Échelle d’ajustement social auto-administrée (SAS)

Découvrez l’Échelle d’ajustement social auto-administrée (SAS-SR) développée par Myrna M. Weissman : analyse psychométrique complète, validité, fidélité, cadre théorique et items intégraux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 2, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 2, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’ajustement social auto-administrée (Social Adjustment Scale-Self Report ou SAS-SR), initialement conçue par la professeure Myrna M. Weissman et ses collaborateurs en 1976 à partir du prototype d’entretien semi-structuré d’Eugene Paykel (1971), constitue l’un des instruments psychométriques les plus rigoureux et largement documentés pour évaluer le fonctionnement social et l’adaptation interpersonnelle d’un individu au sein de la communauté. L’instrument comprend 54 items évaluant le comportement manifeste, la qualité des interactions, les sentiments de malaise ou de friction, ainsi que la satisfaction générale vécue au cours des deux dernières semaines. L’échelle est structurée autour de plusieurs rôles sociaux majeurs : le travail rémunéré en dehors du domicile, les tâches domestiques (travail à la maison), les études universitaires ou scolaires, les loisirs et le temps libre, la famille élargie, la relation conjugale ou de partenariat intime, la relation avec les enfants et la cellule familiale globale, complétés par une question synthétique sur la stabilité financière.

Les items sont formulés selon une échelle ordinale de type Likert à 5 points (allant de 1, indiquant un fonctionnement optimal ou l’absence de détresse, à 5, traduisant une dysfonction sévère ou une détérioration marquée). L’architecture adaptative de l’instrument permet aux répondants de ne remplir que les sections correspondant à leurs rôles réels (par exemple, les étudiants, les parents ou les individus engagés dans une relation de couple), générant des scores moyens par domaine ainsi qu’un score global moyen d’ajustement social (compris entre 1,00 et 5,00). Les qualités psychométriques de la SAS-SR sont remarquables : la cohérence interne oscille généralement entre α = 0,74 et α = 0,86 pour les différents sous-domaines, atteignant plus de 0,90 pour le score global dans les populations cliniques. La fidélité test-retest à court terme montre des coefficients de corrélation intraclasse élevés (souvent compris entre 0,70 et 0,85). Dotée d’une excellente validité de construit, d’une forte sensibilité au changement thérapeutique lors d’essais cliniques pharmacologiques ou psychothérapeutiques (notamment en psychothérapie interpersonnelle) et de normes communautaires établies, la SAS-SR demeure la référence internationale incontournable pour l’objectivation du rétablissement fonctionnel en santé mentale.

2. Mots-clés / Keywords

Ajustement social, fonctionnement social, SAS-SR, Myrna Weissman, psychométrie, évaluation psychiatrique, dépression, rôles sociaux, psychothérapie interpersonnelle, validité de construit, fonctionnement interpersonnel, santé mentale communautaire.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été développée par des cliniciens et chercheurs éminents du domaine de la psychiatrie et de l’épidémiologie clinique :

  • Myrna M. Weissman, Ph.D. : Professeure distinguée d’épidémiologie et de psychiatrie au Vagelos College of Physicians and Surgeons de l’Université Columbia et cheffe de division au New York State Psychiatric Institute (NYSPI), New York, États-Unis. Pionnière internationale dans l’étude de l’épidémiologie des troubles dépressifs et co-créatrice de la thérapie interpersonnelle (TIP).
  • Eugene S. Paykel, M.D., FRCP, FRCPsych (Collaborateur initial de la Social Adjustment Scale – Interview) : Professeur émérite de psychiatrie au Département de psychiatrie de l’Université de Cambridge, Royaume-Uni.
  • Gerald L. Klerman, M.D. (†) : Psychiatre de renommée mondiale, ancien directeur de l’administration fédérale américaine de la santé mentale (ADAMHA) et professeur de psychiatrie à l’Université Cornell et Harvard.
  • Brigitte A. Prusoff, Ph.D. (†) : Statisticienne et épidémiologiste, Département de psychiatrie, Yale University School of Medicine, New Haven, Connecticut, États-Unis.
  • Sharon Bothwell, M.S.W. : Collaboratrice de recherche lors de l’adaptation initiale en auto-questionnaire, Yale University Depression Research Unit, New Haven, Connecticut, États-Unis.

