Échelle d’autoritarisme-rébellion

L’Échelle d’autoritarisme-rébellion (A-R Scale), développée par Paul M. Kohn en 1972, est un instrument psychométrique équilibré de 30 items conçu pour neutraliser le biais d’acquiescement de l’échelle F classique d’Adorno et mesurer avec précision l’autoritarisme et la rébellion sociopolitique.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’autoritarisme-rébellion (Authoritarianism-Rebellion Scale ou A-R Scale), conçue par le psychologue canadien Paul M. Kohn en 1972, représente une avancée méthodologique et conceptuelle majeure dans l’évaluation psychométrique de la personnalité autoritaire. Élaborée en réponse directe aux faiblesses psychométriques chroniques de la célèbre F-Scale (échelle de fascisme potentiel) développée par Theodor W. Adorno, Else Frenkel-Brunswik, Daniel Levinson et Nevitt Sanford (1950), l’échelle A-R a été spécifiquement conçue comme une mesure équilibrée (balanced scale). La critique fondamentale adressée à l’échelle F originelle résidait dans son biais systématique d’acquiescement, tous les énoncés étant orientés dans le sens de l’autoritarisme de droite, ce qui confondait l’adhésion au construit idéologique avec une simple tendance à acquiescer passivement aux affirmations péremptoires.

L’instrument de Kohn est composé de 30 items, rigoureusement répartis en 15 énoncés formulés dans le sens de l’autoritarisme conventionnel et 15 énoncés inversés représentant des attitudes de rébellion, de non-conformisme ou de contestation anti-autoritaire, souvent ancrées à gauche du spectre politique. Les participants évaluent chaque énoncé sur une échelle de Likert en 6 points, exempte de point médian neutre, allant de 1 (Disagree Strongly / Fortement en désaccord) à 6 (Agree Strongly / Fortement d’accord). Cette structure bipolaire permet de capturer à la fois la soumission aveugle à l’autorité établie et, à l’opposé, le rejet radical des hiérarchies institutionnelles traditionnelles.

Sur le plan des qualités métrologiques, l’échelle A-R présente une consistance interne satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,75 et 0,85 selon les échantillons universitaires et communautaires étudiés. Sa fidélité test-retest démontre une excellente stabilité temporelle des attitudes sous-jacentes. Les analyses factorielles révèlent une organisation multidimensionnelle stable, articulée autour de thématiques telles que la déférence morale et parentale, le punitivisme sociétal, la superstition/fatalisme, et l’impératif de justice sociale révolutionnaire. En neutralisant le biais d’acquiescement sans diluer la validité de construit, l’échelle d’autoritarisme-rébellion s’est imposée comme un outil fondamental en psychologie sociale et politique pour examiner les idéologies contestataires, l’activisme étudiant et les fondements psychologiques des orientations sociopolitiques.

2. Mots-clés / Keywords

Autoritarisme, Rébellion, Échelle F d’Adorno, Biais d’acquiescement, Psychologie politique, Psychométrie, Soumission à l’autorité, Non-conformisme, Attitudes sociopolitiques, Conservatisme social, Radicaux de gauche, Échelle équilibrée.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été développée par le professeur Paul M. Kohn, chercheur émérite et professeur de psychologie à l’Université York (York University), située à Toronto, dans la province de l’Ontario au Canada. Le Dr Kohn a consacré une part significative de ses travaux de recherche à la psychologie sociale, à la mesure des attitudes politiques, aux mécanismes d’adaptation face au stress (notamment à travers le développement d’échelles de tracas quotidiens comme la Daily Hassles Scale) et à l’analyse des déterminants de la personnalité influençant les comportements civiques et subversifs.

Ses travaux conduits au Département de psychologie de l’Université York dans les années 1970 et 1980 visaient à doter la recherche canadienne et internationale d’outils standardisés tenant compte des réalités culturelles locales tout en corrigeant les lacunes méthodologiques des instruments classiques conçus aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. Les correspondances scientifiques et les demandes relatives aux travaux du Pr Kohn ont historiquement été gérées par le Département de psychologie de l’Université York (Toronto, Ontario, Canada).

