Croyance irrationnelle

Analyse psychométrique détaillée des échelles de croyances irrationnelles (Belief Scale, IBT, GABS, DAS) : fondements théoriques d’Ellis et Beck, validité, fidélité et instrumentation.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 8, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 8, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé

L’évaluation des croyances irrationnelles constitue l’un des piliers méthodologiques et cliniques des thérapies cognitives et comportementales, en particulier au sein de la thérapie rationnelle-émotive comportementale (REBT) initiée par Albert Ellis, ainsi que du modèle cognitif de la dépression et de l’anxiété conceptualisé par Aaron T. Beck. L’instrumentation psychométrique regroupée sous la taxonomie des échelles de croyances irrationnelles — incluant de manière emblématique la Belief Scale (BS) développée par John Malouff et Nicola Schutte (1986), l’Irrational Beliefs Test (IBT) de Jones (1968), la General Attitude and Belief Scale (GABS), ou encore la Dysfunctional Attitudes Scale (DAS) de Weissman et Beck (1978) — vise à opérationnaliser, quantifier et déconstruire les schémas cognitifs dysfonctionnels qui sous-tendent les perturbations affectives, comportementales et psychopathologiques.

Cette approche psychométrique mesure la propension des individus à souscrire à des exigences absolues (« devoirismes » ou demandingness), à des distorsions évaluatives majeures telles que la dramatisation (awfulizing ou catastrophisme), la faible tolérance à la frustration (FTF ou frustration intolerance), ainsi que la dépréciation globale de soi ou d’autrui (global evaluation/self-downing). L’échelle spécifique de Malouff et Schutte (BS) est composée de 20 items évaluant un facteur unidimensionnel sous-jacent de propension aux croyances irrationnelles, notés sur une échelle de type Likert en 5 points. D’autres instruments dérivés explorent des architectures multifactorielles comprenant de 3 à 11 sous-échelles réparties sur 11 à 100 items selon les versions.

Les propriétés psychométriques documentées à travers la littérature internationale révèlent une consistance interne satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,70 et 0,89 pour les échelles unidimensionnelles brèves, et dépassant 0,90 pour les batteries composites. La validité de construit, démontrée par analyses factorielles exploratoires et confirmatoires, met en exergue des corrélations fortes avec le névrosisme, les symptômes dépressifs évalués par le Beck Depression Inventory, l’anxiété clinique mesurée par l’indice de Spielberger, ainsi que la vulnérabilité aux troubles de l’usage de substances. Cet article propose une analyse épistémologique et psychométrique exhaustive de ces instruments de mesure des croyances irrationnelles.

2. Mots-clés

Croyance irrationnelle, thérapie rationnelle-émotive comportementale, psychométrie, évaluation cognitive, schémas dysfonctionnels, dramatisation, intolérance à la frustration, Albert Ellis, Aaron T. Beck, vulnérabilité dépressive.

3. Auteurs

L’opérationnalisation et la synthèse psychométrique des échelles de croyances irrationnelles présentées reposent sur les travaux fondamentaux de plusieurs figures majeures de la psychologie clinique cognitive et de la psychométrie contemporaine :

  • K. Robert Bridges, Ph.D. : Professeur associé de psychologie à la Pennsylvania State University (Penn State New Kensington, États-Unis). Spécialiste des processus cognitifs dans la régulation émotionnelle, de la dépression et de l’anxiété. Courriel : [email protected].
  • Richard J. Harnish, Ph.D. : Professeur de psychologie à la Pennsylvania State University (Penn State New Kensington, États-Unis). Expert en modélisation psychométrique, méthodologie de la recherche et psychologie sociale appliquée. Courriel : [email protected].
  • John M. Malouff, Ph.D., J.D. : Professeur émérite à la School of Psychology, University of New England (Armidale, Australie). Concepteur initial avec Nicola Schutte de la Belief Scale (1986) visant une mesure parcimonieuse des croyances irrationnelles. Courriel : [email protected].
  • Nicola S. Schutte, Ph.D. : Professeure de psychologie à la University of New England (Australie). Spécialiste de la psychométrie clinique, de l’intelligence émotionnelle et de la restructuration cognitive.
  • Albert Ellis, Ph.D. (1913–2007) : Fondateur de l’Albert Ellis Institute (New York, États-Unis) et père de la thérapie rationnelle-émotive comportementale.
  • Aaron T. Beck, M.D. (1921–2021) : Fondateur du Beck Institute for Cognitive Behavior Therapy et créateur de la thérapie cognitive fondée sur l’étude des schémas et attitudes dysfonctionnelles.

