1. Résumé
L’Échelle d’auto-surveillance (Self-Monitoring Scale, SMS), développée à l’origine par le psychologue social Mark Snyder en 1974, constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents et les plus abondamment cités de la psychologie sociale contemporaine, de la psychologie de la personnalité et de l’étude du comportement du consommateur. L’instrument a été conçu pour opérationnaliser et évaluer les différences individuelles stables dans la propension des individus à surveiller, réguler, contrôler et adapter l’expression de leur comportement social ainsi que leurs présentations publiques de soi en fonction des exigences contextuelles interpersonnelles.
Dans sa version originale intégrale, l’échelle comprend 25 items formulés sous forme d’affirmations autorapportées auxquelles le sujet répond par un choix dichotomique forcé (« Vrai » ou « Faux »). L’instrument mesure le construit global de l’auto-surveillance (self-monitoring), différenciant les individus à « haute auto-surveillance » (high self-monitors) de ceux à « faible auto-surveillance » (low self-monitors). Les individus à haute auto-surveillance se caractérisent par une vigilance accrue envers les indices contextuels de pertinence sociale, une grande flexibilité comportementale, un répertoire expressif modulable et une motivation marquée à projeter des images conformes aux attentes situationnelles. À l’opposé, les individus à faible auto-surveillance guident leur conduite principalement en fonction de leurs états internes, croyances, attitudes et dispositions profondes, manifestant une congruence marquée et une stabilité transsituationnelle entre leurs attitudes intérieures et leurs comportements observables.
Sur le plan psychométrique, l’échelle originale de 1974 présente un coefficient de cohérence interne mesuré par la formule 20 de Kuder-Richardson (KR-20) oscillant entre 0,63 et 0,70, et une stabilité temporelle satisfaisante (fidélité test-retest de 0,83 sur un intervalle d’un mois). L’échelle a démontré une remarquable validité de critère et différentielle, distinguant de manière statistiquement significative des populations contrastées telles que les acteurs professionnels (moyenne élevée de 18,41), les étudiants universitaires (moyenne intermédiaire) et les patients psychiatriques hospitalisés (moyenne basse de 10,19). Malgré des débats psychométriques ultérieurs concernant sa structure factorielle — ayant conduit à l’identification de facettes comme la théâtralité (acting), l’extraversion et l’orientation vers autrui (other-directedness), ainsi qu’à la dérivation d’une forme abrégée à 18 items par Snyder et Gangestad en 1986 affichant un alpha supérieur à 0,70 —, l’échelle originale à 25 items demeure une référence canonique indispensable pour l’étude de la présentation de soi stratégique, du leadership, des relations interpersonnelles et du traitement persuasif des messages publicitaires.
2. Mots-clés
Auto-surveillance, contrôle de soi expressif, Mark Snyder, présentation de soi, gestion des impressions, psychologie sociale, cohérence attitude-comportement, psychométrie, comportement du consommateur, adaptation situationnelle.
3. Auteurs
L’échelle d’auto-surveillance a été conçue et validée par :
- Mark Snyder, Ph.D. : Professeur émérite et titulaire de la chaire de psychologie McKnight Presidential Chair in Psychology au département de psychologie de l’Université du Minnesota (Twin Cities, Minneapolis, États-Unis). Chercheur de renommée internationale, Mark Snyder a consacré l’ensemble de sa carrière scientifique à l’exploration de la nature de la personnalité dans les interactions sociales, aux processus motivationnels sous-jacents à l’engagement bénévole et aux mécanismes de la prophétie autoréalisatrice dans la communication interpersonnelle. (Courriel institutionnel :
[email protected]).
4. Objectif
L’objectif fondamental de l’Échelle d’auto-surveillance est de quantifier la variabilité interindividuelle dans la gestion active, délibérée et stratégique de l’apparence et de l’expressivité comportementale lors des interactions sociales quotidiennes. Alors que les théories de la personnalité traditionnelles postulaient une stabilité quasi universelle des traits à travers les contextes, Mark Snyder a cherché à résoudre empiriquement le paradoxe de la variabilité situationnelle du comportement humain en proposant que les individus diffèrent fondamentalement quant à l’importance qu’ils accordent aux indices situationnels par rapport à leurs prédispositions internes.
