Dépression – Rochester Youth Development Study

L’échelle de dépression de la Rochester Youth Development Study (RYDS-D) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation en 14 items adapté de la CES-D pour les adolescents. Analyse complète de ses propriétés, structure factorielle, cotation et items authentiques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 9, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 9, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’échelle de dépression issue de la Rochester Youth Development Study (couramment désignée sous l’acronyme RYDS-D) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu spécifiquement pour mesurer la fréquence et l’intensité de la symptomatologie dépressive chez les adolescents. Développée dans le cadre des travaux longitudinaux pionniers sur le développement de la délinquance et de l’inadaptation psychosociale à l’Université d’Albany (State University of New York), cette échelle comprend quatorze items. Elle constitue une adaptation et une extension de la célèbre échelle CES-D (Center for Epidemiologic Studies Depression Scale) élaborée par Lenore Sawyer Radloff en 1977. Sur les 14 items qui la composent, huit sont directement issus de la CES-D originale (items 1, 2, 3, 4, 6, 12, 13 et 14), trois en sont des adaptations simplifiées pour une meilleure accessibilité cognitive chez les jeunes collégiens (items 5, 9 et 10), et trois items originaux ont été intégrés par les chercheurs de l’équipe de Rochester (items 7, 8 et 11) afin de sonder spécifiquement l’idéation suicidaire, la peur/l’anxiété et la tension nerveuse.

Les participants évaluent la fréquence d’apparition de ces manifestations cliniques au cours des trente derniers jours (« in the past 30 days ») à l’aide d’une échelle ordinale de type Likert en 4 points (allant de 1 à 4). Le score global composite s’étend de 14 à 56 points, un score élevé traduisant une détresse psychologique et une symptomatologie dépressive plus sévères. Les items évaluant le bien-être positif et l’espoir font l’objet d’un codage inversé. Sur le plan psychométrique, la RYDS-D présente une excellente cohérence interne, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,82 et 0,88 selon les vagues d’évaluation et les sous-groupes démographiques. Les analyses factorielles confirment une organisation dimensionnelle robuste, articulée autour d’un facteur général d’affect dépressif sous-tendu par des dimensions somatiques, affectives négatives, interpersonnelles et anxieuses. L’instrument s’est imposé comme une référence dans la recherche développementale, la criminologie développementale et les programmes de mentorat pour jeunes à risque, documentant avec acuité les trajectoires de comorbidité entre troubles internalisés et externalisés.

2. Mots-clés / Keywords

Dépression adolescente, Rochester Youth Development Study, CES-D, évaluation psychométrique, psychopathologie développementale, idéation suicidaire, détresse émotionnelle, troubles internalisés, comorbidité, validité factorielle, constance interne, santé mentale des jeunes.

3. Auteurs / Authors

L’échelle de dépression de la Rochester Youth Development Study a été développée par l’équipe principale de recherche du projet RYDS, hébergée au sein de la School of Criminal Justice de l’Université d’Albany (State University of New York), en collaboration avec des spécialistes de la santé publique et du développement de l’enfant. Les figures scientifiques centrales à l’origine de l’instrument et de sa validation longitudinale incluent :

  • Terence P. Thornberry, Ph.D. : Professeur émérite de criminologie à l’Université du Colorado à Boulder et professeur émérite distingué à l’Université d’Albany. Chercheur principal et fondateur de la Rochester Youth Development Study. Ses travaux théoriques et empiriques portent sur la criminologie développementale et l’interaction entre troubles affectifs et comportements antisociaux.
  • Marvin D. Krohn, Ph.D. : Professeur au Département de sociologie et de criminologie de l’Université de Floride. Co-investigateur principal de la RYDS, spécialiste des processus de socialisation des adolescents, des réseaux de pairs et de la santé mentale.
  • Alan J. Lizotte, Ph.D. : Professeur émérite à la School of Criminal Justice de l’Université d’Albany. Co-chercheur principal, expert en modélisation quantitative longitudinale et en méthodologie d’évaluation psychométrique chez les populations vulnérables.
  • Carolyn A. Smith, Ph.D. : Professeure à la School of Social Welfare de l’Université d’Albany. Ses recherches se concentrent sur la résilience familiale, la maltraitance infantile et les trajectoires de troubles internalisés chez les jeunes.
  • Lenore Sawyer Radloff, M.A. : Épidémiologiste et statisticienne au Center for Epidemiologic Studies du National Institute of Mental Health (NIMH), conceptrice de l’échelle princeps CES-D (1977) dont est substantiellement dérivée la présente échelle.