4. Objectif

L’objectif fondamental des échelles de croyances irrationnelles est de fournir une mesure standardisée, quantitative et cliniquement sensible des cognitions sous-jacentes qui précipitent, intensifient et maintiennent les états de détresse psychologique. Dans la perspective théorique de la psychologie cognitive, les réactions émotionnelles inadaptées ne sont pas causées de manière directe et déterministe par les événements environnementaux activateurs, mais sont médiées par le prisme d’interprétation cognitive de l’individu. L’évaluation standardisée de ces structures cognitives répond à un double impératif scientifique et clinique.

Sur le plan clinique, ces instruments ont pour mission d’identifier les postulats rigides qui entravent la flexibilité psychologique du patient. Qu’il s’agisse de la Belief Scale (Malouff & Schutte, 1986), de la General Attitude and Belief Scale (DiGiuseppe et al., 1988) ou de l’Irrational Beliefs Inventory (Koopmans et al., 1994), le test permet de tracer un profil cognitif individualisé lors de l’évaluation initiale. Ce profil guide le thérapeute dans la sélection des cibles thérapeutiques prioritaires, en mettant en lumière si le trouble du patient est principalement alimenté par un besoin impérieux d’approbation sociale, par une intolérance absolue à l’échec ou par un faible niveau de tolérance à l’inconfort. Tout au long de l’intervention psychothérapeutique, l’administration répétée de l’échelle offre une mesure objective de l’efficacité de la restructuration cognitive et de la contestation socratique (disputing).

Sur le plan de la recherche empirique, ces outils visent à tester les hypothèses étiologiques de la psychopathologie cognitive. Ils permettent d’opérationnaliser le modèle vulnérabilité-stress, en démontrant que la présence de croyances irrationnelles latentes interagit avec des événements de vie négatifs pour prédire l’émergence d’épisodes dépressifs majeurs, de troubles anxieux généralisés, d’anxiété sociale ou de conduites addictives (Camatta & Nagoshi, 1995). En outre, ces échelles servent à départager expérimentalement les concepts propres au modèle d’Ellis (exigences rigides et évaluations secondaires catastrophiques) de ceux du modèle de Beck (pensées automatiques spécifiques et triade cognitive négative), contribuant ainsi à la clarification des mécanismes de changement thérapeutique.

Enfin, l’objectif s’étend à la psychologie préventive et organisationnelle. En identifiant les cognitions irrationnelles au sein de populations non cliniques (étudiants, cadres d’entreprise, sportifs de haut niveau), ces échelles permettent de prédire l’épuisement professionnel (burnout), l’anxiété de performance, la procrastination chronique et l’incapacité à gérer le stress aigu, ouvrant la voie à des programmes de psychoéducation cognitive ciblés.

