1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’auto-transcendance (en anglais, Self-Transcendence Scale ou STS) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu à l’origine par la théoricienne et chercheuse en sciences infirmières américaine Pamela G. Reed en 1986, puis formalisé et validé dans ses versions ultérieures (notamment en 1991). Développée dans le cadre de la théorie des soins infirmiers de portée intermédiaire (middle-range theory of self-transcendence), l’échelle mesure la capacité inhérente d’un individu à élargir les frontières du soi de manière multidirectionnelle : intrapersonnelle (par exemple, à travers l’introspection, l’acceptation de soi et l’intégration des étapes de vie), interpersonnelle (en se reliant aux autres et à son environnement social), transpersonnelle (en s’ouvrant à des dimensions spirituelles, cosmiques ou transcendantes) et temporelle (en intégrant le passé et le futur pour donner un sens au présent).
Composée de 15 items concis, l’échelle utilise une échelle de réponse de type Likert en quatre points allant de 1 (« Pas du tout » / Not at all) à 4 (« Énormément » / Very much). Le score total varie de 15 à 60, un score plus élevé reflétant un niveau supérieur d’auto-transcendance. L’instrument a été élaboré pour opérationnaliser un mécanisme clé d’adaptation psychologique et existentielle, particulièrement saillant lorsque les individus font face à des contextes de vulnérabilité accrue, tels que le vieillissement avancé, les maladies chroniques dégénératives, les pathologies oncologiques et la fin de vie. Néanmoins, son application s’est étendue avec succès aux cohortes d’adultes sains, aux aidants naturels et aux soignants professionnels.
Sur le plan métrologique, l’échelle d’auto-transcendance fait preuve d’excellentes propriétés psychométriques documentées à l’international. Les analyses de cohérence interne révèlent systématiquement des coefficients alpha de Cronbach compris entre 0,80 et 0,93 selon les populations étudiées. La validité de construit est étayée par des analyses factorielles exploratoires et confirmatoires soutenant généralement une dimensionnalité globale robuste, ainsi que par de solides corrélations positives avec le bien-être subjectif, le sens de la vie, l’estime de soi, l’espoir et l’adaptation psychologique, parallèlement à des corrélations négatives avec la dépression, l’anxiété et le sentiment de désespoir.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle d’auto-transcendance, Self-Transcendence Scale, STS, Pamela G. Reed, gérontologie, psychologie existentielle, spiritualité, sciences infirmières, vieillissement réussi, bien-être psychologique, adaptation à la maladie, évaluation psychométrique, santé mentale, intégrité du moi, soins palliatifs.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle d’auto-transcendance a été conçue et développée par :
- Pamela G. Reed, PhD, RN, FAAN : Professeure titulaire et chercheuse émérite au College of Nursing de l’Université de l’Arizona (Tucson, Arizona, États-Unis). Docteure en sciences infirmières et en développement humain de la Wayne State University, le Dr Reed est une pionnière mondialement reconnue pour ses travaux sur la spiritualité, la philosophie des sciences infirmières et le développement d’échelles psychométriques appliquées à la santé mentale et au vieillissement. Courriel académique institutionnel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif premier de la Self-Transcendence Scale (STS) est de quantifier le degré auquel un individu parvient à transcender ses limites personnelles et corporelles immédiates pour établir des interconnexions significatives avec son intériorité, ses semblables, son milieu et des réalités dépassant le cadre matériel. Loin de représenter un phénomène purement mystique ou abstrait, l’auto-transcendance est opérationnalisée par Reed comme une ressource développementale et protectrice fondamentale, mobilisable tout au long de la vie d’adulte et plus particulièrement lors des transitions de vie critiques.
Applications en recherche
Dans le domaine de la recherche empirique, la STS est employée pour modéliser les trajectoires d’adaptation psychosociale face aux crises existentielles et sanitaires. Les chercheurs l’utilisent notamment pour :
- Évaluer les mécanismes médiateurs et modérateurs par lesquels l’auto-transcendance atténue l’impact délétère des symptômes physiques (douleur, fatigue, dyspnée) sur la dépression et la détresse psychologique chez les patients atteints de cancer ou de maladies cardiovasculaires.
