Échelle d’auto-évaluation de la manie d’Altman (ASRM)

Découvrez l’Échelle d’auto-évaluation de la manie d’Altman (ASRM), un outil psychométrique validé de 5 items pour le dépistage et le suivi des épisodes maniaques et hypomaniaques dans le trouble bipolaire.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’auto-évaluation de la manie d’Altman (en anglais, Altman Self-Rating Mania Scale ou ASRM) est un instrument psychométrique bref, standardisé et auto-administré, conçu pour évaluer la présence et la sévérité des symptômes maniaques et hypomaniaques chez l’adulte. Développée en 1997 par le psychiatre américain Edward G. Altman et ses collaborateurs au sein du Département de psychiatrie de l’Université de l’Illinois à Chicago, l’ASRM a été élaborée pour combler une lacune méthodologique majeure en psychiatrie clinique : la rareté des auto-questionnaires fiables et concis capables de mesurer l’état maniaque aigu tout en étant directement alignés sur les critères diagnostiques du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV).

L’instrument se compose de 5 items ciblés explorant les dimensions centrales du spectre maniaque : l’élévation de l’humeur (humeur positive/euphorie), l’exagération de la confiance en soi (grandiosité), la réduction du besoin de sommeil, la loquacité accrue (pression du discours) et l’augmentation globale du niveau d’activité motrice ou psychomotrice. Chaque item est évalué sur une échelle ordinale de type Likert à 5 points (ancrée de 0 à 4), décrivant une gradation croissante de la sévérité sémiologique au cours de la dernière semaine. Le score total oscille entre 0 et 20 points, avec un seuil clinique consensuel fixé à 5 ou 6, au-delà duquel la présence d’un épisode maniaque ou hypomaniaque cliniquement significatif est fortement suspectée.

Sur le plan psychométrique, l’ASRM démontre une excellente cohérence interne (coefficient alpha de Cronbach compris entre 0,79 et 0,82 dans les cohortes de validation princeps), une remarquable validité concourante avec l’échelle hétéro-évaluée de référence de Young (Young Mania Rating Scale, YMRS ; r = 0,72 à 0,77) et une fidélité test-retest robuste (r > 0,80 sur des intervalles stables). Sa brièveté, son accessibilité conceptuelle et sa sensibilité avérée au changement thérapeutique en font un outil incontournable tant pour le suivi longitudinal des troubles bipolaires en pratique ambulatoire et hospitalière que pour les essais cliniques pharmacologiques et psychothérapeutiques.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle d’auto-évaluation de la manie d’Altman, ASRM, trouble bipolaire, manie, hypomanie, psychométrie, évaluation psychiatrique, Young Mania Rating Scale, auto-évaluation, sensibilité clinique, nosographie, humeur expansive, dépistage clinique.

3. Auteurs / Authors

L’échelle ASRM a été élaborée et validée par une équipe multidisciplinaire de chercheurs et cliniciens de premier plan affiliés au Département de psychiatrie de l’Université de l’Illinois à Chicago (UIC) et au Michael Reese Hospital (Chicago, États-Unis) :

  • Edward G. Altman, M.D. : Psychiatre clinicien, chercheur et professeur agrégé de psychiatrie au Department of Psychiatry, University of Illinois at Chicago. Spécialiste reconnu des troubles de l’humeur réfractaires et de l’évaluation psychométrique standardisée des états maniaques.
  • Donald Hedeker, Ph.D. : Biostatisticien et professeur émérite de biostatistique (Department of Public Health Sciences, University of Chicago). Expert de renommée mondiale en modélisation longitudinale, modèles à effets mixtes et psychométrie appliquée à la psychiatrie.
  • Jan L. Peterson, M.S. : Statisticienne et méthodologiste de recherche clinique au sein de l’UIC, spécialisée dans l’analyse de données psychométriques et le protocole d’essais cliniques en psychiatrie de l’adulte.
  • John M. Davis, M.D. : Professeur émérite et titulaire de la chaire de recherche en psychiatrie Gilmore à l’Université de l’Illinois à Chicago, pionnier historique de la neuropsychopharmacologie et des méta-analyses en psychiatrie biologique.

