Sous-échelle Boulimie du Questionnaire d’Examen des Troubles des Conduites Alimentaires (EDE-Q-B)

Analyse psychométrique détaillée de la sous-échelle boulimie du questionnaire d’examen des troubles des conduites alimentaires (EDE-Q-B) : validité, fidélité, modèle théorique et cotation.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 9, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 9, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

La Sous-échelle Boulimie du Questionnaire d’Examen des Troubles des Conduites Alimentaires (en anglais : Eating Disorder Examination-Questionnaire-Bulimia subscale, couramment abrégée EDE-Q-B ou M-EDE-Q-B dans ses versions adaptées) constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation dérivé de l’entretien clinique de référence Eating Disorder Examination (EDE), initialement développé par Christopher G. Fairburn et Sarah J. Beglin (1994). Conçue spécifiquement pour quantifier la sévérité, la fréquence et les dimensions cognitives et comportementales associées à la boulimie mentale (Bulimia Nervosa) et à l’hyperphagie boulimique (Binge Eating Disorder), cette échelle cible les manifestations cliniques observées sur une fenêtre temporelle récente (généralement les 7 à 28 derniers jours selon les protocoles de recherche).

L’instrument opérationnalise les critères diagnostics du DSM-5 en mesurant trois composantes cardinales : la surévaluation cognitive du poids et de la silhouette corporelle, les épisodes d’ingestion alimentaire excessive avec sentiment subjectif de perte de contrôle (crises de boulimie objectives et subjectives), et le recours à des comportements compensatoires inappropriés destinés à prévenir la prise de poids (vomissements auto-provoqués, prise abusive de laxatifs ou de diurétiques, et pratique compulsive d’exercice physique). Composée de 12 items fondamentaux combinant des échelles d’évaluation ordinale (fréquence en jours de 0 à 7, impact subjectif sur une échelle en 4 points de type Likert allant de « Pas du tout » à « Extrêmement ») et des variables numériques directes (comptage précis des crises et des purges), l’EDE-Q-B offre un profil quantitatif rigoureux des comportements boulimiques.

Sur le plan métrologique, l’échelle présente une consistance interne exemplaire, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,82 et 0,93 pour les dimensions composites de la boulimie et de la préoccupation corporelle. Sa validité convergente est démontrée par des corrélations robustes (r > 0,65) avec des échelles homologues telles que le Bulimia Test-Revised (BULIT-R) et l’Eating Disorder Inventory (EDI). La fidélité test-retest à court terme atteste d’une grande stabilité temporelle des scores (coefficients de corrélation intraclasse souvent supérieurs à 0,80), tandis que sa sensibilité aux changements thérapeutiques en fait un outil de premier plan tant pour le dépistage épidémiologique que pour le suivi longitudinal des interventions cognitivo-comportementales transdiagnostiques (CBT-E).

2. Mots-clés / Keywords

Boulimie mentale, Hyperphagie boulimique, EDE-Q, Comportements compensatoires, Perte de contrôle alimentaire, Image corporelle, Psychométrie, Évaluation clinique, Troubles des conduites alimentaires, Thérapie cognitivo-comportementale, Validité factorielle, Échelle d’auto-évaluation.

3. Auteurs / Authors

Le développement fondamental de l’instrument repose sur les travaux fondateurs de chercheurs de l’Université d’Oxford, ultérieurement adaptés dans des contextes expérimentaux et universitaires nord-américains :

