1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’auto-évaluation de la psychopathie de Levenson (Levenson Self-Report Psychopathy Scale, LSRP), conçue par le psychologue Michael R. Levenson et ses collaborateurs en 1995, constitue l’un des instruments psychométriques auto-rapportés les plus exploités pour quantifier les traits psychopathiques au sein de la population générale et non institutionnalisée. Historiquement dérivée des conceptualisations cliniques de Hervey M. Cleckley et opérationnalisée dans le sillage des travaux de Robert D. Hare sur la Psychopathy Checklist-Revised (PCL-R), la LSRP s’affranchit des contraintes inhérentes aux contextes strictement médico-légaux et carcéraux afin d’explorer la psychopathie comme une constellation dimensionnelle continue de traits de personnalité.
Le questionnaire est composé de 26 items évalués au moyen d’une échelle de réponse de type Likert en 4 ou 5 points (variant généralement de 1 = « Fortement en désaccord » à 5 = « Fortement en accord »). Dans son architecture originelle bidimensionnelle, l’instrument distingue la psychopathie primaire (16 items), caractérisée par l’insensibilité affective, l’égoïsme manipulateur, le mépris d’autrui et la propension à l’exploitation interpersonnelle, de la psychopathie secondaire (10 items), traduisant l’impulsivité, l’instabilité comportementale, l’intolérance à la frustration et un mode de vie désorganisé ou antisocial. Des modélisations factorielles contemporaines ont également mis en évidence une structure tripartite distinguant l’égocentrisme (Egocentricity), la dureté émotionnelle (Callousness) et la déviance antisociale (Antisocial).
Sur le plan métrologique, la LSRP démontre une cohérence interne satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant typiquement entre 0,81 et 0,85 pour l’échelle globale, entre 0,78 et 0,83 pour la sous-échelle primaire, et entre 0,65 et 0,74 pour la sous-échelle secondaire. L’outil bénéficie d’une validité convergente robuste avec d’autres indices de la personnalité antisociale, de la recherche de sensations, du modèle de la Triade Noire (Dark Triad) et des facettes du modèle à cinq facteurs (Five-Factor Model, FFM), tout en présentant une validité prédictive substantielle à l’égard des comportements transgressifs, de la prise de risque et de la prise de décision amorale.
2. Mots-clés / Keywords
Psychopathie, Échelle d’auto-évaluation de la psychopathie de Levenson, LSRP, Psychopathie primaire, Psychopathie secondaire, Égocentrisme, Dureté affective, Impulsivité, Personnalité antisociale, Psychométrie, Triade Noire, Évaluation de la personnalité.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été élaboré en 1995 par une équipe de chercheurs américains du domaine des neurosciences cognitives et de la psychologie de la personnalité :
- Michael R. Levenson, Ph.D. : Chercheur principal, affilié au Département des sciences du comportement de l’Université de Californie à Davis (University of California, Davis) et à l’Administration des vétérans (Department of Veterans Affairs, Palo Alto Health Care System), États-Unis. Spécialiste de la personnalité adulte, du développement moral et de l’adaptation psychosociale.
- Kent A. Kiehl, Ph.D. : Co-auteur, éminent chercheur en neurosciences cognitives et légistes, actuellement professeur de psychologie et de neurosciences à l’Université du Nouveau-Mexique (University of New Mexico) et scientifique principal au Mind Research Network, Albuquerque, Nouveau-Mexique, États-Unis. Ses travaux portent sur les anomalies neurofonctionnelles et cérébrales associées aux comportements criminels et à la psychopathie.
- Cora M. Fitzpatrick, M.A. : Co-auteure et chercheuse associée aux protocoles expérimentaux initiaux conduits sur les populations étudiantes et non cliniques évaluant les corrélats affectifs et comportementaux des traits psychopathiques.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la création de la Levenson Self-Report Psychopathy Scale réside dans la nécessité d’examiner et de quantifier les manifestations subcliniques de la psychopathie dans des populations civiles non judiciarisées. Jusqu’au milieu des années 1990, l’évaluation de la psychopathie reposait quasi exclusivement sur des outils hétéro-évaluatifs fondés sur des dossiers judiciaires et des entretiens semi-structurés, au premier rang desquels figure la PCL-R de Hare. Bien que remarquablement valide pour les populations carcérales et psychiatriques judiciaires, la PCL-R s’avérait matériellement inadaptée, chronophage et théoriquement biaisée lorsqu’il s’agissait d’investiguer des cohortes communautaires, des étudiants ou des milieux professionnels au sein desquels les antécédents criminels formels font défaut.