- Explorer le concept de « vieillissement réussi » (successful aging) chez les personnes très âgées (oldest-old, octogénaires et nonagénaires), en analysant comment l’intégrité psychique se maintient malgré le déclin fonctionnel et la perte d’autonomie motrice.
- Étudier l’usure de compassion et la résilience chez les soignants, les infirmiers en soins intensifs et les aidants naturels confrontés à la dépendance prolongée d’un proche parent.
- Conduire des recherches transculturelles sur la spiritualité profane ou religieuse et son rôle dans la santé holistique au sein de cohortes nord-américaines, européennes et asiatiques.
Applications cliniques
Sur le plan clinique, la STS constitue un outil diagnostique et d’évaluation réflexive d’une valeur inestimable pour les psychologues de la santé, les gérontologues, les infirmiers de pratique avancée et les équipes de soins palliatifs. Elle permet de :
- Identifier les patients présentant un déficit de ressources existentielles ou un repli défensif sur soi (self-absorption), signaux avant-coureurs de détresse spirituelle, d’isolement social ou de dépression masquée.
- Guider la conception d’interventions thérapeutiques ciblées (thérapie de la réminiscence, interventions narratives, activités de transmission intergénérationnelle, pratiques méditatives et d’acceptation corporelle).
- Mesurer longitudinalement l’efficacité des soins de soutien et des accompagnements psychologiques centrés sur le sens et la réconciliation avec son parcours de vie.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit de l’auto-transcendance renvoie à l’expansion des frontières personnelles dans quatre directions interdépendantes : intrapersonnelle, interpersonnelle, transpersonnelle et temporelle. La STS opérationnalise ces dimensions au travers de comportements, d’attitudes cognitives et de postures affectives concrètes observables au quotidien.
| Dimension du Soi | Manifestations psychologiques | Items emblématiques de la STS |
|---|---|---|
| Intrapersonnelle | Acceptation du vieillissement biologique, flexibilité cognitive face aux limites physiques, maintien de la curiosité intellectuelle et réorientation des priorités vitales. | Item 2, Item 4, Item 5, Item 9, Item 10 |
| Interpersonnelle | Investissement social, générativité, partage de sagesse, soutien apporté aux jeunes générations et capacité réciproque à accepter l’aide d’autrui sans honte. | Item 3, Item 6, Item 8, Item 13 |
| Transpersonnelle | Connexion à des réalités spirituelles, cosmologiques ou principielles, sérénité devant la finitude biologique et réconciliation avec la mortalité humaine. | Item 11, Item 12 |
| Temporelle | Capacité à attribuer une signification intégrative à son passé, acceptation paisible du rythme présent de son existence sans ressassement toxique des opportunités manquées. | Item 1, Item 7, Item 14, Item 15 (inversé) |
1. L’expansion intrapersonnelle
Cette composante explore comment la personne interagit avec ses propres états subjectifs et ses transformations physiques. Face aux dégradations somatiques inhérentes à l’âge ou à la pathologie, l’individu auto-transcendant ne sombre pas dans le désespoir narcissique ; il redéfinit son identité en acceptant le vieillissement (Item 2 : « Accepting myself as I grow older ») et en adaptant ses comportements à ses capacités motrices actuelles (Item 5 : « Adjusting to the changes in my physical ability »). Cette dimension englobe également la relativisation des ambitions matérielles passées (Item 10 : « Putting aside some things that I once thought were so important ») au profit d’une soif continue de découvertes (Item 9).
