Entretien Diagnostique des Troubles des Conduites Alimentaires

L’Entretien Diagnostique des Troubles des Conduites Alimentaires (EDDI) est un entretien clinique semi-structuré standardisé conçu par Eric Stice et ses collaborateurs pour évaluer avec précision l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie boulimique selon les critères nosographiques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 9, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 9, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Entretien Diagnostique des Troubles des Conduites Alimentaires (connu dans la littérature anglophone sous l’appellation Eating Disorder Diagnostic Interview ou EDDI) constitue un instrument d’évaluation clinique semi-structuré de référence, principalement développé par le professeur Eric Stice et ses collaborateurs au sein de l’Oregon Research Institute. Cet outil d’évaluation a été conçu pour opérationnaliser avec une rigueur méthodologique accrue le diagnostic des perturbations des conduites alimentaires selon les critères nosographiques du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV puis DSM-5), en ciblant l’anorexie mentale, la boulimie mentale et le trouble d’hyperphagie boulimique (binge eating disorder).

L’EDDI explore méticuleusement un spectre étendu de comportements et de cognitions dysfonctionnels sur une fenêtre temporelle rétrospective longitudinale allant du mois en cours (les 4 dernières semaines) jusqu’aux 11 mois précédents, permettant de couvrir une année complète de trajectoire clinique. Le protocole comporte 28 items principaux et sous-items structurés mesurant la fréquence objective des crises d’hyperphagie (objective binge episodes), la perte subjective de contrôle, les indicateurs comportementaux associés (consommation rapide, isolement, culpabilité post-prandiale), l’éventail des comportements compensatoires inappropriés (vomissements auto-provoqués, abus de laxatifs ou de diurétiques, jeûne sévère, exercice physique compensatoire compulsif), l’insatisfaction corporelle, la surévaluation du poids et de la silhouette dans l’estime de soi, ainsi que des mesures anthropométriques objectives (poids et taille mesurés, historique pondéral) et gynécologiques (aménorrhée, cycle menstruel). Les formats de cotation combinent des comptes absolus de fréquences mensuelles, des échelles dimensionnelles de sévérité de type Likert (allant de 0 à 6) et des réponses dichotomiques. Les études longitudinales attestent d’une excellente concordance inter-évaluateurs (coefficients kappa souvent compris entre 0,82 et 0,94), d’une stabilité test-retest substantielle et d’une remarquable validité prédictive et convergente dans les cohortes cliniques et épidémiologiques d’adolescents et de jeunes adultes.

2. Mots-clés / Keywords

Troubles des conduites alimentaires, Entretien semi-structuré, Évaluation psychométrique, Boulimie mentale, Anorexie mentale, Hyperphagie boulimique, Image corporelle, Comportements compensatoires, Diagnostic psychiatrique, Nosographie DSM, Eric Stice, Modèle de double voie.

3. Auteurs / Authors

L’Entretien Diagnostique des Troubles des Conduites Alimentaires a été élaboré par des chercheurs cliniciens de premier plan affiliés au département de psychologie de l’Université du Texas à Austin et à l’Oregon Research Institute (ORI, Eugene, Oregon, États-Unis) :

  • Eric Stice, Ph.D. : Chercheur principal à l’Oregon Research Institute et professeur de psychiatrie et de sciences du comportement au Stanford University School of Medicine. Expert mondialement reconnu dans l’étiologie, la modélisation neurobiologique et la prévention des troubles des conduites alimentaires et de l’obésité. (Courriel institutionnel : [email protected]).
  • Katherine Presnell, Ph.D. : Chercheuse clinicienne, Département de psychologie, The University of Texas at Austin ; contributrice aux essais randomisés contrôlés sur le régime restrictif et les conduites boulimiques.
  • Heather Shaw, Ph.D. : Chercheuse clinicienne à l’Oregon Research Institute, spécialisée dans l’évaluation psychométrique et le développement des programmes de prévention ciblée axés sur la dissonance cognitive.
  • Paul Rohde, Ph.D. : Psychologue clinicien et chercheur senior à l’Oregon Research Institute, expert des comorbidités psychiatriques (notamment la dépression majeure) et des analyses longitudinales chez les adolescents.

