1. Résumé / Abstract
L’Échelle abrégée des attitudes et croyances générales (en anglais, Shortened General Attitude and Belief Scale ou SGABS), développée par Harald Lindner et ses collaborateurs (1999), constitue un instrument psychométrique auto-rapporté conçu pour évaluer de manière multidimensionnelle les croyances irrationnelles et rationnelles issues des postulats de la thérapie comportementale émotive rationnelle (REBT ; Rational Emotive Behavior Therapy) fondée par Albert Ellis. Face aux limitations psychométriques des premières échelles de croyances irrationnelles — telles que le Rational Behavior Inventory (RBI) ou l’Irrational Beliefs Test (IBT), qui confondaient souvent les cognitions irrationnelles avec leurs conséquences affectives —, la SGABS a été dérivée de l’échelle originale à 72 items de Burgess (1990) et Bernard (1998) afin de proposer un outil court, robuste et cliniquement maniable.
Composée de 26 items évalués sur une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree) à 5 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree), la SGABS mesure sept sous-échelles distinctes : le besoin d’accomplissement (Need for Achievement), le besoin d’approbation (Need for Approval), le besoin de confort (Need for Comfort), l’exigence de justice (Demand for Fairness), la dévalorisation de soi (Self-Downing), la dévalorisation d’autrui (Other-Downing), et la pensée rationnelle (Rational Thinking). Les six premières sous-échelles peuvent être agrégées pour former un score global d’irrationalité cognitive (Total Irrationality).
Les propriétés psychométriques de l’instrument témoignent d’une consistance interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,72 et 0,88 pour les sous-échelles et dépassant 0,85 pour le score global d’irrationalité. Les études factorielles confirmatoires appuient son architecture multifactorielle corrélée et sa structure hiérarchique bi-factorielle. La SGABS présente une excellente validité convergente et discriminante vis-à-vis des mesures de dépression, d’anxiété générale, de colère et de dysfonctionnements interpersonnels, ce qui en fait un instrument de premier plan tant pour la recherche empirique en psychologie clinique que pour le monitorage thérapeutique au sein des protocoles de thérapies cognitives et comportementales (TCC).
2. Mots-clés / Keywords
SGABS, croyances irrationnelles, thérapie comportementale émotive rationnelle, REBT, Albert Ellis, évaluation psychométrique, distorsions cognitives, exigence absolue, dévalorisation de soi, faible tolérance à la frustration, dramatisation, psychométrie clinique, restructuration cognitive.
3. Auteurs / Authors
La version abrégée de l’échelle (SGABS) a été conçue et validée par une équipe de chercheurs australiens rattachés à la Faculté des sciences du comportement et de la santé de l’Université La Trobe (Melbourne, Australie) :
- Harald Lindner, Ph.D. — Département de psychologie et des sciences de la santé comportementale, School of Psychological Science, La Trobe University, Victoria, Australie. Psychologue clinicien et chercheur spécialisé dans les processus cognitifs dysfonctionnels et la mesure psychométrique en milieu clinique.
- Robert J. Kirkby, Ph.D. — Professeur et chercheur au Département des sciences comportementales, La Trobe University, Melbourne, Australie. Connu pour ses travaux sur la méthodologie de recherche en psychologie comportementale et en réadaptation.
- Eleanor H. Wertheim, Ph.D. — Professeure émérite à la School of Psychology and Public Health, La Trobe University, Melbourne, Australie. Spécialiste de renommée internationale de la modélisation psychométrique, du développement cognitif et des troubles de l’image corporelle et de l’humeur. Courriel : [email protected]
- Paul Birch, B.Sc. (Hons) — Statisticien et chercheur associé, School of Psychological Science, La Trobe University, Melbourne, Australie. Expert en analyses factorielles et en modélisation par équations structurelles.