4. Objectif / Purpose

L’Échelle d’ajustement social auto-administrée (SAS-SR) a été spécifiquement conçue pour répondre à une lacune majeure de la psychiatrie et de la psychologie clinique des années 1970 : la tendance prédominante à mesurer l’efficacité thérapeutique et la rémission des troubles affectifs uniquement à travers la diminution des symptômes cliniques (tels que l’insomnie, la tristesse de l’humeur ou les idées suicidaires), en négligeant la restauration globale du fonctionnement psychosocial. Or, comme l’ont démontré les travaux fondateurs de Myrna Weissman, la disparition des symptômes dépressifs ne coïncide pas toujours immédiatement avec la restauration de la compétence sociale, de l’intimité conjugale ou de l’efficacité professionnelle.

L’objectif fondamental de la SAS-SR est de capturer l’intersection entre le comportement réel d’un individu dans ses interactions quotidiennes et sa propre évaluation affective de ces interactions. L’outil évalue la manière dont un individu s’acquitte de ses obligations et négocie ses relations dans des rôles sociaux majeurs prescrits par son environnement. Il mesure simultanément :

  • La performance instrumentale et l’accomplissement des tâches (ex. assiduité au travail, capacité à accomplir les devoirs scolaires ou les tâches ménagères) ;
  • Les frictions et conflits interpersonnels manifestes (ex. disputes, altercations, agressivité) ;
  • L’inconfort affectif, la honte et l’anxiété éprouvés dans l’exercice de ces rôles ;
  • Le sentiment subjectif de satisfaction, d’intérêt et d’épanouissement personnel.

Sur le plan des applications cliniques, la SAS-SR permet d’établir un bilan fonctionnel précis lors de l’évaluation initiale d’un patient souffrant de trouble dépressif majeur, de trouble bipolaire, de troubles anxieux ou de troubles de la personnalité. Elle offre un repérage immédiat des domaines interpersonnels fragilisés, fournissant un guide direct pour la planification d’interventions ciblées, en particulier dans le cadre de la thérapie interpersonnelle (TIP) où les conflits de rôle, les transitions de vie ou les déficits interpersonnels constituent les cibles thérapeutiques prioritaires.

Sur le plan de la recherche clinique et épidémiologique, la SAS-SR s’est imposée comme le standard d’or pour comparer l’impact différentiel des traitements psychopharmacologiques et des psychothérapies sur la qualité de vie globale et la réintégration sociale. En médecine générale et en soins de santé primaires, elle constitue un outil précieux de dépistage des handicaps psychosociaux invisibles qui accompagnent fréquemment les affections chroniques somatiques et psychiatriques.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit théorique d’ajustement social (social adjustment) opérationnalisé par Weissman et Paykel repose sur une conceptualisation multidimensionnelle de l’adaptation humaine. Il postule que le fonctionnement d’un individu dans la société s’exprime à travers une série de rôles réciproques socialement définis. L’ajustement social se définit ainsi comme le degré d’harmonie, d’efficacité et d’équilibre qu’une personne maintient entre ses besoins internes, ses compétences comportementales et les attentes normatives de son groupe social.

La SAS-SR évalue ce construit à travers six domaines fonctionnels majeurs (dont plusieurs sont modulaires en fonction de la situation du sujet), complétés par un indicateur économique :

1. Le rôle professionnel et instrumental (Work / Instrumental Roles)

Ce domaine explore la capacité de l’individu à s’investir dans une activité productive structurée. L’instrument propose trois voies mutuellement exclusives ou complémentaires selon le statut du participant :