4. Objectif / Purpose

Le développement de l’Eating Disorder Diagnostic Interview (EDDI) répond à un impératif fondamental en psychopathologie quantitative : dépasser les biais de désirabilité sociale, de mémorisation approximative et d’incompréhension terminologique intrinsèques aux auto-questionnaires. Si les outils autoadministrés (tels que l’EDI, le BITE ou le BULIT-R) sont utiles pour le dépistage de masse, ils échouent fréquemment à distinguer les crises d’hyperphagie objectives (absorption d’une quantité de nourriture indiscutablement supérieure à la normale accompagnée d’une perte de contrôle vécue) de la simple suralimentation subjective ou normative (comme lors d’un repas festif). L’EDDI a été spécifiquement conçu pour fournir une évaluation diagnostique semi-structurée standardisée capable d’attribuer avec une haute précision les diagnostics de l’axe I du DSM.

Sur le plan clinique, l’instrument remplit une triple fonction :

  • Cartographie longitudinale des symptômes : En retraçant mois par mois les fréquences comportementales sur une période rétrospective de 12 mois, l’EDDI permet de vérifier la chronicité des perturbations alimentaires et de valider les seuils temporels stricts requis par le DSM (par exemple, la survenue hebdomadaire de crises d’hyperphagie et de mécanismes compensatoires pendant au moins trois mois consécutifs).
  • Différenciation nosologique fine : L’entretien guide l’évaluateur pour discriminer précisément les sous-types de troubles, notamment entre l’anorexie mentale de type restrictif et de type accès hyperphagiques/purgatifs, la boulimie mentale et le trouble d’hyperphagie boulimique sans conduites compensatoires.
  • Planification et suivi thérapeutique : La décomposition granulaire des composantes comportementales (fréquence des purges, recours aux laxatifs, intensité de l’exercice physique compensatoire) et cognitives (influence de la corpulence sur l’estime de soi) offre une base empirique pour concevoir des interventions ciblant spécifiquement la restructuration cognitive et la désescalade comportementale.

Dans le domaine de la recherche, l’EDDI s’est imposé comme un instrument d’évaluation standard dans d’importantes études prospectives évaluant des programmes d’intervention universels, sélectifs et indiqués (par exemple, le célèbre Body Project). Il a permis de mesurer l’incidence réelle d’apparition des troubles chez des milliers d’adolescentes suivies sur plusieurs années, garantissant que les réductions de risque observées dans les essais contrôlés randomisés reposent sur des critères diagnostiques vérifiés par des cliniciens formés et indépendants.

5. Construit psychologique / Construct

L’EDDI opérationnalise un ensemble multidimensionnel de construits psychopathologiques articulés autour de la sémiologie classique des troubles des conduites alimentaires :

1. Les épisodes d’accès hyperphagique objectif (Objective Binge Episodes – OBE)

Le noyau sémiologique de l’hyperphagie requiert la conjonction impérative de deux éléments : la consommation en une période délimitée (souvent moins de deux heures) d’une quantité d’aliments manifestement excessive par rapport à ce que la majorité des individus ingéreraient dans des circonstances similaires, et le sentiment aigu d’une perte totale de contrôle sur la prise alimentaire. L’EDDI opérationnalise ce construit par des questions de relance obligeant le participant à décrire concrètement les aliments consommés, les portions et le sentiment d’impuissance (« auriez-vous pu vous arrêter ? »). Le construit inclut également les marqueurs qualitatifs de détresse : manger plus rapidement que la normale, manger jusqu’à ressentir une plénitude gastrique douloureuse, manger sans faim physiologique, manger en cachette par honte et éprouver une culpabilité ou un dégoût intenses après la crise.

2. Les comportements compensatoires inappropriés

Afin de prévenir la prise de poids induite par les calories ingérées, les individus souffrant de troubles boulimiques recourent à une gamme de stratégies purgatives et non purgatives que l’EDDI quantifie en fréquences mensuelles discrètes :

  • Vomissements provoqués : L’évaluateur s’assure que l’acte a été effectif et qu’il était intentionnellement destiné à réguler le poids ou la silhouette.
  • Purges pharmacologiques : L’usage abusif et détourné de substances telles que les laxatifs et les diurétiques est exploré en listant explicitement les classes pharmacologiques courantes.
  • Jeûne compensatoire : Opérationnalisé précisément comme le fait de sauter au moins deux repas consécutifs dans le but spécifique d’influencer le poids corporel.
  • Exercice physique compensatoire compulsif : Ce construit complexe est évalué en distinguant l’activité sportive saine ou récréative de l’exercice compulsif. Pour être qualifié de compensatoire, l’exercice doit survenir en réaction à des épisodes de surconsommation, s’ajouter à l’activité sportive habituelle et dépasser un seuil temporel ou d’intensité rigoureux (par exemple, plus de 30 minutes d’effort très intense entraînant une sudation abondante ou plus de 60 minutes d’effort modéré).