5. Construit psychologique

Le construit psychologique de « croyance irrationnelle » renvoie à un ensemble de structures de pensée absolues, illogiques, non étayées par la réalité empirique et fondamentalement dysfonctionnelles au regard de l’atteinte des buts personnels de l’individu. Au sein du paradigme développé par Ellis et affiné par les psychométriciens de la REBT, ce construit se structure autour d’une cognition primaire centrale et de trois cognitions secondaires majeures :

1. L’exigence absolue (Demandingness ou « Devoirisme »)

Considérée comme la croyance irrationnelle nucléaire (primaire), elle consiste en la transformation de désirs, de préférences ou de souhaits légitimes en exigences dogmatiques et rigides exprimées sous forme d’injonctions catégoriques (« je dois absolument », « il faut impérativement », « le monde devrait »). Cette dimension se décline en trois orientations relationnelles :

  • Exigences envers soi-même : « Je dois impérativement réussir tout ce que j’entreprends et obtenir l’approbation d’autrui, sinon je ne vaux rien. »
  • Exigences envers autrui : « Les autres doivent me traiter avec égard, justice et considération en toutes circonstances. »
  • Exigences envers l’environnement : « Les conditions de ma vie doivent être confortables, faciles et dépourvues d’obstacles majeurs. »

2. La dramatisation et le catastrophisme (Awfulizing)

Cette composante évaluative secondaire consiste à qualifier une situation défavorable de pire qu’elle ne devrait être à 100 %, la définissant comme une catastrophe totale et insurmontable. L’individu évalue l’inconfort ou l’échec non pas comme un événement négatif mesurable sur un continuum, mais comme une calamité absolue qui dépasse l’échelle des difficultés humaines tolérables (« C’est affreux et tragique que les choses ne se passent pas comme je le souhaite »).

3. La faible tolérance à la frustration (Frustration Intolerance ou « I-can’t-stand-it-itis »)

Ce construit traduit la conviction erronée que l’on est incapable d’endurer, de survivre ou d’éprouver le moindre bonheur face à une frustration, un inconfort ou une contrariété. L’individu postule qu’un malaise émotionnel ou physique est littéralement intolérable (« Je ne peux pas supporter d’être critiqué », « La vie devrait être plus facile qu’elle ne l’est »). Cette dimension est fortement corrélée aux comportements d’évitement expérientiel, à la procrastination et aux mécanismes de compensation addictive.

4. La dépréciation globale (Global Evaluation / Self-Downing / Other-Downing)

La dépréciation globale consiste à porter un jugement de valeur définitif et totalisant sur la valeur intrinsèque d’un être humain (soi-même ou un tiers) à partir d’un comportement isolé, d’un trait singulier ou d’un échec ponctuel. Plutôt que de considérer une erreur comme un acte perfectible (« J’ai échoué à cet examen »), l’individu assimile son identité tout entière à cet échec (« Je suis un raté complet »). De même, autrui est étiqueté comme totalement méprisable ou malveillant en cas de comportement transgressif.

Dans l’approche beckienne complémentaire, ces croyances s’articulent avec les schémas dépressogènes et les distorsions cognitives (sur-généralisation, abstraction sélective, personnalisation, pensée dichotomique), illustrant une vulnérabilité cognitive globale où l’estimation de la valeur personnelle est subordonnée à des conditions externes impossibles à maintenir en permanence.

6. Cadre théorique

Le cadre théorique structurant les échelles de croyances irrationnelles prend ses racines historiques et philosophiques dans le stoïcisme antique, notamment formulé par Épictète dans son Manuel : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses ». Ce principe a été réinvesti au milieu du XXe siècle par Albert Ellis pour fonder la thérapie rationnelle-émotive (RET), devenue ultérieurement la thérapie rationnelle-émotive comportementale (REBT).

Le modèle ABCDE d’Ellis

La modélisation d’Ellis repose sur une chaîne séquentielle élégante et opérationnelle :

  • A (Activating Event) : L’événement activateur, qu’il soit externe (rupture, conflit, perte d’emploi) ou interne (sensation somatique, souvenir intrusif).
  • B (Beliefs) : Le système de croyances mobilisé par l’individu pour appréhender l’événement. Ces croyances peuvent être rationnelles (préférences flexibles, pragmatiques et étayées) ou irrationnelles (exigences rigides, absolues et déconnectées de la réalité).
  • C (Consequences) : Les conséquences affectives et comportementales. Tandis que les croyances rationnelles engendrent des émotions négatives appropriées (tristesse, déception, prudence), les croyances irrationnelles déclenchent des perturbations dysfonctionnelles sévères (dépression clinique, anxiété panique, rage destructive, évitement pathologique).
  • D (Disputing) : La réfutation et la contestation active des croyances irrationnelles par le clinicien et le patient.
  • E (Effective New Philosophy) : L’assimilation d’une nouvelle philosophie cognitive et émotionnelle flexible.