4. Objectif / Purpose
Fondement et finalité du développement
Le développement de la Shortened General Attitude and Belief Scale (SGABS) par Lindner et ses collègues en 1999 répond à un besoin méthodologique pressant au sein du paradigme de la thérapie cognitive et comportementale (TCC) et de la REBT. Historiquement, les premiers outils développés pour tester les formulations théoriques d’Albert Ellis — notamment le Common Belief Inventory (CBI), l’Irrational Beliefs Test (IBT ; Jones, 1968) et le Rational Behavior Inventory (RBI ; Shorkey & Whiteman, 1977) — souffraient d’un défaut psychométrique majeur dénoncé par les méthodologistes (Smith, 1989 ; Bernard, 1998) : la contamination par le contenu affectif ou l’état de détresse psychologique. En d’autres termes, les items de ces échelles mesuraient simultanément la cognition irrationnelle (« Je dois réussir ») et le résultat émotionnel délétère (« et si j’échoue, je deviens extrêmement anxieux et déprimé »), induisant des corrélations artificiellement gonflées avec les échelles de dépression ou d’anxiété (telles que le Beck Depression Inventory).
Pour pallier ce problème de validité de construit, l’échelle originale General Attitude and Belief Scale (GABS) de 72 items a été développée par Burgess (1990) et affinée par Bernard (1998). Cependant, sa longueur excessive (72 énoncés) limitait drastiquement son utilité en routine clinique, au sein de cohortes médicales vulnérables ou lors d’évaluations longitudinales répétées. L’objectif explicite de Lindner et al. (1999) était donc d’isoler une forme condensée, pure et hautement discriminante de 26 items, capable de capturer l’essence conceptuelle des croyances irrationnelles sans surcharger les participants et sans réintroduire d’artefacts d’humeur ou de détresse générale.
Applications cliniques et en recherche
La SGABS remplit plusieurs rôles déterminants dans les milieux scientifiques et de soins :
- Profilage diagnostique et cognitif : Elle permet aux cliniciens de cartographier avec précision la constellation de schémas irrationnels d’un patient donné, en distinguant par exemple un patient principalement vulnérable à l’approbation sociale d’un patient gouverné par des exigences de justice ou d’intolérance à l’inconfort.
- Mesure des processus et des résultats thérapeutiques : La SGABS sert de baromètre dans les protocoles d’efficacité clinique pour déterminer si la restructuration cognitive et le débat philosophique (disputing) ciblent avec succès les croyances nucléaires rigides plutôt que de simples symptômes superficiels.
- Recherche translationnelle et expérimentale : L’échelle est largement exploitée pour investiguer les corrélats neurobiologiques, psychophysiologiques et comportementaux de la rigidité cognitive, de la vulnérabilité au stress professionnel (burnout), des troubles obsessionnels-compulsifs, des addictions et des troubles de l’adaptation.
5. Construit psychologique / Construct
La SGABS opérationnalise les croyances cognitives selon l’architecture bipartite de la théorie REBT : elle capture à la fois les processus cognitifs dysfonctionnels (les formes de pensée irrationnelle) et les domaines thématiques ou de contenu (les objets de ces exigences). L’échelle est structurée autour de sept construits distincts :
1. Besoin d’accomplissement (Need for Achievement)
Ce construit mesure l’exigence dogmatique et absolue d’excellence, de compétence et de succès dans les entreprises personnelles, scolaires ou professionnelles. L’individu ne se contente pas d’espérer la réussite : il formule un impératif catégorique non négociable. L’échec ou la contre-performance y est interprété non comme un événement décevant mais comme une catastrophe insurmontable (ex. item 1 : « It’s unbearable to fail at important things and I can’t stand not succeeding at them » ; item 20 : « If I do not perform well at things which are important it will be a catastrophe »).
2. Besoin d’approbation (Need for Approval)
Cette dimension évalue l’impératif absolu d’être aimé, accepté, validé et estimé par les autruis significatifs. La personne perçoit le rejet, la désapprobation ou l’indifférence interpersonnelle comme une rupture existentielle insupportable, conduisant à une dépendance affective aiguë et à une anxiété sociale majeure (ex. item 6 : « It’s awful to be disliked by people who are important to me and it is a catastrophe if they don’t like me » ; item 23 : « I must be liked and accepted by people I want to like me and I will not accept their not liking me »).
3. Besoin de confort (Need for Comfort)
Ce construit quantifie l’intolérance viscérale à l’inconfort psychologique, somatique ou environnemental, souvent désignée sous le terme de faible tolérance à la frustration (LFT ; Low Frustration Tolerance). L’individu pose l’exigence que la vie soit exempte de tension, de nervosité, de tracas administratifs ou d’adversité (ex. item 3 : « It’s unbearable being uncomfortable‚ tense or nervous and I can’t stand it when I am » ; item 16 : « I can’t stand hassles in my life »).
