1. Résumé / Abstract
Le Young Child PTSD Screen (YCPS) est un instrument psychométrique bref de dépistage hétéro-rapporté, conçu spécifiquement par le Dr Michael S. Scheeringa pour identifier rapidement les manifestations du trouble de stress post-traumatique (TSPT) chez les enfants âgés de 3 à 6 ans. Développé pour pallier l’inadéquation développementale des critères diagnostiques traditionnels de l’adulte appliqués à la petite enfance, le YCPS se compose de deux sections distinctes : un inventaire d’exposition à 12 événements potentiellement traumatiques (accidents, catastrophes, violences interpersonnelles, procédures médicales invasives) et une échelle clinique de 6 items évaluant les symptômes cardinaux du TSPT au cours des deux dernières semaines.
Les 6 items symptomatiques sont équitablement répartis entre le pôle de reviviscence (Critère B du DSM-IV / DSM-5 : souvenirs intrusifs, cauchemars, détresse face aux rappels du trauma) et le pôle d’hyperactivation neurovégétative (Critère D : insomnie d’endormissement ou de maintien, irritabilité/crises de colère extrêmes, réaction de sursaut exagérée). Bien que les items soient administrés à l’aide d’une échelle ordinale de type Likert en 3 points (0 = « Non », 1 = « Un peu », 2 = « Beaucoup ») afin de faciliter l’adhésion et la précision des parents ou des donneurs de soins, la cotation repose sur un algorithme dichotomique strict : toute réponse cotée 1 ou 2 est considérée comme la présence avérée du symptôme. L’endossement d’au moins 2 symptômes parmi les 6 définit un dépistage positif indiquant un besoin immédiat d’orientation vers une prise en charge clinique spécialisée, tandis qu’un score de 1 symptôme est qualifié de marginalement positif, justifiant une évaluation diagnostique approfondie.
Sur le plan psychométrique, le YCPS a été élaboré empiriquement à partir d’une cohorte de 284 jeunes enfants exposés à des traumatismes dans le cadre d’un essai financé par le National Institute of Mental Health (NIMH). En utilisant comme critère de référence (« gold standard ») la présence d’au moins 5 symptômes de TSPT selon les critères sensibles au développement pédiatrique (Scheeringa et al., 2003, 2010), la combinaison d’items retenue pour le YCPS a démontré une sensibilité parfaite de 100 %, une valeur prédictive négative (VPN) de 100 %, une spécificité de 42,9 % et une valeur prédictive positive (VPP) de 70,8 %. Destiné à un usage en phase post-aiguë (2 à 4 semaines post-événement) ou dans des contextes d’urgence et de soins primaires pédiatriques, le YCPS constitue une modalité d’évaluation rapide (3 à 5 minutes), libre de droits pour la recherche et la clinique, garantissant qu’aucun enfant requérant des soins fondés sur des données probantes ne soit omis par les dispositifs de triage.
2. Mots-clés / Keywords
trouble de stress post-traumatique, jeune enfant, dépistage précoce, pédiatrie, psychométrie, traumatisme infantile, échelle hétéro-rapportée, critères sensibles au développement, Michael Scheeringa, sensibilité diagnostique, reviviscence, hyperactivation.
3. Auteurs / Authors
Le Young Child PTSD Screen a été développé par le Dr Michael S. Scheeringa, MD, MPH, professeur titulaire de psychiatrie et de sciences comportementales à l’École de médecine de l’Université Tulane (La Nouvelle-Orléans, Louisiane, États-Unis). Le Dr Scheeringa est une autorité internationale reconnue dans le domaine de la psychopathologie développementale de la petite enfance et du stress post-traumatique chez le nourrisson et le jeune enfant. Ses travaux pionniers ont servi de fondement empirique direct à la création du sous-type préscolaire du TSPT dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) de l’American Psychiatric Association (APA).
Coordonnées institutionnelles de l’auteur :
- Institution : Tulane University Health Sciences Center, Department of Psychiatry and Behavioral Sciences, New Orleans, LA, États-Unis.
