1. Résumé
L’Échelle d’auto-efficacité émotionnelle (en anglais, Emotional Self-Efficacy Scale, abrégée par l’acronyme ESES) est un instrument d’évaluation psychométrique développé par Beverly A. Kirk, Nicola S. Schutte et Donald W. Hine en 2008. Cet outil a été élaboré pour combler un vide méthodologique et conceptuel à l’intersection de deux paradigmes majeurs de la psychologie contemporaine : la théorie socio-cognitive de l’auto-efficacité formalisée par Albert Bandura et le modèle à quatre branches de l’intelligence émotionnelle axée sur les habiletés théorisé par John D. Mayer et Peter Salovey. Alors que l’intelligence émotionnelle de performance évalue les capacités cognitives objectives à traiter l’information affective, et que l’intelligence émotionnelle-trait capture des dispositions générales de la personnalité, l’ESES mesure spécifiquement le sentiment d’efficacité personnelle ou la confiance qu’a un individu en ses propres capacités à reconnaître, comprendre, utiliser et réguler les émotions, tant chez soi-même que chez autrui.
L’instrument se compose de 32 énoncés rédigés sous la forme d’actions ou de compétences comportementales émotionnelles. Les répondants indiquent leur degré de certitude ou de confiance personnelle quant à leur capacité à exécuter chacune des compétences décrites, en employant une échelle de réponse ordinale de type Likert en 5 points allant de 1 (« Pas du tout confiant » / Not At All Confident) à 5 (« Très confiant » / Very Confident). Initialement validée comme une mesure unidimensionnelle globale de la confiance fonctionnelle émotionnelle, l’échelle a fait l’objet de raffinements structurels notables, notamment par Lorraine Dacre Pool et Pamela Qualter (2012a), qui ont mis en évidence une structure sous-jacente robuste en quatre facteurs corrélés : (1) l’utilisation et la gestion de ses propres émotions, (2) l’identification et la perception de ses propres émotions, (3) l’identification et la compréhension des émotions d’autrui, et (4) la gestion et la régulation des émotions d’autrui.
Sur le plan psychométrique, l’ESES démontre des propriétés remarquables à travers divers contextes culturels et linguistiques. La consistance interne est particulièrement élevée, oscillant généralement entre des coefficients alpha de Cronbach de 0,91 et 0,96 pour le score total, et entre 0,78 et 0,89 pour les sous-échelles factorielles. La validité convergente est étayée par des corrélations positives substantielles avec les mesures d’intelligence émotionnelle-trait, l’estime de soi, le bien-être subjectif et l’affectivité positive, tandis que la validité discriminante est établie par rapport aux traits de personnalité généraux du modèle en cinq facteurs (Big Five) et à l’intelligence cognitive générale. Enfin, l’ESES démontre une sensibilité éprouvée aux interventions psychologiques et psychoéducatives, ce qui en fait un étalon d’évaluation privilégié en psychologie organisationnelle, clinique et éducative.
2. Mots-clés
Auto-efficacité émotionnelle, intelligence émotionnelle, Albert Bandura, compétences socio-émotionnelles, régulation des émotions, perception émotionnelle, psychométrie, consistance interne, validité de construit, évaluation psychologique, psychologie socio-cognitive.
3. Auteurs
L’Échelle d’auto-efficacité émotionnelle a été originellement conçue et validée par une équipe de chercheurs du département de psychologie de l’Université de Nouvelle-Angleterre (University of New England), située à Armidale en Nouvelle-Galles du Sud, Australie :
- Beverly A. Kirk, Ph.D. : Chercheuse en psychologie de la santé et psychologie sociale appliquée à l’University of New England, spécialiste des croyances de maîtrise personnelle et des interventions psycho-comportementales en milieu professionnel.
- Nicola S. Schutte, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie à l’University of New England, figure d’autorité internationale dans le champ de la recherche sur l’intelligence émotionnelle, également conceptrice de la célèbre Schutte Self-Report Emotional Intelligence Test (SSEIT / SREIT).