Au sein de ce modèle, les outils psychométriques se focalisent sur la dimension B, cherchant à isoler les croyances dysfonctionnelles avant toute contamination par les affects (C), un défi méthodologique constant en psychométrie.

Le modèle cognitif de Beck et la convergence intégrative

En parallèle, Aaron T. Beck a développé sa théorie cognitive de la dépression, axée sur les schémas cognitifs latents (core beliefs), les croyances intermédiaires (règles et postulats) et les pensées automatiques négatives. La triade cognitive beckienne (vue négative de soi, du monde et du futur) s’entremêle avec les construits d’Ellis. Alors qu’Ellis met l’accent sur le caractère philosophique et impératif de la cognition (« il faut »), Beck se concentre sur le traitement erroné de l’information (erreurs cognitives et biais de confirmation).

Les synthèses psychométriques contemporaines, à l’instar de la méta-analyse et revue critique de Bridges et Harnish (2010), démontrent que ces deux modèles partagent une cible commune : l’évaluation de cognitions évaluatives inadaptées qui prédisposent à la dysrégulation émotionnelle. L’intégration de ces modèles a permis d’asseoir la validité théorique des instruments psychométriques dans les paradigmes du traitement de l’information et des neurosciences cognitives affectives.

7. Validité

La validité des instruments de mesure des croyances irrationnelles a fait l’objet d’investigations approfondies depuis la publication inaugurale de l’Irrational Beliefs Test par Jones en 1968, jusqu’aux instruments contemporains comme la Belief Scale (Malouff & Schutte, 1986) et la General Attitude and Belief Scale (DiGiuseppe et al., 1988).

Validité de construit

La validité de construit a été rigoureusement confirmée par l’adéquation des modèles théoriques aux données empiriques. Les analyses factorielles confirmatoires menées sur des échantillons cliniques et communautaires soutiennent l’hypothèse selon laquelle les croyances irrationnelles constituent un trait cognitif stable plutôt qu’un simple état émotionnel transitoire. Les versions révisées d’échelles ont démontré que les items mesurant l’évaluation cognitive pure se distinguent distinctement des items mesurant les symptômes de détresse affective, éliminant ainsi le problème initial de tautologie méthodologique (critique selon laquelle les premiers tests d’Ellis mesuraient en réalité la détresse affective plutôt que la cognition causale).

Validité convergente

La validité convergente est étayée par des corrélations statistiquement significatives et de magnitude modérée à élevée entre les scores aux échelles de croyances irrationnelles et divers indicateurs standardisés de dysfonctionnement psychologique :

  • Corrélations positives élevées avec le Beck Depression Inventory (BDI), variant généralement entre r = 0,45 et r = 0,68 selon les cohortes étudiées.
  • Associations substantielles avec l’inventaire d’anxiété état-trait de Spielberger (STAI), les corrélations avec le trait anxieux atteignant régulièrement r = 0,50 à 0,62.
  • Corrélations très fortes avec le domaine du névrosisme du modèle en cinq facteurs mesuré par le NEO-PI-R (r oscillant entre 0,55 et 0,72), attestant que les croyances irrationnelles incarnent la composante cognitive de la vulnérabilité névrotique.

