1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’ajustement social – Auto-évaluation (Social Adjustment Scale-Self Report ou SAS-SR), conçue initialement par Myrna M. Weissman et Eugene S. Paykel en 1976 à partir de la version originale administrée sous forme d’entretien clinique (la Social Adjustment Scale semi-structurée), constitue l’un des instruments psychométriques les plus rigoureusement validés et largement mobilisés à l’échelle internationale pour évaluer le fonctionnement social, l’adaptation comportementale et le bien-être relationnel d’un individu au sein de son environnement écologique. Composée de 54 items explorant les performances et les ressentis au cours des deux dernières semaines, cette échelle permet de quantifier l’ajustement social à travers six domaines majeurs du fonctionnement quotidien : le travail rémunéré, le travail domestique ou les études (selon le statut d’activité principal du participant), les loisirs et la vie sociale élargie, les relations avec la famille élargie, la vie conjugale et de couple, les relations parentales envers les enfants, ainsi qu’une dimension intégrant l’unité familiale globale et l’adéquation financière.
Chaque item est évalué sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points (variant généralement de 1 = fonctionnement optimal ou absence de perturbation, à 5 = altération sévère ou dysfonctionnement prononcé), complétée par des codes d’inapplicabilité (comme la valeur 8). Les propriétés psychométriques du SAS-SR démontrent une excellente cohérence interne, avec des coefficients alpha de Cronbach globaux oscillant généralement entre 0,74 et 0,86 dans les populations cliniques et communautaires, ainsi qu’une remarquable stabilité temporelle test-retest (coefficients de corrélation intraclasse souvent supérieurs à 0,80 sur des intervalles de deux semaines). L’instrument fait preuve d’une sensibilité particulièrement aiguë aux changements cliniques induits par les psychothérapies et les pharmacothérapies, notamment dans les troubles dépressifs majeurs, les troubles anxieux et les pathologies psychiatriques chroniques, ce qui en fait un standard de référence mondial dans la recherche en santé mentale et en psychiatrie clinique.
2. Mots-clés / Keywords
Ajustement social, fonctionnement psychosocial, évaluation psychométrique, SAS-SR, dépression, rôles sociaux, santé mentale, qualité de vie, relations interpersonnelles, auto-questionnaire, validation clinique, rémission fonctionnelle.
3. Auteurs / Authors
L’échelle SAS-SR a été élaborée principalement par les chercheurs émérites de la Yale University School of Medicine et de la Columbia University / New York State Psychiatric Institute :
- Dr. Myrna M. Weissman, Ph.D. — Professeure émérite d’épidémiologie et de psychiatrie à la Columbia University Vagelos College of Physicians and Surgeons, directrice de la division d’épidémiologie translationnelle au New York State Psychiatric Institute (New York, États-Unis). Pionnière de la psychothérapie interpersonnelle (TIP) et de l’épidémiologie psychiatrique des troubles de l’humeur. Courriel institutionnel : [email protected].
- Dr. Eugene S. Paykel, M.D., FRCP, FRCPsych — Professeur émérite de psychiatrie à l’Université de Cambridge (Royaume-Uni), ancien collaborateur de recherche à la Yale University School of Medicine, spécialiste international des troubles affectifs et des facteurs de stress psychosociaux.
- Dr. Gerald L. Klerman, M.D. (décédé) — Psychiatre, ancien professeur de psychiatrie à Harvard et à Cornell University, co-fondateur avec Myrna Weissman de la psychothérapie interpersonnelle et architecte majeur de l’approche dimensionnelle de l’ajustement social en psychiatrie.
- Dr. Brigitte A. Prusoff, Ph.D. — Statisticienne et épidémiologiste, Department of Psychiatry, Yale University School of Medicine (New Haven, CT, États-Unis).
4. Objectif / Purpose
Ce que mesure l’instrument et justification théorique
L’Échelle d’ajustement social – Auto-évaluation (SAS-SR) a été expressément conçue pour opérationnaliser et quantifier le rôle social et l’ajustement écologique d’un patient dans sa vie quotidienne. Traditionnellement, l’évaluation de l’efficacité thérapeutique en psychiatrie se focalisait quasi exclusivement sur la réduction des symptômes psychopathologiques cardinaux (tristesse de l’humeur, insomnie, anxiété, idées suicidaires), mesurés par des instruments comme l’échelle de dépression de Hamilton (HAM-D) ou l’inventaire de dépression de Beck (BDI). Or, Weissman, Klerman et Paykel ont postulé que la rémission symptomatique ne saurait être synonyme de rémission fonctionnelle globale : un individu peut présenter une baisse substantielle de ses scores de tristesse tout en demeurant profondément incapable de reprendre son activité professionnelle, de maintenir des échanges conjugaux harmonieux ou de nouer des liens de camaraderie stimulants.