  • Travail rémunéré à l’extérieur (Items 1 à 6) : Évalue l’absentéisme (jours manqués), la qualité de la performance professionnelle, la honte ou le sentiment d’incompétence au travail, les frictions ou conflits avec les collègues et supérieurs, l’anxiété ressentie en situation de travail et l’intérêt intrinsèque pour l’activité.
  • Travail à la maison / Tâches domestiques (Items 7 à 12) : Conçu pour les personnes gérant le foyer familial. Il examine la régularité dans la tenue du ménage, la capacité à assumer les courses, la cuisine et l’entretien, les conflits avec le voisinage ou les commerçants, ainsi que la détresse et l’ennui associés aux tâches domestiques.
  • Études et formation (Items 13 à 18) : S’adresse aux étudiants à temps plein ou partiel. Il mesure l’assiduité aux cours, la capacité à suivre le rythme académique, la honte scolaire, les disputes dans l’établissement d’enseignement et l’intérêt porté aux études.

2. Les loisirs et le réseau social élargi (Social and Spare Time Activities)

Les items 19 à 27 (auxquels s’ajoutent les items 28 et 29 pour les personnes célibataires) mesurent la vitalité du réseau amical et la capacité de l’individu à se ressourcer. Les dimensions explorées comprennent la fréquence des contacts amicaux, la présence d’un confident capable de recevoir l’expression intime des émotions, la fréquence des sorties récréatives, l’investissement dans des passe-temps ou loisirs actifs, les frictions avec les amis, la sensibilité au rejet ou à l’offense, l’inhibition ou la timidité sociale, le sentiment subjectif de solitude et le sentiment d’ennui. Pour les célibataires, séparés ou divorcés, les items 28 et 29 mesurent la fréquence et l’intérêt pour les rencontres amoureuses (dating).

3. La famille élargie (Extended Family)

Les items 30 à 37 sondent les dynamiques relationnelles avec les parents, frères, sœurs, beaux-parents et enfants majeurs ayant quitté le foyer. Cette dimension évalue la présence de conflits ouverts, l’ouverture émotionnelle, les comportements d’évitement du contact familial, la dépendance excessive vis-à-vis de l’aide ou de l’argent familial, l’opposition passive-agressive délibérée pour provoquer la colère des proches, les inquiétudes irrationnelles, ainsi que les sentiments de culpabilité (« avoir déçu sa famille ») ou de ressentiment (« avoir été déçu par sa famille »).

4. La relation conjugale ou de partenariat intime (Marital / Partner Relationship)

Pour les personnes vivant en couple marié ou en concubinage permanent, les items 38 à 46 analysent la santé du lien conjugal. Les sous-construits mesurés intègrent les disputes ouvertes, la communication intime des affects, la directivité ou l’intransigeance au foyer, le sentiment d’être dominé ou contrôlé par le partenaire, la dépendance affective, l’affection globale vs l’aversion ressentie envers le conjoint, ainsi que la fréquence, la douleur/problèmes fonctionnels et la satisfaction liée aux relations sexuelles.

5. Les relations parentales (Parental Role)

Les items 47 à 50 s’adressent aux parents d’enfants mineurs ou non mariés vivant sous le même toit. Ils explorent l’intérêt actif pour la scolarité et les loisirs des enfants, la capacité de communication bidirectionnelle, la fréquence des conflits parent-enfant et l’expression affective d’amour et de bienveillance.

6. L’unité familiale globale et l’anamnèse familiale (Family Unit)

Les items 51 à 53 explorent, pour toute personne ayant déjà été mariée ou ayant eu des enfants, l’anxiété persistante à l’égard de ces derniers, la culpabilité résiduelle (« avoir fait défaut à sa famille ») et l’amertume éprouvée face aux manquements perçus des proches.

7. L’adéquation financière (Financial Adequacy)

Enfin, l’item 54 capture une composante contextuelle déterminante de l’ajustement matériel : la capacité perçue à subvenir aux besoins financiers de base de soi-même et de sa famille au cours des deux dernières semaines.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’assise théorique de l’Échelle d’ajustement social auto-administrée s’ancre à la croisée de la théorie sociologique des rôles (Talcott Parsons), de la psychiatrie sociale américaine d’Adolf Meyer et des théories psychodynamiques et interpersonnelles formulées par Harry Stack Sullivan.