Levenson et ses collègues ont postulé que les traits psychopathiques ne constituent pas une anomalie catégorielle strictement délimitée au crime violent, mais forment plutôt une distribution continue au sein de la population générale. En vertu de cette approche dimensionnelle, certains individus possèdent des configurations caractérielles alliant duplicité, déficit d’empathie, charme superficiel et audace stratégique, leur permettant d’évoluer en liberté, voire de réussir sur le plan social, financier ou corporatif, sans pour autant faire l’objet de condamnations pénales. La LSRP a donc été conçue pour capturer cette variabilité phénotypique sans nécessiter l’enregistrement de délits formels ou de condamnations judiciaires.
Sur le plan des applications pratiques et scientifiques, la LSRP s’est imposée comme un pilier de la recherche translationnelle en psychologie différentielle, criminologie et économie comportementale. Elle permet :
- L’investigation des mécanismes neurobiologiques et psycho-affectifs sous-jacents aux déficits de traitement de la douleur d’autrui, à l’insensibilité à la punition et à la baisse de réactivité autonome.
- L’étude des processus de prise de décision stratégique, des dilemmes moraux utilitaristes et de la coopération dans le cadre des jeux de la théorie des jeux (par exemple, le dilemme du prisonnier ou le jeu de l’ultimatum).
- L’analyse comparative des constructs de la Triade Noire (machiavélisme, narcissisme grandiose, psychopathie subclinique), où la LSRP fournit une mesure rigoureuse des composantes psychopathiques autonomes.
- Le dépistage et la recherche fondamentale en milieu organisationnel, notamment dans l’identification de la psychopathie organisationnelle (corporate psychopathy), caractérisée par un leadership toxique, la fraude financière et la manipulation hiérarchique.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la LSRP est ancré dans la séparation théorique historique entre deux sous-dimensions fondamentales : la psychopathie primaire et la psychopathie secondaire. Chacune de ces facettes reflète une étiologie, une dynamique affective et des corrélats comportementaux distincts.
Psychopathie primaire (Primary Psychopathy) — 16 items
La psychopathie primaire correspond au noyau affectif et interpersonnel originellement formalisé par Hervey Cleckley dans The Mask of Sanity (1941). Cette dimension décrit un déficit intrinsèque du traitement socio-émotionnel, caractérisé par une absence fondamentale de remords, une insensibilité à la souffrance d’autrui (callousness), une incapacité à éprouver une culpabilité authentique et un cynisme calculateur. Les individus affichant un score élevé sur cette dimension perçoivent les relations humaines sous un prisme strictement darwinien, transactionnel et prédateur, résumé par l’idée de la « survie du plus apte » et la légitimité d’écraser les plus faibles pour atteindre ses fins.
Les composantes centrales de la psychopathie primaire incluent :
- L’égocentrisme prédateur et la manipulation : Utilisation instrumentale du mensonge et du charme social comme leviers d’action (ex. : « I tell other people what they want to hear so that they will do what I want them to do » ; « I enjoy manipulating other people’s feelings »).
- L’insensibilité affective et le mépris moral : Indifférence marquée quant aux préjudices infligés à autrui et rejet viscéral des idéaux prosociaux (ex. : « Success is based on survival of the fittest; I am not concerned about the losers » ; « Love is overrated »).
- L’amoralisme utilitariste : L’action n’est contrainte que par la probabilité de se faire prendre (ex. : « For me, what’s right is whatever I can get away with »).
Psychopathie secondaire (Secondary Psychopathy) — 10 items
La psychopathie secondaire incarne quant à elle la composante impulsive, réactive et comportementale de la déviance, analogue à la sociopathie décrite par David Lykken ou au facteur comportemental/antisocial de la PCL-R. Contrairement au psychopathe primaire qui demeure émotionnellement froid, imperturbable et intrinsèquement immunisé contre l’anxiété, le profil secondaire est souvent sous-tendu par une dérégulation émotionnelle majeure, une forte impulsivité dysfonctionnelle, une anxiété résiduelle et une réactivité agressive face aux frustrations perçues.