  • Christopher G. Fairburn, DM, FRCPsych, FMedSci : Professeur émérite de psychiatrie à l’Université d’Oxford (Department of Psychiatry, Warneford Hospital, Oxford, Royaume-Uni). Fondateur et directeur du Centre for Research on Eating Disorders at Oxford (CREDO). Pionnier mondialement reconnu dans la conceptualisation de la théorie transdiagnostique des troubles des conduites alimentaires et développeur de l’entretien EDE et de sa déclinaison auto-administrée EDE-Q.
  • Sarah J. Beglin, DPhil, CPsychol : Psychologue clinicienne et chercheuse associée au Department of Psychiatry de l’Université d’Oxford. Co-auteure des travaux initiaux d’adaptation et de validation psychométrique de la forme auto-rapportée EDE-Q (1994).
  • Sylvia Herbozo, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse, ayant développé des adaptations contextuelles et expérimentales de l’EDE-Q (notamment la focalisation hebdomadaire et les intentions de modification corporelle) au sein du Department of Psychology du College of Arts and Sciences de l’Université de South Florida (Tampa, Floride, États-Unis). Ses recherches portent sur l’insatisfaction corporelle, la stigmatisation liée au poids et les mécanismes cognitifs sous-jacents aux dysfonctionnements alimentaires chez les jeunes adultes.

4. Objectif / Purpose

4.1 Ce que mesure l’échelle

L’EDE-Q-B a pour objectif fondamental de mesurer avec précision l’intensité, la fréquence et l’expression symptomatique des comportements et des cognitions caractéristiques de la boulimie nerveuse et des troubles apparentés. Plus spécifiquement, elle évalue l’intrication pathologique entre la sphère cognitive (l’évaluation de soi indûment tributaire du poids et de la silhouette) et la sphère comportementale (les épisodes récurrents d’hyperphagie incontrôlée associés à des mécanismes de purge ou de compensation métabolique).

L’instrument ne se limite pas à un simple constat qualitatif : il opérationnalise la distinction psychopathologique cruciale établie par Fairburn entre les accès hyperphagiques objectifs (Objective Bulimic Episodes – OBE), caractérisés par l’ingestion d’une quantité de nourriture objectivement massive accompagnée d’un sentiment de perte de contrôle, et les accès hyperphagiques subjectifs (Subjective Bulimic Episodes – SBE), où la quantité consommée est modérée voire minime mais perçue par l’individu comme excessive et accompagnée de détresse et de perte de maîtrise.

4.2 Applications cliniques et de recherche

Dans la pratique clinique, l’EDE-Q-B remplit plusieurs fonctions majeures :

  • Dépistage et diagnostic différentiel : L’échelle permet d’identifier rapidement les individus répondant aux critères diagnostiques de la boulimie mentale ou de l’hyperphagie boulimique selon les classifications nosographiques internationales (CIM-11 et DSM-5).
  • Évaluation initiale de la sévérité : En chiffrant le nombre d’épisodes de crises et d’actes compensatoires hebdomadaires, l’échelle classe le trouble selon les paliers de sévérité du DSM-5 (léger, moyen, sévère, extrême).
  • Monitorage thérapeutique : Administrée de manière répétée au cours d’une prise en charge (par exemple dans le cadre d’une thérapie cognitivo-comportementale renforcée, TCC-E), elle fournit une courbe objective de la réduction des comportements purgateurs et de la normalisation du rapport à l’alimentation.
  • Mesure d’efficacité en recherche clinique : Dans les essais contrôlés randomisés évaluant des interventions pharmacologiques ou psychothérapeutiques, l’EDE-Q-B sert couramment de critère de jugement principal (primary outcome) pour mesurer le taux de rémission ou l’abstinence comportementale complète (cessation totale des crises et des purges).

4.3 Justification théorique

La justification de cet outil découle des limites inhérentes aux entretiens cliniques semi-structurés : bien que l’entretien EDE soit le « gold standard » absolu, sa passation exige entre 45 et 90 minutes par un clinicien hautement formé, ce qui engendre des coûts prohibitifs et limite son applicabilité dans les grandes cohortes épidémiologiques ou dans le suivi régulier séance par séance. L’EDE-Q-B a été conçu pour reproduire la fidélité diagnostique de l’EDE sous un format papier-crayon ou numérique auto-administré, sans saturer les ressources cliniques, tout en préservant le respect strict des critères opérationnels de la psychopathologie alimentaire.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique mesuré par l’EDE-Q-B s’articule autour de la triade symptomatique cardinale de la boulimie : l’altération de l’image de soi corporelle, l’épisode boulimique proprement dit (perte de contrôle et volume alimentaire), et les conduites d’évacuation ou de contre-régulation calorique.

