliser l’image de pays comme un construit cognitif d’ordre supérieur, empiriquement et conceptuellement distinct de l’évaluation des produits d’origine (effet Country-of-Origin ou COO). La validité discriminante a été corroborée par des corrélations modérées et non significatives (r = 0,18 à 0,51) avec les mesures spécifiques de qualité des produits manufacturés, attestant que le macro-environnement d’un pays façonne un cadre perceptuel propre, indépendant des simples attributs tangibles des biens de consommation.

2. Mots-clés / Keywords

Image de pays, pays d’origine, psychométrie, différenciateur sémantique, perception macro-environnementale, évaluation cognitive, stéréotype national, marketing international, validité discriminante, modélisation par équations structurelles.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été conçue et formalisée par :

  • Ingrid Martin, Ph.D. : Professeure et chercheuse émérite en marketing et comportement du consommateur, affiliée à l’époque de la publication au Department of Marketing de l’Université du Sud de la Californie (University of Southern California, Marshall School of Business) et plus tard à la California State University, Long Beach. Ses travaux pionniers portent sur la perception du risque, l’écologie cognitive et les représentations géomarketing.
  • Sevgin A. Eroglu, Ph.D. : Professeure de marketing international à la J. Mack Robinson College of Business de la Georgia State University (Atlanta, États-Unis). Spécialiste de la cognition spatiale, de l’atmosphère environnementale et de l’influence des stéréotypes macro-économiques sur les processus décisionnels.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la Country Image Scale est de fournir une mesure standardisée, multidimensionnelle et universellement applicable de l’image globale projetée et perçue d’une nation donnée, indépendamment de toute catégorie de produit spécifique. Avant la formalisation de Martin et Eroglu (1993), la littérature sur l’effet « pays d’origine » (Country-of-Origin effect) souffrait d’une confusion conceptuelle majeure : de nombreux chercheurs confondaient l’image d’un pays avec l’évaluation globale de ses exportations manufacturées (par exemple, assimiler l’image du Japon à l’évaluation des appareils électroniques nippons). Cette indistinction générait des failles méthodologiques majeures, empêchant de saisir comment les facteurs sociopolitiques et structurels influencent en amont les jugements des individus.

Martin et Eroglu ont précisément défini l’image de pays comme « la totalité de toutes les croyances descriptives, inférentielles et informationnelles qu’une personne détient au sujet d’un pays particulier ». L’échelle répond ainsi à un double impératif épistémologique :

  • Sur le plan de la recherche fondamentale : Offrir un cadre d’évaluation des représentations cognitives macro-environnementales qui serve de socle pour tester les théories du schéma cognitif, de l’effet de halo et du traitement heuristique de l’information géopolitique. Elle permet de mesurer l’impact distinct des variables institutionnelles, technologiques et financières sur les attitudes bilatérales.
  • Sur le plan des applications stratégiques et cliniques : Permettre aux analystes en géopolitique, aux agences de diplomatie publique, aux spécialistes du « nation branding » et aux stratèges en investissements directs étrangers (IDE) de diagnostiquer avec précision les forces et faiblesses perceptuelles d’un pays auprès d’une population cible. Dans les contextes de gestion de crise internationale (ex. transitions démocratiques, instabilité macroéconomique), l’échelle fournit une cartographie détaillée des déficits d’image afin d’orienter les politiques de communication externe.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit d’image de pays conceptualisé par Martin et Eroglu (1993) est articulé en trois sous-dimensions interdépendantes mais empiriquement dissociables. Ces dimensions correspondent aux composantes cognitives majeures par lesquelles un individu organise son réseau sémantique concernant un État étranger :

1. La dimension politique (Political Dimension)

Cette dimension évalue la perception qu’a le sujet du système de gouvernance, du cadre institutionnel, des libertés civiles et du capital humain fondamental d’une nation. Elle capture le degré auquel un pays est perçu comme respectueux des droits civils et gouverné par des règles institutionnelles démocratiques stables. Elle englobe des items jaugeant l’opposition entre démocratie et totalitarisme, le niveau de prédominance du pouvoir civil sur le pouvoir militaire, ainsi que des marqueurs sociétaux fondamentaux tels que le taux d’alphabétisation (literacy rate). Cette composante reflète la légitimité morale et institutionnelle attribuée à l’État.