D’un point de vue conceptuel et appliqué, l’instrument vise à répondre à plusieurs questions fondamentales au carrefour de la psychologie sociale, de la psychologie organisationnelle, de la psychologie clinique et des sciences de la consommation :
- Dans le champ de la psychologie sociale et de la personnalité : L’échelle permet de déterminer dans quelle mesure le comportement social d’un individu est régulé par des indices contextuels normatifs et interpersonnels (haute auto-surveillance) ou par des états affectifs et dispositionnels internes (faible auto-surveillance). Elle permet notamment de modéliser les écarts entre les attitudes rapportées et les conduites effectives, les faibles auto-surveillants affichant une corrélation attitude-comportement substantiellement plus élevée que les hauts auto-surveillants.
- Dans le champ du comportement du consommateur et du marketing : L’échelle est un outil de segmentation psychographique majeur. Les recherches ont abondamment démontré que les hauts auto-surveillants sont particulièrement réceptifs aux appels publicitaires axés sur l’image sociale, le prestige, le statut et l’identité symbolique conférée par le produit, adaptant leurs habitudes d’achat pour optimiser l’admiration d’autrui. À l’inverse, les faibles auto-surveillants sont avant tout motivés par les arguments utilitaires, la qualité intrinsèque, la performance technique et la durabilité fonctionnelle des biens de consommation.
- Dans le domaine organisationnel et de la gestion des ressources humaines : L’instrument est fréquemment mobilisé pour analyser les styles de leadership, la diplomatie interpersonnelle, la capacité de négociation et la propension à l’ascension hiérarchique. Les hauts auto-surveillants se révèlent souvent plus habiles pour naviguer dans les structures politiques des organisations, établir des réseaux professionnels diversifiés (boundary spanners) et ajuster leur communication aux différents paliers hiérarchiques.
- Dans le contexte clinique et psychopathologique : L’échelle fournit une perspective enrichissante pour comprendre certains déficits de communication ou, à l’extrême, certaines dysfonctions liées à l’inhibition sociale, à la timidité, ou aux troubles de la personnalité caractérisés par un clivage entre le soi privé et le soi public. Les scores atypiquement bas relevés chez les patients psychiatriques institutionnalisés illustrent souvent une perte de sensibilité aux rétroactions normatives du milieu social.
5. Construit psychologique
Le construit de l’auto-surveillance (self-monitoring) tel que formalisé par Snyder (1974) représente un ensemble intégré de compétences métacognitives, perceptuelles, motivationnelles et comportementales. Il ne s’agit pas simplement d’un trait unidimensionnel de conformisme ou d’hypocrisie, mais plutôt d’une orientation fondamentale guidant la façon dont le soi est projeté et régulé dans le théâtre de l’interaction sociale. Le modèle originel s’articule autour de cinq composantes structurales interconnectées :
1. Préoccupation pour la pertinence sociale de l’expression de soi
Cette composante renvoie au degré d’attention qu’un individu porte à l’impact social de sa propre présence. Le haut auto-surveillant s’interroge continuellement sur la question implicite : « Quelle est la personne appropriée à être dans cette situation particulière, et comment puis-je être cette personne ? » Cette vigilance permanente contraste avec la posture du faible auto-surveillant, dont la question directrice est plutôt : « Qui suis-je fondamentalement, et comment puis-je exprimer fidèlement ce que je ressens dans cette situation ? »
2. Attention aux indices sociaux comparatifs et normatifs
Les hauts auto-surveillants sont des observateurs perspicaces et actifs de l’environnement social. Face à une situation ambiguë ou non familière, ils scrutent attentivement le comportement de leurs pairs, les réactions faciales, la posture corporelle et le ton de voix des interlocuteurs pour en déduire les normes tacites et les attentes du groupe (illustré par l’item 7 : « When I am uncertain how to act in a social situation, I look to the behavior of others for cues »). Les faibles auto-surveillants s’appuient quant à eux sur leur référentiel interne de valeurs pour dicter leur conduite, ignorant souvent les subtilités normatives ambiantes.