4. Objectif / Purpose

L’objectif principal de l’Échelle d’autoritarisme-rébellion est de fournir une mesure psychométrique valide, fiable et méthodologiquement exempte de biais d’acquiescement (acquiescence response set), capable de situer un individu sur un continuum allant de la soumission autoritaire inconditionnelle à la rébellion active contre l’autorité instituée. Lorsque l’école de Berkeley a publié The Authoritarian Personality en 1950, l’échelle F est rapidement devenue l’étalon de référence pour diagnostiquer la prédisposition psychologique au fascisme, à l’antisémitisme et à l’ethnocentrisme. Cependant, les critiques méthodologiques formulées dès le milieu des années 1950 (notamment par Bass, Christie, Garcia et Messick) ont démontré qu’une proportion substantielle de la variance des scores à l’échelle F ne mesurait pas l’autoritarisme en tant que tel, mais simplement une propension cognitive ou stylistique à être d’accord avec toute affirmation rédigée de manière autoritaire ou catégorique.

Pour remédier à cette impasse, plusieurs chercheurs ont tenté de créer des énoncés inversés (reversed items). Cependant, la plupart de ces inversions s’étaient limitées à insérer des négations syntaxiques maladroites ou des formulations artificielles qui détruisaient la signification psychologique du construit originel. L’innovation de Paul M. Kohn (1972) a consisté à conceptualiser l’opposé de l’autoritarisme non pas comme une simple absence passive d’autoritarisme, mais comme un construit actif et affirmé : la rébellion idéologique et le rejet explicite des normes traditionnelles. Les items inversés de Kohn ne sont donc pas de simples négations sémantiques, mais des prises de position vigoureusement contestataires, souvent associées à la rhétorique de la Nouvelle Gauche (New Left) des années 1960 et 1970.

Sur le plan des applications empiriques, l’échelle A-R remplit une triple fonction dans la recherche en sciences sociales :

  • Recherche en psychologie politique : Elle permet d’étudier les liens entre les dynamiques de personnalité et les comportements électoraux, la participation à des manifestations de contestation civile, les attitudes à l’égard de la désobéissance civile et la sympathie envers des mouvements radicaux ou révolutionnaires.
  • Recherche sociologique et criminologique : L’outil mesure l’adhésion aux doctrines pénales rétributives (punitions corporelles, sévérité judiciaire envers les délinquants sexuels) par opposition aux modèles sociologiques structuralistes privilégiant la réhabilitation et la transformation des structures sociales injustes.
  • Évaluation des dynamiques familiales et du développement moral : L’échelle appréhende la transmission intergénérationnelle du respect de la hiérarchie parentale contre l’émancipation individualiste radicale, offrant un éclairage précieux sur les conflits de valeurs au sein des cohortes transitionnelles d’étudiants.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par l’Échelle d’autoritarisme-rébellion repose sur une conception dialectique et bidimensionnelle sous-jacente unifiée sur un axe bipolaire. Kohn postule que l’autoritarisme et la rébellion partagent une focalisation commune sur la structure du pouvoir social, mais adoptent des orientations diamétralement opposées face à cette réalité. Alors que le pôle autoritaire sacralise la hiérarchie et perçoit l’ordre institutionnel comme le seul rempart contre le chaos, le pôle de la rébellion envisage la hiérarchie instituée comme une source intrinsèque d’aliénation et réclame la subversion de l’autorité pour libérer le potentiel humain. Les items du test explorent six sous-composantes majeures :

1. Obéissance versus Autonomie et Subversion morale

Cette dimension confronte la glorification de l’obéissance en tant que vertu cardinale à son rejet en tant que principe immoral ou vecteur d’asservissement. Les items autoritaires affirment que l’obéissance est la « mère du succès » (item 14) et la vertu suprême à enseigner aux enfants (item 1). À l’opposé, les énoncés de rébellion stipulent qu’« aucun principe n’est plus immoral que celui de l’obéissance » (item 6) ou encore qu’« obéissance est mère d’asservissement » (item 22), incitant l’individu à suivre sa propre conscience sans égard pour la loi (item 5).