Dans l’approche sociologique structurale-fonctionnaliste de Talcott Parsons, la maladie (et tout particulièrement la maladie mentale) est comprise comme une perturbation de la capacité de l’individu à remplir les fonctions sociales qui lui sont assignées au sein du système social (le concept de sick role). Parsons postulait que la pleine santé correspond à un état optimal de capacité de l’individu à exercer efficacement les rôles et tâches valorisés par sa culture. Paykel et Weissman ont opérationnalisé cette vision en stipulant que la rémission psychiatrique ne pouvait être considérée comme complète tant que l’individu demeurait aliéné ou handicapé dans ses rôles normatifs de travailleur, d’ami, de conjoint ou de parent.

Parallèlement, la théorie interpersonnelle de Harry Stack Sullivan a profondément influencé le modèle de Weissman et Klerman. Selon Sullivan, la personnalité et les symptômes psychopathologiques ne peuvent être compris en vase clos au sein de la psyché intrapsychique, mais se manifestent exclusivement dans le champ des relations interpersonnelles. Les symptômes psychiatriques, notamment la dépression et l’hostilité refoulée, émergent de perturbations de la réciprocité relationnelle, d’impasses de communication ou de pertes de statut relationnel. La SAS-SR intègre cette vision en examinant non seulement ce que fait le sujet, mais comment ses émotions (telles que le ressentiment, la honte, la dépendance ou le détachement) s’articulent dans la trame vivante de ses relations quotidiennes.

Ce cadre théorique a fourni la fondation directe sur laquelle Klerman, Weissman, Rounsaville et Chevron ont bâti, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, la psychothérapie interpersonnelle (TIP). Dans ce modèle thérapeutique empiriquement validé, la SAS-SR a servi de boussole empirique permettant d’identifier si les déficits du patient relevaient d’un deuil pathologique, d’un conflit de rôle (dispute conjugale ou professionnelle), d’une transition de rôle (divorce, promotion, chômage) ou d’un déficit interpersonnel chronique (isolement social, incapacité à se faire des amis).

7. Validité / Validity

Les propriétés psychométriques relatives à la validité de la SAS-SR ont été abondamment corroborées dans de multiples échantillons cliniques et communautaires à travers le monde :

Validité de construit et validité convergente

La validité de construit de la SAS-SR a initialement été démontrée par Weissman et Bothwell (1976) en comparant les scores auto-rapportés par les patients à ceux obtenus lors d’entretiens cliniques semi-structurés conduits par des évaluateurs indépendants utilisant la version originale (Social Adjustment Scale – Interview). Les corrélations entre les scores d’auto-évaluation et les scores d’entretien pour les différents rôles étaient statistiquement significatives et substantielles, variant de r = 0,40 à r = 0,76 (p < 0,001), avec une corrélation globale de r = 0,72. Ces résultats indiquent que les patients psychiatriques ambulatoires sont capables d’évaluer fidèlement leur propre fonctionnement social sans biais majeur de distorsion.

En matière de validité convergente, la SAS-SR corrèle de manière modérée à forte avec d’autres échelles d’évaluation de l’adaptation et de la santé globale, telles que le Global Assessment of Functioning (GAF, r = -0,48 à -0,62), le Social and Occupational Functioning Assessment Scale (SOFAS) et le sous-score de fonctionnement social du questionnaire SF-36 (r = -0,55 à -0,70).

Validité discriminante

L’instrument démontre une excellente capacité à différencier les populations saines des populations cliniques. Dans l’étude normative communautaire de Weissman, Prusoff et Thompson (1978), les individus issus de la population générale présentaient un score moyen global de 1,59 (ET = 0,27), tandis que les patients dépressifs ambulatoires présentaient un score moyen significativement plus élevé de 2,38 (ET = 0,38) (p < 0,0001), reflétant une altération fonctionnelle marquée dans tous les sous-domaines (travail, loisirs, famille, couple). De plus, l’échelle discrimine efficacement les patients en rémission complète de ceux présentant une dépression résiduelle ou une dysthymie chronique.