- Donald W. Hine, Ph.D. : Professeur de psychologie quantitative et de prise de décision environnementale/comportementale à l’University of New England (ultérieurement à l’Université de Canterbury), méthodologue réputé en modélisation par équations structurelles et en psychométrie appliquée.
Des travaux d’extension structurelle et d’adaptation développementale majeurs ont ensuite été dirigés par :
- Lorraine Dacre Pool, Ph.D. : Université de Central Lancashire (UCLan), Royaume-Uni, spécialiste de l’employabilité et du développement émotionnel dans l’enseignement supérieur.
- Pamela Qualter, Ph.D. : Université de Manchester, Royaume-Uni, experte reconnue de l’isolement social, du développement émotionnel chez l’enfant et l’adolescent et de la psychométrie développementale.
4. Objectif
L’objectif fondamental de l’Échelle d’auto-efficacité émotionnelle est de quantifier le degré de confiance subjective qu’un individu entretient quant à sa capacité à mobiliser, exécuter et réguler avec succès un répertoire complexe de compétences émotionnelles dans des situations concrètes du quotidien ou face à l’adversité. Selon les postulats de la théorie socio-cognitive, les compétences objectives qu’une personne possède ne prédisent que partiellement ses accomplissements réels ; c’est le jugement que porte la personne sur ce qu’elle est capable d’accomplir avec ces compétences — c’est-à-dire ses croyances d’auto-efficacité — qui gouverne l’initiation de l’action, l’effort consenti, la persévérance face aux obstacles et le degré de vulnérabilité au stress ou à l’épuisement.
Justification théorique et démarcation psychométrique
Avant la conceptualisation de l’ESES par Kirk et ses collaborateurs (2008), la littérature scientifique sur l’intelligence émotionnelle était scindée en deux grands courants méthodologiques :
- Le modèle d’aptitude cognitive (Ability EI) : Illustré principalement par le Mayer-Salovey-Caruso Emotional Intelligence Test (MSCEIT), ce modèle évalue les capacités par des épreuves de performance cognitive avec des réponses objectivement jugées justes ou erronées. Cependant, de telles mesures n’informent pas sur la propension réelle d’un individu à appliquer ces compétences en contexte écologique ni sur sa confiance face aux stresseurs.
- Le modèle des traits émotionnels (Trait EI) : Représenté par des instruments tels que le TEIQue de Petrides ou l’EQ-i de Bar-On, ce modèle capture des dispositions globales de la personnalité auto-rapportées (par exemple, « Je suis généralement une personne calme »). Toutefois, ces mesures ne respectent pas les directives méthodologiques strictes de Bandura pour la mesure de l’auto-efficacité, qui exigent des énoncés formulés en termes de « capacité à agir » (can do) plutôt que de manières habituelles d’être (will do ou am like).
L’ESES a donc été expressément conçue pour opérationnaliser l’auto-efficacité émotionnelle comme un système de croyances orientées vers l’action, ancrées dans les dimensions fonctionnelles du traitement de l’information affective.
Applications en recherche et en pratique appliquée
L’ESES s’est imposée dans une pluralité de contextes professionnels, cliniques et éducatifs :
- En psychologie du travail et des organisations : L’outil est largement employé pour évaluer le capital psychologique des employés confrontés à un travail émotionnel intense (soignants, enseignants, juristes, cadres dirigeants). Kirk, Schutte et Hine (2011) ont démontré que des niveaux élevés d’auto-efficacité émotionnelle protègent contre le burn-out, réduisent l’incivilité au travail et favorisent un climat organisationnel bienveillant.
- En psychologie clinique et psychothérapie : L’ESES permet d’identifier des déficits d’auto-efficacité sous-jacents aux troubles de l’humeur, à l’anxiété sociale ou aux difficultés de gestion de la colère. Elle sert de mesure de résultat (outcome measure) sensible pour évaluer l’efficacité de thérapies cognitivo-comportementales de troisième vague (comme la thérapie d’acceptation et d’engagement ou la thérapie dialectique comportementale).