3. La surévaluation cognitive du poids et de la silhouette (Weight and Shape Overvaluation)

Considéré par l’école cognitive (Fairburn, Cooper, Stice) comme le noyau psychopathologique central maintenant les troubles de l’alimentation, ce construit mesure le degré auquel l’auto-évaluation globale d’une personne dépend de manière prépondérante, voire exclusive, de son poids et de sa silhouette corporelle. Contrairement à une simple insatisfaction physique, la surévaluation implique que la valeur intrinsèque de l’individu en tant qu’être humain est subordonnée à l’apparence corporelle (notée sur une échelle ordinale de 0 à 6 allant de « aucune importance » à « importance suprême »).

4. La peur intense de grossir et le sentiment corporel subjectif (« Feeling Fat »)

Ces dimensions évaluent la composante phobique de la prise de poids (peur d’engraisser) et la distorsion kinesthésique/subjective consistant à « se sentir gros » indépendamment de la réalité de l’indice de masse corporelle. L’EDDI exige que l’évaluateur neutralise cette question si le sujet présente une obésité clinique manifeste (cotation 7), afin de mesurer le symptôme psychopathologique pur et non une observation objective de surcharge pondérale.

5. Les paramètres biomédicaux et somatiques

L’instrument documente les marqueurs endocriniens de la dénutrition sévère (âge de la ménarche, régularité du cycle, nombre de menstruations manquées sur 3 et 12 mois, usage d’une contraception hormonale, grossesse récente) et enregistre une série complète de mesures anthropométriques objectives (taille et poids mesurés in situ à l’aide d’instruments étalonnés, poids le plus bas et le plus élevé sur le mois, l’année et la vie entière).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’Entretien Diagnostique des Troubles des Conduites Alimentaires s’enracine principalement dans la théorie cognitivo-comportementale transdiagnostique formulée par Christopher Fairburn et dans le modèle étiologique de la double voie (dual-pathway model) conceptualisé et validé empiriquement par Eric Stice.

Le modèle de la double voie d’Eric Stice

Selon le modèle théorique de Stice, l’internalisation de l’idéal de minceur véhiculé par les normes socioculturelles occidentales engendre une insatisfaction corporelle chronique chez les adolescentes et les jeunes adultes. Cette insatisfaction corporelle active deux voies distinctes mais convergentes menant à la pathologie boulimique :

  • La voie du régime restrictif : L’insatisfaction corporelle pousse l’individu à adopter des règles diététiques rigides et un jeûne drastique. La privation calorique prolongée provoque des déséquilibres neuroendocriniens (chute de la leptine, augmentation de la ghréline) et une fatigue cognitive qui finissent inéluctablement par déclencher des ruptures de contrôle biologique et comportemental, se manifestant par des crises d’hyperphagie.
  • La voie de l’affect négatif : L’incapacité à atteindre l’idéal corporel valorisé crée une détresse émotionnelle, de l’anxiété et des affects dépressifs. Dans ce contexte, la prise alimentaire compulsive fonctionne comme un mécanisme d’autorégulation émotionnelle et d’échappement cognitif, fournissant un réconfort à court terme ou anesthésiant temporairement la conscience de soi négative (théorie de la fuite de Roy Baumeister).

Les crises d’hyperphagie issues de ces deux voies provoquent une terreur de grossir et une culpabilité dévastatrice, qui conduisent à leur tour à des purges ou à un exercice physique excessif, refermant ainsi la boucle cybernétique de la pathologie. L’EDDI a été spécifiquement instrumentalisé pour tester et quantifier chaque composante de cette cascade étiologique : restriction, affects dépressifs post-crise, épisodes hyperphagiques et comportements de compensation.