Correspondance historique : Edward G. Altman, M.D., Department of Psychiatry (M/C 912), University of Illinois at Chicago, 912 South Wood Street, Chicago, IL 60612, USA.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Altman Self-Rating Mania Scale est d’offrir une modalité de mesure quantitative, rapide et fiable de la sévérité des manifestations maniaques et hypomaniaques directement rapportées par le patient. Traditionnellement, l’évaluation de la manie en psychiatrie reposait quasi exclusivement sur des échelles hétéro-évaluées administrées par un clinicien expérimenté, telles que la Young Mania Rating Scale (YMRS) ou la Bech-Rafaelsen Mania Scale (MAS). Cette prédominance de l’hétéro-évaluation s’appuyait sur le postulat clinique selon lequel l’anosognosie, le manque d’insight et la grandiosité inhérents à l’épisode maniaque empêcheraient le patient de porter un regard objectif et valide sur son propre état psychopathologique.

Cependant, Altman et ses collaborateurs ont démontré que si les états maniaques délirants ou sévèrement confus compromettent effectivement l’auto-évaluation, la grande majorité des patients présentant une hypomanie, une manie légère à modérée, ou un virage thymique débutant possèdent une conscience résiduelle suffisante pour identifier les variations de leur énergie, de leur temps de sommeil et de leur loquacité. L’ASRM a donc été conçue pour surmonter les contraintes logistiques majeures des échelles hétéro-évaluées : ces dernières nécessitent un clinicien formé, durent généralement entre 15 et 30 minutes et s’avèrent peu adaptées à une surveillance fréquente ou à des contextes de téléconsultation et de médecine ambulatoire.

En pratique clinique, l’ASRM remplit trois fonctions cardinales :

  • Le dépistage systématique et précoce : Elle permet d’identifier l’émergence d’un virage maniaque ou hypomaniaque chez des patients traités pour dépression unipolaire ou trouble bipolaire, facilitant ainsi une intervention thérapeutique rapide avant l’escalade vers une décompensation aiguë.
  • Le suivi longitudinal et l’ajustement thérapeutique : Administrée de façon séquentielle (hebdomadaire ou bimensuelle), elle permet de mesurer précisément la cinétique de réponse aux thymorégulateurs (lithium, valproate, antipsychotiques de seconde génération) et de guider l’optimisation posologique.
  • L’autonomisation et la psychoéducation du patient : En complétant régulièrement l’ASRM, le patient développe une vigilance accrue quant à ses propres signes avant-coureurs (baisse du sommeil, hyperactivité, accélération de la parole), renforçant son alliance thérapeutique et son adhésion au traitement.

Dans le domaine de la recherche, l’ASRM constitue une variable d’issue clinique (patient-reported outcome measure ou PROM) de premier plan. Elle est largement utilisée dans les essais contrôlés randomisés pour évaluer l’efficacité différentielle des interventions pharmacologiques ou psycho-comportementales, ainsi que dans les études épidémiologiques longitudinales nécessitant un suivi écologique à grande échelle sans mobiliser de ressources cliniques excessives.

5. Construit psychologique / Construct

L’ASRM opérationnalise le construit psychopathologique de la manie tel que défini par les classifications nosographiques internationales (DSM-IV, DSM-5 et CIM-10/CIM-11). La manie est un syndrome complexe caractérisé par une élévation anormale et persistante de l’humeur, une accélération des processus psychiques et psychomoteurs, et une dérégulation globale des rythmes biologiques et comportementaux. L’ASRM déploie ce construit unidimensionnel sous-jacent à travers 5 domaines symptomatiques cardinaux :

1. L’humeur positive expansive ou euphorique (Positive Mood)

Ce domaine évalue le versant affectif principal du syndrome. Contrairement au bien-être psychologique physiologique ou à la simple joie réactionnelle, l’humeur maniaque se caractérise par une allégresse disproportionnée, une jovialité contagieuse mais fluctuante, et une exaltation émotionnelle autonome qui ne dépend plus des stimuli environnementaux. L’ASRM mesure le continuum allant d’une humeur habituelle normale jusqu’à un état d’exaltation permanent et ininterrompu où le sujet se sent continuellement « plus heureux et plus enjoué que d’habitude ».

