1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’auto-efficacité générale de Sherer (en anglais, Sherer General Self-Efficacy Scale ou SGSES), développée initialement par Mark Sherer et ses collaborateurs en 1982 sous l’appellation de Self-Efficacy Scale (SES), constitue l’un des instruments psychométriques pionniers et les plus largement mobilisés pour évaluer les attentes globales d’efficacité personnelle. Conçue pour transposer le modèle théorique de l’auto-efficacité d’Albert Bandura d’un paradigme strictement spécifique à un niveau de disposition généralisée, l’échelle mesure la croyance d’un individu en sa propre capacité à initier un comportement, à consacrer les efforts nécessaires et à persévérer face aux obstacles, aux échecs et aux stresseurs de l’existence quotidienne.
Dans sa version originale intégrale, l’instrument comprend 30 items présentés sous une échelle de réponse de type Likert en 5 points, allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly disagree) à 5 (« Tout à fait d’accord » / Strongly agree). Le protocole initial comporte 7 items de remplissage (filler items) destinés à masquer l’intention sous-jacente du test et 23 items expérimentaux qui se décomposent en deux sous-échelles validées factoriellement : la Sous-échelle d’auto-efficacité générale (General Self-Efficacy, 17 items) et la Sous-échelle d’auto-efficacité sociale (Social Self-Efficacy, 6 items). Dans la littérature psychologique contemporaine, la sous-échelle générale de 17 items (souvent dénommée isolément SGSES) est fréquemment employée de manière autonome.
Sur le plan des qualités métrologiques, l’instrument présente une excellente consistance interne, attestée par un coefficient alpha de Cronbach oscillant entre 0,84 et 0,86 pour la dimension générale, et entre 0,71 et 0,77 pour la dimension sociale. La fidélité test-retest à plusieurs semaines d’intervalle démontre une remarquable stabilité temporelle (r > 0,74), confirmant la nature quasi-trait de la disposition mesurée. La validité de construit, tant convergente que discriminante, a été corroborée par des corrélations significatives avec le lieu de contrôle (locus of control de Rotter), l’estime de soi de Rosenberg, l’anxiété interpersonnelle, la motivation à l’accomplissement et diverses mesures d’ajustement émotionnel et professionnel.
2. Mots-clés / Keywords
Auto-efficacité générale, sentiment d’efficacité personnelle, Sherer General Self-Efficacy Scale, SGSES, psychométrie, théorie sociale cognitive, Albert Bandura, persévérance, efficacité sociale, évaluation psychologique, validation factorielle, résilience.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et standardisée en 1982 par une équipe de chercheurs en psychologie clinique et sociale dirigée par le Dr Mark Sherer, alors rattaché au Département de psychologie de l’Université de Southern Mississippi et au Methodist Rehabilitation Center de Jackson (Mississippi, États-Unis).
- Mark Sherer, Ph.D., ABPP-CN : neuropsychologue clinicien, directeur de la recherche neuropsychologique au TIRR Memorial Hermann et professeur clinicien au Baylor College of Medicine, Houston, Texas, États-Unis. Ses travaux portent sur les traumatismes craniocérébraux, l’évaluation de la conscience du déficit (anosognosie) et la réadaptation cognitive et psychosociale.
- James E. Maddux, Ph.D. : professeur émérite de psychologie à l’Université George Mason (Fairfax, Virginie, États-Unis), théoricien de référence de l’auto-efficacité et de la psychologie clinique positive.
- Blanche Mercandante, M.S. : chercheuse en psychologie, affiliée à l’Université de Southern Mississippi lors de l’élaboration de la mesure.
- Steven Prentice-Dunn, Ph.D. : professeur émérite de psychologie à l’Université d’Alabama (Tuscaloosa, Alabama, États-Unis), spécialisé dans les théories de la motivation à la protection et la désindividuation.
- Beth Jacobs, B.A. : collaboratrice de recherche à l’Université de Southern Mississippi.