2. Piété filiale et Déférence parentale

Au niveau de la cellule familiale, l’autoritarisme postule une dette affective et morale indéfectible des enfants envers leurs géniteurs, condamnant avec véhémence l’ingratitude filiale (item 24). La posture rebelle déconstruit cette obligation morale, affirmant sans ambages que les enfants « ne doivent absolument rien à leurs parents » (item 11), rejetant ainsi la famille patriarcale comme première instance de reproduction de l’assujettissement autoritaire.

3. Superstition, Fatalisme et Rationalisme critique

Fidèle aux observations d’Adorno et al. concernant la pensée magique et le besoin de certitudes transcendantes chez la personnalité autoritaire, l’échelle intègre des items relatifs à la croyance aux forces surnaturelles et à l’astrologie (items 3, 17). En contrepoint, la dimension de rébellion dénonce la foi surnaturelle comme une « auto-illusion nocive » (item 30) et qualifie l’astrologie de fraude intellectuelle incompatible avec la raison (item 8).

4. Punition rétributive versus Causalité sociologique du crime

Cette facette oppose une vision hautement punitive de la déviance sociale à une approche compassionnelle et critique. L’attitude autoritaire préconise le châtiment corporel public et l’élimination des délinquants sexuels (item 21). À l’inverse, l’attitude de rébellion analyse le crime comme le reflet d’une « société malade » qui doit être transformée structurellement au lieu de concentrer les représailles sur les individus marginalisés (item 13).

5. Nationalisme conservateur versus Révolution sociopolitique

Adaptée à l’environnement sociopolitique dans lequel l’échelle a vu le jour, cette dimension confronte le chauvinisme identitaire à la critique acerbe des institutions nationales. L’autoritarisme idéalise le mode de vie canadien et justifie l’usage de la force pour enrayer son déclin (items 16, 20), tandis que la rébellion proclame que la société est si rétive au progrès qu’une « révolution est nécessaire pour mettre fin à ses injustices et oppressions » (item 9).

6. Vision de la stratification sociale : Darwinisme social versus Justice égalitariste

Enfin, l’échelle évalue la dichotomisation du monde social. L’autoritarisme divise l’humanité en deux catégories immuables, les « forts » et les « faibles » (item 4), et nourrit une méfiance hygiéniste ou xénophobe envers le brassage des populations (item 10). La rébellion affirme au contraire que forts et faibles ne sont que les privilégiés et les déshérités d’un système injuste (item 26) et valorise l’intégration cosmopolite et la fraternité universelle (items 18, 19).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le fondement théorique de l’Échelle d’autoritarisme-rébellion s’ancre dans les théories psychosociales de la Théorie critique de l’École de Francfort, tout en s’ouvrant aux apports de la psychologie de la contestation des années 1960. Dans l’ouvrage monumental d’Adorno, Frenkel-Brunswik, Levinson et Sanford (1950), l’autoritarisme était conceptualisé comme un syndrome de personnalité unitaire, profondément enraciné dans des structures psychodynamiques de type freudien. Selon ce modèle, une éducation parentale rigide et punitive refoule les pulsions hostiles de l’enfant envers ses figures d’autorité. Cette agressivité refoulée est ensuite projetée vers l’extérieur, sur des groupes minoritaires ou marginalisés (ethnocentrisme), tandis que l’autorité est idéalisée et obéie aveuglément (soumission autoritaire).

Cependant, Kohn s’est détaché des présupposés strictement psychanalytiques pour adopter une approche fondée sur l’organisation cognitive et idéologique des attitudes. S’inspirant des travaux de Milton Rokeach (1960) sur le dogmatisme et l’ouverture d’esprit, ainsi que des contributions de Christie et Jahoda (1954) sur la question de l’« autoritarisme de gauche », Kohn a formulé l’hypothèse que la rébellion ne constitue pas nécessairement l’antithèse clinique de l’autoritarisme sur le plan structural, mais représente sa polarité idéologique opposée au niveau des croyances déclarées.