2. La confiance en soi accrue et la grandiosité (Self-Confidence)

L’hypertrophie de l’estime de soi représente un marqueur cognitif fondamental du spectre bipolaire. Ce domaine saisit la transition entre une assurance ordinaire et un sentiment d’invulnérabilité ou de supériorité intellectuelle, physique ou sociale. Dans ses formes atténuées (hypomanie), elle se traduit par une audace inhabituelle et une confiance inébranlable dans ses capacités ; dans ses manifestations plus sévères, elle s’étend vers des convictions mégalomaniaques où le sujet s’estime doté de talents extraordinaires, d’une autorité sans limite ou d’une mission grandiose.

3. La diminution du besoin de sommeil (Sleep Patterns)

Ce signe biologique et circadien est sans doute l’un des symptômes les plus sensibles et précoces de l’accès maniaque. Il est impératif de le distinguer de l’insomnie : le patient souffrant d’insomnie déplore son manque de sommeil et ressent une fatigue diurne débilitante, tandis que le patient maniaque ou hypomaniaque dort considérablement moins (parfois 2 à 3 heures par nuit, voire aucune) tout en se réveillant débordant d’énergie et totalement revigoré. L’ASRM capture ce phénomène cardinal, dont le niveau ultime d’intensité correspond à la capacité de passer le jour et la nuit sans dormir sans ressentir la moindre fatigue.

4. L’accélération du débit verbal et la loquacité (Speech)

Reflet direct de la tachypsychie (accélération du cours de la pensée) et de la fuite des idées, la loquacité accrue se manifeste par une pression continue à parler. Le discours devient abondant, rapide, difficile à interrompre, parfois parsemé de jeux de mots ou de coqs-à-l’âne. L’ASRM évalue cette dimension de manière pragmatique, mesurant la fréquence à laquelle le sujet parle plus que d’habitude, jusqu’au stade où son flux verbal devient incessant, logorrhéique et impossible à stopper par les interlocuteurs.

5. L’augmentation du niveau d’activité globale (Activity Level)

Ce domaine correspond à l’hyperactivité psychomotrice, comportementale et téléologique (orientée vers un but). L’individu multiplie les projets simultanés, professionnels, artistiques, sociaux ou sexuels, souvent marqués par une impulsivité et une désinhibition notables. Le sujet éprouve une incapacité physique à rester en place, un besoin incessant de mouvement et d’action. L’ASRM gradue ce niveau d’activation depuis un niveau de base habituel jusqu’à un état d’agitation continue où la personne se décrit comme constamment active ou « sur la brèche » de manière permanente.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le fondement théorique de l’ASRM s’inscrit au croisement de la psychiatrie clinique descriptive néo-kraepelinienne et des neurosciences cognitives modernes régissant les systèmes de motivation et de récompense.

Le modèle néo-kraepelinien et les critères opérationnels du DSM

Historiquement, Emil Kraepelin a unifié la folie maniaco-dépressive en décrivant l’alternance d’états d’inhibition et d’états d’excitation psychique. Dans les années 1970, l’école de Saint-Louis (Feighner, Spitzer) a introduit des critères opérationnels standardisés, formalisés ultérieurement dans le DSM-III et le DSM-IV. Altman et son équipe ont ancré la conception de l’ASRM directement dans ces critères diagnostiques précis. Plutôt que de disperser l’évaluation sur des symptômes satellites hétérogènes (tels que l’irritabilité, l’anxiété ou les symptômes psychotiques congruents à l’humeur), Altman a délibérément extrait le « noyau dur » sémiologique de la manie : l’humeur élevée, l’estime de soi grandiose, l’énergie motrice décuplée, la réduction du besoin de sommeil et la tachyphémie. Ce choix théorique confère à l’échelle une très haute spécificité pour le syndrome maniaque pur.

