Échelle d’anxiété préscolaire de Spence

L’Échelle d’anxiété préscolaire de Spence (PAS) est un outil psychométrique de référence évaluant les troubles anxieux chez les enfants de 2,5 à 6,5 ans. Découvrez sa structure, ses propriétés psychométriques et ses items originaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 4, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 4, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’anxiété préscolaire de Spence (en anglais, Spence Preschool Anxiety Scale ou PAS) constitue un instrument psychométrique d’évaluation hétéro-rapportée conçu spécifiquement pour identifier et quantifier les manifestations anxieuses chez les enfants âgés de 2,5 à 6,5 ans. Développée par Susan H. Spence et ses collaborateurs en 2001, cette échelle s’inscrit dans la continuité de la Spence Children’s Anxiety Scale (SCAS), tout en adaptant les indicateurs phénoménologiques aux particularités neurodéveloppementales, cognitives et affectives de la période préscolaire. Le questionnaire est complété par les parents ou les tuteurs légaux, qui observent les patterns comportementaux de l’enfant dans ses contextes de vie quotidienne.

L’instrument comprend un tronc commun de 28 items principaux évaluant cinq dimensions spécifiques congruentes avec la nosologie du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV et DSM-5) : l’anxiété de séparation, l’anxiété généralisée, la phobie sociale, l’anxiété liée aux blessures physiques (peurs spécifiques) et le trouble obsessionnel-compulsif (TOC). Un module complémentaire composé d’un item filtre d’exposition traumatique (item 29) et de cinq items exploratoires (items 30 à 34) permet d’investiguer la symptomatologie liée au trouble de stress post-traumatique (TSPT). La cotation s’effectue sur une échelle de type Likert à 5 points variant de 0 (« Not True at All » / Pas vrai du tout) à 4 (« Very Often True » / Très souvent vrai).

Sur le plan métrologique, l’échelle présente une consistance interne globale remarquable (coefficient alpha de Cronbach généralement supérieur à 0,90 pour le score total) et des indices de fidélité satisfaisants pour chaque sous-échelle (α variant de 0,70 à 0,86 selon les études de réplication). Les analyses factorielles confirmatoires appuient une organisation hiérarchique composée de cinq facteurs de premier ordre subordonnés à un facteur d’anxiété générale d’ordre supérieur. Dotée d’une excellente validité convergente et discriminante, la PAS s’impose comme un standard international incontournable tant en recherche épidémiologique qu’en pratique diagnostique et évaluative précoce.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle d’anxiété préscolaire de Spence, Spence Preschool Anxiety Scale, anxiété infantile, psychométrie pédiatrique, anxiété de séparation, anxiété généralisée, phobie sociale, trouble obsessionnel-compulsif, peurs développementales, évaluation préscolaire, validité factorielle, dépistage précoce, psychopathologie développementale.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été conceptualisé et validé scientifiquement par une équipe de chercheurs australiens renommés dans le domaine de la pédopsychiatrie et de la psychologie clinique du développement :

  • Susan H. Spence, Ph.D. : Professeure émérite à la School of Applied Psychology et à l’Australian Institute for Suicide Research and Prevention (AISRAP), Griffith University, Queensland, Australie. Spécialiste de renommée mondiale de l’étiologie, de l’évaluation psychométrique et des interventions cognitivo-comportementales relatives aux troubles anxieux et dépressifs chez l’enfant et l’adolescent. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Ronald M. Rapee, Ph.D. : Professeur distingué au Centre for Emotional Health, Department of Psychology, Macquarie University, Sydney, Nouvelle-Galles du Sud, Australie. Pionnier des modèles étiologiques de l’anxiété chez l’enfant et concepteur de programmes préventifs et thérapeutiques fondés sur les preuves (tels que le programme Cool Kids).
  • Caroline McDonald, Ph.D. : Chercheuse et clinicienne affiliée à l’Université du Queensland (University of Queensland, St Lucia, Australie), impliquée dans les investigations fondamentales sur la sémiologie anxieuse chez les très jeunes enfants.
  • Mireille Ingram, B.Psych. (Hons) : Collaboratrice scientifique au département de psychologie de l’Université du Queensland, ayant participé au recueil empirique et au traitement statistique des données normatives préscolaires.