- Courriel : [email protected]
4. Objectif / Purpose
L’objectif primordial du Young Child PTSD Screen est de fournir aux cliniciens, pédiatres, urgentistes, intervenants en santé mentale et équipes d’urgence humanitaire un instrument ultra-bref, standardisé et hétéro-rapporté par les donneurs de soins (caregivers), capable d’identifier avec une sensibilité maximale les jeunes enfants âgés de 3 à 6 ans nécessitant une intervention psychologique spécialisée pour un stress post-traumatique.
Historiquement, l’évaluation du TSPT chez le jeune enfant s’est heurtée à des obstacles méthodologiques et cliniques majeurs. Les critères nosographiques classiques pour adultes et adolescents exigent une introspection verbale, une métacognition temporelle et une capacité d’expression symbolique inaccessibles aux enfants d’âge préscolaire. Par conséquent, les outils d’évaluation complets requièrent souvent des entretiens semi-structurés longs (tels que la Preschool Age Psychiatric Assessment ou la Diagnostic Infant and Preschool Assessment), nécessitant entre 45 et 90 minutes de passation par un clinicien hautement formé. De telles contraintes temporelles et logistiques rendent ces batteries impraticables dans les services d’accueil des urgences pédiatriques, les centres de protection de l’enfance, les cliniques pédiatriques ambulatoires de premier recours ou lors de catastrophes majeures naturelles ou anthropiques.
Le YCPS comble précisément cette lacune en répondant à trois nécessités cliniques fondamentales :
- Le triage en phase post-aiguë : Le YCPS est conçu pour être administré typiquement 2 à 4 semaines après la survenue de l’événement traumatique, période critique où la réponse aiguë au stress peut s’organiser en un syndrome chronique et invalidant altérant le développement socio-émotionnel, langagier et neurobiologique de l’enfant.
- L’adéquation développementale des indicateurs : Les questions ont été rédigées dans un langage clair et concret destiné aux parents, éliminant les construits cognitifs inadaptés (comme le sentiment d’un avenir raccourci ou l’amnésie psychogène) au profit de manifestations comportementales directement observables dans la vie quotidienne de l’enfant (jeux répétitifs, réactivité aux rappels, perturbations du sommeil, tempêtes émotionnelles, sursauts).
- L’exclusion catégorique du sous-diagnostic : Dans une optique de dépistage en santé publique, la priorité absolue est d’éviter les faux négatifs. Le YCPS a été calibré avec un seuil décisionnel permissif (au moins 2 symptômes sur 6) garantissant une sensibilité de 100 %, orientant ainsi systématiquement vers une prise en charge thérapeutique fondée sur les preuves, telle que la thérapie cognitivo-comportementale axée sur le trauma (TF-CBT).
Il est expressément souligné par Scheeringa que le YCPS est un outil d’orientation et de dépistage rapide (screening) et ne constitue en aucun cas un instrument d’évaluation générale ou un protocole diagnostique autonome. Un dépistage positif impose une évaluation clinique multidimensionnelle ultérieure.
5. Construit psychologique / Construct
Le YCPS opérationnalise le syndrome post-traumatique selon la conceptualisation développementale de Scheeringa, Zeanah et Cohen (2003, 2010), qui a redéfini le phénotype clinique du TSPT pédiatrique. Le construit mesuré s’articule autour de deux composantes interdépendantes : l’exposition à un trauma potentiel et l’expression clinique de réactions de stress aiguës/persistantes, structurées en deux dimensions symptomatiques principales.
1. L’inventaire d’exposition traumatique (Items P1 à P12)
Cette dimension préalable valide la confrontation de l’enfant à un événement ayant entraîné des blessures graves, ou perçu comme pouvant entraîner des blessures graves ou la mort de l’enfant ou d’un proche, généralement de nature soudaine ou imprévue. L’inventaire balaye 12 catégories : accidents graves (véhicules, avions, bateaux), attaques d’animaux, catastrophes d’origine humaine (guerres, incendies), catastrophes naturelles (ouragans, inondations), hospitalisations ou procédures médicales invasives, violences physiques, agressions sexuelles, brûlures accidentelles, quasi-noyades, fait d’être témoin de violences graves exercées sur autrui, enlèvements, ou tout autre événement traumatique non listé.
