1. Résumé / Abstract
L’Échelle du Besoin d’Affect (Need for Affect Scale, NFA), développée initialement par Gregory R. Maio et Victoria M. Esses en 2001, constitue un instrument psychométrique majeur conçu pour évaluer les différences individuelles stables dans la motivation à rechercher ou à éviter les expériences génératrices d’émotions. Fondée sur le postulat que les individus diffèrent fondamentalement dans leur propension à valoriser, vivre et réguler les états affectifs, l’échelle opérationnalise cette tendance générale à travers deux dimensions interdépendantes mais distinctes : la sous-échelle d’Approche (Approach) et la sous-échelle d’Évitement (Avoidance). La dimension d’approche reflète le plaisir ressenti lors de l’expérimentation d’émotions intenses, la conviction que les affects enrichissent la vie et le désir d’entrer en contact avec ses sentiments profonds. Inversement, la dimension d’évitement rend compte de l’inconfort suscité par les émotions fortes, de la réticence à exprimer ses ressentis et d’une préférence marquée pour la neutralité et le contrôle affectif.
Dans sa version intégrale standard, l’instrument comprend 26 items évalués à l’aide d’une échelle de Likert en 7 points allant de -3 (« Tout à fait en désaccord ») à +3 (« Tout à fait d’accord »), souvent rééchelonnée de 1 à 7 dans les applications contemporaines. Sur le plan psychométrique, le NFA présente une excellente consistance interne, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,82 et 0,89 pour les deux sous-échelles, ainsi qu’une stabilité temporelle remarquable attestée par des corrélations test-retest élevées sur des périodes prolongées. La structure factorielle à deux facteurs corrélés a été validée par de multiples analyses factorielles exploratoires et confirmatoires menées à travers des contextes culturels et linguistiques variés. Complément conceptuel direct du Besoin de Cognition (Need for Cognition de Cacioppo et Petty), le Besoin d’Affect s’avère un prédicteur déterminant de la persuasion, du traitement des informations persuasives, de la réceptivité aux récits médiatiques, de l’empathie et des comportements de consommation.
2. Mots-clés / Keywords
Besoin d’affect, motivation émotionnelle, approche affective, évitement affectif, psychométrie, persuasion, régulation émotionnelle, traitement de l’information, attitudes, évaluation de la personnalité.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle du Besoin d’Affect a été conçue et validée par deux chercheurs de premier plan en psychologie sociale et de la personnalité :
- Gregory R. Maio, Ph.D. : Professeur de psychologie sociale, affilié au Département de Psychologie de l’Université de Bath (Royaume-Uni), anciennement à l’Université de Cardiff. Ses travaux pionniers portent sur la structure et la fonction des valeurs humaines fondamentales, la dynamique des attitudes et le rôle des processus affectifs dans le jugement social (Courriel : [email protected]).
- Victoria M. Esses, Ph.D. : Professeure de psychologie et directrice du Centre for Research on Migration and Ethnic Relations à l’Université de Western Ontario (Canada). Ses recherches se concentrent sur les relations intergroupes, les préjugés, la discrimination et la motivation socio-émotionnelle (Courriel : [email protected]).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle du Besoin d’Affect est de mesurer et de conceptualiser quantitativement les différences individuelles stables relatives à la motivation intrinsèque à approcher ou à éviter les stimuli, les situations et les états internes chargés d’émotion. Alors que la recherche en psychologie cognitive et sociale a longtemps accordé une primauté quasi exclusive aux motivations cognitives — illustrées notamment par l’abondante littérature consacrée au besoin de cognition —, Maio et Esses (2001) ont identifié une lacune théorique critique : l’absence d’une mesure standardisée évaluant la motivation générale des individus à rechercher ou à fuir l’expérience émotionnelle en soi, indépendamment de la valence (positive ou négative) des émotions concernées.
Dans le domaine de la recherche fondamentale en psychologie sociale et de la personnalité, le NFA permet d’élucider les mécanismes de formation, de consolidation et de modification des attitudes. Les individus caractérisés par un besoin d’affect élevé (en particulier sur la composante d’approche) sont structurellement plus enclins à baser leurs attitudes et leurs choix moraux sur des réponses affectives immédiates, à accorder une plus grande valeur aux expériences subjectives et à s’engager activement dans des activités introspectives. Sur le plan de la communication persuasive, le NFA modère de manière déterminante l’efficacité des messages : les messages publicitaires ou de santé publique à fort contenu émotionnel exercent un impact disproportionné sur les individus à fort besoin d’affect, tandis que les messages structurés autour d’arguments logiques, rationnels et statistiques trouvent un écho plus favorable chez les individus à faible besoin d’affect ou à fort besoin de cognition.