4. Objectif / Purpose

Utilité clinique et fonction diagnostique

L’objectif fondamental de l’Échelle d’anxiété préscolaire de Spence est d’offrir une mesure standardisée, fiable et valide sur le plan clinique, capable de discriminer les manifestations normales de peur développementale des symptômes anxieux cliniquement significatifs chez les tout-petits. Les enfants âgés de 2,5 à 6,5 ans traversent des périodes de maturation affective intenses au cours desquelles certaines craintes (peur de l’obscurité, angoisse face aux bruits forts, détresse transitoire lors des séparations d’avec les figures d’attachement) constituent des étapes adaptatives ordinaires. Néanmoins, lorsque ces comportements s’intensifient en fréquence, en sévérité et en durée, ils induisent une altération notable du fonctionnement adaptatif, perturbent l’intégration socio-éducative (garderie, maternelle) et augmentent substantiellement la trajectoire de vulnérabilité vers des troubles internalisés persistants à l’âge scolaire et à l’adolescence.

La PAS comble une lacune diagnostique historique majeure. Avant son élaboration, les cliniciens et chercheurs devaient souvent recourir à des instruments conçus pour les enfants d’âge scolaire (> 7 ans), tels que le RCMAS (Revised Children’s Manifest Anxiety Scale) ou la version originale de la SCAS, ou bien utiliser des inventaires généraux du comportement (comme le Child Behavior Checklist d’Achenbach) qui ne permettent pas une différenciation syndromique fine des différentes formes d’anxiété selon les critères sémiologiques contemporains. La PAS permet de dresser un profil symptomatique multidimensionnel, guidant ainsi les démarches de diagnostic différentiel et la sélection d’interventions thérapeutiques ciblées (thérapies cognitivo-comportementales de la petite enfance centrées sur la psychoéducation parentale et la désensibilisation par le jeu).

Applications en recherche et dépistage populationnel

Dans le domaine de la recherche translationnelle, la PAS est largement exploitée pour caractériser l’évolution longitudinale des phénotypes anxieux précoces, étudier les interactions gènes-environnement dans la réactivité émotionnelle, et évaluer l’impact des styles parentaux (surprotection, anxiété parentale modélisée) sur l’inhibition comportementale. Elle fait office d’instrument de criblage de premier ordre (screening) dans les programmes de prévention précoce universels ou ciblés, permettant d’identifier les cohortes pédiatriques à risque avant que les cercles vicieux d’évitement comportemental ne se cristallisent.

De surcroît, sa sensibilité au changement thérapeutique en fait un outil de référence pour mesurer l’efficacité des protocoles thérapeutiques fondés sur les preuves, en quantifiant objectivement les réductions de scores post-traitement et lors des suivis longitudinaux.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par l’échelle est la symptomatologie anxieuse préscolaire, déclinée en cinq dimensions syndromiques corrélées et une sous-dimension post-traumatique distincte. Chacune de ces composantes reflète une constellation de réactions physiologiques, cognitives et motrices observables :

1. Anxiété de séparation (Items 6, 12, 16, 22, 25)

Cette dimension évalue une détresse développementalement inappropriée et excessive ressentie lors de la séparation réelle ou anticipée d’avec les figures primaires d’attachement. Les items captent des comportements d’opposition ou d’angoisse au moment du coucher sans la présence parentale, la réticence à dormir hors du domicile familial, l’appréhension catastrophique que des malheurs adviennent aux parents (maladie, accident, décès), la crainte d’être perdu ou kidnappé et l’apparition de cauchemars récurrents thématisant l’éloignement des figures de référence. Sur le plan sémiologique, elle explore la dépendance proximale invalidante au quotidien.

2. Peurs des blessures physiques / Phobies spécifiques (Items 7, 10, 13, 17, 20, 24, 26)

Cette composante mesure les réactions d’évitement et de panique déclenchées par des stimuli environnementaux ou contextuels concrets. Bien que les craintes relatives à l’obscurité, aux orages, aux grands animaux (chiens) ou aux insectes/araignées fassent partie du répertoire développemental normal, les items de la PAS ciblent l’intensité disproportionnée de la terreur, la panique face aux hauteurs, l’appréhension invalidante liée à la natation (milieu aquatique) et la claustrophobie ou peur des espaces clos et bondés, conduisant à des comportements d’évitement actifs qui restreignent les activités exploratoires ordinaires de l’enfant.

