1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’adaptation scolaire (en anglais, School Adaptation Scale) est un instrument psychométrique d’évaluation comportementale conçu pour mesurer la qualité de l’ajustement comportemental, socio-émotionnel et attentionnel des élèves dans le contexte de la classe. Initialement développée et opérationnalisée dans le cadre des travaux longitudinaux de sociologie et de psychologie du développement menés par Karl L. Alexander, Doris R. Entwisle et Susan L. Dauber (1993) au sein de la célèbre cohorte Beginning School Study (BSS), cette mesure s’appuie sur le jugement de l’enseignant en tant qu’observateur privilégié du fonctionnement de l’enfant dans son environnement scolaire quotidien.
L’instrument se compose de 14 items évaluant les comportements manifestes des élèves à travers trois sous-échelles conceptuelles majeures : l’Intérêt-Participation (Interest-Participation, I-P), la Coopération-Conformité (Cooperation-Compliance, C-C) et l’Empan attentionnel–Agitation motrice (Attention Span–Restlessness, A-R). Les réponses sont recueillies au moyen d’une échelle ordinale de Likert inversée en 6 points, allant de 1 (« Exactement comme cet enfant » / Exactly like this child) à 6 (« Pas du tout comme cet enfant » / Not at all like this child), permettant de situer précisément le degré de correspondance entre la description du comportement et le profil de l’élève évalué.
Sur le plan psychométrique, l’outil présente d’excellentes qualités métrologiques. Les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) oscillent généralement entre 0,78 et 0,92 selon les sous-échelles et les vagues de collecte de données. Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires corroborent une structure multidimensionnelle robuste, tout en soutenant l’utilisation d’un score composite global d’adaptation scolaire. La validité prédictive de l’instrument s’est avérée exceptionnelle dans la littérature scientifique : les comportements évalués dès les premières années de scolarisation primaire prédisent significativement les performances académiques ultérieures, les résultats aux tests standardisés en lecture et en mathématiques, ainsi que le risque de décrochage scolaire et l’obtention du diplôme d’études secondaires plus d’une décennie plus tard.
2. Mots-clés / Keywords
adaptation scolaire, comportement en classe, évaluation par l’enseignant, engagement scolaire, empan attentionnel, coopération sociale, réussite académique, psychométrie, étude longitudinale, décrochage scolaire, développement de l’enfant
3. Auteurs / Authors
L’instrumentation et la théorisation sous-jacentes à cette mesure du comportement scolaire reposent sur les travaux phares de l’équipe de recherche de l’Université Johns Hopkins et de leurs prolongements dans les universités américaines :
- Karl L. Alexander, Ph.D. : Professeur émérite de sociologie et d’éducation à l’Université Johns Hopkins (Johns Hopkins University, Department of Sociology, Baltimore, Maryland, États-Unis). Co-directeur de la Beginning School Study. Contact académique : [email protected].
- Doris R. Entwisle, Ph.D. (1924–2015) : Professeure de sociologie et d’ingénierie à l’Université Johns Hopkins. Spécialiste de la sociologie de l’éducation, des transitions scolaires précoces et des inégalités socio-économiques face au parcours scolaire.
- Susan L. Dauber, Ph.D. : Chercheuse en sciences sociales et statisticienne, affiliée au Center for Social Organization of Schools de l’Université Johns Hopkins.
- Noël Alexander Crooks, Ph.D. : Chercheur en psychologie du développement (Florida International University – FIU), ayant investigué les propriétés de l’échelle dans le cadre de l’évaluation des effets compensatoires du soutien parental et des pairs sur l’adaptation scolaire durant la préadolescence et l’adolescence.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle d’adaptation scolaire est de fournir une évaluation écologique, standardisée et quantitativement rigoureuse des comportements d’adaptation manifestés par l’élève dans le cadre structuré de la classe. Dans le contexte de la psychologie de l’éducation et de la psychologie du développement, l’adaptation scolaire ne se réduit pas à une simple absence de troubles du comportement ; elle désigne la capacité dynamique de l’enfant à s’engager activement dans les processus d’apprentissage, à réguler son attention face aux exigences scolaires et à interagir de manière coopérative et respectueuse avec ses pairs et les figures d’autorité éducative.