Sensibilité au changement thérapeutique (Validité prédictive et évaluative)

La SAS-SR a fait preuve d’une sensibilité remarquable au changement dans des centaines d’essais contrôlés randomisés évaluant des antidépresseurs, des thérapies cognitivo-comportementales et la psychothérapie interpersonnelle. Une observation empirique majeure issue des travaux de Weissman et al. (1971, 1976) est que la baisse du score SAS-SR (indiquant une amélioration sociale) accuse souvent un décalage de plusieurs semaines par rapport à la rémission des symptômes végétatifs mesurés par l’échelle d’Hamilton pour la dépression (HAM-D), prouvant que l’instrument capture un domaine clinique distinct de la simple symptomatologie affective.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’Échelle d’ajustement social auto-administrée a été établie par de multiples méthodologies psychométriques rigoureuses :

Cohérence interne (Alpha de Cronbach)

Les analyses de cohérence interne menées sur des échantillons cliniques et communautaires révèlent des coefficients satisfaisants à excellents selon les sous-échelles :

  • Score global d’ajustement social : les valeurs d’alpha de Cronbach (α) se situent constamment entre 0,82 et 0,91.
  • Travail / Activité instrumentale : α compris entre 0,74 et 0,84.
  • Loisirs et vie sociale : α compris entre 0,70 et 0,80.
  • Famille élargie : α compris entre 0,72 et 0,79.
  • Relation de couple : α compris entre 0,76 et 0,86.
  • Relation parentale : α compris entre 0,68 et 0,78.

Certains sous-domaines comportant un nombre restreint d’items (comme les relations avec les enfants ou l’unité familiale globale) présentent parfois des coefficients légèrement plus bas dans des sous-échantillons normatifs homogènes, ce qui est attendu pour des échelles courtes à faible variance.

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle a été documentée sur différents intervalles :

  • À un intervalle de deux semaines auprès de participants stables en communauté, les corrélations test-retest (r de Pearson ou coefficients de corrélation intraclasse, CCI) oscillent entre 0,78 et 0,88 pour le score global, et entre 0,67 et 0,82 pour les sous-échelles individuelles.
  • À un intervalle de quatre semaines, Edwards et al. ont rapporté des coefficients de stabilité variant entre 0,70 et 0,81 chez des sujets non traités, confirmant que l’instrument mesure des traits fonctionnels stables en l’absence d’événement de vie majeur ou d’intervention thérapeutique, tout en demeurant suffisamment sensible aux changements environnementaux réels.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’exploration de la structure dimensionnelle de la SAS et de la SAS-SR a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques dès les premières publications de Paykel et Weissman (1971, 1978). En raison de la structure modulaire de l’échelle (tous les participants ne répondant pas aux sections sur le mariage, les enfants ou les études), les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) ont été menées soit sur des sous-échantillons spécifiques homogènes, soit sur les items communs remplis par l’ensemble des répondants.

Structure factorielle de Paykel et al.

Dans l’analyse factorielle princeps menée par Paykel, Weissman, Prusoff et al. (1971) sur une cohorte de patientes dépressives, une décomposition en composantes principales avec rotation varimax a identifié six facteurs cliniques fondamentaux sous-jacents aux rôles sociaux :

  1. Performance au travail et accomplissement des tâches (Work Performance) : saturé fortement par les items mesurant l’efficacité, l’assiduité, la compétence perçue et l’intérêt dans l’activité professionnelle ou ménagère.
  2. Friction interpersonnelle et hostilité manifeste (Interpersonal Friction) : caractérisé par des saturations élevées sur les items évaluant les disputes ouvertes, les altercations avec les collègues, les proches, le conjoint ou les commerçants.
  3. Inhibition et anxiété sociale (Social Reticence / Inhibition) : regroupant la timidité, la difficulté à communiquer ses sentiments intimes et le sentiment d’inconfort en public.
  4. Retrait social et perte d’intérêt (Social Isolation / Disinterest) : défini par la rareté des sorties, la diminution du nombre d’amis contactés et l’apathie vis-à-vis des passe-temps.
  5. Dépendance affective et soumission (Submissive Dependency) : saturé par les items mesurant la dépendance envers la famille ou le conjoint et la tendance à se laisser diriger.
  6. Ressentiment et amertume interpersonnelle (Interpersonal Resentment / Hostility) : caractérisé par les sentiments subjectifs d’avoir été abandonné, trahi ou déçu par son entourage.