3. Capacité à contrôler et à modifier l’expression verbale et non verbale
Au-delà de la simple perception des normes, le construit englobe un répertoire comportemental flexible et une compétence d’exécution dramatique. Les hauts auto-surveillants sont capables de moduler leur expressivité émotionnelle à volonté : ils peuvent feindre la joie, dissimuler la contrariété, simuler la confiance en soi ou adopter un masque de neutralité parfaite (item 15 : « Even if I am not enjoying myself, I often pretend to be having a good time », et item 24 : « I can look anyone in the eye and tell a lie with a straight face »). Ils possèdent ce que Snyder a assimilé à un talent d’acteur naturel.
4. Mise en œuvre effective de ces compétences dans des situations spécifiques
Le construit postule que la compétence ne reste pas théorique : elle est activement déployée pour gérer les impressions d’autrui, désamorcer les conflits potentiels, séduire ou divertir un auditoire (item 6 : « I guess I put on a show to impress or entertain people »). Le haut auto-surveillant assume volontiers le rôle de catalyseur social ou de médiateur.
5. Variabilité transsituationnelle vs constance dispositionnelle
La conséquence observable la plus spectaculaire du construit réside dans la variabilité comportementale à travers les contextes. Alors qu’un faible auto-surveillant se manifeste de façon presque identique qu’il soit en famille, lors d’un entretien d’embauche, dans une soirée mondaine ou avec des amis d’enfance, le haut auto-surveillant peut apparaître comme un caméléon social, manifestant des facettes identitaires nettement différenciées selon les publics et les décors sociaux (item 13 : « In different situations and with different people, I often act like very different persons »).
6. Cadre théorique
L’ancrage théorique de l’Échelle d’auto-surveillance se situe au carrefour de la sociologie dramaturgique, de l’interactionnisme symbolique et des débats historiques sur la cohérence de la personnalité qui ont agité la psychologie dans les années 1960 et 1970.
L’approche dramaturgique d’Erving Goffman
Le cadre conceptuel direct de Snyder puise largement dans les travaux sociologiques d’Erving Goffman, et notamment son ouvrage fondamental The Presentation of Self in Everyday Life (1959). Goffman concevait la vie sociale comme une représentation théâtrale continue dans laquelle les acteurs sociaux utilisent la scénographie, les costumes, les postures corporelles et les masques expressifs pour projeter une définition de la situation favorable (impression management) et préserver la « face » de l’ensemble des protagonistes. Snyder a opérationnalisé psychologiquement ce concept sociologique en démontrant que tous les individus ne participent pas à ce théâtre avec le même engagement ni la même virtuosité : les hauts auto-surveillants sont des acteurs pleinement investis dans la création scénique, tandis que les faibles auto-surveillants refusent consciemment ou inconsciemment de dissocier le « rôle » du « moi réel ».
Le débat personne-situation (Mischel vs Allport)
À la fin des années 1960, la psychologie de la personnalité traversait une crise paradigmatique majeure déclenchée par la publication du livre de Walter Mischel, Personality and Assessment (1968), qui affirmait que les traits généraux n’expliquaient qu’une part minime de la variance comportementale (le fameux « plafond de corrélation » de 0,30) et que le comportement était sous le contrôle prépondérant des contingences situationnelles. En réponse à cette controverse, Snyder a proposé une réconciliation élégante : l’auto-surveillance constitue une variable modératrice dispositionnelle qui détermine pour qui la théorie situationniste de Mischel s’applique le mieux, et pour qui la théorie dispositionnelle classique de Gordon Allport est la plus pertinente. Les données empiriques ont confirmé que les faibles auto-surveillants se conforment au modèle allportien (haute consistance transsituationnelle), tandis que les hauts auto-surveillants illustrent le modèle situationniste de variabilité contextuelle.