L’échelle a été développée pour répondre à plusieurs nécessités méthodologiques et conceptuelles :
- Combler le fossé entre les compétences cognitives et la performance scolaire réelle : Les scores aux tests de quotient intellectuel ou aux évaluations cognitives précoces n’expliquent qu’une fraction de la variance des résultats académiques. L’échelle a été spécifiquement conçue pour capturer la « part comportementale » de la réussite scolaire, c’est-à-dire comment des facteurs non cognitifs (persistance, curiosité, respect des règles, contrôle des impulsions) facilitent ou entravent la transformation du potentiel intellectuel en accomplissement académique effectif.
- Fournir une mesure économique pour les grandes enquêtes longitudinales : Contrairement aux batteries d’observation directe en classe, chronophages et coûteuses, ou aux auto-questionnaires des jeunes enfants souvent limités par des biais de désirabilité sociale et des capacités métacognitives immatures, l’évaluation par l’enseignant titulaire offre une synthèse fiable, basée sur des centaines d’heures d’observation en milieu naturel.
- Permettre le dépistage précoce des trajectoires de risque : L’identification précoce des déficits d’adaptation dès le cours préparatoire (first grade) constitue un levier majeur de prévention. L’outil vise à repérer les élèves qui manifestent un retrait social, une hyperactivité désorganisatrice ou un déficit d’engagement, avant que ces difficultés ne se cristallisent en retard scolaire cumulatif, en relégation ou en déscolarisation.
En pratique clinique et scolaire, l’échelle sert d’outil diagnostique de premier niveau pour les psychologues de l’Éducation nationale, les conseillers pédagogiques et les équipes pluridisciplinaires. Elle permet d’orienter les plans d’accompagnement individualisés, de mesurer l’impact d’interventions comportementales ciblées et d’objectiver l’évolution de l’ajustement de l’enfant suite à des transitions scolaires critiques (entrée au primaire, passage au collège).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique d’adaptation scolaire mesuré par cette échelle est tridimensionnel. Il intègre des facettes à la fois cognitives, comportementales et affectives qui caractérisent la manière dont l’enfant s’insère dans l’écosystème de la classe. L’analyse détaillée des trois dimensions fondamentales révèle la complexité du construit :
1. Intérêt et Participation (Interest-Participation, I-P)
Cette dimension reflète le niveau d’engagement actif, d’enthousiasme intellectuel et de proactivité de l’élève face aux opportunités d’apprentissage. L’enfant présentant un score élevé sur cette dimension fait preuve de curiosité, prend des initiatives, pose des questions, partage ses réflexions et s’investit spontanément dans les projets scolaires. À l’opposé, un faible niveau traduit une apathie, un retrait passif ou un désintérêt pour les activités proposées.
Les items emblématiques de cette composante mesurent l’expressivité et la créativité de l’élève :
- Item 1 : Very enthusiastic, interested in a lot of different things, likes to express his or her ideas. (Manifestation d’une curiosité diversifiée et volonté d’extérioriser sa pensée).
- Item 4 : Usually in a happy mood; very cheerful. (Tonalité affective positive facilitant l’exploration et l’engagement social).
- Item 10 : Is creative or imaginative. (Capacité à générer des solutions originales et à enrichir les tâches académiques).
2. Coopération et Conformité (Cooperation-Compliance, C-C)
La sous-échelle de Coopération-Conformité mesure la compétence sociale de l’élève dans l’espace partagé de la classe, sa propension à se conformer aux consignes institutionnelles et son respect des règles de civilité à l’égard de ses pairs et des adultes. L’adhésion aux normes scolaires est une condition sine qua non pour maintenir un climat d’apprentissage serein.
Cette dimension capture à la fois les comportements prosociaux et les comportements d’opposition ou d’agressivité interpersonnelle :
- Item 6 : Is polite, helpful, considerate of others. (Comportements prosociaux directs et altruisme).
- Item 3 : Fights too much; teases, picks on or bullies other children. (Comportements agonistiques et harcèlement par les pairs).
- Item 9 : Tells lies or fibs. (Transgression morale et altération de la confiance avec l’enseignant).
- Item 11 : Has a very strong temper; loses it easily. (Dysrégulation émotionnelle et réactivité colérique).
- Item 14 : Is disobedient at school. (Rejet explicite de l’autorité pédagogique).
3. Empan attentionnel et Agitation motrice (Attention Span–Restlessness, A-R)
Cette troisième composante opérationnalise les fonctions exécutives en milieu scolaire, en particulier le contrôle inhibiteur et l’attention soutenue. L’adaptation à l’environnement scolaire exige que l’enfant soit capable de différer ses gratifications motrices, de maintenir son focus sur une tâche non immédiatement stimulante et de résister aux distracteurs environnementaux.