Analyses factorielles confirmatoires contemporaines

Des travaux plus récents (Gameroff, Wickramaratne, & Weissman, 2012) utilisant des modèles d’équations structurelles ont confirmé qu’un modèle hiérarchique — comprenant un facteur de second ordre d’ajustement social global surplombant des facteurs de premier ordre correspondant aux domaines de rôles (Travail, Loisirs, Famille, Couple, Parentalité) — présente d’excellents indices d’ajustement (CFI > 0,93 ; RMSEA < 0,05) après prise en compte des items manquants structuraux. Ces résultats légitiment l’utilisation conjointe des scores de sous-échelles pour le profilage clinique et du score moyen global pour la recherche quantitative.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (Self-report questionnaire).
  • Format d’administration : Papier-crayon, passation informatisée sur ordinateur ou tablette, interface web interactive.
  • Nombre total d’items : 54 items numérotés, précédés de questions de filtrage sociodémographiques (catégorie professionnelle, temps de travail, statut marital, présence d’enfants à charge).
  • Période de référence : Les deux dernières semaines (the last 2 weeks).
  • Temps de passation : Environ 15 à 20 minutes (la durée varie selon les sections applicables au répondant).
  • Échelle de réponse : Échelle ordinale à 5 points (de 1 à 5) dont les ancres sémantiques sont explicitement personnalisées pour chaque item afin de refléter la fréquence, l’intensité ou la sévérité du problème. Certains items incluent une option codée « 8 » (Non applicable ou En vacances).
  • Directives de cotation (Scoring) :
    • Chaque item est noté de 1 à 5, 1 représentant le fonctionnement le plus adapté et 5 la dysfonction la plus sévère.
    • Les options « 8 » (non applicable) sont exclues du calcul et traitées comme des données manquantes.
    • Score moyen par sous-échelle : Somme des items complétés dans le domaine divisée par le nombre d’items complétés dans ce domaine.
    • Score global d’ajustement social (Overall SAS-SR Score) : Somme de l’ensemble des items complétés par le participant sur l’ensemble du questionnaire divisée par le nombre total d’items complétés (variant typiquement entre 35 et 48 items selon les rôles du sujet). Le score total oscille toujours entre 1,00 et 5,00.
    • Un score global plus élevé indique un niveau plus grand de détérioration de l’ajustement social. Dans les cohortes de référence américaines, les individus sains présentent une moyenne d’environ 1,6, tandis qu’un score supérieur à 2,0 signale fréquemment une altération clinique cliniquement significative nécessitant une attention thérapeutique.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de création initiale : 1971 (version entretien semi-structuré) ; 1976 (première version publiée auto-administrée SAS-SR par Weissman & Bothwell) ; révisions et manuels en 1985, 1999 et 2001.
  • Propriété intellectuelle et droits d’auteur : Les droits commerciaux de l’instrument et du manuel d’utilisation officiel sont détenus par l’éditeur psychométrique Multi-Health Systems Inc. (MHS) (www.mhs.com).
  • Tarifs et licences :
    • Le manuel officiel de l’utilisateur (SAS-SR User’s Manual) et les protocoles officiels de passation et de cotation avec conversion en scores T normés sont commercialisés par MHS.
    • Pour la recherche académique non financée et les thèses universitaires, des autorisations spécifiques peuvent être sollicitées auprès de l’auteur principal ou de l’éditeur MHS.
    • Des versions abrégées validées dans le domaine public de la recherche (telles que le SAS-SR Short Form et le screener) ont été publiées dans la littérature scientifique internationale sous licence de recherche clinique.