- En milieu scolaire et universitaire : L’échelle sert de levier diagnostic et d’évaluation pédagogique pour des programmes de développement des compétences émotionnelles (Dacre Pool & Qualter, 2012b ; Qualter et al., 2014), renforçant l’intégration académique, la résilience face aux examens et le sentiment d’employabilité future des étudiants.
5. Construit psychologique
Le construit de l’auto-efficacité émotionnelle désigne la croyance opératoire d’un individu en ses facultés d’orchestrer et de mener à bien des actions émotionnellement compétentes. Ce construit ne postule pas simplement qu’une personne « ressent » des émotions d’une certaine façon, mais qu’elle se sent capable d’exercer un contrôle cognitif et comportemental sur l’univers affectif intrapsychique et interpersonnel.
Bien que Kirk et al. (2008) aient conçu l’ESES comme un construit unifié mesurant l’auto-efficacité émotionnelle globale, les travaux empiriques d’analyse structurale (Dacre Pool & Qualter, 2012a) ont démontré que ce construit est hiérarchique et multifacette, s’articulant autour de quatre composantes opérationnelles interdépendantes :
1. Utilisation et facilitation émotionnelle personnelle
Cette dimension renvoie à la certitude qu’a la personne de pouvoir canaliser et instrumentaliser ses états affectifs au service de fonctions cognitives supérieures, telles que la créativité, la résolution de problèmes et la performance motrice ou intellectuelle. Elle opérationnalise la branche « facilitation de la pensée » du modèle de Mayer-Salovey.
- Exemples d’expressions : Générer un état d’esprit optimiste pour débloquer une impasse créative, se mettre délibérément dans l’ambiance affective appropriée pour une performance publique, ou transformer une émotion négative en un levier d’énergie orienté vers la tâche.
- Manifestation concrète : Face à un projet professionnel bloqué, un individu à haute efficacité saura induire en lui-même une émotion stimulante pour formuler des hypothèses neuves (Item 6, 18, 30).
2. Identification et perception de ses propres émotions
Cette sous-dimension mesure l’assurance relative à la conscience intéroceptive et sémiotique de ses propres états affectifs. Elle englobe la capacité à étiqueter avec précision des affects discrets, tant négatifs que positifs, ainsi qu’à interpréter les manifestations somatiques et non verbales de son propre corps.
- Exemples d’expressions : Détecter avec exactitude la nuance précise entre la frustration et l’anxiété, reconnaître ce que son propre langage corporel ou ses expressions faciales trahissent à autrui, et identifier les facteurs déclencheurs de ses variations d’humeur.
- Manifestation concrète : Être capable de s’observer lors d’une interaction tendue et de réaliser immédiatement : « Ce que je ressens actuellement est de la rancœur déclenchée par ce mot précis, et mes épaules tendues en témoignent » (Item 1, 9, 17, 25).
3. Identification et compréhension des émotions d’autrui
Cette composante relève de l’auto-efficacité empathique et perceptive interpersonnelle. Elle concerne la confiance en sa capacité à décoder avec exactitude les signaux émotionnels manifestés par autrui (micro-expressions faciales, posture, intonations) et à déduire causalement les sources sous-jacentes de ces états émotionnels.
- Exemples d’expressions : Repérer immédiatement qu’un collègue dissimule une tristesse sous un masque neutre, déceler la peur chez un proche avant même qu’il ne s’exprime verbalement, et identifier avec lucidité les événements inducteurs d’un changement d’humeur chez autrui.
- Manifestation concrète : Lors d’une réunion, capter instantanément le désarroi d’un collaborateur à partir de son regard fuyant et comprendre la cause contextuelle exacte de ce désarroi (Item 5, 13, 21, 29).
4. Gestion et régulation des émotions d’autrui
Cette facette évalue le sentiment d’efficacité dans l’intervention sociale et le soutien affectif direct. Elle dépasse la simple observation pour mesurer la confiance d’un individu en sa capacité à intervenir de manière constructive dans l’économie émotionnelle d’une autre personne en situation de détresse, de perte ou d’emportement.