5.1 La surévaluation de la forme et du poids corporel (Overvaluation of Shape and Weight)

Ce construit cognitif représente le « noyau psychopathologique » de la théorie cognitivo-comportementale des troubles alimentaires. Contrairement à une simple insatisfaction corporelle (commune dans la population générale), la surévaluation implique que la personne juge sa propre valeur personnelle presque exclusivement, ou de manière prépondérante, à travers son poids corporel et sa silhouette.

  • Manifestations : Sentiment récurrent de « se sentir gros(se) » (Item 1), terreur panique de prendre du poids ou de devenir obèse (Item 2), et subordination de l’estime de soi globale au chiffre de la balance ou aux contours du corps (Items 3 et 4).
  • Implications cliniques : Une personne présentant une surévaluation sévère considérera un gain pondéral de quelques centaines de grammes non pas comme une fluctuation biologique normale, mais comme un échec personnel catastrophique, justifiant une dévalorisation morale globale.

5.2 Les accès hyperphagiques : perte de contrôle et distinction OBE/SBE

L’échelle opérationnalise finement le construit d’épisode boulimique selon deux dimensions indispensables :

  • L’ampleur de la prise alimentaire (Critère quantitatif) : Consommation d’une quantité de nourriture objectivement supérieure à ce que la plupart des individus consommeraient dans des circonstances et un laps de temps similaires (Item 5).
  • La perte de contrôle (Critère qualitatif subjectif) : Le sentiment irrépressible de ne pas pouvoir s’arrêter de manger, ou de ne pas pouvoir maîtriser la nature ou la quantité des aliments ingérés (Item 6).
  • Typologie des épisodes : Le croisement de ces variables génère les accès hyperphagiques objectifs (Item 7 : quantité objectivement large + perte de contrôle) et les accès hyperphagiques subjectifs (Items 8 et 9 : quantité considérée comme normale par autrui, mais vécue avec une perte de contrôle totale par le patient). Cette distinction est essentielle pour discriminer la boulimie mentale de formes atypiques ou de l’anorexie mentale de type accès hyperphagiques/purgatifs.

5.3 Les comportements compensatoires inappropriés (Purging & Non-Purging Compensations)

Ce domaine comportemental regroupe l’ensemble des manœuvres délétères déclenchées par l’angoisse de grossir consécutive à l’ingestion calorique :

  • Vomissements auto-provoqués (Item 10) : Méthode purgative la plus fréquente, souvent initiée manuellement puis devenant un réflexe conditionné, entraînant de graves complications hydro-électrolytiques (hypokaliémie).
  • Usage détourné de substances pharmacologiques (Item 11) : Consommation inappropriée de laxatifs, de diurétiques ou de lavements dans l’illusion d’évacuer les calories absorbées.
  • Exercice physique excessif et compulsif (Item 12) : Pratique d’une activité motrice intense non motivée par le plaisir ou la santé, mais dictée par l’impératif rigide de brûler les calories consommées, souvent poursuivie malgré la fatigue, les blessures ou l’interférence avec les activités sociales quotidiennes.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

6.1 Le modèle cognitivo-comportementale transdiagnostique de Fairburn

L’EDE-Q-B s’enracine directement dans le modèle cognitivo-comportemental transdiagnostique formalisé par Christopher Fairburn, Zafra Cooper et Roz Shafran (2003). Selon cette perspective, les différentes entités nosographiques des troubles des conduites alimentaires (anorexie mentale, boulimie mentale, hyperphagie boulimique, autres troubles spécifiés) partagent un noyau psychopathologique commun et des processus de maintien fonctionnels similaires.