12. Références / References

  • Edwards, B. C., Yarvis, R. M., Mueller, D. P., Zingale, H. C., & Wagman, W. J. (1978). Test-retest reliability of the Social Adjustment Scale-Self-report. Journal of Nervous and Mental Disease, 166(5), 370–374. https://doi.org/10.1097/00005053-197805000-00009
  • Gameroff, M. J., Wickramaratne, P., & Weissman, M. M. (2012). Testing the Short and Screener versions of the Social Adjustment Scale–Self-report (SAS-SR). International Journal of Methods in Psychiatric Research, 21(1), 52–65. https://doi.org/10.1002/mpr.358
  • McDowell, I. (2006). Measuring Health: A Guide to Rating Scales and Questionnaires (3rd ed.). Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780195165678.001.0001
  • Paykel, E. S., Weissman, M. M., Prusoff, B. A., & Tonks, C. M. (1971). Dimensions of social adjustment in depressed women. Journal of Nervous and Mental Disease, 152(3), 158–172. https://doi.org/10.1097/00005053-197103000-00002
  • Rzepa, S. R., & Weissman, M. M. (2014). Social Adjustment Scale Self-Report (SAS-SR). In A. C. Michalos (Ed.), Encyclopedia of Quality of Life and Well-Being Research (pp. 6017–6021). Springer, Dordrecht. https://doi.org/10.1007/978-94-007-0753-5_2747
  • Weissman, M. M., & Bothwell, S. (1976). Assessment of social adjustment by patient self-report. Archives of General Psychiatry, 33(9), 1111–1115. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1976.01770090101010
  • Weissman, M. M., Klerman, G. L., & Paykel, E. S. (1971). Clinical evaluation of hostility in depression. American Journal of Psychiatry, 128(3), 261–266. https://doi.org/10.1176/ajp.128.3.261
  • Weissman, M. M., & MHS Staff. (1999). Social Adjustment Scale – Self-Report (SAS-SR) User’s Manual. Multi-Health Systems, Inc.
  • Weissman, M. M., Olfson, M., Gameroff, M. J., Feder, A., & Fuentes, M. (2001). A comparison of three scales for assessing social functioning in primary care. American Journal of Psychiatry, 158(3), 460–466. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.158.3.460
  • Weissman, M. M., Paykel, E. S., & Prusoff, B. A. (1985). Social Adjustment Scale handbook: Rationale, reliability, validity, scoring, and training guide. Yale University School of Medicine.
  • Weissman, M. M., Paykel, E. S., Siegel, R., & Klerman, G. L. (1971). The social role performance of depressed women: Comparisons with a normal group. American Journal of Orthopsychiatry, 41(3), 390–405. https://doi.org/10.1111/j.1939-0025.1971.tb01126.x
  • Weissman, M. M., Prusoff, B. A., Thompson, W. D., Harding, P. S., & Myers, J. K. (1978). Social adjustment by self-report in a community sample and in psychiatric outpatients. Journal of Nervous and Mental Disease, 166(5), 317–326. https://doi.org/10.1097/00005053-197805000-00002
  • Weissman, M. M., Wickramaratne, P., Nomura, Y., Warner, V., Pilowsky, D., & Verdeli, H. (2006). Offspring of depressed parents: 20 years later. American Journal of Psychiatry, 163(6), 1001–1008. https://doi.org/10.1176/ajp.2006.163.6.1001

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

How many days did you miss from work in the last two weeks?
2

Have you been able to do your work in the last 2 weeks?
3

Have you been ashamed of how you do your work in the last 2 weeks?
4

Have you had any arguments with people at work in the last 2 weeks?
5

Have you felt upset‚ worried‚ or uncomfortable while doing your work during the last 2 weeks?
6

Have you found your work interesting these last two weeks?
7

How many days did you do some housework during the last 2 weeks?
8

During the last two weeks‚ have you kept up with your housework? This includes cooking‚ cleaning‚ laundry‚ grocery shopping‚ and errands.
9