La théorie sous-jacente à la construction de l’échelle A-R postule que l’autoritarisme classique et la rébellion sociopolitique sont organisés le long d’un axe idéologique unique structuré autour du dilemme de la légitimité de l’ordre social traditionnel :

  • Le pôle d’autoritarisme de droite conventionnel : Caractérisé par le conformisme aux règles établies par les institutions dominantes (État, Église, Famille patriarcale), la conventionalité morale, le rejet de l’introspection et une propension marquée à l’agression punitive envers les déviants.
  • Le pôle de rébellion anti-autoritaire : Caractérisé par la contestation délibérée des diktats étatiques, l’éthique de conviction personnelle primant sur la loi positive, la critique du matérialisme institutionnel, et une revendication de permissivité émancipatrice comme condition nécessaire à l’épanouissement moral.

En équilibrant minutieusement les 15 items autoritaires issus ou adaptés de l’échelle F avec 15 formulations rebelles novatrices, Kohn s’est également appuyé sur la théorie des styles de réponse psychométriques développée par Jackson et Messick (1958). Cette perspective démontre que lorsque des instruments d’attitude ne comportent que des énoncés unidirectionnels, la variance des résultats reflète davantage la passivité cognitive des répondants que leur véritable position idéologique. La neutralisation de ce biais stylistique par le balancement parfait permet de reconnecter la mesure empirique aux véritables processus cognitifs régissant les attitudes politiques.

7. Validité / Validity

La validité de l’Échelle d’autoritarisme-rébellion a été minutieusement documentée par Paul M. Kohn dans sa publication princeps de 1972 dans la revue Sociometry, ainsi que dans des travaux ultérieurs menés au Canada et à l’international.

Validité de construit et contrôle du biais d’acquiescement

Le premier indicateur de la validité de construit de l’instrument réside dans sa capacité démontrée à éliminer le biais d’acquiescement. Alors que l’échelle F originale d’Adorno corrélait de manière abusivement élevée avec des mesures de simple acquiescence stylistique (parfois jusqu’à r = 0,40 à 0,55), le score global à l’échelle A-R présente une corrélation virtuellement nulle avec les indices d’acquiescement pur (corrélations généralement comprises entre -0,05 et +0,08, non significatives). Cela atteste que la variance observée est strictement attribuable au contenu sémantique des propositions.

Validité convergente

L’échelle A-R présente une validité convergente robuste avec de multiples instruments psychologiques mesurant des construits apparentés :

  • Elle corrèle très fortement et positivement avec l’échelle F originale d’Adorno et al. (coefficients de corrélation r variant de 0,65 à 0,78 selon les études), ce qui démontre qu’elle capte bien l’essence du construit d’autoritarisme historique.
  • Elle montre des corrélations positives significatives avec les échelles de conservatisme social et politique (par exemple, l’échelle de conservatisme de Wilson-Patterson, r ≈ 0,55 à 0,68).
  • Elle est corrélée positivement avec les mesures d’ethnocentrisme, de xénophobie et d’adhésion aux doctrines de punition rétributive.
  • À l’inverse, les scores élevés d’autoritarisme sur l’échelle A-R corrèlent négativement avec les mesures d’ouverture à l’expérience (Openness to Experience) du modèle des Big Five (r ≈ -0,35 à -0,48) et avec les scores aux échelles d’empathie sociale.

Validité discriminante

La validité discriminante a été confirmée par l’absence d’associations significatives non théoriques avec des variables telles que l’intelligence fluide mesurée par des tests non-verbaux, ou les traits fondamentaux de névrosisme et d’extraversion du modèle d’Eysenck, démontrant que l’instrument évalue bien des attitudes sociopolitiques et idéologiques distinctes des dimensions de tempérament clinique général.

Validité prédictive et critériée

Dans ses études de validation, Kohn (1972) a administré l’échelle à des cohortes d’étudiants engagés dans des actions militantes réelles. Les résultats ont révélé une validité prédictive remarquable :

  • Les étudiants ayant activement participé à des grèves universitaires, à des manifestations contre la guerre ou à des mouvements de contestation civile obtenaient des scores significativement orientés vers le pôle de la rébellion (moyennes largement inférieures à la moyenne normative).
  • Inversement, les étudiants affiliés à des organisations religieuses traditionalistes, à des clubs politiques conservateurs ou à des programmes de formation militaire affichaient des scores substantiellement plus élevés, indiquant un autoritarisme prononcé.