Sur le plan des applications cliniques et de la psychopathologie, l’échelle offre un éclairage précieux sur les profils de régulation émotionnelle. Une composante d’évitement particulièrement élevée reflète fréquemment des mécanismes de défense basés sur l’inhibition émotionnelle, l’évitement expérientiel ou des tendances alexithymiques. Comprendre le profil motivationnel d’un patient à l’égard de ses propres émotions permet aux cliniciens d’adapter les interventions psychothérapeutiques, par exemple en anticipant les résistances face à des thérapies focalisées sur l’émotion ou en modulant l’exposition aux affects dans le traitement des troubles anxieux et de l’état de stress post-traumatique.
Enfin, dans le secteur du marketing, des études sur la consommation et de la réception des médias, le NFA explique les variations d’immersion narrative (transportation narrative). Les personnes orientées vers l’approche affective recherchent activement des œuvres cinématographiques, littéraires ou théâtrales génératrices de catharsis émotionnelle intense, y compris des œuvres tragiques ou anxiogènes (films d’horreur, drames), tandis que les individus orientés vers l’évitement privilégient des contenus neutres ou purement divertissants sans secousse émotionnelle majeure.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit du « Besoin d’Affect » est conceptualisé comme une disposition motivationnelle stable et multidimensionnelle qui oriente l’attention, le comportement et le traitement cognitif d’un individu face aux stimuli émotionnels. Maio et Esses (2001) ont postulé et démontré empiriquement que cette motivation générale n’est pas unitaire, mais s’articule autour de deux composantes distinctes qui ne sont pas de simples inverses polaires, mais des systèmes motivationnels semi-indépendants : l’approche émotionnelle et l’évitement émotionnel.
5.1. La dimension d’Approche Affective (Emotional Approach)
La sous-échelle d’Approche regroupe les croyances, motivations et attitudes positives envers les émotions. Elle capture la volonté active de vivre des expériences émotionnellement stimulantes, la croyance explicite que les émotions jouent un rôle vital et enrichissant dans l’existence humaine, ainsi que la propension à explorer et à exprimer ses propres sentiments et ceux d’autrui.
Les individus affichant un score élevé d’approche considèrent les émotions intenses — qu’elles soient agréables ou désagréables — comme des sources fondamentales de vitalité, de sens et d’apprentissage personnel. Par exemple, un individu à score élevé approuvera fortement des affirmations telles que « I find strong emotions exciting » (Item 8) ou « It is important for me to be in touch with my feelings » (Item 1). Sur le plan comportemental, ces individus s’engagent spontanément dans des discussions intimes, manifestent une plus grande empathie dispositionnelle, s’immergent volontiers dans des arts dramatiques et intègrent pleinement leurs réactions viscérales dans leurs prises de décision quotidiennes.
5.2. La dimension d’Évitement Affectif (Emotional Avoidance)
La sous-échelle d’Évitement quantifie l’inconfort psychologique ressenti face à l’émergence d’émotions intenses, la peur de perdre le contrôle cognitif face au débordement affectif, ainsi que les stratégies actives déployées pour maintenir une homéostasie émotionnelle neutre. Elle mesure également la tendance à fuir les contextes sociaux hautement expressifs et à réguler immédiatement à la baisse toute oscillation émotionnelle trop prononcée.
Un score élevé d’évitement traduit une méfiance prononcée vis-à-vis des affects. L’individu tend à percevoir les émotions comme des sources de vulnérabilité, de biais de jugement ou de souffrance inutile. Des items tels que « Strong emotions make me feel uncomfortable » (Item 15), « I try to avoid situations that make me emotional » (Item 19) ou « If I feel too emotional, I try to calm myself down » (Item 20) illustrent cette orientation. Dans leur vie quotidienne, ces individus évitent les conflits interpersonnels chargés d’affect, se détournent des œuvres médiatiques poignantes et privilégient une approche purement analytique et dépassionnée de la résolution de problèmes.