4. Exigence de justice (Demand for Fairness)
Cette échelle évalue la rigidité morale et normative appliquée à l’environnement social. Elle traduit la croyance absolue que les autres et le monde doivent traiter l’individu avec une équité, une considération et un respect impeccables en toutes circonstances. La violation de cette règle engendre une colère dysfonctionnelle et de l’amertume (ex. item 2 : « I can’t stand a lack of consideration from other people and I can’t bear the possibility of their unfairness » ; item 14 : « I cannot stand being treated unfairly and I think unfairness is unbearable »).
5. Dévalorisation de soi (Self-Downing)
La dévalorisation globale de soi est considérée dans le modèle d’Ellis comme l’un des mécanismes cognitifs les plus délétères menant à la dépression majeure. L’individu procède à une surgénéralisation péjorative de sa valeur humaine globale à partir d’un comportement isolé, d’un échec spécifique ou d’un rejet interpersonnel (ex. item 7 : « If important people dislike me it is because I am an unlikable bad person » ; item 10 : « If I do not perform well at tasks that are important to me it is because I am a worthless bad person »).
6. Dévalorisation d’autrui (Other-Downing)
Symétrique de la dévalorisation de soi, la dévalorisation d’autrui consiste à attribuer une valeur globale nulle, malveillante ou méprisable à une tierce personne dès lors qu’elle agit de façon injuste, offensante ou décevante. Ce construit alimente la rancœur, la rage vindicative, l’agressivité verbale et l’incapacité au pardon (ex. item 8 : « When I am treated inconsiderately I think it shows what kind of bad and hopeless people there are in the world » ; item 15 : « I believe that if a person treats me very unfairly they are bad and worthless »).
7. Pensée rationnelle (Rational Thinking)
Contrairement aux six autres sous-échelles, celle-ci évalue la présence de croyances flexibles, préférentielles et résilientes. L’individu y reconnaît son désir légitime de succès, d’approbation et d’équité tout en admettant logiquement que la réalité n’est pas tenue de se plier à ses désirs, et qu’un échec ou un rejet n’altère en rien sa dignité intrinsèque (ex. item 4 : « I have worth as a person even if I do not perform well at tasks that are important to me » ; item 19 : « It is important that people treat me fairly most of the time‚ however‚ I realise I do not have to be treated fairly just because I want to be »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Les racines stoïciennes et le modèle ABC d’Albert Ellis
Le cadre théorique de la SGABS prend directement sa source dans la thérapie rationnelle-émotive formalisée par Albert Ellis au milieu des années 1950, elle-même inspirée de la philosophie stoïcienne antique, en particulier de la célèbre maxime d’Épictète : « Les hommes ne sont pas troublés par les choses, mais par les jugements qu’ils portent sur les choses. »
Au cœur de cette approche se trouve le modèle ABC du fonctionnement psychologique :
- A (Activating Event) : L’événement activateur, la situation déclenchante ou l’adversité perçue par l’individu (ex. subir un licenciement, recevoir une critique).
- B (Beliefs) : Le système de croyances et de représentations cognitives mobilisé par l’individu pour appréhender l’événement A. Ce système peut être rationnel (souple, préférentiel) ou irrationnel (rigide, absolu).
- C (Consequences) : Les conséquences émotionnelles et comportementales résultant non pas directement de A, mais de la médiation par B. Des croyances rationnelles conduisent à des émotions négatives fonctionnelles (tristesse, contrariété, vigilance), tandis que des croyances irrationnelles génèrent des émotions dysfonctionnelles (dépression, anxiété panique, rage dévastatrice, procrastination sévère).
Les quatre formes fondamentales d’irrationalité cognitive
Selon les révisions théoriques d’Ellis (1994) et les élaborations de David, Szentagotai, Eva et Macavei (2005), la pensée irrationnelle se décompose en un processus primaire et trois processus secondaires :
- L’exigence absolue ou dogmatique (Demandingness / « Musturbatory thinking ») : Le noyau primaire de l’irrationalité. Il s’agit de la transformation de souhaits, de désirs et de préférences saines en impératifs rigides et inconditionnels (« Je dois absolument », « Il faut impérativement », « Ils doivent me traiter avec respect »).