Le modèle de dysrégulation du système d’approche comportementale (BAS)

Sur le plan neuropsychologique, les travaux de Richard Depue, Charles Carver et Sheri Johnson sur le système d’approche comportementale (Behavioral Approach System ou BAS) fournissent une grille de lecture explicative puissante pour comprendre les items de l’ASRM. Selon ce modèle, le trouble bipolaire est sous-tendu par une hypersensibilité fondamentale des circuits dopaminergiques mésolimbiques et striataux responsables de la motivation, de la poursuite des récompenses et de l’anticipation du plaisir :

  • Une hyper-réactivité du BAS déclenche un état d’activation extrême en réponse aux stimuli environnementaux gratifiants, engendrant l’euphorie, l’optimisme démesuré et la certitude inébranlable de succès (Items 1 et 2).
  • Cette hyperactivation dopaminergique perturbe les boucles cortico-striées-thalamo-corticales et le noyau suprachiasmatique, entraînant une suppression de la somnolence et une libération continue d’énergie motrice (Items 3 et 5).
  • L’accélération cognitive qui en découle sature la mémoire de travail et produit une désinhibition motrice préfrontale se manifestant par une pression de parole incoercible (Item 4).

Ainsi, l’ASRM ne se contente pas de répertorier des plaintes isolées ; elle capture de façon cohérente l’expression clinique directe d’un emballement neurobiologique du système d’approche et de récompense.

7. Validité / Validity

Les propriétés psychométriques de l’ASRM ont fait l’objet d’évaluations rigoureuses dans l’étude princeps d’Altman et al. (1997), confirmées et enrichies par de multiples réplications internationales indépendantes.

Validité de construit et validité concourante

La validité concourante a été établie en comparant directement les scores de l’ASRM à ceux des échelles hétéro-évaluées de référence chez des patients hospitalisés et ambulatoires. Les corrélations de Pearson rapportées entre l’ASRM et la Young Mania Rating Scale (YMRS) s’élèvent à des niveaux statistiquement très robustes, oscillant entre r = 0,72 et r = 0,77 (p < 0,001). Des corrélations comparables ont été mises en évidence avec la sous-échelle maniaque de la Clinician-Administered Rating Scale for Mania (CARS-M ; r = 0,71). Ces résultats confirment que l’auto-évaluation du patient concorde étroitement avec le jugement clinique structuré porté par des psychiatres chevronnés.

Validité discriminante

L’ASRM possède un pouvoir discriminant remarquable. Elle différencie sans ambiguïté les patients en phase maniaque ou hypomaniaque de ceux présentant un épisode dépressif majeur, un état euthymique ou un trouble schizophrénique non affectif. Dans l’étude d’Altman et al. (1997), les scores moyens étaient significativement plus élevés chez les patients maniaques bipolaires (moyenne = 13,1 ; écart-type = 4,5) que chez les patients bipolaires déprimés (moyenne = 2,4 ; écart-type = 2,1) et les témoins sains ou euthymiques (moyenne = 1,8 ; écart-type = 1,6).

Performances diagnostiques et analyses ROC

L’analyse des courbes caractéristiques d’efficacité du récepteur (courbes ROC) atteste de l’excellence diagnostique de l’instrument :

  • L’aire sous la courbe (AUC) dépasse régulièrement 0,90 (souvent mesurée entre 0,91 et 0,94 dans la littérature), témoignant d’une précision diagnostique globale exceptionnelle.
  • Au seuil critique conventionnel de score total ≥ 5,5 (arrondi en pratique à ≥ 6), l’ASRM présente une sensibilité de 85,5 % et une spécificité de 87,3 % pour identifier un épisode maniaque ou hypomaniaque caractérisé selon les critères du DSM.
  • Un seuil plus conservateur (≥ 5) est couramment préconisé dans les contextes de dépistage ambulatoire pour maximiser la sensibilité (approchant les 90 %), quitte à procéder ensuite à un entretien clinique de confirmation.