- Ronald W. Rogers, Ph.D. : professeur émérite de psychologie à l’Université d’Alabama, créateur de la théorie de la motivation à la protection (Protection Motivation Theory).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle d’auto-efficacité générale de Sherer est de quantifier les attentes généralisées de compétence et d’efficacité personnelle qui ne sont pas cantonnées à un domaine d’action restreint ou à un ensemble isolé de tâches motrices ou cognitives. Alors qu’Albert Bandura conceptualisait originellement le sentiment d’efficacité personnelle comme une croyance strictement idiosyncrasique et situationnelle — variant radicalement selon que l’individu évalue sa capacité à parler en public, à résoudre un problème mathématique ou à négocier un conflit —, Sherer et al. (1982) ont postulé qu’une histoire cumulée d’expériences de maîtrise, de succès et d’échecs forge une constellation de croyances globales d’auto-efficacité. Cette disposition trans-situationnelle opère comme un schéma cognitif régulateur guidant l’approche des situations inédites, ambiguës ou aversives.
L’instrument a été spécifiquement développé pour répondre à plusieurs nécessités méthodologiques et cliniques majeures :
- Évaluation clinique et psychothérapeutique : Mesurer le niveau de base des croyances d’efficacité d’un patient permet aux cliniciens de prédire l’adhésion thérapeutique, l’évitement comportemental et la propension à abandonner les interventions face à l’inconfort. Les individus présentant un score bas sur la SGSES sont significativement plus susceptibles de manifester une impuissance apprise, un locus de contrôle externe et des conduites d’abandon précoce. L’échelle sert également d’indicateur sensible des gains thérapeutiques au cours des thérapies cognitives et comportementales (TCC).
- Médecine comportementale et réadaptation : La SGSES est massivement mobilisée en neuropsychologie, en réadaptation physique et en gestion des maladies chroniques (douleur chronique, traumatismes crâniens, rééducation post-AVC, diabète). Elle permet de diagnostiquer les ressources psychologiques mobilisables par le patient pour surmonter les limitations fonctionnelles et adhérer rigoureusement aux régimes de soins contraignants.
- Psychologie du travail et des organisations : L’échelle constitue un prédicteur robuste de la performance professionnelle, de l’adaptabilité au changement organisationnel, du leadership, de l’épuisement professionnel (burnout) et de l’apprentissage continu. Les salariés dotés d’une haute auto-efficacité générale choisissent des objectifs plus ambitieux et déploient des stratégies de coping proactives et centrées sur le problème.
- Psychologie de l’éducation : La SGSES permet d’analyser la persévérance académique des étudiants universitaires et secondaires, la gestion du stress face aux examens et la propension à la procrastination face à des tâches académiques complexes.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par la SGSES repose sur une décomposition tridimensionnelle des comportements motivés, articulée autour de deux dimensions empiriquement distinctes : l’auto-efficacité générale et l’auto-efficacité sociale.
1. L’auto-efficacité générale (General Self-Efficacy – 17 items)
Cette dimension centrale appréhende la conviction globale de l’individu qu’il possède les ressources cognitives, comportementales et motivationnelles requises pour exécuter avec succès les actions nécessaires face aux exigences de l’environnement. Sherer et ses collègues ont opérationnalisé cette dimension à travers trois facettes comportementales interconnectées :
- L’initiation de l’action (Initiative / Willingness to Initiate Behavior) : La promptitude avec laquelle une personne passe à l’acte, planifie des démarches concrètes et commence des tâches difficiles sans s’enliser dans l’hésitation ou la procrastination. Exemple illustratif : Item 16 : « When I decide to do something, I go right to work on it » ou Item 2 : « When I make plans, I am certain I can make them work ». À l’opposé, les déficits d’initiation sont captés par l’Item 3 : « One of my problems is that I cannot get down to work when I should ».
- L’intensité de l’effort (Effort) : La quantité d’énergie et de ressources psychologiques qu’un individu est prêt à investir pour accomplir une tâche, y compris lorsque celle-ci se révèle fastidieuse, déplaisante ou exigeante sur le plan intellectuel ou physique. Exemple : Item 15 : « When I have something unpleasant to do, I stick with it until I finish it ».