Le modèle postule que la surévaluation de la forme et du poids conduit l’individu à adopter des règles diététiques extrêmement strictes et inflexibles (restriction cognitive et calorique). Cette privation physiologique et psychologique engendre une vulnérabilité biologique accrue à la faim ainsi qu’une rigidité cognitive. Dès lors qu’une règle diététique arbitraire est enfreinte (pensée dichotomique de type « tout ou rien »), l’individu interprète cet écart comme un échec irrémédiable, provoquant une désinhibition comportementale brutale : c’est le déclenchement de la crise de boulimie.

L’accès hyperphagique engendre à son tour une culpabilité intense, la panique de grossir et un sentiment de déchéance personnelle, ce qui motive le recours immédiat à des comportements compensatoires (vomissements, laxatifs, sport excessif). Ces comportements purgatifs réduisent temporairement l’anxiété (renforcement négatif), mais réactivent et renforcent la croyance selon laquelle l’individu est incapable de contrôler son poids sans méthodes extrêmes, consolidant ainsi la restriction alimentaire future et pérennisant le cercle vicieux boulimique.

6.2 La théorie de la restriction cognitive (Restraint Theory)

L’instrument s’appuie également sur la théorie de la restriction alimentaire développée par C. Peter Herman et Janet Polivy (1975). Ce modèle démontre que la tentative délibérée de restreindre son apport alimentaire en dessous des besoins physiologiques crée un état d’instabilité métabolique et attentionnelle. Chez les « mangeurs restreints », le contrôle alimentaire passe d’une régulation homéostatique interne (faim, satiété) à un contrôle cognitif fragile. L’EDE-Q-B capture les moments précis où ce contrôle cognitif cède face aux pulsions hyperphagiques.

6.3 Les théories de la régulation émotionnelle et de l’échappement

Enfin, les extensions modernes de l’échelle intègrent les théories de l’affect (notamment la théorie de l’échappement cognitif de Roy Baumeister, 1991). Dans ce paradigme, les crises de boulimie ne sont pas seulement la conséquence d’un déficit nutritionnel, mais fonctionnent comme un mécanisme d’évitement émotionnel : focaliser son attention sur l’acte sensoriel immédiat de manger permet de masquer temporairement des affects négatifs intolérables, une anxiété diffuse ou une autocritique sévère liée à l’image du corps.

7. Validité / Validity

7.1 Validité de construit et validité convergente

La validité psychométrique de l’EDE-Q et de sa sous-échelle boulimie a fait l’objet de centaines de réplications empiriques internationales depuis l’étude princeps de Fairburn et Beglin en 1994. La validité convergente est solidement établie par des associations statistiques fortes avec d’autres échelles standardisées mesurant la psychopathologie alimentaire :

  • Corrélations élevées (r compris entre 0,68 et 0,84, p < 0,001) avec les sous-échelles « Boulimie » et « Insatisfaction corporelle » de l’Eating Disorder Inventory (EDI-2 et EDI-3).
  • Corrélations substantielles (r > 0,72) avec le Bulimia Test-Revised (BULIT-R) et le Binge Eating Scale (BES).
  • Convergence étroite avec l’entretien clinique EDE administré par un clinicien : les coefficients de corrélation de Spearman ou Pearson entre l’auto-questionnaire et l’hétéro-entretien se situent typiquement entre 0,70 et 0,85 pour la fréquence des crises de boulimie objectives et entre 0,75 et 0,90 pour les vomissements auto-provoqués.

7.2 Validité discriminante et diagnostique

L’EDE-Q-B démontre une excellente capacité à discriminer les populations cliniques des populations saines ou des groupes contrôles psychiatriques non alimentaires :

  • Les scores moyens aux items de préoccupation corporelle et à la fréquence des crises sont significativement plus élevés chez les patientes atteintes de boulimie mentale comparativement à des patientes souffrant de dépression majeure ou de troubles anxieux généralisés (tailles d’effet d de Cohen > 1,50).
  • Dans les études de validation de courbes ROC (Receiver Operating Characteristic), la sous-échelle boulimie présente des aires sous la courbe (AUC) oscillant entre 0,88 et 0,95 pour l’identification des cas de boulimie répondant aux critères stricts du DSM-5.