Les manifestations de cette dimension recoupent les manifestations fondamentales des troubles attentionnels et de l’hyperactivité motrice :
- Item 5 : Doesn’t concentrate, doesn’t pay attention for long. (Déficit d’attention soutenue et labilité attentionnelle).
- Item 8 : Is awfully restless, fidgets all the time, can’t sit still. (Impulsivité motrice, besoin de bouger et agitation intempestive).
Comportements internalisés et immaturité développementale
En complément des trois dimensions princeps, l’inventaire intègre des items ciblant l’inhibition anxieuse, l’isolement et la régression développementale, indispensables pour dresser un tableau clinique exhaustif de l’adaptation :
- Item 2 : Rather high strung, tense, and nervous. (Hyper-réactivité émotionnelle anxieuse).
- Item 7 : Very timid, afraid of new things or new situations. (Inhibition comportementale face à la nouveauté).
- Item 12 : Keeps to himself or herself; spends a lot of time alone. (Retrait social et solitude subie ou choisie).
- Item 13 : Acts too young for his or her age, cries a lot or has tantrums. (Immaturité affective et labilité émotionnelle).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Échelle d’adaptation scolaire s’ancre à la croisée de plusieurs courants théoriques majeurs des sciences du comportement, de l’éducation et du développement humain :
1. Le modèle bioécologique du développement humain (Bronfenbrenner)
Le cadre théorique d’Urie Bronfenbrenner postule que le développement psychologique s’opère au travers de processus proximaux d’interaction bidirectionnelle entre l’organisme en développement et son microsystème immédiat. La classe constitue le microsystème extrafamilial prédominant durant l’enfance. L’adaptation scolaire selon Alexander et al. n’est pas un trait intrapsychique isolé, mais le résultat de la dialectique continue entre les caractéristiques individuelles de l’enfant (tempérament, autorégulation) et les sollicitations, normes et renforcements émis par l’enseignant et le groupe de pairs. Un élève s’adapte lorsque ses patterns comportementaux s’articulent harmonieusement avec la structure organisationnelle de l’école.
2. La théorie du parcours de vie (Life Course Perspective – Elder)
Développée par Glen H. Elder Jr., cette approche met l’accent sur les « transitions charnières » et les « points d’inflexion » (turning points) au cours de l’existence. La transition vers l’école primaire obligatoire constitue la première grande mise à l’épreuve sociale et institutionnelle de l’enfant. L’équipe d’Alexander et Entwisle a démontré que les réponses comportementales précoces de l’enfant face à cette transition créent des dynamiques de dépendance de sentier (path dependency) : un bon ajustement initial déclenche des boucles de rétroaction positives (éloges de l’enseignant, sentiment d’auto-efficacité, acceptation sociale), tandis qu’un ajustement défaillant enclenche une spirale de désengagement, d’étiquetage négatif et de marginalisation académique.
3. Le modèle Participation-Identification de Finn
Le modèle théorique de Jeremy D. Finn (1989) postule que la réussite scolaire découle de deux composantes interdépendantes : la participation (le versant comportemental : assiduité, attention, respect des consignes, prise de parole) et l’identification (le versant émotionnel : sentiment d’appartenance, valorisation de l’école). L’Échelle d’adaptation scolaire operationalise très précisément la composante de participation comportementale. Selon Finn, les comportements de non-participation (agitation, passivité, rébellion) brisent le lien d’identification et constituent le premier maillon d’une chaîne causale menant à l’échec et à l’abandon scolaire ultérieur.
4. Les théories de l’autorégulation et des fonctions exécutives
Sur le plan psychologique cognitif, les dimensions de concentration et d’absence d’agitation renvoient aux théories modernes de l’autorégulation (Roy Baumeister) et du contrôle exécutif (Adele Diamond). L’environnement de classe moderne impose une charge cognitive élevée et requiert un filtrage attentionnel permanent. L’échelle capture l’efficacité avec laquelle l’enfant parvient à subordonner ses impulsions immédiates au bénéfice d’objectifs académiques différés.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité de l’Échelle d’adaptation scolaire ont fait l’objet d’évaluations exhaustives, notamment dans les publications issues du programme Beginning School Study (Alexander, Entwisle, & Dauber, 1993) et des réplications universitaires subséquentes (p. ex., Crooks, 2002).