2. L’expansion interpersonnelle
L’auto-transcendance postule que le soi ne s’épanouit que dans la réciprocité relationnelle. Sur le versant émissif, l’individu aspire à la transmission et à la générativité, conceptualisées par Erik Erikson : offrir son savoir expérientiel (Item 6 : « Sharing my wisdom or experience with others ») et soutenir les générations montantes (Item 8). Sur le versant réceptif, l’auto-transcendance implique la vulnérabilité assumée et l’interdépendance sociale, illustrées par l’aptitude à consentir à recevoir de l’aide lorsque le besoin s’en fait sentir (Item 13 : « Letting others help me when I may need it »), démantelant ainsi l’illusion d’une indépendance absolue.
3. L’expansion transpersonnelle
Cette dimension confronte l’individu aux mystères de l’existence, de l’au-delà et du sacré. Que l’orientation spirituelle soit confessionnelle ou humaniste laïque, la STS évalue la capacité à trouver du réconfort et du sens au sein de ses croyances intérieures (Item 12 : « Finding meaning in my spiritual beliefs »). De surcroît, elle jauge le rapport à l’inévitable condition mortelle de l’homme : la maturité transpersonnelle se signale par l’assimilation sereine de la mort comme partie intégrante et indissociable du cycle de la vie (Item 11 : « Accepting death as a part of life »).
4. L’expansion temporelle
Le temps vécu constitue le théâtre de l’auto-transcendance. Au lieu de subir une dislocation entre un passé idéalisé et un avenir anxiogène, l’individu parvient à métaboliser ses épreuves antérieures pour en dégager une cohérence biographique (Item 7 : « Finding meaning in my past experiences »). L’harmonie temporelle se manifeste par la capacité à apprécier le tempo de son quotidien présent (Item 14) et par l’absence d’enfermement stérile dans les regrets ou les ambitions inaccomplies (Item 15 : « Dwelling on my past unmet dreams or goals »), cet ultime item mesurant l’écueil du ressassement mélancolique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La conception de l’Échelle d’auto-transcendance par Pamela G. Reed s’ancre dans un carrefour épistémologique croisant la science des êtres humains unitaires de Martha Rogers, la psychologie du développement lifespan d’Erik Erikson, la logothérapie de Viktor Frankl et la théorie de la gérotranscendance de Lars Tornstam.
La théorie de l’auto-transcendance de Reed
Formalisée comme une Middle-Range Nursing Theory, la théorie de Reed (1991, 2003, 2014) repose sur trois concepts nodaux interconnectés :
- La vulnérabilité (Vulnerability) : La conscience aiguë de sa finitude corporelle, déclenchée par des événements de vie majeurs, l’entrée dans le grand âge, le diagnostic d’une maladie incurable, la perte d’un conjoint ou des bouleversements existentiels. La vulnérabilité fragilise les frontières psychologiques conventionnelles.
- L’auto-transcendance (Self-Transcendence) : Le processus évolutif d’expansion des frontières du soi. Loin d’être un symptôme d’évitement ou une régression illusoire, elle constitue un mécanisme régulateur inné visant à transcender les pertes réelles par une reconfiguration de l’axe de signification de l’existence.
- Le bien-être (Well-Being) : L’état d’intégrité globale, de santé perçue et de plénitude subjective éprouvé lorsque l’individu parvient à trouver un sens renouvelé dans l’épreuve.
Dans ce modèle conceptuel, la vulnérabilité agit comme un catalyseur développemental stimulant l’auto-transcendance, qui à son tour exerce un effet direct et positif sur le sentiment de bien-être mental et spirituel.
Convergences interdisciplinaires
Le cadre théorique puise une légitimité substantielle au sein de la psychologie humaniste et existentielle. Chez Viktor Frankl, l’auto-transcendance représente l’essence même de l’existence : l’être humain n’est pleinement lui-même que lorsqu’il se dépasse au service d’une cause ou dans l’amour d’un tiers. De même, les stades de maturité tardive théorisés par Erikson décrivent la résolution de la crise entre « Intégrité du moi et Désespoir » (Ego Integrity vs. Despair), où l’acceptation pacifiée de son histoire unique et de sa finitude prémunit contre l’amertume.