Théories de la dissonance cognitive et de la cohérence attitude-comportement
Le modèle s’appuie également sur la théorie de la dissonance cognitive de Leon Festinger et les travaux ultérieurs de Martin Fishbein et Icek Ajzen sur l’action raisonnée. Snyder a démontré que la congruence entre attitudes déclarées et conduites effectives dépend étroitement du niveau d’auto-surveillance. Chez le faible auto-surveillant, le comportement est l’extériorisation directe de l’attitude sous-jacente ; chez le haut auto-surveillant, le lien attitude-comportement est fréquemment médiatisé ou rompu par la saillance des normes sociales et des attentes du groupe de pairs.
7. Validité
Depuis sa publication princeps en 1974, la validité psychométrique de l’Échelle d’auto-surveillance a fait l’objet de centaines d’investigations empiriques rigoureuses, confirmant sa robustesse à travers divers paradigmes expérimentaux et corrélatifs.
Validité de construit et de critère (groupes contrastés)
Dans son étude de validation originale, Snyder (1974) a administré l’échelle à des groupes dont le profil professionnel ou psychopathologique théorique prédisait des écarts marqués :
- Acteurs professionnels et étudiants de théâtre : Snyder a postulé que les professionnels de la scène possédaient une aptitude supérieure à moduler leur expressivité et à contrôler leurs canaux de communication non verbale. Les acteurs ont obtenu un score moyen remarquable de 18,41 (écart-type = 3,40), significativement plus élevé que la population étudiante générale (p < 0,001).
- Patients psychiatriques institutionnalisés : À l’autre extrémité du continuum, des patients hospitalisés souffrant de troubles psychiatriques chroniques ont obtenu une moyenne de 10,19 (écart-type = 4,11), traduisant une rupture significative avec les conventions normatives et une incapacité ou un désintérêt marqué pour la gestion tactique des impressions.
- Étudiants universitaires (groupe tout-venant) : Ce groupe se situait de façon cohérente au point médian de la distribution, avec des moyennes typiques oscillant entre 12,30 et 13,80.
Validité convergente et expérimentale
La validité convergente a été confirmée par de nombreuses tâches de laboratoire :
- Décodage et expressivité émotionnelle : Snyder (1974) a exposé des participants à des tâches de simulation émotionnelle vocale et faciale. Des juges indépendants, évaluant à l’aveugle les enregistrements, ont été capables d’identifier avec une précision significativement plus élevée les émotions voulues (colère, tristesse, joie) lorsque celles-ci étaient encodées par des hauts auto-surveillants plutôt que par des faibles auto-surveillants.
- Sensibilité aux indices sociaux : Dans des paradigmes d’apprentissage social, les hauts auto-surveillants détectent plus rapidement les changements subtils dans les attentes normatives de l’expérimentateur et modifient leur comportement en conséquence, validant empiriquement la dimension de réceptivité sociale.
Validité discriminante
L’échelle a démontré une indépendance conceptuelle satisfaisante par rapport à des construits voisins qui auraient pu constituer des variables confondantes :
- Désirabilité sociale : Snyder (1974) a documenté une corrélation quasi nulle avec l’échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne (r = -0,18 à 0,04 selon les échantillons), démontrant que les hauts auto-surveillants ne cherchent pas simplement à cocher des réponses vertueuses ou conformistes sur un questionnaire papier-crayon, mais reconnaissent ouvertement leurs conduites caméléoniques.
- Machiavélisme : Bien que les deux construits partagent une composante de manipulation stratégique, la corrélation avec l’échelle Mach-IV de Christie et Geis demeure modérée (généralement r compris entre 0,25 et 0,35), le machiavélisme impliquant une vision cynique et immorale de la nature humaine que ne partagent pas nécessairement les hauts auto-surveillants.