3. Anxiété sociale (Items 2, 5, 11, 15, 19, 23)

La dimension d’anxiété sociale opérationnalise la peur marquée et persistante des situations d’exposition sociale ou de performance au sein du groupe de pairs ou face à des adultes non familiers. Chez l’enfant préscolaire, cela se traduit par une appréhension majeure de faire quelque chose de ridicule ou d’embarrassant, le mutisme sélectif ou l’incapacité de prendre la parole en classe/garderie (par exemple lors des séances d’expression de type show and tell), l’inhibition motrice face aux pairs non familiers, le refus de rejoindre des jeux de groupe et la réticence aiguë à solliciter de l’aide auprès d’un éducateur ou d’une institutrice.

4. Trouble obsessionnel-compulsif (Items 3, 9, 18, 21, 27)

Cette sous-échelle évalue la présence de comportements rituels rigides, d’actes mentaux répétitifs et de pensées intrusives anxiogènes. Les manifestations incluent des comportements de vérification réitérés (ex. vérifier la fermeture des portes ou des robinets), le lavage excessif et ritualisé des mains, des règles compulsives d’ordonnancement et de symétrie (exigence absolue que les objets soient alignés ou positionnés d’une façon spécifique sous peine de catastrophe perçue), ainsi que la présence de ruminations ou d’images dérangeantes intrusives obligeant l’enfant à formuler des « pensées magiques » ou incantatoires (répétition de mots ou de chiffres).

5. Anxiété généralisée (Items 1, 4, 8, 14, 28)

L’anxiété généralisée renvoie à un état d’inquiétude chronique, diffuse, incontrôlable et excessive portant sur de multiples domaines de la vie quotidienne. Chez le jeune enfant, le parent observe une incapacité à interrompre le flux d’inquiétudes, un état d’hypervigilance motrice, de nervosité ou d’irritabilité sous-tendu par le souci intérieur, des perturbations sévères de l’endormissement dues à l’agitation mentale, ainsi qu’une recherche compulsive et récurrente de réassurance verbale auprès des adultes pour des situations bénignes et prévisibles.

Module complémentaire : Symptomatologie post-traumatique (Items 29 à 34)

Introduit par un crible dichotomique (Oui/Non) concernant l’exposition à un événement traumatique majeur (accident grave, deuil subit, agression, catastrophe naturelle), ce module évalue l’intrusion (cauchemars thématiques, reviviscences comportementales soudaines), la détresse émotionnelle face aux rappels de l’événement et la réactivité physiologique (sudation, tremblements, palpitations) déclenchée par les indices contextuels associés au trauma.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Fondements psychopathologiques et nosologiques

L’architecture conceptuelle de l’Échelle d’anxiété préscolaire de Spence repose sur l’intégration féconde de la psychopathologie développementale (Cicchetti, Sroufe) et des modèles cognitivo-comportementaux de l’anxiété (Clark & Beck, Barlow). Spence a postulé que la taxonomie syndromique formalisée par l’Association américaine de psychiatrie (American Psychological Association / APA) au sein du DSM-IV s’applique de manière isomorphe chez le jeune enfant, pourvu que les indicateurs comportementaux soient adaptés aux capacités de mentalisation et de verbalisation de cette période d’âge.

Selon cette approche, les troubles anxieux de l’enfance ne constituent pas une entité indifférenciée de détresse affective globale, mais s’organisent en grappes syndromiques distinctes qui partagent un noyau vulnérabilisant commun : le névrosisme ou l’affectivité négative (Clark & Watson, 1991). Ce modèle tripartite postule que l’anxiété et la dépression partagent une composante générale de détresse négative, mais que l’anxiété se singularise par une hyperactivité physiologique et des schémas d’appréhension de la menace spécifique. La PAS a été conçue pour vérifier si cette différenciation syndromique émerge dès les premières étapes du développement socio-émotionnel.

Théorie de l’attachement et inhibition comportementale

Le cadre théorique s’enrichit des travaux de Jerome Kagan sur le tempérament et l’inhibition comportementale face à la nouveauté. Les enfants manifestant une réactivité physiologique élevée face aux stimuli inconnus sont prédisposés au développement ultérieur d’une anxiété sociale et de phobies spécifiques. Parallèlement, la théorie de l’attachement de John Bowlby et Mary Ainsworth fournit l’assise explicative de la sous-échelle d’anxiété de séparation : chez l’enfant préscolaire, la balance entre le système d’exploration et le système d’attachement peut se rigidifier, conduisant à des stratégies d’insécurité anxieuse-ambivalente où l’éloignement physique ou émotionnel de la figure maternante déclenche une terreur désorganisante.