2. La dimension économique (Economic Dimension)

La composante économique quantifie l’appréciation du niveau de développement macroéconomique, la structure productive et la viabilité financière de la nation cible. Elle interroge la doctrine économique dominante (économie de libre marché versus économie centralement planifiée, capitalisme versus socialisme) ainsi que le dynamisme matériel : niveau de vie perçu (standard of living), degré d’avancement de l’environnement économique et stabilité globale de l’écosystème commercial. Un score élevé sur cette dimension reflète l’image d’un pays prospère, orienté vers le marché et résilient face aux chocs économiques.

3. La dimension technologique (Technological Dimension)

Cette sous-échelle mesure l’infrastructure industrielle, la maturité technologique et les compétences techniques perçues d’un pays. Elle s’étend au-delà de la simple appréciation d’un produit isolé pour cerner la capacité structurelle de la nation à concevoir, innover et produire à grande échelle. Les variables mesurent la qualité intrinsèque globale des biens produits par ce pays, l’intensité perçue de la recherche technologique et scientifique, le niveau de formation technique de la main-d’œuvre et la puissance manufacturière globale. Cette dimension active des schémas d’expertise, d’efficacité et de modernité industrielle.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’élaboration de la Country Image Scale s’enracine dans la psychologie cognitive et la théorie des attitudes, empruntant particulièrement à la théorie des schémas cognitifs (Fiske & Taylor, 1991) et au modèle du traitement de l’information de Martin Fishbein et Icek Ajzen (1975). Selon cette perspective, les individus ne disposent ni du temps ni de la capacité de traitement cognitif nécessaires pour analyser exhaustivement chaque donnée relative à une nation étrangère. Ils développent par conséquent des structures cognitives schématiques organisées en réseaux associatifs.

Dans ce cadre, l’image de pays fonctionne selon deux mécanismes théoriques distincts élucidés par Han (1989) :

  • Le modèle du halo cognitif (Halo Model) : Lorsque les consommateurs ou évaluateurs manquent d’expérience directe avec les réalisations concrètes d’un pays, l’image macro-environnementale générale (politique, économique, technologique) opère comme une heuristique de haut niveau projetant une inférence générale sur les éléments spécifiques du pays (qualité des produits, fiabilité des traités, sécurité des investissements).
  • Le modèle du construit sommaire (Summary Construct Model) : À l’inverse, après une exposition prolongée aux produits, aux actions diplomatiques ou aux échanges culturels d’une nation, les individus synthétisent ces observations pour former une représentation holistique abstraite (« l’image de pays ») qui s’ancre en mémoire à long terme et influence ultérieurement tout traitement perceptif nouveau.

Martin et Eroglu intègrent également la technique du différenciateur sémantique développée par Charles Osgood, George Suci et Percy Tannenbaum (1957). Osgood a démontré que la signification affective et cognitive des concepts peut être spatialement cartographiée le long de pôles bipolaires. L’échelle CIS-COO transpose cette méthodologie psycholinguistique à la géopolitique cognitive en mesurant la distance psychologique qui sépare la nation évaluée d’idéaux sociopolitiques et économiques spécifiques.

7. Validité / Validity

Le protocole de validation de l’échelle par Martin et Eroglu (1993) répond aux exigences méthodologiques les plus strictes de la psychométrie appliquée :

Validité de contenu et de construit

La validité de contenu a été établie par une revue exhaustive de la littérature multidisciplinaire (science politique, sociologie du développement, économie internationale) complétée par un panel d’experts universitaires chargés d’éliminer les items redondants ou sémantiquement ambigus. L’analyse a permis d’isoler 14 items bipolaires représentatifs du spectre macro-perceptuel.