4. Objectif / Purpose

La création de la RYDS-D répondait à une nécessité méthodologique et clinique majeure apparue à la fin des années 1980 dans les grandes études épidémiologiques et longitudinales : disposer d’un instrument d’auto-évaluation de la dépression à la fois rapide à administrer, scientifiquement rigoureux et développementalement adapté aux jeunes de niveau collège (élèves de middle school, âgés de 12 à 15 ans). La plupart des instruments cliniques disponibles à cette époque, tels que le Beck Depression Inventory (BDI) ou la version intégrale à 20 items de la CES-D, contenaient des formulations linguistiques complexes ou n’abordaient pas certains aspects critiques fréquemment associés à la détresse émotionnelle aiguë des adolescents urbains, notamment les manifestations manifestes de nervosité, de peur diffuse et d’idéation suicidaire directe.

L’objectif fondamental de l’instrument est de quantifier la fréquence des symptômes affectifs, cognitifs, somatiques et interpersonnels de la dépression au cours du mois écoulé (fenêtre temporelle de 30 jours). Cette période de référence élargie (comparée à la fenêtre standard de 7 jours de la CES-D originale) a été délibérément adoptée pour mieux capturer les fluctuations subcliniques et les états d’humeur persistants caractéristiques de l’adolescence, tout en réduisant le bruit de mesure associé aux humeurs transitoires induites par des événements de vie mineurs.

Sur le plan des applications pratiques, l’échelle remplit une triple fonction :

  • Recherche épidémiologique et développementale : Elle permet d’examiner comment les symptômes dépressifs évoluent avec l’âge, comment ils interagissent de manière transactionnelle avec les conduites à risque (délinquance, consommation de substances psychoactives, grossesses précoces) et comment ils modulent les trajectoires de désistement ou d’aggravation comportementale.
  • Dépistage communautaire et scolaire : L’outil a été intégré au recueil d’outils d’évaluation des Centers for Disease Control and Prevention (CDC Compendium of Assessment Tools ; Dahlberg et al., 2005) pour repérer les jeunes présentant un risque accru de détresse psychologique au sein des établissements scolaires et des quartiers défavorisés.
  • Évaluation des programmes d’intervention et de mentorat : La RYDS-D constitue un instrument de choix pour mesurer l’efficacité des interventions psychosociales et des programmes de mentorat ciblant le renforcement du soutien affectif. En fournissant une mesure continue des affects négatifs, elle permet d’objectiver le déclin des symptômes dépressifs consécutif à la mise en place d’une relation d’aide stable et bienveillante.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par la RYDS-D est la symptomatologie dépressive d’intensité variable chez l’adolescent, conceptualisée non pas comme une entité diagnostique catégorielle rigide (au sens strict du DSM-5), mais comme un continuum dimensionnel allant de l’absence de symptômes à une détresse émotionnelle sévère et invalidante. Ce construit multidimensionnel intègre six composantes cliniques fondamentales :

1. L’affect dépressif et la tristesse ressentie

Cette composante représente le noyau émotionnel central du syndrome dépressif. Elle est capturée directement par l’item 2 (« Feel depressed or very sad? »). Chez l’adolescent, cet affect dépressif ne s’exprime pas uniquement par des pleurs ou une tristesse silencieuse, mais se traduit souvent par un sentiment diffus de vide intérieur, d’accablement et de désespoir quant à l’existence quotidienne.

2. L’anhédonie et la diminution de l’affect positif

L’inhibition de la capacité à éprouver du plaisir et de l’anticipation positive constitue un signe pathognomonique majeur de la dépression. Dans la RYDS-D, cette facette est opérationnalisée par les items 3 (« Feel hopeful about the future? ») et 14 (« Feel you enjoyed life? »). Ces items positifs, qui font l’objet d’un recodage inversé, permettent d’évaluer la préservation ou l’érosion des ressources hédoniques et de l’optimisme développemental, des facteurs de protection majeurs à cet âge.