5.3. Indépendance et intégration des dimensions
Bien que l’approche et l’évitement soient négativement corrélés de manière modérée dans les populations normatives (typiquement autour de r = -0,30 à -0,50), ils ne sont pas mutuellement exclusifs. Cette bidimensionnalité permet de dégager des profils motivationnels riches :
- Fort besoin d’affect net (Approche élevée, Évitement faible) : Individus pleinement ouverts aux états émotionnels, recherchant la profondeur affective et tolérant l’inconfort des émotions négatives.
- Faible besoin d’affect net (Approche faible, Évitement élevé) : Profils fortement détachés, valorisant la rationalité pure et fuyant l’éveil émotionnel.
- Profils ambivalents (Approche élevée, Évitement élevé) : Individus fascinés par l’intensité émotionnelle mais simultanément effrayés par sa force destabilisatrice, un profil fréquent dans certaines formes de vulnérabilité anxio-dépressive.
- Profils apathiques ou indifférents (Approche faible, Évitement faible) : Individus pour qui la dimension émotionnelle ne représente ni une source de plaisir ni une menace particulière.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement du Besoin d’Affect s’ancre à la croisée de plusieurs courants fondamentaux de la psychologie contemporaine : les théories motivationnelles d’approche et d’évitement, la tradition des différences individuelles en cognition sociale, et les modèles de la persuasion à double processus.
6.1. Les théories motivationnelles d’approche et d’inhibition
Sur le plan métathéorique, le NFA puise directement dans les modèles neurocomportementaux de la motivation humaine, notamment la théorie de la sensibilité au renforcement (Reinforcement Sensitivity Theory) développée par Jeffrey A. Gray. Ce modèle postule l’existence de deux systèmes cérébraux fondamentaux : le système d’activation comportementale (BAS pour Behavioral Approach System), sensible aux signaux de récompense, et le système d’inhibition comportementale (BIS pour Behavioral Inhibition System), sensible aux menaces et à la nouveauté aversive. Maio et Esses (2001) ont adapté cette bipolarité universelle approche/évitement au domaine spécifique de la vie phénoménologique et affective : les émotions ne sont plus seulement des conséquences de l’action, mais deviennent des stimuli en soi qui peuvent agir comme des récompenses intrinsèques (stimulant l’approche) ou comme des menaces potentielles pour l’intégrité du soi (déclenchant l’évitement).
6.2. Le paradigme de la cognition sociale et le Besoin de Cognition
Le cadre conceptuel du NFA a été explicitement forgé en miroir et en complément du modèle de probabilité d’élaboration (Elaboration Likelihood Model – ELM) de Richard Petty et John Cacioppo (1986). Cacioppo et Petty avaient introduit le Need for Cognition (NFC) pour quantifier le plaisir qu’un individu prend à s’engager dans des activités cognitives exigeantes. Toutefois, comme le soulignent Maio et Esses, l’ELM et les théories similaires traitaient souvent l’affect comme un processus secondaire, périphérique ou heuristique, reléguant les émotions à des biais perturbateurs de la rationalité.
En formulant la théorie du Besoin d’Affect, Maio et Esses démontrent que l’affect n’est pas un sous-produit accidentel du traitement de l’information, mais fait l’objet d’une motivation de traitement primaire. Tout comme certains individus aiment « penser pour le plaisir de penser », d’autres aiment « ressentir pour le plaisir de ressentir ». Ensemble, le Besoin de Cognition et le Besoin d’Affect dessinent une matrice 2 × 2 orthogonale permettant de catégoriser les styles individuels de traitement de l’information :
- Haut NFC / Haut NFA : Traitement approfondi à la fois analytique et affectif ; sensibilité maximale aux arguments complexes et aux résonances émotionnelles.
- Haut NFC / Bas NFA : Traitement logique préférentiel, forte réceptivité aux données statistiques, scepticisme envers les appels affectifs.
- Bas NFC / Haut NFA : Traitement guidé principalement par l’intuition émotionnelle, forte immersion narrative, sensibilité accrue aux récits humains.
- Bas NFC / Bas NFA : Traitement heuristique minimal, faible investissement global dans le traitement des messages complexes.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle du Besoin d’Affect a été rigoureusement établie par Maio et Esses (2001) à travers une série de six études empiriques, confirmée et enrichie ultérieurement par de nombreux travaux indépendants à l’échelle internationale (ex. Appel et al., 2012).