Have you been ashamed of how you did your housework during the last 2 weeks?
10

Have you had any arguments with salespeople‚ tradesmen or neighbors in the last 2 weeks?
11

Have you felt upset while doing your housework during the last 2 weeks?
12

Have you found your housework interesting these last 2 weeks?
13

How many days of classes did you miss in the last 2 weeks?
14

Have you been able to keep up with your class work in the last 2 weeks?
15

During the last 2 weeks‚ have you been ashamed of how you do your school work?
16

Have you had any arguments with people at school in the last 2 weeks?
17

Have you felt upset at school during the last 2 weeks?
18

Have you found your school work interesting these last 2 weeks?
19

How many friends have you seen or spoken to on the telephone in the last weeks?
20

Have you been able to talk about your feelings and problems with at least one friend during the last 2 weeks?
21

How many times in the last two weeks have you gone out socially with other people? For example‚ visited friends‚ gone to movies‚ bowling‚ church‚ restaurants‚ invited friends to your home?
22

How much time have you spent on hobbies or spare time interests during the last 2 weeks? For example‚ bowling‚ sewing‚ gardening‚ sports‚ reading?
23

Have you had open arguments with your friends in the last 2 weeks?
24

If your feelings were hurt or offended by a friend during the last two weeks‚ how badly did you take it?
25

Have you felt shy or uncomfortable with people in the last 2 weeks?
26

Have you felt lonely and wished for more friends during the last 2 weeks?
27

Have you felt bored in your spare time during the last 2 weeks?
28

How many times have you been with a date these last 2 weeks?
29

Have you been interested in dating during the last 2 weeks? If you have not dated‚ would you have liked to?
30

Have you had open arguments with your relatives in the last 2 weeks?
31

Have you been able to talk about your feelings and problems with at least one of your relatives in the last 2 weeks?
32

Have you avoided contacts with your relatives these last two weeks?
33

Did you depend on your relatives for help‚ advice‚ money or friendship during the last 2 weeks?
34

Have you wanted to do the opposite of what your relatives wanted in order to make them angry during the last 2 weeks?
35

Have you been worried about things happening to your relatives without good reason in the last 2 weeks?
36

During the last two weeks‚ have you been thinking that you have let any of your relatives down or have been unfair to them at any time?
37

During the last two weeks‚ have you been thinking that any of your relatives have let you down or have been unfair to you at any time?
38

Have you had open arguments with your partner in the last 2 weeks?
39

Have you been able to talk about your feelings and problems with your partner during the last 2 weeks?
40

Have you been demanding to have your own way at home during the last 2 weeks?
41

Have you been bossed around by your partner these last 2 weeks?
42

How much have you felt dependent on your partner these last 2 weeks?
43

How have you felt about your partner during the last 2 weeks?
44

How many times have you and your partner had intercourse?
45

Have you had any problems during intercourse‚ such as pain these last two weeks?
46

How have you felt about intercourse during the last 2 weeks?
47

Have you been interested in what your children are doing school‚ play or hobbies during the last 2 weeks?
48

Have you been able to talk and listen to your children during the last 2 weeks? Include only children over the age of 2.
49

How have you been getting along with the children during the last 2 weeks?
50

How have you felt toward your children these last 2 weeks?
51

Have your worried about your partner or any of your children without any reason during the last 2 weeks‚ even if you are not living together now?
52

During the last 2 weeks have you been thinking that you have let down your partner or any of your children at any time?
53

During the last 2 weeks‚ have you been thinking that your partner or any of your children have let you down at any time?
54

Have you had enough money to take care of your own and your family’s financial needs during the last 2 weeks?
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 2). Échelle d’ajustement social auto-administrée (SAS). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-ajustement-social-auto-administree-sas/
Looti, Mohammed. “Échelle d’ajustement social auto-administrée (SAS).” Base de données de psychologie en français, 2 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-ajustement-social-auto-administree-sas/.
Looti, Mohammed. “Échelle d’ajustement social auto-administrée (SAS).” Base de données de psychologie en français. octobre 2, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-ajustement-social-auto-administree-sas/.