Validité discriminante

La validité discriminante s’observe par des corrélations négatives significatives avec les échelles d’estime de soi globale de Rosenberg (souvent entre r = -0,40 et -0,60), le bien-être subjectif, l’optimisme dispositionnel (LOT-R) et les mesures de flexibilité psychologique (AAQ-II). De plus, les études contrastées confirment que ces échelles différencient nettement les populations cliniques psychiatriques (patients souffrant de dépression unipolaire, de troubles anxieux ou de dépendance à l’alcool) des témoins sains appariés, les scores moyens des groupes cliniques étant supérieurs de plus d’un écart-type (d de Cohen > 0,80).

Validité prédictive

Les études longitudinales démontrent la validité prédictive de ces instruments : un score élevé à la Belief Scale ou à la Dysfunctional Attitudes Scale en rémission prédit de façon indépendante le risque de rechute dépressive à 12 et 24 mois, même après contrôle statistique des niveaux résiduels de symptômes dépressifs initiaux. De même, les travaux de Camatta et Nagoshi (1995) ont mis en évidence la capacité des croyances irrationnelles à prédire l’aggravation des problèmes liés à la consommation d’alcool.

8. Fidélité

Les qualités métrologiques en termes de fidélité et de précision de mesure des échelles de croyances irrationnelles sont solidement établies par des décennies de réplications empiriques.

Consistance interne

La consistance interne, mesurée par le coefficient alpha de Cronbach, témoigne d’une forte homogénéité des items au sein des échelles globales :

  • Belief Scale (BS) : Malouff et Schutte (1986) ont rapporté un coefficient alpha de Cronbach de 0,80 pour l’échelle globale de 20 items lors de sa validation princeps. Des études ultérieures confirment des coefficients variant entre 0,78 et 0,86 dans diverses cohortes étudiantes et cliniques.
  • Irrational Beliefs Inventory (IBI) : Koopmans et ses collaborateurs (1994) ont obtenu des alphas compris entre 0,71 et 0,85 pour les cinq sous-échelles, et un alpha global de 0,89.
  • General Attitude and Belief Scale (GABS) : Présente des indices d’homogénéité oscillant entre 0,82 et 0,93 pour l’échelle totale et des valeurs supérieures à 0,75 pour chacune des 7 sous-échelles de rationalité et d’irrationalité.
  • Dysfunctional Attitudes Scale (DAS) : Les versions parallèles DAS-A et DAS-B affichent des coefficients alpha remarquablement élevés, dépassant régulièrement 0,90 (Weissman & Beck, 1978).

Fidélité temporelle (Test-Retest)

La stabilité temporelle a été mesurée à des intervalles variant de deux semaines à six mois en l’absence d’intervention psychothérapeutique :

  • Sur un intervalle de 2 à 4 semaines, les coefficients de corrélation test-retest (r de Pearson) pour la Belief Scale et la Survey of Personal Beliefs s’établissent entre 0,75 et 0,87, démontrant une stabilité temporelle caractéristique d’un trait cognitif endogène.
  • À long terme (3 à 6 mois), les coefficients demeurent stables aux alentours de 0,65 à 0,74 chez les sujets non traités, tout en démontrant une sensibilité clinique au changement (baisse statistiquement significative des scores) chez les patients bénéficiant d’une psychothérapie cognitive ou rationnelle-émotive efficace.

L’erreur standard de mesure (SEM) reste faible, garantissant que les fluctuations de scores observées en clinique reflètent de réelles modifications cognitives et non des imprécisions de l’instrument.

9. Analyse factorielle

L’histoire de l’analyse factorielle des croyances irrationnelles est marquée par une évolution méthodologique majeure, passant des premiers inventaires empiriques aux modèles factoriels confirmatoires contemporains.

Les controverses initiales de l’Irrational Beliefs Test (IBT)

L’instrument initial de Jones (1968), comprenant 100 items conçus pour refléter les 10 croyances irrationnelles postulées originellement par Ellis, a été soumis à des analyses factorielles exploratoires répétées (notamment par Shorkey & Whiteman, 1977 ; Watson et al., 1990). Ces analyses ont échoué à répliquer la structure orthogonale ou oblique en 10 facteurs distincts, dégageant plutôt entre 6 et 8 facteurs instables selon les méthodes d’extraction et de rotation. De plus, plusieurs facteurs saturaient fortement sur des composantes affectives d’anxiété générale, violant l’indépendance de la mesure cognitive.