Le SAS-SR remédie à cette lacune fondamentale en évaluant l’ajustement social non pas comme un trait de personnalité abstrait, mais comme la capacité réelle du sujet à assumer les exigences instrumentales et affectives associées à ses rôles sociaux principaux au cours d’une fenêtre temporelle précise (les deux dernières semaines). L’instrument explore à la fois la performance instrumentale (capacité pratique à effectuer les tâches professionnelles, ménagères ou scolaires), la qualité interpersonnelle (présence de frictions, conflits ou disputes) et la satisfaction affective subjective (sentiment d’embarras, désintérêt, culpabilité, angoisse ou ennui).
Applications cliniques et en recherche translationnelle
Dans la pratique clinique contemporaine, le SAS-SR remplit plusieurs fonctions stratégiques fondamentales :
- Évaluation initiale globale (Baseline) : dresser un profil multidimensionnel des déficits relationnels et fonctionnels avant l’instauration d’un traitement pharmacologique ou d’une psychothérapie (en particulier dans le cadre de la thérapie interpersonnelle – TIP, où le SAS-SR sert de boussole diagnostique pour identifier les domaines de dysfonctionnement relationnel).
- Surveillance du rétablissement et suivi longitudinal : mesurer l’évolution du rétablissement fonctionnel au cours des phases de maintien et de prophylaxie. Les rechutes dépressives sont très fréquemment précédées d’une dégradation subtile de l’ajustement social, bien avant la réémergence des symptômes affectifs francs.
- Recherche clinique et essais contrôlés randomisés (ECR) : tester si des nouvelles molécules antidépressives ou des thérapies psychosociales améliorent de manière significative le niveau de fonctionnement en vie réelle, un critère désormais exigé par les agences réglementaires internationales (FDA, EMA) pour valider l’impact médico-économique d’une thérapie.
- Dépistage et épidémiologie communautaire : administré dans de grandes cohortes d’études épidémiologiques pour évaluer le fardeau psychosocial associé aux maladies chroniques somatiques (cancers, maladies cardiovasculaires, diabète) ou psychiatriques.
5. Construit psychologique / Construct
L’ajustement social dans l’architecture du SAS-SR est conçu comme un concept multidimensionnel articulé autour de six grands domaines de la vie quotidienne, auxquels s’ajoutent une analyse de l’unité familiale globale et de l’équilibre financier. Chaque domaine capture un ensemble cohérent de compétences et de relations sociales.
1. Le rôle professionnel / d’occupation principale (Items 1 à 18)
Ce domaine s’adapte spécifiquement à la situation vocationnelle de la personne, car le fonctionnement instrumental dépend étroitement du contexte d’occupation :
- Travail rémunéré en dehors du foyer (Items 1 à 6) : Évalue l’absentéisme (jours manqués), la performance perçue dans l’accomplissement des tâches professionnelles, le sentiment de honte ou d’embarras vis-à-vis du rendement professionnel, les conflits et altercations avec les collègues ou supérieurs, le sentiment de malaise/d’anxiété au travail, et l’intérêt/motivation suscité par l’emploi.
- Travail domestique / Activités ménagères (Items 7 à 12) : Destiné aux personnes assurant l’entretien du foyer, ce sous-domaine mesure l’assiduité aux tâches du ménage (cuisine, nettoyage, courses), l’efficacité dans leur réalisation, les sentiments négatifs associés (honte, détresse, ennui) et les frictions éventuelles avec les voisins ou les commerçants.
- Études / Formation académique (Items 13 à 18) : Spécifique aux étudiants, il quantifie l’assiduité aux cours, la capacité à suivre le rythme scolaire, l’anxiété de performance, les disputes avec les camarades ou enseignants, et la curiosité intellectuelle maintenue.