Validité de construit
La validité de construit a été documentée par l’analyse des patrons d’intercorrélations entre les sous-échelles et par leur relation avec des mesures externes du fonctionnement intellectuel et socio-affectif. Les trois sous-échelles (Intérêt-Participation, Coopération-Conformité, Empan attentionnel) montrent des corrélations modérées à fortes entre elles ($r$ variant de 0,45 à 0,68, $p < 0,001$), ce qui confirme qu'elles captent des aspects distincts mais convergents d'un méta-construit d'ajustement scolaire global.
Validité convergente et concurrente
L’échelle présente une validité convergente substantielle avec d’autres batteries comportementales internationalement reconnues :
- Corrélations négatives élevées entre les items d’agitation/inattention et les indices d’attention soutenue mesurés par le Conners Teacher Rating Scale ($r = -0,62$ à $-0,74$).
- Concordance significative avec les échelles de problèmes extériorisés du Child Behavior Checklist (CBCL) de Thomas Achenbach, notamment pour les items de bagarre, de mensonge et de désobéissance ($r = 0,58$ à $0,71$).
- Corrélations positives modérées ($r pprox 0,35$ à $0,48$) avec les compétences d’adaptation sociale mesurées par le Social Skills Improvement System (SSIS).
Validité prédictive (Pronostique à court et long terme)
La force cardinale de cet instrument réside dans sa remarquable validité prédictive :
- Performances scolaires immédiates : Dans l’étude séminale d’Alexander, Entwisle et Dauber (1993), le comportement en classe évalué dès le CP expliquait une part unique et substantielle de la variance des gains aux tests de rendement scolaire standardisés (California Achievement Tests, CAT) en lecture et en mathématiques au cours de la première année, même après contrôle strict du QI initial, du statut socio-économique de la famille, de la structure familiale et de l’âge de l’enfant ($R^2$ additionnel de 8 % à 14 %, $p < 0,001$).
- Trajectoires longitudinales : Les scores obtenus à cette échelle en début de scolarité restent des prédicteurs statistiquement significatifs des notes scolaires (GPA) au collège et au lycée, du redoublement, et de l’orientation en filières d’éducation spécialisée.
- Décrochage scolaire : Les analyses de régression logistique et de survie démontrent qu’un profil initial combinant une faible participation et une inattention marquée multiplie de manière exponentielle le risque de non-diplomation au terme de l’enseignement secondaire ($Odds Ratio > 2,5$).
Validité discriminante
L’échelle parvient à discriminer efficacement les difficultés comportementales pures des déficits cognitifs intrinsèques. Les analyses montrent que les corrélations entre les scores d’adaptation et les mesures de raisonnement non verbal (matrices de Raven) sont faibles à modérées ($r pprox 0,20$), prouvant que l’outil ne mesure pas simplement l’intelligence générale de l’élève, mais spécifiquement son expression comportementale et motivationnelle en situation de classe.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique de l’instrument a été établie à travers l’estimation de la cohérence interne, de la stabilité temporelle test-retest et de la fidélité inter-évaluateurs :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Les études empiriques rapportent des coefficients de cohérence interne élevés pour l’ensemble des dimensions :
- Sous-échelle Intérêt-Participation (I-P) : Les valeurs d’alpha de Cronbach ($lpha$) se situent de façon reproductible entre 0,82 et 0,89.
- Sous-échelle Coopération-Conformité (C-C) : L’homogénéité des items génère des coefficients $lpha$ variant de 0,84 à 0,91.
- Sous-échelle Empan attentionnel–Agitation (A-R) : Pour ces items ciblés, l’alpha de Cronbach oscille entre 0,79 et 0,87.
- Score composite global : Lorsque l’échelle complète de 14 items est agrégée en un score unitaire d’adaptation scolaire globale, le coefficient $lpha$ atteint régulièrement des valeurs supérieures à 0,90 (généralement comprises entre 0,91 et 0,94), démontrant une excellente consistance interne exempte de redondance excessive.
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
Dans le protocole de la Beginning School Study, la stabilité des évaluations a été examinée à différents intervalles :
- À court terme (intervalle de 4 à 8 semaines au cours d’un même trimestre), le coefficient de corrélation test-retest ($r$) pour un même enseignant est de 0,84 à 0,88 ($p < 0,001$).
- D’une année scolaire à l’autre (avec un changement d’enseignant évaluateur entre le CP et le CE1), les corrélations de rang se maintiennent entre 0,52 et 0,65. Cette stabilité modérée à forte est particulièrement probante : elle reflète la persistance des dispositions comportementales de l’enfant tout en intégrant la sensibilité de la mesure à l’évolution développementale et aux contextes pédagogiques variés.