- La dramatisation ou catastrophisme (Awfulizing / Catastrophizing) : Processus secondaire consistant à estimer qu’une situation négative est pire qu’à 100 % mauvaise, qu’elle dépasse toute possibilité de résolution ou de tolérance.
- La faible tolérance à la frustration (Low Frustration Tolerance / Frustration Intolerance) : Croyance selon laquelle l’inconfort, la difficulté ou l’angoisse est proprement intolérable (« Je ne peux absolument pas le supporter »).
- L’évaluation globale négative (Global Evaluation / Depreciation / Downing) : Jugement globalisant et dépréciatif porté soit sur sa propre personne (self-downing), soit sur les autres (other-downing), soit sur l’existence dans son ensemble (life-downing), réduisant un être complexe à un statut de nullité absolue sur la base d’une faute ou d’une faiblesse ponctuelle.
La SGABS capture l’intersection empirique de ces processus fondamentaux et des grands domaines existentiels humains (l’amour/approbation, la performance/réussite, le confort/sécurité et la justice relationnelle).
7. Validité / Validity
Validité de construit
La validité de construit de la SGABS a été rigoureusement démontrée dès l’étude princeps de Lindner et al. (1999). Lors de sa construction, les auteurs ont sélectionné les items présentant des saturations factorielles univoques et un pouvoir discriminant élevé. Contrairement aux anciennes échelles qui saturaient lourdement sur un facteur diffus de détresse affective générale, les analyses en composantes principales et confirmatoires ont confirmé que les items de la SGABS se regroupent selon des patterns théoriquement prévus sans covariance résiduelle non contrôlée avec la psychopathologie générale.
Validité convergente
La validité convergente de l’échelle a été attestée par de nombreuses corrélations statistiquement significatives avec des instruments de référence :
- Dépression : Le score de Self-Downing et le score d’irrationalité globale présentent des corrélations positives robustes (variant typiquement de r = 0,45 à r = 0,65, p < 0,001) avec l’inventaire de dépression de Beck (BDI ; Beck et al., 1996) et l’échelle SDS de Zung.
- Anxiété : Les sous-échelles de besoin d’approbation et de besoin de confort sont fortement associées aux scores du State-Trait Anxiety Inventory (STAI) et à l’échelle d’anxiété sociale de Liebowitz (r = 0,40 à 0,58).
- Colère et hostilité : La sous-échelle Other-Downing et l’exigence de justice corrèlent positivement avec les dimensions de colère-état et colère-trait du STAXI de Spielberger (State-Trait Anger Expression Inventory).
- Cognitions automatiques négatives : Une convergence marquée (r > 0,55) est observée avec l’Automatic Thoughts Questionnaire (ATQ ; Hollon & Kendall, 1980).
Validité discriminante
La SGABS démontre une remarquable capacité à distinguer les populations cliniques des populations non cliniques. Dans l’échantillon initial de Lindner et al. (1999), les patients souffrant de troubles de l’humeur et de troubles anxieux présentaient des scores moyens d’irrationalité globale significativement plus élevés que les témoins appariés (différence d’amplitude d’effet importante, d de Cohen > 0,80). En outre, la corrélation modérée voire faible entre la sous-échelle Rational Thinking et les sous-échelles d’irrationalité confirme que la rationalité n’est pas un simple pôle inverse de l’irrationalité, mais une dimension cognitive distincte ayant sa propre valeur explicative.