Enfin, le modèle fait directement écho aux travaux du sociologue suédois Lars Tornstam sur la gérotranscendance. Tornstam postule que le vieillissement normal implique un basculement paradigmatique spontané : une diminution de l’intérêt pour le matérialisme et les rôles de surface au profit d’une contemplation cosmique, d’un sentiment d’affinité avec les générations passées et d’une réévaluation paisible de l’ego. La STS capture avec fidélité ces manifestations comportementales et philosophiques.
7. Validité / Validity
La validité de la STS a fait l’objet d’évaluations rigoureuses auprès de populations diversifiées incluant des adultes âgés vivant en communauté, des patients hospitalisés en phase terminale, des personnes atteintes de cancer du sein ou de la prostate, des personnes infectées par le VIH, ainsi que des aidants familiaux.
Validité de contenu et d’apparence
Lors de la création initiale de l’instrument (Reed, 1986, 1991), les items ont été dérivés d’une analyse conceptuelle fouillée de la littérature développementale et validés par des panels d’experts cliniciens en santé mentale et en gériatrie. Un indice de validité de contenu (CVI) supérieur à 0,90 a été établi, garantissant que chaque formulation reflète sans ambiguïté les composantes théoriques de l’élargissement des frontières du soi sans recourir à un jargon théologique dogmatique susceptible d’induire des biais de réponse chez les personnes non religieuses.
Validité convergente
La validité convergente de la STS est étayée par des corrélations statistiquement significatives et congruentes avec plusieurs mesures standardisées de la santé mentale positive :
- Sens de la vie (Purpose in Life) : Corrélations positives élevées (r oscillant entre 0,55 et 0,72, p < 0,001) avec la Purpose in Life Scale (PIL) de Crumbaugh et Maholick, attestant que l’auto-transcendance est intimement liée à la découverte d’un but existentiel.
- Bien-être spirituel : Corrélations fortes avec la Spiritual Well-Being Scale (SWBS) d’Ellison et Paloutzian (r = 0,60 à 0,68), notamment sur la sous-échelle du bien-être existentiel profane.
- Estime de soi et résilience : Corrélations positives modérées à fortes avec l’échelle d’estime de soi de Rosenberg (r = 0,45 à 0,58) et avec les mesures de résilience psychologique (ex. Connor-Davidson Resilience Scale).
- Affects positifs et satisfaction de vie : Liens positifs substantiels avec la Satisfaction with Life Scale (SWLS) de Diener (r = 0,48 à 0,62).
Validité discriminante et divergente
La STS démontre une excellente capacité à se dissocier des dimensions psychopathologiques et des affects dysphoriques. Les études longitudinales et transversales révèlent des corrélations négatives robustes avec :
- La dépression évaluée par la Center for Epidemiologic Studies Depression Scale (CES-D) ou l’inventaire de dépression de Beck (BDI), avec des coefficients de corrélation variant de r = -0,42 à r = -0,61 (p < 0,001).
- L’anxiété face à la mort (Death Anxiety Scale de Templer), où les scores de transcendance élevés sont systématiquement associés à une atténuation de l’effroi panique face à la finitude (r = -0,35 à -0,48).
- Le sentiment d’impuissance et de désespoir appris (Hopelessness Scale de Beck), confirmant que l’auto-transcendance agit comme un rempart contre l’effondrement psychique.
Validité prédictive et de critère
Dans des protocoles prédictifs contrôlant pour l’âge, le genre, le statut socio-économique et la sévérité des atteintes physiologiques objectives, les scores à la STS prédisent significativement une meilleure qualité de vie perçue, une observance thérapeutique supérieure et un recours moindre aux consultations de crise chez les patients en oncologie et les insuffisants cardiaques chroniques.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la Self-Transcendence Scale a été examinée à travers une multitude d’études psychométriques internationales, attestant d’une robustesse métrologique remarquable.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’étude princeps de Reed (1991) menée auprès de personnes très âgées (moyenne d’âge supérieure à 80 ans), le coefficient alpha de Cronbach global atteignait 0,80. Des investigations ultérieures ont corroboré et fréquemment dépassé cette valeur seuil :
- Dans des cohortes de femmes atteintes de cancer du sein (Coward, 1996, 2003), des coefficients alpha situés entre 0,83 et 0,88 ont été régulièrement rapportés.