L’approche transdiagnostique

L’EDDI s’aligne également sur la conceptualisation transdiagnostique selon laquelle les différents troubles alimentaires (anorexie mentale, boulimie, hyperphagie boulimique, EDNOS/OSFED) partagent les mêmes processus cognitifs sous-jacents — au premier rang desquels figure la surévaluation du poids et de la forme corporelle dans l’estime de soi. La structure continue et temporelle de l’entretien permet d’appréhender les migrations diagnostiques fréquentes observées chez les patientes (par exemple, le passage d’une anorexie restrictive à une boulimie avec purges).

7. Validité / Validity

Les qualités psychométriques de l’EDDI ont été documentées dans une multitude d’études prospectives et d’évaluations méthodologiques, impliquant des cohortes de plus de 1 000 adolescentes et jeunes femmes suivies pendant des périodes allant de 1 à 8 ans :

Validité de construit et validité convergente

La validité convergente de l’EDDI a été rigoureusement démontrée par ses corrélations statistiquement significatives avec d’autres mesures de référence des troubles alimentaires, telles que le questionnaire Eating Disorder Examination-Questionnaire (EDE-Q), l’Eating Disorder Inventory (EDI) et le Bulimia Test-Revised (BULIT-R). Dans les travaux de Stice et ses collaborateurs (2004, 2005), les scores de fréquence des crises d’hyperphagie et de comportements compensatoires obtenus à l’EDDI présentaient des corrélations modérées à fortes ($r = 0,68$ à $r = 0,81$, $p < 0,001$) avec les échelles de pulsion à la minceur et de boulimie de l’EDI. De plus, la dimension de surévaluation de la silhouette s’est avérée fortement corrélée aux échelles d’insatisfaction corporelle validées ($r > 0,70$).

Validité prédictive et sensibilité au changement

L’EDDI s’est révélé exceptionnellement robuste pour prédire l’émergence future d’épisodes dépressifs majeurs, de comportements d’abus de substances et d’une prise de poids excessive dans des cohortes prospectives non cliniques. Dans l’étude de Stice, Burton et Shaw (2004), la présence de symptômes boulimiques mesurés par l’EDDI prédisait un risque significativement accru d’apparition ultérieure de la dépression ($OR = 2,4$) et de consommation problématique d’alcool et de drogues ($OR = 1,9$).

Par ailleurs, l’EDDI a démontré une excellente sensibilité au changement dans les essais randomisés évaluant le programme Body Project : les participants assignés aux interventions basées sur la dissonance cognitive ont affiché des réductions statistiquement significatives des symptômes boulimiques à l’EDDI par rapport aux groupes contrôles, avec des tailles d’effet modérées à fortes ($d = 0,45$ à $0,72$) qui se sont maintenues lors des suivis à 1, 2 et 3 ans.

Validité discriminante

L’entretien discrimine avec une grande précision les individus asymptomatiques des individus présentant des formes complètes ou subcliniques de troubles alimentaires. La spécificité des critères diagnostiques dérivés de l’EDDI dépasse régulièrement 95 %, évitant les faux positifs couramment observés lors de l’utilisation d’échelles d’auto-évaluation où la suralimentation occasionnelle est fréquemment surdéclarée comme une crise d’hyperphagie authentique.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’EDDI repose sur la standardisation rigoureuse de son protocole d’administration, les définitions opérationnelles précises fournies aux intervieweurs et les règles explicites de cotation.

Concordance inter-évaluateurs (Inter-rater reliability)

Dans les études de Stice et ses collègues où un sous-échantillon d’entretiens enregistrés a été coté de manière indépendante par un second clinicien en aveugle, les indices de concordance se sont révélés remarquables :

  • Pour le diagnostic binaire de boulimie mentale et d’hyperphagie boulimique, le coefficient Kappa de Cohen ($kappa$) oscillait entre 0,84 et 0,94, indiquant un accord quasi parfait.
  • Pour la quantification des fréquences mensuelles des crises d’hyperphagie et des épisodes de vomissements provoqués, les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) dépassaient systématiquement 0,90 (souvent compris entre 0,91 et 0,96).
  • Pour l’évaluation ordinale de la surévaluation du poids et de la peur de grossir (items 14 et 16), les coefficients de corrélation intraclasse variaient entre 0,85 et 0,89.