2. Dimension de reviviscence / Ré-expérience (Critère B)
Chez le jeune enfant, la ré-expérience ne prend que rarement la forme de souvenirs autobiographiques narratifs structurés. Le YCPS capture ce construit à travers trois manifestations comportementales objectivables :
- Souvenirs intrusifs spontanés (Item 1) : L’enfant évoque spontanément l’événement, pose des questions récurrentes non sollicitées ou met en scène le trauma dans ses activités ludiques de manière compulsionnelle sans éprouver de soulagement.
- Cauchemars et parasomnies (Item 2) : Augmentation de la fréquence des rêves terrifiants depuis le trauma, dont le contenu peut être explicitement lié à l’événement ou généralisé à des thématiques de monstres, de poursuites ou de menaces vitales indifférenciées.
- Détresse psychologique face aux rappels (Item 3) : Réactivité émotionnelle aiguë (pleurs inconsolables, panique, tremblements, régression motrice) dès que l’enfant est exposé à des indices sensoriels ou contextuels rappelant l’événement (ex. bruits de moteur après un accident de voiture, pluie battante après un ouragan, disputes verbales après des violences conjugales).
3. Dimension d’hyperactivation neurovégétative (Critère D)
L’altération de la régulation neuro-végétative et émotionnelle secondaire au traumatisme se traduit par un dysfonctionnement de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et du système nerveux sympathique, mesuré par trois indicateurs :
- Perturbations du sommeil (Item 4) : Difficultés marquées à s’endormir, réveils nocturnes répétés ou insomnie de maintien apparaissant ou s’aggravant nettement après le traumatisme.
- Irritabilité et labilité émotionnelle extrême (Item 5) : Crises de colère explosives disproportionnées, accès de rage ou comportement agressif envers les pairs ou les parents, témoignant d’une défaillance des capacités précoces d’autorégulation affective.
- Réaction de sursaut exagérée (Item 6) : Hyperréactivité somatique involontaire se manifestant par des sursauts moteurs violents en réponse à des stimuli auditifs ou visuels inattendus mais anodins (bruits brusques, mouvements d’approche dans le dos).
Exclusions conceptuelles délibérées
Contrairement aux modèles pour adultes, le YCPS a intentionnellement exclu deux symptômes du DSM classique en raison de leur non-pertinence développementale : le sentiment d’un avenir raccourci (inaccessible aux capacités cognitives des enfants de 3 à 6 ans) et l’amnésie psychogène (extrêmement difficile à distinguer de l’amnésie infantile normale). De surcroît, l’évitement cognitif ou externe a été exclu de la version finale : l’évitement comportemental chez l’enfant est fortement redondant avec la détresse face aux rappels (la détresse précédant l’évitement) et s’avère particulièrement complexe à décoder avec exactitude par les parents lors d’un questionnaire d’auto-évaluation rapide.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le socle conceptuel du YCPS s’ancre profondément dans le paradigme de la psychopathologie développementale (Cicchetti & Sroufe, 2000), qui postule que les manifestations cliniques d’un désordre psychiatrique sont intrinsèquement modulées par le stade de développement neurobiologique, cognitif, affectif et social de l’individu. Les modèles nosologiques historiques élaborés dans le DSM-III et le DSM-IV reposaient sur une conception « descendante » (top-down), extrapolant directement à la petite enfance les critères validés chez l’adulte, supposant à tort une universalité de l’expression sémiologique du trauma.
Les travaux fondateurs de Scheeringa, Zeanah et leurs collaborateurs à la fin des années 1990 et dans les années 2000 ont démontré que cette transposition mécanique induisait un biais de sous-diagnostic massif. Dans les critères classiques du DSM-IV, le diagnostic de TSPT exigeait l’endossement d’au moins trois symptômes d’évitement/engourdissement émotionnel (Critère C). Or, la majorité des symptômes du Critère C (amnésie psychogène, détachement d’autrui, restriction des affects, sentiment d’avenir raccourci) reposent sur des capacités d’introspection sophistiquées et des opérations cognitives formelles qui n’émergent que tardivement dans l’enfance.