2. Loisirs et vie sociale élargie (Items 19 à 29)
Ce sous-construit reflète l’intégration du sujet dans son réseau d’affinités amicales et communautaires. Il mesure la fréquence des contacts amicaux (appels, rencontres), la capacité à se confier intimement sur ses émotions profondes, la participation active à des sorties sociales ou culturelles, le maintien de loisirs ou passe-temps stimulants, la gestion des conflits amicaux, la sensibilité au rejet ou à l’offense (susceptibilité), la timidité/inconfort en société, ainsi que le sentiment de solitude subjective. Pour les personnes célibataires, séparées ou divorcées, deux items spécifiques (28 et 29) évaluent la fréquence des rendez-vous amoureux et le désir d’engagement dans des rencontres affectives.
3. Relations avec la famille élargie (Items 30 à 37)
Ce domaine évalue les interactions avec les parents, frères et sœurs, beaux-parents et enfants émancipés ne résidant pas sous le même toit. Les items mesurent l’existence de disputes ouvertes, l’ouverture émotionnelle, les comportements de fuite ou d’évitement des contacts, le degré de dépendance excessive vis-à-vis de la parenté (pour l’argent, les conseils ou l’amitié), l’opposition agressive délibérée dans le but de blesser, l’inquiétude non justifiée pour les proches, et les sentiments de culpabilité (avoir déçu sa famille) ou de rancœur/ressentiment (s’être senti abandonné ou trahi par sa famille).
4. Relation conjugale et de couple (Items 38 à 46)
Réservé aux personnes vivant en union permanente ou mariées, ce volet explore le climat relationnel dyadique : disputes ouvertes au sein du couple, communication des émotions et des problèmes, comportements autoritaires ou rigidité (imposer sa volonté à tout prix), sentiment d’être dominé ou manipulé par son conjoint, degré de dépendance affective, affection perçue envers le partenaire, fréquence des rapports sexuels, survenue de douleurs ou problèmes physiques durant les rapports, et plaisir/satisfaction retiré de l’intimité sexuelle.
5. Relations avec les enfants (Items 47 à 50)
Applicable aux parents ayant des enfants à charge résidant au foyer, ce domaine explore l’implication parentale : intérêt pour les activités scolaires et ludiques de l’enfant, capacité d’écoute et d’échange verbal (pour les enfants de plus de 2 ans), qualité globale de l’entente mutuelle (absence de querelles), et niveau d’affection sincère éprouvé à l’égard de l’enfant.
6. Unité familiale globale et équilibre financier (Items 51 à 54)
Ce dernier volet synthétique analyse les cognitions d’inquiétude, de culpabilité partagée ou d’amertume envers la cellule familiale au sens large (items 51 à 53), et se conclut par une évaluation de l’adéquation financière (item 54), mesurant l’aptitude perçue à subvenir aux besoins matériels indispensables du sujet et de son foyer, ce facteur constituant un médiateur déterminant de l’ajustement psychosocial global.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Fondements conceptuels et sociologiques du fonctionnement de rôle
Le cadre théorique sous-jacent au SAS-SR s’enracine au confluent de la sociologie fonctionnaliste nord-américaine et de la psychiatrie sociale des années 1950 à 1970. L’influence la plus manifeste provient de la théorie des rôles sociaux formulée par Talcott Parsons dans son ouvrage séminal The Social System (1951), notamment son concept de « rôle de malade » (the sick role). Selon Parsons, la maladie psychique n’est pas uniquement un processus physiopathologique interne, mais une perturbation de la capacité de l’individu à accomplir les tâches normatives attachées à ses statuts sociaux statutaires (travailleur, conjoint, parent, citoyen).
Weissman et ses collègues ont enrichi cette perspective en intégrant les travaux sociométriques d’Eugene B. Gurland, de Bertram S. Brown et de Robert J. Havighurst sur les compétences d’ajustement adaptatif à chaque étape du cycle de vie. Dans la perspective de Weissman, l’ajustement social résulte d’un équilibre dynamique entre :
- Les attentes normatives de l’environnement socioculturel (ex. être assidu au travail, apporter du soutien à ses enfants) ;
- Les capacités comportementales et instrumentales effectives déployées par l’individu ;
- La résonance émotionnelle interne (plaisir, gratification vs. angoisse, rancœur et honte) générée par l’exécution de ces rôles.
Le modèle interpersonnel de la psychopathologie (Sullivan, Meyer, Klerman)
Sur le plan psychopathologique, le SAS-SR s’inscrit au cœur de l’école néo-freudienne et interpersonnelle initiée par Harry Stack Sullivan et le courant de la psychobiologie d’Adolf Meyer. Sullivan soutenait que la personnalité et la santé mentale ne peuvent être comprises en dehors du champ relationnel interactif (« interpersonal relations »). Gerald L. Klerman et Myrna M. Weissman ont transformé cette philosophie clinique en un paradigme thérapeutique validé scientifiquement : la Psychothérapie Interpersonnelle (TIP).