Fidélité temporelle test-retest

La stabilité temporelle sur un intervalle d’une à deux semaines chez des participants non soumis à une intervention clinique a démontré des coefficients test-retest élevés, compris entre $r = 0,79$ et $r = 0,88$ pour les échelles comportementales quantitatives, confirmant que les mesures rétrospectives des 4 dernières semaines et des mois précédents capturent des patrons comportementaux stables et reproductibles.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’EDDI étant principalement conçu comme un entretien diagnostique modulaire axé sur le dénombrement comportemental et la conformité nosographique, sa structure n’a pas été modélisée à l’origine comme une échelle d’attitudes purement psychométrique. Néanmoins, plusieurs modélisations en équations structurelles (SEM) et analyses factorielles confirmatoires (AFC) ont été conduites sur les variables continues et ordinales dérivées de l’EDDI par Stice et ses collaborateurs (2003, 2004) pour isoler les dimensions latentes de la psychopathologie alimentaire.

Modèle factoriel sous-jacent

Les analyses factorielles confirmatoires menées sur de larges échantillons d’adolescentes soutiennent une solution bifactorielle ou tri-factorielle bien ajustée aux données :

  • Facteur 1 : Symptomatologie boulimique comportementale (Binge-Purge Behavioral Factor)
    Ce facteur regroupe les saturations les plus élevées pour la fréquence des crises d’hyperphagie objective (saturations standardisées $lambda > 0,75$), les vomissements provoqués ($lambda > 0,80$) et l’usage de laxatifs/diurétiques ($lambda > 0,65$). Les indices d’ajustement pour cette dimension confirment son homogénéité ($CFI > 0,95$, $RMSEA < 0,06$).
  • Facteur 2 : Surévaluation cognitive et préoccupation corporelle (Cognitive Overvaluation Factor)
    Ce facteur sature fortement sur l’importance du poids et de la silhouette dans l’auto-évaluation (item 14, $lambda = 0,82$), la peur intense de grossir (item 16, $lambda = 0,78$) et le sentiment subjectif d’être gros (item 18, $lambda = 0,71$).
  • Facteur 3 : Comportements de restriction et compensation non purgative (Compensatory Restriction Factor)
    Isolé dans certains modèles, il englobe les épisodes de jeûne compensatoire (item 10) et l’exercice physique excessif (item 11), bien que ces items saturent parfois de façon croisée sur le facteur comportemental général.

L’invariance de mesure à travers le temps (longitudinal measurement invariance) a été démontrée dans des modèles d’équations structurelles sur 4 ans, garantissant que les construits capturés par l’entretien possèdent la même signification psychométrique tout au long de l’adolescence et au début de l’âge adulte.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’évaluation : Entretien clinique semi-structuré d’administration individuelle, conduit par un enquêteur ou un clinicien formé.
  • Format d’administration : En face-à-face en milieu clinique ou de recherche (peut être adapté pour une administration téléphonique ou par visioconférence standardisée).
  • Nombre d’items : Le protocole comprend 28 sections/items numérotés séquentiellement, complétés par des sous-questions d’approfondissement (23a-c, 24a-c) et des mesures anthropométriques physiques directes.
  • Période de rappel : Rétrospective longitudinale découpée en trois fenêtres temporelles : le mois 1 (les 4 dernières semaines / en cours), les mois 2 et 3 précédents (cumul de 2 mois), et les mois 4 à 12 précédents (cumul de 9 mois), totalisant un historique annuel complet.
  • Échelles et modalités de réponse :
    • Comptage numérique direct : Nombre absolu de jours et nombre total d’épisodes pour les crises d’hyperphagie et les comportements compensatoires (vomissements, laxatifs/diurétiques, jeûne, exercice compulsif). Cotation 00 en l’absence d’épisode.
    • Format dichotomique : Réponses Oui / Non pour les critères qualitatifs de la crise boulimique (vitesse d’ingestion, sensation de plénitude inconfortable, faim absente, solitude par honte, culpabilité/dépression consécutive, détresse liée au manque de contrôle).
    • Échelles d’ancrage ordinale (0 à 6) :
      • Importance du poids/silhouette (Item 14) : 0 (aucune importance), 1-2 (une certaine importance), 3-4 (importance modérée / aspect principal), 5-6 (importance suprême).
      • Peur de grossir (Item 16) : 0 (aucune peur définie), 1-2 (< moitié des jours), 3-4 (> moitié des jours), 5-6 (présente chaque jour).
      • Sentiment subjectif d’être gros (Item 18) : 0 (ne s’est pas senti gros), 1-2 (< moitié des jours), 3-4 (> moitié des jours), 5-6 (chaque jour), 7 (non posé si surpoids évident).
    • Relevés continus : Durée de l’exercice en minutes, dates, mois sans règles, taille (en cm) et poids (en kg) mesurés deux fois par l’évaluateur.
  • Règles de saut (Skip logic) : Si aucun épisode d’hyperphagie n’est rapporté au cours des trois derniers mois (mois 1 et les deux mois antérieurs), les questions qualitatives associées 2 à 7 sont obligatoirement omises.
  • Cotation diagnostique : La combinaison des fréquences mensuelles et des scores permet de classifier formellement le sujet selon les critères du DSM (par exemple, présence d’au moins 1 crise d’hyperphagie et 1 comportement compensatoire inapproprié par semaine au cours des trois derniers mois pour la boulimie mentale).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : L’instrument a été consolidé et diffusé dans ses versions princeps au début des années 2000 (notamment dans les publications de 2003 et 2004 de Stice et ses collaborateurs).
  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus par Eric Stice, Ph.D., et l’Oregon Research Institute (Eugene, OR).
  • Conditions d’accès et tarif : L’outil a été mis à disposition gratuitement à des fins de recherche clinique, d’enseignement académique et d’évaluation non commerciale. Les protocoles et grilles de codage sont hébergés et téléchargeables sur le portail des mesures de l’Oregon Research Institute (http://www.ori.org/sticemeasures/).
  • Exigences de formation : Bien que libre de droits pour la recherche académique, l’administration de l’EDDI requiert une formation préalable approfondie à la psychopathologie des troubles alimentaires et aux techniques d’entretien semi-structuré afin de garantir une fiabilité inter-évaluateurs satisfaisante.