- La persévérance face à l’adversité (Persistence / Resilience to Obstacles) : Le maintien continu de l’effort et la résistance au découragement en présence d’échecs initiaux, de complications inattendues ou de retours négatifs. Les individus à haute efficacité considèrent l’échec comme un inducteur de mobilisation supplémentaire plutôt que comme un verdict irréversible sur leur valeur personnelle. Exemples : Item 4 : « If I can’t do a job the first time, I keep trying until I can », Item 23 : « Failure just makes me try harder », et négativement Item 8 : « I give up on things before completing them » et Item 29 : « I give up easily ».
2. L’auto-efficacité sociale (Social Self-Efficacy – 6 items)
La seconde dimension mesure la perception de compétence dans les relations interpersonnelles, les interactions de groupe et l’établissement de nouveaux liens sociaux. Alors que l’efficacité générale capture la confrontation à des tâches impersonnelles ou globales, l’efficacité sociale évalue l’assurance avec laquelle un sujet aborde autrui, navigue dans des rassemblements sociaux et négocie des amitiés potentielles face à la réserve ou au rejet initial.
Cette dimension reflète des compétences telles que :
- L’initiative relationnelle non ambivalente (ex. Item 10 : « If I see someone I would like to meet, I go to that person instead of waiting for him or her to come to me »).
- La persistance dans l’établissement de liens avec des individus d’accès difficile (ex. Item 19 : « When I’m trying to become friends with someone who seems uninterested at first, I don’t give up very easily »).
- L’attribution interne et proactive des succès relationnels (ex. Item 28 : « I have acquired my friends through my personal abilities at making friends »).
- L’absence d’inhibition et d’évitement social (reflétée par le codage inversé des items 6, 14 et 24).
3. Les items de remplissage (Filler Items – 7 items)
Dans le protocole original de 30 items, 7 énoncés ne sont pas comptabilisés dans le calcul des scores (items 1, 5, 9, 13, 17, 21, 25). Ils portent sur des préférences personnelles neutres (jardinage, cuisine, équitation, intérêt pour la science) ou des croyances d’ordre général sans lien direct avec l’efficacité. Leur inclusion vise à limiter les biais de désirabilité sociale, à réduire la réactance et à empêcher les sujets d’adopter des patrons de réponses systématiques guidés par la transparence perçue du test.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement conceptuel de la SGSES s’ancre directement dans la théorie sociale cognitive formulée par Albert Bandura (1977, 1986, 1997). Selon cette théorie, les conduites humaines sont régulées par un système triadique d’interaction réciproque et dynamique entre les déterminants cognitifs/internes, les comportements observables et l’environnement extérieur.
Attentes d’efficacité versus attentes de résultat
Bandura a introduit une distinction cruciale entre deux types de croyances d’anticipation :
- Les attentes de résultat (outcome expectations) : La conviction qu’un comportement donné produira certains résultats identifiables (par exemple : « Pratiquer une heure de sport par jour améliore la santé cardiovasculaire »).
- Les attentes d’efficacité (efficacy expectations) : La conviction qu’un individu a d’être capable de produire avec succès le comportement requis pour atteindre ces résultats (« Suis-je personnellement capable de maintenir ce programme sportif quotidien malgré ma fatigue et mon emploi du temps ? »).
Sherer et ses coauteurs ont focalisé l’instrument sur les attentes d’efficacité personnelle, car ce sont elles qui déterminent le choix des activités, l’investissement énergétique initial, la durée de la persistance face aux obstacles et l’activation émotionnelle (stress, panique ou calme cognitif) ressentie lors de la confrontation à des situations stressantes.
Le débat métathéorique : Efficacité spécifique versus Efficacité générale
La création de la SGSES marque une scission théorique féconde au sein de la psychologie contemporaine. Bandura (1997) a continuellement plaidé en faveur d’échelles d’auto-efficacité micro-analytiques et hautement contextualisées, soutenant qu’une mesure omnibus d’auto-efficacité perd son pouvoir prédictif et dégénère en un substitut indifférencié d’estime de soi ou de névrosisme. À l’opposé, Sherer et al. (1982), suivis ultérieurement par des chercheurs comme Ralf Schwarzer et Matthias Jerusalem (1995) ou Chen, Gully et Eden (2001), ont avancé l’hypothèse de la généralisation trans-situationnelle.