7.3 Validité prédictive et sensibilité au changement

La validité prédictive de l’instrument est attestée par sa capacité à prédire le pronostic clinique : une réduction rapide de la fréquence des comportements mesurés par l’EDE-Q-B durant les quatre premières semaines d’une TCC prédit significativement la rémission complète à la fin du traitement et lors du suivi à un an. Par ailleurs, l’échelle fait preuve d’une grande sensibilité au changement thérapeutique, reflétant les diminutions statistiquement significatives des crises et des purges sous l’effet des protocoles de psychothérapie empiriquement validés.

8. Fidélité / Reliability

8.1 Cohérence interne (Internal Consistency)

Les propriétés de cohérence interne de la composante cognitive et des scores composites de l’EDE-Q-B atteignent des standards psychométriques d’excellence :

  • L’indice alpha de Cronbach (α) pour les items évaluant la surévaluation du poids et de la silhouette (Items 1 à 4) se situe invariablement entre 0,85 et 0,92 dans les échantillons cliniques, et entre 0,82 et 0,89 dans les échantillons non cliniques (étudiants, population générale).
  • Le coefficient oméga de McDonald (ω), moins sensible aux violations de la tau-équivalence, corrobore cette haute fidélité avec des valeurs moyennes supérieures à 0,87.
  • Pour les items comportementaux de fréquence brute (Items 7, 9, 10, 11, 12), la consistance interne n’est pas le paramètre métrologique primaire (s’agissant d’un modèle d’indicateurs formatifs plutôt que réflectifs), mais les corrélations inter-items confirment une interdépendance cohérente des méthodes compensatoires.

8.2 Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La fidélité test-retest a été largement documentée sur des intervalles de temps courts (1 à 2 semaines) afin de minimiser les fluctuations réelles de l’état clinique :

  • Les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) pour les items cognitifs (évaluation de la silhouette et du poids) oscillent entre 0,81 et 0,94, attestant d’une grande stabilité des croyances dysfonctionnelles corporelles en l’absence de traitement.
  • Pour les fréquences comportementales (nombre de crises et de purges sur 7 jours), l’ICC varie généralement de 0,68 à 0,85. Cette corrélation légèrement plus modérée s’explique par la nature intrinsèquement fluctuante des comportements alimentaires pathologiques d’une semaine sur l’autre, et non par une instabilité métrologique de l’outil.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

9.1 Analyse Factorielle Exploratoire (AFE) et Confirmatoire (AFC)

La structure factorielle de l’EDE-Q global et de ses déclinaisons sous-scalaires a suscité d’abondants débats dans la littérature psychométrique contemporaine. Bien que le modèle théorique originel de Fairburn et Beglin (1994) proposait quatre sous-échelles (Restriction, Préoccupation pour l’alimentation, Préoccupation pour la silhouette, Préoccupation pour le poids), les analyses factorielles confirmatoires conduites sur de vastes cohortes cliniques et communautaires ont régulièrement mis en lumière une forte multicolinéarité entre la préoccupation pour le poids et celle pour la silhouette.

Des études factorielles majeures (notamment Grilo et al., 2010 ; Peterson et al., 2007) ont démontré qu’une structure factorielle alternative s’ajuste souvent mieux aux données empiriques :

  • Structure à un facteur d’évaluation corporelle / boulimique : Les items cognitifs de la sous-échelle boulimie (Items 1 à 4) se regroupent systématiquement sous un facteur unique de premier ordre souvent étiqueté « Surévaluation de la silhouette et du poids » (Overvaluation of shape/weight), avec des saturations factorielles (factor loadings) très élevées, comprises entre 0,74 et 0,91.
  • Indices d’ajustement structurel : Les modèles d’équations structurelles (SEM) et les AFC évaluant ces items rapportent d’excellents indices d’adéquation aux données : CFI (Comparative Fit Index) > 0,95, TLI (Tucker-Lewis Index) > 0,94, et RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) < 0,06.