- Exemples d’expressions : Apaiser une personne en proie à une colère explosive, consoler efficacement un ami ayant subi une perte douloureuse, ou aider un partenaire à recadrer cognitivement une situation anxiogène vers une issue constructive.
- Manifestation concrète : Intervenir avec diplomatie auprès d’un collègue submergé par la panique lors d’un pic de crise pour l’aider à stabiliser son affect et restaurer son sentiment de contrôle (Item 2, 16, 24, 32).
6. Cadre théorique
L’Échelle d’auto-efficacité émotionnelle s’enracine au croisement rigoureux de deux édifices conceptuels cardinaux de la psychologie contemporaine :
La théorie socio-cognitive d’Albert Bandura
Dans les formulations séminales de Bandura (1977, 1997), l’auto-efficacité perçue ne réfère pas à une caractéristique globale et figée du tempérament (comme la confiance en soi générale ou le névrosisme), mais à des jugements contextuels et spécifiques quant aux aptitudes à organiser et exécuter les cours d’action requis pour atteindre des niveaux de performance désignés. Selon Bandura, les croyances d’auto-efficacité sont générées à travers quatre sources d’information fondamentales :
- Les expériences de maîtrise active : Les succès passés renforcent la croyance en son efficacité, tandis que les échecs la minent.
- L’expérience vicariante (modelage social) : Observer des pairs similaires réussir ou échouer dans la gestion de situations émotionnelles intenses module ses propres jugements d’aptitude.
- La persuasion verbale et sociale : Les encouragements et retours réalistes d’autrui soutiennent l’effort face au découragement.
- Les états physiologiques et émotionnels : L’interprétation que fait la personne de ses propres signaux somatiques (tachycardie, tension) en tant que signaux de dynamisation ou au contraire de débordement incontrôlable.
L’ESES respecte scrupuleusement la méthodologie psychométrique bandurienne : chaque item commence implicitement ou explicitement par la capacité opératoire de la personne (« Correctly identify… », « Help another person… », « Regulate your own… ») et l’échelle de mesure quantifie explicitement le niveau de certitude (Confidence) plutôt que la fréquence ou l’accord théorique.
Le modèle d’intelligence émotionnelle de Mayer, Salovey et Caruso
L’architecture de contenu des 32 items de l’ESES découle directement du modèle d’aptitude à quatre branches de l’intelligence émotionnelle élaboré par John D. Mayer et Peter Salovey (1997). Ce modèle hiérarchise le traitement cognitif de l’affect en quatre dimensions interdépendantes :
- Branche 1 : Perception et expression des émotions : La capacité à identifier les émotions en soi-même et chez autrui à travers les indices faciaux, corporels et contextuels. (Couvert dans l’ESES par les items ciblant la détection corporelle et faciale).
- Branche 2 : Assimilation et facilitation émotionnelle : L’aptitude à générer, ressentir et utiliser les émotions comme des vecteurs cognitifs orientés vers l’attention, le jugement et la résolution de problèmes. (Couvert dans l’ESES par les items stimulant la créativité et la performance).
- Branche 3 : Compréhension et analyse des émotions : La compréhension des transitions émotionnelles, du lexique affectif et des relations de causalité sous-jacentes à l’apparition des états émotionnels complexes. (Couvert dans l’ESES par les items évaluant la compréhension des causes).
- Branche 4 : Gestion et régulation réfléchie des émotions : L’aptitude à rester ouvert aux émotions positives et négatives, et à moduler ses propres états affectifs ainsi que ceux d’autrui pour promouvoir le développement personnel et social. (Couvert dans l’ESES par les items d’apaisement et de régulation sous pression).
L’ESES accomplit ainsi une synthèse épistémologique : elle applique les principes de mesure de la théorie socio-cognitive de Bandura au domaine structural de compétence cartographié par Mayer et Salovey.
7. Validité
La validité psychométrique de l’ESES a été établie par de multiples études indépendantes démontrant des indices de validité de construit, convergente, discriminante et incrémentale d’une grande rigueur.