3. Les symptômes somatiques et le ralentissement psychomoteur

La dépression à l’adolescence est profondément ancrée dans l’expérience corporelle. L’échelle évalue :

  • Les perturbations de la concentration et des fonctions exécutives (Item 1 : « Feel you had trouble keeping your mind on what you were doing? ») ;
  • L’hyper-réactivité au stress mineur et la perte d’énergie (Item 4 : « Feel bothered by things that don’t usually bother you? » et Item 6 : « Feel that everything you did was an effort? ») ;
  • La perte d’appétit liée à la contrariété émotionnelle (Item 5 : « Not feel like eating because you felt upset about something? ») ;
  • Les troubles de l’endormissement et l’agitation nocturne (Item 9 : « Toss and turn when you slept? »).

4. Les difficultés de communication et le retrait social

Le repli relationnel et la diminution de l’expression verbale sont explorés par l’item 10 (« Feel that you talked less than usual? »). Ce symptôme traduit une inhibition comportementale marquée, où le jeune se mure dans le silence, réduisant ses interactions tant avec ses pairs qu’avec les figures d’autorité parentale ou éducative.

5. Les altérations cognitives interpersonnelles et le sentiment de rejet

Les adolescents dépressifs développent fréquemment des biais cognitifs négatifs concernant la perception d’autrui. Les items 12 (« Feel lonely? ») et 13 (« Feel people disliked you? ») mesurent le sentiment de solitude subjective (qui peut survenir même en présence d’un entourage nombreux) et les distorsions paranoïdes ou de rejet social (« l’impression que les gens ne m’aimaient pas »).

6. L’anxiété, la peur et l’idéation suicidaire (Items ajoutés par la RYDS)

L’une des innovations majeures de l’équipe de Rochester a été l’adjonction de trois dimensions hautement critiques chez les adolescents :

  • La panique et la peur diffuse (Item 8 : « Feel scared or afraid? ») ;
  • La tension et le stress interne (Item 11 : « Feel nervous or stressed? »), illustrant la très fréquente comorbidité et le recouvrement sémiologique entre anxiété et dépression ;
  • L’idéation suicidaire active (Item 7 : « Think seriously about suicide? »). L’inclusion de cet item transforme l’instrument en un signal d’alarme clinique indispensable lors des études sur le terrain, permettant de détecter les pensées d’auto-destruction explicites.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

La conception de la RYDS-D s’inscrit au carrefour de trois cadres théoriques majeurs de la psychologie et de la psychiatrie contemporaines : la théorie cognitive de la dépression, le paradigme épidémiologique de la détresse psychologique et la théorie interactionnelle du développement antisocial.

La triade cognitive d’Aaron T. Beck

Le cadre théorique sous-jacent repose en premier lieu sur la théorie cognitive de la dépression formulée par Aaron T. Beck (1967, 1979). Selon ce modèle, la dépression émerge de schémas cognitifs dysfonctionnels stables qui biaisent le traitement de l’information selon une « triade cognitive négative » : une vision péjorative de soi (mesurée par le sentiment que tout est un effort insurmontable et que l’on n’est pas aimé), une vision négative de l’environnement relationnel (sentiment d’isolement et hostilité perçue des pairs), et une vision désespérée de l’avenir (perte d’espoir capturée par l’item 3). La RYDS-D operacionalise précisément ces distorsions cognitives chez l’adolescent, période où la maturation fronto-striatale rend les jeunes particulièrement vulnérables à ces boucles de rétroaction négatives.

Le modèle épidémiologique non spécifique de Radloff

En reprenant la majorité des items de la CES-D, les concepteurs de la RYDS ont adopté la vision de Radloff (1977), elle-même influencée par les travaux de Derek L. Phillips et de Bruce P. Dohrenwend. Cette approche stipule que dans la population générale, la symptomatologie dépressive se manifeste sous la forme d’un syndrome de « détresse psychologique globale » caractérisé par une humeur dysphorique prédominante accompagnée d’inhibition comportementale et d’épuisement somatique. L’accent est mis sur la fréquence ressentie plutôt que sur des seuils cliniques stricts, postulant une continuité naturelle entre les fluctuations affectives normatives de l’adolescence et les épisodes dépressifs caractérisés.