7.1. Validité de construit et validité convergente
La validité convergente du NFA a été démontrée par des associations théoriquement cohérentes avec un large éventail d’instruments validés :
- Intensité affective : Le NFA (approche) présente des corrélations positives robustes avec le questionnaire d’intensité affective (Affect Intensity Measure – AIM de Larsen et Diener ; r compris entre 0,45 et 0,60), démontrant que la motivation à ressentir s’accompagne d’une magnitude accrue des expériences émotionnelles réelles.
- Empathie : La sous-échelle d’approche est positivement corrélée avec les dimensions d’empathie émotionnelle de l’Interpersonal Reactivity Index (IRI de Davis), notamment l’inquiétude empathique (Empathic Concern ; r ≈ 0,40) et la prise de perspective.
- Personnalité générale (Big Five) : Le NFA présente des relations convergentes pertinentes avec le modèle à cinq facteurs. La dimension d’approche est positivement corrélée à l’Ouverture à l’expérience (spécifiquement la facette de l’ouverture aux sentiments ; r ≈ 0,48) et à l’Extraversion. La dimension d’évitement est quant à elle positivement corrélée au Névrosisme et négativement corrélée à l’Extraversion.
7.2. Validité discriminante
Un enjeu psychométrique crucial lors de la création du NFA était de démontrer qu’il ne se confondait pas avec le Besoin de Cognition (NFC). Les études de Maio et Esses (2001) ont systématiquement révélé des corrélations faibles ou non significatives entre le NFA global et le NFC (corrélations variant typiquement entre r = -0,05 et r = 0,14), confirmant l’indépendance orthogonale absolue des deux construits. De plus, le NFA se distingue nettement de la désirabilité sociale (évaluée par l’échelle de Marlowe-Crowne), avec laquelle il ne présente que des associations négligeables (|r| < 0,10).
7.3. Validité prédictive et expérimentale
La validité prédictive du NFA a été démontrée à travers de multiples paradigmes expérimentaux contrôlés :
- Formation des attitudes à partir de récits émotionnels : Maio et Esses (2001, Études 3 et 4) ont exposé des participants à des films documentaires à forte charge émotionnelle (ex. : documentaires sur les bébés phoques massacrés) versus des arguments informatifs neutres. Les participants à fort besoin d’affect ont développé des attitudes considérablement plus polarisées et plus durables suite à l’exposition affective que les participants à faible besoin d’affect.
- Choix d’exposition sélective : Confrontés au choix libre de lire des articles ou de visionner des œuvres audiovisuelles, les individus à fort score d’approche choisissent préférentiellement des contenus tragiques ou très excitants, validant la propension comportementale effective à rechercher l’éveil affectif.
- Résistance à la contre-persuasion : Les attitudes formées sur la base d’un message affectif par des individus à fort NFA se sont avérées significativement plus résistantes aux tentatives ultérieures de réfutation rationnelle.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation des propriétés de fidélité de l’Échelle du Besoin d’Affect témoigne d’une grande robustesse métrologique, tant en termes d’homogénéité interne que de reproductibilité temporelle.
8.1. Consistance interne
Dans l’échantillon initial de développement et de validation (Maio & Esses, 2001), les coefficients de consistance interne calculés par le coefficient alpha de Cronbach ont affiché d’excellents niveaux de précision :
- Échelle globale du NFA (26 items, avec inversion de l’évitement) : Les valeurs de l’alpha de Cronbach s’échelonnent typiquement entre α = 0,86 et α = 0,89 selon les études.
- Sous-échelle d’Approche (13 items) : Présente une consistance interne systématiquement solide, avec des coefficients alpha variant entre α = 0,82 et α = 0,86.
- Sous-échelle d’Évitement (13 items) : Démontre une homogénéité équivalente, avec des coefficients compris entre α = 0,81 et α = 0,85.
Les corrélations inter-items moyennes se situent dans la plage idéale recommandée (entre 0,25 et 0,40), indiquant que les items capturent adéquatement la complexité du construit sans redondance sémantique excessive.
8.2. Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest a été formellement investiguée pour attester que le Besoin d’Affect mesure bien une disposition stable de la personnalité plutôt qu’un état d’humeur fluctuant :
- Sur un intervalle temporel de trois à quatre semaines, les coefficients de corrélation de Pearson test-retest rapportés par Maio et Esses se sont élevés à r = 0,85 pour l’échelle globale, r = 0,83 pour l’Approche, et r = 0,82 pour l’Évitement.