Validité convergente
Dans l’étude princeps de Kirk, Schutte et Hine (2008), menée auprès d’échantillons universitaires et communautaires, les scores à l’ESES présentaient des corrélations positives substantielles et théoriquement attendues avec :
- L’intelligence émotionnelle auto-rapportée mesurée par le Schutte Emotional Intelligence Scale (SEIS) : $r = 0{,}68$ ($p < 0{,}001$), indiquant une forte concordance conceptuelle tout en maintenant une distinction opérationnelle.
- L’auto-efficacité généralisée mesurée par la General Self-Efficacy Scale de Schwarzer et Jerusalem : $r = 0{,}49$ ($p < 0{,}001$), confirmant que l'ESES s'inscrit bien dans le macro-construit de l'auto-efficacité mais capture une variance spécifique au domaine affectif.
- L’estime de soi globale (Rosenberg Self-Esteem Scale) : $r = 0{,}42$ ($p < 0{,}001$).
- L’affectivité positive (mesurée par le PANAS) : $r = 0{,}38$ ($p < 0{,}001$), associée à une corrélation inverse a\vec l’affectivité négative ($r = -0{,}31$).
Validité discriminante
Un enjeu psychométrique crucial pour l’ESES consistait à prouver qu’elle ne constituait pas un simple artefact des traits généraux de la personnalité (Big Five). Les analyses corrélationnelles ont montré des corrélations modérées avec l’extraversion ($r \approx 0{,}35$), l’agréabilité ($r \approx 0{,}32$) et l’ouverture à l’expérience ($r \approx 0{,}28$), et une corrélation négative modérée avec le névrosisme ($r \approx -0{,}36$). Aucune de ces corrélations ne s’approchait du seuil de colinéarité ($r > 0{,}70$). De plus, les corrélations avec les mesures d’intelligence cognitive fluide (raisonnement abstrait) étaient non significatives ($r = 0{,}08$, non significatif), ce qui confirme que l’ESES mesure bien des croyances subjectives d’efficacité et non un facteur général d’aptitude cognitive ($g$).
Validité prédictive et incrémentale
Kirk et al. (2008, 2011) ont administré des régressions hiérarchiques multiples démontrant que l’ESES expliquait une part unique et statistiquement significative de la variance du bien-être psychologique, de l’adaptation au stress et de la satisfaction professionnelle, par-delà les traits de personnalité du modèle Big Five et l’auto-efficacité générale. En milieu organisationnel, un score élevé à l’ESES prédit une propension significativement moindre à adopter des comportements d’incivilité au travail ($B = -0{,}29$, $p < 0{,}01$) et une meilleure récupération affective après des interventions d'écriture expressive.
8. Fidélité
L’Échelle d’auto-efficacité émotionnelle présente des caractéristiques de fidélité et d’homogénéité interne exceptionnelles, vérifiées sur un large spectre d’échantillons démographiques et cliniques.
Consistance interne
Dans l’échantillon de validation originale de Kirk et al. (2008), le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 32 items s’élevait à $\alpha = 0{,}96$. Cette valeur indique une excellente homogénéité sans redondance sémantique excessive. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnaient de 0,43 à 0,72, chaque item contribuant de manière positive et substantielle à la variance du score composite.