8. Fidélité / Reliability

Les propriétés métrologiques de l’Échelle d’autoritarisme-rébellion témoignent d’une excellente fidélité psychométrique, tant du point de vue de la cohérence interne que de la stabilité temporelle à travers le temps.

Cohérence interne (Consistance interne)

Dans l’échantillon initial de standardisation composé de plusieurs centaines d’étudiants de l’Université York (Kohn, 1972), le coefficient global alpha de Cronbach (α) obtenu pour l’ensemble des 30 items était de 0,82. Dans des réplications indépendantes ultérieures menées auprès de populations d’adultes plus diversifiées sur les plans générationnel et socioprofessionnel, les coefficients de consistance interne se sont maintenus dans un intervalle hautement satisfaisant, s’échelonnant généralement entre 0,77 et 0,86.

Les deux sous-ensembles de l’échelle présentent également des niveaux de fidélité respectables :

  • Le sous-ensemble des 15 items autoritaires (cotés directement) affiche un alpha de Cronbach d’environ 0,78 à 0,81.
  • Le sous-ensemble des 15 items de rébellion (items inversés) présente un alpha d’environ 0,74 à 0,80.

Les corrélations item-total corrigées oscillent pour la très grande majorité des énoncés entre 0,28 et 0,58, ce qui démontre qu’aucun item n’introduit de bruit de mesure excessif dans la variance globale du construit.

Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)

La stabilité temporelle a été documentée lors d’études de suivi longitudinal sur des intervalles variant de quatre semaines à six mois :

  • Sur un intervalle de 4 semaines, le coefficient de corrélation test-retest de Pearson s’élève à r = 0,87 (p < 0,001), ce qui atteste d’une stabilité immédiate remarquable.
  • Sur un intervalle plus étendu de 6 mois, le coefficient de corrélation demeure à un niveau très élevé de r = 0,79, démontrant que l’échelle A-R mesure des orientations dispositionnelles et idéologiques profondes plutôt que de simples fluctuations d’humeur ou des réactions conjoncturelles à l’actualité médiatique.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’exploration factorielle de l’Échelle d’autoritarisme-rébellion a suscité un intérêt scientifique considérable dans les décennies suivant sa parution, notamment pour vérifier si l’échelle forme une entité strictement unidimensionnelle ou si elle agrège plusieurs composantes interconnectées.

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Dans les premières analyses factorielles exploratoires menées par Kohn (1972) à l’aide de l’extraction par composantes principales suivie d’une rotation varimax, un facteur général dominant émerge systématiquement avant rotation, expliquant entre 18 % et 25 % de la variance totale. Ce résultat justifie empiriquement l’utilisation d’un score total global sommé représentant l’axe Autoritarisme-Rébellion.

Cependant, après rotation orthogonale et oblique (promax), la structure multifactorielle met en évidence quatre à cinq facteurs primaires interprétables, qui reflètent fidèlement la complexité psychologique du construit :

Facteur identifié Items représentatifs Saturations factorielles typiques Description conceptuelle
Facteur 1 : Obéissance et Soumission morale Items 1, 6*, 14, 22*, 25, 27* 0,52 à 0,71 Valorisation de la discipline infantile et conformité absolue à l’autorité versus rejet moral de l’assujettissement.
Facteur 2 : Justice pénale et Punitivisme Items 13*, 21 0,48 à 0,66 Châtiment violent et rétribution corporelle versus analyse structurelle des défaillances sociétales.
Facteur 3 : Chauvinisme et Préservation identitaire Items 9*, 12*, 16, 20 0,44 à 0,62 Nationalisme messianique et usage de la force étatique versus révolution et dénonciation de la corruption matérielle.
Facteur 4 : Hiérarchie sociale et Croyances métaphysiques Items 3, 4, 8*, 17, 26*, 30* 0,41 à 0,59 Division essentialiste entre forts/faibles et soumission transcendantale versus rationalisme critique et égalitarisme.