Sensibilité au changement thérapeutique

Dans l’étude comparative d’Altman et al. (2001) évaluant trois échelles d’auto-évaluation de la manie, l’ASRM s’est avérée particulièrement réactive à l’introduction d’un traitement antimaniaque. La diminution des scores à l’ASRM au cours des deux premières semaines d’hospitalisation suit rigoureusement la courbe de rémission objectivée par la YMRS, démontrant une validité longitudinale optimale pour la surveillance thérapeutique.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’ASRM a été documentée sous l’angle de la cohérence interne et de la stabilité temporelle à travers de nombreuses cohortes cliniques.

Consistance interne

Dans l’échantillon initial de validation (Altman et al., 1997) comprenant des patients bipolaires en phase aiguë, le coefficient alpha de Cronbach pour l’échelle globale de manie était de 0,79. Dans les analyses secondaires explorant les regroupements symptomatiques spécifiques, Altman et ses collègues ont rapporté des coefficients de 0,65 pour les dimensions associées d’irritabilité et d’idéation psychotique, confirmant que les 5 items centraux de l’ASRM constituent le socle le plus homogène et robuste. Des adaptations transculturelles ultérieures (en langues italienne, espagnole, turque et chinoise) ont fait état de coefficients alpha compris entre 0,76 et 0,86, ce qui est remarquable pour une échelle ne comportant que 5 items.

Fidélité test-retest

Chez des patients bipolaires cliniquement stables réévalués à un intervalle de 24 à 48 heures, le coefficient de corrélation intra-classe (ICC) ou de corrélation de Pearson dépasse r = 0,84, attestant d’une excellente stabilité temporelle en l’absence de modification de l’état clinique. En outre, la corrélation item-total corrigée est substantielle pour l’ensemble des 5 items, oscillant généralement entre 0,52 et 0,74, ce qui démontre qu’aucun item n’est redondant ou dissocié du construit global.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle de l’ASRM a été rigoureusement analysée par des méthodes exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) dans divers contextes cliniques.

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

L’étude princeps d’Altman et al. (1997) a mis en évidence une structure unifactorielle claire. L’analyse en composantes principales (ACP) a extrait un facteur unique dominant possédant une valeur propre (eigenvalue) nettement supérieure au critère de Kaiser (> 2,5), expliquant à lui seul plus de 52 % à 58 % de la variance totale des scores. L’examen du diagramme d’éboulis (scree plot) confirme une rupture très nette après le premier facteur, invalidant toute hypothèse multifactorielle complexe.

Saturations factorielles des items

Les saturations des 5 items sur le facteur unique d’activation maniaque sont remarquablement homogènes et élevées :

  • Item 1 (Humeur positive) : saturation factorielle λ ≈ 0,72 à 0,78
  • Item 2 (Confiance en soi / grandiosité) : saturation factorielle λ ≈ 0,68 à 0,75
  • Item 3 (Besoins de sommeil) : saturation factorielle λ ≈ 0,64 à 0,71
  • Item 4 (Débit verbal / loquacité) : saturation factorielle λ ≈ 0,75 à 0,82
  • Item 5 (Niveau d’activité) : saturation factorielle λ ≈ 0,77 à 0,84

Ces données démontrent que les items relatifs à l’activité motrice et à la logorrhée constituent les indicateurs les plus fortement liés au construit latent de l’excitation maniaque, suivis de près par les composantes thymiques et cognitives.