Le modèle cognitif postule également l’existence de biais d’interprétation de la menace et de schémas d’auto-inefficacité perceptuelle (Bandura) qui, bien que difficilement mesurables directement par auto-évaluation à cet âge, s’expriment à travers les comportements de recherche incessante de réassurance et d’évitement protecteur répertoriés par les items de la PAS.

7. Validité / Validity

Validité de construit et structurelle

La validité de construit de la PAS a été établie à travers de vastes études empiriques menées auprès d’échantillons communautaires et cliniques. Dans l’étude princeps de Spence, Rapee, McDonald et Ingram (2001), menée auprès de 821 parents d’enfants d’âge préscolaire, les analyses ont confirmé que la configuration des symptômes chez les tout-petits s’aligne fidèlement sur les taxonomies diagnostiques du DSM-IV. Les corrélations inter-facteurs modérées à fortes (variant de 0,38 à 0,72) confirment l’interdépendance des différentes formes d’anxiété tout en justifiant leur caractère discriminant sur le plan sémantique et clinique.

Validité convergente et concurrente

La validité convergente de la PAS est étayée par des corrélations statistiquement significatives et substantielles avec des échelles parentales validées mesurant des construits émotionnels connexes. Les scores totaux de la PAS corrèlent positivement et fortement avec :

  • L’échelle d’internalisation du Child Behavior Checklist (CBCL / 1.5-5 d’Achenbach) avec des coefficients $r$ oscillant généralement entre 0,65 et 0,78 ($p < 0,001$).
  • L’inventaire de tempérament Toddler Behavior Questionnaire sur les dimensions d’inhibition comportementale et de timidité ($r \approx 0,50$ à $0,62$).
  • Les évaluations cliniques globales de la gravité anxieuse établies par des pédopsychiatres lors d’entretiens structurés (tels que l’ADIS-C/P adapté aux jeunes enfants).

Validité discriminante

L’instrument fait preuve d’une excellente validité discriminante vis-à-vis des comportements externalisés. Les corrélations entre les scores aux sous-échelles de la PAS et les dimensions d’agressivité, d’inattention, de trouble oppositionnel avec provocation ou de destructivité du CBCL sont significativement plus faibles (valeurs de $r$ typiquement comprises entre 0,15 et 0,30), confirmant la spécificité de la mesure pour le spectre anxieux/internalisé.

Validité discriminante clinique et sensibilité au diagnostic

La PAS possède un pouvoir diagnostique robuste pour discriminer les enfants issus de populations cliniques référés en centre pédopsychiatrique pour troubles anxieux de ceux issus de cohortes communautaires indemnes de psychopathologie. Les enfants diagnostiqués avec un trouble anxieux obtiennent des scores significativement plus élevés sur l’ensemble des sous-échelles que leurs pairs témoins, avec des tailles d’effet élevées ($d$ de Cohen dépassant fréquemment 1,20 pour le score total). De plus, chaque sous-échelle spécifique discrimine efficacement les sous-groupes diagnostiques correspondants (par exemple, les enfants souffrant d’anxiété de séparation obtiennent des scores majeurs sur la sous-échelle correspondante comparativement aux enfants présentant une phobie simple ou une anxiété sociale).

8. Fidélité / Reliability

Consistance interne

La consistance interne de l’Échelle d’anxiété préscolaire de Spence a été documentée dans de multiples investigations internationales (Australie, Espagne, Italie, Chine, Turquie, Allemagne). Dans la cohorte initiale de Spence et al. (2001), les coefficients alpha de Cronbach démontrent une excellente homogénéité métrique :