8. Fidélité / Reliability
Consistance interne
La consistance interne de la SGABS a été répliquée dans de multiples contextes cliniques et académiques. L’étude fondatrice de Lindner et al. (1999) a établi des coefficients alpha de Cronbach (α) remarquables pour chacune des dimensions :
- Besoin d’accomplissement (Achievement) : α = 0,79
- Besoin d’approbation (Approval) : α = 0,79
- Besoin de confort (Comfort) : α = 0,80
- Exigence de justice (Fairness) : α = 0,80
- Dévalorisation de soi (Self-Downing) : α = 0,83
- Dévalorisation d’autrui (Other-Downing) : α = 0,83
- Pensée rationnelle (Rationality) : α = 0,84
Dans des travaux ultérieurs, tels que l’étude de Douglas (2015) publiée dans Nurse Researcher, la fiabilité de l’instrument a été corroborée sur des cohortes soignantes et des étudiants en sciences de la santé :
- Besoin d’accomplissement : α = 0,877
- Besoin d’approbation : α = 0,714
- Besoin de confort : α = 0,812
- Exigence de justice : α = 0,720
- Dévalorisation de soi : α = 0,832
- Dévalorisation d’autrui : α = 0,616
- Score global d’irrationalité : α = 0,846
- Pensée rationnelle : α = 0,735
Fidélité temporelle (test-retest)
Les investigations portant sur la stabilité temporelle de la SGABS sur des intervalles de deux à six semaines chez des participants non soumis à une intervention psychothérapeutique indiquent des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et de fidélité test-retest compris entre 0,78 et 0,89, ce qui démontre que la mesure capture des schémas cognitifs stables (traits cognitifs) plutôt que de simples fluctuations d’humeur passagères (états).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Structure factorielle exploratoire (AFE)
La structure factorielle de la SGABS a été élaborée à partir d’analyses factorielles exploratoires menées sur les 72 items de la GABS originale. En appliquant une analyse en composantes principales suivie d’une rotation oblique (Oblimin), Lindner et al. (1999) ont identifié sept composantes nettes dont les valeurs propres (eigenvalues) étaient supérieures à 1,0. Les items retenus présentaient tous une saturation factorielle primaire supérieure à 0,45 sur leur facteur théorique cible et des saturations croisées (cross-loadings) inférieures à 0,25 sur les autres dimensions.
Modélisation factorielle confirmatoire (AFC)
Des analyses factorielles confirmatoires menées par Lindner et al. (1999), Macavei (2002), ainsi que d’autres équipes internationales (par ex. en Roumanie, en Italie, en Turquie) ont comparé plusieurs modèles concurrents :
- Modèle unidimensionnel : Un modèle postulant un facteur unique de croyances irrationnelles générales. Ce modèle présente un ajustement très médiocre aux données (RMSEA > 0,10 ; CFI < 0,80), rejetant l’hypothèse d’une irrationalité monolithique.
- Modèle à 7 facteurs corrélés : Ce modèle présente un ajustement satisfaisant (RMSEA ≤ 0,055 ; CFI ≥ 0,92 ; TLI ≥ 0,90 ; SRMR ≤ 0,050).
- Modèle hiérarchique / bi-factoriel : L’architecture la plus élégante et la plus couramment validée est un modèle de second ordre où les six facteurs d’irrationalité (Accomplissement, Approbation, Confort, Justice, Dévalorisation de soi, Dévalorisation d’autrui) chargent sur un facteur général d’irrationalité cognitive (Total Irrationality), tandis que la sous-échelle de rationalité constitue une dimension indépendante ou orthogonale.
Ce patron structural robuste confirme que la SGABS permet à la fois une lecture modulaire fine (par dimension) et une interprétation globale synthétique de la rigidité cognitive.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’outil : Échelle abrégée des attitudes et croyances générales (Shortened General Attitude and Belief Scale – SGABS).
- Nature de l’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (self-report inventory).
- Nombre d’items : 26 items indépendants formulés sous forme d’affirmations cognitives.
- Échelle de réponse (Likert en 5 points) :
- 1 = Strongly Disagree (Pas du tout d’accord)
- 2 = Disagree (Pas d’accord)
- 3 = Neutral (Neutre / Ni d’accord ni en désaccord)
- 4 = Agree (D’accord)
- 5 = Strongly Agree (Tout à fait d’accord)
- Répartition des items par sous-échelle :
- Need for Achievement (Besoin d’accomplissement) : Items 1, 11, 18, 20 (4 items).
- Need for Approval (Besoin d’approbation) : Items 6, 23, 25 (3 items).
- Need for Comfort (Besoin de confort) : Items 3, 5, 16, 17 (4 items).
- Demand for Fairness (Exigence de justice) : Items 2, 12, 14, 21 (4 items).
- Self-Downing (Dévalorisation de soi) : Items 7, 10, 13, 22 (4 items).
- Other-Downing (Dévalorisation d’autrui) : Items 8, 15, 26 (3 items).
- Rational Thinking (Pensée rationnelle) : Items 4, 9, 19, 24 (4 items).
- Modalités de cotation et calcul des scores :
- Chaque sous-échelle est scorée par la somme brute (ou la moyenne) des items qui lui sont assignés.