Cette dimension regroupe des éléments tels que :
- L’impulsivité et l’absence de planification à long terme : Incapacité à différer la gratification immédiate, ennui chronique et instabilité vocationnelle ou relationnelle (ex. : « I am often bored » ; « I don’t plan anything very far in advance » ; « I quickly lose interest in tasks I start »).
- L’hostilité réactive et l’extériorisation du blâme : Tendance à imputer systématiquement ses déboires personnels à autrui et accès de colère incontrôlés (ex. : « Most of my problems are due to the fact that other people just don’t understand me » ; « When I get frustrated, I often ‘let off steam’ by blowing my top »).
- La répétition de conduites auto-destructrices ou conflictuelles : Incapacité à tirer les leçons des expériences punitives antérieures (ex. : « I find myself in the same kinds of trouble, time after time »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture conceptuelle de la LSRP repose sur la convergence de plusieurs courants fondamentaux de la psychopathologie clinique, de la psychologie médico-légale et de la psychométrie différentielle.
Le modèle clinique de Cleckley et la filiation de Hare
Le point de départ théorique dérive des observations cliniques consignées par Hervey Cleckley dans son ouvrage séminal de 1941, où la psychopathie est dépeinte non pas comme un trouble psychotique ou névrotique patent, mais comme une « démence sémantique » : une dissociation frappante entre l’expression verbale correcte des normes morales et l’incapacité viscérale à en ressentir la signification émotionnelle. Robert Hare a formalisé cette sémiologie en une structure à deux facteurs au sein de la PCL-R : le Facteur 1 (traits affectifs/interpersonnels) et le Facteur 2 (déviance sociale/mode de vie instable). Levenson et ses collègues ont entrepris de transposer cette dichotomie opérationnelle dans un format auto-administré épuré des indicateurs judiciaires lourds, rendant la mesure applicable à toute population adulte.
La distinction primaire versus secondaire de Karpman
Sur le plan étiologique, la LSRP puise directement dans les travaux du psychanalyste et criminologue Benjamin Karpman (1941, 1948). Karpman distinguait deux formes cliniquement indiscernables en surface mais fondamentalement dissemblables dans leur genèse :
- La psychopathie idiopathique ou primaire : D’origine constitutionnelle et neurobiologique, marquée par une hyporéactivité fondamentale du système limbique (notamment de l’amygdale cérébrale), une insensibilité à la peur conditionnée et une absence totale d’anxiété névrotique.
- La psychopathie symptomatique ou secondaire : Résultant de traumatismes environnementaux précoces, de carences affectives ou d’un tempérament neurocomportemental instable, où les manifestations antisociales et manipulatrices constituent une défense ou un reflet d’une souffrance psychique sous-jacente, coexistant avec des niveaux élevés d’affect négatif, de culpabilité confuse et d’anxiété.
L’intégration au Modèle à Cinq Facteurs (FFM)
Dans la perspective des traits de personnalité contemporains de Costa et McCrae, la psychopathie mesurée par la LSRP correspond à une configuration prototypique de traits extrêmes du FFM. La psychopathie primaire est quasi exclusivement prédite par un niveau extrêmement bas d’Agréabilité (faiblesse de la modestie, de la droiture, de l’empathie et de la confiance altruiste). La psychopathie secondaire combine cette faible Agréabilité avec une faible Conscienciosité (déficit de délibération, de sens du devoir et d’autodiscipline) et un Névrosisme élevé, en particulier sur les facettes d’impulsivité, de vulnérabilité au stress et d’hostilité colérique.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la LSRP a fait l’objet de nombreuses validations empiriques documentées au cours des trois dernières décennies.
Validité convergente
Les investigations psychométriques révèlent des corrélations convergentes robustes entre les sous-échelles de la LSRP et d’autres instruments évaluant les facettes de la personnalité antisociale et transgressive :
- Dans les études fondatrices de Levenson et al. (1995), la sous-échelle primaire corrèle positivement avec l’échelle de machiavélisme de Christie et Geis (Mach IV ; $r \approx 0,55$), confirmant son ancrage dans la manipulation interpersonnelle cynique.
- L’échelle secondaire montre des corrélations substantielles avec l’Échelle de socialisation de Gough (So scale du CPI, corrélation négative marquée), avec les mesures d’impulsivité de Barratt (BIS-11 ; $r$ variant de $0,45$ à $0,60$) et avec la recherche de sensations d’inhibition de Zuckerman.