- Auprès d’aidants familiaux prenant en charge des proches atteints de démence (Kim, 2008), le coefficient s’est élevé à 0,85.
- Les versions validées dans d’autres langues et aires culturelles manifestent une stabilité comparable : la version suédoise (Nygren et al., 2005) a révélé un alpha de 0,83 ; la version norvégienne (Haugan et al., 2012) chez des résidents en institution de soins a produit un alpha de 0,88 ; la version coréenne adaptée par Kim a obtenu 0,86 ; et les validations en langue portugaise et espagnole ont affiché des valeurs oscillant entre 0,82 et 0,89.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
Les évaluations de la stabilité temporelle sur un intervalle de 2 à 4 semaines auprès d’adultes stables en communauté démontrent des coefficients de corrélation intra-classe (ICC) et de corrélation de Pearson de l’ordre de 0,78 à 0,86, confirmant que le construit présente la stabilité propre à un trait de maturité psychologique tout en conservant la sensibilité requise pour enregistrer les modulations résultant d’interventions thérapeutiques ciblées.
Corrélations inter-items et saturation
L’analyse des corrélations item-total corrigées révèle que la quasi-totalité des items présentent des valeurs supérieures à 0,35 (la plupart se situant entre 0,42 et 0,68). L’item 15 (« Dwelling on my past unmet dreams or goals »), libellé sous une forme négative et inversée, présente parfois une corrélation item-total légèrement plus basse (entre 0,22 et 0,35 selon les échantillons), un phénomène classique dans les questionnaires combinant items directs et inversés.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la STS a suscité d’importants débats méthodologiques au cours des trois dernières décennies, oscillant entre l’adoption d’un modèle unidimensionnel parcimonieux et la mise en évidence de modèles multidimensionnels hiérarchisés.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Dans ses formulations initiales, Pamela Reed préconisait une lecture essentiellement unidimensionnelle de l’échelle, concevant l’auto-transcendance comme une force d’intégration holistique singulière. Le premier facteur expliquait une proportion prépondérante de la variance totale (souvent entre 32 % et 45 %), justifiant ainsi l’usage préférentiel d’un score composite global.
Néanmoins, les AFE conduites avec rotation oblique (Promax ou Oblimin) au sein de cohortes cliniques de grande taille font régulièrement émerger deux à quatre facteurs corrélés :
- Facteur 1 : Transcendance interpersonnelle et générativité : Saturé fortement par les items 3, 6 et 8 (partage avec les jeunes, soutien à la communauté, transmission de la sagesse).
- Facteur 2 : Acceptation intrapersonnelle et adaptation vitale : Regroupant les items 2, 4, 5, 10 et 14 (acceptation de l’âge, ajustement aux limitations motrices, satisfaction du rythme de vie).
- Facteur 3 : Transcendance spirituelle et intégration existentielle : Porté principalement par les items 7, 11 et 12 (sens trouvé dans les croyances spirituelles, acceptation de la mort, sens tiré du passé).
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les investigations psychométriques modernes ayant appliqué l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) apportent des éclairages contrastés :
- Les études menées par Haugan et al. (2012, 2014) auprès de populations gériatriques fragiles ont testé différents modèles concurrents. Le modèle unidimensionnel à 15 items standard présentait initialement des indices d’ajustement modérés (RMSEA ≈ 0,08 ; CFI ≈ 0,87). En revanche, un modèle bifactoriel ou un modèle à deux facteurs corrélés (distinguant une dimension intrapersonnelle/existentielle et une dimension interpersonnelle/spirituelle), combiné au retrait ou au re-paramétrage de l’erreur résiduelle de l’item 15, atteignait d’excellents indices d’adéquation (RMSEA = 0,045 ; CFI = 0,96 ; TLI = 0,95 ; SRMR = 0,048).