- Anxiété sociale et névrosisme : L’auto-surveillance ne se confond pas avec la timidité ou l’anxiété d’évaluation sociale ; les hauts auto-surveillants manifestent une aisance sociale et une confiance interpersonnelle que l’on ne retrouve pas chez les individus socialement anxieux.
8. Fidélité
L’évaluation des propriétés de fidélité de l’Échelle d’auto-surveillance atteste d’une stabilité temporelle remarquable et d’une consistance interne jugée adéquate pour une échelle de personnalité composite mesurée sous format binaire.
Cohérence interne
Dans l’étude princeps de Snyder (1974), l’homogénéité des 25 items a été évaluée au moyen du coefficient de Kuder-Richardson 20 (KR-20), qui constitue l’équivalent mathématique du coefficient alpha de Cronbach pour des données strictement dichotomiques. Le coefficient obtenu était de 0,70 dans l’échantillon de dérivation initial (N = 192). Des réplications ultérieures menées par Snyder et d’autres chercheurs indépendants ont rapporté des valeurs de consistance interne variant généralement entre 0,63 et 0,74.
Cette valeur de cohérence interne, bien que modérée selon les standards contemporains les plus stricts, reflète la nature multidimensionnelle et hétérogène voulue par Snyder pour capturer l’ensemble des facettes cognitives, expressives et comportementales du construit. Lorsque Snyder et Gangestad ont affiné l’instrument en 1986 pour créer la version raccourcie à 18 items, l’alpha a augmenté pour s’établir régulièrement au-dessus de 0,72 à 0,75, attestant de l’élimination des items les moins performants sur le plan de la variance partagée.
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
La stabilité temporelle de l’instrument à 25 items a été formellement établie par Snyder (1974) sur un sous-échantillon d’étudiants ayant complété l’échelle à un mois d’intervalle. Le coefficient de corrélation test-retest s’est élevé à r = 0,83 (p < 0,001). Cette très haute corrélation confirme que l’auto-surveillance opère comme une disposition psychologique stable de la personnalité adulte à travers le temps, et non comme un simple état fluctuant ou dépendant de l’humeur passagère du participant.
9. Analyse factorielle
La structure factorielle de l’Échelle d’auto-surveillance de Snyder (1974) a suscité l’un des débats psychométriques les plus vigoureux et stimulants de la littérature psychologique des années 1980 et 1990.
Le modèle tridimensionnel de Briggs, Cheek et Buss (1980)
Bien que Snyder ait initialement conçu son échelle comme l’évaluation d’un construit global unitaire, les premières analyses factorielles exploratoires approfondies menées par Briggs, Cheek et Buss (1980) sur de larges cohortes d’étudiants ont révélé que la matrice de covariance des 25 items ne pouvait être adéquatement résumée par un seul facteur dominant. Leurs analyses en composantes principales suivies de rotations orthogonales (Varimax) et obliques ont mis en évidence trois facteurs sous-jacents distincts :
- Facteur 1 : Capacité d’acteur / Théâtralité (Acting ability) : Ce facteur regroupe les items liés à l’aptitude perçue à jouer la comédie, à parler en public de manière impromptue et à divertir une assemblée (saturations élevées pour les items 5, 8, 18 et 20).
- Facteur 2 : Extraversion sociale (Extraversion) : Ce facteur capture l’aisance interpersonnelle, la recherche d’attention sociale et la spontanéité festive (saturations élevées pour les items 12, 22 et 23).
- Facteur 3 : Orientation vers autrui (Other-directedness) : Cette dimension reflète la tendance à modifier ses attitudes et ses opinions pour plaire aux autres, la sensibilité au jugement du groupe et la conformité sociale stratégique (saturations élevées pour les items 3, 7, 13, 15, 17 et 19).