12. Références / References

Les fondements théoriques, la structure clinique et la validation psychométrique de l’EDDI s’appuient sur les publications scientifiques majeures suivantes :

  • Fairburn, C. G., & Cooper, Z. (1993). The Eating Disorder Examination (12th ed.). In C. G. Fairburn & G. T. Wilson (Eds.), Binge Eating: Nature, Assessment, and Treatment (pp. 317–360). Guilford Press.
  • Presnell, K., & Stice, E. (2003). An experimental test of the effect of weight-loss dieting on bulimic pathology: Tipping the scales in a different direction. Journal of Abnormal Psychology, 112(1), 166–170. https://doi.org/10.1037/0021-843X.112.1.166
  • Stice, E., Burton, E., & Shaw, H. (2004). Prospective relations between bulimic pathology, depression, and substance abuse: Unpacking comorbidity in adolescent girls. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 72(1), 62–71. https://doi.org/10.1037/0022-006X.72.1.62
  • Stice, E., Presnell, K., Shaw, H., & Rohde, P. (2005). Psychological and behavioral risk factors for obesity onset in adolescent girls: A prospective study. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 73(2), 195–202. https://doi.org/10.1037/0022-006X.73.2.195
  • Stice, E., & Shaw, H. (2003). Prospective relations of body image, eating, and affective disturbances to smoking onset in adolescent girls: How Virginia slims. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 71(1), 129–135. https://doi.org/10.1037/0022-006X.71.1.129
  • Stice, E., Telch, C. F., & Rizvi, S. L. (2000). Development and validation of the Eating Disorder Diagnostic Scale: A brief self-report measure of anorexia, bulimia, and binge-eating disorder. Psychological Assessment, 12(2), 123–131. https://doi.org/10.1037/1040-3590.12.2.123

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Eating Disorder Diagnostic Interview

I would like to get a general picture of your eating habits over the past 4 weeks. Have your eating habits varied much from day to day? I am interested in any overeating that you may have experienced over the past 4 weeks.

Different people mean different things by overeating. I want to explain the term “binge episode.” This means eating an amount of food that most people would consider very large‚ and feeling like you could not control your eating.

This is different from when you feel your eating is out of control‚ but you don’t eat what most people would consider a large amount of food.