Selon Sherer, les individus accumulent tout au long de leur développement ontogénétique des milliers d’expériences de maîtrise (mastery experiences), d’expériences vicariantes (observation de modèles), de persuasions verbales et d’états physiologiques. Lorsque ces expériences convergent vers une succession de victoires sur les difficultés, elles s’agrègent pour constituer un trait cognitif généralisé : une confiance stable dans sa capacité globale à faire face à l’imprévu. Ce sentiment d’efficacité généralisé joue un rôle primordial précisément lorsque l’individu est projeté dans une situation complètement nouvelle pour laquelle il ne dispose d’aucun historique direct d’apprentissage spécifique.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité de l’Échelle d’auto-efficacité générale de Sherer ont fait l’objet d’un examen empirique approfondi dès sa publication initiale, suivi de dizaines d’études de réplication internationales portant sur des échantillons cliniques, universitaires et professionnels.
Validité convergente
Dans l’étude princeps de Sherer et al. (1982), menée auprès de 376 étudiants universitaires, les sous-échelles ont démontré des corrélations hautement significatives et conformes aux prédictions théoriques avec plusieurs construits établis :
- Lieu de contrôle interne (I-E Scale de Rotter) : Corrélations négatives significatives avec le score d’externalité de Rotter (r = -0,28, p < 0,0001 pour l’auto-efficacité générale ; r = -0,29, p < 0,0001 pour l’auto-efficacité sociale). Une haute auto-efficacité est donc étroitement associée à la croyance que les événements de la vie dépendent de ses propres actions plutôt que du hasard ou du destin.
- Estime de soi (Rosenberg Self-Esteem Scale) : Corrélations positives substantielles (r = 0,51 à 0,58 selon les réplications), confirmant que la perception de sa compétence comportementale nourrit directement l’évaluation affective de sa valeur globale.
- Motivation à l’accomplissement : Corrélations positives robustes (r = 0,42 à 0,54) avec les échelles mesurant le besoin d’accomplissement (Need for Achievement) et l’orientation vers la maîtrise.
- Compétence sociale perçue : La sous-échelle d’auto-efficacité sociale corrèle positivement avec l’expressivité sociale (r = 0,47) et négativement avec l’évitement et la détresse sociale (Social Avoidance and Distress Scale, r = -0,52).
Validité discriminante
Sherer et Adams (1983) ont administré la SGSES conjointement avec plusieurs échelles de psychopathologie et de personnalité, notamment le MMPI (Minnesota Multiphasic Personality Inventory). Les résultats ont révélé que la SGSES présentait des corrélations négatives prononcées avec les échelles de dépression (Échelle 2, D ; r = -0,57), de psychasthénie/anxiété (Échelle 7, Pt ; r = -0,61) et d’introversion sociale (Échelle 0, Si ; r = -0,48 pour l’efficacité sociale). Ces corrélations négatives confirment que la SGSES discrimine nettement les individus engagés et résilients de ceux souffrant de détresse affective ou d’inhibition névrotique, tout en maintenant une variance propre démontrant qu’elle ne se réduit pas à une simple inversion de la négativité émotionnelle.
Validité prédictive et de critère
Dans l’étude de Sherer et al. (1982), la validité de critère a été testée auprès de patients admis dans un programme de traitement de l’alcoolisme. Les patients ayant maintenu leur abstinence ou progressé favorablement dans le protocole présentaient des scores d’auto-efficacité générale significativement plus élevés que ceux ayant rechuté ou abandonné le traitement prématurément (t(42) = 2,43, p < 0,02). De surcroît, les scores à la SGSES prédisaient avec succès les antécédents professionnels et la régularité des emplois occupés au cours des années précédant l’admission clinique.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique de la SGSES a été établie au moyen d’analyses de cohérence interne et de stabilité temporelle (test-retest).
Consistance interne (Cohérence interne)
Dans la cohorte de dérivation de Sherer et al. (1982) :
- Sous-échelle d’auto-efficacité générale (17 items) : Le coefficient alpha de Cronbach obtenu était de α = 0,86. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnaient de 0,36 à 0,63, indiquant une forte homogénéité des énoncés mesurant l’effort, la persistance et l’initiative.