L’émergence de la structure unidimensionnelle : The Belief Scale (BS)

Face à cette complexité factorielle, Malouff et Schutte (1986) ont développé la Belief Scale (20 items) en adoptant une approche psychométrique rigoureuse fondée sur une analyse factorielle exploratoire (AFE) par axes principaux suivie d’une analyse confirmatoire. Leurs résultats ont identifié un facteur dominant unique expliquant une part prépondérante de la variance commune. L’ensemble des 20 items présente des saturations factorielles substantielles sur ce facteur général d’irrationalité cognitive (saturations comprises entre 0,35 et 0,68), attestant de l’unidimensionnalité du construit lorsqu’il est débarrassé de ses descripteurs affectifs confondants.

Les modèles hiérarchiques et multidimensionnels modernes

Les instruments élaborés ultérieurement, tels que la General Attitude and Belief Scale (DiGiuseppe et al., 1988) et la Survey of Personal Beliefs (Demaria, Kassinove, & Dill, 1989), ont été validés par analyse factorielle confirmatoire (AFC) en testant des structures hiérarchiques :

  • Un facteur de second ordre représentant la tendance globale à la pensée irrationnelle.
  • Quatre à sept facteurs de premier ordre représentant les processus cognitifs spécifiques : les exigences catégoriques envers soi, autrui et le monde ; la dramatisation ; la tolérance basse à la frustration ; et la dépréciation globale de soi (Self-Downing).

Les indices d’ajustement de ces modèles confirmatoires contemporains démontrent une excellente adéquation aux critères modernes (CFI > 0,92, TLI > 0,90, RMSEA < 0,06), validant la distinction théorique entre les différentes sous-composantes cognitives de la REBT.

10. Instrument de mesure

  • Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (auto-rapporté).
  • Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée / numérique standardisée.
  • Population cible : Adultes, jeunes adultes, étudiants et populations cliniques (des adaptations spécifiques existent pour enfants et adolescents, comme la CASI de Bernard & Laws, 1987).
  • Nombre d’items : Le corpus de référence de la Belief Scale (BS) de Malouff et Schutte comprend 20 items. Les autres instruments répertoriés dans la revue de Bridges et Harnish (2010) s’étendent de 11 items (Irrational Beliefs Survey) à 126 items (Personality Belief Questionnaire).
  • Échelle de réponse : Échelle de Likert à 5 points (variant selon les versions de 1 = Pas du tout d’accord à 5 = Tout à fait d’accord).
  • Options de réponse officielles (format source) :
    • 1. point Likert
    • 2. point Likert
    • 3. point Likert
  • Modalités de cotation :
    • Chaque item est coté de manière continue en fonction du degré d’adhésion cognitive.
    • Les items libellés de façon rationnelle ou inversée font l’objet d’une recotation avant calcul.
    • Calcul d’un score total composite par sommation directe des scores aux items (pour les échelles unidimensionnelles telles que la BS de 20 items).
    • Pour les versions multidimensionnelles (GABS, IBI, CBS-III), calcul de scores factoriels spécifiques par sous-échelles (exigences rigides, catastrophisme, intolérance à la frustration, dépréciation de soi).
  • Interprétation clinique : Un score total élevé traduit une rigidité cognitive prononcée, une vulnérabilité psychologique accrue à la détresse émotionnelle et un dysfonctionnement adaptatif face aux stresseurs de l’existence.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de validation princeps : 1986 pour la Belief Scale (Malouff & Schutte) ; revue analytique générale publiée en 2010 par K. Robert Bridges et Richard J. Harnish.
  • Propriété intellectuelle et droits d’auteur : Les droits initiaux des articles de développement sont détenus par l’American Psychological Association (pour la BS, publiée dans le Journal of Consulting and Clinical Psychology) et par les éditeurs académiques respectifs (Scientific Research Publishing pour l’article de synthèse de Bridges & Harnish, 2010, sous licence Open Access).
  • Tarifs et conditions d’accès : L’accès aux items des échelles publiées dans des revues scientifiques universitaires est généralement libre et gratuit à des fins de recherche académique et d’enseignement, sous réserve de citation appropriée des sources princeps. Certaines échelles non publiées ou manuaux cliniques propriétaires (comme certains matériels de l’Albert Ellis Institute ou de l’institut Beck) nécessitent l’acquisition d’un manuel ou l’autorisation formelle expresse de leurs auteurs ou ayants droit.
  • Conditions d’utilisation clinique : L’utilisation diagnostique et l’interprétation clinique doivent être effectuées par des professionnels qualifiés en psychologie ou en psychiatrie formés aux thérapies cognitives et comportementales.