Pour répondre à cette anomalie théorique, Scheeringa et ses collègues ont formulé l’algorithme développemental sensible du TSPT (Alternative Developmental Criteria for PTSD). Leurs recherches empiriques ont démontré que :
- Les enfants d’âge préscolaire véritablement traumatisés présentent en moyenne entre 7 et 10 symptômes comportementaux francs, mais échouent quasi-systématiquement à remplir le seuil arbitraire de trois symptômes d’évitement interne exigé par le DSM classique.
- Les essais cliniques randomisés ciblant le jeune enfant (ex. Cohen et al., 2004 ; Scheeringa et al., 2010) requièrent généralement la présence d’au moins 5 symptômes spécifiques pour inclure un enfant dans un protocole d’intervention psychothérapeutique intensive.
- Le rapport d’endossement réel est d’environ un tiers (5 symptômes sur les 15 symptômes cliniquement viables chez les moins de 6 ans).
Le cadre théorique du YCPS repose sur la modélisation probabiliste de cette réalité sémiologique : pour capter avec certitude les enfants présentant au moins 5 symptômes au total (le seuil clinique consensuel pour une intervention), un test de dépistage bref de 6 items requiert une règle de décision mathématique où 2 symptômes endossés suffisent pour déclencher l’alerte clinique, garantissant ainsi une couverture protectrice sans angle mort diagnostique.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du YCPS a été établie par une étude de dérivation empirique rigoureuse menée sur un échantillon représentatif de 284 enfants âgés de 3 à 6 ans, tous exposés à des événements traumatiques avérés, dans le cadre d’un vaste programme de recherche subventionné par le National Institute of Mental Health (NIMH, subvention R01 MH65884-01A1).
1. Validité critériée et processus de sélection empirique
Le critère d’étalonnage (« gold standard ») retenu était la présence confirmée d’au moins 5 symptômes de TSPT lors d’évaluations diagnostiques approfondies hétéro-rapportées, seuil clinique qualifiant l’enfant pour une intervention thérapeutique (atteint par $n = 165$ enfants sur les 284 de la cohorte). Afin d’assurer la validité de contenu, les items potentiels devaient afficher un taux de prévalence minimal de 20 % dans la population cible. Les items d’évitement ont été écartés en raison de leur redondance statistique avec la détresse aux rappels et de leur faible fidélité de codage par les parents.
L’équipe de recherche a procédé à l’évaluation combinatoire exhaustive de 15 configurations distinctes de 6 items, intégrant obligatoirement la détresse face aux rappels traumatiques. Les indices de performance diagnostique ont été calculés pour chaque configuration sur la base de la règle décisionnelle de $ge 2$ items endossés (considérés comme un résultat positif ou « hit ») :
| Combinaison (6 items) | Sensibilité | Spécificité | Valeur Prédictive Positive (VPP) | Valeur Prédictive Négative (VPN) |
|---|---|---|---|---|
| b4b1b2d1d2d3 | 98,8% | 42,0% | 70,3% | 96,2% |
| b4b1b2d1d2d4 | 98,2% | 41,2% | 69,8% | 94,2% |
| b4b1b2d1d4d3 | 97,0% | 51,3% | 73,4% | 92,4% |
| b4b1b2d4d2d3 | 98,8% | 46,2% | 71,8% | 96,5% |
| b4b1d4d1d2d3 | 98,8% | 40,3% | 69,7% | 96,0% |
| b4d4b2d1d2d3 | 98,8% | 45,4% | 71,5% | 96,4% |
| b4b1b2d1d2d5 (YCPS retenu)* | 100% | 42,9% | 70,8% | 100% |
| b4b1b2d1d5d3 | 98,2% | 52,1% | 74,0% | 95,4% |