- Sous-échelle d’auto-efficacité sociale (6 items) : L’alpha de Cronbach rapporté s’élevait à α = 0,71. Compte tenu du faible nombre d’items (6), cette valeur dénote une excellente consistance pour un construit relationnel spécifique.
- Échelle complète des 23 items : Le coefficient alpha global s’établit à α = 0,84 – 0,88 selon les cohortes étudiées.
Dans les recherches ultérieures, ces indices sont demeurés remarquablement constants. Par exemple, l’étude d’Imam (2007) menée sur un vaste échantillon universitaire a rapporté un alpha de 0,85 pour la dimension générale et de 0,73 pour la dimension sociale. L’étude de Hamill (2003) sur la résilience chez les adolescents a corroboré des coefficients alpha de 0,84 pour l’échelle générale.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest a été documentée dans plusieurs protocoles longitudinaux :
- À un intervalle de deux semaines, les coefficients de corrélation de Pearson atteignent r = 0,82 pour la sous-échelle générale et r = 0,78 pour la sous-échelle sociale.
- À un intervalle de six semaines, Imam (2007) a observé un coefficient de stabilité temporelle de r = 0,74 (p < 0,001), attestant que les croyances d’auto-efficacité générale fonctionnent comme des structures cognitives stables dans le temps en l’absence d’interventions ciblées ou de transitions de vie majeures.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La configuration factorielle de l’instrument a été établie par Sherer et al. (1982) au moyen d’une analyse factorielle exploratoire (AFE) par décomposition en composantes principales, suivie d’une rotation orthogonale Varimax, sur l’ensemble initial de 36 items réduits par itération à 23 items expérimentaux.
Structure originale à deux facteurs
Cette analyse a mis en évidence deux facteurs dominants possédant des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,0 (critère de Kaiser), expliquant ensemble une proportion substantielle de la variance totale :
- Facteur 1 : Auto-efficacité générale (General Self-Efficacy) :
Ce facteur représentait la plus grande part de la variance (valeur propre initiale de 5,43, expliquant environ 26,5 % de la variance après rotation). Les 17 items saturant sur ce facteur présentaient des charges factorielles comprises entre 0,40 et 0,71. Tous ces items capturaient les composantes d’initiation comportementale, de persistance dans la tâche et de refus d’abandonner face à l’insuccès. Aucun de ces items ne comportait de composante interpersonnelle. - Facteur 2 : Auto-efficacité sociale (Social Self-Efficacy) :
Ce facteur possédait une valeur propre de 1,72 et expliquait 8,5 % de la variance totale. Les 6 items qui s’y rattachaient présentaient des saturations factorielles allant de 0,43 à 0,74. Ces items se distinguaient nettement du premier facteur en ce qu’ils ciblaient exclusivement les contextes d’affirmation relationnelle, de rencontre de nouvelles personnes et de maintien de liens amicaux complexes.
Analyses factorielles confirmatoires et modèles alternatifs
Au fil des décennies, de nombreuses études ont soumis la structure de la SGSES à des analyses factorielles confirmatoires (AFC) par modélisation d’équations structurelles (SEM). Ces analyses ont mis en lumière plusieurs constats psychométriques d’intérêt :
- Indépendance des facteurs : La corrélation entre le facteur général et le facteur social est modérée (typiquement comprise entre r = 0,25 et r = 0,38), confirmant que l’efficacité sociale constitue un domaine distinct qui ne peut être entièrement absorbé par l’auto-efficacité globale.
- Modèles à trois facteurs pour l’échelle générale : Plusieurs chercheurs (notamment Bosscher et Smit, 1998 ; Woodruff et Cashman, 1993) ont analysé la sous-échelle générale de 17 items isolément et ont proposé qu’elle pouvait se décomposer en trois sous-dimensions hautement corrélées : (1) Initiative (prise de décision et démarrage), (2) Effort (énergie déployée pour mener l’activité à terme), et (3) Persistance (capacité à poursuivre en dépit de revers). Néanmoins, le modèle unidimensionnel d’ordre supérieur pour les 17 items conserve d’excellents indices d’ajustement (CFI > 0,92, RMSEA < 0,06) et demeure la structure standard privilégiée dans la majorité des études appliquées.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle d’auto-efficacité générale de Sherer (SGSES) est un questionnaire auto-rapporté papier-crayon ou informatisé, conçu pour une passation rapide et standardisée.