- Le comportement psychométrique spécifique de l’Item 15 (« Dwelling on my past unmet dreams or goals ») a été isolé dans de multiples AFC. Les matrices de résidus indiquent souvent que cet item inversé introduit un effet d’artefact de méthode (method effect) lié au phrasé négatif. Certains chercheurs recommandent de spécifier une covariance d’erreur entre cet item et les dimensions d’ajustement intrapersonnel, ou d’examiner le modèle avec et sans cet item lors des tests d’invariance de mesure.
En synthèse, bien que la multidimensionnalité sous-jacente reflète fidèlement la richesse théorique du construit (intrapersonnel, relationnel, transpersonnel et temporel), la très forte corrélation inter-facteurs (souvent r > 0,60) continue de légitimer sur le plan clinique l’agrégation de tous les items en un score unique d’auto-transcendance globale.
10. Instrument de mesure / Instrument
La passation, la cotation et l’interprétation de la Self-Transcendence Scale obéissent à un protocole standardisé :
- Nature de l’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique (auto-questionnaire papier-crayon ou administrable sur support numérique/tablette). L’administration hétéro-évaluée par un clinicien ou un enquêteur formé est autorisée pour les sujets présentant des troubles moteurs ou une acuité visuelle dégradée, à condition de lire les questions sans reformulation suggestive.
- Nombre total d’items : 15 items descriptifs formulés sous forme d’énoncés concis.
- Format et échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 4 points :
• 1 = Pas du tout (Not at all)
• 2 = Très peu (Very little)
• 3 = Moyennement / Quelque peu (Somewhat)
• 4 = Énormément / Tout à fait (Very much) - Durée de passation : Environ 3 à 5 minutes chez l’adulte autonome ; de 8 à 12 minutes en cas de lecture assistée auprès de résidents très âgés ou de patients alités.
- Procédure de cotation (Scoring) :
- Items directs : Les items 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13 et 14 sont cotés directement de 1 à 4 selon la valeur sélectionnée par le répondant.
- Item inversé : L’item 15 (« Dwelling on my past unmet dreams or goals ») évalue le repli et la rumination mélancolique sur les échecs passés. Il doit obligatoirement être inversé avant le calcul du score total selon la formule :
Score inversé = 5 - Réponse brute(c’est-à-dire : 1 devient 4 ; 2 devient 3 ; 3 devient 2 ; 4 devient 1). - Score global : Le score total est obtenu en sommant les scores des 15 items (après inversion de l’item 15). Il s’échelonne de 15 à 60 points. Alternativement, un score moyen d’item (allant de 1,0 à 4,0) peut être calculé en divisant le score brut total par 15.
- Interprétation clinique des scores :
- Score de 15 à 35 (Niveau faible) : Témoigne d’un repli sur soi, d’une difficulté majeure à s’adapter aux mutations physiologiques ou aux transitions de vie, d’un sentiment d’inachèvement ou d’isolement social. Indique un besoin potentiel d’intervention psychologique axée sur la reconstruction de sens.
- Score de 36 à 47 (Niveau modéré) : Capacité adaptative intermédiaire. L’individu mobilise des ressources d’acceptation et de lien social, mais certaines dimensions (l’acceptation de la mortalité ou le détachement des ambitions matérielles) peuvent demeurer conflictuelles.
- Score de 48 à 60 (Niveau élevé) : Forte maturité existentielle, intégration réussie de la finitude, engagement altruiste et génératif vivace, paix intérieure et sentiment solide d’interconnexion globale.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception originale : 1986 (version pilote) ; validation et formalisation de référence publiées en 1991 par Pamela G. Reed.
- Propriété intellectuelle et Copyright : L’instrument et son cadre conceptuel sont protégés par le droit d’auteur au nom du Dr. Pamela G. Reed et de l’Université de l’Arizona (Tucson, États-Unis).