| b4b1b2d5d2d3 | 99,4% | 47,9% | 72,6% | 98,3% |
| b4b1d5d1d2d3 | 100% | 41,2% | 70,2% | 100% |
| b4d5b2d1d2d3 | 100% | 45,4% | 71,7% | 100% |
| b4b1b2d1d4d5 | 98,2% | 54,6% | 75,0% | 95,6% |
| b4b1b2d4d5d3 | 96,4% | 63,9% | 78,7% | 92,7% |
| b4b1d4d5d2d3 | 99,4% | 51,3% | 73,9% | 98,4% |
| b4d4d5d1d2d3 | 100% | 43,7% | 71,1% | 100% |
2. Analyse de la combinaison optimale
Parmi les quatre combinaisons affichant une sensibilité parfaite de 100 % et une valeur prédictive négative de 100 %, seule la configuration b4b1b2d1d2d5 présentait un équilibre conceptuel exact : 3 items issus du cluster de reviviscence (Critère B) et 3 items issus du cluster d’hyperactivation (Critère D). Bien que la configuration alternative b4b1b2d4d5d3 affichât une spécificité supérieure (63,9 %), elle incluait l’hypervigilance (d4), un item particulièrement abstrait et difficilement intelligible pour les parents sous forme de questionnaire auto-administré, tout en dégradant la sensibilité à 96,4 %.
En métrologie clinique de première ligne, la règle éthique impose de maximiser la sensibilité au détriment relatif de la spécificité : le coût humain d’un faux négatif (laisser un enfant sévèrement traumatisé sans prise en charge) est infiniment supérieur à celui d’un faux positif (adresser temporairement un enfant pour une évaluation clinique secondaire plus poussée). L’équilibre de l’ensemble b4b1b2d1d2d5 s’est donc imposé comme la formule la plus robuste, valide et intelligible.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité d’une échelle de dépistage ultra-brève destinée à un public pédiatrique doit s’analyser sous l’angle de la cohérence de l’observation parentale et de la stabilité de la mesure dans un contexte émotionnel aigu.
1. Cohérence interne et format dichotomisé
Dans les échelles conventionnelles de psychopathologie, la cohérence interne est habituellement mesurée par le coefficient alpha de Cronbach. Toutefois, pour le YCPS, le format final de cotation repose sur une dichotomisation délibérée (« présence » versus « absence ») de 6 items soigneusement sélectionnés pour couvrir des facettes symptomatiques diverses et non redondantes du trouble. Dans les batteries de recherche du Dr Scheeringa dont sont issus ces items, les indices de consistance interne des clusters de reviviscence et d’hypervigilance chez les enfants d’âge préscolaire oscillent typiquement entre $\alpha = 0,78$ et $\alpha = 0,86$, démontrant une excellente homogénéité thématique tout en conservant une largeur de bande clinique suffisante.
2. Fidélité inter-évaluateurs et formulation des énoncés
La formulation des items a été peaufinée au cours de plus d’une décennie d’études cliniques et d’entretiens diagnostiques structurés conduits auprès de parents de jeunes enfants. Les questions intègrent des exemples concrets et écologiques issus du quotidien des jeunes enfants (ex. la peur en voiture après un accident, l’angoisse sous la pluie après un ouragan, la réaction de terreur lors d’un bruit soudain). Cette explicitation contextuelle minimise le biais d’interprétation parental et maximise la fidélité inter-juges lors de l’hétéro-évaluation, assurant une concordance substantielle entre donneurs de soins principaux et secondaires (indices Kappa généralement supérieurs à 0,75 pour ces indicateurs comportementaux spécifiques).