- Les travaux de Sellbom (2011) comparant la LSRP et la PCL-R en milieu carcéral démontrent que la psychopathie primaire de Levenson est significativement corrélée au Facteur 1 de la PCL-R ($r = 0,40$ à $0,52$), tandis que la psychopathie secondaire s’associe étroitement au Facteur 2 ($r = 0,48$ à $0,61$).
Validité discriminante
La LSRP parvient avec succès à dissocier le noyau psychopathique pur des perturbations anxieuses et dépressives classiques. Conformément aux hypothèses de Karpman, l’échelle primaire présente des corrélations nulles à légèrement négatives avec les échelles d’anxiété-trait (comme le STAI de Spielberger), attestant de l’immunité émotionnelle du psychopathe primaire. En revanche, l’échelle secondaire affiche des associations significatives avec la détresse psychologique, l’anxiété et la réactivité au stress, confortant l’indépendance de ces deux constructions.
Validité prédictive et critériée
La LSRP prédit de façon statistiquement significative un ensemble diversifié de comportements et d’attitudes transgressives :
- Tricherie académique avérée et malhonnêteté institutionnelle.
- Comportements sexuels compulsifs, risqués ou coercitifs et stratégies d’accouplement à court terme.
- Prise de décision utilitariste et impersonnelle face à des dilemmes moraux sacrificiels de type « trolley problem » (Koenigs et al., 2012).
- Antécédents d’arrestations, d’agressions physiques et d’abus de substances toxiques, particulièrement prédits par la combinaison de scores élevés sur les deux dimensions.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique de la LSRP a été évaluée à travers des indices d’homogénéité interne et des études de stabilité temporelle (test-retest).
Cohérence interne (Alpha de Cronbach et Omega de McDonald)
L’évaluation de la consistance interne fournit des résultats différenciés selon les dimensions examinées :
- Échelle globale (26 items) : Présente une cohérence interne élevée, oscillant régulièrement entre $\alpha = 0,82$ et $\alpha = 0,86$ à travers les différentes cohortes étudiantes et communautaires. Sellbom (2009, 2011) rapporte un coefficient global de $0,84$ tant chez des prisonniers que dans des échantillons civils.
- Sous-échelle Primaire (16 items) : Démontre une stabilité d’homogénéité forte, avec des coefficients alpha compris entre $0,78$ et $0,84$. Le coefficient Oméga hiérarchique ($ω$) corrobore la robustesse de ce facteur dominant.
- Sous-échelle Secondaire (10 items) : Présente des indices de consistance interne plus modérés, généralement situés entre $0,65$ et $0,74$. Cette valeur plus basse s’explique en partie par la brièveté de l’échelle (10 items) et par la diversité des phénotypes couverts (ennui, impulsivité motrice, colères réactives, distorsion d’attribution externe).
Stabilité temporelle (Fidélité Test-Retest)
Les investigations portant sur la stabilité temporelle de la LSRP (notamment Lynam et al., 1999) attestent d’une bonne fiabilité test-retest sur des intervalles de plusieurs semaines à plusieurs mois, avec des coefficients de corrélation intraclasse ($r$) oscillant entre $0,75$ et $0,85$ pour l’échelle primaire et entre $0,68$ et $0,78$ pour l’échelle secondaire, démontrant la pérennité temporelle des traits évalués.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la LSRP a été l’objet de débats méthodologiques stimulants au sein de la communauté psychométrique, opposant le modèle historique bidimensionnel à des modèles tripartites plus raffinés.
Le modèle originel à deux facteurs
Dans l’analyse factorielle exploratoire (AFE) initiale réalisée par Levenson, Kiehl et Fitzpatrick (1995) sur un échantillon de 487 étudiants de premier cycle, l’extraction en composantes principales avec rotation oblique a permis d’isoler distinctement deux facteurs corrélés ($r \approx 0,35$ à $0,40$) :
- Un premier facteur d’affect et manipulation psychopathique (16 items), saturé prioritairement par les items mesurant l’amoralisme égoïste (ex. item 1 : saturation $> 0,55$ ; item 3 : saturation $> 0,60$).
- Un second facteur de mode de vie psychopathique (10 items), saturé par les items traduisant l’intolérance à l’ennui, l’impulsivité et la réactivité émotionnelle (ex. item 2 : saturation $> 0,50$ ; item 10 : saturation $> 0,58$).