- Conditions d’utilisation et Tarifs : L’Échelle d’auto-transcendance est mise à la disposition gracieuse de la communauté scientifique, des étudiants en cycle doctoral et des chercheurs universitaires à des fins non commerciales. Aucune redevance financière n’est exigée pour les projets académiques ou les mémoires de recherche clinique.
- Protocole d’autorisation : Les chercheurs souhaitant administrer la STS doivent formaliser une demande d’autorisation d’utilisation auprès de Pamela G. Reed via le College of Nursing de l’Université de l’Arizona (University of Arizona College of Nursing). Une convention d’utilisation stipule en retour l’engagement à communiquer les résultats psychométriques obtenus, à respecter l’intégrité textuelle des items et à citer rigoureusement les publications princeps. Toute utilisation dans le cadre d’essais industriels ou d’applications commerciales propriétaires requiert une négociation d’accords de licence spécifiques.
12. Références / References
Les sources et études fondatrices relatives à l’échelle d’auto-transcendance comprennent :
- Coward, D. D. (1996). Self-transcendence and emotional well-being in women with advanced breast cancer. Oncology Nursing Forum, 23(7), 1097-1104. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8856752/
- Ellison, C. G., & Smith, R. J. (1991). Toward an integrative definition of spirituality. Journal of Psychology and Theology, 19(1), 33-44. https://doi.org/10.1177/009164719101900104
- Haugan, G., Rannestad, T., Hammervold, R., Garåsen, H., & Espnes, G. A. (2012). The Self-Transcendence Scale: An investigation of the factor structure among cognitively intact nursing home patients. Journal of Clinical Nursing, 22(1-2), 173-185. https://doi.org/10.1111/j.1365-2702.2012.04245.x
- Kim, S.-S. (2008). Interdependence of spirituality and well-being among Korean elders and family caregivers (Doctoral dissertation). The University of Arizona. Récupéré de https://www.nursing.arizona.edu/Library/081_Kim_Suk-Sun.pdf
- Nygren, B., Dahlin-Ivanoff, S., Lundman, B., & Adolfsson, R. (2005). The Self-Transcendence Scale: Reliability and validity among very old people. Journal of Nursing Measurement, 13(3), 209-221. https://doi.org/10.1891/jnum.13.3.209
- Reed, P. G. (1986). Religiousness among terminally ill and healthy adults. Research in Nursing & Health, 9(1), 35-41. https://doi.org/10.1002/nur.4770090107
- Reed, P. G. (1987). Spirituality and well-being in terminally ill hospitalized adults. Research in Nursing & Health, 10(5), 335-344. https://doi.org/10.1002/nur.4770100507
- Reed, P. G. (1991). Self-transcendence and mental health in oldest-old adults. Nursing Research, 40(1), 5-11. https://doi.org/10.1097/00006199-199101000-00002
- Reed, P. G. (2014). Theory of self-transcendence. Dans M. J. Smith & P. R. Liehr (Éds.), Middle range theory for nursing (3e éd., p. 109-140). Springer Publishing Company.
- Tornstam, L. (2005). Gerotranscendence: A developmental theory of positive aging. Springer Publishing Company.
- Wong, P. T. P., & Fry, P. S. (Éds.). (1998). The human quest for meaning: A lifespan approach. Lawrence Erlbaum Associates.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
1 = Not at all
2 = Very little
3 = Somewhat
4 = Very much
- having hobbies or interests I can enjoy
- Accepting myself as I grow older.
- Being involved with other people or my community when possible
- Adjusting well to my present life situation.
- Adjusting to the changes in my physical ability.
- Sharing my wisdom or experience with others.
- Finding meaning in my past experiences.
- Helping younger people or others in some way.
- having an interest in continuing to learn about things.
- Putting aside some things that I once thought were so important.
- Accepting death as a part of life.
- Finding meaning in my spiritual beliefs.
- Letting others help me when I may need it.
- Enjoying my pace of life.
- Dwelling on my past unmet dreams or goals.