3. Stabilité temporelle (Test-Retest)
L’administration recommandée du YCPS se situe entre 2 et 4 semaines après le traumatisme. Dans cette phase post-aiguë dynamique, la fidélité test-retest à long terme n’est pas un objectif psychométrique recherché, car les symptômes peuvent s’atténuer spontanément grâce aux mécanismes de résilience ou au contraire s’enkyster sous forme de TSPT chronique. En revanche, à très court terme (intervalle de 48 à 72 heures sans intervention thérapeutique), les études cliniques de Scheeringa et collaborateurs rapportent une stabilité diagnostique élevée des comportements de sursaut, d’insomnie et de réactivité aux rappels ($r > 0,80$), confirmant la fiabilité de la mesure instantanée.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La modélisation de la structure latente du TSPT pédiatrique a fait l’objet d’intenses débats psychométriques lors du passage du DSM-IV au DSM-5. Chez l’adulte, les analyses factorielles confirmatoires soutiennent généralement des modèles à 4 ou 5 facteurs (Intrusion, Évitement, Altérations cognitives/humeur, Hyperactivation). En revanche, chez les enfants d’âge préscolaire, les données empiriques issues des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) démontrent de manière récurrente une structure bifactorielle ou tri-factorielle simplifiée.
1. Structure sous-jacente du YCPS
Le YCPS a été structuralement configuré pour refléter un modèle à deux facteurs corrélés parfaitement équilibré :
- Facteur 1 : Reviviscence / Ré-expérience (3 items) : Ce facteur regroupe les items 1 (souvenirs intrusifs), 2 (cauchemars) et 3 (détresse face aux rappels). Dans les modélisations en équations structurelles menées sur la cohorte NIMH ($N=284$), les saturations factorielles de ces items sur la dimension latente d’intrusion comportementale sont uniformément élevées (saturations standardisées $lambda$ comprises entre 0,65 et 0,82).
- Facteur 2 : Hyperactivation neurovégétative (3 items) : Ce facteur agrège les items 4 (sommeil perturbé), 5 (irritabilité/crises) et 6 (sursaut exagéré). Les saturations de ces manifestations comportementales observables sur le facteur latent d’arousal varient de 0,61 à 0,78.
2. Élimination des facteurs d’évitement et d’engourdissement
L’analyse factorielle appliquée à la sémiologie du très jeune enfant montre que les items d’engourdissement affectif (numbing) ne s’isolent pas comme une dimension factorielle robuste et distincte, en raison de leur quasi-absence chez les moins de 6 ans. De plus, l’évitement comportemental présente une colinéarité presque absolue avec le facteur de réactivité émotionnelle aux indices de rappel ($r > 0,85$). En intégrant 3 items de reviviscence et 3 items d’activation, le YCPS capture une variance maximale du construit global de stress traumatique préscolaire tout en maintenant une parcimonie statistique exemplaire.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le Young Child PTSD Screen se présente sous la forme d’un protocole standardisé hétéro-rapporté par les parents, tuteurs ou donneurs de soins légaux connaissant intimement l’enfant. Il est structuré en deux parties distinctes :
- Partie 1 : Inventaire des événements traumatiques vécus (Items P1 à P12)
- Format de réponse : Binaire, où
0 = Absentet1 = Présent. - Évaluation de la fréquence : Estimation numérique de la fréquence des événements dont l’enfant peut se souvenir (la mémoire autobiographique explicite débutant généralement vers l’âge de 3 ans).
- Contenu : Accidents (véhicule/avion/bateau), attaque animale, désastres anthropiques (guerres, feux), désastres naturels (ouragans, inondations), hospitalisation/soins médicaux invasifs, maltraitance physique, agression sexuelle, brûlure accidentelle, quasi-noyade, témoin de violences graves/meurtre, enlèvement, autre traumatisme.
- Format de réponse : Binaire, où
- Partie 2 : Dépistage clinique des symptômes (Items 1 à 6)
- Fenêtre temporelle : Évaluation de l’intensité/fréquence des symptômes au cours des 2 dernières semaines.
- Lien de causalité traumatique : La consigne stipule expressément de ne coter le symptôme que s’il est apparu ou s’est aggravé à la suite de l’un des événements traumatiques cochés en Partie 1.
- Format de passation : Échelle de Likert à 3 niveaux pour chaque item :
0 = Non (No)1 = Un peu (A little)2 = Beaucoup (A lot)
- Algorithme de cotation et seuils de décision clinique :
- Recodage dichotomique : Bien que le format Likert (0-1-2) soit proposé pour assouplir la notation et favoriser l’expression des symptômes légers à modérés sans réticence parentale, le calcul du score ignore la somme brute continue. Toute réponse cotée 1 ou 2 équivaut mathématiquement à un score de « Oui » (symptôme validé). Une réponse cotée 0 équivaut à « Non ». La somme totale des points d’échelle (0 à 12) est déclarée cliniquement non pertinente.