La théorie interactionnelle de Thornberry et le modèle de la double défaillance

La justification théorique spécifique à l’adjonction de cette mesure dans la Rochester Youth Development Study découle de la théorie interactionnelle formulée par Terence P. Thornberry (1987). Thornberry propose que les comportements humains ne sont pas dictés par des causalités unidirectionnelles mais par des trajectoires de causalité réciproque au fil du développement. Dans cette optique, l’échec scolaire, l’affaiblissement du lien parental et l’affiliation à des pairs déviants n’engendrent pas uniquement de la délinquance (problèmes externalisés), mais génèrent également une détresse interne profonde sous forme de dépression (problèmes internalisés).

Ce cadre s’aligne également sur le Dual Failure Model (modèle de la double défaillance) développé par Deborah Capaldi et Gerald Patterson (1991, 1992). Ce modèle postule que les enfants manifestant des comportements perturbateurs précoces subissent un double échec développemental : académique et relationnel (rejet par les pairs conventionnels). Cet échec cumulatif engendre secondairement une symptomatologie dépressive sévère durant la transition vers l’adolescence. Pour tester empiriquement ces chaînes causales complexes, il était indispensable de disposer d’une mesure de dépression sensible, incluant l’anxiété et l’idéation suicidaire, intégrable dans des modèles d’équations structurelles longitudinaux.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de la RYDS-D a été rigoureusement démontrée à travers de multiples vagues de collecte auprès de l’échantillon représentatif de la cohorte de Rochester (composé initialement de 1 000 adolescents suivis dès la classe de 7th grade / 5e en France, avec une surreprésentation d’adolescents exposés à des risques élevés de délinquance urbaine).

Validité de contenu

La sélection d’items provenant de la CES-D reconnue internationalement, complétée par des items couvrant spécifiquement la suicidalité et l’anxiété, assure une couverture exhaustivité du spectre dépressif adolescent. L’adaptation sémantique des items (simplification syntaxique de l’appétit, du sommeil et de la loquacité) a permis d’optimiser la compréhension en lecture chez des adolescents issus de milieux socioculturels variés, limitant les biais d’incompréhension cognitive.

Validité de construit et validité convergente

Les études menées sur les données de la RYDS ont mis en évidence de fortes corrélations positives entre le score de la RYDS-D et d’autres mesures standardisées de la psychopathologie :

  • Corrélation avec les diagnostics cliniques : Des corrélations significatives (allant de r = 0,55 à r = 0,68, p < 0,001) ont été observées avec les échelles de dépression du Diagnostic Interview Schedule for Children (DISC), confirmant que l’auto-évaluation capte adéquatement les critères nosographiques des troubles de l’humeur.
  • Convergence avec les mesures d’estime de soi : Des corrélations négatives robustes (généralement r = -0,48 à -0,60) ont été documentées avec l’échelle d’estime de soi de Rosenberg (Rosenberg Self-Esteem Scale), confirmant le lien théorique attendu entre dépréciation de soi et humeur dépressive.
  • Stress environnemental et victimation : Des corrélations positives modérées à élevées (r = 0,35 à 0,45) ont été démontrées avec les scores d’exposition à la violence communautaire, de victimation directe et de conflits familiaux intra-ménage.

Validité discriminante

Bien que la délinquance et la dépression soient corrélées chez certains sous-groupes d’adolescents (illustrant la comorbidité internalisée/externalisée), les analyses ont prouvé la séparabilité nette des construits. Dans les modélisations d’équations structurelles (SEM), les coefficients de corrélation entre les facteurs latents de délinquance violente et de dépression ne dépassent pas 0,30 à 0,40, attestant que la RYDS-D ne mesure pas une rébellion antisociale globale, mais bien une dimension affective internalisée distincte.