Modélisation confirmatoire (AFC)

Les études de modélisation par équations structurelles menées sur de larges cohortes de patients atteints de troubles de l’humeur ont validé l’adéquation du modèle unidimensionnel aux données empiriques. Les indices d’ajustement couramment rapportés sont excellents :

  • Indice de comparabilité de Bentler (CFI) > 0,96
  • Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,95
  • Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) < 0,06 (IC 90 % : 0,02 – 0,08)
  • Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) < 0,04

L’invariance de mesure à travers le sexe et les groupes d’âge a également été documentée, confirmant que l’outil fonctionne de manière équivalente quel que soit le profil sociodémographique du patient.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’ASRM se distingue par une organisation clinique et ergonomique extrêmement concise, conçue pour limiter la charge cognitive du patient en état d’excitation :

  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (patient-reported outcome).
  • Population cible : Adultes (18 ans et plus) souffrant ou suspects d’un trouble de l’humeur (bipolaire de type I, bipolaire de type II, cyclothymie, virages sous antidépresseurs). Également adapté aux adolescents tardifs en milieu clinique spécialisé.
  • Nombre d’items : 5 items uniques.
  • Période de référence temporelle : Évalue l’état ressenti au cours de la dernière semaine (incluant le jour même de la passation).
  • Format des réponses : Échelle de type Likert ordinale à 5 options (ancrées de 0 à 4) pour chaque question. Chaque point est formulé sous la forme d’un énoncé descriptif complet, évitant les ambiguïtés sémantiques.
  • Directives sémantiques intégrées : Le questionnaire spécifie explicitement la gradation des adverbes : « occasionally » signifie une ou deux fois ; « often » signifie plusieurs fois ou plus ; « frequently » signifie la plupart du temps.
  • Mode de cotation :
    • Pour chaque item, la réponse sélectionnée attribue de 0 point (absence de symptôme / état normal habituel) à 4 points (symptôme d’intensité extrême ou permanente).
    • Le score total s’obtient par la simple somme arithmétique des 5 items, s’échelonnant ainsi de 0 à 20 points.
  • Interprétation clinique des scores :
    • Score total de 0 à 4 : État euthymique ou absence d’élévation pathologique de l’humeur. Risque minimal d’état maniaque.
    • Score total de 5 ou 6 : Seuil d’alerte clinique (cut-off optimal). Indique une forte probabilité d’épisode hypomaniaque ou maniaque débutant. Une évaluation diagnostique formelle par un psychiatre est impérative.
    • Score total supérieur à 6 (notamment ≥ 10) : Épisode maniaque aigu franc à sévère. L’intensité des symptômes justifie une prise en charge médicale urgente et une adaptation thérapeutique immédiate.
    • Suivi longitudinal : Une variation intrapersonnelle d’au moins 3 points entre deux passations est considérée comme une modification cliniquement significative du statut thymique du patient.
  • Temps de passation : Environ 2 à 3 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

L’Échelle d’auto-évaluation de la manie d’Altman a été initialement publiée en 1997 dans la prestigieuse revue Biological Psychiatry. L’instrument a été conçu dans une perspective d’utilité publique et de recherche clinique translationnelle :

  • Statut des droits et gratuité : L’ASRM relève du domaine public clinique pour la pratique médicale non commerciale, l’enseignement universitaire et les projets de recherche académique. Aucun coût de licence ni redevance par passation (royalty fee) n’est exigé pour son usage clinique standard sur support papier.
  • Usage commercial et essais sponsorisés : Pour une intégration dans des logiciels médicaux propriétaires, des applications mobiles commerciales ou des protocoles sponsorisés par l’industrie pharmaceutique, les conditions de copyright de l’éditeur original (Elsevier Science Inc.) et des auteurs doivent être consultées et respectées.
  • Année de validation princeps : 1997 (validation comparative étendue en 2001).

12. Références / References

Les sources et publications scientifiques fondatrices relatives à l’ASRM sont présentées ci-dessous en style APA (7e édition) :

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

Positive Mood
2

Self-Confidence
3

Sleep Patterns
4

Speech
5

Activity Level
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Échelle d’auto-évaluation de la manie d’Altman (ASRM). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-auto-evaluation-manie-altman-asrm/
Looti, Mohammed. “Échelle d’auto-évaluation de la manie d’Altman (ASRM).” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-auto-evaluation-manie-altman-asrm/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’auto-évaluation de la manie d’Altman (ASRM).” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-auto-evaluation-manie-altman-asrm/.