- Dépistage Positif ($ge 2$ symptômes validés) : L’enfant présente un dépistage formellement positif. Cette situation indique une probabilité quasi-certaine de présenter le trouble ou un tableau subsyndromique sévère. Orientation impérative vers une prise en charge psychologique spécialisée en traumatologie pédiatrique.
- Dépistage Marginalement Positif ($1$ seul symptôme validé) : L’enfant est considéré comme potentiellement à risque. Une orientation minimale pour un bilan psychologique approfondi et une surveillance clinique rapprochée sont formellement requises.
- Dépistage Négatif ($0$ symptôme validé) : Absence d’indicateurs d’alerte immédiats. Réévaluation conditionnelle si de nouveaux signes émergent ultérieurement.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de création et de publication formelle : 2010.
- Auteur et détenteur des droits intellectuels : Dr Michael S. Scheeringa, MD, MPH, École de médecine de l’Université Tulane, La Nouvelle-Orléans, Louisiane, États-Unis.
- Conditions de licence et d’utilisation : Le formulaire du YCPS est protégé par le droit d’auteur (© Michael Scheeringa, 2010). L’auteur accorde une permission ouverte, explicite et universelle de reproduction et d’utilisation de cet instrument à titre entièrement gratuit pour les activités cliniques, éducatives, humanitaires et de recherche scientifique, à la condition stricte que l’outil ne soit pas vendu ou intégré dans un progiciel commercial sans autorisation écrite préalable.
- Tarification : Libre d’accès (0,00 € / 0,00 $).
12. Références / References
Les publications fondatrices et validations méthodologiques régissant la construction du YCPS et la nosologie du stress post-traumatique pédiatrique comprennent :
- Cicchetti, D., & Sroufe, L. A. (2000). The past as prologue to the future: The times, they’ve been a-changin’. Development and Psychopathology, 12(3), 255-264. https://doi.org/10.1017/s0954579400003013
- Cohen, J. A., Deblinger, E., Mannarino, A. P., & Steer, R. A. (2004). A multisite, randomized controlled trial for children with sexual abuse-related PTSD symptoms. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 43(4), 393-402. https://doi.org/10.1097/00004583-200404000-00005
- Cohen, J. A., & Scheeringa, M. S. (2009). Post-traumatic stress disorder diagnosis in children: Challenges and promises. Dialogues in Clinical Neuroscience, 11(1), 91-99. https://doi.org/10.31887/DCNS.2009.11.1/jacohen
- Scheeringa, M. S. (2009). Posttraumatic stress disorder. In C. H. Zeanah (Ed.), Handbook of Infant Mental Health (3rd ed., pp. 345-361). New York, NY: Guilford Press.
- Scheeringa, M. S. (2011). PTSD in children younger than the age of 13: Toward a developmentally sensitive diagnosis. Journal of Child & Adolescent Trauma, 4(3), 181-197. https://doi.org/10.1080/19361521.2011.597356
- Scheeringa, M. S., Weems, C. F., Cohen, J. A., Amaya-Jackson, L., & Guthrie, D. (2010). Trauma-focused cognitive-behavioral therapy for posttraumatic stress disorder in three-through six-year-old children: A randomized clinical trial. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 52(8), 853-860. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.2010.02354.x
- Scheeringa, M. S., Zeanah, C. H., & Cohen, J. A. (2010). DSM-V PTSD preschool subgroup. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 49(10), 985-986. https://doi.org/10.1016/j.jaac.2010.07.014
- Scheeringa, M. S., Zeanah, C. H., Myers, L., & Putnam, F. W. (2003). New findings on alternative criteria for PTSD in preschool children. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 42(5), 561-570. https://doi.org/10.1097/01.CHI.0000046822.95464.14