Validité prédictive longitudinale

La force cardinale de cet instrument réside dans sa valeur prédictive démontrée au fil du temps. Les scores élevés à la RYDS-D au début de l’adolescence prédisent de manière statistiquement significative :

  • L’apparition ultérieure de troubles de l’usage de substances psychoactives (alcool et drogues illicites) à l’âge adulte émergent (odds ratios variant de 1,5 à 2,2) ;
  • L’échec scolaire et le décrochage précoce avant l’obtention du diplôme de fin d’études secondaires ;
  • La persistance de trajectoires délinquantes chez les jeunes filles, apportant un soutien empirique au modèle de la vulnérabilité féminine face aux troubles internalisés.

8. Fidélité / Reliability

Les propriétés métrologiques de la RYDS-D en matière de fidélité et de précision de mesure ont été examinées de façon approfondie lors des vagues successives d’évaluation bisannuelles et annuelles.

Cohérence interne (Consistance interne)

La cohérence interne globale de l’instrument est remarquablement stable et élevée :

  • Le coefficient alpha de Cronbach moyen à travers l’ensemble des cohortes et des vagues de collégiens s’élève à 0,84, oscillant selon les vagues entre 0,81 et 0,88.
  • Les coefficients sont remarquablement homogènes entre les sexes : l’alpha est mesuré à environ 0,83 chez les garçons et 0,86 chez les filles, reflétant une fiabilité exemplaire pour les deux genres.
  • Sur le plan de la diversité ethnique et sociodémographique, des coefficients alpha supérieurs à 0,82 ont été systématiquement relevés au sein des sous-échantillons d’adolescents afro-américains, hispaniques et caucasiens de l’étude.
  • Toutes les corrélations item-total corrigées dépassent 0,35, la majorité se situant entre 0,42 et 0,65, à l’exception prévisible de l’item suicidaire (Item 7) dont la faible variance de base dans un échantillon scolaire normatif induit une corrélation item-total légèrement plus basse (environ 0,30), tout en demeurant statistiquement fondamentale pour la validité clinique.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

L’évaluation de la stabilité temporelle doit tenir compte du fait que la dépression à l’adolescence est un état clinique sujet à d’importantes fluctuations écologiques :

  • Sur un intervalle court de réévaluation (2 à 4 semaines), le coefficient de corrélation test-retest se situe à r = 0,72, indiquant une bonne stabilité à court terme.
  • Sur des intervalles longitudinaux plus longs (6 mois à 1 an), les corrélations de rang se situent entre r = 0,45 et r = 0,55. Ces valeurs modérées sont parfaitement conformes aux prédictions théoriques de la psychopathologie développementale, reflétant à la fois une certaine continuité du trait de vulnérabilité et la sensibilité de l’instrument aux changements situationnels, relationnels et développementaux.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle de la RYDS-D a fait l’objet de multiples investigations par analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) afin de clarifier son architecture sous-jacente et de déterminer dans quelle mesure elle reproduit ou modifie l’architecture originale de la CES-D de Radloff.

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Les extractions par analyse en composantes principales (avec rotation Varimax ou Promax oblique) menées sur les données initiales de collégiens révèlent systématiquement la présence d’un facteur général prédominant expliquant entre 35 % et 45 % de la variance totale, complété par plusieurs facteurs secondaires spécifiques :

  • Facteur 1 : Humeur dépressive et détresse affective (items 2, 4, 6, 8, 11). Ce facteur regroupe les affects négatifs purs, le sentiment d’effort permanent et la nervosité.
  • Facteur 2 : Affect positif et espoir (inversé) (items 3 et 14). Ces deux items se détachent nettement avec des saturations factorielles très élevées (> 0,70) sur une dimension distincte de vitalité hédonique.
  • Facteur 3 : Manifestations somatiques et retrait végétatif (items 1, 5, 9, 10). Ce facteur rassemble l’inattention cognitive, l’inappétence, l’insomnie et la réduction de l’expression verbale.
  • Facteur 4 : Sentiment d’aliénation interpersonnelle et détresse extrême (items 7, 12, 13). Ce facteur associe l’isolement social, l’impression de rejet par autrui et l’idéation suicidaire grave.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Lors de l’application de modèles d’équations structurelles confirmatoires (AFC), plusieurs structures concurrentes ont été comparées :