L’émergence du modèle à trois facteurs
Des travaux ultérieurs d’analyse factorielle confirmatoire (AFC), inaugurés par Brinkley et al. (2001) puis consolidés par Sellbom (2011) et Shou, Sellbom et Han (2016), ont mis en évidence des limites d’ajustement du modèle bidimensionnel originel, dues notamment à l’hétérogénéité des items de la sous-échelle primaire. Ces auteurs ont ainsi validé un modèle hiérarchique à trois facteurs apportant des indices d’adéquation statistique supérieurs (RMSEA $< 0,06$, CFI$> 0,90$, TLI$> 0,90$) :
- Facteur Égocentrisme (Egocentricity) : Composé des items évaluant le narcissisme utilitariste, l’ambition financière dénuée de scrupules et l’exploitation stratégique (ex. items 3, 5, 7, 9, 11, 15, 17).
- Facteur Dureté affective / Insensibilité (Callousness) : Composé des items évaluant spécifiquement le mépris de la vulnérabilité d’autrui, le manque d’empathie et le détachement relationnel (ex. items 1, 13, 19, 20, 24, 25, 26).
- Facteur Mode de vie antisocial / Impulsivité (Antisocial Lifestyle) : Reprenant l’essentiel des items de l’échelle secondaire relative à la dérégulation des impulsions et l’agressivité réactive (ex. items 2, 4, 8, 10, 16, 18).
Ce découpage tripartite s’aligne de manière élégante sur le modèle triarchique de Patrick (Triarchic Psychopathy Model : Audace, Méchanceté, Désinhibition) et affine la décomposition clinique des profils subcliniques.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’inventaire LSRP est un questionnaire d’auto-évaluation standardisé conçu pour une passation rapide, individuelle ou collective, sur support papier-crayon ou par interface numérique.
- Format du test : Questionnaire psychométrique auto-rapporté en passation directe.
- Nombre total d’items : 26 propositions formulées à la première personne du singulier.
- Échelle de réponse : Échelle de Likert à 5 points cotée de 1 à 5 :
- (1) strongly disagree (Fortement en désaccord)
- (2) disagree (En désaccord)
- (3) neither agree nor disagree (Ni en accord ni en désaccord / Neutre)
- (4) agree (D’accord)
- (5) strongly agree (Fortement d’accord)
(Note : Certaines adaptations de recherche utilisent une échelle en 4 points sans option neutre : 1 = Strongly disagree à 4 = Strongly agree).
- Composition des sous-échelles :
- Psychopathie primaire : 16 items — Items 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15, 17, 19, 21, 22, 23, 24, 25, 26.
- Psychopathie secondaire : 10 items — Items 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20.
- Procédure de cotation et inversion :
- Les items formulés dans le sens prosocial ou de retenue doivent obligatoirement être inversés avant le calcul des scores : les items 19, 22, 24, 25 et 26 sont inversés pour l’échelle primaire, ainsi que les items 6 et 14 pour l’échelle secondaire. La règle de recodage sur une échelle de 1 à 5 est la suivante : $1 \rightarrow 5, 2 \rightarrow 4, 3 \rightarrow 3, 4 \rightarrow 2, 5 \rightarrow 1$.
- Le score de psychopathie primaire s’obtient par la somme (ou la moyenne arithmétique) des 16 items correspondants (score théorique variant de 16 à 80 sur une échelle en 5 points).
- Le score de psychopathie secondaire s’obtient par la somme des 10 items correspondants (score théorique variant de 10 à 50).
- Le score global de psychopathie résulte de l’addition de l’ensemble des 26 items recodés (score théorique allant de 26 à 130).
- Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception et publication : 1995.
- Statut des droits et accessibilité : La Levenson Self-Report Psychopathy Scale appartient au domaine public académique. Les auteurs l’ont mise à la disposition libre et sans frais de la communauté scientifique internationale dans le cadre de la recherche fondamentale et appliquée.
- Tarification : L’utilisation du questionnaire est entièrement gratuite. Aucun honoraire d’exploitation, droit d’usage ou achat de cahier de passation n’est exigé pour un usage de recherche universitaire.
- Directives d’utilisation : Toute utilisation dans le cadre d’études expérimentales, de mémoires universitaires ou de thèses requiert la citation explicite de l’article princeps de Levenson, Kiehl et Fitzpatrick (1995). Bien que libre de droit pour la recherche, l’échelle ne doit pas être exploitée de manière isolée pour poser des diagnostics cliniques formels ou orienter des décisions judiciaires sans triangulation psychométrique approfondie.