Dans les travaux ultérieurs de Dacre Pool et Qualter (2012a), examinant la structure à quatre sous-échelles chez de jeunes adultes et étudiants universitaires ($N = 492$), la consistance interne s’est maintenue à des niveaux très élevés :
- Échelle totale (32 items) : $\alpha = 0{,}94$
- Facteur 1 (Utilisation et régulation de ses propres émotions, 11 items) : $\alpha = 0{,}86$
- Facteur 2 (Identification et perception de ses propres émotions, 6 items) : $\alpha = 0{,}80$
- Facteur 3 (Identification et compréhension des émotions d’autrui, 8 items) : $\alpha = 0{,}84$
- Facteur 4 (Gestion et régulation des émotions d’autrui, 7 items) : $\alpha = 0{,}82$
L’adaptation pour les jeunes adolescents (Qualter et al., 2014) a corroboré ces métriques avec un alpha global de $0{,}92$.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
L’évaluation de la stabilité temporelle par test-retest à un intervalle de quatre semaines (Kirk et al., 2008) a révélé un coefficient de corrélation intra-classe et un coefficient de Pearson de $r = 0{,}85$ ($p < 0{,}001$). Ce résultat témoigne d'une remarquable stabilité des croyances d'auto-efficacité émotionnelle dans le temps en l'absence d'intervention, tout en laissant subsister une marge de sensibilité aux apprentissages et aux interventions ciblées (Dacre Pool & Qualter, 2012b).
9. Analyse factorielle
L’exploration de l’architecture factorielle de l’ESES a donné lieu à des débats psychométriques stimulants, débouchant sur un consensus en faveur d’un modèle hiérarchique ou multidimensionnel corrélé.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE) initiales
Lors de l’étape de construction par Kirk, Schutte et Hine (2008), une analyse en composantes principales (ACP) avec analyse parallèle de Horn a été menée sur le pool initial d’items. L’analyse du graphique d’éboulis des valeurs propres (scree plot de Cattell) a mis en évidence une première valeur propre dominante représentant environ 43 % de la variance totale, nettement détachée des valeurs suivantes. En conséquence, les auteurs initiaux ont conclu à l’unidimensionnalité fonctionnelle de l’échelle, plaidant pour le calcul exclusif d’un score total composite sommé.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et modèle à 4 facteurs
Dacre Pool et Qualter (2012a) ont ultérieurement soumis les 32 items à une évaluation psychométrique approfondie par modélisation en équations structurelles. En utilisant des analyses factorielles confirmatoires (AFC) sur un échantillon indépendant, les auteurs ont comparé un modèle unifactoriel à plusieurs modèles multidimensionnels calqués sur les branches théoriques de l’intelligence émotionnelle.
Le modèle à quatre facteurs corrélés a démontré des indices d’adéquation significativement supérieurs au modèle unidimensionnel :
- Modèle unidimensionnel original : $\chi^2/dl = 3{,}45$, RMSEA = $0{,}078$, CFI = $0{,}87$, TLI = $0{,}86$ (ajustement sous-optimal).
- Modèle à 4 facteurs corrélés : $\chi^2/dl = 2{,}12$, RMSEA = $0{,}048$ (IC à 90 % [$0{,}043$ ; $0{,}053$]), CFI = $0{,}94$, TLI = $0{,}93$, SRMR = $0{,}049$ (ajustement excellent).
Toutes les saturations factorielles standardisées ($lambda$) des 32 items sur leurs facteurs respectifs étaient significatives ($p < 0{,}001$), oscillant entre$0{,}51$ et $0{,}78$. Les corrélations entre les quatre facteurs variaient de $0{,}54$ à $0{,}71$, confirmant que les sous-échelles capturent des domaines distincts mais étroitement coordonnés au sein d’un méta-système d’auto-efficacité émotionnelle globale.
10. Instrument de mesure
L’Échelle d’auto-efficacité émotionnelle est un auto-questionnaire standardisé administrable sur support papier ou par voie numérique.
- Type de passation : Auto-évaluation (individuelle ou collective).
- Nombre d’items : 32 énoncés affirmatifs décrivant des compétences émotionnelles intrapersonnelles et interpersonnelles.
- Format des réponses : Échelle ordinale de Likert en 5 points évaluant la certitude/confiance :
• 1 = Not At All Confident (Pas du tout confiant)
• 2 = A Little Confident (Un peu confiant)
• 3 = Moderately Confident (Modérément confiant)
• 4 = Quite Confident (Assez confiant)
• 5 = Very Confident (Très confiant) - Temps moyen de passation : 5 à 10 minutes.