- Nature de l’épreuve : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (self-report inventory).
- Format d’administration : Individuel ou collectif ; sur support papier, interface Web ou application mobile de recueil clinique.
- Temps de passation : Environ 5 à 8 minutes pour le questionnaire complet de 30 items ; 3 à 5 minutes pour la sous-échelle générale de 17 items.
- Nombre total d’items :
- 30 items : Version intégrale originale avec items de remplissage (17 items généraux, 6 items sociaux, 7 items de distraction).
- 23 items : Version expérimentale évaluable (sans les 7 items de remplissage).
- 17 items : Sous-échelle d’auto-efficacité générale isolée (SGSES stricto sensu).
- Échelle de cotation (Response Scale) : Échelle de Likert en 5 points :
- 1 = Strongly disagree (Pas du tout d’accord)
- 2 = Disagree (Pas d’accord)
- 3 = Neither agree nor disagree (Ni en désaccord ni d’accord / Neutre)
- 4 = Agree (D’accord)
- 5 = Strongly agree (Tout à fait d’accord)
- Calcul des scores et inversion :
- Items formulés positivement : Les items où un accord fort reflète une haute efficacité sont cotés directement de 1 à 5.
Pour l’auto-efficacité générale, il s’agit des items : 2, 4, 15, 16, 23, 27 (dans la numérotation des 30 items).
Pour l’auto-efficacité sociale, il s’agit des items : 10, 19, 28. - Items formulés négativement (inversés) : Les items où l’accord indique un doute, une éviction ou un abandon doivent faire l’objet d’un codage inversé (1 → 5, 2 → 4, 3 → 3, 4 → 2, 5 → 1).
Pour l’auto-efficacité générale, les items inversés sont : 3, 7, 8, 11, 12, 18, 20, 22, 26, 29, 30.
Pour l’auto-efficacité sociale, les items inversés sont : 6, 14, 24. - Items de remplissage non cotés : Les items 1, 5, 9, 13, 17, 21, 25 sont purement distracteurs et sont exclus du calcul des scores.
- Items formulés positivement : Les items où un accord fort reflète une haute efficacité sont cotés directement de 1 à 5.
- Interprétation des scores :
- Sous-échelle d’auto-efficacité générale (17 items) : Le score total s’échelonne de 17 à 85. Un score élevé témoigne d’une forte conviction en ses compétences exécutives, d’une grande résistance à l’échec et d’un comportement d’action persistant.
- Sous-échelle d’auto-efficacité sociale (6 items) : Le score total varie de 6 à 30. Un score élevé reflète une assurance marquée dans les interactions sociales nouvelles et complexes.
- Score total combiné (23 items) : Varie de 23 à 115.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1982 (avec études de validation complémentaire publiées en 1983).
- Statut des droits d’auteur et permissions : L’instrument a été publié dans la revue scientifique à comité de lecture Psychological Reports (Sherer et al., 1982). En accord avec les pratiques de diffusion académique de l’époque et la volonté des auteurs, l’échelle est considérée comme faisant partie du domaine public académique pour l’enseignement et la recherche scientifique à but non lucratif.
- Tarification : L’accès et l’utilisation de l’instrument sont gratuits pour la recherche académique, les thèses universitaires et les applications cliniques individuelles. Aucune redevance commerciale n’est exigée pour son utilisation standard, sous réserve expresse de citer formellement les publications originales de Sherer et al. (1982) et Sherer & Adams (1983).
- Utilisation commerciale : Pour une intégration au sein de dispositifs logiciels payants, d’outils de sélection professionnelle ou de plateformes numériques propriétaires à but lucratif, il est d’usage de vérifier les politiques de réimpression de la revue éditrice (Ammons Scientific / Psychological Reports, désormais sous l’égide de SAGE Publications).
12. Références / References
Les publications ci-dessous constituent le corpus fondamental encadrant le développement, la validation psychométrique et les applications internationales de la SGSES :
- Bandura, A. (1977). Self-efficacy: Toward a unifying theory of behavioral change. Psychological Review, 84(2), 191–215. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.2.191
- Bandura, A. (1986). Social foundations of thought and action: A social cognitive theory. Prentice-Hall.