9.2 Modèles bi-factoriels et indépendance des indicateurs comportementaux

Dans les analyses factorielles récentes utilisant des modélisations bi-factorielles, un facteur général de « pathologie alimentaire globale » explique la majorité de la variance commune, tandis que les items spécifiques à la boulimie (perte de contrôle et comportements compensatoires, Items 5 à 12) conservent une variance spécifique essentielle pour la décision diagnostique. Les saturations des items comportementaux confirment que la perte de contrôle (Items 6 et 8) charge spécifiquement sur une dimension comportementale distincte de la simple insatisfaction corporelle.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type de test : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (auto-rapporté) combinant des échelles de Likert et des items d’inventaire de fréquences d’événements discrets.
  • Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée sur tablette/ordinateur en ligne.
  • Nombre total d’items : 12 items cliniques fondamentaux explorant les cognitions et comportements boulimiques.
  • Fenêtre temporelle d’évaluation : Les 7 derniers jours (version hebdomadaire M-EDE-Q-B adaptée pour la recherche expérimentale et le suivi continu) ou les 28 derniers jours (version standard EDE-Q).
  • Format des réponses et cotation :
    • Items 1 et 2 (Sentiments corporels et peur de grossir) : Échelle ordinale de fréquence en 8 points : 0days, 1days, 2days, 3days, 4days, 5days, 6days, 7days (cotés de 0 à 7).
    • Items 3 et 4 (Influence du poids et de la silhouette sur l’estime de soi) : Échelle de sévérité ordinale en 4 points : Not at all (0), Slightly (1), Moderately (2), Extremely (3).
    • Items 5, 6 et 8 (Présence des épisodes et sentiment de perte de contrôle) : Format dichotomique nominal : YES ou NO.
    • Items 7, 9, 10, 11 et 12 (Fréquence absolue des comportements) : Réponses numériques ouvertes continues (le répondant inscrit le nombre exact d’occurrences durant la semaine, ou indique zéro en l’absence d’événement).
  • Calcul des scores :
    • Score cognitif moyen : Moyenne des items 1 à 4 (après standardisation si nécessaire), reflétant l’intensité de la préoccupation et de la surévaluation corporelle.
    • Indicateurs de fréquence comportementale : Somme brute directe des crises de boulimie objectives (Item 7) et des épisodes compensatoires (Items 10, 11, 12).
    • Seuils diagnostiques DSM-5 : Au moins 1 crise objective (Item 7 ≥ 1) et au moins 1 comportement compensatoire (Somme Items 10-12 ≥ 1) par semaine sur une période continue constitue le seuil d’alerte pour la boulimie mentale légère.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de conception originale : 1994 (Christopher G. Fairburn & Sarah J. Beglin).
  • Année d’adaptation expérimentale (M-EDE-Q-B) : 2007 (Sylvia Herbozo, University of South Florida).
  • Statut des droits d’auteur et licence : L’EDE-Q et ses sous-échelles originales sont protégés par le droit d’auteur du Professeur Christopher G. Fairburn et du CREDO (Centre for Research on Eating Disorders at Oxford).
  • Tarification : L’utilisation de l’instrument est entièrement gratuite à des fins de recherche académique, d’enseignement universitaire et de pratique clinique à but non lucratif. Aucune redevance n’est exigée pour les versions standard.
  • Conditions d’utilisation : Le questionnaire peut être téléchargé et reproduit librement à condition de ne pas altérer la formulation des items originaux sans autorisation expresse et de citer rigoureusement les publications de référence de Fairburn et Beglin. Les utilisations commerciales à grande échelle (essais cliniques sponsorisés par l’industrie pharmaceutique) peuvent nécessiter une autorisation formelle auprès des titulaires des droits.