  • Score Total (Items 1 à 28) : $\alpha = 0,92$ (échantillon communautaire) et $\alpha = 0,94$ (échantillon clinique).
  • Anxiété de séparation : $\alpha = 0,75$ à $0,82$.
  • Peurs des blessures physiques : $\alpha = 0,76$ à $0,81$.
  • Anxiété sociale : $\alpha = 0,80$ à $0,86$.
  • Trouble obsessionnel-compulsif : $\alpha = 0,73$ à $0,79$.
  • Anxiété généralisée : $\alpha = 0,78$ à $0,84$.
  • Module TSPT (Items 30 à 34) : $\alpha = 0,77$ à $0,85$ parmi les enfants exposés à un événement traumatique.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La fidélité test-retest a été rigoureusement évaluée sur des intervalles de temps variant de 2 semaines à 12 mois. Sur un intervalle court de 2 à 4 semaines, les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et de Pearson se révèlent élevés, se situant entre 0,75 et 0,89 pour le score global, et entre 0,68 et 0,82 pour les différentes sous-échelles, témoignant d’une remarquable stabilité temporelle à court terme en l’absence d’intervention.

Sur le plan longitudinal (suivi sur 12 mois), Edwards, Rapee et Kennedy (2010) ont rapporté des corrélations test-retest modérées à fortes ($r \approx 0,55$ à $0,65$), reflétant à la fois la continuité relative des traits tempéramentaux anxieux au cours de la petite enfance et la plasticité développementale propre à cette période du cycle de vie.

Accord inter-juges

Lorsque la PAS est administrée de manière indépendante à la mère et au père de l’enfant, les accords inter-juges sont satisfaisants, avec des corrélations oscillant entre $r = 0,58$ et $r = 0,72$ selon les sous-échelles. Ce niveau de concordance est supérieur aux moyennes observées habituellement dans l’évaluation psychopathologique hétéro-rapportée de l’enfant, ce qui valide la clarté et l’opérationnalité comportementale des items rédigés par les concepteurs.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Modélisation princeps et méthodologie factorielle

L’analyse factorielle initiale menée par Spence et ses collègues (2001) a exploré la structure sous-jacente des 28 items principaux au moyen d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) appliquées sur matrices de covariance avec estimation par le maximum de vraisemblance. L’objectif était de tester plusieurs modèles théoriques concurrents :

  • Modèle 1 (Unifactoriel) : Tous les items saturent sur une dimension générale unique d’anxiété.
  • Modèle 2 (Facteurs orthogonaux) : Cinq facteurs indépendants sans covariance autorisée.
  • Modèle 3 (Facteurs corrélés de premier ordre) : Cinq facteurs corrélés représentant l’anxiété de séparation, l’anxiété généralisée, l’anxiété sociale, les peurs de blessure physique et les symptômes obsessionnels-compulsifs.
  • Modèle 4 (Modèle hiérarchique d’ordre supérieur) : Cinq facteurs de premier ordre subordonnés à un facteur général d’anxiété d’ordre supérieur.

Résultats et adéquation des modèles

Les résultats statistiques ont rejeté catégoriquement les modèles 1 et 2 en raison d’indices d’ajustement insuffisants. Le Modèle 3 (cinq facteurs corrélés) et le Modèle 4 (modèle hiérarchique avec facteur de second ordre) ont tous deux affiché d’excellents indices d’adéquation aux données :

  • Indice de Tucker-Lewis (TLI) / Non-Normed Fit Index (NNFI) $> 0,93$
  • Comparative Fit Index (CFI) $> 0,94$
  • Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) $le 0,045$ ($IC_{90%} [0,040 – 0,050]$)

Le modèle hiérarchique (Modèle 4) est conceptuellement et statistiquement privilégié par les auteurs, car il justifie à la fois l’utilisation clinique d’un score d’anxiété totale (reflétant le facteur de second ordre) et le calcul de cinq scores dimensionnels distincts permettant un profilage individualisé.

Saturations factorielles des items

Les saturations factorielles standardisées ($lambda$) des 28 items sur leurs facteurs respectifs sont solides et homogènes, toutes supérieures à 0,40 et la grande majorité dépassant 0,60 :

  • Anxiété généralisée : Saturations variant de 0,55 (Item 28 : demande de réassurance) à 0,78 (Item 14 : passe une grande partie de la journée à s’inquiéter).
  • Anxiété de séparation : Saturations allant de 0,52 (Item 25 : cauchemars de séparation) à 0,79 (Item 22 : détresse lorsqu’on le laisse à la garderie/école).
  • Anxiété sociale : Saturations entre 0,58 (Item 5 : peur de demander de l’aide à un adulte) et 0,79 (Item 15 : peur de parler devant la classe).
  • Peurs de blessures physiques : Saturations variant de 0,42 (Item 10 : peur des endroits bondés ou clos) à 0,68 (Item 13 : peur des orages).
  • Trouble obsessionnel-compulsif : Saturations comprises entre 0,49 (Item 21 : pensées dérangeantes répétitives) et 0,74 (Item 9 : lavage répété des mains).