12. Références

  • Beck, A. T., Brown, G., Steer, R. A., Eidelson, J. I., & Riskind, J. H. (1987). Differentiating anxiety and depression: A test of the cognitive content-specificity hypothesis. Journal of Abnormal Psychology, 96(3), 179–183. https://doi.org/10.1037/0021-843X.96.3.179
  • Bridges, K. R., & Harnish, R. J. (2010). Role of irrational beliefs in depression and anxiety: a review. Health, 2(8), 862–877. https://doi.org/10.4236/health.2010.28130
  • Camatta, C. D., & Nagoshi, C. T. (1995). Stress, depression, irrational beliefs, and alcohol-related problems in college students. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 19(1), 142–146. https://doi.org/10.1111/j.1530-0277.1995.tb01483.x
  • Chadwick, P., Trower, P., & Dagnan, D. (1999). Measuring core beliefs in cognitive therapy: The Evaluative Beliefs Scale. Cognitive Therapy and Research, 23(5), 539–559. https://doi.org/10.1023/A:1018783424169
  • Demaria, T. P., Kassinove, H., & Dill, C. A. (1989). Psychometric properties of the Survey of Personal Beliefs: A rational-emotive measure of irrational thinking. Journal of Personality Assessment, 53(2), 329–341. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa5302_10
  • DiGiuseppe, R., Leaf, R., Exner, T., & Robin, M. W. (1988). The development of a measure of irrational thinking. Paper presented at the World Congress of Behavior Therapy, Edinburgh, Scotland.
  • Ellis, A. (1962). Reason and emotion in psychotherapy. Lyle Stuart.
  • Ellis, A. (1994). Reason and emotion in psychotherapy: Revised and updated. Birch Lane Press.
  • Jones, R. G. (1968). A factored measure of Ellis’ irrational belief system with personality and maladjustment correlates (Doctoral dissertation, Texas Technological College).
  • Koopmans, P. C., Sanderman, R., Timmerman, I., & Emmelkamp, P. M. (1994). The Irrational Beliefs Inventory (IBI): Development and psychometric evaluation. European Journal of Psychological Assessment, 10(1), 15–27.
  • Malouff, J. M., & Schutte, N. S. (1986). Development and validation of a measure of irrational belief. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 54(6), 860–862. https://doi.org/10.1037/0022-006X.54.6.860
  • Shorkey, C. T., & Whiteman, V. L. (1977). Development of the Rational Behavior Inventory: Initial validity and reliability. Educational and Psychological Measurement, 37(2), 527–534. https://doi.org/10.1177/001316447703700230
  • Watson, C. G., Vassar, P., Plemel, D., Herder, J., Manifold, V., & Anderson, D. (1990). A factor analysis of the Irrational Beliefs Scale. Journal of Clinical Psychology, 46(3), 302–306. Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
  1. point Likert
  2. point Likert
  3. point Likert
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