Modèle testé CFI TLI RMSEA SRMR
Modèle unifactoriel strict (Un facteur général) 0,882 0,861 0,081 0,058
Modèle à 4 facteurs corrélés (Affect négatif, Somatique, Positif, Interpersonnel) 0,948 0,936 0,049 0,039
Modèle bifactoriel (Facteur général de dépression + facteurs spécifiques) 0,967 0,955 0,038 0,031

Les résultats démontrent la supériorité absolue du modèle bifactoriel. Ce modèle établit que la quasi-totalité de la variance partagée des items est captée par un facteur de détresse dépressive générale sous-jacent (validant pleinement l’utilisation d’un score total composite sommé allant de 14 à 56), tout en reconnaissant la présence de perturbations spécifiques liées à l’anhédonie (items positifs) et aux composantes somatiques. Les saturations standardisées sur le facteur général oscillent entre 0,45 (Item 7 : pensées suicidaires) et 0,78 (Item 2 : se sentir déprimé ou triste).

Invariance de mesure

Des tests d’invariance de mesure multi-groupes ont confirmé l’invariance configurationnelle, métrique et scalaire de la RYDS-D selon le genre et les groupes ethniques majeurs. Cela garantit que les différences de scores observées (par exemple, les scores significativement plus élevés chez les adolescentes à partir du milieu de l’adolescence) traduisent de véritables disparités phénoménologiques dans le vécu dépressif et non un biais de mesure inhérent aux formulations de l’instrument.

10. Instrument de mesure / Instrument

La passation et la cotation de la RYDS-D obéissent à un protocole standardisé rigoureux conçu pour une utilisation en milieu de recherche ou d’évaluation psycho-éducative :

  • Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (self-report inventory). Peut être administré sous format papier-crayon, en passation numérique assistée par ordinateur (CASI) ou lors d’un entretien en face-à-face confidentiel mené par un enquêteur formé.
  • Population cible : Conçu prioritairement pour les jeunes de niveau middle school (collégiens âgés de 11 à 15 ans), mais parfaitement adapté et validé pour les tranches d’âge de l’adolescence plus avancée (15-18 ans) et les jeunes adultes.
  • Nombre total d’items : 14 items.
  • Période de référence temporelle : Les 30 derniers jours (« In the past 30 days »).
  • Format des réponses : Échelle de fréquence ordinale en 4 points :
    • 1 = Never / Rarely (Jamais ou très rarement / moins de 1 jour)
    • 2 = Sometimes (Quelquefois / 1 à 2 jours)
    • 3 = Often (Souvent / 3 à 4 jours)
    • 4 = Most or all of the time (La plupart du temps ou toujours / 5 à 7 jours par semaine)
    (Note : Les libellés exacts d’ancrage peuvent être simplifiés en chiffres 1 à 4 selon le protocole de terrain, voir CDC Compendium).
  • Cotation et calcul du score :
    • Inversion préalable des items positifs : Les items 3 (« Feel hopeful about the future? ») et 14 (« Feel you enjoyed life? ») mesurent des dimensions protectrices et positives. Ils doivent impérativement être inversés avant sommation selon la règle : Nouveau score = 5 - Score brut (soit 1 devient 4, 2 devient 3, 3 devient 2, et 4 devient 1).
    • Score total : Somme directe des points attribués aux 14 items (après inversion des items 3 et 14). Le score possible varie de 14 à 56.
  • Interprétation des résultats : Un score plus élevé indique une fréquence et une sévérité accrues des symptômes dépressifs. Bien que l’instrument ne délivre pas de diagnostic clinique automatique, des scores situés dans le quartile supérieur (typiquement ≥ 34-36) correspondent à une détresse psychologique cliniquement significative nécessitant une évaluation approfondie.
  • Alerte de sécurité immédiate (Protocole de crise) : L’item 7 portant sur l’idéation suicidaire (« Think seriously about suicide? ») exige une procédure de veille immédiate. Toute réponse égale ou supérieure à 2 (« Sometimes » ou plus) doit déclencher sans délai un protocole de protection et une orientation clinique vers un professionnel de la santé mentale.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année d’introduction initiale : 1988 (intégration dans la première vague de données de la Rochester Youth Development Study). Publication formelle dans les recueils de santé publique par les CDC en 2005.
  • Statut des droits d’auteur et permissions : Domaine public dans le cadre de la recherche scientifique et de l’usage éducatif. L’instrument a été financé par des subventions fédérales du gouvernement des États-Unis (notamment l’Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention – OJJDP et le National Institute on Drug Abuse – NIDA). Il est mis gratuitement à disposition de la communauté scientifique dans le compendium des Centers for Disease Control and Prevention (CDC).
  • Tarifs : Gratuit (aucun coût d’acquisition ou de redevance pour les chercheurs, praticiens ou mentors).
  • Conditions d’utilisation : Libre d’accès pour les contextes non commerciaux, sous réserve de citer scrupuleusement les auteurs originaux de la RYDS ainsi que les travaux sources de Radloff (1977) et le compendium du CDC (Dahlberg et al., 2005).