Les réplications transculturelles (en Espagne par Orgillés et al., en Chine par Wang et al., et en Italie par Muris et al.) ont attesté de l’invariance factorielle de cette architecture dimensionnelle en fonction du sexe de l’enfant et à travers diverses cultures occidentales et orientales.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrument de mesure présente une structure rigoureuse et standardisée, optimisée pour une passation rapide et exhaustive par les parents ou les référents de garde :

  • Format du test : Questionnaire hétéro-rapporté (rempli par l’un des parents, le tuteur légal ou un éducateur principal).
  • Population cible : Enfants d’âge préscolaire âgés de 2 ans et demi à 6 ans et demi (environ 30 à 78 mois).
  • Nombre total d’items : 34 items au total, structurés en :
    • 28 items généraux obligatoires (items 1 à 28) évaluant les manifestations anxieuses courantes.
    • 1 item filtre dichotomique d’événement traumatique (item 29 : OUI / NON).
    • 5 items additionnels conditionnels (items 30 à 34) évaluant le stress post-traumatique, complétés uniquement en cas de réponse affirmative à l’item 29.
  • Échelle de réponse : Échelle ordinale de fréquence de type Likert en 5 points :
    • 0 = Not True at All (Pas vrai du tout / Jamais)
    • 1 = Seldom True (Rarement vrai)
    • 2 = Sometimes True (Parfois vrai)
    • 3 = Quite Often True (Assez souvent vrai)
    • 4 = Very Often True (Très souvent vrai)
  • Durée de passation : Environ 8 à 12 minutes.
  • Formule de cotation et calcul des sous-scores :
    • Score Total d’Anxiété (PAS Total Score) : Somme arithmétique directe des items 1 à 28 (Étendue des scores possibles : 0 à 112 points).
    • Anxiété généralisée (Generalized Anxiety) : Somme des items 1 + 4 + 8 + 14 + 28 (Score de 0 à 20 points).
    • Anxiété sociale (Social Anxiety) : Somme des items 2 + 5 + 11 + 15 + 19 + 23 (Score de 0 à 24 points).
    • Trouble obsessionnel-compulsif (Obsessive Compulsive Disorder) : Somme des items 3 + 9 + 18 + 21 + 27 (Score de 0 à 20 points).
    • Peurs des blessures physiques (Physical Injury Fears) : Somme des items 7 + 10 + 13 + 17 + 20 + 24 + 26 (Score de 0 à 28 points).
    • Anxiété de séparation (Separation Anxiety) : Somme des items 6 + 12 + 16 + 22 + 25 (Score de 0 à 20 points).
    • Sous-échelle optionnelle TSPT : Somme des items 30 + 31 + 32 + 33 + 34 (Score de 0 à 20 points, non intégrée dans le score total standard 1-28).
  • Interprétation : Les scores bruts sont convertis en scores $T$ ou en percentiles en fonction des tables normatives ventilées par tranche d’âge et par sexe de l’enfant. Un score $T ge 65$ (supérieur à 1,5 écart-type au-dessus de la moyenne normative) signale généralement un risque clinique accru nécessitant une investigation diagnostique approfondie.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 2001 (publication empirique de référence dans la revue Behaviour Research and Therapy).
  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : © 2001 Susan H. Spence, Ronald M. Rapee, Caroline McDonald, Mireille Ingram. Les droits patrimoniaux et moraux demeurent la propriété des auteurs originaux.
  • Politique d’accès et tarif : L’Échelle d’anxiété préscolaire de Spence est accessible en accès ouvert (gratuit) pour la recherche scientifique et la pratique clinique non commerciale. Aucun droit de licence pécuniaire n’est exigé des praticiens ou des chercheurs pour l’administration papier ou clinique individuelle.
  • Modalités de téléchargement et d’utilisation : Le questionnaire dans ses multiples versions linguistiques, ainsi que les instructions de cotation et les données normatives, sont officiellement téléchargeables sur le site dédié administré par la Professeure Spence : www.scaswebsite.com.
  • Restrictions : Toute reproduction à des fins lucratives, intégration dans un logiciel propriétaire payant ou modification de la structure des items sans accord écrit préalable exprès des auteurs est formellement interdite.