- Des études longitudinales ultérieures portant sur des intervalles de plusieurs mois ont confirmé des coefficients de stabilité supérieurs à r = 0,75, corroborant la nature dispositionnelle et durable du besoin d’affect tout au long de la vie adulte.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de l’instrument a fait l’objet d’examens statistiques rigoureux lors de sa conception initiale et dans le cadre de réplications transculturelles.
9.1. Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)
Dans l’étude princeps (Maio & Esses, 2001), un ensemble initial étendu d’items a été soumis à une analyse en composantes principales (ACP) suivie d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin direct), en postulant théoriquement une corrélation modérée entre les dimensions de recherche et d’évitement émotionnel. L’examen des valeurs propres (critère de Kaiser supérieur à 1) et du diagramme d’éboulis de Cattell (scree test) a mis en évidence une rupture nette après les deux premiers facteurs dominants :
- Facteur 1 (Approche) : Explique une part substantielle de la variance totale (environ 20 % à 25 %). Les 13 items d’approche présentent des saturations factorielles primaires élevées sur ce facteur (majoritairement comprises entre 0,45 et 0,76), sans saturations croisées significatives sur le facteur opposé (< 0,25).
- Facteur 2 (Évitement) : Explique entre 15 % et 18 % de la variance supplémentaire. Les 13 items d’évitement y saturent nettement (coefficients de saturation compris entre 0,42 et 0,74).
9.2. Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)
Afin de départager formellement les architectures théoriques concurrentes, Maio et Esses, puis Appel et collaborateurs (2012), ont appliqué des analyses factorielles confirmatoires pour comparer trois modèles structurels :
- Modèle unifactoriel : Tous les items convergent sur un seul facteur général bipolaire de besoin d’affect. Ce modèle affiche de très mauvais indices d’ajustement (ex. RMSEA > 0,10 ; CFI < 0,75), prouvant l’insuffisance d’une vision strictement unidimensionnelle.
- Modèle orthogonal à deux facteurs : Approche et évitement modélisés comme deux facteurs totalement indépendants (non corrélés). Ce modèle fournit un ajustement médiocre.
- Modèle oblique à deux facteurs corrélés : Les 13 items d’approche et les 13 items d’évitement saturent respectivement sur leurs facteurs dédiés, les deux dimensions étant autorisées à corréler négativement entre elles (corrélation interfactorielle estimée Φ ≈ -0,38 à -0,48). Ce modèle présente d’excellents indices d’adéquation aux données : χ²/dl < 2,5, Comparative Fit Index (CFI) ≥ 0,93, Tucker-Lewis Index (TLI) ≥ 0,92, et Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) ≤ 0,055.
Cette supériorité empirique indiscutable du modèle à deux dimensions corrélées confirme que, bien qu’orientés dans des directions motivationnelles opposées, l’approche et l’évitement représentent des processus psychologiques dissociables qu’il convient d’analyser séparément selon les objectifs de recherche.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle du Besoin d’Affect est un auto-questionnaire standardisé présentant les caractéristiques structurelles et métrologiques suivantes :
- Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation dispositionnelle (self-report inventory).
- Format d’administration : Formulaire papier-crayon ou informatisé / en ligne ; passation individuelle ou collective.
- Nombre total d’items : 26 items rédigés sous forme d’affirmations déclaratives courtes et directes.
- Format et échelle de réponse authentique : Échelle de Likert en 7 points :
-3 = strongly disagree(tout à fait en désaccord),
-2 = moderately disagree(modérément en désaccord),
-1 = slightly disagree(légèrement en désaccord),
0 = neither agree nor disagree(ni en accord ni en désaccord),
+1 = slightly agree(légèrement d’accord),
+2 = moderately agree(modérément d’accord),
+3 = strongly agree(tout à fait d’accord).
Note d’usage : Dans de nombreux protocoles modernes, les options de réponses sont transposées sans altération métrique sur une échelle numérique continue de 1 à 7. - Structure des sous-échelles :
- Sous-échelle d’Approche (13 items) : Items 1, 3, 5, 8, 9, 11, 13, 15, 17, 18, 20, 22, 24. (Attention : les items 15, 17, 18, 20, 22, 24 figurant dans cette liste d’affectation correspondent à la formulation de la dynamique d’évitement qui est cotée de manière inverse pour constituer l’approche générale, selon le modèle de cotation unifiée de Maio & Esses).
- Sous-échelle d’Évitement (13 items) : Items 2, 4, 6, 7, 10, 12, 14, 16, 19, 21, 23, 25, 26.