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

Des recherches contemporaines réexaminant les données de l’échelle au prisme de l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) ont comparé un modèle unifactoriel strict à un modèle bifactoriel (un facteur général d’autoritarisme-rébellion assorti de facteurs de méthode liés à la valence des items). Les indices d’ajustement indiquent qu’un modèle bifactoriel ou un modèle hiérarchique de second ordre offre une adéquation statistique supérieure aux données empiriques (RMSEA < 0,06, CFI > 0,91, TLI > 0,90), confirmant la pertinence d’utiliser le score global tout en reconnaissant les nuances thématiques des sous-dimensions.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Échelle d’autoritarisme-rébellion se présente sous la forme d’un questionnaire standardisé d’auto-évaluation papier-crayon ou informatisé. Ses spécifications techniques sont les suivantes :

  • Nom complet de l’instrument : Échelle d’autoritarisme-rébellion (Authoritarianism-Rebellion Scale, A-R Scale).
  • Auteur : Paul M. Kohn (1972).
  • Type de passation : Auto-questionnaire individuel ou collectif.
  • Temps de passation : Environ 10 à 15 minutes.
  • Nombre d’items : 30 items énoncés sous forme d’affirmations déclaratives.
  • Format des réponses : Échelle de Likert à 6 points d’accord/désaccord, volontairement conçue sans modalité centrale neutre pour forcer un choix d’orientation :
    • 1 = Disagree Strongly (Fortement en désaccord)
    • 2 = Disagree Somewhat (Moyennement en désaccord)
    • 3 = Disagree Slightly (Légèrement en désaccord)
    • 4 = Agree Slightly (Légèrement d’accord)
    • 5 = Agree Somewhat (Moyennement d’accord)
    • 6 = Agree Strongly (Fortement d’accord)
  • Cotation et Inversion des items :
    • Items cotés directement (15 items) : 1, 3, 4, 7, 10, 14, 15, 16, 17, 20, 21, 24, 25, 28, 29. Pour ces items, les points attribués correspondent directement à la valeur cochée (de 1 à 6). Un score élevé reflète une forte soumission autoritaire.
    • Items cotés de manière inversée (15 items marqués d’un astérisque *) : 2, 5, 6, 8, 9, 11, 12, 13, 18, 19, 22, 23, 26, 27, 30. Pour ces énoncés, la cotation doit impérativement être inversée avant le calcul du score global selon la formule suivante : Score révisé = 7 - Réponse brute (c’est-à-dire : 1 devient 6, 2 devient 5, 3 devient 4, 4 devient 3, 5 devient 2, 6 devient 1).
  • Calcul et Interprétation du score global :
    • Le score total s’obtient en additionnant les réponses aux 30 items après inversion des 15 items rebelles.
    • L’étendue théorique des scores varie de 30 à 180 points.
    • Le point neutre arithmétique se situe précisément à 105 points.
    • Score < 105 : Orientation prédominante vers la Rébellion, le non-conformisme, l’anti-autoritarisme et la critique des institutions établies. Plus le score est proche de 30, plus l’orientation rebelle et contestataire est radicale.
    • Score > 105 : Orientation prédominante vers l’Autoritarisme classique, la déférence hiérarchique, le conservatisme sociopolitique et le punitivisme légal. Plus le score est proche de 180, plus la personnalité autoritaire conventionnelle est marquée.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de conception originale : 1972.
  • Statut des droits et conditions d’utilisation : L’Échelle d’autoritarisme-rébellion a été publiée dans le domaine universitaire au sein de la revue Sociometry (actuellement publiée sous le titre Social Psychology Quarterly par l’American Sociological Association). Conformément aux pratiques académiques habituelles, l’instrument est accessible gratuitement à des fins exclusives de recherche scientifique non commerciale, d’enseignement supérieur et d’études psychométriques sans but lucratif.
  • Tarification : L’utilisation de l’échelle est totalement gratuite (aucun coût d’acquisition ou de licence de passation n’est exigé pour les chercheurs académiques).
  • Modalités d’autorisation : Les chercheurs souhaitant administrer l’instrument dans le cadre d’études empiriques doivent citer formellement la publication originale de Paul M. Kohn (1972). Pour toute adaptation commerciale ou inclusion dans des batteries de tests distribuées par des éditeurs privés, l’autorisation préalable de l’auteur ou des ayant-droit des publications de l’Université York et de l’éditeur scientifique est obligatoire.