This is also different from simple overeating‚ when you eat a large amount of food‚ but don’t feel like your eating is out of your control. For example‚ at Thanksgiving‚ people tend to eat a lot of food‚ but most people feel as though they are in control during this time. Does that make sense?

Have you ever had a binge episode like that?

If they endorse bingeing‚ ask the following to get a sense of whether it was a true binge episode:

Can you give me an example of what you have eaten at these times? If more than one episode‚ are the other binge episodes similar? Did you feel out of control during those times? Could you have stopped eating once you had started?

  1. For the past 4 weeks‚ how many days did you have binge episodesHow many episodes did you have on each of those days? Then for the 2 months before that‚ how many days did you have a binge episode and how many total episodes were there? For the 9 months before that‚ how many days and episodes were there? [Rate best guess as to number of episodes‚ even if number is very large‚ so that data can be analyzed. Capture entire year’s history. Rate 00 if none]

(Skip questions 2-7 ONLY if NO binges were endorsed over the past three months)

  1. During these episodes did you eat much more rapidly than normal? Yes No
  2. Eat until you felt uncomfortably full? Yes No
  3. Eat large amounts of food when you didn’t feel physically hungry? Yes No
  4. Eat alone because you were embarrassed by how much you were eating? Yes No
  5. Feel depressed or very guilty after overeating? Yes No
  6. Did you feel upset that you couldn’t control your eating? Yes No
  7. Over the past 4 weeks have you taken laxatives or diuretics (water pills) as a means of controlling your shape or weight? (e.g. medicines such as Ex-Lax‚ Correctol‚ Phenamint‚ Nature’s Remedy‚ Sunril‚ AquaBan‚ Pamprin‚ Midol-PMS.) How many episodes of laxative/diuretic use to control shape or weight occurred over the last 4 weeks? 2 prior months? 9 months before that?
  8. Over the past 4 weeks have you fasted (meaning have you skipped at least 2 meals in a row) as a means of controlling your shape or weightHow many episodes of fasting to control shape or weight occurred over the last 4 weeks? 2 prior months? 9 months before that?
  9. Over the past 4 weeks have you engaged in exercise that was intended to burn calories to compensate for “overconsumption” of eating or drinkingHow many days of compensatory exercise to occurred in the past 4 weeks? 2 prior months? 9 months before that? [Exercise must be excessive to count] Ask about regular exercise (number of days/week‚ duration‚ intensity). Was the exercise compensatory AND in addition to their regular exercise?
  10. Typically‚ what form of exercise have you done?
  11. Typical duration (in minutes) per episode?
  12. Over the past 4 weeks has your weight and/or shape been important in influencing how you feel about yourself as a person (ie‚ judge‚ think‚ evaluate yourself)? (“On a scale of 0 to 6…”)
  13. Has it been similar for the 2 prior months? 9 months before that? [Use “B” to indicated beginning‚ “E” to indicate the ending. Rate 00 if none] [write in the rating (#) from above item (13) into the time frame that it corresponds with]
  14. Over the past 4 weeks have you been afraid that you might gain weight (or become fat)How many days?
  15. Has it been similar for the 2 prior months? 9 months before that?
  16. Over the past 4 weeks have you felt fat? [Omit item if the student is obviously overweight and rate 7.]
  17. Has it been similar for the 2 prior months? 9 months before that?
  18. What was the approximate date of your first menstrual period? …../…. n/a
  19. How many periods have you missed over the past 3 months? …… n/a
  20. How many periods have you missed over the previous 9 months? …… n/a
  21. Current Height: Record Below
  22. Current Weight: Record Below
  23. What has been your lowest weight in the past month? …………
  24. What has been your lowest weight in the past 12 months? ………..
  25. What has been your highest weight in the past month? ……….
  26. What has been your highest weight in the past 12 months? …………
  27. What has been your highest weight ever? …………
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Looti, M. (2026, octobre 9). Entretien Diagnostique des Troubles des Conduites Alimentaires. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/eating-disorder-diagnostic-interview/
Looti, Mohammed. “Entretien Diagnostique des Troubles des Conduites Alimentaires.” Base de données de psychologie en français, 9 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/eating-disorder-diagnostic-interview/.
Looti, Mohammed. “Entretien Diagnostique des Troubles des Conduites Alimentaires.” Base de données de psychologie en français. octobre 9, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/eating-disorder-diagnostic-interview/.