Dans la théorie de la dépression de Weissman et Klerman, les perturbations des liens d’attachement et des relations de rôle (conflits conjugaux, transitions de rôle, deuils non résolus, déficits interpersonnels) constituent à la fois des déclencheurs majeurs d’épisodes dépressifs et des conséquences débilitantes de la maladie, enfermant le patient dans un cercle vicieux d’aliénation et d’inhibition. Le SAS-SR a été précisément forgé comme l’outil empirique permettant de cartographier ce système d’interactions, fournissant ainsi une mesure tangible du redressement interpersonnel au-delà de la pharmacothérapie.
7. Validité / Validity
L’évaluation des propriétés de validité du SAS-SR a fait l’objet de dizaines d’études empiriques menées sur des échantillons cliniques diversifiés (patients déprimés ambulatoires ou hospitalisés, troubles bipolaires, schizophrénie, toxicomanie) et des cohortes communautaires épidémiologiques rigoureuses.
Validité de construit et validité concomitante
Dès l’étude fondatrice de Weissman et Bothwell (1976), la validité concomitante du SAS-SR a été établie en corrélant directement les scores de l’auto-questionnaire avec ceux obtenus lors d’entretiens semi-structurés conduits par des cliniciens indépendants utilisant la Social Adjustment Scale (SAS) classique. Les corrélations de rang de Spearman et de Pearson entre l’auto-évaluation du patient et le jugement clinique externe se situaient entre r = 0,72 et r = 0,83 pour les scores globaux, et entre r = 0,55 et r = 0,78 pour les différents sous-domaines (travail, famille, loisirs), démontrant une concordance exceptionnelle entre le vécu rapporté par le patient et l’observation experte.
Validité discriminante
Le SAS-SR démontre une remarquable capacité à distinguer les populations asymptomatiques saines des populations présentant des troubles psychiatriques caractérisés :
- Dans l’étude épidémiologique de Weissman, Prusoff et Thompson (1978), les moyennes des scores globaux du SAS-SR étaient significativement plus basses (reflétant une excellente adaptation) chez les sujets sains de la communauté (moyenne = 1,59 ; ÉT = 0,27) que chez les patients psychiatriques ambulatoires souffrant de dépression aiguë (moyenne = 2,38 ; ÉT = 0,44), avec une significativité statistique écrasante (p < 0,001).
- L’instrument différencie avec finesse les sous-groupes de rémission partielle et de rémission complète : les patients dont la dépression clinique est résolue sur le plan symptomatique présentent encore des altérations subtiles mesurables sur le domaine professionnel et conjugal au SAS-SR, confirmant la dissociation du construit par rapport à la simple symptomatologie affective.
Validité convergente et divergente
Le SAS-SR présente des corrélations modérées à fortes (r = 0,45 à 0,65) avec des échelles mesurant la qualité de vie générale (ex. le Short-Form Health Survey – SF-36, spécifiquement les dimensions de fonctionnement social et de limitation de rôle due aux problèmes émotionnels). Simultanément, ses corrélations avec des mesures d’intelligence cognitive générale ou des échelles de désirabilité sociale (comme celle de Marlowe-Crowne) demeurent très faibles (r < 0,20), garantissant une solide validité divergente.
Sensibilité au changement thérapeutique
L’une des plus grandes forces du SAS-SR réside dans sa réactivité (responsiveness) documentée au fil de nombreux essais cliniques prospectifs. Lors des traitements par antidépresseurs tricycliques, ISRS ou lors d’une psychothérapie interpersonnelle (TIP) de 16 semaines, les tailles d’effet (d de Cohen) observées sur la réduction des scores d’inadaptation sociale atteignent fréquemment des valeurs comprises entre 0,80 et 1,20, illustrant une capacité exceptionnelle à capturer les progrès fonctionnels au fil de la trajectoire de soin.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique du SAS-SR a été analysée de manière exhaustive selon les standards internationaux de la psychométrie (critères COSMIN et APA).
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
La consistance interne globale de l’échelle est jugée très satisfaisante compte tenu de la nature hétérogène des rôles sociaux explorés :
- Le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble de l’instrument oscille habituellement entre 0,74 et 0,86 selon les échantillons étudiés (Weissman et al., 1978 ; Edwards et al., 1978).