- Bandura, A. (1997). Self-efficacy: The exercise of control. W. H. Freeman and Company.
- Bosscher, R. J., & Smit, J. H. (1998). Confirmatory factor analysis of the General Self-Efficacy Scale. Behaviour Research and Therapy, 36(3), 339–343. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(98)00025-4
- Chen, G., Gully, S. M., & Eden, D. (2001). Validation of a new general self-efficacy scale. Organizational Research Methods, 4(1), 62–83. https://doi.org/10.1177/109442810141004
- Hamill, S. K. (2003). Resilience and self-efficacy: The importance of efficacy beliefs and coping mechanisms in resilient adolescents. Colgate University Journal of the Sciences, 35, 115–146. http://groups.colgate.edu/cjs/student_papers/2003/Hamill.pdf
- Imam, S. S. (2007). Sherer et al. General Self-Efficacy Scale: Dimensionality, internal consistency, and temporal stability. Proceedings of the Redesigning Pedagogy: Culture, Knowledge and Understanding Conference, Singapore. http://conference.nie.edu.sg/2007/paper/papers/COG664.pdf
- Rotter, J. B. (1966). Generalized expectancies for internal versus external control of reinforcement. Psychological Monographs: General and Applied, 80(1), 1–28. https://doi.org/10.1037/h0092976
- Schwarzer, R., & Jerusalem, M. (1995). Generalized Self-Efficacy scale. In J. Weinman, S. Wright, & M. Johnston (Eds.), Measures in health psychology: A user’s portfolio. Causal and control beliefs (pp. 35–37). NFER-NELSON.
- Sherer, M., & Adams, C. H. (1983). Construct validation of the Self-Efficacy Scale. Psychological Reports, 53(3), 899–902. https://doi.org/10.2466/pr0.1983.53.3.899
- Sherer, M., Maddux, J. E., Mercandante, B., Prentice-Dunn, S., Jacobs, B., & Rogers, R. W. (1982). The Self-Efficacy Scale: Construction and validation. Psychological Reports, 51(2), 663–671. https://doi.org/10.2466/pr0.1982.51.2.663
- Woodruff, S. L., & Cashman, S. B. (1993). Task, domain, and general efficacy: A reexamination of the Self-Efficacy Scale. Psychological Reports, 72(2), 423–432. https://doi.org/10.2466/pr0.1993.72.2.423
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Format:
Please indicate the extent to which you agree or disagree with each of the following statements using the scale below:
2 = Disagree
3 = Neither agree nor disagree
4 = Agree
5 = Strongly agree
- I like to grow house plants.
- When I make plans‚ I am certain I can make them work.
- One of my problems is that I cannot get down to work when I should.
- If I can’t do a job the first time‚ I keep trying until I can.
- Heredity plays the major role in determining one’s personality.
- It is difficult for me to make new friends.
- When I set important goals for myself‚ I rarely achieve them.
- I give up on things before completing them.
- I like to cook.
- If I see someone I would like to meet‚ I go to that person instead of waiting for him orher to come to me.
- I avoid facing difficulties.
- If something looks too complicated‚ I will not even bother to try it.
- There is some good in everybody.
- If I meet someone interesting who is very hard to make friends with‚ I’ll soon stoptrying to make friends with that person.
- When I have something unpleasant to do‚ I stick with it until I finish it.
- When I decide to do something‚ I go right to work on it.
- I like science.
- When trying to learn something new‚ I soon give up if I am not initially successful.
- When I’m trying to become friends with someone who seems uninterested at first‚ Idon’t give up very easily.
- When unexpected problems occur‚ I don’t handle them well.
- If I were an artist‚ I would like to draw children.
- I avoid trying to learn new things when they look too difficult for me.
- Failure just makes me try harder.
- I do not handle myself well in social gatherings.
- I very much like to ride horses.
- I feel insecure about my ability to do things.
- I am a self-reliant person.
- I have acquired my friends through my personal abilities at making friends.
- I give up easily.
- I do not seem capable of dealing with most problems that come up in my life.