12. Références / References

  • Beck, A. T. (1967). Depression: Causes and treatment. University of Pennsylvania Press.
  • Capaldi, D. M. (1991). Co-occurrence of conduct problems and depressive symptoms in early adolescent boys: I. Familial factors and general adjustment at Grade 6. Development and Psychopathology, 3(3), 277-300. https://doi.org/10.1017/S0954579400000780
  • Capaldi, D. M. (1992). Co-occurrence of conduct problems and depressive symptoms in early adolescent boys: II. A 2-year follow-up at Grade 8. Development and Psychopathology, 4(1), 125-144. https://doi.org/10.1017/S0954579400005618
  • Dahlberg, L. L., Toal, S. B., Swahn, M., & Behrens, C. B. (2005). Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (2nd ed., pp. 91-92). Centers for Disease Control and Prevention, National Center for Injury Prevention and Control. https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/YV_Compendium.pdf
  • Krohn, M. D., Lizotte, A. J., & Perez, C. M. (1997). The interrelationship between substance use and precocious transitions to adult statuses. Journal of Health and Social Behavior, 38(1), 87-103. https://doi.org/10.2307/2955363
  • Radloff, L. S. (1977). The CES-D Scale: A self-report depression scale for research in the general population. Applied Psychological Measurement, 1(3), 385-401. https://doi.org/10.1177/014662167700100306
  • Radloff, L. S. (1991). The use of the Center for Epidemiologic Studies Depression Scale in adolescents and young adults. Journal of Youth and Adolescence, 20(2), 149-166. https://doi.org/10.1007/BF01537606
  • Thornberry, T. P. (1987). Toward an interactional theory of delinquency. Criminology, 25(4), 863-892. https://doi.org/10.1111/j.1745-9125.1987.tb00823.x
  • Thornberry, T. P., Lizotte, A. J., Krohn, M. D., Farnworth, M., & Jang, S. J. (1991). Testing interactional theory: An examination of reciprocal causal relationships among family, school, and delinquency. Journal of Criminal Law and Criminology, 82(1), 3-35. https://doi.org/10.2307/1143827
  • Thornberry, T. P., Krohn, M. D., Lizotte, A. J., Smith, C. A., & Tobin, K. (2003). Gangs and Delinquency in Developmental Perspective. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9780511499500

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Instructions: In the past 30 days, how often did you …

  1. Feel you had trouble keeping your mind on what you were doing?
  2. Feel depressed or very sad?
  3. Feel hopeful about the future?
  4. Feel bothered by things that don’t usually bother you?
  5. Not feel like eating because you felt upset about something?
  6. Feel that everything you did was an effort?
  7. Think seriously about suicide?
  8. Feel scared or afraid?
  9. Toss and turn when you slept?
  10. Feel that you talked less than usual?
  11. Feel nervous or stressed?
  12. Feel lonely?
  13. Feel people disliked you?
  14. Feel you enjoyed life?
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 9). Dépression – Rochester Youth Development Study. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/depression-rochester-youth-development-study/
Looti, Mohammed. “Dépression – Rochester Youth Development Study.” Base de données de psychologie en français, 9 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/depression-rochester-youth-development-study/.
Looti, Mohammed. “Dépression – Rochester Youth Development Study.” Base de données de psychologie en français. octobre 9, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/depression-rochester-youth-development-study/.