12. Références / References

Les publications scientifiques suivantes constituent les fondements théoriques et méthodologiques de l’instrument :

  • Baumeister, R. F. (1991). Escaping the self: Alcoholism, spirituality, masochism, and other flights from the burden of selfhood. Basic Books.
  • Fairburn, C. G., & Beglin, S. J. (1994). Assessment of eating disorders: Interview or self-report questionnaire? International Journal of Eating Disorders, 16(4), 363–370. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(02)00088-8
  • Grilo, C. M., Reas, D. L., Hopwood, C. J., & Crosby, R. D. (2015). Factor structure and construct validity of the Eating Disorder Examination-Questionnaire in college students: Further support for a modified brief version. International Journal of Eating Disorders, 48(3), 284–289. https://doi.org/10.1002/eat.22354
  • Herman, C. P., & Polivy, J. (1975). Anxiety, restraint, and eating. Journal of Abnormal Psychology, 84(6), 666–672. https://doi.org/10.1037/0021-843X.84.6.666
  • Herbozo, S. (2007). The Effects of Ambiguous Appearance-related Feedback on Body Image, Mood States, and Intentions to Use Body Changes Strategies in College Women (Doctoral dissertation, University of South Florida). College of Arts and Sciences, Department of Psychology. http://usf.sobek.ufl.edu/content/SF/S0/02/68/04/00001/E14-SFE0002487.pdf
  • Peterson, C. B., Crosby, R. D., Wonderlich, S. A., Joiner, T., Crow, S. J., Mitchell, J. E., Swan-Kremeier, L., & Le Grange, D. (2007). Psychometric evaluation of the Eating Disorder Examination-Questionnaire: Factor structure and internal consistency. International Journal of Eating Disorders, 40(4), 386–389. https://doi.org/10.1002/eat.20373

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

On how many days during the past week

  1. Have you felt fat?
    Response options: 0days, 1days, 2days, 3days, 4days, 5days, 6days, 7days
  2. Have you had a definite fear that youmight gain weight or become fat?
    Response options: 0days, 1days, 2days, 3days, 4days, 5days, 6days, 7days

Over the past week

  1. Has your weight influenced how you thinkabout (judge) yourself as a person?
    Response options: Not at all, Slightly, Moderately, Extremely
  2. Has your shape influenced how you thinkabout (judge) yourself as a person?
    Response options: Not at all, Slightly, Moderately, Extremely
  3. During the past week have there been times when you felt you have eaten whatother people would regard as an unusually large amount of food given thecircumstances?
    Response options: YES / NO
  4. During the times when you ate an unusually large amount of food, did youexperience a loss of control, i.e. feel you couldn’t stop eating or control whator how much you were eating?
    Response options: YES / NO
  5. How many times during the past week have you eaten an unusually large amount of food and experienced a loss of control?
    ____________(please write in number or indicate zero)
  6. During the past week, have you had other times where you felt youuncontrollably ate a large amount of food, but the amount eaten wouldnot have been considered large by most people?
    Response options: YES / NO
  7. How many times during the past week have you uncontrollably eaten a largeamount of food that others might not consider large?
    ________________(please write in number or indicate zero)
  8. How many times during the past week have you made yourself sick in order toprevent weight gain or counteract the effects of eating?
    ________________ (write in number or indicate zero)
  9. How many times during the past week have you used laxatives or diuretics inorder to prevent weight gain or counteract the effects of eating?
    __________ (write in number or indicate zero)
  10. How many times during the past week have you engaged in excessive exercise specifically for the purpose of counteracting overeating episodes?
    _______________ (write in number or indicate zero)
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 9). Sous-échelle Boulimie du Questionnaire d’Examen des Troubles des Conduites Alimentaires (EDE-Q-B). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/eating-disorder-examination-questionnaire-bulimia-subscale-ede-q-b/
Looti, Mohammed. “Sous-échelle Boulimie du Questionnaire d’Examen des Troubles des Conduites Alimentaires (EDE-Q-B).” Base de données de psychologie en français, 9 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/eating-disorder-examination-questionnaire-bulimia-subscale-ede-q-b/.
Looti, Mohammed. “Sous-échelle Boulimie du Questionnaire d’Examen des Troubles des Conduites Alimentaires (EDE-Q-B).” Base de données de psychologie en français. octobre 9, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/eating-disorder-examination-questionnaire-bulimia-subscale-ede-q-b/.