Validité discriminante

L’un des résultats les plus cruciaux de l’étude princeps concerne la démonstration de la validité discriminante entre l’image globale du pays (CIS-COO) et l’attitude envers les produits de ce pays (Product Country Image). À travers les différents échantillons et pour l’ensemble des pays évalués, les coefficients de corrélation entre les scores de l’échelle CIS et les échelles de qualité perçue des produits oscillent entre r = 0,18 et r = 0,51 (tous statistiquement non significatifs ou modérés au seuil p > 0,05). Cette dissociation empirique a prouvé sans équivoque que les individus font une distinction nette entre le climat sociopolitique/économique d’un État et l’attractivité commerciale de ses biens.

Validité transculturelle et généralisabilité

La validité a été mise à l’épreuve à travers six échantillons indépendants évaluant des pays aux profils radicalement hétérogènes : un géant capitaliste et démocratique développé (États-Unis), une puissance industrielle et technologique asiatique (Japon), une grande démocratie en développement (Inde) et une nation européenne post-industrielle (Allemagne de l’Ouest). Les patterns de réponses ont démontré une robustesse exemplaire, confirmant que l’outil ne présente pas de biais structurel restreint à une seule culture ou typologie nationale.

8. Fidélité / Reliability

Les indices de consistance interne de l’échelle d’image de pays démontrent une très haute précision de mesure au niveau global et une fiabilité acceptable à excellente au niveau des sous-dimensions :

  • Fidélité de l’échelle globale : L’alpha de Cronbach pour l’ensemble des 14 items se situe constamment dans une fourchette hautement satisfaisante, comprise entre α = 0,895 et α = 0,950 selon les échantillons et les pays cibles évalués. Ces valeurs excèdent largement le seuil standard de 0,70 voire de 0,80 recommandé pour les outils de recherche fondamentale.
  • Fidélité des sous-dimensions : Les coefficients de cohérence interne des sous-échelles présentent des variations selon la complexité des stimuli nationaux :
    • Dimension politique : α oscillant généralement de 0,68 à 0,86.
    • Dimension économique : α variant de 0,72 à 0,89.
    • Dimension technologique : α variant de 0,74 à 0,88.
    • Dans certains sous-échantillons exploratoires évaluant des pays en développement, des alphas plus modestes (descendant exceptionnellement jusqu’à 0,56) ont pu être constatés sur la facette politique, reflétant des représentations cognitives plus polarisées ou incertaines des répondants vis-à-vis des régimes en transition.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les propriétés dimensionnelles de l’échelle ont été explorées par le biais d’analyses factorielles exploratoires (AFE) avec rotation orthogonale (Varimax) et oblique (Oblimin), suivies de vérifications confirmatoires (AFC) :