- Cotation et calcul des scores :
- Score total global : Somme arithmétique directe des 32 items (l’échelle ne contient aucun item inversé). L’étendue théorique des scores va de 32 à 160. Un score plus élevé reflète une auto-efficacité émotionnelle perçue plus forte. Alternativement, le score moyen peut être calculé (somme divisée par 32, étendue de 1 à 5).
- Scores de sous-échelles (selon le modèle validé de Dacre Pool & Qualter, 2012a) :
- Utilisation et régulation de ses propres émotions (11 items) : Items 3, 6, 8, 12, 14, 18, 20, 22, 26, 28, 30. (Étendue : 11 à 55).
- Identification et perception de ses propres émotions (6 items) : Items 1, 4, 9, 11, 17, 19, 25, 27. (Étendue : 8 à 40).
- Identification et compréhension des émotions d’autrui (8 items) : Items 5, 7, 10, 13, 15, 21, 23, 29, 31. (Étendue : 9 à 45).
- Gestion et régulation des émotions d’autrui (7 items) : Items 2, 16, 24, 32. (Étendue : 4 à 20).
11. Permissions, Tarifs et Année du test
L’Échelle d’auto-efficacité émotionnelle a été initialement publiée en 2008 par Beverly A. Kirk, Nicola S. Schutte et Donald W. Hine dans la revue internationale à comité de lecture Personality and Individual Differences.
- Tarif d’utilisation : Gratuit pour une utilisation non commerciale à des fins de recherche académique, scientifique ou pédagogique. Aucun droit d’enregistrement payant n’est exigé des chercheurs universitaires.
- Permissions et licence : L’instrument est considéré comme étant du domaine de la recherche ouverte (Open Academic Access). Les chercheurs et praticiens sont autorisés à administrer l’échelle à la condition expresse de citer rigoureusement l’article princeps de Kirk et al. (2008) et les études psychométriques de référence correspondantes. Toute utilisation dans le cadre d’un produit commercial ou d’un progiciel payant nécessite l’autorisation formelle préalable des auteurs et de l’éditeur détenant les droits de publication (Elsevier).
12. Références
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Bandura, A. (1997). Self-efficacy: The exercise of control. W. H. Freeman and Company.
Dacre Pool, L., & Qualter, P. (2012a). The dimensional structure of the Emotional Self-Efficacy Scale (ESES). Australian Journal of Psychology, 64(3), 147–154. https://doi.org/10.1111/j.1742-9536.2011.00039.x
Dacre Pool, L., & Qualter, P. (2012b). Improving emotional intelligence and emotional self-efficacy through a teaching intervention for university students. Learning and Individual Differences, 22(3), 306–312. https://doi.org/10.1016/j.lindif.2012.01.010
Kirk, B. A., Schutte, N. S., & Hine, D. W. (2008). Development and preliminary validation of an emotional self-efficacy scale. Personality and Individual Differences, 45(5), 432–436. https://doi.org/10.1016/j.paid.2008.06.010
Kirk, B. A., Schutte, N. S., & Hine, D. W. (2011). The effect of an expressive-writing intervention for employees on emotional self-efficacy, emotional intelligence, affect, and workplace incivility. Journal of Applied Social Psychology, 41(1), 179–195. https://doi.org/10.1111/j.1559-1816.2010.00708.x
Kirk, B. A., Schutte, N. S., & Hine, D. W. (2013). Emotional Self-Efficacy Scale. In C. A. Simmons & P. Lehmann (Eds.), Tools for strengths-based assessment and evaluation (pp. 306–308). Springer Publishing Company.
Mayer, J. D., & Salovey, P. (1997). What is emotional intelligence? In P. Salovey & D. J. Sluyter (Eds.), Emotional development and emotional intelligence: Educational implications (pp. 3–34). Basic Books.
Qualter, P., Dacre Pool, L., Gardner, K. J., Ashley-Kot, S., Wise, A., & Wols, A. (2015). The Emotional Self-Efficacy Scale: Adaptation and validation for young adolescents. Journal of Psychoeducational Assessment, 33(1), 33–45. https://doi.org/10.1177/0734282914540452