- Modalités de calcul et de cotation (Scoring) :
- Score global unifié du Besoin d’Affect : Les items d’évitement font l’objet d’une inversion de score (par exemple, en échelle 1 à 7 : nouveau score = 8 – score initial). Les 26 items sont ensuite sommés ou moyennés. Un score élevé reflète une forte orientation vers l’affect et une faible motivation d’évitement.
- Scores bidimensionnels séparés (Recommandé) : Il est fréquemment préconisé d’analyser indépendamment le score moyen d’Approche (somme des items d’approche divisée par 13) et le score moyen d’Évitement (somme des items d’évitement divisée par 13), offrant un diagnostic motivationnel beaucoup plus fin des profils individuels.
- Durée moyenne de passation : Environ 5 à 10 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2001 (publication dans le Personality and Social Psychology Bulletin).
- Statut des droits d’auteur et permissions : Les droits d’exploitation commerciale de l’article original sont détenus par la Society for Personality and Social Psychology et les éditions SAGE Publications. Toutefois, conformément aux usages universitaires académiques, les auteurs originaux autorisent l’utilisation libre, gratuite et sans redevance des items de l’échelle à des fins de recherche scientifique non commerciale et d’enseignement.
- Tarification : Accès libre et gratuit (aucun frais de licence pour les universitaires et chercheurs). Pour toute utilisation commerciale, d’entreprise ou d’édition logicielle lucrative, une demande formelle d’autorisation doit être adressée à l’éditeur SAGE Publications ou aux auteurs.
12. Références / References
- Appel, M., Gnambs, T., & Maio, G. R. (2012). A short version of the Need for Affect Scale. Journal of Personality Assessment, 94(4), 418–425. https://doi.org/10.1080/00223891.2012.670678
- Cacioppo, J. T., & Petty, R. E. (1982). The need for cognition. Journal of Personality and Social Psychology, 42(1), 116–131. https://doi.org/10.1037/0022-3514.42.1.116
- Davis, M. H. (1983). Measuring individual differences in empathy: Evidence for a multidimensional approach. Journal of Personality and Social Psychology, 44(1), 113–126. https://doi.org/10.1037/0022-3514.44.1.113
- Gray, J. A. (1990). Brain systems that mediate both emotion and cognition. Cognition & Emotion, 4(3), 269–288. https://doi.org/10.1080/02699939008410799
- Larsen, R. J., & Diener, E. (1987). Affect intensity as an individual difference characteristic: A review. Journal of Research in Personality, 21(1), 1–39. https://doi.org/10.1016/0092-6566(87)90023-7
- Maio, G. R., & Esses, V. M. (2001). The need for affect: Individual differences in the motivation to approach or avoid emotions. Personality and Social Psychology Bulletin, 27(5), 583–593. https://doi.org/10.1177/0146167201275007
- Petty, R. E., & Cacioppo, J. T. (1986). The Elaboration Likelihood Model of persuasion. Advances in Experimental Social Psychology, 19, 123–205. https://doi.org/10.1016/S0065-2601(08)60214-2
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale:
7-point Likert scale (-3 = strongly disagree, -2 = moderately disagree, -1 = slightly disagree, 0 = neither agree nor disagree, +1 = slightly agree, +2 = moderately agree, +3 = strongly agree; often adapted to a 1 to 7 scale)
Scale Items:
- It is important for me to be in touch with my feelings.
- I think that it is important to explore my feelings.
- I am a very emotional person.
- It is important for me to know how others are feeling.
- Emotions help people get along in life.
- I feel that I need to experience strong emotions regularly.
- I think that it is important to know how my friends are feeling.
- I find strong emotions exciting.
- Everyone should try to be in touch with their emotions.
- I like to dwell on my feelings.
- I feel that it is important to express my emotions.
- I prefer not to be around people who are too emotional.
- I like to be around people who express their feelings.
- I try to anticipate situations that will make me feel emotional.
- Strong emotions make me feel uncomfortable.
- It is important to avoid feeling negative emotions.
- I try not to let myself feel too happy or too sad.
- If I reflect on my past, I see that I have tended to avoid situations that would make me feel emotional.
- I try to avoid situations that make me emotional.
- If I feel too emotional, I try to calm myself down.
- I do not like to experience negative emotions.
- I would prefer not to experience either strong positive or strong negative emotions.
- I find that I try to avoid emotions.
- I don’t like to talk about emotions.
- I avoid situations that might cause me to express my feelings.
- I feel that I should avoid strong emotions.