  • Structure à trois facteurs : L’analyse factorielle en composantes principales a systématiquement fait émerger une solution triadique expliquant une proportion substantielle de la variance totale observée (dépassant 60 % de variance expliquée à travers les cohortes). Les trois facteurs correspondent nettement aux dimensions Économique, Politique et Technologique.
  • Saturations des items : Les saturations factorielles (factor loadings) des items sur leur dimension théorique respective sont remarquablement élevées, oscillant majoritairement entre 0,60 et 0,88. Les saturations croisées (cross-loadings) sur les facteurs secondaires demeurent faibles (généralement inférieures à 0,30), confirmant la netteté de la structure factorielle simple au sens de Thurstone.
  • Remarque méthodologique des auteurs : Martin et Eroglu ont souligné qu’une légère ambiguïté d’assignation factorielle pouvait parfois être observée entre certains items de la dimension économique et de la dimension technologique (notamment la « capacité de production » et l’« environnement économique avancé »), ces deux réalités étant fortement corrélées dans la macro-structure moderne perçue par le grand public. Néanmoins, la solution à trois facteurs a prouvé une adéquation supérieure par rapport à un modèle unidimensionnel lors des tests par équations structurelles.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom officiel : Country Image Scale (CIS-COO).
  • Type d’instrument : Questionnaire psychométrique d’attitude et d’évaluation cognitive basé sur la technique du différenciateur sémantique d’Osgood.
  • Nombre total d’items : 14 paires d’adjectifs bipolaires.
  • Format de réponse : Échelle de différenciateur sémantique en 7 points (1 à 7 entre les deux pôles opposés).
  • Modalités de passation : Auto-questionnaire individuel (papier-crayon ou administration numérique en ligne) ; temps de passation estimé entre 3 et 5 minutes par pays cible.
  • Dimensions mesurées :
    • Dimension politique (5 items) : Items 1, 2, 3, 4, 5.
    • Dimension économique (5 items) : Items 6, 7, 8, 9, 10.
    • Dimension technologique (4 items) : Items 11, 12, 13, 14.
  • Cotation et calcul des scores : Chaque item est noté de 1 à 7. Les items dont la polarité positive est située à gauche ou à droite sont recodés de telle manière qu’un score élevé (vers 7) reflète toujours une perception plus positive, avancée et favorable du pays évalué. On peut calculer un score composite global moyen ainsi que des scores moyens spécifiques pour chaque sous-dimension.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1993.
  • Statut du copyright et accès : Publiée dans le Journal of Business Research (Elsevier). Les items de l’échelle sont reproduits dans le domaine de la littérature académique scientifique à des fins de recherche fondamentale et pédagogique sans frais d’utilisation (open academic use).
  • Conditions d’utilisation : L’utilisation de l’instrument dans des mémoires, thèses de doctorat ou publications scientifiques est libre et gratuite, sous réserve expresse de citer formellement l’article princeps de Martin et Eroglu (1993). Toute exploitation commerciale à grande échelle ou intégration dans des plateformes logicielles propriétaires nécessite de vérifier les droits détenus par l’éditeur original de la revue.

12. Références / References

  • Bilkey, W. J., & Nes, E. (1982). Country-of-origin effects on product evaluations. Journal of International Business Studies, 13(1), 89–100. https://doi.org/10.1057/jibs.1982.6
  • Fishbein, M., & Ajzen, I. (1975). Belief, attitude, intention, and behavior: An introduction to theory and research. Addison-Wesley.
  • Fiske, S. T., & Taylor, S. E. (1991). Social cognition (2nd ed.). McGraw-Hill.
  • Han, C. M. (1989). Country image: Halo or summary construct? Journal of Marketing Research, 26(2), 222–229. https://doi.org/10.1177/002224378902600208
  • Martin, I., & Eroglu, S. (1993). Measuring a multi-dimensional construct: Country image. Journal of Business Research, 28(3), 191–210. https://doi.org/10.1016/0148-2963(93)90047-S
  • Osgood, C. E., Suci, G. J., & Tannenbaum, P. H. (1957). The measurement of meaning. University of Illinois Press.
  • Roth, M. S., & Romeo, J. B. (1992). Matching product category and country image perceptions: A framework for managing country-of-origin effects. Journal of International Business Studies, 23(3), 477–497. https://doi.org/10.1057/jibs.1992.46

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response scale: 7-point semantic differential scale (1 to 7 between bipolar adjective pairs)

  1. Democratic / Totalitarian
  2. Capitalistic / Socialistic
  3. Free-market economy / Centrally planned economy
  4. High level of civilian rule / Low level of civilian rule
  5. High literacy rate / Low literacy rate
  6. High standard of living / Low standard of living
  7. Advanced economic environment / Backward economic environment
  8. High degree of industrialization / Low degree of industrialization
  9. Strong industrial economy / Weak industrial economy
  10. Stable economic environment / Unstable economic environment
  11. High quality of products / Low quality of products
  12. High level of technological research / Low level of technological research
  13. High production capability / Low production capability
  14. High level of technical training / Low level of technical training
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Looti, M. (2026, septembre 23). Échelle d’image de pays (CIS-COO). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-d-image-de-pays-cis-coo/
Looti, Mohammed. “Échelle d’image de pays (CIS-COO).” Base de données de psychologie en français, 23 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-d-image-de-pays-cis-coo/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’image de pays (CIS-COO).” Base de données de psychologie en français. septembre 23, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-d-image-de-pays-cis-coo/.