12. Références / References

Les références suivantes sont rédigées selon les normes de l’American Psychological Association (APA, 7e édition) :

  • Edwards, S. L., Rapee, R. M., & Kennedy, S. (2010). Prediction of anxiety symptoms in preschool-aged children: Examination of maternal and paternal contributions. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 51(3), 313–321. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.2009.02161.x
  • Muris, P., & Field, A. P. (2008). Distorted cognition and pathological anxiety in children and adolescents. Cognition and Emotion, 22(3), 395–421. https://doi.org/10.1080/02699930701843450
  • Orgillés, M., Méndez, X., Spence, S. H., Huedo-Medina, T. B., & Espada, J. P. (2012). Spanish validation of the Spence Preschool Anxiety Scale. Child Psychiatry & Human Development, 43(2), 271–281. https://doi.org/10.1007/s10578-011-0265-0
  • Spence, S. H. (1997). Structure of anxiety symptoms among children: A confirmatory factor-analytic study. Journal of Abnormal Psychology, 106(2), 280–297. https://doi.org/10.1037/0021-843X.106.2.280
  • Spence, S. H., Barrett, P. M., & Turner, C. M. (2003). Psychometric properties of the Spence Children’s Anxiety Scale with young adolescents. Journal of Anxiety Disorders, 17(6), 605–625. https://doi.org/10.1016/S0887-6185(02)00236-0
  • Spence, S. H., Rapee, R., McDonald, C., & Ingram, M. (2001). The structure of anxiety symptoms among preschoolers. Behaviour Research and Therapy, 39(11), 1293–1316. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(00)00098-X

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Scoring Formula: Total Score Sum of Scores for Items 1 to 28
1

Has difficulty stopping him/herself from worrying
2

Worries that he/she will do something to look stupid in front of other people
3

Keeps checking that he/she has done things right (e.g.‚ that he/she closed a door‚ turned off a tap)
4

Is tense‚ restless or irritable due to worrying
5

Is scared to ask an adult for help (e.g.‚ a preschool or school teacher)
6

Is reluctant to go to sleep without you or to sleep away from home
7

Is scared of heights (high places)
8

Has trouble sleeping due to worrying
9

Washes his/her hands over and over many times each day
10

Is afraid of crowded or closed-in places
11

Is afraid of meeting or talking to unfamiliar people
12

Worries that something bad will happen to his/her parents
13

Is scared of thunder storms
14

Spends a large part of each day worrying about various things
15

Is afraid of talking in front of the class (preschool group) e.g.‚ show and tell
16

Worries that something bad might happen to him/her (e.g.‚ getting lost or kidnapped)‚ so he/she won’t be able to see you again
17

Is nervous of going swimming
18

Has to have things in exactly the right order or position to stop bad things from happening
19

Worries that he/she will do something embarrassing in front of other people
20

Is afraid of insects and/or spiders
21

Has bad or silly thoughts or images that keep coming back over and over
22

Becomes distressed about your leaving him/her at preschool/school or with a babysitter
23

Is afraid to go up to group of children and join their activities
24

Is frightened of dogs
25

Has nightmares about being apart from you
26

Is afraid of the dark
27

Has to keep thinking special thoughts (e.g.‚ numbers or words) to stop bad things from happening
28

Asks for reassurance when it doesn’t seem necessary
29

Has your child ever experienced anything really bad or traumatic (e.g.‚ severe accident‚ death of a family member/friend‚ assault‚ robbery‚ disaster) YES NO
30

Has bad dreams or nightmares about the event
31

Remembers the event and becomes distressed
32

Becomes distressed when reminded of the event
33

Suddenly behaves as if he/she is reliving the bad experience
34

Shows bodily signs of fear (e.g.‚ sweating‚ shaking or racing heart) when reminded of the event
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 4). Échelle d’anxiété préscolaire de Spence. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-anxiete-prescolaire-spence/
Looti, Mohammed. “Échelle d’anxiété préscolaire de Spence.” Base de données de psychologie en français, 4 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-anxiete-prescolaire-spence/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’anxiété préscolaire de Spence.” Base de données de psychologie en français. octobre 4, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-anxiete-prescolaire-spence/.