La réplique de Snyder et Gangestad (1986) et la version à 18 items
En réponse à ces critiques factorielles, Snyder et Gangestad (1986) ont réanalysé la structure psychométrique de l’instrument en mobilisant des modèles d’équations structurelles et des analyses en classes latentes. Ils ont soutenu que, bien que des facteurs secondaires d’items émergent en analyse factorielle linéaire (notamment en raison du format dichotomique qui tend à générer des facteurs de difficulté ou de formulation directionnelle), un facteur général commun de haut niveau sous-tend l’ensemble du domaine de l’auto-surveillance.
Pour résoudre les ambiguïtés empiriques, Snyder et Gangestad ont purgé l’instrument de 7 items qui présentaient de faibles saturations sur le facteur latent général ou des corrélations résiduelles indésirables, aboutissant à l’échelle révisée à 18 items. Dans cette forme optimisée, la variance commune est substantiellement plus concentrée et la validité convergente avec les mesures comportementales est renforcée. Néanmoins, l’échelle originale à 25 items continue d’être largement préférée par les chercheurs souhaitant explorer séparément les facettes de l’orientation vers autrui et des habiletés théâtrales.
Débat taxométrique : Type discret ou continuum dimensionnel ?
Gangestad et Snyder (1985, 2000) ont ultérieurement appliqué des techniques d’analyse taxométrique (comme les procédures MAMBAC et MAXCOV de Meehl) aux items de l’échelle. Leurs analyses ont suggéré que l’auto-surveillance pourrait ne pas être une simple dimension continue normale, mais une structure latente de nature taxique (une variable discrète catégorielle distinguant deux « types » fondamentaux dans la population humaine : une classe d’environ 60 % de faibles auto-surveillants et une classe d’environ 40 % de hauts auto-surveillants). Bien que cette thèse taxométrique ait fait l’objet de contre-arguments statistiques, elle témoigne de la richesse théorique unique générée par la structure factorielle de cet instrument.
10. Instrument de mesure
L’Échelle d’auto-surveillance est un auto-questionnaire standardisé facile à administrer et à coter. Voici ses spécifications techniques :
- Type de test : Questionnaire psychométrique autorapporté (self-report inventory) évaluant une disposition sociocomportementale.
- Nombre d’items : 25 items dans la version princeps originale de 1974.
- Format de réponse : Échelle de réponse dichotomique forcée : Vrai (True) ou Faux (False).
- Modalité d’administration : Individuelle ou collective ; format papier-crayon ou passation informatisée / en ligne. Temps moyen de passation estimé entre 5 et 8 minutes.
- Directives de passation : Les répondants sont invités à lire chaque affirmation et à indiquer si elle est généralement « Vraie » ou « Fausse » en ce qui concerne leur propre personne, en évitant de trop s’attarder sur chaque item.
- Système de cotation (Scoring) :
- Chaque item en accord avec la clé de correction indiquant une haute auto-surveillance reçoit 1 point. Les réponses inverses reçoivent 0 point.
- Items cotés « VRAI » (True keyed) : 5, 6, 7, 8, 10, 11, 13, 15, 16, 18, 19, 24, 25. (Soit 13 items).
- Items cotés « FAUX » (False keyed / Items inversés) : 1, 2, 3, 4, 9, 12, 14, 17, 20, 21, 22, 23. (Soit 12 items).
- Score total et interprétation :
- Le score global s’échelonne théoriquement de 0 à 25 points.
- Hauts auto-surveillants (généralement score ≥ 14 ou 15 selon la médiane de l’échantillon) : Forte sensibilité aux normes sociales, grande plasticité expressive, habileté d’acteur social, recherche de congruence avec la situation.
- Faibles auto-surveillants (généralement score ≤ 10 ou 11) : Forte consistance interne, expressivité authentique non filtrée, indépendance marquée vis-à-vis des attentes sociales immédiates, congruence élevée entre attitudes intérieures et comportements publics.
- Dans de nombreuses études fondamentales, une scission à la médiane (median split) ou la formation de tiers extrêmes (terciles inférieur vs supérieur) est traditionnellement utilisée pour contraster les deux orientations.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication initiale : 1974 (article fondateur publié dans le Journal of Personality and Social Psychology).