12. Références / References

  • Adorno, T. W., Frenkel-Brunswik, E., Levinson, D. J., & Sanford, R. N. (1950). The authoritarian personality. Harper & Row.
  • Christie, R., & Jahoda, M. (Eds.). (1954). Studies in the scope and method of « The authoritarian personality ». Free Press.
  • Jackson, D. N., & Messick, S. (1958). Content and style in personality assessment. Psychological Bulletin, 55(4), 243–252. https://doi.org/10.1037/h0045996
  • Kohn, P. M. (1972). The Authoritarianism-Rebellion scale: A balanced F Scale with left-wing reversals. Sociometry, 35(1), 176–189. https://doi.org/10.2307/2786555
  • Kohn, P. M. (1974). Is the Authoritarianism-Rebellion scale really balanced? Journal of Social Psychology, 92(2), 297–302. https://doi.org/10.1080/00224545.1974.9923112
  • Rokeach, M. (1960). The open and closed mind: Investigations into the nature of belief systems and personality systems. Basic Books.
  • Wilson, G. D., & Patterson, J. R. (1968). A new measure of conservatism. British Journal of Social and Clinical Psychology, 7(4), 264–269. https://doi.org/10.1111/j.2044-8260.1968.tb00568.x

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Response Scale:
Disagree Strongly = 1
Disagree Somewhat = 2
Disagree Slightly = 3
Agree Slightly = 4
Agree Somewhat = 5
Agree Strongly = 6
Note: Items marked with an asterisk (*) are reverse-scored items.
  1. Obedience and respect for authority are the most important virtues children should learn.
  2. * What we need least is an authority to tell us what to do or how to do it.
  3. Every person should have complete faith in some supernatural power whose decisions he obeys without question.
  4. People can be divided into two distinct classes‚ the weak and the strong.
  5. * To be a decent human being‚ follow your conscience regardless of the law.
  6. * No principle is more immoral than that of obedience.
  7. Familiarity breeds contempt.
  8. * Astrology will never explain anything because it is a fraud.
  9. * The Canadian way of life is so resistant to progress that a revolution is necessary to end its injustices and oppressions.
  10. Nowadays‚ when so many different kinds of people move around and mix together so much‚ a person has to protect himself against catching an infection or disease from them.
  11. * Children don’t owe their parents a thing.
  12. * Canada can’t exert moral leadership among nations until it abandons its corrupt material nature.
  13. * Sex crimes like rape and child molesting reflect a sick society and we must change society rather than punish individual offenders.
  14. Obedience is the mother of success.
  15. Strong discipline builds moral character.
  16. Canada is spiritually predestined to lead the world.
  17. Some day it will probably be shown that astrology can explain a lot of things.
  18. * Peoples of different nationalities‚ social classes and races should mix together more. Everybody would benefit from it.
  19. * To know people well is to love them.
  20. The true Canadian way of life is disappearing so fast that force may be necessary to preserve it.
  21. Sex crimes‚ such as rape and attacks on children‚ deserve more than mere punishment: Such criminals ought to be publicly whipped or worse.
  22. * Obedience is the mother of enslavement.
  23. * True morality only develops in a fully permissive environment.
  24. There is hardly anything lower than a person who does not feel a great deal of love‚ gratitude‚ and respect for his parents.
  25. No principle is more noble or holy than that of true obedience.
  26. * The strong and the weak are not inherently different. They are merely the advantaged and the disadvantaged members of an unfair society.
  27. * Obedience and respect for authority aren’t virtues and shouldn’t be taught to children.
  28. To be a decent person‚ always stay within the law.
  29. Our chief want in life is somebody to make us do what we should.
  30. * Faith in the supernatural is a harmful self-delusion‚ and submission to religious authority is dangerous.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Échelle d’autoritarisme-rébellion. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-autoritarisme-rebellion/
Looti, Mohammed. “Échelle d’autoritarisme-rébellion.” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-autoritarisme-rebellion/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’autoritarisme-rébellion.” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-autoritarisme-rebellion/.