- Le score d’irrationalité globale (Total Irrationality Score) est calculé en sommant les 22 items des six premières sous-échelles (items 1, 2, 3, 5, 6, 7, 8, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 20, 21, 22, 23, 25, 26). L’intervalle de score s’étend de 22 à 110. Un score plus élevé indique un degré plus marqué de dysfonctionnement cognitif irrationnel.
- La sous-échelle Rational Thinking (items 4, 9, 19, 24 ; score allant de 4 à 20) est cotée séparément. Elle n’est pas inversée pour le score total d’irrationalité, afin de préserver l’intégrité de la mesure de la rationalité en tant qu’entité non réductible à la simple absence d’irrationalité.
- Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes, ce qui facilite son intégration dans les bilans psychologiques de routine.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication : 1999 (version originale abrégée validée par Lindner, Kirkby, Wertheim et Birch).
- Statut des droits d’auteur : Le copyright scientifique initial est détenu par l’éditeur académique Springer Science+Business Media via la revue Cognitive Therapy and Research. L’instrument est accessible dans le domaine académique public à des fins de recherche non commerciale et d’enseignement clinique.
- Tarification / Coût : Gratuit pour la recherche clinique, les thèses universitaires et la pratique d’évaluation individuelle non lucrative. Aucune redevance commerciale n’est exigée pour l’administration de routine dans un cadre diagnostique individuel.
- Conditions d’utilisation : Les chercheurs et cliniciens utilisant l’instrument doivent citer formellement l’article de référence de 1999 et veiller à respecter la formulation exacte des énoncés originaux ou des adaptations transculturelles validées.
12. Références / References
Voici les références bibliographiques académiques relatives à l’échelle SGABS et à ses bases théoriques :
- Beck, A. T., Steer, R. A., & Brown, G. K. (1996). Manual for the Beck Depression Inventory-II. Psychological Corporation. https://doi.org/10.1037/t00742-000
- Bernard, M. E. (1998). Validation of the General Attitude and Belief Scale. Journal of Rational-Emotive & Cognitive-Behavior Therapy, 16(3), 183–196. https://doi.org/10.1023/A:1024945417112
- Burgess, P. M. (1990). Towards a validated measure of irrational beliefs: The development of the General Attitude and Belief Scale. Unpublished doctoral dissertation, University of Melbourne, Melbourne, Australia.
- David, D., Szentagotai, A., Eva, K., & Macavei, B. (2005). A synopsis of rational-emotive behavior therapy (REBT); Fundamental and applied research. Journal of Rational-Emotive & Cognitive-Behavior Therapy, 23(3), 175–221. https://doi.org/10.1007/s10942-005-0011-0
- Douglas, M. (2015). A psychometric evaluation of the Shortened General Attitude and Belief Scale in a sample of healthcare professionals. Nurse Researcher, 22(4), 28–34. https://doi.org/10.7748/nr.22.4.28.e1315
- Ellis, A. (1962). Reason and emotion in psychotherapy. Lyle Stuart.
- Ellis, A. (1994). Reason and emotion in psychotherapy: A comprehensive method of treating human disturbances (Revised and updated ed.). Birch Lane Press.
- Hollon, S. D., & Kendall, P. C. (1980). Cognitive self-statements in depression: Development of an automatic thoughts questionnaire. Cognitive Therapy and Research, 4(4), 383–395. https://doi.org/10.1007/BF01178214
- Lindner, H., Kirkby, R., Wertheim, E., & Birch, P. (1999). A brief assessment of irrational thinking: The Shortened General Attitude and Belief Scale. Cognitive Therapy and Research, 23(6), 651–663. https://doi.org/10.1023/A:1018741009293
- Macavei, B. (2002). The Romanian version of the Shortened General Attitude and Belief Scale (SGABS). Journal of Cognitive and Behavioral Psychotherapies, 2(1-2), 75–88.
- Mould, J. (2014). A programme to promote internal resiliency among female adolescents: A cognitive-behavioural approach (Doctoral dissertation, University of the Free State). Electronic Theses and Dissertations. https://scholar.ufs.ac.za/handle/11660/1545
- Smith, T. W. (1989). Assessment of irrational beliefs: More than a measurement problem. Journal of Rational-Emotive & Cognitive-Behavior Therapy, 7(1), 27–36. https://doi.org/10.1007/BF01072709