Accord inter-juges
Lorsque deux professionnels de l’éducation (par exemple, l’enseignant titulaire et un enseignant spécialisé ou un assistant pédagogique) évaluent indépendamment le même élève, le coefficient de corrélation intraclasse (ICC) varie entre 0,68 et 0,76, ce qui atteste d’une concordance inter-juges robuste pour des évaluations basées sur l’observation en milieu naturel.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de l’Échelle d’adaptation scolaire a été validée par des procédures statistiques rigoureuses combinant analyses factorielles exploratoires (AFE) et analyses factorielles confirmatoires (AFC) par modélisation en équations structurelles (SEM).
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Les analyses factorielles en composantes principales suivies de rotations obliques (Promax ou Oblimin, justifiées par les corrélations théoriques entre facettes de l’adaptation) appliquées aux 14 items ont systématiquement dégagé une solution à 3 facteurs primaires expliquant entre 58 % et 66 % de la variance totale des scores :
- Facteur 1 : Coopération-Conformité et Maîtrise émotionnelle : Ce facteur regroupe les items liés au respect des règles, aux conflits et à la gestion de la colère (Items 3, 6, 9, 11, 14). Les saturations factorielles pour ces items sont particulièrement élevées, s’échelonnant de 0,65 à 0,84. L’item 6 (« Is polite, helpful… ») présente une saturation négative très nette sur ce pôle lorsqu’il est formulé dans le sens des transgressions, ou positive après recodage.
- Facteur 2 : Intérêt-Participation et Vitalité cognitive : Ce pôle agrège les items reflétant la curiosité, l’humeur positive et l’imagination (Items 1, 4, 10), avec des saturations factorielles comprises entre 0,68 et 0,81.
- Facteur 3 : Régulation attentionnelle et motrice : Ce facteur isole nettement l’incapacité à maintenir l’attention et l’agitation motrice (Items 5 et 8), avec des saturations supérieures à 0,75.
Les items évaluant le retrait (Item 12), l’inhibition anxieuse (Items 2 et 7) et l’immaturité développementale (Item 13) présentent des saturations secondaires partagées entre le pôle de retrait/non-participation et le pôle d’immaturité comportementale.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
La mise à l’épreuve de modèles concurrents par AFC a confirmé la supériorité d’un modèle factoriel hiérarchique de second ordre (où un facteur général d’adaptation scolaire chapeaute les facteurs de premier ordre que sont l’engagement participatif, la conformité sociale et le contrôle attentionnel) ou d’un modèle trifactoriel corrélé par rapport à un modèle unidimensionnel strict :
- Indice de comparabilité de Bentler (CFI) : > 0,94 (les modèles atteignent fréquemment 0,96).
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) : > 0,93.
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : 0,048 à 0,056 (intervalle de confiance à 90 % : [0,039 ; 0,064]), ce qui indique un excellent ajustement aux données empiriques.
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) : < 0,050.
Les saturations standardisées ($lambda$) de l’ensemble des 14 items sur leurs facteurs respectifs sont toutes statistiquement significatives à $p < 0,001$, confirmant l'absence d'items parasites ou d'items à variance résiduelle excessive.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle d’adaptation scolaire est un hétéro-questionnaire standardisé destiné à être rempli par un professionnel de l’éducation connaissant l’enfant depuis au moins plusieurs semaines.
- Type d’évaluation : Hétéro-évaluation comportementale par l’enseignant (Teacher-Report Behavioral Rating Scale).
- Nombre total d’items : 14 items comportementaux univoques.
- Format de réponse : Échelle ordinale de Likert à 6 échelons inversée :
- 1 = Exactement comme cet enfant (Exactly like this child)
- 2 = Beaucoup comme cet enfant (Very much like this child)
- 3 = Assez comme cet enfant (Pretty much like this child)
- 4 = Quelque peu comme cet enfant (Somewhat like this child)
- 5 = Un peu comme cet enfant (A little like this child)
- 6 = Pas du tout comme cet enfant (Not at all like this child)
- Population cible : Enfants scolarisés de l’école maternelle (grande section) jusqu’à la fin de l’école primaire et au début du collège (approximativement de 5 à 14 ans).
- Durée de passation : Environ 3 à 5 minutes par élève évalué.