- Pour les sous-échelles spécifiques, les coefficients de cohérence interne varient selon la densité d’items : ils sont particulièrement robustes pour le rôle professionnel (alpha = 0,78 à 0,83) et le rôle conjugal (alpha = 0,76 à 0,84), et modérés à acceptables pour les domaines des loisirs (alpha = 0,68 à 0,74) et de la famille élargie (alpha = 0,65 à 0,72).
Fidélité Test-Retest
La stabilité temporelle a été documentée sur divers intervalles chez des sujets cliniquement stables :
- Sur un intervalle standard de deux semaines chez des volontaires sains et des patients en état stationnaire, le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) ou le r de Pearson pour le score global se situe de manière très cohérente entre 0,78 et 0,84.
- Pour les domaines spécifiques, la stabilité retest varie de 0,71 (loisirs/vie sociale) à 0,87 (travail rémunéré), confirmant que l’outil capte des profils comportementaux stables tout en demeurant perméable aux véritables fluctuations de l’environnement de vie.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’exploration de la dimensionalité du SAS-SR a suscité d’importants travaux en analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC).
Structure factorielle originale (Paykel, Weissman et al., 1971)
Dans les premières analyses factorielles conduites sur le pool d’items de la Social Adjustment Scale, Paykel et ses collègues ont extrait plusieurs facteurs transversaux traversant les différents rôles fonctionnels :
- Facteur 1 : Performance de rôle au travail (Work Performance) — saturations élevées des items d’absentéisme, d’efficacité perçue et de qualité d’exécution des tâches professionnelles/ménagères (saturations > 0,60).
- Facteur 2 : Conflits interpersonnels et hostilité (Interpersonal Friction) — regroupe les disputes ouvertes, querelles et ressentiments exprimés au sein de la famille, du travail et du couple (saturations comprises entre 0,55 et 0,75).
- Facteur 3 : Retrait social et inhibition (Social Reticence / Anxious Rumination) — capture l’évitement des contacts sociaux, la diminution des sorties récréatives, la solitude et la réserve timide en présence d’autrui (saturations > 0,50).
- Facteur 4 : Sentiment de détresse dans le rôle (Distress in Role) — saturations sur les items de honte, d’angoisse subjective et d’embarras face aux performances dans les différents rôles.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et structures de domaine
Les modélisations modernes par équations structurelles ont confronté deux approches majeures de modélisation :
- L’approche par domaines de rôles (Role-based Model) : un modèle oblique à six facteurs de premier ordre correspondant aux arènes de vie (Travail, Loisirs, Famille élargie, Couple, Enfants, Finances). Cette structure démontre généralement de bons indices d’ajustement (CFI > 0,90 ; RMSEA < 0,06) lorsque l’algorithme gère de façon adéquate les sauts logiques conditionnels de réponse (items non applicables aux personnes sans emploi ou sans enfants).
- Le modèle bifactoriel ou hiérarchique : il intègre un facteur général de Dysfonctionnement Psychosocial Global qui absorbe une part substantielle de la variance commune (expliquant jusqu’à 45 % de la variance totale), soutenu par des facteurs spécifiques résiduels de domaine. Cette architecture justifie pleinement le calcul d’un score moyen global utilisé dans la quasi-totalité des publications cliniques.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom officiel : Échelle d’ajustement social – Auto-évaluation (Social Adjustment Scale-Self Report, SAS-SR).
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (patient-reported outcome – PRO).
- Format d’administration : Papier-crayon, passation informatisée sur tablette/ordinateur, ou plateforme d’évaluation en ligne.
- Nombre total d’items : 54 items (dont une partie est soumise à un branchement conditionnel selon le statut professionnel et familial du participant).
- Fenêtre temporelle d’observation : Les deux dernières semaines (14 derniers jours) précédant immédiatement la passation.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale en 5 points spécifique à chaque question (cotée de 1 à 5). La note 1 reflète généralement un ajustement optimal/adapté, tandis que la note 5 dénote une inadaptation/détresse maximale. Une option 8 (« Non applicable ») est prévue pour certains items contextuels.
- Procédure de cotation et de calcul des scores :
- Score moyen global : calculé en additionnant les notes de tous les items applicables répondus (items 1 à 54 pertinents pour le répondant) et en divisant la somme brute par le nombre d’items complétés (hors options « 8 » non applicables). Le score moyen global varie donc de 1,00 (ajustement parfait) à 5,00 (dysfonctionnement sévère).