- Statut des droits d’auteur et permissions : Les 25 items originaux ont été publiés dans le domaine public académique au sein de l’article de Snyder (1974), sous copyright de l’American Psychological Association (APA). L’utilisation de l’instrument est libre et gratuite à des fins de recherche scientifique non commerciale et d’enseignement universitaire.
- Tarifs : Aucun coût de licence ni redevance pour les chercheurs académiques et les étudiants. L’accès au texte intégral de l’instrument est disponible dans la littérature primaire publiée.
- Utilisation commerciale / conseil en entreprise : Toute reproduction commerciale à grande échelle ou intégration dans des progiciels d’évaluation psychologique payants nécessite l’autorisation formelle expresse de l’auteur et de l’APA.
12. Références
Les publications fondatrices et études psychométriques de référence relatives à l’échelle d’auto-surveillance comprennent :
- Briggs, S. R., Cheek, J. M., & Buss, A. H. (1980). An analysis of the Self-Monitoring Scale. Journal of Personality and Social Psychology, 38(4), 679–686. https://doi.org/10.1037/0022-3514.38.4.679
- Gangestad, S. W., & Snyder, M. (1985). “To carve nature at its joints”: On the status of theoretical paradigms in psychological science. American Psychologist, 40(9), 1002–1012. https://doi.org/10.1037/0003-066X.40.9.1002
- Gangestad, S. W., & Snyder, M. (2000). Self-monitoring: Appraisal and reappraisal. Psychological Bulletin, 126(4), 530–555. https://doi.org/10.1037/0033-2909.126.4.530
- Goffman, E. (1959). The Presentation of Self in Everyday Life. Anchor Books.
- Mischel, W. (1968). Personality and Assessment. John Wiley & Sons.
- Snyder, M. (1974). Self-monitoring of expressive behavior. Journal of Personality and Social Psychology, 30(4), 526–537. https://doi.org/10.1037/h0037039
- Snyder, M., & Gangestad, S. (1986). On the nature of self-monitoring: Matters of assessment, matters of validity. Journal of Personality and Social Psychology, 51(1), 125–139. https://doi.org/10.1037/0022-3514.51.1.125
- Snyder, M., & DeBono, K. G. (1985). Appeals to image and claims about quality: Understanding the psychology of advertising. Journal of Personality and Social Psychology, 49(3), 586–597. https://doi.org/10.1037/0022-3514.49.3.586
13. Questions et items du questionnaire
Response Scale: Dichotomous: True or False
- I find it hard to imitate the behavior of other people.
- My behavior is usually an expression of my true inner feelings, attitudes, and beliefs.
- At parties and social gatherings, I do not attempt to say or do things that others will like.
- I can only argue for ideas which I already believe.
- I can make impromptu speeches even on topics about which I have almost no information.
- I guess I put on a show to impress or entertain people.
- When I am uncertain how to act in a social situation, I look to the behavior of others for cues.
- I would probably make a good actor.
- I rarely seek the advice of my friends to choose movies, books, or music.
- I sometimes appear to others to be experiencing deeper emotions than I actually am.
- I laugh more when I watch a comedy with others than when alone.
- In a group of people I am rarely the center of attention.
- In different situations and with different people, I often act like very different persons.
- I am not particularly good at making other people like me.
- Even if I am not enjoying myself, I often pretend to be having a good time.
- I’m not always the person I appear to be.
- I would not change my opinions (or the way I do things) in order to please someone else or win their favor.
- I have considered being an entertainer.
- In order to get along and be liked, I tend to be what people expect me to be rather than anything else.
- I have never been good at games like charades or improvisational acting.
- I have trouble changing my behavior to suit different people and different situations.
- At a party I let others keep the jokes and stories going.
- I feel a bit awkward in company and do not show up quite so well as I should.
- I can look anyone in the eye and tell a lie with a straight face (if for a right end).
- I may deceive people by being friendly when I really dislike them.