12. Références / References
Brinkley, C. A., Schmitt, W. A., Smith, S. S., & Newman, J. P. (2001). Construct validation of a self-report psychopathy scale: Investigating strength and limitations of the Levenson Self-Report Psychopathy scale. Assessment, 8(3), 229–237. https://doi.org/10.1177/107319110100800301
Cleckley, H. (1941). The mask of sanity: An attempt to clarify some issues about the so-called psychopathic personality. C. V. Mosby.
Gaughan, E. T., Miller, J. D., Pryor, L. R., & Lynam, D. R. (2008). The Levenson Self-Report Psychopathy scale: An examination of the personality traits and disorders associated with the LSRP factors. Assessment, 15(4), 450–463. https://doi.org/10.1177/1073191108316314
Hare, R. D. (2003). The Hare Psychopathy Checklist–Revised (PCL-R): 2nd edition. Multi-Health Systems.
Karpman, B. (1941). On the need of separating psychopathy into two distinct clinical types: The symptomatic and the idiopathic. Journal of Criminal Psychopathology, 3, 112–137.
Levenson, M. R., Kiehl, K. A., & Fitzpatrick, C. M. (1995). Assessing psychopathic attributes in a noninstitutionalized population. Journal of Personality and Social Psychology, 68(1), 151–158. https://doi.org/10.1037/0022-3514.68.1.151
Lynam, D. R., Whiteside, S., & Jones, S. (1999). Self-reported psychopathy: A validation study. Journal of Personality Assessment, 73(1), 110–132. https://doi.org/10.1207/S15327752JPA730108
Miller, J. D., Gaughan, E. T., & Schmitt, W. A. (2008). The use of the heat metaphor to assess primary and secondary psychopathy: An analysis of the Levenson Self-Report Psychopathy scale. Personality and Individual Differences, 45(8), 705–709. https://doi.org/10.1016/j.paid.2008.07.014
Sellbom, M. (2011). Elaborating on the construct validity of the Levenson Self-Report Psychopathy scale in incarcerated and non-incarcerated samples. Law and Human Behavior, 35(6), 440–451. https://doi.org/10.1007/s10979-010-9249-x
Shou, Y., Sellbom, M., & Han, J. (2016). Evaluating the factor structure and psychometric properties of the Levenson Self-Report Psychopathy scale in Chinese samples. Journal of Personality Assessment, 98(3), 289–299. https://doi.org/10.1080/00223891.2015.1099538
Walters, G. D., Brinkley, C. A., Magaletta, P. R., & Diamond, P. M. (2008). Taxometric analysis of the Levenson Self-Report Psychopathy scale. Journal of Personality Assessment, 90(5), 491–498. https://doi.org/10.1080/00223890802248828
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response scale:
(1) strongly disagree (2) disagree (3) neither agree nor disagree (4) agree (5) strongly agree
- Success is based on survival of the fittest; I am not concerned about the losers.
- I find myself in the same kinds of trouble‚ time after time.
- For me‚ what’s right is whatever I can get away with.
- I am often bored.
- In today’s world‚ I feel justified in doing anything I can get away with to succeed.
- I find that I am able to pursue one goal for a long time.
- My main purpose in life is getting as many goodies as I can.
- I don’t plan anything very far in advance.
- Making a lot of money is my most important goal.
- I quickly lose interest in tasks I start.
- I let others worry about higher values; my main concern is with the bottom line.
- Most of my problems are due to the fact that other people just don’t understand me.
- People who are stupid enough to get ripped off usually deserve it.
- Before I do anything‚ I carefully consider the possible consequences.
- Looking out for myself is my top priority.
- I have been in a lot of shouting matches with other people.
- I tell other people what they want to hear so that they will do what I want them to do.
- When I get frustrated‚ I often « let off steam » by blowing my top.
- I would be upset if my success came at someone else’s expense.
- Love is overrated.
- I often admire a really clever scam.
- I make a point of trying not to hurt others in pursuit of my goals.
- I enjoy manipulating other people’s feelings.
- I feel bad if my words or actions cause someone else to feel emotional pain.
- Even if I were trying very hard to sell something‚ I wouldn’t lie about it.
- Cheating is not justified because it is unfair to others.