- Scores moyens de sous-domaines : calculés de manière identique pour chacun des rôles (somme des items du domaine divisée par le nombre d’items applicables du domaine) :
- Travail rémunéré (Items 1 à 6) ;
- Travail domestique (Items 7 à 12) ;
- Études (Items 13 à 18) ;
- Loisirs et vie sociale (Items 19 à 27, + 28-29 si célibataire/séparé) ;
- Famille élargie (Items 30 à 37) ;
- Couple et vie conjugale (Items 38 à 46) ;
- Enfants (Items 47 à 50) ;
- Unité familiale et finances (Items 51 à 54).
- Temps moyen de complétion : Environ 15 à 20 minutes pour l’ensemble du questionnaire.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception originale : 1976 pour la première version auto-rapportée (SAS-SR) par Myrna M. Weissman et Sharon Bothwell (faisant suite à la version sous forme d’entretien clinique développée en 1971 par Weissman, Klerman et Paykel).
- Éditeur et gestion des droits : Multi-Health Systems Inc. (MHS Assessments, North Tonawanda, NY / Toronto, Canada). Le manuel officiel d’utilisation a été édité par MHS en 1999 (Social Adjustment Scale – Self-report User’s Manual).
- Conditions d’utilisation et permissions :
- Utilisation commerciale et clinique de routine : L’instrument est protégé par le droit d’auteur. Les formulaires officiels, les manuels d’interprétation et les logiciels de cotation doivent être acquis sous licence auprès de Multi-Health Systems (MHS).
- Recherche académique et thèses non financées : Des autorisations d’utilisation à des fins de recherche scientifique universitaire non commerciale peuvent être sollicitées auprès des détenteurs des droits ou sont accessibles dans le cadre d’études institutionnelles conformément aux directives d’utilisation de MHS.
- Tarification indicative : Tarifs variables selon le format (kits de démarrage avec manuel et feuilles de réponses vendus par MHS, ou crédits de passation numérique en ligne sur portail d’évaluation psychologique).
12. Références / References
- Gameroff, M. J., Wickramaratne, P., & Weissman, M. M. (2012). Testing the Short and Screener versions of the Social Adjustment Scale–Self-report (SAS-SR). International Journal of Methods in Psychiatric Research, 21(1), 52–65. https://doi.org/10.1002/mpr.358
- McDowell, I. (2006). Measuring Health: A Guide to Rating Scales and Questionnaires (3rd ed.). Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780195165678.001.0001
- Paykel, E. S., Weissman, M. M., Prusoff, B. A., & Tonks, C. M. (1971). Dimensions of social adjustment in depressed women. The Journal of Nervous and Mental Disease, 152(3), 158–172. https://doi.org/10.1097/00005053-197103000-00002
- Rzepa, S. R., & Weissman, M. M. (2014). Social Adjustment Scale Self-Report (SAS-SR). In A. C. Michalos (Ed.), Encyclopedia of Quality of Life and Well-Being Research (pp. 6017–6021). Springer. https://doi.org/10.1007/978-94-007-0753-5_2760
- Weissman, M. M., & Bothwell, S. (1976). Assessment of social adjustment by patient self-report. Archives of General Psychiatry, 33(9), 1111–1115. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1976.01770090101010
- Weissman, M. M., Klerman, G. L., & Paykel, E. S. (1971). Clinical evaluation of hostility in depression. American Journal of Psychiatry, 128(3), 261–266. https://doi.org/10.1176/ajp.128.3.261
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- Weissman, M. M., Prusoff, B. A., Thompson, W. D., Harding, P. S., & Myers, J. K. (1978). Social adjustment by self-report in a community sample and in psychiatric outpatients. The Journal of Nervous and Mental Disease, 166(5), 317–326. https://doi.org/10.1097/00005053-197805000-00002
- Weissman, M. M., Wickramaratne, P., Nomura, Y., Warner, V., Pilowsky, D., & Verdeli, H. (2006). Offspring of depressed parents: 20 years later. American Journal of Psychiatry, 163(6), 1001–1008. https://doi.org/10.1176/ajp.2006.163.6.1001
- Weissman, M. M., & MHS Staff. (1999). Social Adjustment Scale – Self-Report (SAS-SR) User’s Manual. Multi-Health Systems, Inc.