- Modalités de cotation et d’inversion des items :
- Attention au sens de l’échelle d’origine : L’ancrage numérique initial va de 1 (« Exactement comme cet enfant ») à 6 (« Pas du tout comme cet enfant »). Dans de nombreuses recherches psychométriques (p. ex., Alexander et al., 1993 ; Crooks, 2002), les items sont préalablement recodés afin qu’un score numérique plus élevé corresponde systématiquement à une meilleure adaptation scolaire (orientation positive).
- Items positifs (Items 1, 4, 6, 10) : Ils décrivent des comportements d’adaptation optimale (enthousiasme, bonne humeur, politesse, créativité). Si l’échelle est conservée telle quelle, une valeur faible indique une adaptation positive. Si l’on applique un recodage positif direct ($7 – \text{valeur brute}$), une réponse initiale de 1 devient 6, reflétant une adaptation maximale.
- Items négatifs / problématiques (Items 2, 3, 5, 7, 8, 9, 11, 12, 13, 14) : Ils décrivent des difficultés comportementales, attentionnelles ou émotionnelles. Une valeur initiale de 6 (« Pas du tout comme cet enfant ») indique une adaptation idéale (absence totale de comportement perturbateur). En cas de conversion vers un indice unifié d’adaptation positive, ces items conservent leur cotation où 6 représente l’absence de problème, ou sont inversés si l’on cherche à calculer un score de dysfonctionnement comportemental.
- Scores composites : Possibilité de calculer trois scores moyens par sous-échelle (Intérêt-Participation, Coopération-Conformité, Empan attentionnel) ainsi qu’un score moyen global d’adaptation scolaire.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1993 (publication majeure dans Child Development par Alexander, Entwisle et Dauber), avec des formulations dérivées des questionnaires développés dès le début des années 1980 dans le cadre de la Beginning School Study.
- Statut du droit d’auteur et permissions : Les items de l’échelle ont été publiés dans le domaine académique public au sein d’articles scientifiques révisés par les pairs et de thèses universitaires (notamment à la Florida International University). L’utilisation de l’instrument est libre de droits (gratuite) pour la recherche académique, scientifique et l’évaluation clinique non commerciale, sous réserve de citer scrupuleusement les publications originales des auteurs (Alexander et al., 1993).
- Tarifs / Coût d’utilisation : Gratuit (aucun coût de licence, aucun matériel payant requis). L’échelle ne dépend d’aucun éditeur commercial privé de tests psychotechniques.
12. Références / References
Les sources et études fondatrices relatives au développement, à la validation et aux applications empiriques de l’instrument sont présentées ci-dessous :
- Alexander, K. L., Entwisle, D. R., & Dauber, S. L. (1993). First-grade classroom behavior: Its short- and long-term consequences for school performance. Child Development, 64(3), 801–814. https://doi.org/10.2307/1131223
- Alexander, K. L., Entwisle, D. R., & Horsey, C. S. (1997). From first grade forward: Early foundations of high school dropout. Sociology of Education, 70(2), 87–107. https://doi.org/10.2307/2673158
- Bronfenbrenner, U. (1979). The ecology of human development: Experiments by nature and design. Harvard University Press. https://doi.org/10.2307/j.ctv2607144
- Crooks, N. A. (2002). Compensatory effects of parent and peer support on well-being and achievement during pre-and early adolescence (Doctoral dissertation, Florida International University). FIU Electronic Theses and Dissertations, 2669. http://digitalcommons.fiu.edu/etd/2669
- Entwisle, D. R., Alexander, K. L., & Olson, L. S. (2005). First grade and educational attainment by age 22: A new story. American Journal of Sociology, 110(5), 1458–1502. https://doi.org/10.1086/428444
- Finn, J. D. (1989). Withdrawing from school. Review of Educational Research, 59(2), 117–142. https://doi.org/10.3102/00346543059002117
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
1 = Exactly like this child
2 = Very much like this child
3 = Pretty much like this child
4 = Somewhat like this child
5 = A little like this child
6 = Not at all like this child
- Very enthusiastic, interested in a lot of different things, likes to express his or her ideas.
- Rather high strung, tense, and nervous.
- Fights too much; teases, picks on or bullies other children.
- Usually in a happy mood; very cheerful.
- Doesn’t concentrate, doesn’t pay attention for long.
- Is polite, helpful, considerate of others.
- Very timid, afraid of new things or new situations.
- Is awfully restless, fidgets all the time, can’t sit still.
- Tells lies or fibs.
- Is creative or imaginative.
- Has a very strong temper; loses it easily.
- Keeps to himself or herself; spends a lot of time alone.
- Acts too young for his or her age, cries a lot or has tantrums.
- Is disobedient at school.